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mercredi 6 décembre 2023

L’éolien offshore le long des côtes françaises sera très peu français et beaucoup plus cher

 Le gouvernement veut limiter la domination d'EDF dans l'éolien en mer ( Les Echos, 6 décembre 2023)

« Les prochains appels d'offres devraient permettre au gouvernement de limiter en puissance ou en nombre le cumul des projets gagnés par un seul candidat. C'est une demande récurrente des concurrents d'EDF. C'est aussi une exigence de la Commission de régulation de l'énergie, qui a pointé en début d'année la « concentration élevée du marché de l'éolien en mer en France » dans les mains d'EDF. Et le gouvernement a décidé d'y répondre favorablement."

Remarque : les 50 parcs le long de nos côtes dont trente le long des côtes bretonnes, le gouvernement fera tout pour qu'ils ne soient ni public, ni français. Cette privatisation sans précédent de notre mer côtière se fera au profit de consortiums étrangers à l'actionnariat non contrôlable. Ça pose quand même de gros problèmes économiques et de sécurité nationale !

« L'idée est de mettre en place plusieurs lots pour attribuer les 8 à 10 GW d'appels d'offres annoncés par Emmanuel Macron à l'horizon 2025 et de les découper afin qu'un même candidat ne les remporte pas tous »

Remarque : on fait un « gros lot » (c'est le cas de le dire) éventuellement sur plusieurs façades maritimes et ensuite on le redivise.. Comment d'ailleurs ? Autour d'une table entre amis ? On peut toujours compter sur la CRE pour faire simple et pour préserver les intérêts français… (cf. article joint)

Le même jour, la presse financière annonce : Iberdrola/Masdar (un gigantesque promoteur émirati) : Accord pour investissement de 15 Md€ dans l'éolien en mer et l'hydrogène. Les requins se préparent…

De son côté, Bruno Bensasson, en charge des ENR chez EDF réclame dans les Echos ( 6 decembre 2023) : "Parmi les conditions d'une exécution accélérée de l'éolien off shore, on doit citer des bonnes procédures d'autorisation mais aussi de bonnes enchères. … Une alternative aux subventions directes pourrait être de donner, dans les appels d'offres publics, une prime à la valeur ajoutée européenne. »

Il n'est pas sûr du tout que la Commission Européenne et l'Allemagne soient d'accord. Donc, on a compris ; l'éolien offshore le long des côtes françaises sera très peu français et beaucoup plus cher

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-energie-mettons-les-encheres-au-service-du-climat-2039584


vendredi 1 juillet 2022

IMF working Paper : Building back better : How big are green spending multipliers ? (2021)

 Document de travail du FMI : Reconstruire en mieux : Quelle est l’ampleur des multiplicateurs de dépenses vertes ? (2021)

Il est bon de temps en temps de se retourner sur des publications séminales, disons de référence. Ce papier d’experts du FMI est assez technique, je n’en reprends ici que les principales conclusions. Il a joué un rôle important dans le retournement de l’opinion publique américaine et de l’administration Biden à propos du nucléaire

Et, avec des avertissements sérieux, il est tout de même assez optimiste

Sourceshttps://world-nuclear-news.org/Articles/Nuclear-is-a-credible-cost-competitor-,-says-IMF-whttps://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921800921003645

Pour répondre au défi climatique, doublement  de l’investissement prévu  dans les énergies décarbonées et la protection des espaces naturels puits de carbone

La consommation d’énergie contribue  environ  aux trois quarts de toutes les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, et pour rester à moins de 2 degrés Celsius, le monde doit doubler l’investissement dans l’énergie propre auquel il   s’est engagé. Dans le même temps, le monde « dégrade rapidement » tous les puits de carbone, y compris les océans, les forêts et les mangroves, et pour que l’Accord de Paris soit réalisable, il  faudrait que 30% des écosystèmes mondiaux doivent être préservés, avec un besoin de 7 à 10 fois plus de dépenses pour la conservation.

Le nucléaire doit être considéré comme une forme d’énergie propre e

L’uranium n’est pas renouvelable « à l’échelle du temps humain », mais l’énergie nucléaire  doit être considérée comme une forme d’énergie propre. « En effet, l’énergie nucléaire se classe parmi les formes de production d’énergie les plus faibles en carbone, compte tenu à la fois des émissions directes et de ses impacts sur le cycle de vie, et est devenue un concurrent crédible en matière de coûts des énergies renouvelables et non écologiques non renouvelables » Les auteurs rappellent que les recherches du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) incluent l’énergie nucléaire parmi les technologies « capables et nécessaires » pour l’atténuation des émissions de carbone.

Certains ont fait valoir que parce qu’elle produit des déchets radioactifs, l’énergie nucléaire devrait être exclue de tout concept de dépenses vertes. Cependant, les études antérieures du FMI sur l’énergie verte, y compris le récent Moniteur budgétaire 2019, ont inclus l’investissement dans l’énergie nucléaire parmi les sources d’énergie verte car, comme ici, la définition de ce qui constitue une énergie « verte » a été basée sur l’impact de l’investissement sur les émissions de gaz

Les potentialités limitées des ENR et de l’hydrogène

Les auteurs considèrent que produire de l’électricité exclusivement à partir des formes actuelles de production d’énergie renouvelable implique des « défis technologiques importants » car ils sont « intermittents, variables et imprévisibles » et ont donc des facteurs de capacité limités. Compte tenu de l’ampleur du développement de l’énergie propre nécessaire, le stockage de l’énergie renouvelable n’est pas non plus une option viable car la technologie pour cela est coûteuse et encore en cours de développement. De même, la production et la génération d’énergie à partir de l’hydrogène généré à l’aide d’énergies renouvelables ne constituent pas « pas une option envisageable dans un futur proche ».

Et figure un rappel bienvenu :

« Bien que l’idée d’un avenir radieux basé sur l’hydrogène propre connaisse un élan politique et commercial sans précédent, l’hydrogène continue d’être utilisé dans la production d’énergie en brûlant des combustibles fossiles avec des émissions équivalentes aux émissions de CO2 du Royaume-Uni et de l’Indonésie réunis. »

Un fossé d’investissement, surtout  dans le nucléaire

« Il  existe actuellement un grand fossé entre les dépenses vertes dans le domaine énergétique  et ce que la science suggère comme objectif d’émissions mondiales d’ici 2030 »  Le scénario de référence Nouvelles perspectives énergétiques 2019 de  Bloomberg montre que limiter l’augmentation des températures mondiales de ce siècle à 2 degrés Celsius nécessiterait l’ajout brut de quelque 2 836 gigawatts de nouvelle capacité d’énergie renouvelable non hydroélectrique d’ici 2030, soit le double de ce qui est envisagé dans les objectifs actuels des secteurs public et privé - à un coût estimé à 3,1 billions de dollars sur la décennie.

Dans le même temps, les données de l’Agence internationale de l’énergie montrent que la capacité nucléaire mondiale aurait diminué de 5 gigawatts nets en 2019 recevant un investissement « de seulement » 15 milliards de dollars contre un investissement d’environ 282 milliards de dollars pour les énergies renouvelables au cours de la même année. »

Venons-en aux fameux multiplicateurs :  les dépenses « vertes », c’est bon pour le climat … et l’économie

Nous constatons que chaque dollar dépensé dans des activités clés neutres en carbone ou en puits de carbone – des centrales électriques à zéro émission à la protection de la faune et des écosystèmes – peut générer plus d’un dollar d’activité économique. Les multiplicateurs estimés associés aux dépenses vertes sont environ 2 à 7 fois plus importants que ceux associés aux dépenses non écologiques, selon les secteurs, les technologies et les horizons. L’analyse se concentre sur les domaines d’activité économique que la science identifie comme ayant un impact élevé sur la durabilité et où les dépenses consacrées à l’élimination progressive des processus polluants et des pratiques non durables sont considérablement inférieures aux objectifs: (i) réduire les émissions en augmentant l’utilisation d’énergie propre; et (ii) soutenir les puits de carbone de la nature en améliorant la qualité et la quantité de la conservation de la biodiversité

Surtout si c’est dans le nucléaire

Les investissements dans l’énergie nucléaire entrainent des retombées plus persistantes que  les investissements dans les énergies fossiles car elles ont tendance à générer des emplois considérables au niveau local. Le calcul  des multiplicateurs de dépenses cumulés indique que les dépenses dans l’énergie nucléaire ont un effet de production important  environ six fois plus important que l’effet de production associé aux dépenses dans les énergies fossiles. (le multiplicateurs perd sa signification statistique deux ans après les chocs d’investissement).

