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dimanche 7 mai 2017

Nouvelles de Chine. Vers un modèle chinois ?

Fast – l’œil du Ciel –Tianyan

Fin 2016 a été inauguré en Chine le  plus grand radiotéléscope du mode ( FAST -Five-hundred-meter Aperture Spherical Telescope) ou encore, pour les Chinois, l’œil du Ciel –Tianyan. Comme son acronyme l’indique, FAST mesure 500 mètres de diamètres. La surface est équipée d'un système d'optique active permettant d'ajuster la parabole selon différentes orientations, pour un diamètre efficace de 300 mètres. L'antenne peut ainsi observer jusqu'à une distance angulaire de 40 degrés du zénith. Elle peut observer dans une fourchette de fréquences entre 0,07 et 3 gigahertz6 avec une précision de pointage de 4 secondes d'arc.
Le radiotélescope s'intéressera à différents objets célestes comme les supernovae, les pulsars, les quasars et, pour le directeur de la Société astronomique chinoise, Wu Xiangping, la grande sensibilité de Fast « nous aidera à rechercher une vie intelligente au-delà de notre galaxie ».
FAST résulte d’un programme lancé en 1994 et a exigé d’importants travaux et sacrifices- 9 110 personnes résidant dans un rayon de cinq kilomètres autour du dispositif d'écoute ont été déplacées hors de la zone pour créer une zone blanche évitant toute nuisance électromagnétique
Après les grands calculateurs, après les séquenceurs d’ADN de dernière génération, dans tous les domaines de la science, la Chine avance en se donnant les moyens d’être à la pointe de la science contemporaine.

Que fait l’Europe ?


Comac et le C919 : l’envol de l’aéronautique chinoise – Made in China 2025

Le C919, un moyen-courrier conçu par la Chine pour bousculer le duopole Airbus-Boeing, a pris son envol pour la toute première fois vendredi 5 mai depuis l’aéroport international de Shanghaï. C’est une avancée technologique qui illustre les ambitions aéronautiques de Pékin face aux champions industriels Airbus et Boeing.
Alors sans doute va-t-il, dans un avenir pas trop lointain, s’habituer au nom de Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), le constructeur du C919. Avec cet appareil capable de transporter 168 passagers sur 5 550 kilomètres, Comac espère rivaliser sur les vols régionaux avec les deux stars internationales du moyen-courrier, le B737 de l’américain Boeing et l’A320 de l’européen Airbus.
Il reste certes de nombreuses et longues étapes à franchir. Pour un développement international du C919, COMAC doit obtenir la certification américaine - qu’il n’a toujours pas pour son premier avion, l'ARJ-21, un bimoteur de 79 à 90 places, certifié fin 2014 par les autorités chinoises, aujourd'hui commercialisé, mais en Chine seulement’- cela peut encore prendre quelques années. Le C919 fait encore appel à des technologies importées (il est équipé d’un moteur Leap-1c de General Electric et Safran. Safran, qui fournit également 725 harnais électriques et 52 km de câbles dans chaque appareil, a d’ailleurs salué par la voix de son directeur général, Philippe Petitcolin, ce « symbole d’une collaboration réussie » avec l’industrie aéronautique chinoise « en plein essor »). Le C919 embarque également des toboggans et des toilettes fournies par Zodiac Aerospace, des trains d’atterrissages Liebherr, un calculateur des commandes de vol électriques Honeywell, des pneus Michelin ou des pièces usinées par Figeac-Aero –autant d’industriels qui pour l’instant se réjouissent de l’envol de Comac. Il reste encore à Comac à démontrer sa fiabilité et sa capacité à augmenter sa production, à réaliser des économies d’échelle et à tenir des délais de fabrication. Airbus produit ainsi son A320 au rythme de deux avions par jour !
Pour les Chinois, ce premier vol est l'aboutissement d'un vieux rêve, déjà tenté sans succès dans les années 1970 ! Ne pas avoir d'avion made in China, c'est se trouver « à la merci des autres », avait déploré le président Xi Jinping en 2014. Au même titre que l'automobile ou les télécoms, l'aéronautique fait partie du plan Made in China 2025, visant à faire passer la Chine du « statut d'usine du monde » à celui de « grande puissance industrielle ». « Le marché aérien chinois va dépasser celui des Etats-Unis dans les prochaines années et il est donc normal que le pays développe sa propre industrie afin de capter une partie de ce marché », relève Zhao Jian, spécialiste des transports à l'université Jiaotong de Pékin. Ne pas avoir d'avion « made in China », c'est se trouver « à la merci des autres », avait déploré le président Xi Jinping en 2014.

