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dimanche 5 mai 2019

Réforme des lycées : la fin d’une heureuse exception française


Blanquer, le destructeur, l’Attila des lycées

Décidément, cette présidence aura tout détruit, tout scarifié (tiens, c’est marrant, j’étais plutôt parti pour sacrifié, mais bon) de ce qui restait des atouts de la France ; et en l’occurrence, son enseignement secondaire, au moins celui des classes d’élite des lycées. Et le grand destructeur ici, l’infâme complice de  Macron, c’est Jean-Michel Blanquer, dont je n’ai jamais compris pourquoi il bénéficiait d’une telle indulgence de la droite et des conservateurs, si ce n‘ est  pour avoir terrassé une hydre pédagogiste bien flappie défendant une  lecture globale et une histoire dépourvue de chronologie que personne ne pratiquait plus. Reconnaissons une avancée sérieuse : l’importance accordée aux premières années d’apprentissage et le dédoublement des classes. Mais pour le reste, et notamment pour la réforme des lycées, c’est une catastrophe annoncée et un déclin accéléré irrémédiable. D’éminents esprits trop peu nombreux,  comme Laurent Wetzel, normalien, ancien Inspecteur de l’Education Nationale, avaient bien saisi et dénoncé la nocivité du personnage ( Jean-Michel Blanquer, une imposture ou  Revue des Deux Mondes, novembre 2017 pour l’ensemble de l’œuvre du mirobolant JMB). Lorsque François-Xavier Bellamy aura fini de s’amuser dans des parties de campagne pour lesquelles il est assez peu fait et pourra de nouveau se consacrer à ses domaines de compétence, peut-être aura-t-il des choses à dire. Mais il va falloir faire vite car l’effondrement menace.

Détruire la filière S

De la part de ministres de l’éducation (on en a connu) qui se vantent de ne pas comprendre la règle de trois, un objectif obsessionnel toujours renouvelé : détruire la filière S et la domination abjecte des mathématiques. Peu importe que cette filière soit devenue la filière de formation des élites intellectuelles, que s’y retrouvent des jeunes gens passionnés par les lettres, l’histoire, la géographie, l’économie, voire diverses matières artistiques (pourvu qu’ils comprennent a minima les maths), que les mathématiques aient ainsi supplanté le latin comme moyen de sélection ( et c’est bien normal, dans notre civilisation scientifique et technicienne, elles sont un outil universel), que cette filière S nous ait permis d’avoir ainsi de jeunes scientifiques pas totalement dépourvus de connaissances littéraires, historiques, biologiques, géographiques… et de jeunes littéraires connaissant au moins les principaux résultats et méthodes des sciences exactes, que des jeunes gens qui ne savaient trop vers quels métiers s’orienter ( et c’est bien normal) aient pu utiliser la filière S pour préserver au mieux leurs possibilités de choix futurs, eh bien tant pis, ou plutôt, raison de plus : il fallait détruire la filière S.

Ce rêve, cette revanche de ceux qui se sentent exclus des sciences,  Jean-Michel Blanquer l’a  accompli avec sa réforme des lycées.
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Oui, mais pas si facile !

Le Monde du 24 avril 2019 : Réforme des lycées, les maths restent plébiscitées à l’heure des choix de spécialités pour la première, 70% des élèves de seconde ont choisi cette matière !   S’agit-il vraiment d’une passion effrénée du peuple français  pour les maths ? Non simplement de réalisme ; verbatim : « du lourd, pour assurer mon avenir » ; « Arrêtez les maths à la fin de la seconde, même si on n’est pas un matheux, ça fait un peu peur ; on a le sentiment de se fermer des portes » ;  «  Les maths, c’est presque pas un choix, c’est un prérequis pour poursuivre des études » ; « Quand on a un projet professionnel peu défini, comme c’est le cas de beaucoup de jeunes à15-16 ans, , on essaie de rester dans une grille d’orientation la plus large possible ».

Ces jeunes ont décidément davantage de bon sens que leur ministre ; oui, une connaissance élémentaire des mathématiques, et plus généralement des sciences  est nécessaire dans toute carrière un peu intellectuelle, et arrêter les maths en seconde, c’est se fermer de nombreuses portes très prématurément, gravement obérer son avenir, et pour commencer se fermer de nombreuses filières de l’enseignement supérieur.

