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mercredi 9 septembre 2020

Sur une note d’Alain Grandjean dans Enerpresse, Quels enjeux économiques pour l’industrie nucléaire ?


 (Enerpresse, N°12648 Jeudi 3 septembre 2020)


Les « étrangleurs ottomans » du nucléaire

Alain Grandjean est parfaitement représentatif de ceux que j’appelle les « étrangleurs ottomans du nucléaire » (l’étrangleur ottoman, c’était l’exécuteur du grand vizir, qui vous étranglait si dextrement avec son cordon que vous ne vous en rendiez pas compte).  Attention, c’est pas Michèle Rivasi, ou Sortir du Nucléaire, qui manipulent les peurs à coups de nuages  de Tchernobyl et de fuites de tritium du dixième de banane, non, on est quelques bons niveaux au-dessus. Ils ne contestent pas le caractère décarbonné du nucléaire (6gCO2/kw.h pour le nucléaire, pas 66, ni 666 marque du diable Mme Rivasi,),  ne mentent pas sur les données physiques principales, reconnaissent même au nucléaire un caractère indispensable au moins temporaire comme base pilotable des ENR ;  mais ils tordent en permanence la réalité pour arriver à la conclusion de la fin inéluctable du nucléaire, et proposent des mesures qui, sous un vernis de neutralité, conduisent à cette fin, et même l’accélère.

Un vernis de neutralité

L’article est signé Alain Grandjean, économiste, Farah Hariri, physicienne nucléaire. Or Alain Grandjean, associé-fondateur de Carbone 4, cabinet de conseil et d'études spécialisé dans la transition énergétique et l'adaptation au changement climatique est depuis longtemps l’un des piliers de la fondation Nicolas-Hulot, et depuis janvier 2019, il  en est même président. Le moins qu’on puisse dire est que cette fondation n’a pas une approche neutre sur la question du nucléaire civil. De son côté, Farah Hariri n’est pas que physicienne nucléaire (au CERN) ;  lors de la présidentielle , elle a conseillé (et conseille encore ?) le mouvement En Marche! sur sa stratégie énergétique,  missionnée par Joachim Son Forget, le référent du candidat Macron en Suisse (https://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/tete-chercheuse-macron-suisse/story/30443011)
Le choix de la présentation des auteurs, assez particulière – il est rare que Grandjean ne fasse pas mention de la Fondation Nicolas Hulot ou de Carbone 4 et vise clairement à donner à l’article une aura de pure neutralité scientifique en masquant les engagements idéologiques ou politiques de ses auteurs… Il est par exemple remarquable que Alain Gandjean et sa coauteur ne critiquent clairement aucune des décisions énergétiques politiques récentes, même parmi les plus contestables : arrêt d’Astrid, fermeture de Fessenheim, fermeture de 14 centrales prévues par la PPE…Et lorsque le sujet est évoqué, c’est d’une manière assez allusive !

L’ombre du militaire sur le nucléaire civil

« La question du nucléaire civile est en forte relation avec celle du nucléaire militaire : d’une part parce que les deux problèmes principaux du nucléaire (le risque de prolifération et le risque d’accident majeur2 ) sont fortement liés au choix du cycle du combustible »

« Il n’est donc pas facile de séparer, sans ambiguïté, le nucléaire civil des activités de fabrication d’armes »

« Les centrales nucléaires actuelles produisent également du plutonium qui peut servir à la fabrication d’armes. »

Que dans un exposé sur le futur du nucléaire civil en France et en Europe, on commence par rappeler brièvement  le lien historique en France entre le nucléaire militaire lié à la volonté d’indépendance et de puissance du Général de Gaulle, et le développement subséquent du nucléaire civil, pourquoi pas ? Mais insister ad nauseam sur un supposé lien perpétuel et universel entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire, c’est évidemment placer le nucléaire civil dans l’ombre supposée maléfique du nucléaire militaire, et, en quelque sorte, placer  chaque centrale dans l’ombre du champignon atomique d’Hiroshima. C’est la rhétorique classique des adversaires intransigeants du nucléaire, tels Sortir Du Nucléaire.

C’est ignorer tout de même le Traité de Non Prolifération entré en fonction en 1970, signé par 191 Etats (manque Inde, Israël, Pakistan, Soudan du Sud et la Corée du Nord, qui s’en est retirée) et le rôle très effectif de l’AIEA dans son contrôle et qui a permis le développement du nucléaire civil dans de nombreux pays sans pour autant que se produise la très redoutée, dans les années 60, prolifération du nucléaire militaire. Les cas problématiques se comptent sur une seule main, et encore pas entière.