L’investissement dans l’énergie nucléaire produit environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité que l’énergie éolienne.  En outre, une étude comparant les salaires de la main-d’œuvre directe du nucléaire, de l’éolien et du solaire aux États-Unis en 2017 indique que les travailleurs du nucléaire gagnent un tiers de plus que leurs pairs dans les secteurs de l’énergie éolienne et photovoltaïque , et plus du double de la moyenne des employés du secteur de l’énergie.

La publication montre les multiplicateurs keyneisiens du nucléaire sont 2.5 et 3 fois plus élevés pour le nucléaire que pour les renouvelables


Chaque dollar dépensé dans l’investissement nucléaire entraîne la création de 1,04 $ US dans la communauté locale, de 1,18 $ US dans l’économie de l’État et de 1,87 $ US dans l’économie américaine.

Conclusion : investir dans le décarboné ( surtout le nucléaire) et la protection de la nature,  c’est nécessaire pour le climat et bon pour l’économie

« Nous constatons que les dépenses en énergie propre, comme l’énergie solaire, éolienne ou nucléaire, ont un impact sur le PIB qui est environ 2 à 7 fois plus fort – selon la technologie et l’horizon envisagé – que les dépenses en sources d’énergie non écologiques comme le pétrole, le gaz et le charbon. ( et tant pis pour le @RICG)  

De même, nos résultats sur les dépenses de conservation des écosystèmes montrent qu’elles peuvent rapporter jusqu’à sept fois plus de ce montant sur une période de cinq ans. En revanche, les dépenses destinées à soutenir les utilisations non durables des terres – dans notre cas, l’agriculture industrielle des cultures et des animaux fortement mécanisée et dépendante des intrants importés – rapportent moins que les dépenses initiales.

La conclusion globale de cette étude est que l’orientation des stimuli économiques post-COVID vers des investissements qui favorisent la décarbonation et la capture du carbone grâce à des solutions basées sur la nature n’est pas seulement bonne pour la planète: elle promet également d’être le chemin le moins cher et le plus court vers une économie mondiale prospère.

Et rappelons que protection de la nature et énergie nucléaire, c’est en plus en synergie ; le nucléaire est beaucoup moins gourmand en matériaux et en artificialisation dessoles que le solaire ou l’éolien 





vendredi 20 mai 2022

Audition de l’ASN devant le Sénat, 17 mai 2002 : l’ASN alerte sur « l’impasse d’une politique énergétique mal calibrée »

Bernard Doroszczuk, président de l’ASN, s’est montré rassurant sur l’état de sûreté des centrales, mais inquiétant sur les fermetures de réacteurs qui seront nécessaires pour maintenir ce niveau de sûreté. Les pouvoirs publics doivent d’après lui les prendre en compte pour ne pas tomber dans « l’impasse d’une politique énergétique mal calibrée. »

Corrosion sous contrainte : un « phénomène sérieux » ; Bernard Doroszczuk : « D’abord parce qu’il concerne des parties de tuyauterie directement connectées au circuit primaire principal, et des tronçons pas isolables. Il n’y a donc pas d’organe de coupure, en cas de rupture de ces canalisations, c’est le circuit primaire principal qui est avec une brèche. 

Mais pas un phénomène de vieillissement ! D’ après l’ASN paradoxalement, les réacteurs les plus anciens (les 900 MWe) « pourraient ne pas être touchés », alors que les réacteurs les plus récents (les N4 et les 1300 MW) sont les plus sévèrement atteints. Les experts de l’ASN estiment selon Bernard Doroszczuk, que cela serait lié « à la géométrie des lignes », « différente entre les réacteurs de paliers de 900 MW et les designs de réacteurs 1300 MW et N4 où le design initial de Westinghouse [entreprise américaine, ndlr] a été francisé. Cette nouvelle géométrie des lignes favorise un phénomène de stratification thermique du fluide en haut et en bas de tuyau, ce qui génère une contrainte dans les zones de soudure. »

La  poursuite de fonctionnement des réacteurs nucléaires ne doit pas être conçue comme la variable d’ajustement d’une politique énergétique mal calibrée…au risque de la sécurité !  

L’ASN n’est pas alarmiste sur la capacité d’EDF à assurer la sûreté de ses centrales. En revanche, garantir un niveau de sûreté suffisant supposera de mettre des réacteurs à l’arrêt,

RTE présente un mix électrique avec une part d’électricité nucléaire de 50 % en 2050, qui repose sur un programme ambitieux de construction et la prolongation des réacteurs existants à plus de 60 ans. » ; « Ce scénario est non-justifié à ce stade et présente un risque d’engager le système électrique dans une impasse, dans le cas où le nombre de réacteurs aptes à fonctionner au-delà de 60 ans serait finalement insuffisant ou ne serait connu que trop tardivement. » Pour l’ASN, il ne faudrait pas que, faute d’anticipation suffisante, la poursuite de fonctionnement des réacteurs nucléaires soit conçue comme une variable d’ajustement d’une politique énergétique mal calibrée. » 

Un point de basculement. Un plan Marshall pour le nucléaire !

En plus de maintenir le parc actuel en état de fonctionnement, EDF va devoir réussir à relancer le parc nucléaire français. « Nous sommes à point de basculement, nous sortons d’une ère post-Fukushima et rentrons dans une ère de relance du nucléaire », analyse Olivier Gupta, directeur général de l’ASN, après les nouvelles orientations prises par Emmanuel Macron en fin de quinquennat. « Au regard de l’ampleur des projets nouveaux et de la poursuite d’exploitation des réacteurs actuels, il va falloir redimensionner les objectifs en termes de ressources humaines et financières, et en termes d’investissements.

Le président de l’ASN en appelle à un « Plan Marshall pour rendre industriellement soutenable cette perspective et faire en sorte que les entreprises de la filière disposent des compétences et des moyens financiers en temps voulu. » D’après lui, on passe « d’une période où l’on n’imaginait pas assez de projets, à une période où l’on a plein de projets, il faut le planifier, sinon les engagements affichés ne seront pas tenables. » Cela requiert notamment « un engagement de la part des pouvoirs publics, puisqu’il « va falloir payer d’avance le recrutement, la formation, avant de pouvoir disposer des ressources. »

NB : Et les moyens financiers, ça passe par la taxonomie !

» https://www.publicsenat.fr/article/politique/prolongation-des-reacteurs-nucleaires-l-asn-alerte-sur-l-impasse-d-une-politique

dimanche 25 avril 2021

Cigéo : expertise de l’Andra, contre-expertise du Secrétariat général à l’investissement (SGPI) : deux avis très positifs !

 1) Le contexte

 Le projet Cigéo vise à stocker en couche géologique profonde les déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue avec une sûreté passive sur le très long terme. Cette option de gestion ne nécessite aucune intervention de la société une fois l’ouvrage fermé. Comme tout grand projet mobilisant une part importante d’investissement public, le projet Cigéo a fait l’objet d’une évaluation socioéconomique.

 

Ces expertises sont réalisées dans le cadre du dossier de demande d’utilité publique (DUP) qui rend obligatoire l’évaluation socio-économique du projet Cigéo. Véritable outil d’aide à la décision publique, obligatoire pour tout projet qui relève d’une part importante d’investissement public, cette évaluation socio-économique est le fruit d’un travail de plus de 3 ans, réalisé avec l’appui d’un comité d’experts économistes présidé par Emile Quinet, Professeur émérite à l’Ecole des Ponts-ParisTech, membre associé de Paris School of Economics.

Ces analyses académiques et économiques sont une première en France pour un projet d’aussi long terme

 Elles mettent clairement en évidence l’opportunité sociétale d’engager le projet Cigéo dès à présent, en le comparant à d’autres options de gestion des déchets radioactifs, notamment l’entreposage renouvelé.