 « Faire voler des gros-porteurs commerciaux est la volonté de l’État, le rêve de la nation, et le désir du peuple chinois », a expliqué Jin Zhuanglong, le président de la Comac.



Un modèle chinois ?- confucianisme et positivisme

Nous verrons si Pékin et la COMAC s’inviteront dans le duopole Airbus-Boeing,-  ni le canadien Bombardier ni le brésilien Embraer qui affichaient pourtant certaines ambitions,  n’y sont parvenus. Mais ce qui est sûr, c’est que, dans tous les domaines de la science et de la technique, la Chine pense et agit à long terme, mène des programmes ambitieux et complexes et avance. C’est vrai dans l’astronomie et l’aéronautique, et aussi  dans la chimie, dans les terres rares , dans la biologie, le nucléaire. Elle avance aussi lentement, prudemment mais avec détermination pour donner un rôle international à sa monnaie.
Le modèle chinois a fait fantasmer bien des Français, pour le meilleur ou pour le pire, de Voltaire aux maos, en passant par les positivistes qui ont vu dans la Chine une société  organisée dans la durée et pour une très vaste population  par une religion sans dieu assez proche de leur Religion de l’Humanité (cf mon article « Les Positivistes et la Chine », Monde chinois, vol. 40, no. 4, 2014, pp. 116-129).

Or à l’heure où la Chine développe, après les avoir  assimilé les résultats et les méthodes de la science occidentale (de plus en plus planétaire), prend sa place à l’avant-garde du progrès intellectuel, scientifique et technique et veut assumer les devoirs d’un pays de son rang, notamment en matière de réchauffement climatique et d’ordre international, les intellectuels français ne semble guère s’intéresser à ce qui se passe dans cet immense pays qui est peut-être en train d’inventer un nouveau modèle, une nouvelle manière de concilier l’ordre et le progrès, qui laisse leur juste place aux mécanismes de marché et à la propriété, mais ne renonce pas à organiser la société et son évolution. C’est pourtant diantrement plus intéressant que les meurtrières logorrhées maoïstes. Un positiviste ne peut qu’être certain que la voie chinoise du progrès scientifique ne pourra continuer durablement sans adopter les indispensables libertés d’exposition, de discussion d’appréciation des doctrines quelconques, dans un cadre adapté à la civilisation chinoise et à son histoire. Comment ? Un confucianisme rénové, qui saurait concilier le respect du passé et de l’autorité du savoir, sans compromettre la dynamique du progrès, des sages, un pouvoir spirituel qui prendraient aussi en charge les exigences de justice sociale ? 

mardi 28 juin 2016

SImondon m’était conté

SImondon m’était conté (2)

Simondon se donnait pour but de penser l’homme avec la technique, comme quelque chose qui lui appartient, image d’une individualité ouverte et insistait : la mentalité technique est une mentalité ouverte. Parmi les quelques philosophes modernes qui poursuivent sur sa lancée, citons Pascal Chabot, d’ailleurs auteur de La philosophie de Simondon (Vrin, 2003) et d’un film sur lui. Les ligne suivantes sont extraites d’un autre de ses ouvrages, Les philosophes et la technique, Vrin 2003 :  
«  Beaucoup de philosophes portent un jugement critique sur le développement des technologies, la technicisation du monde a des conséquences négatives, elle serait en partie responsable des guerres modernes(Bergson), de la venue de l’Antéchrist (Schmidt), du développement de la société de masse (Ortega y Gasset) ou du nihilisme (Heidegger). D’autres y voient un facteur qui accentue l’incompréhension de l’autre (Gadamer), le déclin de la culture (Arendt), la violence (Brun) ou encore la servitude humaine (Jonas). Si tant d’esprits profonds, qui par ailleurs professent des opinions politiques ou religieuses diverses, s’accordent pour imputer à la technique une responsabilité dans certains des maux récents, c’est qu’elle est au centre du problème. Mais à quel titre ? La technique n’est pas un sujet de droit, elle ne peut être citée à comparaitre. Elle est un nom générique qui couvre des activités multiples, depuis la construction des routes jusqu’aux manipulations de la vie, en passant par la microchirurgie de pointe et les technologies de destruction.  Les expressions sont donc floues… La technique représente tant d’activités différentes … Et les maux qu’on lui reproche sont si nombreux. .. Ne serait-ce pas alors une cabale réactionnaire que certains philosophes organisent contre le progrès. Ne projetteraient-ils pas sur la technique le malaise d’une civilisation ? N’en feraient-ils pas un bouc émissaire d’autant plus commode qu’il est silencieux ? Peut-être, mais ce serait alors la première fois dans l’histoire qu’au lieu de rejeter le bouc émissaire dans le désert ou de le précipiter d’une falaise, on le garde si près de soi et on le sollicite tant. Il ne s’agirait plus alors d’un rite expiatoire, mais d’une situation paradoxale.