Du simple point de vue de l’enseignement des maths, la situation est donc pire qu’avant, et intenable… alors que l’on peine à recruter des professeurs. Comment l’Education Nationale va-t-elle gérer ce…, enfin ça ?

Mais il y a encore plus grave car l’on ne reconstitue pas aussi facilement ce que l’on détruit. Ceux qui choisissent « spé maths » auront un programme de maths aux ambitions affichées plus élevées, orienté réellement vers des professions scientifiques, qui risque d’en décourager beaucoup ; et, en même temps, ils se verront restreint dans d’autres choix (langues, physique biologie, histoire-géographie, lettres classiques, économie) à un moment de leur vie où leur choix n’est pas assuré. Double peine. Quant à ceux qui n’auront pas choisi la « spé maths »., eh bien ils restreignent fortement leurs choix futurs de carrière et ils perdent tout contact avec le mouvement scientifique général, devenant en quelque sorte intellectuellement diminués et peu capables de comprendre les enjeux de nos sociétés.

On aura ainsi des scientifiques dépourvus de connaissances dans les matières littéraires, et des littéraires scientifiquement ineptes ; loin de réaliser les croisements, de faciliter les synthèses de plus en plus nécessaires entre des connaissances de plus en plus morcelés, on aura fait exactement l’inverse.

On aura abandonné l’un des rares avantages de notre système secondaire en comparaison du système anglo-saxon, cette spécialisation tardive dans les sections d’élites qui permettait aux littéraires comme aux scientifiques d’acquérir une bonne culture générale.

En s’acharnant sur la section C, c’est l’élite intellectuelle de la France qu’on aura détruite. Quand Cédric Villani aura renoncé à sa campagne municipale parisienne quelque peu incongrue, pour rester gentil, il aura peut-être du temps pour réagir à ce saccage, d’un enjeu eu fond autrement plus important.  Est-ce avec des scientifiques et des littéraires hémiplégiques que l’on pourra répondre aux défis de l’intelligence artificielle, auxquels il  a consacré un travail parlementaire important ?

Oui, Blanquer aura, comme cete présidence beaucoup détruit et obéré les chances et atouts de la France

Tiens en passant, si l’on veut la plus bénéfique, la plus urgente, la plus nécessaire des réformes de l’ENA, ce serait-celle-ci : que nul n’entre ici s’il n’a pas au moins un niveau licence dans une discipline scientifique !

Pour compléter, une remarquable tribune libre de Karina Gerdau, docteure en anthropologie biologique (Université de Bordeaux 1), chercheuse indépendante en archéoanthropologie parue dans Libération (https://www.liberation.fr/debats/2019/04/19/l-indispensable-enseignement-des-mathematiques_1722397) qui dénonce aussi ce que nous allons perdre à cette anglicisation de notre enseignement secondaire,

L'indispensable enseignement des mathématiques

Une enseignante chercheuse s'inquiète de la réforme du baccalauréat en France. Pendant huit ans, elle en a expérimenté l'équivalent auprès de ses élèves britanniques et a constaté l'augmentation des échecs universitaires due au manque d’éducation scientifique et mathématique.

Tribune. J’aimerais, aujourd’hui, faire part de mes inquiétudes après la réforme du baccalauréat qui prendra effet à la rentrée 2019. Cette réforme envisage, entre autres, le choix des spécialités en section générale et technologique à partir de la classe de première. Les élèves pourront, s’ils le souhaitent, ne plus suivre d’enseignements en mathématiques et en sciences. Cette mesure est similaire à celle qui est déjà mise en place au Royaume-Uni (excepté l’Ecosse) pour le General Certificate of Education Advanced level (GCE A-Level), équivalent britannique du baccalauréat, où les élèves peuvent ne plus suivre d’enseignements en mathématiques et en sciences, et même en langue et littérature anglaise.

J’ai été enseignante-chercheuse pendant huit ans au Royaume-Uni (Bournemouth University, 2009-2017). J’ai, par conséquent, pu suivre l’évolution des bacheliers admis à l’université. De par mon expérience, le manque d’éducation scientifique et mathématique nuisait à leur réussite universitaire, même dans les sciences humaines et sociales. Les étudiants britanniques n’ayant pas étudié les mathématiques et les sciences au lycée (6th Form ou College) avaient un taux d’échec plus élevé et de moins bons résultats globaux que les étudiants ayant suivi ces spécialités pour obtenir le GCE A-Level.