2) L’ expertise de l’Andra

https://www.andra.fr/sites/default/files/2021-03/Andra-Note_synthese_ESE.pdf


2- 1) Un accord international sur la technique d’enfouissement

 

Les déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue issus -entre autres- de l’industrie  ne représentent qu’une infime minorité des déchets radioactifs –environ 3,1 %-, et ne peuvent être conservés durablement en surface sans une surveillance permanente. Le reste des déchets est, en grande partie, globalement sans risque sanitaire pour l’homme et son environnement.

 

À l’échelle internationale, le stockage en couche géologique profond est une option privilégiée par tous les différents Etats ayant recours à l’atome. Les autres solutions avancées, comme l’entreposage, la séparation / transmutation ou encore le stockage en forage, souffrent encore d’un déficit de maturité opérationnelle ou d’un manque de prise en considération des générations futures. De même, selon les experts, le stockage en couche géologique profond est le seul à respecter le principe de réversibilité, exigé par les parlementaires.

 

Commentaire  : sur cet accord de l’ensemble de la communauté scientifique sur la solution de l’enfouissement géologique de longue durée, on peut aussi se reporter à l’expertise du Joint Research Committee de la Commission Européenne ( à propos de la taxonomie et du rapport antérieur de  la NEA.

 

Rapport JRC : https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/03/european-taxonomy-jrc-report-technical.html ; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/04/taxonomie-europeenne-rapport-du-joint.html; https://lnkd.in/euD-fHb

Rapport NEA : https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/le-probleme-des-dechets-ultimes-du.html, https://www.oecd.org/publications/management-and-disposal-of-high-level-radioactive-waste-33f65af2-en.htm

 

 

Le rapport de l’Andra fait le point sur les autres techniques envisagées :

 

Le stockage en forages  : il consiste à placer les déchets dans des ouvrages verticaux creusés dans la roche, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, voire plusieurs milliers de mètres, dans l’objectif de les isoler des phénomènes naturels de surface (climat, érosion, etc.) et des activités humaines grâce à une accessibilité nulle aux déchets. Si des similitudes peuvent apparaître avec le stockage géologique, des spécificités peuvent être distinguées (absence de réversibilité, creusement des ouvrages de stockage depuis la surface, profondeur plus importante pour le stockage de certains déchets HA). Par ailleurs la densification des déchets MA–VL, et surtout la qualification des qualités de la géologie à des profondeurs beaucoup plus importantes que Cigéo constituent deux défis inédits.  Cette option de gestion des déchets les plus dangereux serait très difficilement compatible avec le cadre législatif français qui impose une réversibilité des installations de stockage des déchets HA et MA-VL d’au moins une centaine d’année.

 

L’entreposage: il consiste à placer, à titre temporaire, les déchets radioactifs dans une installation dédiée en surface ou à faible profondeur. Il constitue une option de gestion temporaire sûre, il n’est pas possible de l’envisager dans une perspective de gestion des déchets sur une plus longue période car elle nécessite un contrôle permanent de la société ne serait-ce que pour le renouvellement des ouvrages et la reprise des colis de déchets. En ce sens, elle ne satisfait pas les exigences de l’ASN pour assurer une mise en sécurité définitive des déchets sur le très long terme et ne répond pas à la préoccupation de ne pas reporter les charges sur les générations futures.

 

La séparation / transmutation: désigne la séparation puis la transformation suite à une réaction nucléaire provoquée ou spontanée, d'un élément en un autre élément. Elle peut être réalisée en réacteur ou dans un accélérateur de particules. C'est une voie étudiée pour l'élimination de certains radioéléments contenus dans certains déchets radioactifs. Néanmoins, cette option de gestion ne fait pas complètement disparaître ces déchets qui nécessitent encore une prise en charge dans un stockage géologique, elle est sans perspective d’application industrielle à court ou moyen terme, sans même parler de l’aspect économique. En outre, cette alternative ne concerne pas les déchets MA-VL

 

Conclusion ; Globalement, le stockage en couche géologique profonde est l’option de référence au plan international pour assurer, de manière passive et sur le très long terme, la gestion des déchets radioactifs les plus dangereux. Les recherches scientifiques et les développements de la conception industrielle de cette option de gestion présente aujourd’hui, en France mais aussi à l’échelle internationale, la maturité la plus avancée. Les autres voies de recherche de technologies alternatives ne sont plus considérées comme telles car, soit elles ne présentent pas une maturité technique suffisante pour envisager de manière crédible une industrialisation dans la prochaine décennie (séparation / transmutation), soit parce qu’elles (entreposage longue durée, forage profond) ne répondent pas aux exigences définies par le Parlement (réversibilité) ou l’ASN (sûreté passive sur le très long terme

 

2-2)Les scénarios Cigéo et leur résilience


Cigéo a ainsi pu être comparé à des options alternatives de gestion des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue. Les autres options retenues dans cette étude consistent à :

 - lancer la phase industrielle pilote de Cigéo et ne stocker que les déchets MA-VL, tout en continuant la recherche pour les déchets HA ;

- lancer la phase industrielle pilote de Cigéo sans stocker de déchets et investir au profit de la recherche de solutions alternatives ;

- reporter les premiers investissements de Cigéo, au profit de la recherche, jusqu’en 2070 et renouveler l’entreposage de longue durée.

Ces options ont été étudiées dans 2 scénarii d’évolution sociétale. Pour prendre en considération le temps long qui caractérise le projet Cigéo, différentes hypothèses de taux d’actualisation ont été utilisées dans le cadre de deux scénarios contrastés de sociétés.  Un scénario (OK) dans lequel la société – identique à celle que nous connaissons aujourd’hui - jouit d’institutions fortes dans un contexte de paix et d’une croissance économique, et un scénario « chaotique » (KO) où la gouvernance et les institutions se fragilisent, dans lequel l’économie sans croissance se dégrade ; dans ce dernier cas, il existe une probabilité d’accidents majeurs plus élevées, pouvant notamment découler de situation d’abandon des entreposages des déchets radioactifs.

 

La conclusion

De cette analyse, il ressort que l’entreposage sans cesse renouvelé est plus intéressant dans un seul cas,  celui d’une société à fonctionnement normal, avec un taux d’actualisation relativement élevé. Mais, dès lors que l’on envisage la possibilité d’une baisse du taux d’actualisation au sein de cette société ou le cas d’une société chaotique, l’analyse montre que c’est Cigéo qui constitue le scénario le plus intéressant, traduisant ainsi une attention forte pour les générations futures. En d’autres termes, l’entreposage de longue durée ne l’emporte sur le projet Cigéo qu’à condition d’être optimiste dans l’avenir, et/ou peu attentif aux générations futures et en excluant tout basculement sociopolitique vers une société plus chaotique.

L’entreposage de longue durée, renouvelé sans cesse, ne l’emporte sur le projet Cigéo qu’à la condition d’exclure toute possibilité de basculement sociopolitique ou économique de la société. Face à un risque faible (environ 10 %) de dégradation de la société à l’horizon de 150 ans, Cigéo l’emporte

Cigéo constitue ainsi une forme d’assurance face à un risque de dégradation de la société à l’horizon de 150 ans. Le coût de cette assurance a été estimé à une prime unique de 118 euros par habitant par l’estimation quantitative de l’évaluation socioéconomique. Dès lors que l’on envisage une baisse du taux d’actualisation, même au sein d’une société sans dégradation économique ou sociétale, l’évaluation socio-économique montre que Cigéo constitue l’option la plus intéressante et se présente comme le choix de gestion offrant la plus forte attention aux générations futures.

Cigéo constitue donc une forme « d’assurance » dont la société pourrait vouloir bénéficier pour mettre définitivement en sécurité les déchets radioactifs les plus dangereux, tout en limitant les charges supportées par les générations futures.

 

Les retombées économiques

 

Au total, les activités de l’Andra en Meuse/Haute-Marne soutiennent 2 216 emplois dont près de 900 à l’échelle des départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Au niveau des communautés de communes des Portes de Meuse et du bassin de Joinville-en-Champagne, l’Andra soutient 7 % des emplois du territoire et 10 % du PIB local.


Rapport au Secrétaire général pour l’investissement : Contre-expertise de l’évaluation socioéconomique du projet de CIGÉO

 Bon allez, on va tuer le suspense : la contre-expertise valide et même renforce l’expertise de l’Andra.

