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jeudi 27 avril 2023

KPMG, L’énergie éolienne en France- Avril 2023

 Le constat : La France possède la deuxième plus grande ressource éolienne en mer d‘Europe. Cette technologie a connu des progrès importants, à partir de décembre 2020, avec la construction de trois grands parcs éoliens : Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc, de capacités respectives de 480 MW, 498 MW et 496 MW. Néanmoins le rythme de déploiement devrait être accéléré pour atteindre la trajectoire désignée par la France pour remplir ses objectifs climatiques : une capacité éolienne en mer installée de 40 GW d’ici 2050.

Malgré ses grandes ressources éoliennes en mer, la France est en retard vis-à-vis des états européens leaders dans l’éolien : à fin 2022, seul le projet de Saint-Nazaire est opérationnel.

https://kpmg.com/fr/fr/home/insights/2023/04/energie-eolienne-mer-france.html


Les raisons (selon KPMG)

1)  procédures réglementaires et de délivrances des permis allongée_ durée excessive d’achèvement 10-12 ans et maintenant 7 ans contre 4 au RU

2) Opposition des acteurs locaux

3) Insuffisance du réseau électrique

4) Accroissement des besoins d’investissements

Remarque 1 : C’est assez culotté A aucun moment KPMG ne mentionne la difficulté des côtes françaises (rocheuses et pentues) par rapport à celles d’Europe du nord (sablonneuses et plates) qui permettent de faire de l’éolien posé loin des côtes. Ainsi, en Europe, la moyenne de la distance à la côte des parcs est supérieure à 41km, en France, pour les parcs en projets, elle est inférieure à 20 km. Il en résulte une augmentation des coûts ( reconnue par la Communauté Européenne qui du coup accorde des tarifs plus élevées) et bien sûr une moindre acceptation, compte-tenu de l’empreinte visuelle et des interférences très fortes avec nombre d’activités traditionnelles et économiquement importantes ( pêche, tourisme, nautisme…) ainsi que les atteintes au cadre de vie, à la biodiversité et à une culture maritime traditionnelle

Les perspectives

Comparé aux 480 MW en production et aux 4 GW déjà autorisés d‘ici 2027, le président de la République a annoncé en 2022 un objectif volontariste et ambitieux de 40 GW de capacité installée pour 2050 (soit une attribution annuelle de plus d‘1 GW par an en moyenne). L‘énergie éolienne offshore apparaît comme une technologie essentielle pour la France pour renforcer l‘atteinte de ses engagements en matière de transition énergétique

La France ambitionne de développer une filière industrielle nationale solide pour le secteur. En développant des liens en amont et en aval, l‘idée de créer une filière industrielle française de l‘énergie éolienne offshore a déjà donné des résultats remarquables. Par exemple, le projet de Saint-Nazaire et les autres. appels d’offres ont permis la construction de plateformes logistiques près des ports, l‘installation de centres d‘assemblage et de maintenance, ainsi que la construction de trois usines de General Electric Renewable Energy (GERE - 750 employés) au Havre et l’usine de Siemens Gamesa à Cherbourg (750 employés). Un écosystème local est apparu, où les sous-traitants français de GERE ont créé 1 200 emplois et font affaire avec quelque 1 600 entreprises du secteur. Ces activités facilitent et accélèrent non seulement le déploiement de projets mais créent également une dynamique dans les économies locales.


La France dispose de nombreux atouts pour développer l’éolien offshore, tels que des frontières maritimes étendues, la structure portuaire, son expertise industrielle, énergétique et maritime. Les éoliennes flottantes et les technologies de pointe sont innovantes, matures et prometteuses

Remarques : deux affirmations, deux mensonges. Les côtes françaises ne sont pas favorables au développement de l’éolien, la technologie de l’éolien flottant, qui permettrait de s’éloigner des côtes n’est pas mature.

 

Les projets en cours

Les tarifs accordés

Prédictions LCOE


Eolien posé

Eolien flottant

Remarques les tarifs Dunkerque et Normandie ( Centre Manche) II, deux parcs EDF ne sont tout simplement pas crédibles d’autant que tous les acteurs de l’éolien off shore signalent une augmentation de leurs coûts qui les mets en péril. En particulier, sur Centre Manche II, voir le critiques de la CRE et d’un certain nombre de concurrents, cf. sur ce blog.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/03/parc-eolien-off-shore-centre-manche-1.html

Les problèmes pointés par KPMG

les activistes locaux, les pêcheurs et les résidents ont montré une forte résistance contre le développement des éoliennes, compte tenu de leurs appréhensions quant à l’impact négatif sur le paysage et l’environnement, qui peut diminuer la valeur de leurs maisons et nuire à leur santé. » ??

« D’importants investissements seront nécessaires pour le raccordement de projets d’énergie éolienne offshore. On estime que la numérisation des réseaux nécessitera un investissement d’environ 2 milliards d’euros par an entre 2021 et 2025, dont environ 500 millions d’euros pour le raccordement de nouvelles installations éoliennes en mer. »

 « L’énergie éolienne offshore fait face à une concurrence important de la part d’autres sources renouvelables. Avec le taux d’adoption élevé (en 2021, la France comptait 56 réacteurs nucléaires opérationnels produisant plus de 70 % de son électricité – le deuxième plus élevé au monde), l’énergie nucléaire reste une alternative forte à l’énergie éolienne offshore. • En outre, représentant près de 12 % (en 2021) de la production totale d’électricité du pays, l’hydroélectricité est en train de devenir la principale source d’électricité renouvelable dans le pays. Ces technologies de substitution plus matures que l’éolien offshore offrent une meilleure rentabilité. De plus, l’infrastructure déjà développée pour ces technologies n(‘entraine que des défis de déploiement limités. » 

Le projet Bretagne Sud

Le projet est prévu pour créer 350 emplois lors des opérations de création et la maintenance devrait générer au moins une douzaine d’emplois. ( Ce n’est pas ce que semble espérer et ce que « vend » le maire de Lorient !)

vendredi 17 mars 2023

Les énergies intermittentes ne sont pas « complémentaires » du nucléaire

 Article de Michel Negynas dans Contrepoint https://www.contrepoints.org/2023/03/13/452172-les-energies-intermittentes-ne-sont-pas-complementaires-du-nucleaire

Affirmer que le nucléaire et les énergies intermittentes sont complémentaires est une hérésie. Pire, elles sont un facteur d’augmentation de coût et d’instabilité pour les centrales nucléaires.

La réalité reprend toujours ses droits. La guerre en Ukraine et (enfin) la prise de conscience de la nécessité d’être souverain en matière d’énergie gagne les media et le grand public.

Or, actuellement, seul le nucléaire peut contribuer largement à cette indépendance. Les énergies intermittentes ont besoin d’un service de secours en cas de nuit sans vent. Ce ne peut être que le gaz comme nous allons le montrer. Ainsi, affirmer que le nucléaire et les énergies intermittentes sont complémentaires est une hérésie. Pire, elles sont un facteur d’augmentation de coût et d’instabilité  pour les centrales nucléaires.

En France, les énergies intermittentes sont un alibi à la reprise du nucléaire

Les États non écolo-schizophrènes (Suède, Finlande, Pologne, Pays-Bas, France, Italie peut être…) ont admis qu’il fallait relancer le nucléaire. On approche de la raison, c’est bien. Mais pour se faire pardonner (en France particulièrement), les autorités politiques en rajoutent sur les éoliennes et les panneaux solaires : c’est du « en même temps » pur jus. Nos édiles pensent même que régler la question du retard pris dans le développement du nucléaire (dont ils ont tous été plus ou moins les instigateurs délibérés) se fera par une accélération des énergies renouvelables. Ils montrent par là qu’ils n’ont rien compris au dimensionnement d’un réseau électrique, qui se fait en capacité pilotable (les kW) et pas en énergie (les kWh). Il y aura toujours des nuits sans vent. Le soleil et Éole ne sont pas pilotables.

