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mardi 8 juin 2021

Le photovoltaïque : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles, Ademe 2020

 Bon, comme d’habitude, avec les rapports de l’Ademe, j’ai un peu de mal ! Parce qu’on a comme l’impression d’avoir deux rapports ; l’un, où les ingénieurs de l’Ademe écrivent ce qu’on leur dit d’écrire pour être dans la ligne du Ministère de l’environnement, c’est-à-dire sur la PPE et même au-delà, pourquoi pas, vers le 100% ENR ; et l’autre (le diable est dans les détails), où ils semblent retrouver leur culture scientifique et leurs réflexes d’énergéticiens…et contredire ce qu’ils ont écrit auparavant

Donc rapport sur le photovoltaïque de l’Ademe


https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Plan%20ressources%20Photovoltaique.pdf

Une énergie abondante mais très dispersée , des projets démesurés

« Chaque année, la Terre reçoit sous forme de rayonnement solaire l’équivalent de plus de 8 000 fois la consommation énergétique mondiale annuelle. Pourtant, l’énergie solaire ne représente aujourd’hui que 1 à 2 % du bilan énergétique mondial . Ce paradoxe s’explique par la complexité à capter et à stocker une énergie diffuse et intermittente »

L’énergie photovoltaïque est devenue une des sources les plus compétitives de production d’énergie renouvelable dans le monde. Elle est donc amenée à jouer un rôle majeur dans la transition bas carbone. Le développement attendu pourrait conduire à installer, chaque jour, 1,4 million de modules dans le monde, dont 25 000 en France.

Les projections officielles de développement du photovoltaïque prévoient (souhaitent ?), à l’échelle mondiale à l’horizon 2030 une multiplication par 5 des capacités mondiales installées. « A l’échelle française, dans l’hypothèse d’une atteinte des objectifs de la PPE, il faudrait installer 25 000 modules par jour. Si on devait installer l’ensemble de ces modules au sol, cela conduirait à couvrir de panneaux, chaque jour, six terrains de football !!! » Cela montre l’ampleur de la progression attendue sur le photovoltaïque. »

Commentaire : ou cela montre l’absurdité de la PPE avec la fermeture prévue de 14 centrales nucléaires et un programme ENR dément.

De forts problèmes de vulnérabilité concernant les ressources minérales ; siliciium, cuivre, argent…

« L’argent et le silicium métal doivent faire l’objet d’une attention particulière car les technologies qui dominent le marché aujourd’hui et dans les années à venir (technologies dites cristallines) les mobilisent en quantité importante alors même que ces matières ne sont aujourd’hui pas récupérées dans les modules en fin de vie. » 

De façon plus précise,  «  le développement attendu de l’énergie photovoltaïque, indispensable à la transition bas carbone, aura des conséquences importantes sur la demande en ressources minérales »

Commentaires : indispensable, mais à quelle échelle ?

L’identification des matières porteuses de risques s’est appuyée sur l’étude de J. Jean et al en 2015 (Pathways for solar photovoltaïcs, Joël Jean et al Energy and Environmental Science, 2015.  Cette étude modélise les besoins en matières d’un déploiement du PV, à l’horizon 2050, de 12,5 TWc à l’échelle mondiale. Cette capacité correspond à un taux de pénétration de 50 % du photovoltaïque dans le mix électrique mondial. Il s’agit d’un scénario maximaliste, justement bien adapté à l’objectif de ce chapitre.

Ce scénario conduit à identifier 6 matières « à risques » : le silicium métal, l’argent, le cadmium, le tellure, le plomb et le cuivre. Cette liste a ensuite été confirmée par des experts du domaine.

Le silicium va continuer à dominer le marché car l’émergence industrielle d’une technologie de rupture n’est pas envisagée avant 2030. Pour l’après 2030, des technologies de rupture pourraient permettre de passer au-delà du seuil des 25 % de rendement. Parmi les technologies disponibles au stade expérimental, les cellules dites « tandem » alliant silicium cristallin et pérovskite semblent être prometteuses ».

Le silicium métal est le matériau de base de la cellule photovoltaïque cristalline. La production de silicium métal requiert de la silice issue de gisements de quartz particuliers dont la connaissance reste limitée (eh non, contrairement à ce que montre une certaine communication des fabricants de PV, n’importe quel tas de sable ne fait pas l’affaire !). Déployer une capacité cumulée de 12,5 TWc de PV cristallin à l’horizon 2050 mobiliserait 20 millions de tonnes de silicium de qualité solaire sur la période 2014-2050, soit 87 fois la quantité de silicium solaire produite en 2014. C’est l’équivalent de 23 millions de tonnes de silicium métal (soit 9 fois la production de silicium métal en 2014).