Contexte  et présentation du projet

La loi du 31 décembre 2012 instaure l’obligation d’ évaluation socioéconomique préalable des projets d’investissements financés par l’État et ses établissements publics et une contre-expertise indépendante de cette évaluation lorsque le niveau de financement dépasse un seuil que le décret d’application de la loi a fixé à 100 M€.

Le centre de stockage Cigéo doit être construit, sous réserve de l’obtention d’autorisation de création, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne dans une couche d’argile, datant du Callovo-Oxfordien, qui présente des caractéristiques de stabilité́ et d’imperméabilité́ notamment, favorables au confinement des éléments radioactifs et au stockage profond de déchets radioactifs. Il est prévu d’y stocker les déchets de haute activité́ (HA) et de moyenne activité́ à vie longue (MA-VL)

Les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA–VL) ne représentent qu'environ 3 % des déchets radioactifs en volume, mais 99,8 % de la radioactivité des déchets radioactifs présents sur le territoire français »

Les volumes de ces déchets HA et MA-VL sont limités : 10 000 m³ pour les HA, 70 000 m³ pour les MA-VL (donc au total 8 cubes de 10 m d'arête). Ils présentent des risques pour la santé, y compris à distance sans protection, surtout les 100 à 300 premières années avec des rayonnements γ et β ; puis ensuite dans la longue durée jusqu'à plusieurs dizaines ou centaines de milliers d'années en particulier du fait d'une radioactivité́ α décroissant lentement

Cependant, la France a choisi jusqu'à présent le « cycle fermé », et donc recycle l'uranium et le plutonium (dérivé́ de l'uranium 238) contenus dans le combustible usé, ce qui outre l'utilisation d'un potentiel  énergétique important, présente l'intérêt d'enlever l’essentiel des actinides qui portent à long terme la plus forte radiotoxicité́ potentielle en α. (NB dans ces conditions, le retour à une radioactivité normale est de l’ordre de 10.000 ans)

Après une phase industrielle pilote d’environ 20 ans, le passage en phase de fonctionnement permettra le stockage sur le centre Cigéo jusqu’en 2145, des colis de déchets MA-VL puis HA, dont l’acheminement est prévu par voie ferrée et par route. Pendant la phase de fonctionnement, le stockage géologique est dit réversible : il restera possible de revenir sur des choix antérieurs et les colis de déchets seront récupérables, ce qui signifie qu’ils pourront être retirés du centre de stockage Cigéo. Après cette date, le centre de stockage Cigéo pourra être fermé : la couche géologique se substituera aux actions de surveillance réalisées par la société́ afin de permettre une « sécurité́ passive ».

 Cigéo contre Entreposage longue durée

Les coûts de l’entreposage longue durée : L'ESE retient 50 milliards d'euros sur environ 500 ans dont 35 milliards de coûts d'investissement et d'exploitation des entreposages, et 15 milliards de maintien des compétences. Les données sont là encore limitées. Mais d’autres défis se posent : Il faudra a priori à intervalles réguliers sortir les déchets, contrôler les colis, parfois les reconditionner avant de les remettre dans les nouveaux entreposages tous les 100 ans environ. Ce qui pourrait amener à mettre en place un processus de récupération et des installations tampons supplémentaires pour contrôler les colis et les reconditionner. On pourrait souhaiter examiner de ce point de vue une variante à 75 milliards plutôt que 50, et donc 150 millions d'euros par an versus 100 millions d'euros par an

 Là où la contre-expertise va plus loin que l’expertise c’est sur le calcul des coûts des impacts sanitaires et environnementaux de l’ELD en scénario KO

Explications :Les entreposages de déchets nucléaires MA-VL et HA sont aujourd’hui sous le contrôle des autorités de sureté́ nucléaire (ASN avec l'appui de l'Institut de radioprotection et de sureté́ nucléaire (IRSN), et considérés comme sûrs dans la mesure où la société́ dispose d'institutions, d'un niveau scientifique et technique, et d'un niveau économique comparables ou supérieurs au nôtre.

L’ESE retient comme base du calcul monétaire des impacts sanitaires et environnementaux, la possibilité́ d'un accident grave sur un ELD. La base du calcul est la diffusion dans un périmètre assez large de la majorité des éléments radioactifs contenus dans un nombre important de colis sur des sites analogues à La Hague ou Marcoule en termes de densité de population locale, et l'application de mesures d' évacuation des populations, de décontamination des territoires, aujourd’hui prévues dans les plans d’urgence de gestion de ce type d’accident grave pour éviter le plus possible les impacts sanitaires.

L'impact monétaire de ces mesures serait dans le cadre de ces hypothèses compris entre 100 milliards et 235 milliards d'euros, et leur probabilité d'occurrence comprise dans une société KO entre 10 -3 et 10 -4 par an, (fréquence de 1 000 à 10 000 fois plus importante que celle retenue dans nos sociétés pour la probabilité de fusion du coeur dans les études probabilistes de sûreté). Pour 500 ans et en retenant 10 -3 on obtient une chance sur deux d'occurrence de cet événement, cela pourrait donner un ordre de grandeur de 150 milliards multiplié par 0,5, donc environ 75 milliards d'euros, ou 150 millions d'euros chaque année sur 500 ans si on l'interprète non plus comme une catastrophe instantanée, mais comme des impacts locaux récurrents forts sur la santé des populations locales. De 50 à 75 milliards d'euros sur 500 ans, c'est un ordre de grandeur analogue à celui des coûts d'entreposage qui s'ajoutent alors à ceux-ci dans le calcul des coûts globaux de l’ELD dans les scénarios KO.

(Les auteurs de la contre expertise notent que , l'analogie avec un accident de fusion du cœur n'est sans doute pas la meilleure : un réacteur dispose de  dispositifs de sûreté particulièrement redondants et d’ un bâtiment réacteur muni d'une enceinte de confinement.)

 La conclusion est donc la même que celle de l’expertise de l’Andra, encore renforcée par la prise en compte de la possibilité non négligeable d’un accident grave sur un lieu d’entreposage : L’ELD est à l'évidence moins coûteux que Cigéo si l'on est dans un scénario de croissance durable à très long terme, par exemple de l'ordre de 1 ou 1,5 % par an. Considérant des taux d'actualisation cohérents avec ces taux de croissance, dépenser au-delà de 2100 de l'ordre de 10 milliards d'euros par siècle (coûts de l’ELD) est préférable à dépenser 25 milliards les 100 prochaines années (coûts de Cigéo).

Au contraire, si l'on bascule dans un monde de stagnation séculaire ou millénaire, et donc avec des taux d'actualisation nuls à long terme, les coûts de l’ELD sommés sur plusieurs siècles vont l’emporter. Et plus encore, si l'on bascule dans un monde de décroissance et de fragilité institutionnelle, on aura alors à prendre en compte des risques sanitaires et environnementaux localement autour des entreposages non surveillés voire abandonnés. Le cumul des valorisations monétaires de ces impacts sur plusieurs siècles devient considérable.

En intégrant l’incertitude sur la prospérité́ de nos descendants directement dans l’analyse, nous proposons deux arguments en faveur de Cigéo.

- Argument « prudentiel » : La plausibilité d’une décroissance multiséculaire telle qu’ébauchée dans le rapport ESE nous oblige à actualiser les coûts futurs à un taux plus faible, même si en espérance les générations futures seront plus prospères. Cela favorise les options qui mettent en oeuvre une solution pérenne rapidement, comme le projet Cigéo.

 - Argument « assurantiel : L’option entreposage va engendrer un risque d’accident local important à l’origine de dommages sanitaires et environnementaux particulièrement élevés dans le régime chaotique. Le projet Cigéo offre un contrat d’assurance aux générations futures contre ce risque.

Que faut-il transmettre aux générations futures ? Au-delà de cet exemple, se pose bien, plus largement, la question de ce que nous devons transmettre : patrimoines institutionnel et politique, culturel et moral, scientifique et technique, économique et industriel, environnemental

 Conclusion de la contrexpertise : lancer Cigéo dès que possible !

Cette contre-expertise conclut en faveur de l’intérêt de Cigeo. Mais il faut s’assurer alors de le faire « vite » et « bien » en pensant aux générations futures et en maı̂trisant les coûts et les délais.

