Cf excellent tweet résumé de Tristan Kamin
(https://twitter.com/TristanKamin/status/1271424108627181570?s=09)
et le dossier sur le site de
l’AIE (https://www.iea.org/reports/nuclear-power#tracking-progress)
Résumé Tristan Kamin :
1) Un effort à faire mais pas si démesuré que cela !
(2 fois le parc nucléaire français) !
L'Agence Internationale de l'Énergie alarme -
encore - sur le taux insuffisant de déploiement du nucléaire dans le monde. Leur « Sustainable Development Scenario » demande 600 GW de nucléaire en 2040, contre
443 GW actuellement.
En considérant les constructions et projets en cours, les
travaux de prolongation de réacteurs déclarés, et les intentions de fermeture,
la trajectoire actuelle nous mène à seulement
455 GW en 2040.
Presque
150 GW manquants : plus du double du parc français !
Commentaire :
à l’échelle mondiale, c’est pas si effarant !
Fin 2019, 60 GW étaient en chantier. Pour suivre ce
scénario, il faudra 15 GW de projets
lancés chaque année. Ce rythme était
celui observé en 2009 et 2010, évidemment freiné net en 2011 par la
catastrophe de Fukushima.
Commentaire :
toujours pas si effarant !
Au-delà des 60 GW en chantier (avec, en tête, l'UK et la
Corée du Sud pour l'OCDE, la Chine et la Russie hors OCDE), environ 35 GW sont
actuellement en projet. Côté Chine, on devrait passer très près de réussir
l'objectif de 58 GW en fin 2020, à quoi
s’ajoutera le plan quinquennal prévu en
2021, dont on estime qu'il pourrait impulser la création de plus de 120 GW de nouveaux projets. Enfin,
l'Inde, qui aimerait 21 (!) nouveaux
réacteurs d'ici 2030 (!!!). Ensuite on passe à la Pologne, avec une feuille
de route énergétique visant 6 à 9 GW de
nucléaire (on part de 0) d'ici 2040, avec un premier réacteur souhaité en
service pour 2033. Va pas falloir niaiser !
L'AIE s'attarde aussi sur le cas Japonais, avec cette
ambition de remonter la part du nucléaire à plus de 20% pour 2030, et le gros
risque de retard du fait des difficultés des exploitants à obtenir les
autorisations de redémarrer auprès de la nouvelle autorité de sûreté nippone.
Vient ensuite sur le feu la Belgique, dont l'AIE rappelle
qu'une fermeture de tout le parc (qui couvre 50% de la production) est prévue
pour dans 5 ans, avec rien de mieux que des subventions aux centrales à gaz
pour maintenir le système électrique à flot. L'AIE rappelle le cas français,
avec une réduction à 50% de la part du nucléaire prévue d'ici 2035, mais
également - on a tôt fait de l'oublier - que d'ici mi-2021 doit sortir un plan
de renouvellement du parc actuel (pour maintenir 50%)
Les maintenances lourdes pour prolonger la durée de
service des réacteurs actuels, en anglais « refurbishment » (pas trouvé
d'équivalent en français, mais c'est ce qu'on appelle le « Grand carénage »)
sont à l'honneur encore une fois. Et puis, bien entendu, les USA. Avec 88 de leurs 98 réacteurs encore en
service déjà autorisés à fonctionner jusqu'à 60 ans, et 6 candidatures pour 80
ans : 4 validées, 2 en cours d'examen.
2) Plein
feu sur les SMR !
La suite du rapport porte sur les technologies futures du
nucléaire : SMR, Génération IV, voire la fusion des deux (et non, pas la
fusion-tout-court).
Il y est question de certification en stade déjà avancé
de certains SMR aux USA et au Canada et de coopération entre les deux autorités
de sûreté de chacun de ces deux pays. Est également mentionné le projet
français NuWard. Le Canada serait le
pays le plus avancé dans le domaine… sans le raccordement au réseau, fin 2019,
des deux réacteurs de l'Akademik Lomonosov, la centrale nucléaire russe
flottante.