Cuivre et aluminium : Le cas du cuivre est particulièrement problématique. Le solaire, mais pas seulement lui, exige une connectique gourmande en cuivre :  de grandes longueurs de câbles sont nécessaires pour relier les modules entre eux, relier les modules à l’onduleur et connecter l’onduleur au réseau (et évidemment) plus une centrale est isolée géographiquement, plus il faudra de câbles pour la relier au réseau. Le cuivre, mobilisé par toutes les technologies PV, est massivement utilisé par les autres familles de technologies bas carbone. Il  a fait l'objet d'une analyse approfondie dans le rapport sur le stockage stationnaire et les réseaux

(cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/01/les-reseaux-electriques-choix.html).

Pour déployer une capacité cumulée de 12,5 TWc de PV, il faudra mobiliser 60 millions de tonnes de cuivre, soit trois fois la production totale  de cuivre de 2014. Compte tenu de la forte demande en cuivre, métal utilisé en grande quantité dans les autres secteurs de la transition énergétique, des tensions sur le marché du cuivre ne sont pas à exclure. Il faudrait aussi 100 millions de tonnes d’aluminium, soit deux fois la production totale d’aluminium de 2014.

En effet, voici l’évolution de la consommation de cuivre. Qui peut croire que c’est durable !(NB : les réserves mondiales de cuivre primaire sont évaluées à 830 Millions de tonnes, soit 40 années de production courante)

L’argent, principalement mobilisé pour la production des cellules cristallines, ne représente que 0,1 % au plus de la masse de la cellule et la quantité d’argent utilisée par cellule diminue régulièrement. Néanmoins, le déploiement du photovoltaïque conduit à mettre sur le marché des milliards de cellules. En 2018, avec 8 %, (soit 2 503 tonnes), le photovoltaïque arrive au quatrième rang des usages de l’argent. Une capacité cumulée de 12,5 TWc de PV cristallin à l’horizon 2050 pourrait mobiliser 0,3 millions de tonnes d’argent, soit 11 fois la quantité totale d’argent produite en 2014.

Le tellure : 40 % du tellure est consommé pour la fabrication des panneaux solaires (technologies CdTe). La croissance de la production du tellure dépend du cuivre, dont il constitue un co-produit. Les réserves de tellure sont estimées entre 31 00033 et 46 00034 tonnes. Une capacité cumulée de 12,5 TWc de PV (mono-technologie CdTe) serait rapidement confrontée à la disponibilité limitée du tellure : il faudrait en effet 900 fois plus de quantités de tellure que celles produites en 2014.



Un bilan carbone discutable et fortement dépendant de la localisation

Même si, comparativement aux énergies fossiles, l’énergie PV présente un très bon bilan carbone, celui-ci pourrait être amélioré de façon significative en relocalisant la chaîne industrielle de production des panneaux en Europe et en recyclant les importantes pertes de matières qui se produisent au cours des différentes étapes de leur production. En effet, les procédés de transformation du silicium sont très énergivores : la localisation d’une part importante de la production dans des pays où l’énergie est majoritairement produite à partir de charbon et/ou de pétrole (notamment en Chine) et les importantes pertes de matières, en particulier de silicium, le long de la chaîne de valeur dégradent le bilan carbone de la fabrication des modules PV.

La production d’un kilo de polysilicium en France émet 23,12 kgCO2eq contre 87,82 kg en Allemagne et 141,02 kg en Chine. Relocaliser une partie de la production de polysilicium en France ou en Europe permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre

Ben oui, mais c’est pas si facile :  « L’absence d’entreprises françaises dans le domaine du polysilicium peut s’expliquer par la forte intensité capitalistique des usines (seules les grandes usines sont rentables) et la présence d’acteurs déjà importants, y compris européens. La barrière à l’entrée sur ce marché est très haute…

Deux conditions sont indispensables à une relocalisation de la production de polysilicium en France ou en Europe : des soutiens publics, notamment pour pallier le manque d’investissements privés ; la valorisation, à l’échelle européenne, de la production bas carbone, que ce soit par la mise en place de critères environnementaux dans les appels d’offres ou de mécanismes de tarification du carbone. Ceci permettrait de réduire le déficit de compétitivité-coût du polysilicium européen par rapport au polysilicium chinois.