Renouveau du dialogue


Signe du renouveau d’un dialogue fécond, hors des anathèmes, entre technique et philosophie ? Une des dernières émissions Répliques (juin 2016) de M. Finkielkraut, invitant Luc Ferry pour son ouvrage tout juste paru, La révolution transhumaniste  (Plon 2016) et Michel Onfray. L’un et l’autre discutent régulièrement avec des scientifiques et se donnent la peine de se tenir au courant des avancées scientifiques -  il semble même que pour son ouvrage, M. Ferry se soit astreint à une sérieuse mise à niveau en biologie. S’efforçant de distinguer entre humanisme, transhumanisme et posthumanisme, loin des anathèmes, il montre comment certains des aspects des projets transhumanistes qui visent non plus à seulement soigner l’homme, mais à l’améliorer, sans pour autant créer un surhomme « posthumain » peuvent se concilier avec la tradition humaniste. Ainsi, il s’agit bien, après avoir lutté contre les inégalités de statut social ( castes, esclavage,noblesse), puis les inégalités dues à la richesse( c’est pas encore tout à fait  réglé), de lutter contre une injustice peut-être plus grande encore, celle de la loterie génétique et de remédier à ses défauts les plus évidents (maladies génétiques), en préservant la diversité,  et en évitant de créer une société de clones comme celle que décrivit Huxley. Le projet transhumaniste d’étendre la vie humaine (entendons la vie humaine en parfaite santé- on y arrive déjà pour des souris jusqu’à un âge correspondant environ à 150 ans chez l’homme) lui parait ainsi acceptable et prometteur, enrichissant les sociétés humaines d’une meilleur conciliation entre la jeunesse et l’expérience.  Beaucoup moins rassurants sont d’autres projets (par exemple une vision artificielle) qui, au départ conçus pour guérir, pourraient facilement et (presque inévitablement ?) dériver en projet d’hommes « augmentés » et en lutte insane et mortifère suscités par les compétitions entre Etats (compétition guerrière) ou entre individus (ultra libéralisme) pour l’obtention du surhomme (du transhomme) le plus fort. Bref une réflexion intéressante, qui apporte beaucoup de question, peu de réponses, me semble-t-il. Une possible : la religion positiviste d’Auguste Comte  et son clergé de savant et de philosophes chargé des intérêts collectifs de l’Humanité ? 


samedi 21 mai 2016

Simondon m’était conté !

Gilbert Simondon (1924-1989) fait l’objet d’une redécouverte méritée à travers la réédition de son œuvre, diverses émissions (dont une semaine des Nouveaux chemins de la connaissance), articles divers. De fait ce normalien agrégé de philosophie qui enseigna au lycée Descartes de Tours la philosophie et parfois…la physique, écrivit une thèse dirigée par Canguilhem, L'individuation à la lumière des notions de forme et d'information, dont la partie complémentaire (Du mode d'existence des objets techniques) est la plus connue et la plus décoiffante est l’auteur d’une œuvre encyclopédique qui a bien l’ambition de faire système et de définir un nouvel humanisme qui englobe la technique.

Quelques idées issues principalement Du mode d’existence des objets techniques :