Quant à l’affirmation sur le plutonium civil qui « peut » servir à la fabrication d’arme, le très influent et pointu Tristan Kamin demande : «   Quelle est la source ? Cette affirmation est fréquemment faite par des anti-nucléaire, mais jamais de preuve. »  Si Alain Grandjean a des preuves, qu’il en fasse part à l’AIEA, ça devrait beaucoup les intéresser ! Il n’est pas si facile que ça de passer du plutonium civil au plutonium militaire, et de le faire de manière dissimulée !

https://doseequivalentbanana.home.blog/2020/06/27/le-nucleaire-civil-et-militaire-deux-freres/

Le coût de Flamanville et plus généralement des EPR

« Pour conclure le coût du MWh de Flamanville 3 dans ces hypothèses est situé entre 154 et 163 euros. Rappelons qu’il s’agit de minorants. »

 « le LCOE de FLA3 s’élève, après la réévaluation du coût complet d’investissement faite par la Cour des comptes à environ 150 euros le MWh, HPC au moins à 110. Il est difficile d’imaginer que les 6 EPR français seront beaucoup moins coûteux »

Je reviendrais plus longuement sur le LCOE par la suite. Quant à la seconde partie de la phrase, c’est évidemment le contraire qui est le plus vraisemblable : il est difficile d’imaginer que les 6 EPR français ne soient pas nettement moins coûteux ! Flamanville était le premier prototype, lancé au surplus dans un climat de relations toxiques entre EDF et Areva, victime (et c’est l’une des principales conclusions de rapport Folz) de décisions politiques fluctuantes et contradictoires, conduisant à de très dommageables stop and go, victime aussi d’un pilotage de projet défaillant  et d’une perte de compétence de sous-traitants (mais que se serait-il passé si l’entreprise STX, l’un des plus grands constructeurs mondiaux de paquebots de croisière n’avait  pas construit de navires durant plus de dix ans?) Il est tout de même difficile d’imaginer que les retours d’expériences de Flamanville lui-même, des EPR chinois, de Hinkley Point ne seront pas utilisés et que la remobilisation des acteurs de la filière (et c’est pour cela qu’il importe de confirmer rapidement la commande de 6 EPR prévus par la PPE) ne produise pas des effets bénéfiques.

Dans son  étude «  Les coûts de production du nouveau nucléaire Français, mars 2018)  la SFEN prévoit des gains importants de 30 à 50% :

« Le coût du nucléaire de troisième génération repose sur deux facteurs : le coût d’investissement et le coût du financement. La SFEN estime que des gains importants sont possibles par rapport aux premiers chantiers : de l’ordre de 30 % sur le coût de construction, grâce à des effets de série et d’apprentissage, et jusqu’à 50 % sur les coûts financiers, notamment via la conception des contrats. »



Les prédictions pour Sizewell d’EDF sont encore plus optimistes.  Julia Pyke, directrice "Régulation économique et financements" du projet Sizewell C :

 « Si la construction de Sizewell C est financée sur le même modèle que les lignes de transport, c'est à dire dans les termes du Regulated Asset Base (RAB) dont bénéficie Scottish and Southern Electricity Network, alors Sizewell C coûterait au consommateur environ 40 €/MWh. » Explication :  « Le coût de l'argent dépend du niveau de risque qu'il est considéré honnête d'imposer aux investisseurs. Il s'agit de trouver un équilibre entre le maintien bas des coûts de construction et le coût d'ensemble de l'électricité pour les consommateurs. »

(EDF Energy, https://t.co/ZHHKIuJrWa?amp=1)

Une explication sur le LCOE (qui fonde les prédictions de coût de l’électricité des EPR)

Le pavé sur le calcul du LCOE qui occupe toute la p.12 constitue un cas typique d’intimidation mathématique. En étalant un certain nombre de sigmas et de rapports enchevêtrés, on exhibe les instruments mathématiques comme l’Inquisition exhibait ses instruments de torture, ce qui dans un cas comme dans l’autre aboutit généralement à abréger les débats pour arriver plus rapidement à la conclusion souhaitée.

Relevons tout d’abord que ces calculs ont été fait  pour une exploitation de 60 ans et non de 80 ans, ce qui diminuerait en proportion les coûts (mais il est vrai qu’il faudrait alors sans doute prendre en compte des réinvestissements peu prévisibles).

Mais surtout, plutôt que d’exhiber ainsi des équations, il conviendrait plutôt de rappeler les limites du calcul, sa significativité  et sa sensibilité extrême à certains paramètres, et la loi d’airain : bullshit in, bull shit out. Cela est fait succinctement d’ailleurs, mais en note. :

« Le coût du capital est un déterminant essentiel du coût du MWh et l’actualisation est faite en général avec un taux qui reflète ce coût. À titre d’exemple, le coût du MWh de HPC double quand le taux d’actualisation passe de 3 % à 10 %. Une nationalisation du nucléaire permettrait en théorie de le réduire. »

Or, pour comprendre les tenants, les aboutissants et la signification du LCOE, c’est bien évidemment cet avertissement qu’il aurait fallu placer en tête et en gras…et plutôt les formules mathématiques en note !.

Car il signifie que le coût du kilowattheure de l’EPR d’Hinkley Point, si savamment calculé par le LCOE, diminue de moitié quand le taux d’actualisation du capital passe de 3 % à 10 % !