Commentaire : disons-le le photovoltaïque produit en Chine , c’est tout simplement une catastrophe environnementale. Et relocaliser en Europe, c’est pas gagné !

Le Photovoltaïque, champion de l’ artificialisation des sols

 « L’emprise au sol d’une centrale au sol dépend du rendement énergétique des cellules. Plus celui-ci est élevé, plus l’emprise au sol est faible pour une même puissance. On estime qu'il faut 4 à 5 m2 de sols par kWc de capacité de PV monocristallin installé et 5 à 6 m2 pour le PV polycristallin.

Par leur emprise, les centrales au sol impactent les écosystèmes à travers les remaniements puis le recouvrement partiel du sol (effets de l’ombrage des panneaux sur la température du sol et ses caractéristiques pédologiques qui peuvent avoir des conséquences directes sur le développement de la végétation)49, la fragmentation des habitats naturels (exemple des fermes solaires à capacité industrielle où les besoins réels d’espaces peuvent atteindre entre 1,5 et 2,5 fois la surface des panneaux eux-mêmes, les changements microclimatiques ou les modifications de comportements de différentes espèces d’animaux. »

En ce qui concerne l’occupation et l’artificialisation des sols, l’occupation des sols, rappelons quelques chiffres clés : c’est l’énergie nucléaire qui laisse de loin, le plus d’espace à la nature. L’énergie nucléaire a la plus faible intensité d’utilisation des terres 20 à 30 fois plus faible que l’éolien et 15 fois plus faible que le solaire photovoltaïque.


Oppositions agricoles

Et ça commence à se voir et à susciter des oppositions : 2000 hectares de terres agricoles et de forêts bientôt recouverts de panneaux solaires en Lot-et-Garonne, 400 hectares de causses dans l’Hérault... Des citoyens alertent sur les dérives de ces méga-centrales. Dans le sud du Larzac, la colère gronde. 30 000 panneaux photovoltaïques pourraient recouvrir 400 hectares de causses, de maquis, et de prairies arides, soit l’équivalent de 570 stades de foot !

https://www.bastamag.net/photovoltaique-artificialisation-sols-speculation-fonciere-alternatives-aux-derives-du-solaire-industriel-solarzac

Même la FNSEA, pourtant favorable à tout ce qui peut augmenter les revenus des agriculteurs, s’inquiète :  Solaire : les mégaprojets de parcs inquiètent le monde agricole

Le développement de grands projets solaires prévu par la Programmation pluriannuelle de l'énergie se heurte aux mises en garde du monde agricole. Christiane Lambert met en garde : pas question de laisser les agriculteurs céder aux sirènes du solaire sans garde-fous. « Il faudra un cadre national », prévient-elle. Dans le monde agricole, Christiane Lambert n'est pas seule à défendre cet encadrement. « L'espace agricole se réduit au rythme de l'équivalent d'un département tous les six-sept ans, soit 50.000 hectares. Cela ne peut pas durer », défend aussi Emmanuel Hyest, le président de la FNSafer, qui veille à la répartition des terres agricoles

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/solaire-les-megaprojets-de-parcs-inquietent-le-monde-agricole-1005787



Des emplois fantomatiques

 « Ainsi, la valeur ajoutée industrielle du PV est aujourd’hui principalement créée à l’étranger ainsi que les emplois qualifiés associés, avec comme corollaire des modules au bilan carbone en moyenne élevé. Si cette situation perdure, ni la France, ni l’Europe, ne pourront profiter des opportunités industrielles liées à la mise sur le marché de milliards de modules cristallins dans les décennies à venir. Par ailleurs, pour un pays comme la France qui dispose d’un mix électrique peu carboné, il y a un réel risque que le déploiement du PV ne permette pas d’améliorer substantiellement le bilan carbone de la production d’électricité »

Commentaire : quel aveu ! ben alors, il faudrait peut-être revoir la PPE- moins de solaire et beaucoup moins d’éolien, plus de nucléaire !

« Alors que la France dispose encore d’importantes capacités de recherche, son tissu industriel dans le secteur PV est de plus en plus fragile ».

