Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est capital-risque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est capital-risque. Afficher tous les articles

dimanche 4 septembre 2011

Recherche pharmaceutique : les fusions désastreuses

Recherche pharmaceutique : les fusions désastreuses

Le cri d’alarme d’un ancien directeur de la recherche de Pfizer

John La Mattina, ex-président de Pfaizer Global research traite dans Nature Reviews/ Drug Discovery  d’un sujet peu abordé : l’impact des fusions sur la recherche des entreprises et sur l’innovation dans tout un domaine, celui de la recherche pharmaceutique. Et sa vision est plutôt pessimiste et invite, dans l’intérêt de la recherche et du bien commun international qu’est la santé, à veiller aux conséquences stratégiques des fusions : « Bien que les fusions et acquisitions dans le domaine pharmaceutiques ont paru être rationnellement justifiées dans une optique financière à court-terme, leurs conséquences sur l’activité de recherche et développement des firmes concernées ont été dévastatrices ».

De moins en moins de firmes pharmaceutiques  font de moins en moins de recherche

La communauté scientifique et médicales, les Etats, les autorités de régulation, les patients, tous s’inquiètent à juste titre d’une baisse des mises sur le marché de médicaments nouveaux. Dans la décennie 90, il y avait 31 nouveaux médicaments (nouvelles entités chimiques) par an ; dans les premières années 2000, nous sommes tombés à 24 et ce chiffre diminue encore d’années en années. Les firmes pharmaceutiques mettent en avant le fait qu’elles s’attaquent à des pathologies plus difficiles et se heurtent à des exigences réglementaires et de sécurité plus contraignantes ; mais elles s’exonèrent ainsi de leurs choix stratégiques et financiers, et de leurs conséquences.
L’un des facteurs principaux des succès de la recherche thérapeutiques des années 90 ( antiviraux, statines contre l’athérosclérose, antagonistes de l’angiotensine contre l’hypertension…) était en effet le grand nombre de compagnies pharmaceutiques actives dans cette période. La plupart des médicaments sortis dans ces années provenaient de firmes qui ont aujourd’hui disparu : des 42 firmes pharmaceutiques US existant en 1988, il n’en reste aujourd’hui que 11 : 75 % ont disparu ! Et les firmes biotechnologiques n’ont pas pris le relais ; lorsqu’elle réussissent, c’est un avec un portefeuille de médicament très réduit et concentré sur une aire thérapeutique.
Or, et l’étude a été faite sur une période plus longue de 60 ans : le nombre de nouveaux médicaments est très fortement corrélé au nombre de firmes pharmaceutiques en activité.

La rentabilité immédiate et l’augmentation de l’action avant tout !

Les fusions et acquisition ont été encouragées parce qu’elles sont supposées produire des synergies, des réduction de coût  et  permettre l’élimination de doublons. Au début des années 90, les fusions (dont l’exemple était la fusion Bristol Myers/Squibb) obéissaient à une stratégie d’innovation : il s’agissait de diminuer les coût d’opération des firmes de façon à augmenter la recherche et ainsi assurer l’avenir par un constant enrichissement  du « pipe-line » de nouvelles molécules. Les activités de recherche et développement n’étaient pas réduites.
Ceci a changé de manière dramatique dans la dernière décennie. Dans les grandes firmes,  les fusions et acquisitions sont impulsées par la recherche d’une rentabilité immédiate (jusqu’à récemment, il fallait présenter 15 % de croissance par an_ comment y parvenir sans fusion !) et d’une augmentation du cours de l’action, et non par l’avenir de la société, et encore moins, la mission de soigner les patients. En conséquence, les fusions s’accompagnent d’un désengagement dans la recherche, activité par excellence non rentable immédiatement, et souvent maintenant la première touchée). L’archétype ici a été Pfizer, avec sa stratégie d’acquisitions démentielles (Warner-Lambert, Pharmacia, Wyeth, Searle…)  et la fermeture complètes de centres de recherches qui avaient pourtant fait la preuve de leur capacité par la découverte, par exemple, de l’atorvastatine, de l’amlodipine…ou du Viagra ( Kalamazoo, Ann Harbor, Sandwich… sans compter l’ancien site de recherche de Jouveinal à Fresne !). Ce sont des dizaines de milliers d’emplois scientifiques qui ont disparu !