Hormis ce gage donné aux écologistes pour faire avaler un volteface salutaire, l’éolien et le solaire sont- ils utiles dans un réseau à base de nucléaire, sont-ils même « complémentaires » comme on nous le répète à l’envi ?

Les énergies intermittentes sont-elles utiles ?

Dès l’instant où on admet (ce qui est vérifiable très facilement sur les sites nationaux de suivi des productions électriques) qu’il peut y avoir des nuits sans vent sur quasiment toute l’Europe, les éoliennes et le solaire apparaissent comme des investissements redondants sur le réseau, puisqu’il faut assurer la sécurité par des centrales pilotables. Dans ces conditions, qu’apportent-ils ?

Sur le plan environnemental

Rien. La production du silicium est au moins aussi polluante que la production du minerai d’uranium. Et on démontre qu’il faut davantage de ressources en matériaux au kWh produit pour l’éolien que pour le nucléaire. Le bilan carbone total est également meilleur pour le nucléaire que pour les ENR intermittentes.

Sur le plan économique

Il faut comparer le coût complet du kWh éolien et solaire au coût marginal (en gros le coût d’exploitation variable) des moyens pilotables, puisque de toute façon il faut construire ceux-ci. Pour l’hydraulique et le nucléaire, ces coûts variables sont très faibles, bien inférieurs au coût complet des ENR. Il n’y a donc pas non plus d’intérêt économique.

NB : ce peut-être un peu spécieux, puisque l'on peut aussi se dire que lorsque le solaire et l'éolien sont construits, c'est leur coût marginal qu'il faut considérer. Un autre argument est de considérer les coputs systèmes totaux comme l'a fait RTE dans les scenario futurs énergétiques 2050 et  la NEA:OCDE dans son étude magistrale NEA (2019), The Costs of Decarbonisation: System Costs with High Shares of Nuclear and Renewables, OECD Publishing, Paris

cf sur ce bloghttps://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/01/etude-nea-ocde-sur-le-cout-des-systemes_14.html

Sur le plan de la souveraineté

Force est de constater que la France n’a pas été capable de construire une filière nationale. Les éoliennes sont construites par des Américains (depuis peu partiellement en France), des Espagnols, des Allemands et des Danois. Le silicium est importé de Chine. Certes, l’uranium est importé, mais d’une variété de pays, ce qui le sécurise. De plus, il est facile d’avoir un stock de dizaines d’années, sans parler de la filière surrégénératrice, que la France a mise au point avec 30 ans d’avance. Et même si nous sous-traitons certaines opérations, nous avons le potentiel technique pour les rapatrier.

On ne voit donc pas en quoi les éoliennes et le solaire nous sont utiles.

Les énergies intermittentes nuisent gravement à la conduite du réseau

Elles varient, à long, moyen et court terme. La variation à l’échelle du jour, voire de l’heure, est très pénalisante. Il faut des centrales pilotables prêtes à intervenir en urgence. L’hydraulique peut jouer ce rôle en deçà de 10GW environ en France. Mais elle n’est pas suffisante au-delà d’une proportion d’intermittents dans le réseau. Et il faut déjà assurer ce suivi rapide pour les fluctuations de consommation. Tout se passe comme si ces fluctuations rendaient encore plus variable la consommation.

La situation est particulièrement critique en été : même si la pointe de midi coïncide avec le maximum solaire, elle est loin de gommer la variabilité. Imaginons (comme c’est prévu) que nous ayons 60 GW de solaire, ça démarre à zéro à 6 heures du matin, culmine à 60 GW à midi, et redescend à zéro à 21 heures… Il faut un réseau pilotable qui fasse ce yoyo en sens inverse…

Le nucléaire n’en n’est pas capable, du moins sans risques, sans surcoûts et sans raccourcir la durée de vie des réacteurs. Les grosses centrales à charbon et même les grosses centrales à gaz (à combustion combinée) ont le même problème, lié aux changements de température et de dilatations lors des changements de régime.

On ne peut donc utiliser que des centrales très flexibles. Ce sont généralement des centrales à gaz alimentées en gaz naturel, voire des turbines de type aéronautique. Leur rendement est moins bon et surtout elles ne fonctionnent pas en régime nominal, ce qui dégrade considérablement leur rendement.

En outre, que fait-on si le soleil d’août donne 60 GW avec une charge de consommation de 50 GW ?

Pour l’éolien, c’est un peu la même chose, avec des fluctuations différentes, aléatoires : le vent souffle par rafale, les variations en local peuvent être très rapides… Le réseau peu les encaisser dans une certaine mesure… si on a des grosses centrales pilotable dessus, comme on le verra ci-dessous. Mais il y a des limites.

C’est ce qui explique l’engouement des fournisseurs de gaz pour les énergies intermittentes…

NB : c'est encore plus évident avec les variations rapides et btrès brutales de l'éolien en mer, cf. les données de production des parcs éolien danois, ou plus récemment en France de Saint Nazaire. Tant que l'éolien en mer représente une partie faible de la production, c'est mairisable, mais si son importance augmente, cela devient quasiment ingérable

Pour le Danemark, données  https://www.energidataservice.dk/ ). Courtoisie Hubert Flocard. 
https://www.contrepoints.org/2022/10/05/422640-5-dementis-sur-lutilite-des-eoliennes-en-mer-ou-sur-terre

1ère statistiques  de production du Parc de Guérande _ janvier-mars 2023

D’autres contraintes peu connues car plus techniques

La source finale de l’électricité produite par les éoliennes et les panneaux solaires est constituée de convertisseurs électroniques. Ils n’ont pas d’inertie, comme les gros groupes turbo-alternateurs. Or, cette inertie est indispensable pour absorber, justement, les fluctuations rapides du réseau. Pour pallier ce défaut, il faut ajouter des dispositifs coûteux : batteries, condensateurs, le tout piloté (encore) par de l’électronique. Notons d’ailleurs que ces coûts ne sont pas supportés par les ENR !

Les équipements utilisateurs de l’électricité ont besoin d’une énergie productive mais aussi d’une composante non-productive (appelée énergie réactive). Seules les centrales à turbo-alternateurs peuvent la fournir. Là encore, on peut la fabriquer électroniquement mais au prix de gros investissements.

Ces deux problèmes sont cruciaux. À tel point que certains opérateurs d’ENR intermittentes suggèrent de faire tourner les grosses centrales à vide juste pour pallier ces défauts !

NB : La stabilisation du réseau par de l'électronique de puissance n' a été démontrée qu'à l'échelle du laboratoire, pas à l'échelle industrielle où sa faisabilité est encore sujettte à caution 

Et la suite ?

On pourrait résumer tout ceci en renversant la problématique : les ENR ne viendront pas au secours des centrales classiques, ce sont les centrales classiques qui viennent au secours des ENR.

Mais comme la réalité de la guerre en Ukraine s’impose pour redorer le blason du nucléaire, les réalités technico-économiques s’imposeront un jour pour valider les réflexions ci-dessus. D’ici là, beaucoup de dégâts auront été faits. On aura sans doute aussi construit de nouvelles centrales à gaz pour attendre le nouveau nucléaire.

L’Allemagne a déjà ces problèmes, avec 130 GW d’ENR intermittentes. Elle les « dilue » sur l’ensemble de ses voisins pour l’instant. Mais si tout le monde fait comme elle ?

voir aussi sur le même sujet 

https://www.contrepoints.org/2022/10/05/422640-5-dementis-sur-lutilite-des-eoliennes-en-mer-ou-sur-terre

mercredi 26 octobre 2022

Du balsa dans les éoliennes ? Oui, et pas qu’un peu !

Résumé : L’utilisation de balsa dans les pales d’éoliennes  et  ses conséquences en termes  de déforestation en Amérique du Sud  constituent un vrai problème  un peu passé sous la trappe, tant tout le monde s'est focalisé sur la recyclabilité des résines polymériques qui l'entourent. Pourtant, c’est encore un autre aspect qui remet en cause le caractère écologique de l’éolien. 