 « Les acteurs industriels français sont principalement positionnés sur le segment peu capitalistique de la fabrication des modules…  la fabrication des modules PV (entendu « au sens large » de la fabrication du polysilicium à la production des panneaux) est une activité mondialisée qui a connu de profondes mutations depuis le milieu des années 2000. La guerre des prix qui a accompagné cette montée en puissance des acteurs asiatiques a entraîné la disparition de la plupart des entreprises françaises »

 Et du coup, cela met aussi en péril la recherche. »

« Une capacité de recherche encore affirmée, mais vulnérable. Malgré les faiblesses de la filière industrielle française du PV, la recherche « préindustrielle » reste importante, notamment grâce à des liens solides entre la R&D publique et l’industrie. Les laboratoires de recherche français sont ainsi à la pointe au niveau mondial dans le secteur du PV. Cet environnement favorable à l’innovation devrait être un réel atout dans la compétition mondiale. Cependant, cet écosystème favorable à la recherche est aujourd’hui fragilisé voire menacé par la disparition des acteurs industriels (qui sont les premières sources de financement de ces laboratoires) et par l’absence de plus en plus fréquente de débouchés industriels en France ou en Europe pour ces innovations.

Pour mémoire : la débâcle de l’énergie solaire subventionnée en Allemagne :

Qui se souvient des promesses du Temple du Soleil ( non, ce n’est pas une secte !).  L’ex-Allemagne de l’Est était censée se transformer en  nouveau paradis du photovoltaïque en « Temple du Soleil » en lui apportant la prospérité économique grâce à une multitude d’emplois high-tech. À la belle époque de sa splendeur, pas une semaine ne passait sans que la presse ne mentionne de nouvelles innovations et leur cortège d’inaugurations en présence de politiciens trop heureux de se congratuler les uns les autres. D’après le journaliste allemand Dirk Maxeiner, le gouvernement allemand a déversé l’argent des contribuables par centaines de millions d’euros pour mettre tout cela en place : « On a vu affluer 142 millions d’euros dans le Brandebourg, 120 millions en Saxe-Anhalt et 143 millions en Thuringe. » L’idée, la vision, consistait à faire de ces régions la vitrine scintillante de l’avenir high-tech de l’Allemagne et à montrer au monde comment devenir le pays de l’écologie.

Mais le clash avec la dure réalité n’a pas tardé. En quelques petites années, les cellules photovoltaïques à bas prix importées de Chine ont inondé les marchés et les prix se sont écroulés à vive allure. Quelques mois plus tard, le Temple du Soleil n’était plus qu’un champ de ruines. Qui plus est, le niveau exorbitant des tarifs de rachat de l’énergie verte entraîna rapidement une montée en flèche des prix de l’électricité pour le consommateur. Le gouvernement fut donc obligé d’agir vite pour réduire les tarifs de rachat, ce qui eut pour effet de rendre l’énergie solaire encore moins intéressante. Le marché s’est retrouvé submergé de panneaux photovoltaïques et les producteurs allemands n’eurent plus qu’à mettre la clef sous la porte.

Grâce à la révolution énergétique subventionnée, les contribuables allemands ont créé des emplois non pas à Bitterfeld comme prévu, mais dans ces charmantes villes que sont Guangzhou, Hangzhou ou Xi’an.

Selon la Fondation Hans Böckler : « Au cours des dernières décennies, aucune autre industrie n’a connu une croissance aussi rapide que celle des panneaux solaires – et aucune ne s’est effondrée aussi rapidement. » Quinze ans ont suffi pour accomplir le cycle. La Fondation décrit comment de petites start-up se sont transformées en stars des marchés high-tech puis sont devenues insolvables les unes après les autres à partir de 2011. Des entreprises comme Solar MillenniumQ-Cells, Centrotherm, ou Conergy ont toutes fait faillite aussi rapidement qu’elles avaient surgi.

En une seule année, 30 000 emplois ont disparu et des dizaines de milliards en capital privé ont été détruits. Le seul désaccord des experts des marchés financiers porte sur le montant : parle-t-on de 30 ou de 50 milliards d’euros ?  

N.B : de la même façon la jadis pépite française (Photowatt)  a disparu

 Commentaire : Relocaliser le photovoltaïque ? Il faudrait tenir compte des expériences malheureuses passées et encore récentes. Et peut-être requestionner les ambitions photovoltaïques un peu démentes de la PPE.

Surtout que du propre aveu de l’Ademe, il n’est pas exclu « le déploiement du PV ne permette pas d’améliorer substantiellement le bilan carbone de la production d’électricité »

Je répète « « le déploiement du PV ne permettra pas d’améliorer substantiellement le bilan carbone de la production d’électricité « ! 

vendredi 3 mai 2019

Politique et stratégie de l’aluminium


Comme souvent, signalons ici l’excellente  Lettre Géopolitique de l'Electricité (www.geopolitique-electricite.fr/) de M. Lionel Taccoen qui dans son numéro d’Avril 2019 publie un dossier complet et passionant sur l’aluminium. Pourquoi l’aluminium et l’électricité ? Et bien, c’est que compte tenu de son mode de production, on a pu écrire que « l'aluminium, c'est de l'électricité solide ».