Une parenthèse est à nouveau dédiée à la Pologne, ainsi
qu'à l'Indonésie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite : trois pays qui
s'intéressent aux SMR à très haute température, et le dernier qui s'intéresse
surtout aux SMR pour la désalinisation d'eau de mer.
Avant de passer aux recommandations, le rapport parle
d'investissement : pour suivre le scénario de développement durable de l'AIE, il faudrait investir 1400 milliards de
dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040, soit 70 milliards par an en
moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant, et c'est d'ailleurs mis en
perspective avec les 50 milliards d'investissements réalisés en 2017 et en 2018
C'est
pas une rupture, une explosion, qu'il faut, mais juste un bon coup
d'accélérateur.
Les
recommandations de l’AIE
... La numéro 1 va vous étonner.
1/4 : Réduire les incertitudes POLITIQUES sur le
nucléaire, et reconnaître la VALEUR de l'énergie nucléaire dans les systèmes
énergétiques BAS-CARBONE actuels et futurs.
2/4 : Réduire les risques liés au MARCHÉ, au travers de
réformes des marchés de l'électricité.
3/4 : User des leviers de gouvernance d'État pour
soutenir la construction de nouvelles infrastructures nucléaires.(aka ne pas
attendre que, par la magie du libéralisme, les choses se fassent seul : les
gouvernements doivent mettre les mains dans la machine)
4/4 : Harmoniser les procédures de certification et aller
pour de vrai vers la coopération internationale.(halala, si seulement EDF
n'avait pas eu besoin de certifier l'EPR en France puis en Grande-Bretagne.
Verbatim :
1) Le
nucléaire manquant : des centrales fermées prématurément, de nouvelles
constructions nécessaires
« En 2019, 5,5 GW de capacité nucléaire
supplémentaire ont été raccordés au réseau et 9,4 GW ont été définitivement
arrêtés, ce qui porte la capacité mondiale à 443 GW. De nouveaux projets ont
été lancés (environ 5,2 GW) et des rénovations sont en cours dans de nombreux
pays pour assurer les opérations à long terme de la flotte existante.
Néanmoins, alors que le parc nucléaire
existant demeure la deuxième source d’électricité à faible émission de carbone
au monde, la construction de nouveau
nucléaire n’est pas en phase avec les exigences du SDS (Sustainable Developemnt
Scenario). Selon les tendances
actuelles, la capacité nucléaire en 2040 s’élèvera à 455 GW – bien en deçà du
niveau SDS de 601 GW. Des
prolongations supplémentaires de la durée de vie et un doublement du taux
annuel d’ajouts de capacité sont donc nécessaires »
Commentaire :
donc 150 GW manquant, le double du Parc
nucléaire Français, selon l’observation de Tristan Kamin. A l’échelle mondiale,
rien de délirant !
« En 2019, 5,5 GW de nouvelles capacités nucléaires
ont été mises en ligne. Il s’agit d’une forte diminution par rapport à 2018,
année où 11,2 GW étaient raccordés au réseau – l’ajout de capacité le plus
élevé depuis 1989. La Chine et la Russie restent les premiers pays en termes de
nouvelles connexions au réseau et de lancements de construction. En fait, 20 % des réacteurs nucléaires en
construction à l’échelle mondiale se trouvent en Chine.
Bien que 60,5 GW de nouvelles capacités nucléaires soient
en construction à la fin de 2019, le
rythme d’achèvement des nouveaux projets est la moitié de ce que recommande le scénario
de développement durable (SDS). Une
nouvelle capacité nucléaire de 15 GWe en moyenne par an entre 2020 et 2040 est
nécessaire pour être dans le rythme recommandé pour le scénario.
Commentaire :
Ce rythme était celui observé en 2009 et 2010 avant Fukushima
(Tristan Kamin) Rien d’impossible
2) Arrêt
des fermetures anticipées et refurbishment (Grand Carénage): la solution
climatique la plus efficace et la plus économique !