La recherche thérapeutique en péril

Les fusions financières dans l’industrie pharmaceutique ralentissent mécaniquement la recherche ; pendant la fusion, les programme sont réexaminés, et cette opération complexe, qui prend souvent un an, s’accompagne toujours d’un gel des investissements, des recrutements, et de l’apparition de nouveaux programmes.
L’effet des dernières vagues de fusion a été dévastateur sur l’introduction de nouveaux médicaments et se ressentira bientôt sur la santé des patients. Dans les décennies précédentes, plusieurs firmes en compétition lançaient chacune leur médicament lorsque la recherche avait permis d’ouvrir une voix nouvelle (cf le nombre de statines mises sur le marché après la découverte du rôle de la 3HMG COA réductase) ; et c’était très bien ainsi parce que la pharmacologie et la médecine n’étant pas des sciences aussi exactes que les mathématiques, le rêve de la panacée n’étant qu’un rêve, cela permettait de remédier à certains inconvénients chez certain patients, cela permettait aux médecins de mieux adapter le traitement à leur patient, aux patients d’être mieux soignés. Aujourd’hui, avec la diminution dramatique du nombre de compétiteurs, la santé des patients est en cause.
Les fusions ont été désastreuses pour l’effort de recherche thérapeutique. Longtemps les firmes pharmaceutiques se sont vantées de leur effort de recherche, et en effet, avec des investissements en recherche de l’ordre de 20% de leurs revenus, elles assuraient une mission de recherche à la limite du fondamental. Pour les grandes firmes – Pfizer notamment-, les dépenses de recherches sont aujourd’hui plus proches de 10%. Ainsi, avant la fusion avec Wyeth, Pfizer  et Wyeth avaient des dépenses de recherche de 7.95 et 3.37 millards de dollars ; après la fusion, elles ont été réduites à 6.5 milliards, soit une diminution de près de la moitié. Seules des firmes plus petites, moins soumises à la dictature des cours de bourses, gardent un niveau d’investissement en recherche élevé, comme, en France, les firmes familiales Servier et Pierre Fabre.
Les fusions financières sont encore désastreuses pour les patients en raison du désinvestissement massif dans des domaines jugés peu rentables car plus difficiles : maladie d’Alzheimer ou plus généralement neurodégénératives, le diabète – pourtant en explosion-, les anti-infectieux- alors que le nombre de souches résistantes se multiplie et commence à poser de sérieux problèmes.
Les fusions et acquisitions ont été désastreuses en France pour l’emploi scientifique : disparus  les centres de recherche de Jouveinal après l‘absorption par Pfizer, d’Upsa, après l’absorption par BMS, de Lafont, après le rachat par Céphalon, de Novexel après le rachat par  Astra Zeneca et c’est maintenant l’ancien Fournier ( inventeur du « block-buster fénobrate contre l’athéroscérose) qui est menacé après son rachat par Abbot). Quelques PDG, comme ceux de Merck ou de Lilly vont à contre-courant et ont réaffirmé la pérénité de leur investissement en recherche pour assurer le futur et la croissancede leurs firmes
En ce qui concerne la France, il faut arrêter d’être naïf et s’assurer que l’absorption de firmes françaises par des firmes étrangères n’entraîne pas la disparition de la recherche et la perte d’un capital essentiel de connaissance et d’innovation en France, et ceci n’est pas valable que pour l’industrie pharmaceutique, même si celle-ci a été particulièrement touchée ;  au besoin, il faut contraindre les firmes qui ont massivement détruit de l’emploi scientifique à le recréer.
En matière de recherche thérapeutique, il faut que la recherche industrielle soit encouragée et le désinvestissement en recherche sanctionné, notamment par l’action sur le prix des médicaments. Il faut à nouveau rendre l’investissement en recherche attractif, cela peut passer par une extension de la durée de protection des brevets pour tenir compte de la difficulté accrue de la recherche et des exigences de sécurité.

 Ref :John La Mattina, Nature reviews drug discovery, vol10 august 2011














jeudi 14 juillet 2011

Un « Small business act » pour la France

La faiblesse de la recherche privée en France

En 2000, l’Europe inquiète de sa désindustrialisation et de sa perte de compétitivité, a adopté l’Agenda de Lisbonne : devenir une Europe de la connaissance, investir davantage dans l’innovation, la recherche et le développement, et pour cela, faire passer la dépense intérieure  de recherche et développement (DIRD) à 3% du PIB.
En France, et plus généralement en Europe, nous en encore sommes loin (2%) et il est clair que cet Agenda de Lisbonne ne sera pas rempli et qu’il rejoint la grande cohorte des voeux pieux et incantations européennes. C’est dommage, car il est au plus haut point légitime et indispensable à notre futur.
En France, le pourcentage des dépenses de recherche et de développement dans le PIB est de 2.07% (2008)  (et il est plutôt en diminution si l’on juge sur dix ans ; il était de 2.33% en 1997…).
Il est à noter que cette faiblesse de l’investissement en recherche et développement est essentiellement dû  à l’anémie de la recherche privée. La part du public (0.76% du PIB) est dans la moyenne de l’OCDE, celle du privé est plus basse (1.3% contre 1.9 aux USA et 1.7 en Allemagne, 2.5 en Suède et au Japon par exemple).
En résumé, la recherche publique est en ligne avec l’objectif de Lisbonne de 3% du PIB, la recherche dans le privé est  largement en dessous. La France manque en particulier de « jeunes pousses » ayant poussé, de  PME ayant une activité de R et D importante dans des secteurs d’avenir.