Simondon parle d’objets techniques, et c’est une manière de souligner qu’ils devraient avoir le même statut, la même dignité et susciter le même intérêt des penseurs  que les objets religieux et esthétiques. Il y a là une injustice rave et une lacune dans la culture. Il s’oppose à Heidegger et aux technophobes, et insiste sur le fait qu’il faut penser la technique à partir des objets, et non à partir de la philosophie. Face à Jacques Ellul et aux épigones attardés d’Heidegger, il proteste contre une véritable xénophobie de la technique, d’un misonéisme contre les machines. La technique fait la jonction entre le vital et les institutions de la culture, elle organisatrice des rapports entre le monde et l’homme. La technique serait responsable d’un monde sans âme, responsable des désastres et du désagrément de vivre ? Non, dit Simondon, on peut avoir une relation à la technique qui ne soit pas aliénante. La technique peut être source de mal, de domination, de puissance mais penser la technique comme source du mal, c’est refuser de penser. L’objet technique est humain parce qu’inventé (et la théorie de l’invention occupe une grande part de l’œuvre de Simondon) ; il est porteur d’une très grande valeur de par la quantité d’efforts humain qu’il a fallu pour le concevoir. L’opposition entre la culture et le technique, entre l’homme et la machine est sans fondement, elle masque derrière un facile humanisme un mépris de l’homme lui-même. Les objets techniques sont des médiateurs privilégiés entre la nature et l’homme. Ne pas reconnaitre la part d’humanité dans la machine est une forme d’aliénation et au contraire, une pensée authentique de la machine possède une fonction libératrice.
Contre Heidegger : Si la technique est mal pensée, l’homme est mal pensé. Et Simondon se donne pour but d’éveiller les contemporains à la civilisation technique. Et ceci également : la vraie pensée libératrice et opérationnelle, la pensée de la technique et de la science est la pensée réflexive, qui s’oppose aux fins déterminées phénoménologiques  et qui ne défend aucun intérêt spirituel – alors que toutes les philosophies littéraires sont orientées par une prétention religieuse
Sur la machine, et contre les tenants de la cybernétique,  il affirme aussi que la machine la plus perfectionnée n’est pas la plus autonome, mais la plus ouverte possible, la plus capable d’interactions. Ainsi se crée une civilisation où l’homme, loin d’être l’esclave d’une société des machines, est l’organisateur permanent d’une société des objets techniques, un chef d’orchestre.
Simondon affirme encore  que la beauté technique renvoie à une certaine universalité, la manière dont l’objet s’insère dans son milieu. Et son respect de l’objet technique l’amène à protester violemment contre l’obsolescence programmée des objets, qui serait un crime.
L’œuvre de Simondon fait également l’objet d’un article de Vincent Bontems dans la revue Alliage, n076, hiver 2015.

Du zen et de l’entretien des motocyclettes

Il se trouve qu’en même temps que ce Simondon revival, ; je lisais le chef d(‘œuvre de Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, dont il me semble qu’entre en résonnance avec cette œuvre. Extraits :
 « Je distingue deux  types d’intelligence humaine, l’intelligence classique et l’intelligence romantique… les termes classiques et romantiques, tels que Phèdre les employait, ont un sens bien défini Une intelligence classique voit d’abord dans le monde les structures internes ; l’intelligence romantique y voit d’abord l’apparence immédiate.  Montrez un moteur ou un schéma électronique à un romantique, il ne marquera guère d’intérêt. Il ne voit que la réalité superficielle : des listes complexes et ennuyeuses de termes obscurs. Mais lé schéma fascinera un esprit classique qui percevra sous les lignes, les formes et les symboles, une richesse étonnante de structures internes.
Le style romantique est inspiration, imagination, intuition, les sentiments l’importent sur les faits. Le romantique joue l’art contre la science. Il ne se laisse pas guider par la raison ou par des lois. ;, mais par le sentiment, l’intuition, la sensibilité esthétique… Par contraste, l’esprit classique accepte d’être régi par la raison et par des lois, qui représentent elles-mêmes les structures de la pensée et du comportement…
Quoique l’esprit classique entraine souvent une certaine laideur artificielle, cette laideur ne lui est pas inhérente. Il y a une esthétique classique qui échappe souvent aux romantiques à cause de sa subtilité. Le style classique est direct, sans fioritures, sans émotion inutile et soigneusement proportionné. Il ne s’adresse pas au sentiment. Il a pour but de faire naitre l’ordre à partir du chaos et de rendre l’inconnu connaissable. Il n’a rien de naturel, ni de spontané. Il est fait de retenue et de contrôle. Sa valeur se mesure à la rigueur avec laquelle ce contrôle est maintenu.
Pour un romantique, le style classique parait morne, lourd et laid comme la mécanique elle-même. Tout se pose en termes de  pièces et de composants, de relations entre éléments et de programmes d’ordinateurs. Tout doit être mesuré et prouvé. C’est une grisaille lourde, écrasante, une force de mort…
Ainsi a pu se développer ces derniers temps une rupture totale entre une culture classique et une contre-culture romantique – deux mondes de plus en plus étrangers et hostiles – alors que personne ne souhaite vraiment pareille division…. »

« J’ai gardé chez moi une brochure qui ouvre de vastes perspectives dans l’amélioration de la littérature classique. Elle commence par ces mots : l’assemblement d’une bicyclette japonaise requiert une grande paix de l’esprit »…La paix de l’esprit n’est pas un détail superflu. C’est le fond de la question. Sans la paix de l’esprit, il n’est pas de bonnes techniques. Sans une bonne technique, pas de paix de l’esprit. Ce qu’on appelle l’efficacité d’une machine, ce n’est rien d’autre que la concrétisation de cette paix de l’esprit. Le critère ultime de son fonctionnement, c’est votre propre sérénité. Si, au départ, vous ne vous sentez pas sereins, et si vous ne le restez pas au cours de votre travail, vous risquez de projeter vos problèmes personnels sur la machine elle-même. »


samedi 2 avril 2016

Auguste Comte et la Synthèse Subjective ; Science des hommes, science pour les hommes