« En 2019, 13 réacteurs nucléaires ont été
définitivement arrêtés au Japon (5 unités), aux États-Unis (2 unités), en
Suisse, en Allemagne, en Corée, en Russie, en Suède et à Taïwan (1 unité
chacun) pour un total de 9,4 GW. Six de ces centrales étaient âgées de plus de 40 ans, mais la plupart des réacteurs
ont été retirés pour se conformer aux mesures de politique nucléaire nationale,
y compris les mesures post-Fukushima au Japon. Plusieurs d’entre eux ont
également été retirés en raison de conditions défavorables du marché
(États-Unis). »
Commentaire : l’AIE
y revient à de multiples reprises, de manière soft, mais le message est clair. :
c’est idiot et criminel (écocide !) d’arrêter des centrales nucléaires qui
pourraient continuer à fonctionner moyennement un « refurbishment »
(Grand Carénage) ;
Car
la prolongation de la vie des centrales nucléaires, lorsqu’elle est possible, est la méthode la plus simple, la plus
efficace et la plus économique de mitigation du défi climatique.
« Les unités nucléaires canadiennes de Darlington et
de Bruce, en Ontario, font l’objet d’une rénovation pluriannuelle de plusieurs
milliards de dollars qui permettra aux centrales de fonctionner bien au-delà du
milieu du siècle. Les deux projets avancent comme prévu, la première unité
rénovée (Darlington-2) devant être reconnectée au réseau en 2020. Le projet de
rénovation de Darlington devrait être terminé d’ici 2026 et le projet Bruce
d’ici 2033 »…
« En France, l’entreprise EDF poursuit son programme
d’exploitation à long terme pour prolonger la durée de vie du parc nucléaire français
au-delà de 40 ans et s’attend à une approbation réglementaire générique pour la
série 900 en 2020. Entre-temps, Tricastin-1 a été la première unité achevée
dans le cadre du programme à la fin de 2019. Des rénovations similaires seront
appliquées à 21 unités supplémentaires de 900 MWe avant 2025. »
« Les fermetures anticipées des centrales thermiques, y compris l’énergie
nucléaire, menacent des milliers d’emplois, concentrés en Europe et aux États-Unis,
tandis que la perte de capacité nucléaire entravera les possibilité
d’atténuation du dérèglement climatique. »
« Sans prolongations
supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des économies
avancées sera fermé d’ici 2030. »
3) Les pays qui investissent dans le gros nucléaire.
« Seulement 5,2 GW de construction
ont été lancés en 2019, avec un réacteur en Chine, en Iran, en Russie et au Royaume-Uni. Les 60,5 GW de
capacité nucléaire en construction se trouvaient principalement dans les pays
de l’OCDE (20 GW), la Chine (10 GW)
et la Russie (4,9 GW). Les deux pays
de l’OCDE ayant le plus de capacité en construction sont la Corée (6 GW) et le Royaume-Uni (3,4 GW). Sur les 25 GW de capacité en construction dans
le reste du monde, les principaux pays sont l’Inde (5,3 GW) et les Émirats
arabes unis (5,6 GW). La
construction aux Émirats arabes unis progresse conformément au calendrier, et
le chargement de carburant de la première unité a eu lieu en mars 2020. Dans
les pays de l’OCDE, Hinkley Point C est le plus grand projet de construction de
nouvelles constructions en cours et le premier projet pour le Royaume-Uni
depuis 1995. La construction des deux unités est prévue, le radeau de l’île
nucléaire de l’unité un ayant été achevé en mai 2019.