Quelques données :

Les trois pales de 81 mètres de long des éoliennes offshore de Siemens Gamesa contiennent au total près de 6 tonnes de balsa (approx. 40 m³). Cela correspond pour l’éolienne entière à environ 40 arbres !  D’autres constructeurs d’éoliennes utilisent également le balsa, mais en quantités moindres : environ 9  m³ pour Nordex et 2.5 m³ pour Vestas en 2021)

Et ça se voit : Le plus gros consommateur mondial de balsa est l’entreprise Siemens Gamesa. Le groupe éolien germano-espagnol a consommé près de 26 000 tonnes de balsa en 2021 (soit environ 150.000 arbres)

Les usines françaises de Gamesa produisent des pales éoliennes utilisant du Balsa, et c’est notamment le cas des éoliennes du parc de Saint-Nazaire :

Les pales d’éoliennes Offshore Siemens Gamesa sont fabriquées en utilisant la technologie brevetée IntegralBlade®. Elles sont composées de fibre de verre, de résine époxy renforcée et de bois de balsa. Elles sont fabriquées en une seule pièce, ce qui permet une meilleure résistance et améliore la performance de la pale….La zone éolienne de Saint-Nazaire-Guérande comprendra  80 machines Haliade-150 de 6 MW chacune, dont les turbines et nacelles sont produites par l’usine General Electric de Montoir-de-Bretagne, dans l’estuaire de la Loire. Chacune disposera de trois énormes pales de 75 mètres de long fabriquées en fibre de verre et balsa, pour un poids unitaire de plus de 30 tonnes.


https://www.meretmarine.com/fr/saint-nazaire-recoit-les-premieres-pales-de-son-parc-eolien-offshore

La Chine achète environ 50 pour cent du bois de balsa; c’est le producteur d’énergie éolienne le plus important et celui qui connaît la croissance la plus rapide et fabrique des turbines destinées à l’exportation ( donc du Balsa part de la forêt amazonienne, passe par la Chine pour se retrouver dans des éoliennes dans le monde entier, très écologique comme circuit !).

Parmi les autres marchés clés pour le bois de balsa figure l’Union européenne (UE), qui importe plus de 20 % du bois de balsa : les cinq principaux marchés de l’UE en 2020 comprenaient le Danemark, la Pologne, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie. Le Danemark a importé environ 36 millions de dollars de bois de balsa en 2020, en augmentation de 95 % par rapport à 2019.

Fournisseur de turbiniers européens (Vestas, Siemens Gamesa, General Electric), la société 3A Composites Core Materials possède et exploite plus de 10 000 hectares de plantations de balsa (certifiées FSC), via sa filiale équatorienne Plantabal.  Mais cela ne suffit plus et les coupes illégales et la déforestation prolifèrent ( voir ci-dessous)

Le balsa pousse en touffe et il n'est pas possible de planter les arbres en alignement comme les bananiers et les hévéas, ce qui complique les plantations. Il pousse très rapidement (6 mètres dès la première année), son bois peut être exploité dès l'âge de quatre ans ( typiquement 27 mètre de haut, diamètre 40-45 cm, 0.8 à1.6 métres cubes de bois par arbre). A six ou sept ans, il mesure de trente-cinq à quarante mètres. En revanche, il ne pousse que dans des conditions climatiques spécifique et à une certaine altitude, vieillit vite et il est sujet, vers 15 ans, à un  pourrissement qui lui enlève toute valeur commerciale.


Pourquoi le balsa ?

L’utilisation du balsa, selon le procédé de composite sandwich, permet de renforcer les fibres et d’atteindre des longueurs importantes tout en gardant une bonne résistance. Il  est particulièrement adapté au très grandes  pales des éoliennes off shore. Dans les pales du rotor, le balsa est solidement collé aux plastiques, comme le PET et le PVC, renforcés de fibres de verre, avec de la résine époxy.

Le balsa des éoliennes est-il recyclable ? Oui et non. Il peut être transformé et utilisé par exemple sous une forme dégradée comme matériau d’isolation ; mais une nouvelle éolienne exigera une nouvelle « âme » en balsa

Au vu de certaines annonces de producteurs de pales européens, la consommation de balsa pourrait diminuer prochainement. Les industriels envisagent notamment d’augmenter la part de polyéthylène téréphthalate (PET, un plastique d'origine pétrolière) dans les pales, au détriment du balsa. Pour le consultant Wood Mackenzie,  cette innovation pourrait permettre de réduire de 12% la demande de bois léger pour l’industrie éolienne entre 2019 et 2023.

Compte-tenu de l’expansion prévisible de l’éolien, on peut donc tout de même craindre une forte augmentation globale de la consommation de Balsa.

Les effets en Amazonie

« La fièvre des énergies renouvelables a déclenché la demande mondiale pour le bois de cet arbre amazonien, une ressource naturelle utilisée en Europe et en Chine comme composant dans la construction de pales d’éoliennes, construites dans le feu de la transition énergétique portée par la nécessité de décarboner l’économie.

L’Équateur, qui est le principal exportateur, avec 75 % du marché mondial, compte plusieurs grandes entreprises telles que Plantabal SA à Guayaquil, qui consacre jusqu’à 10 000 hectares à la culture du balsa pour le commerce à l’étranger. Mais avec l’essor de la demande à partir de 2018, cette entreprise et d’autres grandes entreprises achetant auprès de fournisseurs indépendants ont eu du mal à faire face aux commandes internationales.

Cette augmentation de la demande a conduit à la déforestation de l’Amazonie. Les coupes illégales de balsa prolifèrent car, ce bois étant peu cultivé, les exploitants recherchent le balsa qui pousse naturellement sur les îles et les berges des fleuves amazoniens. L’impact de cette exploitation sur les peuples indigènes de l’Amazonie équatorienne est très fort »

https://www.contrepoints.org/2021/12/02/415697-arbre-balsa-lamazonie-menacee-par-les-eoliennes

« En 2018, l’envolée de la demande de balsa a provoqué un doublement de son prix entre la mi-2019 et le mi-2020. Les multinationales ont créé de grandes plantations de balsa dans les plaines côtières de l’Équateur. La forte demande a poussé à une accélération des coupes de bois dans les forêts équatoriennes entre 2017 et 2020. Le phénomène touche aussi le Pérou voisin. Ces derniers mois, le service péruvien de la faune et de la flore (Serfor) a multiplié les saisies de cargaisons de balsa illégales. Toutes devaient être expédiées en Chine. Selon The Economist, le boom de l'énergie éolienne fragilise ainsi l'Amazonie équatorienne, qui assure 75 % de la production mondiale de ce bois. »

https://elpais.com/planeta-futuro/2021-11-24/los-molinos-de-viento-deforestan-el-amazonas.html

« Fin 2019, des bûcherons ont commencé à arriver à Ewegono, un village de neuf familles autochtones Waorani sur la rivière Curaray, en Amazonie équatorienne. Ils cherchaient du balsa, une espèce d’arbre à croissance rapide dont le bois est utilisé dans les pales des éoliennes. Il y avait une pénurie mondiale. Au début, les villageois « s’emparaient de tronçonneuses, de haches et de machettes pour les abattre », explique Saúl Nihua, le chef d’Ewegono. Le salaire pourrait être de 150 $ par jour, une fortune dans une région où la plupart des gens n’ont pas d’emploi…

Bientôt, cela s’est transformé en mêlée générale une mêlée générale. Certains bûcherons ont obtenu des permis avec l’aide des Waorani, mais d’autres les ont falsifiés et ont envahi la réserve indigène. Beaucoup ont pris des camions de bois sans payer leurs travailleurs. Les gens des endroits moins reculés coupent tout le balsa qu’ils ont pu trouver, l’empilant le long de la route d’Arajuno, la ville la plus proche, dit M. Nihua. Les acheteurs de camions ont payé aussi peu que 1,50 $ par arbre. L’exploitation forestière incontrôlée a dégradé la forêt »


« Très actifs, les acheteurs chinois sont aussi à la manœuvre. Le Financial Times les décrit comme ayant les « poches bien pleines ». Le producteur chinois de matériaux composites, Sino Composites, a aussi aquis le négociant local Cobalsa…

Problème : l’offre officielle ne satisfait plus la demande… les acheteurs sont soupçonnés de soutenir des groupes de forestiers clandestins qui écument la forêt tropicale... On ne compte désormais plus les cas de déforestation sauvage en Equateur. 