Explication : Le coût d’un EPR est pour les deux tiers…le coût des intérêts financiers. Or, les 10% (ou 9% ?) d’actualisation de Hinkley Point sont un exemple extrême à ne pas reproduite, et qui ne sera pas reproduit,  lié au contexte britannique de refus de toute intervention de l’Etat, contexte qui en train de changer. Pour preuve, cette remarque de la structure d’audit britannique à propos de Hinkley Point :

« Dans son audit du projet HPC, le Bureau national de vérification (ONA) a conclu que jusqu'à six EPR auraient pu être construits pour les 11 cents / kWh du HPC, si l'État britannique avait financé le projet lui-même avec des obligations d'État bon marché. »

Donc, non, M. Grandjean, 1) les coûts ne peuvent pas être théoriquement réduits, ils peuvent être pratiquement beaucoup réduits, divisés par deux voir plus ; 2) Il n’est pas besoin pour cela de nationalisation (visiblement placé dans cette note comme un épouvantail synonyme de gabegie).
Les taux d’actualisation  peuvent être considérablement réduits, simplement avec un État « stratège »  qui prendrait  en charge une partie du risque en établissant des contrats de long terme (de type CFD) et structurerait  un programme nucléaire favorisant les baisses de coûts induites par un effet de série. 

Simplement et intelligemment.






Des affirmations péremptoires très contestables ou carrément fausses

Sur la partie technique des EPR, il  a été bien souligné par Tristan Kamin qu’au moins  deux affirmations péremptoires d’Alain Grandjean ne reflètent pas l’opinion des experts ou autorités compétentes :

« les EPR ne sont pas conçus de base pour « être moxés » »

Tristan Kamin : « Au contraire : ils sont d’après mes sources les premiers réacteurs conçus dès le départ pour être moxés, à un taux plus élevé que les autres (jusqu'à 100% de MOx sous certaines conditions)  https://senat.fr/rap/o97-612/o9


« Il est indispensable que les seuls déchets hautement radioactifs ne soient que les produits de fission »

Tristan Kamin : «  C'est l’ opinion d’Alain Grandjean, que l’on peut ne pas partager par exemple, au titre de la sûreté, l'IRSN. https://irsn.fr/dechets/cigeo/

« Un « brûleur » de déchets sera de toute façon nécessaire que l’on veuille rendre le cycle plus durable ou que l’on veuille sortir du nucléaire. »

Tristan Kamin : Ceci est toujours un mensonge, ou en tout cas une opinion et certainement pas un absolu.

En revanche curieusement, la filière d’Astrid/ surgénérateurs  n’est pas évoqué…(voir ci-après)

Même procédé à propos de considérations sur la politique énergétique, avec des affirmations péremptoires fausses ou très contestables :

« Nos voisins vont fermer d’ici 2050 toutes leurs centrales à charbon, qui contribuent à la base électrique européenne et vont les remplacer par des ENR variables »

C'est faux quand on regarde en Allemagne ou au Royaume-Uni. Les centrales à charbon sont essentiellement remplacées par du gaz, en gros par 20% d’éolien (facteur de charge)  et 80% de gaz.   Les ENRi sont ajoutées en plus : elles baissent le facteur de charge du pilotable, au prix en Angleterre d’une fragilisation du réseau qui a notamment conduit au black out géant de Londres et du sud de l’Angleterre du 9 août 2019. Ceci parce que l’Angleterre est complètement sortie du charbon pour la production électrique et n’a donc pas gardé assez de pilotables dans son mix électrique- d’où la décision d’une très grand programme nucléaire de 16.000 MW. L’Allemagne elle a gardé un important volant pilotable de charbon, dont elle ne prévoit de sortir qu’en 2038 et a même récemment construit et mis en service Datteln 4, un monstre de 1 100 MW.

« Au-delà, EDF souhaite maintenir cette part de  nucléaire de 50% jusqu’à 2050 »

Non ce n’est pas le souhait d’EDF, c’est ce qui lui est imposé par la PPE, qui a déjà abouti à la fermeture absurde de Fessenheim et qui lui impose de manière tout aussi absurde climatiquement, écologiquement et économiquement de fermer 14 centrales nucléaires.

« On peut également envisager d’autres technologies (les réacteurs à sels fondus en sont un exemple) »

Curieusement, Alain Grandjean, s’il se monte très circonspect et même assez négatif sur la technologie mature des EPR, manifeste un enthousiasme pour des technologies beaucoup plus exploratoires, telle celle des réacteurs à sels fondus (MSFR - Molten Salt Fast Reactor) dont il liste un certain nombre d’avantages supposés tirés d’une publication visiblement lue sans esprit critique, ce qui déclenche l’ironie de Tristan Kamin.