D’autres projets de construction sont en phase de
préparation en Argentine, au Brésil, en
Bulgarie, en République tchèque, en Égypte, en Finlande, en Hongrie, en Inde,
au Kazakhstan, en Pologne, en Arabie saoudite et en Ouzbékistan. Il s’agit généralement de grands projets de
réacteurs (1 GW), et à en juger par les politiques actuelles et les projets
en cours, cela pourrait signifier de nouveaux ajouts d’environ 35 GW. »
« En dehors des pays de l’OCDE, le 13e Plan
quinquennal de la Chine a été le principal stimulant de son programme nucléaire
national, reliant plus de 30 GWe de capacité nucléaire au réseau au cours de la
dernière décennie. Cela signifie que le
pays est susceptible d’atteindre son objectif ambitieux de 58 GWe de capacité
nucléaire installée d’ici la fin de 2020. En outre, son 15e plan quinquennal en 2021 devrait insuffler un nouvel élan
au programme nucléaire national, avec des plans à moyen terme pour construire 120 à 150 GWe d’ici 2030 »
En novembre 2019, la Pologne
a publié son projet de politique énergétique pour 2040, réaffirmant son projet
de développement de 6 GW à 9 GW
d’énergie nucléaire dans le cadre d’un portefeuille énergétique diversifié, ce
qui rend le pays moins fortement dépendant du charbon et du gaz importé. La
première centrale nucléaire polonaise pourrait être mise en service en 2033, et
cinq autres devraient suivre d’ici 2043…
La France a revu sa planification énergétique en novembre
2018 et rendu publique sa stratégie de neutralité carbone en 2050. Cette
stratégie repose sur la fermeture des centrales à combustibles fossiles
restantes; prolonger la durée de vie de certains réacteurs existants tout en
étalant les fermetures d’autres pour assurer un calendrier de déclassement en
douceur; développement des énergies renouvelables. Le nucléaire restera l’épine
dorsale de la stratégie énergétique Français avec une part de 50 % dans le mix énergétique de 2035, le
reste provenant de sources d’énergie renouvelables. Pour pouvoir compter sur le
nucléaire au-delà de 2035 et le conserver comme option viable, le gouvernement
Français a annoncé un programme de travail avec l’industrie nucléaire pour
élaborer un plan d’ici la mi-2021 pour un éventuel programme nucléaire de
construction neuve.
4) A
coté des gros réacteurs, les SMR (Small Modular Reactors)
« Les petits réacteurs modulaires continuent
d’attirer l’intérêt tant dans les pays nucléaires établis, comme le Canada et
les États-Unis, que dans les pays nouveaux arrivants en Europe, au
Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud-Est. Les RD&D et les
investissements dans les RSM et autres réacteurs de pointe sont encouragés par
des partenariats public-privé. La certification de conception des RMR par les
autorités de sûreté nucléaire progresse. Le
prototype NuScale en est à la dernière étape de la certification de conception
par le CNRC des États-Unis, et le processus devrait être terminé en 2020.
Les plans de construction des premiers modules d’une nouvelle usine dans
l’Idaho ont progressé avec les fabricants ayant été choisis et un soutien
supplémentaire confirmé par le DOE des États-Unis.
En mars 2020, Oklo
a soumis au CNRC la première demande combinée de licence pour une technologie
de réacteur de pointe. Oklo développe un micro-réacteur de 1,5 MW pour fournir
de l’énergie sur des sites éloignés. Le gouvernement
canadien a publié sa feuille de route SMR en décembre 2018 et a encouragé
les fournisseurs de SMR à tirer parti des possibilités offertes pour faire la
démonstration de leurs technologies. La
CCSN (organisme de réglementation fédéral du Canada) examine actuellement dix
conceptions de SMR et a reçu une demande de construction d’un réacteur micro
modulaire en 2019.
En septembre 2019, un
consortium Français (CEA, EDF, Techninatome et Naval Group) a annoncé le
développement d’un réacteur à eau légère SMR (projet Nuward
de 170 MWe lors de la Conférence générale
de l’AIEA. La centrale de 340 MWe (deux unités par centrale) est conçue pour
remplacer les centrales électriques à combustibles fossiles de milieu de gamme
dans les pays dotés de réseaux petits ou mal interconnectés. Les pays nouveaux
arrivants comme la Pologne, l’Indonésie et la Jordanie continuent de concevoir
des études de faisabilité pour le développement de réacteurs à haute
température, ces deux derniers étant en coopération avec la Chine. L’Arabie
saoudite mène également des études sur le dessalement nucléaire à l’aide de SMR.