Auguste Comte et la Synthèse Subjective ; Science des hommes, science pour les hommes

Article dans la revue Alliage, n° 76 (hiver 2015)  alliage@unice.fr

Synopsis :

« On dit souvent que la science a pour objet l'interprétation de l'univers et aussi qu'elle a pour but un idéal jamais atteint. Mieux que personne, Comte démasqua cette erreur. Il vit que le but de la science n'est pas l'explication de l'univers, mais la détermination de la relation de l'homme avec l'univers — chose toute différente »

L’épistémologie de la  synthèse subjective : l’autre Comte

La Méthode subjective, ou la relativité épistémologique généralisée

Comte et Poincaré, logique et géométrie

Science de l’homme, science pour l’homme ?

Lois et causes, Comte et Spencer
             

Une bonne pratique de la formation des hypothèses


dimanche 12 avril 2015

Anti-Lumières, anti-progressistes et apologistes du terrorisme (Jonas, Anders)


Les deux notices de ce billet doivent beaucoup aux excellentes conférences de Michel Onfray de l’Université Populaire consacrées à la pensée post-nazie –on peut les trouver notamment sur le site de France Culture
 
Hans Jonas
 
Dans l’un de mes précédents billets (Heidegger_on peut s’en dispenser), j’ai commencé à parler de l’intérêt à peu près nul de Heidegger en ce qui concerne la connaissance et la réflexion sur la science et la technique, et la dangerosité de ses conceptions qui le lient profondément au nazisme. Que malgré le comportement de Heidegger sous le nazisme, Hans Jonas, élève de Heidegger, Juif qui duit fuir l’Allemagne  et combattit contre les nazis n’ait pas vraiment rompu  et ait toujours été fasciné  par lui est, plus qu’intriguant, inquiétant.  D’Heidegger, Jonas a retenu une méfiance et même un mépris de la technique et de la science : le futur est systématiquement pensé sous le signe du pire : « La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là ».  (Le principe Responsabilité. On retrouve donc chez Jonas une inquiétante critique de la démocratie, qu’il accuse d‘être incapable de prendre en compte le destin des générations future ; et Jonas de féliciter l’ex URSS (celle de Brejnev) de savoir imposer à ses peuples une bienheureuse frugalité, une ascèse et autres sacrifices à opposer à la société d’abondance condamnable. Peu adepte donc du débat démocratique, Jonas défend une « heuristique de la peur », et appelle à renoncer à la raison, à la discussion, à la démonstration pour convaincre et y substituer la peur : « Peut-être que la peur réussira là où la raison a échoué ». Il faut utiliser la peur pour faire réaliser la dangerosité de notre technique et sauver l’humanité

A cela s’ajoute un retour aux mentalités et aux âges théologiques - Jonas consacrera une partie importante de son œuvre à la Gnose. La science a détruit l’idée de Dieu et laissé l’homme sans repères. S’opposer à la nature, c’est s’opposer à Dieu. Celui conduit Jonas à s’opposer à l’avortement (notons aussi que sont jugés irresponsables les humains qui ne font pas d’enfants) et à l’euthanasie, à plaider pour une éthique qui ne saurait être que religieuse et juive, et aussi pour à appeler à l’inspiration divine à la science.

Onfray parle gentiment dans les cours de son Université Populaire consacrés à la philosophie post-nazie parle d’un « conservatisme de gauche » ; mais en fait c’est bien d’une pensée profondément et violemment rétrograde, bien dans la lignée de Heidegger qu’il s’agit.