Par ailleurs, selon les études supérieures envisagées, les universités britanniques requièrent certaines spécialités du GCE A-Level pour l’admission des bacheliers. A quelques exceptions près, les mathématiques et au moins une science sont majoritairement requises au moment de l’admission, ce qui renforce l’importance de ces compétences pour le monde du travail et la réussite des études dans l’enseignement supérieur.

Dans notre société, quel que soit le métier, il est nécessaire d’avoir des compétences en mathématiques et en sciences. Par exemple, des compétences en calcul (y compris les statistiques et les probabilités) sont nécessaires pour gérer un prêt bancaire, comprendre ses impôts ou l’augmentation des taxes, et même certaines informations que diffusent les médias.

Des compétences scientifiques, notamment sur la biologie humaine, la méthode scientifique et la théorie de l’évolution, permettent par exemple de mieux comprendre les soins dispensés en cas de maladie et de développer l’esprit critique afin de mieux lutter contre la désinformation et le réchauffement climatique et d’enrayer la vague antivaccination.

Je ne saurais trop conseiller de reprendre cette réforme pour inclure les mathématiques et au moins une science au choix dans les enseignements du tronc commun jusqu’en classe de terminale.

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vendredi 19 janvier 2018

Carnets de science n°3 – l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle façonne le monde de demain – et il sera vraiment différent

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette nouvelle revue scientifique, Carnets de sciences, très bonne revue de vulgarisation où les chercheurs eux-mêmes s’expriment largement, et de plus abondamment et intelligemment illustrée. Cette revue, publiée par le CNRS a, je l’avais dit, vocation à devenir une vitrine de la recherche française, et dans le dernier numéro s’expriment des chercheurs du CEA et de l’INRIA (ou peut-être d’unités mixtes ?), et c’est très bien
 Pour ce numéro, un dossier passionnant sur l’intelligence artificielle.  Tout d’abord, un historique rapide (Des machines enfin intelligentes, Yaroslav Pigenet), qui montre bien comment les problématiques de l’intelligence artificielles, les espoirs et les craintes ne sont pas récent, mais comment les progrès immenses effectués ces dernières années ont rendu possibles ce qui n’apparait même pas comme envisageable. Yann Le Cunn, directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook a commencé sa brillante carrière …en mettant au point un système de reconnaissance automatique des codes postaux. Nous sommes bien loin de cela aujourd’hui, grâce à deux facteurs : l’explosion des puissances de calcul, l’explosion des données disponibles ; pour entrainer un système de reconnaissance visuelle, on peut maintenant nourrir un ordinateur de millions de données (photos annotés sur le net, par exemple) au lieu de quelques centaines rassemblées par quelques étudiants. Et cela marche, et cela explique le modèle et le développement économique des GAFA- et pourquoi cela ne vas pas s’arrêter.

Pour ceux qui veulent angoisser : nous en sommes au point où des dispositifs massivement entrainés fonctionnent comme une boite noire et fournissent d’excellent résultats par des voies qui ne peuvent se traduire en aucun langage ou raisonnement (système symbolique) compréhensible par nous. C’est vraiment une autre intelligence avec laquelle nous devrons dialoguer.  Pour ceux qui veulent se rassurer, cette remarque de Sébastien Konieczni : « les machines réalisent mieux que nous des tâches considérées comme intelligentes car nous seuls étions jusqu’à présent capables de les réaliser mais une machine qui soit l de définir ses buts, ça on ne sait  pas faire "

Les applications de l’intelligence artificielle se font déjà sentir et le feront de plus en plus dans le domaine de la santé : aide au diagnostic, formation des médecins,  applications à des systèmes biologiques complexes qui devraient permettre de nouvelles découvertes. (Léa Galanopoulo). Pour la justice, l’intelligence artificielle permet de de mieux exploiter la jurisprudence et prédire les chances de succès d’une démarche juridique, et les cabinets d’avocats l’utilisent de plus en plus. Pour autant, l’idée que l’informatique serait plus objective que l’homme ignore le fait que les algorithmes peuvent aussi reproduire et même amplifier les biais de l’esprit humain ou des sociétés existantes. Ainsi, utilisé de façon imprudente, un algorithme pourra recommander la détention préventive d’un mis en examen noir parce qu’il est noir, en s’appuyant sur les statistiques actuelles, et en accordant un poids insuffisant à sa situation individuelle – le tout sans que la raison en apparaisse de façon évidente. (Fabien Trécourt)

L’intelligence artificielle joue un rôle primordial dans les avancées vers la voiture autonome. Au-delà des prouesses déjà réalisées, les véhicules autonomes devront réagir différemment en fonction du pays où ils évoluent et des habitudes de circulation locales (Guillaume Garvanèse).