Le Forum international génération IV, une initiative
internationale de recherche et développement qui réunit les pays nucléaires les
plus avancés, renforce son engagement auprès de diverses entreprises du secteur
privé.
5) L’investissement
mondial dans la capacité nucléaire reste insuffisant
Dans l’ensemble,
les investissements mondiaux dans la capacité nucléaire restent insuffisants,
comme en témoigne le petit nombre de nouveaux projets lancés. Selon les
Perspectives mondiales de l’énergie, 1420
milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires entre 2019 et 2040
pour se mettre sur la bonne voie avec la SDS – 30 % de plus que dans le
cadre du scénario des politiques déclarées (STEPS). En 2018, les investissements dans le nucléaire sont restés stables par
rapport à 2017 à 50 milliards de dollars et comprennent des proportions
similaires d’investissements opérationnels et de nouvelles constructions à long
terme. Cela démontre que les investissements dans les LTO sont attrayants
malgré les incertitudes sur les politiques et les marchés.
Commentaire (Tristan
Kamin) : 1400 milliards de dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040,
soit 70 milliards par an en moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant,
et c'est d'ailleurs mis en perspective avec les 50 milliards d'investissements
réalisés en 2017 et en 2018
6)
Les recommandations de l’AIE pour amplifier l’investissement dans le nucléaire
6a) Réduire
l’incertitude de la politique nucléaire et reconnaître la valeur de l’énergie
nucléaire dans les systèmes énergétiques actuels et futurs à faible émission de
carbone
« L’incertitude
de la politique nucléaire dans un certain nombre de pays empêche l’industrie
nucléaire de prendre des décisions d’investissement. C’est en partie le
résultat d’incohérences entre les objectifs politiques énoncés – tels que
l’atténuation des changements climatiques – et les actions politiques....La reconnaissance franche par les gouvernements et les organisations
internationales de la valeur des attributs de l’énergie nucléaire et de sa
contribution à la décarbonisation des systèmes énergétiques mondiaux
encouragerait les décideurs politiques à inclure explicitement le nucléaire
dans leurs plans énergétiques à long terme et les NDC dans le cadre de l’Accord
de Paris. »
« Alors que certains pays affirment qu’ils peuvent
atteindre les objectifs de décarbonisation tout en éliminant progressivement le
nucléaire (Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse) ou en réduisant sa part
(France), d’autres continuent de reconnaître la nécessité d’accroître la part
du nucléaire : Chine, Russie, Inde, Argentine, Brésil, Bulgarie, République
tchèque, Égypte, Finlande, Hongrie, Pologne, Arabie saoudite, Émirats arabes
unis, Royaume-Uni et Ouzbékistan. Fin
2018, la stratégie énergétique à long terme de l’UE a clairement indiqué que
l’énergie nucléaire – avec les énergies renouvelables – constituera l’épine
dorsale du système énergétique de l’UE afin d’atteindre la neutralité
carbone d’ici 2050. Dans le même temps,
les discussions en cours sur la taxonomie de l’UE sur l’admissibilité de la
production d’énergie nucléaire au financement de la durabilité mettent en
évidence les difficultés à reconnaître la contribution de l’énergie nucléaire à
l’atténuation du changement climatique. »
6b) Réduire
les risques du marché grâce aux réformes du marché de l’électricité
L’incertitude du
marché de l’électricité rend difficile pour les investisseurs de prévoir le
montant des revenus qu’une centrale nucléaire pourrait générer sur plusieurs
décennies. Les organismes de
réglementation pourraient réduire cette incertitude en améliorant la conception
du marché de l’électricité afin d’attribuer une valeur appropriée aux centrales
nucléaires à énergie propre et dispatchable. Il est particulièrement important de développer des contrats à long
terme pour réduire l’exposition des actifs nucléaires à longue durée de vie aux
risques de marché à court terme.