Gunther Anders

Plus original est Gunther Anders, lui aussi ancien élève de Heidegger, mais qui s’en sépara plus violemment. Dans « La pseudo concrétude de la philosophie de Martin Heidegger » (texte difficile indique Onfray –), il n’hésite pas à dire que la façon qu’à Heidegger de penser le concret rend possible le national socialisme , et il propose une philosophie qui parte vraiment d’une observation concret, des phénomènes modernes ( la radio, la télévision, le jazz). Sou ouvrage majeur est l’ « Obsolescence de l’homme ». Quelques idées glanées dans l’exposé de Michel Onfray. La technique (radio, télévision) nous éloigne du réel, et nous vivons dans un monde d’images, de fantômes, qui nous rendent incapables d’être présent au monde, sous l’effet de la vitesse, de la tyrannie de l‘instant, de l’absence de hiérarchie de l’information ; et nous sommes tellement aliénés par ces fantômes que même ceux qui prétendent s’en échapper s’y soumettent en réalité- nous en venons à réclamer notre propre esclavage - il n’y a même plus besoin d’un quelconque endoctrinement. Pour échapper l’angoisse de la mort, de la finitude de l’homme, nous nous auto-réifions ; nous aspirons à devenir des objets fabriqués pour atteindre l’espèce d’immortalité que possèdent des objets industriels parfaitement identiques et indéfiniment remplaçables les uns par les autres ; le maquillage, l’effacement des visages de l’art contemporain, les festivités de masses, les mass-media, le caractère mécanique ? du jazz, le star system, le culte des performances sportives  sont autant de signes de ce nihilisme et de cette aspiration à la machine, à la réification de l’homme.
Gunther Anders revendique l’étude du concret et l’exagération comme méthode philosophique ; s’il partage avec les Heidegerriens l’hostilité envers la technique et une connaissance pour le moins approximative des sciences, c’est en s’éloignant d’Heidegger  et d’ailleurs de toute l’institution philosophique qu’il parvient à quelques aperçus fulgurants et fascinants sur le monde moderne.
Reste que Gunther Anders, comme les autres ne peut être classé que parmi les réactionnaires et qu’il manifeste, comme les heidegerrien, un mépris certain de la démocratie, de l’argumentation, du débat, de la démarche rationnelle.  Citations :
« On nous a traités de « semeurs de panique ». C'est bien ce que nous cherchons à être »
« Si nous voulons assurer la survie de notre génération et celle des générations suivantes, il n’y a pas d’autres moyens que d’informer clairement ceux qui persistent à mettre en danger la vie sur terre par l’utilisation de l’atome, qu’elle soit guerrière ou pacifique, et continuent à refuser systématiquement tout pourparler en vue d’y mettre un terme, qu’ils vont, tous autant qu’ils sont, devoir se considérer comme notre cible. Je déclare que nous n’hésiterons pas à tuer les hommes qui se rendent ainsi coupables de crimes contre l’humanité » (ceci est tiré d’un article intitulé la contestation non violente est-elle suffisante, et l’on voit clairement la réponse d’Anders).
Nous sommes loin là encore de l’insistance des positivistes sur la démocratie comme démocratie d’opinion, sur la nécessité de l’éducation populaire et de l’existence d’un pouvoir spirituel (experts, philosophes) complètement indépendants du pouvoir temporel ; loin de l’exemple plutôt heureux , plus démocratique et plus conforme au modèle comtien du GIEC et de son action contre le réchauffement climatique anthropique.
 
 

vendredi 10 avril 2015

Heidegger – you can do without


Heidegger "enframed".
Reread a Mandioso Forum in Le Monde(September 26, 2014) on the Heidegger case. It seems that the French intelligentsia wakes up by pretending to discover anti-Semitism and the proximity of Heideggr with  Nazism, apparently carefully hidden by very complacent translators; but points out Mandioso, the main problem is that Heidegger has not anything interesting to say on the modern world, for his ignorance of science is so profound. Quotes:
"The main problem is obviously that the philosophy of Heidegger is made largely of language games and turns to extreme poverty; behind the heidegerrien jargon, its sparse poetic quotations and his fanciful etymologies which derive German from Greeks, there is not much serious in lla this”
«Industrial farming rooms, gas and nuclear plants are the inevitable consequence of an initial unveiling, for such is the fate of the man "organized technically," who gave up Being ' (this is the famous " enframing"). “Technology is the contrary  of the destiny of man man - "be the guardian of Being".
The success of Heidegger explains in a straightforward manner: «it flatters the intellectual laziness that allows the philosopher neglecting whole sections of reality, to devote himself to the meditation of the great texts, philosophy thus being limited to an exercise of autojustification”
Add the revelation of the "Black Books" which have just been published. (cf France Culture,, Heidegger et l ' antisémitisme, 17 oct 14): only Germans manage to conquer the essence of the theoria, in which they are the sole heirs of the Greeks; On the contrary, the Jews express fully in gifts for calculation, in the technique which uproots and deterritorialize, while the philosophy of Heidegger enhances the romanticism of blood and soil,
 My positivist preference
Sorry, but if it comes to think about science and technology, I prefer and find safer and more interesting my dear positivists.
"Science does not think" dixit Heidegger, it depoetizes the world and destroys the Being
This, more than 50 years before, of the positivist Bridges:
"It is clear that in the invention of a hypothesis, the highest faculties of imagination are brought into play. No one doubts that Kepler and Archimedes were endowed with imaginative and also powerful forces as those of Aeschylus or Milton. And in this mental process, not only the imagination, but the most noble affects of man, thought Comte, are also active. »
On racism and essentialization of Germans and Jews:
«It is certainly one of the most strange inventions of the current literature to support that there are ideas that are characteristic of races «(Pierre Laffitte)
"We do not belong to a race, but to a civilization established by twenty different peoples... Apart from the major known divisions - the white, the yellow, the black -, races, physiological races, do not exist. There are  sociological races. For my account, I am not of Celtic race, despite the structure of my name. I am of a civilization of Hellenism, of Romanism and finally of Europeanism” (Lavertujon)
Thinking against the Enlightments, against Science, against Technique and  for the mysticism of the soil and blood could  only lead Heidegger to the confines of Nazism, predispose him to serve as instrument of the nazis, what he did, and without never, even after the war, even despite the exhortations of subjugated disciples such as Jonas or Arendt, never express any remorse.
There is also a disturbing disregard for democracy, that he transmitted to Hans Jonas, the father of the “Imperative of Responsibility”, and partially, of the “principe de précaution”. Read Hans Jonas violently criticizing democracy, unable to take into account the fate of future generations, and to congratulate the former USSR (that of Brezhnev)  for being able to impose on its people a blessed frugality, asceticism and other sacrifices ; and to oppose to a condemnable society of abundance. And also hear him call to "heuristics of fear», to renounce to reason,  discussion,  demonstration to convince and to replace all of this with fear; and also to substitute divine inspiration for science.
We are far from the attachment of the positivists to popular education, the alliance of the proletarians, scholars and philosophers, for physical, mental, spiritual progress.
No, whether he was a little, much, passionately nazi, there is nothing to save in Heidegger. and if we wish seriously to think about  science and technology, we have to look elsewhere