 Fin janvier, le ministère équatorien de l’environnement indiquait avoir saisi, l’an passé, 1 973 mètres cube de balsa dans des scieries clandestines : chiffre modeste mais en hausse de 186 % en un an, indiquent les autorités de Quito. En navigant sur le site Google Global Forest Watch, qui évalue la progression de la déforestation au moyen de photos par satellite, on observe une accélération des coupes de bois dans les forêts équatoriennes entre 2017 et 2020.

Le phénomène touche aussi le Pérou voisin. Ces derniers mois, le service péruvien de la faune et de la flore (Serfor) a multiplié les saisies de cargaisons de balsa illégales. Toutes devaient être expédiées en Chine. Le balsa est parfois extrait des forêts équatoriennes et expédié en Chine, via les ports péruviens ou parfois directement prélevé dans les forêts péruviennes. »


https://www.linkedin.com/pulse/l%C3%A9olien-contribue-t-il-%C3%A0-la-d%C3%A9forestation-laram%C3%A9e-de-tannenberg/?originalSubdomain=fr

Des associations environnementales commencent à se mobiliser contre la déforestation à cause du balsa et  ont d'ailleurs pour première et modeste demande la transparence sur l’approvisionnement des  fabricants d’éoliennes.

La pétition la plus active est la suivante

Pétition : https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1255/vos-eoliennes-contiennent-elles-du-balsa-damazonie#


samedi 24 septembre 2022

Projet de Loi "Accélération des Energies Renouvelables" : - les Gardiens du Large écrivent aux députés et sénateurs

Inquiétés par les projets de loi éolien en Bretagne Sud, qui transforment les plus beaux paysages bretons en zones industrielles pour une bénéficle climatique illusoire, les Gardiens du Large ont écrit aux députés et sénateurs pour protester contre le projet de loi accélération des énergies renouvelables

voir aussi https://www.gardiensdularge.org/


Madame la Députée, Monsieur le Député,

Vous allez avoir à examiner un projet de loi portant sur des mesures d’urgences pour accélérer les projets d’énergie renouvelable.

Notre association, les Gardiens du Large, particulièrement implantée sur Quiberon, Belle-Île, Groix et la côte du Morbihan souhaite vous informer et vous alerter spécifiquement sur les dangers de ce texte en matière d‘éolien off-shore.

Ces mesures « temporaires », qui dureraient quatre ans, instaurent un véritable état d’exception au profit des promoteurs éoliens. Elles permettraient notamment, en soutenant que ces projets ENR répondent à un « intérêt public majeur », de déroger aux mesures de protection d’espèces protégées. Elles supprimeraient tout débat sur la disposition de chaque usine éolienne en instaurant un seul et unique débat public pour toute une façade maritime, le public ne pouvant alors s’exprimer que sur de grandes zones à vocation “éolien en mer” ! Elles limiteraient considérablement les possibilités pour les citoyens concernés et les associations de contester l’utilité d’un projet ou simplement de tenter d’en limiter les effets, et notamment les recours devant les tribunaux.

En bref, il ne resterait pas grand-chose de nos plus beaux rivages transformés en zones industrielles éoliennes, et plus rien de cinquante ans d’efforts de la protection des paysages et de la biodiversité du littoral. (Cf. lien avec un tract que nous avons massivement diffusé)

Pour mieux saisir les enjeux en termes de paysages, de biodiversité, d’activités économiques, notamment la pêche, et tout simplement de la vie de tous ceux qui aiment la mer, il faut entrer davantage dans les ordres de grandeurs et les pratiques.

Dans un exceptionnel avis conjoint de février 2022 (Quelle place pour les éoliennes dans le mix énergétique français ?), les trois Académies des sciences, des beaux-arts et des sciences morales et politiques ont dressé le constat suivant :

« Pour obtenir le permis de construire, les entreprises responsables de l'implantation des éoliennes terrestres et littorales sur une commune sont pourtant tenues de présenter une étude paysagère. Cette dernière n'est qu'un simulacre d'intégration plastique. Par conséquent, il n'est pas étonnant que se développe, chez les populations concernées, le sentiment de vivre dans un territoire sacrifié par une politique autoritaire dont le ressort leur apparaît avant tout idéologique.

Qui plus est, en parfaite contradiction avec la loi de protection de la Nature de 1976 et celle de la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages de 2016, les études d’impact des éoliennes sur la biodiversité ont, dans le passé, démarré le plus souvent une fois l’implantation des projets décidée, négligeant la phase « évitement » de la séquence « éviter-réduire-compenser » telle que décrite dans la loi

Simulacre de concertation et tromperie sur les paysages

Un « parc » éolien est en vérité une gigantesque zone industrielle. En face des côtes du Morbihan, le parc dit de Saint-Nazaire (mais en fait plus proche de la péninsule de Guérande) comprendra 80 éoliennes hautes de 180 m, entre 12 et 20 km des côtes du Morbihan - les deux tiers sont déjà en place.

Le parc de Bretagne-Sud comprendra d’abord 20 éoliennes sur 50 km² à 15 km de Belle-Île, 20 km de Groix, puis 40 sur 100 km2 plus au large. Soit 60 éoliennes de 260 m de haut (Tour Montparnasse 210 m).

Chacun de ces parcs occupera une superficie au moins équivalente à celle de Belle-Île (dont le point culminant s’élève à 70m !).

Enfin, en co-visibilité avec Saint-Nazaire, une troisième zone industrielle de 62 éoliennes de 210 mètres de haut est en cours d’aménagement à 11.7 km des côtes de l’Île d’Yeu et 17 km de celles de Noirmoutier !

Il est difficile de nier le gigantisme de ces installations industrielles et l’effet massif qu’elles auront sur nos paysages maritimes. Or c’est pourtant ce qui a été fait en présentant des photomontages minorant systématiquement l’impact des éoliennes par divers procédés dont la vision panoramique et des éclairages soigneusement choisis sont les plus courants.

Alors, quand malgré les simulations concoctées à leur intention, les habitants voient très nettement surgir dans leur horizon les éoliennes qu'ils n'étaient pas censés apercevoir, il y a de la sidération et beaucoup de colère. Et du désarroi de la part des maires trompés, qui ont à rendre compte- et qui au surplus toucheront une taxe éolienne bien plus faible qu’espérée. C’est ce qui se passe en ce moment pour le parc de Saint-Nazaire.

Michelle Quellard, Maire du Croisic : « Notre côte n’a plus rien de sauvage...La vue que l’on en a, a bien changé… L’horizon face mer est "obstrué" par un site de 78 km2, alors que Le Croisic ne représente un territoire que de 4,5 km2.».

Cf. la lettre que nous avons adressée à ce sujet aux élus locaux.

Il faut encore sur ce sujet signaler une spécificité française dénoncée par le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature): « Par facilité technique et financière, tous les parcs français actuellement décidés l’ont été dans la zone des 12 miles, entre 10 à 20 km des côtes, alors que la moyenne en Europe est de 41 km ». (Auto-saisine du CNPN sur le développement de l'énergie off-shore, juillet 2021)

Et ceci alors qu’on ne cesse de vanter la filière de l’éolien flottant, qui permet techniquement de s’éloigner des côtes !