La raison d’être de Cigéo est liée à sa capacité de protéger de façon passive les générations futures en cas de décroissance, et donc à la capacité de fermer le site dès que possible. Ce qui implique de ne mobiliser le concept de réversibilité qu’en précisant toujours sa signification, et uniquement lorsqu’il est pertinent au regard de l’objectif recherché pour les générations futures.

Le poids des investissements de la tranche 1 pourrait inciter à repousser l’échéance de quelques décennies, mais la probabilité même faible de scénario chaotique à l’horizon du siècle prochain comme celle de perte du site et des compétences industrielles (constituées ces dernières années) conduisent à recommander le lancement immédiat de Cigéo, en s’assurant des conditions de réussite du projet.

 Quelles sont ces conditions de réussite ?

Le projet, caractérisé par différents maı̂tres d’ouvrage et de nombreux maı̂tres d’oeuvre conduira à gérer de nombreuses interfaces : ingénierie, contractualisation, plannings, réalisation des tra-vaux, contrôle, etc. Sous la responsabilité de l’Andra, une vision intégrée, partagée entre maı̂tres d’ouvrage et maı̂tres d’oeuvre, est nécessaire. Elle doit prendre appui sur un planning fédérateur, des analyses de risques, une anticipation et une gestion des aléas et des recours, des processus de décision adaptés

 Le retour d’expérience de projets industriels de grande ampleur montre que la réussite de la mise en oeuvre implique que le projet soit le plus simple possible, avec une gouvernance et une chaı̂ne de décision lisibles, conçu pour atteindre des objectifs clairs : garantir la protection des générations lointaines à un coût optimisé pour les générations présentes.

Au-delà du rôle de chacun des acteurs institutionnels, la montée en responsabilité de l’Andra, maı̂tre d’ouvrage mais aussi futur exploitant nucléaire et donc premier responsable de la sûreté, est à accompagner et ses compétences à renforcer.

Des simplifications, des gains en robustesse ou les reports de travaux ne mettant pas en cause les objectifs de la phase industrielle pilote mais qui pourraient contribuer à la sécuriser méritent d’être étudiés.

La concertation avec les territoires, enjeu très important du projet, devra permettre un dévelop-pement local efficace, pour ne pas fragiliser sa légitimité dans la durée.









samedi 27 juin 2020

L’avertissement de l’Agence Internationale de l’Energie: Pour répondre au défi climatique, il manque beaucoup de nucléaire ! (Mais c’est faisable !)

Cf excellent tweet résumé de Tristan Kamin

(https://twitter.com/TristanKamin/status/1271424108627181570?s=09)

 et le dossier sur le site de l’AIE (https://www.iea.org/reports/nuclear-power#tracking-progress)

 Résumé Tristan Kamin :

1) Un effort à faire mais pas si démesuré que cela ! (2 fois le parc nucléaire français) !

L'Agence Internationale de l'Énergie alarme - encore - sur le taux insuffisant de déploiement du nucléaire dans le monde. Leur « Sustainable Development Scenario » demande 600 GW de nucléaire en 2040, contre 443 GW actuellement.

En considérant les constructions et projets en cours, les travaux de prolongation de réacteurs déclarés, et les intentions de fermeture, la trajectoire actuelle nous mène à seulement 455 GW en 2040.

Presque 150 GW manquants : plus du double du parc français !

Commentaire : à l’échelle mondiale, c’est pas si effarant !

Fin 2019, 60 GW étaient en chantier. Pour suivre ce scénario, il faudra 15 GW de projets lancés chaque année.  Ce rythme était celui observé en 2009 et 2010, évidemment freiné net en 2011 par la catastrophe de Fukushima.

Commentaire : toujours pas si effarant !

Au-delà des 60 GW en chantier (avec, en tête, l'UK et la Corée du Sud pour l'OCDE, la Chine et la Russie hors OCDE), environ 35 GW sont actuellement en projet. Côté Chine, on devrait passer très près de réussir l'objectif de 58 GW en fin 2020, à quoi s’ajoutera le  plan quinquennal prévu en 2021, dont on estime qu'il pourrait impulser la création de plus de 120 GW de nouveaux projets. Enfin, l'Inde, qui aimerait 21 (!) nouveaux réacteurs d'ici 2030 (!!!). Ensuite on passe à la Pologne, avec une feuille de route énergétique visant 6 à 9 GW de nucléaire (on part de 0) d'ici 2040, avec un premier réacteur souhaité en service pour 2033. Va pas falloir niaiser !

L'AIE s'attarde aussi sur le cas Japonais, avec cette ambition de remonter la part du nucléaire à plus de 20% pour 2030, et le gros risque de retard du fait des difficultés des exploitants à obtenir les autorisations de redémarrer auprès de la nouvelle autorité de sûreté nippone.

Vient ensuite sur le feu la Belgique, dont l'AIE rappelle qu'une fermeture de tout le parc (qui couvre 50% de la production) est prévue pour dans 5 ans, avec rien de mieux que des subventions aux centrales à gaz pour maintenir le système électrique à flot. L'AIE rappelle le cas français, avec une réduction à 50% de la part du nucléaire prévue d'ici 2035, mais également - on a tôt fait de l'oublier - que d'ici mi-2021 doit sortir un plan de renouvellement du parc actuel (pour maintenir 50%)

Les maintenances lourdes pour prolonger la durée de service des réacteurs actuels, en anglais « refurbishment » (pas trouvé d'équivalent en français, mais c'est ce qu'on appelle le « Grand carénage ») sont à l'honneur encore une fois. Et puis, bien entendu, les USA. Avec 88 de leurs 98 réacteurs encore en service déjà autorisés à fonctionner jusqu'à 60 ans, et 6 candidatures pour 80 ans : 4 validées, 2 en cours d'examen.

2) Plein feu sur les SMR !

La suite du rapport porte sur les technologies futures du nucléaire : SMR, Génération IV, voire la fusion des deux (et non, pas la fusion-tout-court).

Il y est question de certification en stade déjà avancé de certains SMR aux USA et au Canada et de coopération entre les deux autorités de sûreté de chacun de ces deux pays. Est également mentionné le projet français NuWard. Le Canada serait le pays le plus avancé dans le domaine… sans le raccordement au réseau, fin 2019, des deux réacteurs de l'Akademik Lomonosov, la centrale nucléaire russe flottante.

Une parenthèse est à nouveau dédiée à la Pologne, ainsi qu'à l'Indonésie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite : trois pays qui s'intéressent aux SMR à très haute température, et le dernier qui s'intéresse surtout aux SMR pour la désalinisation d'eau de mer.

Avant de passer aux recommandations, le rapport parle d'investissement : pour suivre le scénario de développement durable de l'AIE, il faudrait investir 1400 milliards de dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040, soit 70 milliards par an en moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant, et c'est d'ailleurs mis en perspective avec les 50 milliards d'investissements réalisés en 2017 et en 2018

C'est pas une rupture, une explosion, qu'il faut, mais juste un bon coup d'accélérateur.

Les recommandations de l’AIE

... La numéro 1 va vous étonner.

1/4 : Réduire les incertitudes POLITIQUES sur le nucléaire, et reconnaître la VALEUR de l'énergie nucléaire dans les systèmes énergétiques BAS-CARBONE actuels et futurs.

2/4 : Réduire les risques liés au MARCHÉ, au travers de réformes des marchés de l'électricité.

3/4 : User des leviers de gouvernance d'État pour soutenir la construction de nouvelles infrastructures nucléaires.(aka ne pas attendre que, par la magie du libéralisme, les choses se fassent seul : les gouvernements doivent mettre les mains dans la machine)

4/4 : Harmoniser les procédures de certification et aller pour de vrai vers la coopération internationale.(halala, si seulement EDF n'avait pas eu besoin de certifier l'EPR en France puis en Grande-Bretagne.