Une menace pour l’emploi ?

L’impact sur l’emploi de l’intelligence artificielle a donné lieu à des études extrêmement alarmistes, per exemple de France Stratégie qui montrerait que l’IA pourrait menacer 47% des emplois aux USA, 49% au Japon, 42% en France, 54% dans l’Union Européenne. On peut sérieusement douter de ces prédictions alarmistes, l’idée que la technologie tue l’emploi étant certainement l’une des craintes le plus constamment démenti dans l‘histoire. Pour autant, il est certain que  des difficultés transitoires surgiront, et qu’une société où ceux qui ne sont pas complémentaires à l’Intelligence artificielle seraient marginalisés ou exclus du travail, même avec du pain et des jeux serait en grave danger. Cela suppose une politique active pour aider les gens à changer de secteurs plutôt que d’empêcher la mise en ^lace de technologies grandement  créatrices de richesses. Des facteurs plus étranges, que nous commençons seulement à réaliser et que nous ne savons pas évaluer rentrent également en jeu : l’Intelligence artificielle peut d’ores et déjà écrire des romans qui ont tout pour devenir des best sellers- pour autant aura-t-on envie de lire un roman écrit par un algorithme ? (Serge Abitboul)

Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? Des performances inquiétantes, des problèmes inédits

Peut-on faire confiance à l’Intelligence artificielle ? (Charline Zeitoun, Sébastien Konieczny, Jean-Gabriel Ganascia, Serge Abiteboul, Raja Chatila…) pose des questions intéressantes ou surprenantes, ou angoissantes, et la réponse semble être : pas plus qu’à n’importe qui. Deux expériences de Chatbot (robots conversationnels, capables par exemple d’entrer dans des forums de discussion ), notamment Tay de Microsoft et GlovVe ont rapidement tourné court. En quelques heures, habilement manipulé par des internautes un peu pervers, Tay se déclarait partisan d’Hitler, antisémite et comparait Obama à un singe.  Que l’intelligence artificielle batte les champions de monde d’échec, puis ceux de go, cela représente juste un progrès marquant. Mais qu’une intelligence artificielle (Libratus) apprenne, simplement par autoapprentissage, en jouant des millions de parties contre elle-même, à jouer au poker et à bluffer, puis batte à plate couture quatre joueurs professionnels , c’est beaucoup plus perturbant. Dans un proche futur, lorsque vous voudrez négocier une augmentation de salaire avec votre employeur, envoyez Libratus ! Les robots sauront mieux négocier que nous… Autre exemple angoissant : des ingénieurs de Facebook ont fait dialoguer entre elles deux intelligences artificielles (chatbot) conçues pour négocier :   Ils se sont aperçu qu’elles mettaient progressivement en place un nouveau type de langage qu’ils ne pouvaient comprendre et ils ont rapidement débranché leurs machines. Même s’il n’ y avait là aucun danger et que le problème pouvait être régler en imposant des contraintes supplémentaires, cela ne laisse pas que d’être un peu inquiétant.

Une intelligence artificielle pourrait facilement remplacer un conseiller bancaire, étudier des millions d’exemple de prêts et proposer des conditions adaptées à un client. Le problème est qu’il y a de fortes chances que ce système reproduise les biais du passé, c’est-à-dire que par exemple si certaines minorités ethniques ont vu leurs demandes refusées plus souvent ou paient des droits supérieurs, eh bien cette situation risque de se perpétuer.  Cet exemple est particulièrement éclairant, car les systèmes actuels d’apprentissage les plus performants, type réseaux de neurones, ne permettent, ou pas facilement, de remonter à ce que notre intelligence appellerait la cause de l’effet. Ceci met gravement  en cause l’acceptabilité de l’Intelligence artificielle : « Personne n(‘acceptera de se voir refuser un prêt à cause de la connexion 42 du réseau qui est hélas inférieure à 0.2 » (Sébastien Koznieczny).