Le projet de loi qui vous est présenté ne permettra tout simplement plus aux populations concernées de se faire entendre.

Simulacre de concertation et tromperie sur la biodiversité

Les études sur la biodiversité ont lieu après le choix des premières zones, et, pour certaines, leur résultat est attendu après la construction de la zone éolienne ! Or, comme le constate le CNPN, « les impacts potentiels sur la biodiversité́ représentés par le développement de l’éolien off-shore en France peuvent être très importants sur la biodiversité́ marine, en premier lieu sur l’avifaune reproductrice, migratrice et hivernante provenant de l’Europe entière… L’impact du bruit sous-marin continu généré par les turbines en fonctionnement est un exemple de domaine (...) dont nous ne pouvons pas encore rendre compte. Les effets à long terme sur les populations de poissons et la manière dont les changements de comportement observés affectent la condition, le succès de la reproduction et la survie des animaux, ne sont pas encore connus.» Il y a en effet beaucoup de questions qui se posent, en particulier sur la migration et l’orientation des grands dauphins et autres cétacés, très présents dans ces zones. Certains phénomènes inhabituels commencent à se répéter un peu trop souvent (cétacés remontant les fleuves ou s’échouant).

Nous n’avons aucune expérience de l’effet en milieu marin d’éoliennes géantes de 14 GW et de 250 mètres de haut, et encore moins de parcs géants d’éoliennes géantes. Des études préliminaires montrent des effets importants sur la stratification de la colonne d’eau, la turbidité, les courants et le régime local des vents.

Et là encore, une spécificité française également dénoncée par le CNPN : « La transgression de ce principe de non-installation de parcs éoliens en zones Natura 2000 (à notre connaissance il n’y a qu’un seul parc éolien dans une ZPS en Europe, en Allemagne) … Trois projets de parcs sont en infraction à ce principe, Dunkerque, Port-Saint Louis du Rhône et le projet d’Oléron ».

Le projet de loi qui vous est présenté ne permettra tout simplement plus de prendre en compte la protection de la biodiversité.

Simulacre de concertation et tromperie sur la pêche

Sur aucun des parcs projetés, il n’a été possible d’obtenir un compromis jugé acceptable par les pêcheurs. A Saint-Brieuc, Erquy (pourtant exemples de pêche gérée durablement), Le Tréport, Noirmoutier, les pêcheurs n’ont pas été entendus et se mobilisent. Leur inquiétude est réelle, ils savent leur survie en cause, car leurs collègues étrangers de la Mer du Nord les ont prévenus :

Job Shott, président d’EMK (syndicat des pêcheurs néerlandais) : « Avec ce qui est construit ou décidé en Mer du Nord, 25% des zones traditionnelles de pêches sont déjà occupées…Il faut comprendre que nous sommes chassés de la mer. Il ne nous reste presque rien au sud de la mer du Nord. Ce sont des espaces où nous avons toujours pêché de génération en génération. Pendant combien de temps encore pourrons-nous déguster du poisson frais dans notre assiette ? »

Là encore, il y a simulacre de concertation et mensonge lorsque les plus hautes autorités de l’Etat laissent croire que la pêche sera possible dans les parcs. Et quant au fameux « effet récif », le CNPN a fait valoir qu’il n’avait été nullement démontré sur des fonds rocheux, et qu’au surplus, il favorisait surtout le développement d’espèces invasives indésirables.

La Commission pêche du Parlement Européen a souligné que les parcs éoliens ne devraient être construit qu’en l’absence d’incidences négatives sur la pêche, qu’il y avait un véritable risque sur « l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire », et appelé l’Union à légiférer davantage « si les États membres n’intègrent pas équitablement les pêcheries dans leur planification de l’espace maritime ».

Le projet de loi qui vous est présenté va exactement à l’inverse de ces préconisations et ne garantit nullement la compatibilité de la pêche et de l’éolien off-shore.

Madame, Monsieur le Député,

Dans ce courrier déjà long, nous n’avons pu aborder que quelques aspects d’un programme éolien off-shore massif qui représente « une menace imminente d’une ampleur telle qu’elle hypothèque l’avenir de la vie marine côtière » (Sea Shepherd) dans tous ses aspects.

Nous tenons aussi à rappeler que ce programme éolien massif est inutile à court terme car ne permettant pas de suppléer à un manque d’électricité pilotable ou de contribuer au problème des pointes électriques de consommations ; et que de façon générale, miser sur l’éolien pour décarboner l’électricité et sortir des fossiles est un peu l’équivalent de se jeter à l’eau pour éviter d’être mouillé, tant il est reconnu que dans la situation française la réponse à l’intermittence de l’éolien ne peut se trouver qu’en recourant massivement à des sources de production pilotables carbonées. Devant la Commission d'enquête sur l'impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables (Commission Aubert) formée par l’Assemblée précédente, l’un de nos meilleurs experts en matière de transition énergétique, M. Jean-Marc Jancovici déclarait à propos de l’éolien off-shore, de piètre efficacité dans la lutte contre le dérèglement climatique : « S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! ».

De par sa nature d’énergie très peu dense, l’éolien off-shore occupe de vastes étendues marines qui se trouvent ainsi privatisées au profit de quelques groupes très puissants et souvent étrangers. C’est ignorer que pour reprendre l’expression d’un Commissaire de la Commission Nationale du Débat Public, « la mer n’est pas vide et contrairement à l’apparence, elle n’est pas libre ».

Pour l’ensemble de ces raisons, et pour que nous puissions préserver un patrimoine naturel dont nous avons hérité et que nous devons transmettre, nous vous appelons, Madame la Députée, Monsieur le Député, à rejeter purement et simplement ce texte.

En vous remerciant de l’attention portée à ce courrier, nous vous prions d’accepter l’expression de notre considération ; et peut-être aurons-nous le plaisir de vous voir dans une Bretagne aux libres horizons !

Voir https://www.gardiensdularge.org/




samedi 20 août 2022

L’éolien off shore : 2) les effets environnementaux : atteintes aux paysages marins et à la biodiversité, les littoraux transformés en zones industrielles, 50 ans de protection du littoral jetés en pâture aux requins des ENR

Résumé : Les avis très critiques de la CSSPP, de la CNPN et de Sea Shepherd sur les effets nocifs d’un développement massif de l’éolien off shore sur la préservation des paysages et de la biodiversité. Comment les débats sont nourris par les promoteurs de simulacres d’études d’insertion dans les paysages et des désillusions et de la colère qui s’ensuit lorsqu’apparaissent en plein champs des éoliennes censées rester invisible. « Transformer la mer côtière en zone industrielle est tout bonnement insensé »

1) Commission Supérieure des Sites, Perspectives et Paysages : le développement des projets éoliens offshore est disproportionné eu égard aux enjeux de préservation du patrimoine naturel et paysager

« La Commission supérieure des sites, perspectives et paysages s’inquiète du développement des projets éoliens offshore tels que proposés par la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, et du potentiel jusqu’à 57 GW suite aux propositions de la Commission Européenne pour 2050, qu’elle juge disproportionnés eu égard aux enjeux de préservation du patrimoine naturel et paysager….