Heidegger_on peut s’en dispenser


Heidegger « arraisonné »
Relu une tribune de Mandioso dans Le Monde (26 septembre 2014) sur le cas Heidegger. Il semble que l’intelligentsia française se réveille en faisant semblant de découvrir l’antisémitisme et la proximité avec le nazisme de la pensée de Heidegger, apparemment soigneusement masqués par très complaisants traducteurs ; mais souligne Mandioso, le principal problème est que Heidegger n’ pas grand-chose à nous dire d’intéressant sur le monde moderne, tant son ignorance de la science est profonde. Citations :
« Le principal problème est évidemment que la philosophie de Heidegger est faite en grande partie de jeux de langage et se révèle d’une extrême pauvreté ; derrière le jargon heidegerrien, ses questionnements parsemés de de citations poétiques et ses étymologies fantaisistes faisant dériver l’allemand du grec, il n’y a pas grand-chose de sérieux ni de consistant »
« L’agriculture industrielle, les chambres à gaz, et les centrales nucléaires  sont la conséquence inéluctable d’un dévoilement initial, car tel est le destin de l’homme « organisé techniquement », qui a délaissé l’Être «   (c’est le fameux « arraisonnement »). «  La technique  est antinomique de la destinée qui est propre à l’homme- « être le gardien de l’Être »
Le succès de Heidegger s’explique d’une manière assez simple : « il flatte la paresse intellectuelle qui permet au philosophe de négliger des pans entiers de la réalité,  pour se consacrer à la méditation des grands textes, la philosophie se limitant ainsi à un exercice d’autolégitimation »
Ajoutons-y ce que révèlent en matière d’antisémitisme, les « cahiers noirs » qui viennent d’être publiés. ( cf France Culture, Les Chemins de la Connaissance, Heidegger et l’antisémitisme, 17 oct 14) : l’Allemand seul parviendra à conquérir l’essence de la théoria, ce en quoi il est le seul héritier des Grecs ; il s’oppose au Juif, qui s’exprime pleinement dans ses dons pour le calcul, la technique qui déracine et déterritorialise, alors que la philosophie de Heidegger valorise le romantisme du sang et du sol, le chez- soi…
 
Ma préférence positiviste
Désolé, mais s’il s’agit de penser la science et la technique, je préfère et trouve plus sûrs et plus intéressants mes chers positivistes.
« La science ne pense pas » dixit Heidegger, elle dépoétise le monde et détruit l’Être

Ceci, plus de cent ans auparavant, du positiviste Bridges :

« Il est clair que dans l'invention d'une hypothèse, les facultés les plus hautes de l'imagination sont mises en jeu. Personne ne doute que Kepler et Archimède fussent doués de forces imaginatives aussi puissantes que celles d'Eschyle ou de Milton. Et dans ce procédé mental, non seulement l'imagination, mais les sympathies les plus nobles de l'homme, pensait Comte, ont une part des plus actives. »
Sur l’essentialisation des Allemands et des Juifs :