Tristan Kamin : « L'absence de risque de fusion est liée à l'état déjà liquide du cœur… donc le risque est "simplement" celui d'une fuite et plus d'une fusion….
D'autres filières de Gen IV permettent de fermer le cycle, ça n'est pas exclusif aux sels fondus….
 Le MSR n'est ni simple ni intrinsèquement sûr, sinon on en aurait partout depuis longtemps, c'est évident.
La modularité n'a rien de propre aux sels fondus…
On peut penser que même les très grands partisans de cette filière admettront qu'elle est ici défendue avec de très mauvais arguments. »

Curieusement, ces réacteurs à sels fondus sont aussi promus pace que « il est envisageable d’utiliser les très grands stocks d’uranium appauvri actuellement disponibles dans le monde et s’élevant à plus de 2 millions de tonnes. Il ne serait donc pas nécessaire d’extraire des minerais pendant au moins plusieurs centaines d’années »

C’était aussi exactement ce que permettait le programme Astrid de surgénérateurs récemment abandonné, utiliser les 7000 tonnes d’uranium appauvri que le parc français produit chaque année et les plusieurs centaines de milliers de tonnes stockés,  fournissant une énergie abondante pour plusieurs milliers d’années (7000 ans ?). Une technologie qui fonctionne en Russie (BN800 à BN-800 à Beloïarsk), avec des démonstrateurs avancés en Chine (CEFR), et en Inde. Mais Alain Grandjean toujours très minimaliste dans ses critiques de la politique gouvernementale française , n’a pas un mot sur Astrid.

La mortelle stratégie de la procrastination

« Lancer de 2 à 6 EPR (une analyse approfondie du délai restant pour leur déploiement et du coût à long terme de l’aval de la filière est nécessaire) »

« Au plan de l’approvisionnement énergétique, la décision de lancer un nouvel EPR n’a pas à être prise avant 2025 

« Le renouvellement des compétences sera assuré d’autant que le travail ne manque pas avec : le grand carénage, le démantèlement et la préparation des extensions de stockage (agrandir et repenser nos usines de retraitement de la Hague, construire des piscines, poursuivre Cigéo, et éventuellement accélérer le développement d’un projet industriel de brûleur de déchets par transmutation »

Nous sommes là totalement dans la stratégie de l’étrangleur ottoman…pas d’attaque frontale contre l’EPR, pas vraiment d’arguments, juste la suggestion d’attendre encore et encore (peut-être la prochaine élection présidentielle…et puis celle d’après ?). C’est cette stratégie, cette absence de décision qui a failli tuer Flamanville, et à vrai dire, toute la filière nucléaire française dont les compétences disparaissaient progressivement faute de chantier. Et si l’Angleterre, qui fut l’une des pionnières du nucléaire civil se trouve réduite aujourd’hui à faire appel aux Français et aux Chinois pour construire son nouveau nucléaire, c’est bien parce qu’aucun nouveau chantier n’a été commencé depuis 30 ans ( première centrale Dungeness B1, commencée en 1965, raccordée en 1983 ; dernière Torness 2, commenéce en 1980, raccordée en 1989 – je ne tiens pas compte de Calder Hall (1953, mise en service 1957 et de la génération des réacteurs Magnox de 50 à 500 MW)

Stratégie de l’étrangleur ? Oui, parce que l’absence de prise de décision, la procrastination, l’appel à retarder la décision sous des motifs prétendument techniques est en fait beaucoup plus difficile à critiquer, à mettre en cause, à débattre qu’une décision négative. On se trouve à se battre contre un nuage cotonneux inconsistant.

L’argumentation d’Alain Grandjean pour retarder  la prise de décision sur les EPR est d’ailleurs tout à fait contestable et même fausse. Les compétences pour construire des centrales nucléaires ne sont pas celles des autres travaux cités, elles supposent un tissu dense de professionnels variés et aguerris, notamment dans le génie civil, la métallurgie, chaudronnerie, soudure etc. C’est ce qui fait que la Chine, avec son programme nucléaire important et ses réseaux de sous-traitants a été capable de construire des EPR plus rapidement que la France où l’ensemble des compétences nécessaires à la construction et le savoir faire pour  les coordonner  commençaient à disparaitre, faute de chantiers récents.

Le SFEN (Revue Générale du Nucléaire) lançait déjà  en 2018, (deux ans déjà perdus !) une alerte qui pèse d’un autre poids que les considérations très politiques d’Alain Gandjean (http://www.sfen.org/rgn/faut-construire-epr-france, 21/03/2018) :

« Il revient à l’Etat, garant des intérêts stratégiques du pays, de préserver un socle d’approvisionnement électrique décarboné, flexible, compétitif et prévisible à l’horizon 2050.

Cette réflexion doit être menée sans délai avant 2020 pour tenir l’objectif de mise en service d’une première paire de réacteurs à l’horizon 2030. Cette première paire s’inscrirait dans un programme industriel d’une série d’EPR, que le retour d’expérience conduit à dimensionner à trois paires de réacteurs a minima.