Un financement inadapté des PME, une absence de politique

Cette situation dramatique, car l’innovation se produit maintenant beaucoup dans le PME, les grandes entreprises tendant à externaliser leur recherche, résulte :
- d’un financement inadapté et insuffisant de l’innovation dans les PME
- d’une absence de politique efficace de recherche
- de relation perverses entre PME et grand groupes : tant que les grands groupes traiteront les PME comme des sous-traitants corvéables à merci, tant que qu’ils concluront des alliances de partage risques/bénéfices où ils prennent l’essentiel des bénéfices et transfèrent l’essentiel des risques, il n’y aura aucun progrès, aucune croissance possible.
Le manque de financement adapté à la croissance des PME se traduit par une statistique simple : le taux de survie des PME en France au bout de quatre ans est de 51%, un des plus bas des pays industrialisés. Le taux de croissance de l’emploi dans les PME survivantes est  au bout de 4 ans de 115 aux USA, 32 en Allemagne,…5 en France.
Cet effet résulte d’une stratégie inadaptée et assez scandaleuse du capital-risque en France. Stratégie inadaptée : le capital-risque sait financer du développement, ne sait pas financer de l’amorçage (ce qui est amplement démontré par les expériences étrangères, notamment  américaines), et, comme l’amorçage de projet est mal financé en France, il se trouve financer du développement dans des sociétés qui n’ont pas connu une phase de maturation et d’amorçage suffisante. Stratégie scandaleuse : dans le meilleur des cas, la réussite d’un projet, les financiers impliqués dans le premier tour de table ne cherchent pas à financer la croissance de l’entreprise, mais à vendre le projet pour un bénéfice plus faible et plus rapide,…et à fermer la PME. Dans le domaine de la santé, cela s’est notamment produit pour Novexel et Endotis pharma en 2011.
En France, lorsque les PME échouent, elles disparaissent ; lorsqu’elles réussissent, elles disparaissent aussi, avortées par le capital-risque à la française. Comment s’étonner dans ces conditions, du manque de PME innovantes de tailles internationales ? Quasiment  seules, et c’est caractéristique, des entreprises familiales dépendant de façon minimale d’un investissement extérieur y parviennent…
Le système d’innovation américain s’est trouvé confronté au même problème (rôle de plus  en plus important des start-up dans l’innovation)  mais a réagi de façon très proactive par le Small busines act.

Un « small business act » à la française, et, si possible, à l’européenne

Le système d’innovation américain se caractérise par un soutien efficace et constant de l’administration- loin du libéralisme pur et dur ! – à travers essentiellement deux instruments : le Small Busines Act et les  Small Business Investment Company.
Leurs buts sont de faciliter le rapprochement université entreprises,  le soutien public à l’amorçage, l’incitation publique en faveur du capital risque, créer une demande publique pour les nouveaux produits, développer les clusters,assurer une  fonction complémentaire de celle des business angels.
L’impetus original a été donné en 1980, lorsque le gouvernement fédéral s’est aperçu qu’il
était à la tête de 30.000 brevets dont seulement 5% éteint commercialement exploités (Bay-Dole Act ).
La propriété intellectuelle des inventions qui résultent de fond gouvernementaux  a été donnée aux universités avec mission de faciliter les transferts technologiques entre universités et entreprises, surtout PME. En échange, les PME s’engagent à déposer des brevets, à partager les royalties avec l’inventeur, à favoriser l’enseignement et la recherche et à donner la préférence à l’industrie américaine pour la production des nouveaux produits issus de leur recherche –  ce serait taxé de protectionnisme en Europe !