Le problème de la cause, mais aussi, celui qui lui est lié, de la responsabilité. Il pose un véritable problème pour le développement de la voiture autonome. Êtes-vous prêt à acheter une voiture autonome dont, si en cas de risque d’accident mortel, vous ne  savez pas si elle privilégiera la sécurité des passagers de la voitures, ou celle, per exemple, de piétons ?- ou vous ne savez pas du tout quelle règle elle suivra Le problème est déjà posé, et Mercedes a répondu que ses voitures autonomes privilégieront dans tous les cas la sécurité des passagers tandis qu’ Angela Merckel a dit que ce n’était pas acceptable et annoncé qu’il y aurait une loi . Le problème : « Dans un réseau de neurones, méthode purement numérique, on ne peut ni coder, ni dicter des règles d’éthique, comme imposer que le résultat ne dépende pas du sexe, de l’âge, de la couleur de peau.. Mais c’est possible avec une approche symbolique » (Sébastien Koznieczny). L’avenir est donc peut être à un hybride entre l’intelligence artificielle et d’autres systèmes plus proches de l’intelligence humaine.


Comment sera le monde perçu par une Intelligence artificielle ? Je me suis posé la question de la manière dont une agence artificielle rassemblerait toutes les données astronomiques connues par Kepler et quelle « théorie » aurions-nous alors du système solaire ? Cette question-a-t-elle-même un sens ? Nous fournirait-elle une connaissance du système solaire aussi efficace que la nôtre, en faisant l’économie des lois de Kepler, de la gravitation universelle, de la notion même de loi physique ? 

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lundi 20 avril 2015

L’intelligence artificielle_ une certaine inquiétude ?


Je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas inquiets (Bill Gates)

Il est assez rare d’entendre des déclarations de ce type de la part de magnats américains. Bill Gates, donc : « Je suis de ceux qui s'inquiètent de la super-intelligence. Dans un premier temps, les machines accompliront de nombreuses tâches à notre place et ne seront pas super-intelligentes. Cela devrait être positif si nous gérons ça bien. Plusieurs décennies plus tard cependant, l'intelligence sera suffisamment puissante pour poser des problèmes. Je suis d'accord avec Elon Musk et d'autres, et je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas inquiets »
Le Future of Life Institute (FLI  ou Institut pour le Futur de l’Humanité ), qui compte parmi ses membres le physicien britannique Stephen Hawking, Elon Musk, George Church, professeur de génétique à l'université de Harvard, ou encore l'acteur américain Morgan Freeman a publié un appel signé par plus de 700 scientifiques et chefs d'entreprises pour s’inquiéter des risques  du développement de l’intelligence artificielle et  s'assurer que les futures avancées dans le domaine soient bénéfiques à la société. La devise du FLI reflète bien ses interrogations : « La technologie nous donne la possibilité d’une vie épanouissante  comme jamais auparavant... ou de nous autodétruire.Extraits de la lettre 

Priorités de recherche pour une 'Intelligence Artificielle sûre et bénéfique : une lettre ouverte

La recherche sur  l'intelligence artificielle (IA) a exploré une variété d'approches et de problèmes depuis sa création, mais dans les 20 dernières années, a été axée sur les problèmes liés à la construction des agents intelligents - systèmes de perception et d’action dans un environnement donné. Dans ce contexte, « l'intelligence » correspond  à la notion de rationalité, dans ses interprétations statistiques et économiques  au sens large – soit, plus familièrement, , la capacité de choisir les bonnes décisions, plans ou inférences. L'adoption de représentations probabilistes et liées aux théories de la décision et des méthodes d’apprentissage a conduit à un grand degré d'intégration et là un enrichissement mutuel entre IA, apprentissage automatique, statistiques, théorie du contrôle, neurosciences et d'autres domaines. La mise en place de cadres théoriques partagés, combiné avec la disponibilité des données et la puissance de traitement, a conduit à des succès remarquables dans diverses tâches de composants tels que la reconnaissance vocale, la classification des  images, les  véhicules autonomes, la traduction automatique, la locomotion robotique et  les systèmes de question-réponse.
Comme les capacités dans ces domaines et d'autres franchissent le seuil du laboratoire de recherche  pour devenir des  technologies de haute valeur économique, un cercle vertueux s'engage : même de petites améliorations dans les performances peuvent laisse espérer de grandes espérances de profit, ce qui incite à investir davantage dans la recherche. Il y a maintenant un large consensus sur le fait que la recherche en  IA  progresse régulièrement, et que son impact sur la société augmentera. Les avantages potentiels sont énormes, puisque toute la civilisation est un produit de l'intelligence humaine.  Nous ne pouvons pas même prédire ce que l’Humamité pourra faire lorsque se développera l’intelligence humaine amplifiée par l’AI et qu’elle nous donnera de nouveaux outils. L'éradication de la maladie et de la pauvreté sont peut-être à notre portée. En raison de cet énorme potentiel de l’IA, il est important de chercher comment récolter ses fruits tout en évitant les inconvénients et pièges possibles.