Verbatim :

1) Le nucléaire manquant : des centrales fermées prématurément, de nouvelles constructions nécessaires

« En 2019, 5,5 GW de capacité nucléaire supplémentaire ont été raccordés au réseau et 9,4 GW ont été définitivement arrêtés, ce qui porte la capacité mondiale à 443 GW. De nouveaux projets ont été lancés (environ 5,2 GW) et des rénovations sont en cours dans de nombreux pays pour assurer les opérations à long terme de la flotte existante. Néanmoins, alors que le parc nucléaire existant demeure la deuxième source d’électricité à faible émission de carbone au monde, la construction de nouveau nucléaire n’est pas en phase avec les exigences du SDS (Sustainable Developemnt Scenario). Selon les tendances actuelles, la capacité nucléaire en 2040 s’élèvera à 455 GW – bien en deçà du niveau SDS de 601 GW. Des prolongations supplémentaires de la durée de vie et un doublement du taux annuel d’ajouts de capacité sont donc nécessaires »

Commentaire : donc  150 GW manquant, le double du Parc nucléaire Français, selon l’observation de Tristan Kamin. A l’échelle mondiale, rien de délirant !

« En 2019, 5,5 GW de nouvelles capacités nucléaires ont été mises en ligne. Il s’agit d’une forte diminution par rapport à 2018, année où 11,2 GW étaient raccordés au réseau – l’ajout de capacité le plus élevé depuis 1989. La Chine et la Russie restent les premiers pays en termes de nouvelles connexions au réseau et de lancements de construction. En fait, 20 % des réacteurs nucléaires en construction à l’échelle mondiale se trouvent en Chine. 

Bien que 60,5 GW de nouvelles capacités nucléaires soient en construction à la fin de 2019, le rythme d’achèvement des nouveaux projets est la moitié de ce que recommande le scénario de développement durable (SDS). Une nouvelle capacité nucléaire de 15 GWe en moyenne par an entre 2020 et 2040 est nécessaire pour être dans le rythme recommandé pour le scénario.

Commentaire : Ce rythme était celui observé en 2009 et 2010 avant Fukushima (Tristan Kamin) Rien d’impossible

2) Arrêt des fermetures anticipées et refurbishment (Grand Carénage): la solution climatique la plus efficace et la plus économique !

« En 2019, 13 réacteurs nucléaires ont été définitivement arrêtés au Japon (5 unités), aux États-Unis (2 unités), en Suisse, en Allemagne, en Corée, en Russie, en Suède et à Taïwan (1 unité chacun) pour un total de 9,4 GW. Six de ces centrales étaient âgées de  plus de 40 ans, mais la plupart des réacteurs ont été retirés pour se conformer aux mesures de politique nucléaire nationale, y compris les mesures post-Fukushima au Japon. Plusieurs d’entre eux ont également été retirés en raison de conditions défavorables du marché (États-Unis). »

Commentaire : l’AIE y revient à de multiples reprises, de manière soft, mais le message est clair. : c’est idiot et criminel (écocide !) d’arrêter des centrales nucléaires qui pourraient continuer à fonctionner moyennement un « refurbishment » (Grand Carénage) ;

Car la prolongation de la vie des centrales nucléaires, lorsqu’elle est possible,  est la méthode la plus simple, la plus efficace et la plus économique de mitigation du défi climatique.

« Les unités nucléaires canadiennes de Darlington et de Bruce, en Ontario, font l’objet d’une rénovation pluriannuelle de plusieurs milliards de dollars qui permettra aux centrales de fonctionner bien au-delà du milieu du siècle. Les deux projets avancent comme prévu, la première unité rénovée (Darlington-2) devant être reconnectée au réseau en 2020. Le projet de rénovation de Darlington devrait être terminé d’ici 2026 et le projet Bruce d’ici 2033 »…

« En France, l’entreprise EDF poursuit son programme d’exploitation à long terme pour prolonger la durée de vie du parc nucléaire français au-delà de 40 ans et s’attend à une approbation réglementaire générique pour la série 900 en 2020. Entre-temps, Tricastin-1 a été la première unité achevée dans le cadre du programme à la fin de 2019. Des rénovations similaires seront appliquées à 21 unités supplémentaires de 900 MWe avant 2025. »

« Les fermetures anticipées des centrales thermiques, y compris l’énergie nucléaire, menacent des milliers d’emplois, concentrés en Europe et aux États-Unis, tandis que la perte de capacité nucléaire entravera les possibilité d’atténuation du dérèglement climatique. »

« Sans prolongations supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des économies avancées sera fermé d’ici 2030. »

3) Les pays qui investissent dans le gros nucléaire.

« Seulement 5,2 GW de construction ont été lancés en 2019, avec un réacteur en Chine, en Iran, en Russie et au Royaume-Uni. Les 60,5 GW de capacité nucléaire en construction se trouvaient principalement dans les pays de l’OCDE (20 GW), la Chine (10 GW) et la Russie (4,9 GW). Les deux pays de l’OCDE ayant le plus de capacité en construction sont la Corée (6 GW) et le Royaume-Uni (3,4 GW). Sur les 25 GW de capacité en construction dans le reste du monde, les principaux pays sont l’Inde (5,3 GW) et les Émirats arabes unis (5,6 GW).  La construction aux Émirats arabes unis progresse conformément au calendrier, et le chargement de carburant de la première unité a eu lieu en mars 2020. Dans les pays de l’OCDE, Hinkley Point C est le plus grand projet de construction de nouvelles constructions en cours et le premier projet pour le Royaume-Uni depuis 1995. La construction des deux unités est prévue, le radeau de l’île nucléaire de l’unité un ayant été achevé en mai 2019.

D’autres projets de construction sont en phase de préparation en Argentine, au Brésil, en Bulgarie, en République tchèque, en Égypte, en Finlande, en Hongrie, en Inde, au Kazakhstan, en Pologne, en Arabie saoudite et en Ouzbékistan. Il s’agit généralement de grands projets de réacteurs (1 GW), et à en juger par les politiques actuelles et les projets en cours, cela pourrait signifier de nouveaux ajouts d’environ 35 GW. »

« En dehors des pays de l’OCDE, le 13e Plan quinquennal de la Chine a été le principal stimulant de son programme nucléaire national, reliant plus de 30 GWe de capacité nucléaire au réseau au cours de la dernière décennie. Cela signifie que le pays est susceptible d’atteindre son objectif ambitieux de 58 GWe de capacité nucléaire installée d’ici la fin de 2020. En outre, son 15e plan quinquennal en 2021 devrait insuffler un nouvel élan au programme nucléaire national, avec des plans à moyen terme pour construire 120 à 150 GWe d’ici 2030 »

En novembre 2019, la Pologne a publié son projet de politique énergétique pour 2040, réaffirmant son projet de développement de 6 GW à 9 GW d’énergie nucléaire dans le cadre d’un portefeuille énergétique diversifié, ce qui rend le pays moins fortement dépendant du charbon et du gaz importé. La première centrale nucléaire polonaise pourrait être mise en service en 2033, et cinq autres devraient suivre d’ici 2043…

La France a revu sa planification énergétique en novembre 2018 et rendu publique sa stratégie de neutralité carbone en 2050. Cette stratégie repose sur la fermeture des centrales à combustibles fossiles restantes; prolonger la durée de vie de certains réacteurs existants tout en étalant les fermetures d’autres pour assurer un calendrier de déclassement en douceur; développement des énergies renouvelables. Le nucléaire restera l’épine dorsale de la stratégie énergétique Français avec une part de 50 % dans le mix énergétique de 2035, le reste provenant de sources d’énergie renouvelables. Pour pouvoir compter sur le nucléaire au-delà de 2035 et le conserver comme option viable, le gouvernement Français a annoncé un programme de travail avec l’industrie nucléaire pour élaborer un plan d’ici la mi-2021 pour un éventuel programme nucléaire de construction neuve.

4) A coté des gros réacteurs, les SMR (Small Modular Reactors)

« Les petits réacteurs modulaires continuent d’attirer l’intérêt tant dans les pays nucléaires établis, comme le Canada et les États-Unis, que dans les pays nouveaux arrivants en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud-Est. Les RD&D et les investissements dans les RSM et autres réacteurs de pointe sont encouragés par des partenariats public-privé. La certification de conception des RMR par les autorités de sûreté nucléaire progresse. Le prototype NuScale en est à la dernière étape de la certification de conception par le CNRC des États-Unis, et le processus devrait être terminé en 2020. Les plans de construction des premiers modules d’une nouvelle usine dans l’Idaho ont progressé avec les fabricants ayant été choisis et un soutien supplémentaire confirmé par le DOE des États-Unis.