Une telle approche programmatique donnerait à l’ensemble de la chaîne industrielle, des grands acteurs aux PME, la visibilité et le cadencement nécessaires pour investir dans les chaînes de fabrication et les compétences et pour bénéficier des effets de série dès les premières réalisations. Ce programme industriel permettra à la France de maintenir dans les meilleures conditions l’option nucléaire pour piloter la décarbonation de son économie et le renouvellement de son mix électrique à l’horizon 2050.
Sans cela, la France perdra la maîtrise d’éléments stratégiques des réacteurs, dont l’approvisionnement à l’étranger (Chine ou Russie) représenterait un enjeu économique et géopolitique majeur et une perte, sans doute définitive, de souveraineté technologique et énergétique. »

L’ avertissement était clair, et il doit être entendu. La stratégie de procrastination d’Alain Grandjean mène tout simplement à l’accélération de la disparition du nucléaire.

A cela il faut ajouter un certain nombre de conséquences induites très délétères. Un exemple particulièrement illustratif est celui de l’usine d’aluminium de Dunkerque alimentée par la centrale de Gravelines à des conditions préférentielles.  Si un ou deux réacteurs de cette centrale sont arrêtés, et si la France renonce à un projet d’une paire d’EPR sur ce site d’ici 2050, c’est la dernière usine d’aluminium en Europe qui disparait et la dépendance extérieure de la France et de l’Europe pour ce métal critique deviendrait totale…

En résumé, le texte d’Alain Grandjean est un tissu inextricable de faits vrais, de quelques erreurs, et d’opinions qui ne s’appuient pas sur les faits ou alors sur une présentation tendancieuse, et qui ne font pas l’unanimité chez les experts. La manière dont le calcul sur la LCOE de l’EPR est présentée pourrait être qualifié de manipulatoire, ainsi qu’un certain nombre de procédés ( la présentation neutre des auteurs, les larges digressions sur le nucléaire militaire). Lorsque des conclusions favorables au moins à certains types de nucléaire sont avancée, elles ne reflètent pas l’opinion de la majorité des experts (intérêt des réacteurs à sels fondus et fermeture du cycle) ; par contre les décisions les plus évidentes et les plus reconnues par le monde du nucléaire (reprise d’Astrid, construction des EPR,) ne sont pas mentionnées ou sont critiquées, au mépris des avertissements alarmés des experts.

Encore une fois, et c’est une des leçons de Flamanville, l’appel à retarder des décisions critiques, omniprésent dans la conclusion de l’article, est un des moyens  les plus efficaces de tuer un projet, beaucoup plus difficile à contrer que l’opposition franche. Tout se passe comme si Alain Grandjean était convaincu qu’il faut programmer une mort progressive du nucléaire, qui deviendrait inutile dans un système 100% ENR et un monde en forte décroissance énergétique (certains scénarios du Shift Project, pour ne pas parler de Negawatt, font quand même froid dans le dos, sans parler de leur acceptabilité sociale très douteuse !) ; mais ce choix plus idéologique que technique n’est jamais explicité, jamais argumenté et par conséquent jamais critiqué ; cependant qu’un ton de fausse neutralité technique et une argumentation particulièrement  manipulatoire et pernicieuse amènent à cette conclusion et que les propositions présentées favorisent et accélèrent cette évolution. Evolution dont  nous pensons qu’elle n’est pas souhaitable et présente de très grands risques d’effondrement de nos sociétés et de nos civilisations, en amplifiant les défis du dérèglement climatique au lieu de de les mitiger. 


mercredi 6 novembre 2019

EPR : un rapport Folz très positif ! (Contrepoint !)

Fake news, Fake presse, Fake partout, vérité nulle part …ou presque

Vu les titres de Presse sur le rapport Folz sur l’EPR, il m’a semblé utile de prendre un certain contrepoint, clin d’œil à une revue très utile

Une perte de compétences généralisée » : le rapport Folz dresse un bilan sévère de l’« échec » de l’EPR de Flamanville (Le Monde)
Nucléaire : le diagnostic sans concession de l'« échec » de la filière EPR d'EDF ( Les Echos)
Rapport Folz sur l'EPR de Flamanville : accabler EDF pour mieux le restructurer ?
Le rapport Folz sur l’EPR de Flamanville décrit une cascade consternante, durant plus de vingt ans, de mauvaises décisions de la part d’EDF (Ouest France)
Le rapport qui accable la filière nucléaire française (Le Figaro)

Bon, les pire, c’est la presse nationale. Non, Le Monde et Les Echos, le rapport Folz ne fait pas que dresser un bilan sévère de l’échec de l’EPR, mais indique aussi les leçons qui en ont été tirées et est plutôt positif pour l’avenir, et il eut été bon de le refléter dans le titre ; non, Le Figaro, le rapport Folz n’accable pas qu’EDF et la filière nucléaire française, mais aussi et surtout un certain nombre de décisions politiques aberrantes. Le rapport Folz met au moins en cause autant la politique des différents gouvernement et ministres de l’énergie ( qui n’existent pas, d’ailleurs, et c’est peut-être le problème, donc des ministres responsables de l’énergie) qu’EDF lui-même.