Aluminium : Une industrie stratégique de plus en disparition en Europe. Vers la grande dépendance !

C’est le chimiste français Sainte-Claire Deville qui présente en 1854 à l'Académie des sciences le premier lingot d'aluminium obtenu, à l'état fondu, par voie chimique (réduction de la bauxite par le sodium). Napoléon III se fait faire un service de table en aluminium, qui vauit alors davantage que sa vaisselle d’or. La découverte, en 1886, de la production de l'aluminium par électrolyse permet de développer son utilisation et sa remarquable légèreté, sa résistance à la corrosion, sa malléabilité permettant des mises en forme variées  en font un matériau très utilisé dans l'industrie et l'artisanat malgré la technicité de sa mise en œuvre. C'est un produit industriel important, sous forme pure ou alliée, notamment dans l'aéronautique, les transports et la construction. Sa nature réactive en fait également un catalyseur et un additif dans l'industrie chimique. Dans cette histoire de l’aluminium, la France a joué un rôle important avec Pechiney, dont on sait par quelle stupidité de la politique européenne de la concurrence a entrainé sa prise de contrôle par Alcan, alors que c’est le contraire qui aurait dû se produire (cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/01/raison-de-detester-leurokom-22-la-mort.html)

L’aluminium est aussi un métal du XXIème siècle ! Vingt-cinq millions de tonnes produits en 2000, soixante-cinq en 2018, cent huit prévus en 2050. La croissance la plus rapide est attendue en Asie, mais l’Europe restera encore longtemps le second marché mondial. Il est de plus en plus indispensable dans les transports. Dans l’automobile : en 1990, chaque voiture en comportait 40 à 80 kg. Aujourd’hui ce chiffre est passé à 150 kg. En 2025, ce sera 250kg. L’aviation n’existerait pas sans aluminium. Il est largement présent dans le bâtiment et les travaux publics. Il est omniprésent dans les emballages et sa  légèreté le fait employer dans bien d’autres branches. Cette production, en forte hausse, dénommée « aluminium primaire » s’ajoute au recyclage du métal utilisé pour des objets dont l’utilisation est terminée. Le taux de recyclage est important : près de la moitié en France.

Les importations dans l’Union européenne de produits en aluminium ont augmenté de 28% entre 2013 et 2017, passant de 7,1 millions de tonnes à 9,1 millions de tonnes… Dans l’Union, sur les 26 fonderies en activité en 2008, 16 sont encore opérationnelles et un certain nombre d’entre elles sont menacées de fermeture …Il semble que les Etats membres de l'UE ont jeté l'éponge. Désormais près des trois quarts de leurs besoins en aluminium primaire, pourtant de plus en plus nécessaire à une économie moderne,  sont importés. La Fédération des Consommateurs Européens de l’Aluminium (FACE) écrit sous le titre « Empêcher la faillite de l’industrie européenne de l’aluminium « Depuis vingt ans, nous avertissons que la politique actuelle conduit au déclin inexorable d’un secteur correspondant à un million d’emplois indirects

Le Vice Président de la Commission Européenne a averti récemment que, en ce qui concerne l’aluminium, l'Union Européenne courrait le risque de nouvelles dépendances de l'extérieur aussi lourdes que celles relatives au pétrole et au gaz. 

Et c’est en fait déjà le cas. Le russe Rusal, longtemps premier producteur mondial, fournit aujourd’hui environ 30% des importations européennes. L’inconvénient est que l’Union européenne déjà notablement dépendante de la Russie pour son gaz, ajoute l’aluminium. Un autre est la proximité de cette grande entreprise avec le pouvoir politique russe, qui provoqua début 2018 des sanctions américaines contre Rusal et, aussi contre ses clients européens. Autrement dit, nous dépendons, pour 30% de notre aluminium, soit de la Russie, soit des Etats-Unis et de leur humeur de confrontation avec la Russie -via les sanctions qu’ils imposent aux clients d’entreprises proches du Kremlin.

Et une autre menace arrive, celle de la Chine. En quelques années, la Chine est devenue, et de loin, le premier producteur mondial d’aluminium primaire, avec plus de la moitié du total de la planète. Elle commence à exporter, beaucoup, et comme d’habitude à des prix plus ou moins subventionnés qui vont lui permettre de balayer ce qu’il reste de tous ses concurrents.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Une politique aberrante de l’électricité !