Des
réformes du marché de l’électricité sont également nécessaires pour faire face
aux impacts d’une plus grande intégration des énergies renouvelables variables
et des coûts associés au système. En termes généraux, les décideurs doivent reconnaître et répartir
équitablement les coûts du système aux technologies responsables. Favoriser
des marchés concurrentiels à court terme et assurer une capacité et une
flexibilité adéquates, ainsi que des infrastructures de transport et de
distribution, sont des mesures politiques clés visant à soutenir l’internalisation des coûts
du système.
6c) Faire
appel au leadership du gouvernement pour promouvoir la construction nucléaire.
En s’appuyant sur les leçons tirées des récents projets
de la génération III, les décideurs
pourraient appuyer la réduction rapide des coûts de construction en prenant des
décisions opportunes sur les projets de construction neuve. Prendre ces
décisions dès que possible remettrait le nucléaire sur les rails avec le SDS et
stimulerait également l’économie à court terme par la création d’emplois. La gouvernance globale des projets nucléaires
de construction neuve demeurera essentielle pour l’allocation et l’atténuation
efficaces des risques liés à la construction et au marché. Compte tenu de
l’impact du coût du capital sur le coût nivelé et des externalités positives
associées à l’énergie nucléaire, il est clair que les gouvernements soutiennent
le financement directement ou indirectement – en particulier pour répondre à la
perception des risques et à l’accumulation des capacités lorsque des programmes
nucléaires sont lancés.
Les approches réglementaires qui ont été utilisées avec
succès pour d’autres projets d’infrastructure – comme le modèle de base
d’actifs réglementaires (RAB) au Royaume-Uni – suscitent un regain d’intérêt de
la part des décideurs pour financer de futurs projets nucléaires de
construction de nouvelles constructions avec un coût de capital moindre. Compte
tenu des impacts structurels durables et profonds d’un programme nucléaire sur
l’économie d’un pays et son système d’électricité, les gouvernements doivent
considérer les projets nucléaires comme des projets d’infrastructure nationaux
d’importance stratégique. Ce type de décision stratégique peut être particulièrement
crucial dans la période post-COVIDE 19 pour galvaniser les efforts nationaux de
relance économique. Cela se traduit par une responsabilité claire du
gouvernement en termes de leadership et d’union de divers intervenants, y
compris le grand public. Ces actions
nécessiteront donc un effort concerté des gouvernements et de l’industrie, comme l’illustre l’accord sur le secteur
nucléaire 2018 du gouvernement britannique qui vise à réduire le coût des
nouvelles constructions de 30 % en 2030.
6e) Harmoniser
les licences et favoriser la collaboration internationale.
Il n’existe pas de cadre régional ou mondial de licence
pour les technologies nucléaires, ce qui signifie que les fournisseurs doivent
répéter le processus de certification et s’adapter aux codes et normes
nationaux dans chaque pays, en allongeant la durée des projets et en augmentant
les coûts et l’incertitude. Davantage
d’efforts pour harmoniser les exigences réglementaires et promouvoir la
normalisation des conceptions sont donc nécessaires. Cela pourrait se faire
grâce à l’échange d’informations et d’expériences entre les organismes de
réglementation, y compris pour les conceptions les plus nouvelles, et par des initiatives plus efficaces de
l’industrie mondiale pour harmoniser les normes d’ingénierie. Il est essentiel
que les gouvernements permettent ces efforts, en s’appuyant sur les récentes
initiatives bilatérales et multilatérales. »
7) Maintenir
le rôle de l’énergie nucléaire et hydroélectrique pour le climat, pour l’économie
et pour l’emploi
« L’hydroélectricité et l’énergie nucléaire sont les
deux plus grandes sources de production à faible émission de carbone
aujourd’hui, fournissant ensemble 70 % de toute l’électricité à faible teneur
en carbone.