La Commission estime que la transition énergétique ne doit pas conduire à porter gravement atteinte au littoral français dont la valeur paysagère, artistique, mémorielle et touristique est au premier plan en Europe, sous peine de remettre en cause plus d’un siècle d’efforts constants de protection du littoral par l’Etat…

La Commission estime que les paysages littoraux se caractérisent par un rapport unique entre un trait de côte fini et un horizon marin infini, une harmonie du mariage entre la terre et la mer. En s’imposant entre les deux, les éoliennes en mer modifient radicalement la nature et la valeur de ces paysages maritimes, jusqu’alors non industrialisés. Visibles depuis la côte, nos eaux territoriales participent pleinement à la qualité de nos paysages terrestres côtiers. Les paysages marins et leur littoral, peints par les plus grands artistes tels Monet, Maufra, Moret, Gauguin, Turner, ont une valeur artistique, touristique et mémorielle inestimable…

La Commission considère que le développement de l’éolien en mer a un impact important sur le paysage, en raison de la taille des éoliennes, de leur mouvement et de l’absence d’écrans végétaux ou de reliefs contrairement aux paysages terrestres, qui les rendent visibles parfois jusqu’à 70 km… L’ensemble de ces éléments, le clignotement des éoliennes et, dans certains cas, les effets de reflets sur l’eau, peuvent entrainer une pollution visuelle et lumineuse, notamment nocturne. »

https://www.sitesetmonuments.org/Avis-du-16-juin-2021-de-la-Commission-superieure-des-sites-perspectives-et-paysages-CSSPP-sur-l-eolien-en-mer

2) Académie des sciences, Académie des Beaux-Arts, Académie des Sciences Morales et Politiques : des simulacres d’intégration plastique

« Pour obtenir le permis de construire, les entreprises responsables de l'implantation des éoliennes terrestres et littorales sur une commune sont pourtant tenues de présenter une étude paysagère. Cette dernière n'est qu'un simulacre d'intégration plastique. Par conséquent, il n'est pas étonnant que se développe, chez les populations concernées, le sentiment de vivre dans un territoire sacrifié par une politique autoritaire dont le ressort leur apparaît avant tout idéologique. L'apparition de nombreuses associations de défense du paysage et l'intensité des débats en leur sein témoignent de cette résistance grandissante à l'implantation des éoliennes »

« L'implantation des éoliennes suppose un sacrifice considérable et généralisé à toute la population. Au vu des conséquences, la décision de leur implantation est d’une responsabilité énorme et ne peut être prise qu’avec la certitude absolue de son bien-fondé. Face au sacrifice consenti ce serait une faute impardonnable de la part de nos décideurs que de nous obliger dans quelques années à assister partout en France aux spectacles désolant de champs d’éoliennes abandonnés parce qu’inutiles ou non rentables. Tel risque d'être le paysage que nous laisserons aux générations futures. »

https://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/quelle-place-pour-les-eoliennes-dans-le-mix-energetique-francais.html#:~:text=La%20France%20produit%20une%20%C3%A9lectricit%C3%A9,et%20le%20photovolta%C3%AFque%20(2%25).

De nombreuses associations ont appris à se méfier et travaillent sur cette question des « simulacres » d’intégration plastique, soit des photomontages trafiqués de manière à minimiser l’empreinte des éoliennes. Ainsi, l’association Les Gardiens du Large a fait un travail remarquable sur  les côtes de Belle-Île, Quiberon et Groix qui peut être retrouvé sur le site des Gardiens du Large (https://www.gardiensdularge.org/page-vierge)


Mais lorsque les gens ont été trompés, et qu’ils le découvrent, c’est trop tard !

Des éoliennes à 20km des côtes, on les voit… et c’est trop tard

La construction du parc de dit de Saint-Nazaire a constitué de ce point de vue un électrochoc pédagogique. Le parc  dit de Saint-Nazaire » (mais en fait plus proche du Croisic et de Hoëdic que de Saint Nazaire !) comprendra 80 éoliennes hautes de 180 m, entre 12 et 20 km des côtes du Morbihan. La zone occupée (accès interdit) correspond en gros à la surface de Belle-Île. Pour mémoire, le point culminant de Belle-Île s'élève à 70 mètres !


Le 26 juillet, alors que les trois quarts des éoliennes étaient en place,  L’Echo de la Presqu’île et de Saint- Nazaire titrait : Eoliennes en Mer, le choc visuel !



Les déclarations des maires interrogés témoignaient d’une sorte de sidération et d’indignation :


Michelle Quellard, maire du Croisic: « Notre côte n’a plus rien de sauvage...La vue que l’on en a a bien changé… L’horizon face mer est "obstrué" par un site de 78 km2, alors que Le Croisic ne représente un territoire que de 4,5 km2 et celui du Pouliguen de 22 km2. Marie-Catherine Lehuede, maire de Batz-sur-Mer: « Il y a un sujet qui me met en colère, celui du parc éolien... Les éoliennes qui ne devaient être à peine perceptibles sont aujourd’hui trop visibles de la côte. En tant que citoyens batziens, nous sommes tristes de voir la ligne d’horizon dénaturée sur l’ensemble de notre littorale »

Jean-Claude Pelleteur, maire de Pornichet: « À l’époque, on m’a toujours dit qu’elles seraient de la taille d’une allumette. Il y a un phénomène qui est dingue : comme pour le phare de la Banche, il y a des jours où on ne les voit pas même quand il fait beau et d’autres jours, on a l’impression qu’elles sont juste en face de nous »

Lorsque la tromperie a été érigée en système et appuyée par le autorités officielles, il sera vain ensuite de déplorer la colère qu’elle aura engendré !

 

3) Commission Nationale de Protection de la Nature : L’adéquation des objectifs éoliens offshore avec l’objectif de zéro perte nette de biodiversité  paraît difficile voire impossible à atteindre

«  La CNPN s’est interrogée  sur les conséquences sur la biodiversité et les paysages que pourrait représenter le fort développement de l’énergie offshore souhaité par la Commission Européenne dans sa Stratégie de l’Union Européenne sur les énergies renouvelables en mer annoncée le 19 novembre 2020. En effet, son objectif vise à multiplier considérablement l’énergie offshore dans la Communauté Européenne d’ici 2050 pour atteindre 300 GW en éolien (contre 12 GW actuellement) et 40 GW d’énergie océanique (ex. marémotrices, houle), soit une multiplication par cinq du parc éolien offshore européen actuel d’ici 2030 et par 25 d’ici 2050.

Ces projections vont bien au-delà de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) française révisée le 21 avril 2020. Celle-ci n’envisageait d’ici 2028 qu’environ 15 GW, soit au moins une trentaine de parcs éoliens offshore équivalant à celui de St-Brieuc..

L’adéquation des objectifs éoliens offshore avec l’objectif de zéro perte nette de biodiversité inscrit aux articles L. 110- 1 et L. 163-1 du code de l’environnement paraît difficile voire impossible à atteindre au regard de la connaissance actuelle des incidences et surtout des moyens techniques d’expertise et de pilotage permettant d’y remédier efficacement, ainsi que l’objectif de préservation du paysage marin. »

Les impacts potentiels sur la biodiversité représentés par le développement de l’éolien offshore en France, tel que prévu par la PPE de 2020 (révisable en 2023) et de l’objectif fixé par la C.E. en 2020 pour l’horizon 2030 et 2050 pouvant aller jusqu’à 57 GW ou 62 GW, peuvent être très importants sur la biodiversité marine, en premier lieu sur l’avifaune reproductrice, migratrice et hivernante provenant de l’Europe entière ainsi que les chauves-souris migratrices ou locales par mortalité ou perte d’habitat (par évitement des parcs), sur les mammifères marins par perte partielle d’habitats, et sur les habitats marins et espèces les composant, notamment les poissons, crustacés et mollusques par modifications physiques, hydrologiques et chimiques… Nos connaissances des impacts potentiels restent très partielles et un volet d’études important est nécessaire pour mieux appréhender les particularités des trois façades maritimes françaises… 

La description et l’évaluation de la démarche administrative de planification de l’éolien offshore jusqu’ici conduite en France… ont privilégié les activités socio-économiques sans prendre réellement en compte la biodiversité, pourtant prioritaire au titre des Directives Oiseaux et Habitats, et de la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 renforçant la démarche « Eviter, Réduire, Compenser » (ERC) dans l’objectif, notamment, de zéro perte de biodiversité, que le CNPN est tenu d’apprécier dans ses avis sur les dossiers d’aménagement qui lui sont soumis….