« Il ne faut pas s’étonner que les entreprises de fabrication d’aluminium primaire quittent le continent en masse, délocalisant leurs fonderies dans les pays où l’énergie est bon marché, la main d’œuvre peu coûteuse et l’accès à l’Union européenne aisé… . Le premier coupable sont les coûts sur le long terme de l’électricité qui font de la production d’aluminium dans l’Union Européenne la plus chère au monde… Le comble a été atteint avec les prix de l’électricité dus à la taxe carbone et à la politique climatique. »
En fait explique Lionel Taccoen, « le marché de l’électricité est déboussolé par la coexistence d’une composante libérale avec concurrence pour les productions non renouvelables et d’une composante d’économie administrée avec subventions, essentiellement pour le solaire et l’éolien. Une conséquence est qu’il est devenu impossible d’investir dans de nouvelles centrales ou dans des installations de stockage d’électricité sans subventions…La transition énergétique a affaibli financièrement les compagnies d’électricité en subventionnant les renouvelables dont l’électricité est prioritaire sur le réseau »

Ou plus exactement une politique absurde de transition énergétique en ce qui concerne l’électricité, qui consiste à diminuer la part du nucléaire et de forcer EDF à subventionner des concurrents producteurs…qui ne produisent pas grand chose et réalisent leurs bénéfices en revendant le courant ( nucléaire) qu’EDF est  contraint de leur céder à bas prix. C’est d’autant plus absurde que l’électricité en France, grâce au nucléaire, est hautement décarbonée et que les principales, et de loin, causes d’émission de gaz à effet de serres sont les transports et le chauffage.

A contrario, le succès de la fonderie de Dunkerque démontre que seule l’électricité abondante, peu couteuse et décarbonnée que fournit le nucléaire peut sauver l’industrie de l’aluminium. Alors que l’Espagne ferme ses dernières fonderies d’aluminium, l’usine française de Dunkerque, alimentée par la centrale nucléaire de Gravelines et reprise au début de 2019 par un nouveau propriétaire (Liberty Aluminium) est assurée de son avenir. Elle est devenue la plus importante fonderie d’aluminium de l’Union européenne, en produisant à elle seule en 2018, 13,5% de l’aluminium de l’Union (284 000 tonnes). La production d’un kWh nucléaire français n’émet que de 5 à 6 grammes de CO2, ce qui en fait l’une des électricités mondiales la plus respectueuse du climat . La centrale nucléaire de Gravelines comprend six réacteurs de 900 MWe chacun, qui ont servi de modèle de départ à une grande partie du programme nucléaire chinois. Les installations de Liberty Aluminium Dunkerque ont à leur disposition une puissance de 450 MWe, soit la moitié d’un réacteur. Elles sont situées à Loon-Plage à moins de dix kilomètres de la centrale nucléaire.

L’aluminium,  cas emblématique : l’Europe dindon de la farce de la guerre commerciale de Trump avec la Chine

Les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium étaient censés punir la Chine. Raté, ils lui profitent au contraire. Et nuisent bien davantage à l’industrie européenne
Donald Trump a ouvert les hostilités en annonçant le 31 mai 2018, via son secrétaire au Commerce Wilbur Ross, que l’Union européenne (UE), dans un premier temps exemptée, serait finalement elle aussi soumise à des droits de douane de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium. S’ils concernent aussi la Chine, ces droits de douane n’entravent pourtant par la production d’aluminium de l’Empire du Milieu. Un paradoxe ? A première vue seulement.
De la part d’un pays dans lequel toute la production industrielle est contrôlée par un Etat centralisé et collectiviste, et dans lequel les normes d’emploi et de coût d’énergie généralement observées ailleurs ne s’appliquent pas, la production effrénée d’acier et d’ aluminium n’a rien d’étonnant. Mais au-delà de la question du subventionnement, c’est le système de sanctions mis en place par les Etats-Unis qui interroge, en se révélant, par des effets pervers, favorable à Pékin.
Les taxes douanières qui existent ne sont pas des règles absolues, mais sont assujetties à une procédure de demande d’exceptions. Une entreprise américaine spécialisée dans l’acier ou l’aluminium peut en effet présenter une demande d’exemption tarifaire au département du Commerce des États-Unis, en démontrant que le produit dont elle a besoin n’est pas disponible à l’achat sur le territoire américain. A Washington D.C., le bureau de l’Industrie et de la Sécurité (BIS) du ministère du Commerce se consacre à l’étude de telles exemptions et objections.