Selon le Small Business Act :
- sont réservés aux PME  les marchés publics inférieurs à un montant de 100.000 dollars ou les marchés auxquels au moins deux PME peuvent répondre
 - tous les marchés inférieurs à 1 million de dollars doivent obligatoirement donner lieu à des plans de sous-traitance avec engagement d’en confier une partie aux PME
 - Les dix agences de recherche fédérale ont l’obligation d’externaliser une partie de leur recherche, 2.5% de leur budget étant réservé aux PME
 - Détail important : La PME bénéficiaire d’un contrat ne doit pas forcément exister avant d’avoir touché la première subvention,elle peut être créée ad hoc.


 le SBIR (Small business investment research) :

Le SBIR constitue un gigantesque programme public de capital amorçage. Aux USA, le capital risque se concentre sur le capital développement où les rendement sont maximaux . Il a été observé que lorsque le capital risque s’investit dans l’amorçage, les rendements sont décevants, voire négatifs. Constatant que ni les capital risque, ni les business angel ne sont adaptés à ce type de long développement, le SBIR répond à cette problématique
Le SBIR représente  globalement deux milliards de dollar et concerne 4000 entreprises. Il apermis d’immenses succès comme comme Amgen (médicaments, créé en 1980, 1400 employés aujourd’hui) , Quakcomm (téléphonie mobile, 1985, 9000 employés),  Genzyme ( test génétiques essentiellement 1981, 8000 employés.

Le financement moyen par entreprise est de  850.000 dolars, mais peut aller jusqu’à plusieurs millions
Le « grand emprunt » en France créé pour soutenir l’activité et l’innovation pendant la crise pouvait représenter uen amorce de SBIR ;mais les sommes consacrées à l’innovation et à la valorisation sont loin du compte, d’autant qu’une grande partie a été investie dans des activités traditionnelles, et l’effort doit être continu, et non un à coup sans lendement

Le nouveau système d’innovation américaine a constitué un réel succès : le MIT, par exemple, crée annuellement  20 entreprises par essaimage et  150 start-up  sont crées chaque année par des anciens de cet institut. A cela s’ajoutent  le développement à l’Université de la culture entrepreneuriale : cours sur la création d’entreprise, participation d’étudiants à l’analyse de projets d’investissements…

Relancer l’innovation passe maintenant forcément par les PME, et le succès américain montre comment faire - encore suffit-il de l’adapter au contexte français en tenant compte de l’existence des Grands établissements de recherche, qui, en France, assurent en grande partie le rôle de recherche ailleurs dévolu à l’Université. Avis aux candidats à l’élection présidentielle !

mercredi 25 mai 2011

Endotis après Novexel : meurtre en série chez les biotechs

Endotis après Novexel : meurtre en série chez les  biotechs

Nouveau scandale à Biocitech, le parc d’activité des industries de la santé laissé par Aventis à Romainville à la place de la très prolifique, inventive et profitable Roussel-Uclaf. Après Novexel, c’est Endotis  qui licencie la plus grande partie de sa recherche.

Cette société a-elle échoué ? Non, bien au contraire. Comme Novexel, Endotis  a réussi à développer un composé, réussi sa première administration chez l’homme, et entreprend une étude clinique de phase II.

Mais surtout Novexel et Endotis ont les mêmes actionnaires majoritaires, qui ont eu le même comportement : prends l’oseille et tire-toi ! Il existait de multiples solutions pour permettre à Endotis de mener ses études cliniques tout en continuant sa recherche : augmentation de capital, entrée d’autres actionnaires au capital _ il y avait des candidats ; Cette solution a été refusée : l’actionnaire ne veut pas développer la société, il veut simplement vendre le produit si la phase II est un succès.

Autrement dit, dans la politique d’innovation française, ou bien les « jeunes pousses » échouent, et les chercheurs en paient le prix, ou bien elles réussissent, et les chercheurs … paient le même prix. Cela ne se passe pas ainsi dans les autres pays européens. Faut-il s’étonner que la France acquière ainsi un retard considérable dans la recherche scientifique et l’innovation ? On sait qu’elle manque considérablement de grosses PME, mais comment les PME pourraient-elles grossir si les sociétés dites de capital risque les avorte en cas de succès comme en cas d’échec!

En fait, le financement de l’innovation français est pathologique. Les sociétés de capital risque – le capital est pour eux, le risque pour les jeunes pousses- s’occupent d’amorçage (phase proche de la recherche fondamentale, risquée et relativement peu coûteuse),  ce qu’elles ne savent pas faire, au lieu de s’occuper de développement (risque amoindri, mais exigeant des financements plus important et une stratégie industrielle). Aux USA, c’est essentiellement l’argent public et  le gouvernement qui, à travers le Small Business Act et les SBIC (small business investment company) financent les phases d’amorçage, et le capital-risque prend le relais, en cas de succès pour les phases de développement : conclusion :  sept ans après leur création, l’emploi dans les jeunes pousses est multiplié par 60 contre 5 à 30 selon les pays

Deux ouvrages récents et intéressant mettent en évidence le retard de la France en matière de recherche et d’innovation et ses conséquences, le déclin industriel français : Etats généraux de l’industrie, 2010, Jean-françois Dehecq, (Ladocumentationfrancaise.fr) ; Pas d’avenir sans industrie Jean-Louis Levet, Economica 2010).