Les progrès dans la recherche d'IA  font qu’il est opportun de concentrer la recherche non seulement sur la performance, mais aussi sur l’optimisation des avantages pour la société. Ces considérations ont mené le Comité présidentiel  de l’’association pour le Progrès en Intelligence artificielle (Association for the Advancement of Artificial Intelligence) à encourager une réflexion de longue durée sur le futur de l’AI et sur ses impacts sociétaux ; une telle démarche doit constituer une expansion importante du champ de l'IA elle-même, qui, jusqu'à présent, s’est surtout focalisée sur des techniques neutres en ce qui concerne leur but. Nous  recommandons un élargissement des programmes de  recherche visant  à assurer que les systèmes d’IA, de plus en plus puissants, soient ,de plus, sûrs et bénéfiques : nos systèmes d'IA doivent faire ce que nous voulons qu'ils fassent. Un document listant des priorités de recherche  et donnant de nombreux exemples qui peuvent aider à maximiser les avantages pour la société de l'IA a été préparé. Cette recherche est nécessairement interdisciplinaire s’agissant de l’interaction entre la société et l’IA ; elle concerne notamment l'économie, le droit, la philosophie, la sécurité informatique, la logique formelle et, bien sûr,  les diverses branches de l'IA elle-même.
Les ordinateurs peuvent être aussi "complètement cons"
Certains  chercheurs impliqués dans l’IA considèrent  que le danger potentiel peut venir davantage de ce que les ordinateurs sont « complètement cons » plutôt que leur supposée super intelligence. Ainsi, Bostrom, directeur de l'Institut du Futur de l'Humanité, donne l’exemple suivant : un système à qui on demanderait de rendre les hommes souriants, et qui leur injecterait un neurobloquant pour figer les muscles de leurs visages. Ou, comme dans un épisode d’une série de science fiction, un système à qui l’on donnerait pour instruction de « servir l’homme », et qui proposerait des recettes de cuisine : servir l’homme en paillottes, à la sauce gribiche, en rôti etc….  Dixit Gérard Berry, informaticien et professeur au Collège de France, qui vient de recevoir la médaille d'or 2014 du CNR « Si jamais, dans la chaîne de conséquences, il y a quelque chose qui ne devrait pas y être, l'homme ne s'en rendra pas compte, et l'ordinateur va foncer dedans. C'est ça le bug. Un homme n'est pas capable de tirer les conséquences de ses actes à l'échelle de milliards d'instructions. Or c'est ça que va faire le programme, il va exécuter des milliards d'instructions." 
Bref, il y a dans tout cela beaucoup d’exaltation naïve, technophile ou technophobe, et sans doute un peu de marketing et de lobbying pour une discipline particulière qu’un minimum de connaissances de philosophie ou d’histoire des sciences aiderait à relativiser. Oui, l’intelligence artificielle va nous donner  à nous humains, et non aux robots, de nombreux et considerable nouveaux pouvoirs ; mais  c’est nous qui décideront - quitte à « débrancher ! »), oui elle va nous transformer, y compris physiologiquement, comme l’invention de l’écriture a transformé notre cerveau lui-même ; comme l’invention de l’imprimerie a transformé notre relation au savoir ; il faudrait aussi relire les commentaires effrayés qui ont accompagné l’invention de la Pascaline, la première machine à calculer par Blaise Pascal (enfin à additionner, soustraire, multiplier), se souvenir des spectateurs effrayés s’enfuyant de la salle où était projetée l’Arrivée du train en gare de la Ciotat de Louis Lumière ; oui le simple cinéma a aussi profondément modifié nos sensations ; la perplexité qu’à fait naître la certitude qu’un ordinateur pouvait battre le meilleur maître d’écher ( une discipline en perte de vitesse médiatique, semble-t-il) etc.
Ni enthousiasme extravagant, ni peur panique : nous garderons le contrôle.- ce qui d’ailleurs doit nous inciter encore plus à réfléchir