A se demander si cette presse n’est pas de moins en moins nationale, et de plus en plus aux mains des lobbies libéraux qui se font un pognon de dingue avec les éoliennes ( mais peu avec le nucléaire, destiné à rester fortement public et service public).

Allez, quand même, une vraie mention d’honneur à BFM  pour EPR: le nucléaire, un investissement durable https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/epr-le-nucleaire-un-investissement-durable-01-11_VN-201911010206.html

Le rapport Folz –extraits et commentaires

 https://www.sfen.org/rgn/rapport-folz-tirer-lecons-epr-flamanville; https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/271429.pdf;

 « C’est en définitive au début de 1992 que les programmes convergent sur un projet commun ,l’EPR (European Pressurized Reactor) , dont le Conceptual Design est une synthèse des choix technologiques du N4 français et du Konvoi allemand et qui répond à des objectifs ambitieux de sûreté et de rentabilité grâce à une disponibilité et une puissance accrues… Mais en 1997 et 1998 interviennent des changements de majorités politiques amenant au pouvoir des gouvernements l’un très réticent au développement de l’énergie nucléaire en France , l’autre résolument hostile à celle-ci en Allemagne . Dans ce nouveau contexte l’étape d’entrée dans une phase de réalisation n’est pas franchie mais des études complémentaires dites d’optimisation sont engagées pour réduire le coût du projet ; une nouvelle version du Basic Design est ainsi remise en 1999 à l’autorité de sûreté française, l’autorité allemande s’étant entre-temps retirée compte tenu des choix politiques intervenus. »

Commentaire : dès le berceau, l’EPR a été victime de la démagogie de Mme Merkel qui a sacrifié le nucléaire allemand et la lutte contre le dérèglement climatique à une alliance électoraliste avec les Verts et de la lâcheté et des tergiversations des gouvernants français – la technique de l’étrangleur ottoman : reporter sous n’importe quel prétexte les décisions afin que, à force de non- décision, les capacités nucléaires de la France disparaissent. Ca a failli réussir….

« Une kyrielle d’événements négatifs »… « Les prévisions d’octobre 2019 correspondent ainsi à un considérable recul de la date de mise en service industrielle , passée de quatre ans et demi à plus de quinze ans après le 1er béton et à plus d’un triplement en Euros courants du coût de l’EPR de Flamanville . » «décembre 2007, mai 2008 : fissuration du béton du radier due à une mauvaise définition des hauteurs de bétonnage , puis absence - constatée tardivement par les contrôles - d’épingles de liaisonnement dans le ferraillage, 2008 , 2009 : critères initiaux de planéité du radier et du liner (peau métallique intérieure) non satisfaits (spécifications initiales techniquement non atteignables) puis difficultés de soudage des tuyauteries traversant le liner… janvier 2011: accident mortel entraînant un arrêt de 2 mois ; les nouvelles règles instaurées pour la gestion des co-activités sur le chantier…- 2012 : difficultés de qualification des soupapes du pressuriseur ; ces soupapes fabriquées par un fournisseur allemand et issues de la technologie du réacteur Konvoi s’avèrent très difficiles à qualifier aux conditions normales et accidentelles selon les règles françaises…2014 : constat de ségrégation carbone excessives dans les fonds bombés de la cuve du réacteur,  2015 : découverte à la suite d’inspections de nombreux manquements dans la fabrication et le contrôle de qualité de pièces forgées au Creusot ; - début 2017 : annonce de la non-atteinte des exigences de haute qualité attendue sur dessoudures réalisées entre 2013 et 2016 sur des tuyaux du circuit secondaire principal.

Commentaire :bon, tout ça, tout le monde en a abondamment parlé. Les responsabilités sont partagées, certaines exigences des autorités de sureté ont été augmentées après Fukushima ; très bien, mais ça facilite pas les choses. Quand même un beau plantage d’EDF et d’Areva ! Car la stratégie des étrangleurs ottomans du nucléaire français a bien fonctionné : Que se serait-il passé si l’entreprise STX, l’un des plus grands constructeurs mondiaux de paquebots de croisière ne construisait pas de nouveaux navires durant plus de dix ans? Elle  perdait ses capacités d’architecte industriel !Comme l’ont perdu les Anglais qui sont maintenant dépendant d’EDF et des Chinois pour leur nouveau nucléaire…