Le  développement des EMR (Energies Marines Renouvelables) a jusqu'ici échoué à intégrer développement économique, transition énergétique et préservation de l'environnement dans une démarche vertueuse

 Contrairement à certains pays européens où la biodiversité est prise en compte en amont dans le choix des localisations de parcs, comme l’Allemagne, ce n’est pas le cas jusqu’à présent en France où ce choix s’est fait en fonction des contraintes socio-économiques ou militaires, la démarche ERC (Eviter, Réduire, Compenser)  ne s’effectuant que trop tardivement lors des études d’impacts et de demande de dérogations espèces protégées intervenant in fine par les porteurs de projets éoliens privés. La possibilité de trouver les zones les moins impactantes se trouve fortement réduite au sein des macro-zones qui leur sont imposées, et la réduction des impacts sur la biodiversité n’est pas leur priorité. »

http://www.avis-biodiversite.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2021-17_avis_autosaisine_cnpn_eolien_offshore_france_du_06_juillet_2021.pdf

4) Le caractère tardif et quelque peu subsidiaire des études de biodiversité a notamment été bien mis en évidence lors du débat  EOS  (Eoliennes Flottantes en Méditerranée) :

« La  Camargue est un haut lieu à la fois de l’hivernage, de la reproduction et de la migration des oiseaux .  Conscient de la fragilité des données à sa disposition, l’État a initié en 2021 un programme de recherche baptisé MIGRALION, dont l’objectif est la « caractérisation de l’utilisation du golfe du Lion par les migrateurs terrestres et l’avifaune marine. »

Ce programme est porté par l’Office Français de la Biodiversité et dix partenaires scientifiques et industriels. Un seul problème : les résultats sont attendus en 2024-2025, et le choix de la localisation doit avoir lieu en 2023, le gouvernement ayant refusé toute idée de moratoire pourtant nettement plébiscitée par le  débat.

https://eos.debatpublic.fr/wp-content/uploads/EOS-CR-2021_bd.pdf

S’il fallait une preuve supplémentaire de la prise en compte de plus en plus légère de la biodiversité, on pourra le trouver dans l’article 24 des  recommandations de la Commission Européenne relatives à l’accélération des procédures d’octroi de permis pour les projets dans le domaine des énergies renouvelables. La rédaction particulièrement alambiquée laisse peu de doute : tant pis pour les dégâts sur des espèces protégées, on compense autant que possible

« Les États membres devraient veiller à ce que la mise à mort ou la perturbation d’espèces données d’oiseaux sauvages et d’espèces protégées au titre de la directive 92/43/CEE du Conseil 12  ne fasse pas obstacle au développement de projets dans le domaine des énergies renouvelables, en exigeant que ces projets intègrent, le cas échéant, des mesures d’atténuation visant à prévenir efficacement et autant que possible la mise à mort ou la perturbation, en assurant le suivi de leur efficacité et, à la lumière des informations obtenues dans le cadre du suivi, en prenant les mesures supplémentaires qui s’imposent pour éviter toute incidence négative significative sur la population des espèces concernées. »

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=PI_COM:C(2022)3219&from=EN

5) Le cas des Zones Natura 2000 : une exception française !

« Si NATURA 2000 n’interdit pas les éoliennes et autres utilisations d’énergies renouvelables par principe, comme aucune activité socio-économique au demeurant, l’examen au cas par cas des projets d’éoliennes dans les zones NATURA 2000 doit prouver qu’elles n’ont pas d’effets contraires au principe de protection de la biodiversité qui a justifié leur classement…

La transgression de ce principe de non installation de parcs éoliens en zones NATURA 2000 par la France (à notre connaissance il n’y a qu’un seul parc éolien dans une ZPS en Europe, en Allemagne) et d’absence d’étude d’incidence préalable au niveau des macro-zones, contredisent toutes les positions ministérielles antérieures au ministère Ségolène Royal. Trois projets de parcs sont en infraction à ce principe, Dunkerque, Port-Saint Louis du Rhône (face à la Camargue) et le projet d’Oléron »

http://www.avis-biodiversite.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2021-17_avis_autosaisine_cnpn_eolien_offshore_france_du_06_juillet_2021.pdf

6) Méconnaissance des effets environnementaux des grands parcs éoliens, en particulier off shore

Effets sur les courants, les vents, la composition des eaux et le climat

« Il est nécessaire d’élaborer des programmes de grande ampleur, faisant appel aux nouvelles méthodes de suivi des déplacements des animaux aériens comme marins afin de mieux comprendre l’impact possible des parcs éoliens, en fonction de leur localisation, de leur envergure et des conditions environnementales. Une attention particulière devra être apportée aux modifications des courants marins et des mouvements d’air générées par l’implantation de parcs éoliens de grande envergure….

La modification de la force des vents en aval des éoliennes peut avoir des effets insoupçonnés sur les équilibres atmosphériques (en induisant des sécheresse locales) ou des modifications des courants marins sur plusieurs dizaines de kilomètres. »

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/22_02_24_eoliennes.pdf

« D’ores et déjà, la production d’énergie renouvelable en mer du Nord a des impacts substantiels sur les conditions atmosphériques locales , et ces effets continueront d’augmenter à l’avenir. Les données indiquent que les parcs offshore peuvent avoir un impact sur les animaux marins et peuvent soulever des préoccupations environnementales et climatiques. Étant donné que l’énergie éolienne est l’un des principaux facteurs modulant la productivité et la structure de l’écosystème, les parcs éoliens ont le potentiel de devenir des facteurs écosystémiques dominants et doivent être pris en compte pour la gestion de l’écosystème et l’évaluation des pêches….En outre, les sillages atmosphériques peuvent induire des réponses océaniques en modifiant la rugosité de la surface de la mer, la stabilité atmosphérique et les flux de chaleur, et ont donc un potentiel d’impact sur  le climat local qui nécessite des recherches  plus approfondies »

Accelerating deployment of offshore wind energy alter wind climate and reduce future power generation potentials, Helmholtz-Zentrum Hereon

https://www.nature.com/articles/s41598-021-91283-3, Naveed Akhtar et al. 

« Un trop grand nombre de turbines placées trop près les unes des autres peut perturber de manière importante la marche naturelle du vent en l'affaiblissant de manière très sensible. Cet effet de freinage pourrait se faire ressentir jusqu'à 35 ou 40 kilomètres autour d'une ferme éolienne offshore –voire jusqu'à 100 kilomètres dans certaines configurations. »

(https://www.sciencedaily.com/releases/2021/06/210603171247.htm) 

Norcowe (Norwegian Centre for Offshore Wind Energy)  s’est particulièrement intéressé à l’effet de sillage dans les parcs éoliens offshore et la disposition des machines en mer. Selon l’étude menée par Unicomputing, les méga parcs éoliens auraient la même influence sur l’environnement et la trajectoire des vents que de petites montagnes. »

https://www.energiesdelamer.eu/2011/10/24/49norcowe-incidence-atmospherique-des-mega-parcs-eoliens-en-mer/

Effets électromagnétiques : 

« Les interférences électromagnétiques et l’augmentation de la température des parcs éoliens offshore  dépendent d’un réseau intensif de câbles électriques pour transférer l’énergie entre les appareils, aux transformateurs et au continent. Les champs électromagnétiques (CEM) qui en résulteront seront d’une intensité similaire à celle de la Terre à proximité des câbles, et pourraient donc affecter des espèces magnétosensibles telles que les poissons osseux, les élasmobranches, les mammifères marins et les tortues de mer ;

Les CEM (champs électromagnétiques) pourraient également affecter les animaux qui utilisent des indices géomagnétiques pendant la migration.  Par exemple, on a vu des anguilles réagir aux CEM en se détournant de leur route de migration . Les élasmobranches benthiques répondent également aux CEM émis par les câbles sous-marins. En ce qui concerne l’impact direct des CEM sur la santé animale, on sait peu de choses avec certitude à l’heure actuelle. Comme l’ont souligné Lovich et Ennen, les perceptions des différents évaluateurs vont de « mineur » à majeur »