Et il se trouve que les Etats-Unis accordent de très nombreuses exceptions à des producteurs chinois, par l’intermédiaire de leurs filiales américaines. En octobre dernier, les exceptions concernant des entreprises de capitaux chinois représentaient ainsi 27 % des exceptions totales accordées par l’administration américaine. 94 % des demandes d’exceptions provenant de ces entreprises chinoises implantées sur le sol américain avaient été approuvées !

Une chose est en tout cas certaine : si les sanctions américaines sont délétères pour nombre de pays, voire pour un certain nombre de producteurs américains, elles le sont beaucoup moins pour d’autres. L’industrie de l’aluminium, en berne au Canada ou en Europe, connaît ainsi ses plus belles heures en Chine. Selon les données du département des douanes de la Chine, les producteurs chinois ont envoyé 552 000 tonnes métriques de produits d’aluminium à l’étranger en janvier, dépassant ainsi le total révisé de 520 000 tonnes métriques de décembre et dépassant le précédent record de 542 700 tonnes métriques, daté de décembre 2014.

Et l’Europe trinque. La Chine surproduit à des coûts défiant toute concurrence, inondant notamment le Vieux continent de ses produits d’aluminium bon marché. Non sans dommages. Les importations massives d’aluminium chinois en Europe ont des répercussions dramatiques sur la filière de l’aluminium européenne. Comme en Espagne, où la fonderie Alcoa menace de fermer ses portes. Si tel était le cas, le pays ne compterait plus aucune fonderie d’aluminium primaire.

Sauver l’aluminium à Gardanne !

L’ »aluminium c’est la bauxite, et la bauxite, cela vient des baux de Provence ! Et à côté des Baux de Provence, il y a l’usine Alteo de Gardanne, ultime avatar de ce site historique de l’aluminium. Alteo, c’est en 2017 un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros, dont à 70 % à l’international et… des ventes en Chine multipliées par trois, C’est aussi plus de 300 embauches en cinq ans  et 450 salariés.

Alteo non seulement ne s’est pas effondré, mais a progressé en faisant le choix de la qualité. Ainsil le centre de Gardanne a inauguré une  nouvelle unité de production  d’alumine "haute pureté" qui lui permet d'asseoir son leadership mondial dans les alumines de spécialité ; 1,5 millions d'euros ont été investi dans cette installation qui permet d'obtenir des alumines premium, parfaitement isolante, et de viser de nombreux marchés dans la micro-électronique.

Alteo a également investi 7 millions d'euros dans un nouveau procédé de traitement des eaux qui utilise un procédé innovant : du gaz carbonique propulsé dans l'eau traitée pour piéger les  derniers résidus de métaux lourds. 99,98% des métaux lourds sont ainsi absents des rejets de l'usine en Méditerranée. Cet effort a été reconnu par Didier Réault, président du Parc national des Calanques, qui constate que les rejets sont enfin aux normes européennes.

Nous avons besoin de production d’aluminium, et de préférence d’aluminium à haute valeur ajoutée dans des conditions environnementales qui sont innovantes et exemplaires, uniques au monde. C’est ainsi que l’on progresse. Mais cela ne suffira pas, aucun effort ne suffira jamais aux écologistes fanatiques et anti-humanistes qui rejoignent bizarrement un certain patronat ultra libéral et finaciarisé dans son cauchemar d’une France sans usines.

Alteo doit rester sur son site oh combien historique de Gardanne !

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jeudi 15 février 2018

Les délires de Macron : service national contre EHPAD, drôle de priorité

Service national universel ou parcours citoyen ? Quel coût ?
                
En mars 2017, lors d’un discours consacré à la politique de défense, Macron improvisait une mesure nouvelle, un « service national universel, encadré par les armées et la gendarmerie nationale, qui s'adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d'âge, soit environ 600.000 jeunes par an»,   Cette mesure ne figurait pas dans son programme qui ne prévoyait à l'origine que de renforcer le service civique mis en place par François Hollande. Eh oui, camarades marcheurs, il arrive que la nouvelle politique  ressemble beaucoup à l’ancienne ! Ce nouveau service national n’était censé duré qu’un mois, devait  inculquer «de la discipline, de l'autorité, des priorités stratégies de la France», mais comprendre aussi «des activités physiques et sportives pour permettre la cohésion» des appelés.

S'agissant de son coût annuel, l'ex-ministre de l'Économie lui-même l'estimait d'abord entre 2 et 3 milliards d'euros par an «en régime de croisière».