En mars 2020, Oklo a soumis au CNRC la première demande combinée de licence pour une technologie de réacteur de pointe. Oklo développe un micro-réacteur de 1,5 MW pour fournir de l’énergie sur des sites éloignés. Le gouvernement canadien a publié sa feuille de route SMR en décembre 2018 et a encouragé les fournisseurs de SMR à tirer parti des possibilités offertes pour faire la démonstration de leurs technologies. La CCSN (organisme de réglementation fédéral du Canada) examine actuellement dix conceptions de SMR et a reçu une demande de construction d’un réacteur micro modulaire en 2019.

 En septembre 2019, un consortium Français (CEA, EDF, Techninatome et Naval Group) a annoncé le développement d’un réacteur à eau légère SMR  (projet Nuward de 170 MWe lors de la Conférence générale de l’AIEA. La centrale de 340 MWe (deux unités par centrale) est conçue pour remplacer les centrales électriques à combustibles fossiles de milieu de gamme dans les pays dotés de réseaux petits ou mal interconnectés. Les pays nouveaux arrivants comme la Pologne, l’Indonésie et la Jordanie continuent de concevoir des études de faisabilité pour le développement de réacteurs à haute température, ces deux derniers étant en coopération avec la Chine. L’Arabie saoudite mène également des études sur le dessalement nucléaire à l’aide de SMR.

Le Forum international génération IV, une initiative internationale de recherche et développement qui réunit les pays nucléaires les plus avancés, renforce son engagement auprès de diverses entreprises du secteur privé.

5) L’investissement mondial dans la capacité nucléaire reste insuffisant

 Dans l’ensemble, les investissements mondiaux dans la capacité nucléaire restent insuffisants, comme en témoigne le petit nombre de nouveaux projets lancés. Selon les Perspectives mondiales de l’énergie, 1420 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires entre 2019 et 2040 pour se mettre sur la bonne voie avec la SDS – 30 % de plus que dans le cadre du scénario des politiques déclarées (STEPS). En 2018, les investissements dans le nucléaire sont restés stables par rapport à 2017 à 50 milliards de dollars et comprennent des proportions similaires d’investissements opérationnels et de nouvelles constructions à long terme. Cela démontre que les investissements dans les LTO sont attrayants malgré les incertitudes sur les politiques et les marchés.

Commentaire (Tristan Kamin) : 1400 milliards de dollars dans le nucléaire entre 2020 et 2040, soit 70 milliards par an en moyenne. À l'échelle mondiale, c'est pas choquant, et c'est d'ailleurs mis en perspective avec les 50 milliards d'investissements réalisés en 2017 et en 2018

6) Les recommandations de l’AIE pour amplifier l’investissement dans le nucléaire

6a) Réduire l’incertitude de la politique nucléaire et reconnaître la valeur de l’énergie nucléaire dans les systèmes énergétiques actuels et futurs à faible émission de carbone

« L’incertitude de la politique nucléaire dans un certain nombre de pays empêche l’industrie nucléaire de prendre des décisions d’investissement. C’est en partie le résultat d’incohérences entre les objectifs politiques énoncés – tels que l’atténuation des changements climatiques – et les actions politiques....La reconnaissance franche par les gouvernements et les organisations internationales de la valeur des attributs de l’énergie nucléaire et de sa contribution à la décarbonisation des systèmes énergétiques mondiaux encouragerait les décideurs politiques à inclure explicitement le nucléaire dans leurs plans énergétiques à long terme et les NDC dans le cadre de l’Accord de Paris. »

« Alors que certains pays affirment qu’ils peuvent atteindre les objectifs de décarbonisation tout en éliminant progressivement le nucléaire (Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse) ou en réduisant sa part (France), d’autres continuent de reconnaître la nécessité d’accroître la part du nucléaire : Chine, Russie, Inde, Argentine, Brésil, Bulgarie, République tchèque, Égypte, Finlande, Hongrie, Pologne, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et Ouzbékistan. Fin 2018, la stratégie énergétique à long terme de l’UE a clairement indiqué que l’énergie nucléaire – avec les énergies renouvelables – constituera l’épine dorsale du système énergétique de l’UE afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Dans le même temps, les discussions en cours sur la taxonomie de l’UE sur l’admissibilité de la production d’énergie nucléaire au financement de la durabilité mettent en évidence les difficultés à reconnaître la contribution de l’énergie nucléaire à l’atténuation du changement climatique. »

6b) Réduire les risques du marché grâce aux réformes du marché de l’électricité

 L’incertitude du marché de l’électricité rend difficile pour les investisseurs de prévoir le montant des revenus qu’une centrale nucléaire pourrait générer sur plusieurs décennies.  Les organismes de réglementation pourraient réduire cette incertitude en améliorant la conception du marché de l’électricité afin d’attribuer une valeur appropriée aux centrales nucléaires à énergie propre et dispatchable. Il est particulièrement important de développer des contrats à long terme pour réduire l’exposition des actifs nucléaires à longue durée de vie aux risques de marché à court terme.

Des réformes du marché de l’électricité sont également nécessaires pour faire face aux impacts d’une plus grande intégration des énergies renouvelables variables et des coûts associés au système. En termes généraux, les décideurs doivent reconnaître et répartir équitablement les coûts du système aux technologies responsables. Favoriser des marchés concurrentiels à court terme et assurer une capacité et une flexibilité adéquates, ainsi que des infrastructures de transport et de distribution, sont des mesures politiques clés  visant à soutenir l’internalisation des coûts du système.

6c) Faire appel au leadership du gouvernement pour promouvoir la construction nucléaire.

En s’appuyant sur les leçons tirées des récents projets de la génération III, les décideurs pourraient appuyer la réduction rapide des coûts de construction en prenant des décisions opportunes sur les projets de construction neuve. Prendre ces décisions dès que possible remettrait le nucléaire sur les rails avec le SDS et stimulerait également l’économie à court terme par la création d’emplois.  La gouvernance globale des projets nucléaires de construction neuve demeurera essentielle pour l’allocation et l’atténuation efficaces des risques liés à la construction et au marché. Compte tenu de l’impact du coût du capital sur le coût nivelé et des externalités positives associées à l’énergie nucléaire, il est clair que les gouvernements soutiennent le financement directement ou indirectement – en particulier pour répondre à la perception des risques et à l’accumulation des capacités lorsque des programmes nucléaires sont lancés.

Les approches réglementaires qui ont été utilisées avec succès pour d’autres projets d’infrastructure – comme le modèle de base d’actifs réglementaires (RAB) au Royaume-Uni – suscitent un regain d’intérêt de la part des décideurs pour financer de futurs projets nucléaires de construction de nouvelles constructions avec un coût de capital moindre.  Compte tenu des impacts structurels durables et profonds d’un programme nucléaire sur l’économie d’un pays et son système d’électricité, les gouvernements doivent considérer les projets nucléaires comme des projets d’infrastructure nationaux d’importance stratégique. Ce type de décision stratégique peut être particulièrement crucial dans la période post-COVIDE 19 pour galvaniser les efforts nationaux de relance économique. Cela se traduit par une responsabilité claire du gouvernement en termes de leadership et d’union de divers intervenants, y compris le grand public.  Ces actions nécessiteront donc un effort concerté des gouvernements et de l’industrie, comme l’illustre l’accord sur le secteur nucléaire 2018 du gouvernement britannique qui vise à réduire le coût des nouvelles constructions de 30 % en 2030.

6e) Harmoniser les licences et favoriser la collaboration internationale.

Il n’existe pas de cadre régional ou mondial de licence pour les technologies nucléaires, ce qui signifie que les fournisseurs doivent répéter le processus de certification et s’adapter aux codes et normes nationaux dans chaque pays, en allongeant la durée des projets et en augmentant les coûts et l’incertitude. Davantage d’efforts pour harmoniser les exigences réglementaires et promouvoir la normalisation des conceptions sont donc nécessaires. Cela pourrait se faire grâce à l’échange d’informations et d’expériences entre les organismes de réglementation, y compris pour les conceptions les plus nouvelles, et par des initiatives plus efficaces de l’industrie mondiale pour harmoniser les normes d’ingénierie. Il est essentiel que les gouvernements permettent ces efforts, en s’appuyant sur les récentes initiatives bilatérales et multilatérales. »

7) Maintenir le rôle de l’énergie nucléaire et hydroélectrique pour le climat, pour l’économie et pour l’emploi

« L’hydroélectricité et l’énergie nucléaire sont les deux plus grandes sources de production à faible émission de carbone aujourd’hui, fournissant ensemble 70 % de toute l’électricité à faible teneur en carbone.