« C’est certainement une des plus étonnantes inventions de la littérature actuelle que de soutenir qu’il y a des idées qui sont caractéristiques des races «  (Pierre Laffitte)
« Nous n'apppartenons pas à une race, mais à une civilisation constituée par vingt peuples différents… En dehors des grandes divisions connues — la blanche, la jaune, la noire, — les races, au point de vue physiologique, n'existent pas. Il n'y a que des races sociologiques. Pour mon compte, je ne suis pas de telle race, la celtique, par exemple, en dépit delà structure de mon nom. Je suis d'une civilisation composée d'hellénisme, de romanisme et finalement d'européanisme » (Lavertujon)
 
La pensée contre les Lumières, contre la Science, contre la Technique, pour le mysticisme du sol et du sang ne pouvait que conduire Heidegger aux confins du nazisme, le prédisposait à servir en instrument des nazis, ce qu’il fit, et sans jamais, même après la guerre, même malgré les objurgations de disciples subjugués  tel Jonas ou Arendt, exprimer le moindre remords.
A cela s’ajoute un inquiétant mépris de la démocratie, qu’il a bien transmis à Hans Jonas, le père du Principe Responsabilité, et partiellement, du principe de précaution. Il faut lire Hans Jonas critiquer violemment la démocratie, incapable de prendre en compte le destin des générations futures,  et de féliciter l’ex URSS (celle de Brejnev) de savoir imposer à ses peuples une bienheureuse frugalité, une ascèse et autres sacrifices ; et de l’opposer à une société d’abondance condamnable. Et l’entendre aussi appeler à une « heuristique de la peur », à renoncer à la raison, à la discussion, à la démonstration pour convaincre et y substituer la peur ; et aussi substituer l’inspiration divine à la science.

Que nous sommes loin de l’attachement des positivistes à l’éducation populaire, à l’alliance des prolétaires, des savants et des philosophes, pour le progrès matériel, mental, spirituel.
Non, qu’il ait été un peu, beaucoup, passionnément nazi,  il n’y a rien à sauver chez Heidegger ; et si l’on veut sérieusement penser la science et la technique, c’est par d’autres qu’il faut passer.


lundi 10 novembre 2014

L’ambassadeur Long Ma


Il s’appelle Long Ma, ou « esprit du cheval dragon - longma jingshen (龙马精神)». Il mesure 13 m de long et 12m de haut – 16 m. avec ses ailes déployées. Son poids est de 45 tonnes. La créature est contrôlée par des équipements et un système électronique avancés. Long Ma  peut marcher aussi capable galoper, se cabrer, se coucher. De la fumée sort de ses naseaux, et parfois même du feu, respire, crie, tire la langue. Une quinzaine de manipulateurs, suspendus sur ces flancs ou sur son dos, le fait mouvoir.
Long Ma est la dernière création de la compagnie nantaise La Machine, avec le soutien technique de la société chinoise Gehua. La Machine est une compagnie de théâtre de rue née en 1999 et dirigée par François Delaroziere et qui est surtout renommée pour  ses constructions et ses spectacles de marionnettes géantes spectaculaires, inventives, poétiques. Basée à Nantes, connue mondialement, elle a été choisie suite à un voyage en France du Président Chinois Xi Jinping sur proposition de Jean-Marc Ayrault, pour imaginer ue commémoration originale du cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la République Populaire de Chine. Long Ma a été acquis par un mécène chinois, transporté à Pékin en  Antonov, et s’est donné en représentation aux Pékinois, devant le stade olympique en nid d’oiseau, en présence de Laurent Fabius et de son homologue chinois Wang Yi.
Il y a une vraie volonté et une action dynamique, coordonnée, intelligente de la part du Ministre des Affaires étrangères de mener une diplomatie culturelle, artistique, technique, scientifique (objet d’un rapport récent sur lequel je reviendrai. Long Ma est un ambassadeur de poids  d’un certain savoir-faire français. Il était accompagné d’un buste de Prosper Gicquel (1835–1886), officier naval français qui commença par combattre les Chinois lors de la guerre de l’opium, puis devint le directeur européen du projet de l'Arsenal de Fuzhou, dont l’objectif était de créer une flotte chinoise moderne de bateaux de guerre et de transport, et d'éduquer les techniciens chinois aux techniques européennes. Les Chinois en ont profité pour faire savoir qu’ils seraient éventuellement intéressé par du matériel militaire français… sauf que, depuis 1989, un embargo européen interdit les ventes d’armes à la Chine.
Ainsi, la France assure une partie prépondérante des dépenses militaires, des interventions, des sacrifices de la politique militaire européenne, mais ne peut rentabiliser ses efforts en exportant des matériels militaires en Chine. Encore un effort pour une vraie diplomatie indépendante ?