En juin 2017: un premier rapport parlementaire s'inquiète des coûts (Ah ce parlement, il est bien embêtant,  trop ancienne politique !). Serge Lepeltier  annonce un coût de fonctionnement compris entre 1,5 et 2 milliards par an, mais l’investissement de départ, est évalué à plus de 15 milliards par Emmanuel Macron lui-même !

Et la Défense fait savoir qu’il est hors de question de  prélever cette somme sur son budget, déjà au maximum du taquet ! Un rapport sénatorial (Raffarin, Reiner) estime le coût du projet à 30 milliards d'euros sur cinq ans et assure que le nouveau service national «ne doit pas ‘tuer dans l'œuf' la remontée en puissance des moyens des armées» Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, affirme que le projet de service national d’un mois s'annonce «très lourd en termes d'organisation et de budget».

Service national universel ? Personne n’en veut, mais Macron s’obstine

En janvier, France Info révèle que les députés LREM qui planchent sur le sujet envisagent de remplacer le service national par un «parcours citoyen» d'une semaine par an, destiné aux collégiens et élèves de seconde, âgés de 10 à 16 ans. Ca, ça parait plus raisonnable. Mais Macron persiste et signe et  lors de ses vœux aux armées le 19 janvier confirme que le SNU «sera mené à son terme». «Il entrera à bon port, il sera conduit par l'ensemble des ministères concernés, et pas simplement par le ministère des Armées, il aura un financement ad hoc, qui ne viendra en rien impacter la loi de programmation militaire 2019-2025.

Rien à voir avec la vieille politique et les sondages montrant qu’une large majorité de Français serait  favorable au retour d'un service national ? Mais leur en a-t-on expliqué le coût ?

Dans un avis rendu le 30 janvier au ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, le Conseil d'orientation des politiques de jeunesse (COJ), un cercle d'experts, préconise de ne pas rendre le service national universel obligatoire. Le patron de la commission de la Défense de l'Assemblée Jean-Jacques Bridey (LREM) confirme que le service ne peut pas être rendu «obligatoire pour des adultes… Même si c'est adopté par le Parlement, même si on change la Constitution).

En fait, du service national universel, les armées n’en veulent pas, n’ont ni les moyens, ni le temps, ni l’envie de former des citoyens, elles qui ont déjà bien de la peine à former des soldats et à les équiper convenablement ! la ministre de la défense, Mme Parly, à son tour explique « que le service national n'aurait probablement «pas un caractère obligatoire, au sens où les gendarmes viendraient rechercher le réfractaire».

Mais peu importe, Macron persiste à vouloir  que le service national universel soit «obligatoire» et dure autour du trimestre, voire de 3 à 6 mois (...) si l'on intègre un service civique».
Résumons la fantaisie macronesque: Service national universel : 15 milliards immédiatement d’investissement et à 30 milliards d'euros sur cinq ans.

18 milliards pour le service national de Macron, 160 millions pour les Ehpad

En revanche, tout le monde a pu constater l’état lamentable des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), la manière scandaleuse, indigne, honteuse  dont les personnes âgées dépendantes y sont maltraitées, la pression qui s’exerce sur le personnel soignant et les oblige quasiment à la maltraitance.

Eh bien, nous sommes ravis d’apprendre (sur le site de La Republique en marche) que à partir de 2019, « une enquête de satisfaction sera menée chaque année auprès des résidents, pour évaluer la bienveillance, la bientraitance et la qualité de vie au travail. Les résultats de cette enquête seront publics.Consciente des difficultés que connaissent certains EHPAD, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn en appelé à “arrêter l’EHPAD bashing” et à reconnaître le travail formidable que font les professionnels de santé dans de nombreux établissements. ». !!!

Et la République en marche d »annoncer fièrement : que le gouvernement a « décidé un budget supplémentaire sur le volet « santé » des personnes âgées dépendantes de 160 millions d’euros en 2018 au soutien des EHPAD  pour permettre le recrutement de nouveaux personnels, pour l’accompagnement des établissements en difficulté et pour renforcer la présence des infirmiers de nuit dans les EHPAD.

Donc, vous avez bien lu : 15 milliards immédiatement d’investissement et à 30 milliards d'euros sur cinq ans pour la petite fantaisie de Macron, son  Service National qui de toute façon ne sera pas universel d, et en 2018, 160 millions d’euros  au soutien des EHPAD.


On aimerait en plaisanter, mais c’est l’écœurement qui domine.