« Un projet exceptionnel par sa taille et sa complexité » : « Si elles ont été à l’évidence méconnues au moment du lancement , la taille et la complexité de l’EPR n’en constituent pas moins un défi considérable . Il faut rappeler que les concepteurs de l’EPR avaient pour objectifs d’améliorer sensiblement les performances des derniers réacteurs français (N4) et allemands (Konvoi) , tant en termes de sûreté , avec la division par 10 de la probabilité d’un accident majeur , la rétention du corium dans l’enceinte de confinement en cas de fusion du réacteur , la résistance au choc d’avion ,… qu’en termes de rentabilité avec l’augmentation de la puissance et de la maintenabilité du réacteur , la durée de vie prévue à 60 ans . Pour atteindre ces objectifs de nombreuses évolutions sont décidées ; citons par exemple le confinement de la chaudière nucléaire réalisé par une double enceinte , la première en béton précontraint doublée d’une peau métallique (ce « liner » n’existe pas dans le N4) , la seconde en béton armé très largement renforcé par rapport aux réalisations précédentes ; le dispositif « core catcher » de récupération du corium est une complète nouveauté ; les systèmes de sûreté sont doublés avec 4 trains indépendants au lieu de 2 ; le dispositif « two rooms » qui doit permettre certaines interventions de maintenance avec réacteur en marche… » « Quelques chiffres suffisent à illustrer la taille et la complexité de l’EPR : 400 000 tonnes de béton (1,8 fois plus que pour le N4), 47 000 tonnes d’armatures, un radier de 4 mètres d’épaisseur, des taux de ferraillage dépassant 500 kg/m³ dans certaines zones , plus de 1000 salles dans l’ensemble des bâtiments, 150 km de tuyauteries pour le seul îlot nucléaire, environ 15 000 vannes, 4000 km de câbles , 8000 capteurs d’instrumentation , 300 armoires de contrôle-commande... »

Commentaire : Eh puis, l’EPR est un réacteur unique par ses caractéristiques de sécurité, de puissance, d’intensité énergétique. L’EPR a une puissance inégalée de 1 750 MW (900MW pour les réacteurs de Fessenheim ; 3 MW pour une éolienne, mais avec un facteur de charge de 20% contre 80% pour le nuc ;  donc un EPR, un seul EPR, mesdames et mrs, à la louche c’est 2400 éoliennes, soit à peu près, avec un espacement minimal irréaliste, une double rangée d’éoliennes tout le long de la côte méditerranéenne. L’EPR permet un gain de l’ordre de 20 % sur la consommation d’uranium naturel par kWh électrique produit. C’est la conséquence de l’effet gros cœur et de la présence d’un réflecteur lourd  en acier. Pour plus de détail, cf.

« Une gouvernance de projet inappropriée » : « Ce n’est qu’en 2015 qu’un véritable directeur de projet à temps plein est désigné et placé hiérarchiquement en N-2 par rapport au président directeur général , alors que certains de ses prédécesseurs étaient en N-3 , voire N-4 »… « Des équipes de projet à la peine » : « La gestion des délais est une bonne illustration des difficultés d’équipes mal outillées pour maîtriser la cascade – en effet exceptionnelle – de difficultés imprévues qui ont émaillé la construction de l’EPR. Sans doute soumis à une forte pression hiérarchique et médiatique, les responsables du projet ont longtemps été dans le déni puis n’ont pu que repousser au rythme des mauvaises nouvelles la date espérée de mise en service tout en s’efforçant toujours de minimiser le retard annoncé. Pour ce faire , et pour avancer coûte que coûte , la direction du projet a été progressivement conduite à ne plus gérer que par un planning en permanente modification , entreprenant montages et essais locaux au fur et à mesure qu’apparaissait une opportunité, au risque d’affecter la cohérence et la bonne organisation du chantier »

Commentaire : C’est poliment dit, mais clairement. Un projet sans arrêt menacé,  pas d’engagement ferme du politique, par ignorance, lâcheté ou démagogie, un refus d’assumer clairement un renouvellement nucléaire pourtant indispensable à la lutte contre le dérèglement climatique, des décisions sans cesse retardées, des investissement menacés, la pression médiatique intense des adversaires idéologiques et rétrogrades du nucléaire grassement subventionnés, voilà une belle recette pour un beau loupé.

« Des relations insatisfaisantes avec les entreprises Un projet de l’ampleur et de la complexité de l’EPR de Flamanville aurait nécessité une collaboration confiante , encadrée bien entendu par des contrats solides , entre le maître d’oeuvre et les entreprises appelées à fournir des matériels ou des équipements et à intervenir sur le chantier ; cela n’a pas été le cas général . Afin de s’affranchir des sujétions du suivi direct d’un trop grand nombre d’intervenants (plus de 500 pour les centrales du palier N4) le nombre de contrats passés par EDF a été volontairement limité à environ 150 ; dans ce but l’allotissement a donné une place importante à quelques grands intervenants, les huit principaux contrats représentant plus de 70 % du total. Ces grands intervenants se sont vus confier des lots importants impliquant de nombreuses sous-traitances, avec les charges et les responsabilités correspondantes de maîtrise d’œuvre déléguée.

Commentaire : ben, cette cascade de sous-traitance, entre des sociétés qui se connaissent mal et n’ont plus l’habitude de travailler ensemble, c’est ce qui se passe quand on a le nucléaire honteux et qu’on fait trainer par lâcheté, démagogie et incompétence les décisions nécessaires.