De plus, on prévoit que la production d’électricité par les parcs éoliens offshore  augmentera la température dans les sédiments et l’eau environnants. Cet effet thermique se limitera peut-être à une augmentation de la température à quelques centimètres du câble et peut, en soi, ne pas être un facteur de stress majeur pour les communautés benthiques, mais en combinaison d’autres facteurs de stress pourrait prendre de l’importance »

Wind energy: Increasing deployment, rising environmental concerns.Renew. Sustain. Energy Rev. 31, 270–288 (2014). (Tabassum, A et al, Pondicherry University)

Enfin, rappelons que lorsque  mi aout 2022, un  beluga a été retrouvé piégé dans la Seine dans une écluse à 70 km de Paris, des scientifiques ont pointé la responsabilité possible de l’insdustrialisation de la mer et des éoliennes :

« Le trafic maritime ainsi que la construction d’un champ d’éoliennes offshore au large des côtes normandes ont été pointés du doigt par les associations. Ces activités provoquent une pollution sonore importante qui peut désorienter ces animaux se repérant beaucoup grâce à leur sonar. «C’est une hypothèse plausible, juge Fabrice Schnoller. Mais elle ne suffit pas. Car la première des questions est de savoir pourquoi il s’est retrouvé au large du Havre, loin des eaux du cercle arctique, dans lesquelles il a l’habitude d’évoluer.» «Ce béluga s’est perdu une première fois quand il est entré dans les eaux du nord de l’Europe, aux alentours du Danemark et de la Norvège, analyse Hervé Glotin, chercheur en bioacoustique marine à l’université de Toulon. C’est une zone où l’on trouve une forte activité sous-marine liée à l’extraction du gaz, et avec de nombreuses éoliennes offshore. Il est possible que le béluga ait subi une perte d’audition qui l’aurait désorienté »

https://www.lefigaro.fr/sciences/beaucoup-de-mysteres-autour-de-la-presence-du-beluga-dans-la-seine-20220809

7) Sea Shepherd- Vent de Colère : il est urgent d’établir un moratoire 

 « La France est le deuxième plus grand espace maritime mondial. Seul pays présent sur tous les océans de la planète, elle a en matière de protection de la biodiversité marine une responsabilité planétaire qui devrait l’inciter à être exemplaire. Déjà loin de l’être…, elle est sur le point de franchir un cap supplémentaire avec les 7 projets de centrales éoliennes autorisés le long de la façade Atlantique et Manche Mer du Nord. S’estimant en retard dans la course à l’armement éolien maritime, le gouvernement français a accordé à des promoteurs éoliens et des fonds de pension étrangers les plus beaux sites naturels de son littoral et a autorisé des projets d’usines dont l’impact va être colossal, impossible à compenser et irréversible pour la biodiversité marine, première régulatrice du climat, première productrice d’oxygène et premier puits de carbone de la planète….

La France, dont les 3 façades maritimes représentent un enjeu fondamental pour la survie des oiseaux et mammifères marins en Europe, est à la traine et n’a pas pris les mesures mises en place dans d’autres pays, pourtant d’importance moindre pour la biodiversité, afin de s’assurer que ses ambitions énergétiques ne mettent pas en péril les populations marines. C’est particulièrement inquiétant, car la politique gouvernementale est irresponsable et indigne de notre rang de grande puissance maritime mondiale qui voudrait que nous montrions l’exemple. Nous ne sommes pas à la hauteur des responsabilités qui nous incombent et les conséquences vont être cataclysmiques : elles vont s’étendre bien au-delà de nos frontières et nous devrons en répondre devant les générations futures. Il est urgent d’établir un moratoire sur tous ces projets mortifères pour leur imposer les limites nécessaires, car la lutte contre le changement climatique ne peut pas se faire au détriment de la protection de la biodiversité. »

https://newsletters.seashepherd.fr/images/septembre_2021/PROJET_FRANCAIS_D_USINES_EOLIENNES_EN_MER_-_UNE_BOMBE_A_RETARDEMENT_ECOLOGIQUE.pdf

8) S’ éloigner des côtes

La difficulté de l’éolien offshore en France a été reconnue par la Commission européenne  qui a validé les tarifs de rachat  élevés accordés aux parcs Française d’éolien posé (131- 155 MWh) les justifiant ainsi :

« Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises, des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux) ».

En fait, la structure particulière des côtes françaises impose dans la plupart des cas le passage à l’éolien off shore flottant, qui normalement permettrait de s’éloigner davantage des côtes :

« On ne comprend pas pourquoi tous les parcs actuellement décidés l’ont été dans la zone des 12 miles de la côte, à une distance de 10 à 20 km de celles-ci. S’éloigner des côtes (notamment avec l’éolien flottant) est une nécessité pour plusieurs raisons, dont l'impact majeur sur les oiseaux et les chauves-souris, mais seulement jusqu’à une certaine distance pour ne pas impacter les cétacés qui se trouvent surtout plus au large...la grande majorité des éoliennes offshore actuellement déployées en Europe sont dispersées sur de grandes surfaces en Mer du Nord avec une distance moyenne à la côte de 41 km »

http://www.avis-biodiversite.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2021-17_avis_autosaisine_cnpn_eolien_offshore_france_du_06_juillet_2021.pdf

« Certains membres de la Commission remarquent que malheureusement le choix final de la « zone ministre » pour lancer l’appel d’offre notamment en Bretagne sud est encore trop près des côtes, alors que la technologie de l’appel d’offre concerne l’éolien flottant et que la macro-zone s’ouvrait bien plus au large. Pourtant dès les premiers débats publics, l’enjeu paysager a été au cœur des échanges, et a cristallisé les oppositions et les principaux recours juridiques. »

https://www.sitesetmonuments.org/Avis-du-16-juin-2021-de-la-Commission-superieure-des-sites-perspectives-et-paysages-CSSPP-sur-l-eolien-en-mer

Lors du débat EOS un expert de la société Technip Energies  expliquait ainsi :

«  On a les techniques pour relever le défi de la profondeur, il ne faut donc pas s’interdire d’aller chercher les opportunités qu’offre l’éloignement de la côte, en particulier une moindre interaction avec les nombreuses activités maritimes davantage concentrées sur la frange littorale… Nous avons au Mexique installé les fondations d’une ligne d’ancrage à plus de 2 900 mètres… L’enjeu est avant tout la maîtrise de coûts et l’impact sur la densité des fermes que l’on met en avant plus que la faisabilité technique elle-même que nous considérons comme acquise » (Technip Energies)

https://eos.debatpublic.fr/wp-content/uploads/EOS-CR-2021_bd.pdf

Ce programme éolien massif est inutile à court terme car ne permettant pas de suppléer au manque d’électricité pilotable et de résoudre le problème des pointes électriques de consommations. Prétendre miser sur l’éolien à long terme pour décarboner l’électricité et sortir des fossiles est au niveau stratégique un peu l’équivalent de se jeter à l’eau pour éviter d’être mouillé, comme le prouve tragiquement l’Energiewende. Ce programme éolien off shore dégraderait définitivement les plus beaux sites naturels de notre littoral, avec des effets irréversibles, impossibles à compenser sur l’environnement marin et sa biodiversité.

Et, en ce qui concerne plus spécifiquement Bretagne Sud, rappelons cet avis exprimé par M. François Goulard, Président du Conseil Général du Morbihan : «Il s’agirait d’un préjudice considérable pour notre région ; pour les pêcheurs, qui perdraient l’accès à une ressource très riche ; pour le tourisme, ne raison de la perte d’attractivité d’une nature défigurée… Ce projet serait un crime contre une nature d’une beauté insurpassable. Transformer la mer côtière en zone industrielle est tout bonnement insensé »