La modernisation des installations hydroélectriques existantes et des centrales nucléaires (pour les pays qui ont l’intention de conserver l’option de l’énergie nucléaire), éviteraient une forte baisse de la production d’électricité à faible émission de carbone ; de nouvelles constructions stimuleraient encore la production de faibles émissions de carbone, et pourraient également être envisagées le cas échéant

L’hydroélectricité est aujourd’hui la plus grande source d’électricité à faible émission de carbone dans le monde et l’énergie nucléaire est la deuxième source en importance. Ensemble, ils représentent près de 30 % de l’approvisionnement mondial en électricité et fournissent 70 % de la production d’électricité à faible émission de carbone. »

« Dans les économies avancées, l’énergie nucléaire est la plus grande source d’électricité à faible émission de carbone à une large marge, mais son rôle futur est incertain à mesure que les centrales vieillissantes commencent à fermer. Sans prolongations supplémentaires, près de 40 % du parc de réacteurs nucléaires des économies avancées sera fermé d’ici 2030. »

« Le développement de l’hydroélectricité et de  l’énergie nucléaire nécessitent un soutien soutenu des gouvernements. Les deux technologies sont à forte intensité de capital, et les projets peuvent être parmi les plus importants dans le secteur de l’énergie en termes d’investissement total. Par exemple, les réacteurs nucléaires de premier plan, les projets de mégahydropuissance et les grands programmes de remise à neuf peuvent nécessiter chacun plus de 10 milliards de dollars en dépenses d’investissement. Les prolongations de durée de vie nucléaire de 20 ans coûtent entre 0,5 et 1,1 milliard de dollars par GW. Avec de longs délais de développement et des exigences de fonds propres élevées, il est clairement très important de trouver des moyens de limiter les risques et de faciliter le financement à faible coût. Un soutien financier direct n’est pas toujours nécessaire : les accords d’achat d’électricité à long terme ou les tarifs de rachat peuvent offrir un certain degré de certitude sur les prix et ont été largement utilisés en Chine. Les garanties de prêt et les prêts préférentiels, le cas échéant, peuvent également réduire le coût du financement.. »

Cinq États des États-Unis, par exemple, ont accordé des crédits zéro émission pour reconnaître les contributions à faible émission de carbone de l’énergie nucléaire et maintenir plusieurs réacteurs en service face à des conditions de marché difficiles. Les solutions basées sur le marché, telles que la tarification du carbone ou les paiements de capacité, pourraient améliorer considérablement la situation financière du nucléaire et de l’hydroélectricité. Des marchés de flexibilité accrus pourraient également renforcer l’économie de l’hydroélectricité… »

Les répercussions sur les émissions et la résilience

Hydro et l’énergie nucléaire contribuent grandement à la réduction des émissions. Sans d’autres prolongations de la durée de vie nucléaire dans les économies avancées, par exemple, les transitions énergétiques propres nécessiteraient environ 80 milliards de dollars d’investissements supplémentaires par an et les factures d’électricité des consommateurs seraient d’environ 5 % plus élevées (AIE, 2019b).

Si une production supplémentaire déplace la production de charbon, alors 1 GW d’énergie nucléaire évite environ 6 millions de tonnes (Mt) d’émissions directes de CO2 par an. L’Hydro a tendance à avoir un taux d’utilisation plus faible que le nucléaire (en raison des variations saisonnières), mais 1 GW de capacité hydroélectrique évite néanmoins environ 3 Mt émissions de CO2. Dans les économies avancées, la production plus élevée de l’hydroélectricité ou du nucléaire affecte principalement la quantité de production au gaz et les économies réalisées grâce aux émissions évitées sont donc plus faibles.

« Conséquences sur l’emploi : l’hydraulique emploie environ 2 millions de personnes dans le monde, dont plus des deux tiers dans des emplois locaux liés à l’exploitation et à l’entretien des installations existantes. L’énergie nucléaire fournit plus de 800 000 emplois, dont environ la moitié sont situés dans des réacteurs. La nouvelle construction de projets d’énergie nucléaire a été la plus importante ces dernières années dans les marchés émergents, y compris l’Inde et la Chine, bien que plusieurs économies avancées continuent de soutenir l’énergie nucléaire. Les projets hydroélectriques existants peuvent être améliorés en remplaçant les turbines pour augmenter la production maximale ou en ajoutant de nouvelles installations de pompage pour soutenir des opérations plus flexibles. Les travaux de modernisation et de construction de projets hydroélectriques créent environ 3 emplois par million de dollars de dépenses en immobilisations. Les prolongations de durée de vie nucléaire créent environ 2 à 3 emplois par million de dollars de dépenses en immobilisations, ainsi que la préservation des emplois locaux d’O&M.

8) Possibilités stratégiques dans l’innovation technologique : les SMR.

« Les difficultés dans le financement de la construction de réacteurs nucléaires à grande échelle stimulent l’intérêt pour les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR). Les SMR sont généralement définis comme des réacteurs nucléaires d’une capacité électrique inférieure à 300 MW par module, qui sont construits dans une usine puis transportés vers le site de production. Plusieurs types de RMR sont en cours d’élaboration : les SMR refroidis à l’eau légère ont atteint les niveaux de préparation aux licences les plus élevés avec plusieurs concepts en construction ou avancés dans le processus de délivrance de licences. Le développement de SMR refroidis par métal liquide, le  sel fondu ou  le gaz est moins avancé. Les SMR sont en cours de développement dans des pays comme le Canada, la Chine, la Russie et les États-Unis, bien qu’aucun n’ait encore atteint la maturité commerciale. »

« Les SMR offrent la possibilité de fournir une énergie nucléaire à faible émission de carbone avec des investissements initiaux plus faibles et une meilleure évolutivité que les grands réacteurs traditionnels, et avec la capacité d’utiliser des sites qui ne seraient pas en mesure d’accueillir les grands réacteurs traditionnels. On s’attend également à ce que les délais de construction soient beaucoup plus courts en raison de la fabrication d’usine et de l’utilisation de techniques de construction modulaires avancées. Les SRM pourraient contribuer à la flexibilité dans les pays dotés d’un grand réseau électrique ou être utilisés dans les pays ou les régions dotés de petits réseaux électriques qui ne seraient pas appropriés pour les grandes centrales nucléaires. Compte tenu de leurs coûts plus bas,  ils peuvent également être attrayants pour les pays qui n’ont aucune expérience de l’énergie nucléaire, en particulier ceux qui ont des réseaux électriques petits et moins robustes. Dans certains cas, notamment lorsqu’il y a des problèmes de stabilité et de fiabilité du réseau, les SMR peuvent être la seule option de technologie nucléaire techniquement réalisable disponible. »

« Approches stratégiques  : le soutien aux SMR devrait tenir dûment compte des principes généraux de la conception du marché de l’électricité à faible émission de carbone avec un soutien de la politique d’innovation pour faciliter le déploiement rapide. Voici quelques exemples de mesures politiques spécifiques qui pourraient être utilisées :

Fournir un soutien à l’investissement pour des projets pilotes tels que des subventions d’immobilisations, des garanties de prêts et des contrats à long terme sur mesure.

Favoriser les accords de partage des coûts pour la collaboration internationale, les programmes partagés de RD&D et les cadres nationaux et internationaux de licence.

Aider les autorités réglementaires à accélérer la résolution des préoccupations relatives à la validation des dispositifs de sécurité novateurs et à l’assemblage des usines.

 Les SMR ont le potentiel de fournir une autre voie pour le développement de l’énergie nucléaire et pourraient fournir un grand nombre d’emplois dans les activités de conception, de fabrication, d’approvisionnement et de construction. Toutefois, les perspectives des SMR dépendront dans une large mesure du déploiement réussi de prototypes et de centrales.. Un objectif important est d’établir des conceptions normalisées qui permettraient le développement de chaînes de valeur et d’accélérer les économies d’échelle, d’apprentissage et de réduction des coûts.