La modernisation des installations hydroélectriques
existantes et des centrales nucléaires (pour les pays qui ont l’intention de
conserver l’option de l’énergie nucléaire), éviteraient une forte baisse de la
production d’électricité à faible émission de carbone ; de nouvelles
constructions stimuleraient encore la production de faibles émissions de
carbone, et pourraient également être envisagées le cas échéant
L’hydroélectricité est aujourd’hui la plus grande source
d’électricité à faible émission de carbone dans le monde et l’énergie nucléaire
est la deuxième source en importance. Ensemble, ils représentent près de 30 %
de l’approvisionnement mondial en électricité et fournissent 70 % de la
production d’électricité à faible émission de carbone. »
« Dans les économies avancées, l’énergie nucléaire
est la plus grande source d’électricité à faible émission de carbone à une
large marge, mais son rôle futur est incertain à mesure que les centrales
vieillissantes commencent à fermer. Sans
prolongations supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des
économies avancées sera fermé d’ici 2030. »
« Le développement de l’hydroélectricité et de l’énergie nucléaire nécessitent un soutien
soutenu des gouvernements. Les deux technologies sont à forte intensité de
capital, et les projets peuvent être parmi les plus importants dans le secteur
de l’énergie en termes d’investissement total. Par exemple, les réacteurs
nucléaires de premier plan, les projets de mégahydropuissance et les grands
programmes de remise à neuf peuvent nécessiter chacun plus de 10 milliards de
dollars en dépenses d’investissement. Les prolongations de durée de vie
nucléaire de 20 ans coûtent entre 0,5 et 1,1 milliard de dollars par GW. Avec
de longs délais de développement et des exigences de fonds propres élevées, il
est clairement très important de trouver des moyens de limiter les risques et
de faciliter le financement à faible coût. Un
soutien financier direct n’est pas toujours nécessaire : les accords d’achat
d’électricité à long terme ou les tarifs de rachat peuvent offrir un certain
degré de certitude sur les prix et ont été largement utilisés en Chine. Les garanties de prêt et les prêts
préférentiels, le cas échéant, peuvent également réduire le coût du financement.. »
Cinq
États des États-Unis, par exemple, ont accordé des crédits zéro émission pour
reconnaître les contributions à faible émission de carbone de l’énergie
nucléaire et maintenir plusieurs réacteurs en service face à des conditions de
marché difficiles. Les solutions
basées sur le marché, telles que la tarification du carbone ou les paiements de
capacité, pourraient améliorer considérablement la situation financière du
nucléaire et de l’hydroélectricité. Des marchés de flexibilité accrus
pourraient également renforcer l’économie de l’hydroélectricité… »
Les
répercussions sur les émissions et la résilience
Hydro et l’énergie nucléaire contribuent grandement à la
réduction des émissions. Sans d’autres prolongations de la durée de vie
nucléaire dans les économies avancées, par exemple, les transitions énergétiques propres nécessiteraient environ 80
milliards de dollars d’investissements supplémentaires par an et les
factures d’électricité des consommateurs seraient d’environ 5 % plus élevées
(AIE, 2019b).
Si une production supplémentaire déplace la production de
charbon, alors 1 GW d’énergie nucléaire
évite environ 6 millions de tonnes (Mt) d’émissions directes de CO2 par an.
L’Hydro a tendance à avoir un taux d’utilisation plus faible que le nucléaire
(en raison des variations saisonnières), mais 1 GW de capacité hydroélectrique évite néanmoins environ 3 Mt émissions
de CO2. Dans les économies avancées, la production plus élevée de
l’hydroélectricité ou du nucléaire affecte principalement la quantité de
production au gaz et les économies réalisées grâce aux émissions évitées sont
donc plus faibles.

« Conséquences
sur l’emploi : l’hydraulique emploie environ 2 millions de personnes dans
le monde, dont plus des deux tiers dans des emplois locaux liés à
l’exploitation et à l’entretien des installations existantes. L’énergie nucléaire fournit plus de 800 000
emplois, dont environ la moitié sont situés dans des réacteurs. La nouvelle
construction de projets d’énergie nucléaire a été la plus importante ces
dernières années dans les marchés émergents, y compris l’Inde et la Chine, bien
que plusieurs économies avancées continuent de soutenir l’énergie nucléaire.