Les solutions :

             - Adopter une politique similaire à celle du small business act pour favoriser la naissance d’entreprises innovantes, avec un financement d’amorçage favorisé par l’Etat
- Réhabiliter l’état développeur, les commandes publiques et les aides aux PME
       - Baisse de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis
       - Favoriser les projets collaboratifs entre grandes entreprises et PME, veiller à un meilleur équilibre entre sous-traitance et donneurs d’ordres
 - Prendre conscience de l’impact sur l’emploi du tout délocalisable et que la délocalisation de la production finit par entraîner celle de la recherche
Il y a donc beaucoup à faire, et de manière urgente, en matière de recherche et d’innovation…cela devrait devenir une sujet central pour les prochaines élections


samedi 19 février 2011

Le scandale Novexel et l’innovation en France.

Le scandale Novexel et l’innovation en France.

Novexel est (était) l’exemple de la biotech ( entreprise de biotechnologie)française qui réussit. Aventis avait laissé sur l’ancien site de Romainville de Roussel-Uclaf, une « spin-off » consacrée à la recherche dans le domaine des antibiotiques, domaine dont il désirait se désengager. Pour une fois, cela s’était fait correctement : Novexel avait été créé avec un portefeuille de projets crédibles assez avancés et d’autres plus novateurs, et des moyens adaptés.
Novexel a parfaitement réussi à la fois à mener à terme, donc à un médicament, les projets avancés, et à avancer ses propres projets de recherches. Trop bien réussi : la multinationale Astra-Zeneca rachète la société, pour le plus grand profit des investisseurs, et pour le malheur des chercheurs et des équipes qui ont permis ce succès et qui sont tous licenciés. (Ceci dans la plus grande indifférence de Claude Bartolone, pourtant partie prenante du parc d’activité Biocitech, dont Novexel était l’un des fleurons).
Autrement dit, dans la politique d’innovation française , ou bien les « jeunes pousses » échouent, et les chercheurs en paient le prix, ou bien elles réussissent, et les chercheurs … paient le même prix. Cela ne se passe pas ainsi dans les autres pays européens. Faut-il s’étonner que la France acquière ainsi un retard considérable dans la recherche scientifique et l’innovation ?
Deux ouvrages récents et intéressant mettent en évidence le retard de la France en matière de recherche et d’innovation et ses conséquences, le déclin industriel français : Etats généraux de l’industrie, 2010, Jean-françois Dehecq, (Ladocumentationfrancaise.fr) ; Pas d’avenir sans industrie Jean-Louis Levet, Economica 2010).

A noter
-         de 1999 à 2009, les exportations françaises dans la zone euro ont chuté de 16.8 à 13.2%
-         Entre 1995 et 2007 la part de production de haute technologie n’a cessé d’augmenter en Allemagne ( elle est de 12%) et l’export a crû de 2.4 %
-         L’industrie manufacturière française représente 16% de la valeur ajoutée contre environ 25% en Allemagne
-         Le coût du travail n’est pas en cause : il est de 24.9 dollars en France, de 34.1 dollars en Allemagne, 27.1 dollars au Royaume-Uni, et il est encore plus élevé au Danemark, Suède, Luxembourg
-         Ce qui est en cause est simple : la France se caractérise par un faible investissement dans la recherche et l’innovation (1.9% du PIB) contre 2.4 % en Allemagne !! Et ce ne sont pas des aventures comme celles de Novexel qui amélioreront les choses.
-         Une autre cause : depuis le début des années 90, l’Unon européenne a décidé que la concurrence primerait sur toutes les autres politiques, contrairement à ce qui se passe aux USA, au japon et en Chine
-         Quelques pistes proposées par les auteurs :
Réhabiliter l’état développeur, les commandes publiques et les aides aux PME
                  Baisse de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis
                  Conditionner les aides aux entreprises
                  Améliorer la transparence des circuits de sous-traitance
            Prendre conscience de l’impact sur l’emploi du tout délocalisable et que la délocalisation de la production finit par entraîner celle de la recherche
Il y a donc beaucoup à faire, et de manière urgente, en matière de recherche et d’innovation…cela devrait devenir une sujet central pour les prochaines élections