Les projets hydroélectriques existants peuvent être améliorés en remplaçant les
turbines pour augmenter la production maximale ou en ajoutant de nouvelles
installations de pompage pour soutenir des opérations plus flexibles. Les
travaux de modernisation et de construction de projets hydroélectriques créent
environ 3 emplois par million de dollars de dépenses en immobilisations. Les
prolongations de durée de vie nucléaire créent environ 2 à 3 emplois par
million de dollars de dépenses en immobilisations, ainsi que la préservation
des emplois locaux d’O&M.
8) Possibilités
stratégiques dans l’innovation technologique : les SMR.
« Les difficultés dans le financement de la
construction de réacteurs nucléaires à grande échelle stimulent l’intérêt pour
les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR). Les SMR sont généralement
définis comme des réacteurs nucléaires d’une capacité électrique inférieure à
300 MW par module, qui sont construits dans une usine puis transportés vers le
site de production. Plusieurs types de RMR sont en cours d’élaboration : les SMR
refroidis à l’eau légère ont atteint les niveaux de préparation aux licences
les plus élevés avec plusieurs concepts en construction ou avancés dans le processus
de délivrance de licences. Le développement de SMR refroidis par métal liquide,
le sel fondu ou le gaz est moins avancé. Les SMR sont en cours
de développement dans des pays comme le Canada, la Chine, la Russie et les
États-Unis, bien qu’aucun n’ait encore atteint la maturité commerciale. »
« Les SMR offrent la possibilité de fournir une
énergie nucléaire à faible émission de carbone avec des investissements
initiaux plus faibles et une meilleure évolutivité que les grands réacteurs
traditionnels, et avec la capacité d’utiliser des sites qui ne seraient pas en
mesure d’accueillir les grands réacteurs traditionnels. On s’attend également à
ce que les délais de construction soient beaucoup plus courts en raison de la fabrication
d’usine et de l’utilisation de techniques de construction modulaires avancées.
Les SRM pourraient contribuer à la flexibilité dans les pays dotés d’un grand
réseau électrique ou être utilisés dans les pays ou les régions dotés de
petits réseaux électriques qui ne seraient pas appropriés pour les grandes
centrales nucléaires. Compte tenu de leurs coûts plus bas, ils peuvent également être attrayants pour les
pays qui n’ont aucune expérience de l’énergie nucléaire, en particulier ceux
qui ont des réseaux électriques petits et moins robustes. Dans certains cas, notamment lorsqu’il y a des problèmes de stabilité et
de fiabilité du réseau, les SMR peuvent être la seule option de technologie
nucléaire techniquement réalisable disponible. »
« Approches stratégiques : le soutien
aux SMR devrait tenir dûment compte des principes généraux de la conception du
marché de l’électricité à faible émission de carbone avec un soutien de la
politique d’innovation pour faciliter le déploiement rapide. Voici quelques
exemples de mesures politiques spécifiques qui pourraient être utilisées :
Fournir un soutien à l’investissement pour des projets
pilotes tels que des subventions d’immobilisations, des garanties de prêts et
des contrats à long terme sur mesure.
Favoriser les accords de partage des coûts pour la
collaboration internationale, les programmes partagés de RD&D et les cadres
nationaux et internationaux de licence.
Aider les autorités réglementaires à accélérer la
résolution des préoccupations relatives à la validation des dispositifs de
sécurité novateurs et à l’assemblage des usines.
Les SMR ont le potentiel de fournir une autre
voie pour le développement de l’énergie nucléaire et pourraient fournir un
grand nombre d’emplois dans les activités de conception, de fabrication,
d’approvisionnement et de construction. Toutefois, les perspectives des SMR
dépendront dans une large mesure du déploiement réussi de prototypes et de
centrales.. Un objectif important est d’établir des conceptions normalisées qui
permettraient le développement de chaînes de valeur et d’accélérer les
économies d’échelle, d’apprentissage et de réduction des coûts.