« Une mention particulière doit être faite des relations difficiles avec la société Areva NP, redevenue Framatome début 2018 lorsqu’EDF en prend le contrôle à 75 % au terme d’un processus engagé en 2015. Areva NP s’est longtemps positionnée comme un rival d’EDF sur les marchés internationaux, avec les dissensions que cela entraînait entre leurs dirigeants, tout en étant simultanément son partenaire principal pour le développement de l’EPR . Alors qu’Areva NP , chargée de la totalité des études et de l’ingénierie de la chaudière nucléaire, était étroitement associée à EDF dans le cadre de la filiale commune Sofinel pour la conception de tout le reste de l’îlot nucléaire , la collaboration entre les deux entreprises n’a clairement pas été assez étroite ainsi qu’en témoigne par exemple le faible retour d’expérience du chantier d’Olkiluoto au profit de celui de Flamanville , pourtant démarré plus de deux ans plus tard .

Commentaire : Eh oui, c’était l’époque où EDF et Areva se tiraient la bourre pour construire un réacteur aux Emirats Arabes Unis,..Areva partant seul sans avoir mais construit un réacteur, et appelant EDF au secours au dernier moment, avant de perdre le marché. Et voilà encore une responsabilité purement politique, un délire complet des dogmes ultra-libéraux de la concurrence amplifié par l’ego particulier et les relations politiques de certains dirigeants-es.

Les EPR de Taishan « Avant de conclure ce rapport sur les difficultés rencontrées à Flamanville , il n’est pas inutile de se pencher sur les meilleures performance du chantier de Taishan . Les deux EPR qui sont aujourd’hui en fonctionnement industriel normal - le premier depuis près d’un an - ont été construits en 110 et 113 mois , soit un dépassement de 5 ans du délai initialement annoncé , pour un coût d’environ 95 milliards de RMB , soit 60 % de plus que le budget prévu. Plusieurs explications peuvent être avancées à cette performance relative .
En premier lieu, il convient de constater que la construction des EPR de Taishan a démarré (1er béton) en octobre 2009 , soit 4 ans après Olkiluoto et près de deux ans après Flamanville , et a donc pu bénéficier pendant plusieurs années de l’avancement des études et du retour d’expérience des chantiers finlandais et français , ce qui a sans doute permis d’éviter quelques-uns des lourds incidents qui ont émaillé les premières phases de ces derniers . A l’inverse, l’avance prise ensuite par Taishan a permis au chantier de Flamanville de profiter des expériences chinoises , notamment des enseignements tirés des phases d’essais.

La construction simultanée de deux tranches sur le même site a d’autre part été un véritable atout , confirmant ainsi les acquis de l’expérience d’EDF. En sus des économies apportées par l’utilisation des mêmes moyens de chantier et des avantages du retour continu d’expérience pour la deuxième tranche , celle-ci sert en quelque sorte de magasin de pièces de rechange pour faire face sans délai aux aléas inévitablement rencontrés dans la période des montages électro-mécaniques de la première tranche et rattrape ensuite son retard en tirant pleinement profit des enseignements des essais conduits sur sa voisine » .

Conclusion : « La construction de l’EPR de Flamanville aura accumulé tant de surcoûts et de délais qu’elle ne peut être considérée que comme un échec pour EDF ; mais les principales raisons de cet échec sont bien identifiables et permettent de formuler quelques recommandations .

En tout premier lieu , il faut constater que la mise en service industrielle et le bon fonctionnement des réacteurs de Taishan ont apporté la preuve de la pertinence du concept et du design de l’EPR , qu’il faut certainement éviter de remettre substantiellement en cause. Cela n’interdit bien entendu pas des améliorations permettant d’en améliorer la constructibilité et d’en réduire le coût, mais des modifications trop importantes ne pourraient qu’aboutir à la perte de l’expérience si chèrement acquise et le retour aux affres d’une tête de série.
Les déboires récents du chantier de Flamanville , qui ne sont certainement pas tous imputables à l’équipe de direction de projet actuellement en place , ne sauraient dissimuler les progrès observés au cours des récentes années et doivent conforter, et amplifier, les derniers choix d’organisation faits par EDF : la mise en place d’une équipe de projet puissante , disposant de moyens propres importants et d’effectifs pérennes, clairement indépendante des entités d’études et d’ingénierie auxquelles elle fait appel à son initiative , recourant aux techniques les plus modernes de gestion de projet et relevant d’une supervision hiérarchique de haut niveau , est indispensable à la réussite d’opérations aussi complexes que la construction d’un EPR .

L’entrée de Framatome dans le groupe EDF doit permettre, après la création de la filiale commune Edvance, de rationaliser et de simplifier plus avant l’organisation des ressources scientifiques et techniques dans les projets nucléaires. Par ailleurs, aux côtés des importantes compétences de conception, d’étude et d’ingénierie ainsi réunies , il faut aussi veiller à disposer de bureaux d’études techniques efficaces capables d’émettre des spécifications réalistes et pertinentes .
La litanie des défauts affectant des composants de la chaudière nucléaire – pratiquement aucun n’en aura été exempté - montre la nécessité d’une profonde remise à niveau des capacités industrielles et des ressources humaines dans les établissements industriels de Framatome ; celle-ci a été engagée, elle doit être menée activement à son terme. Une attention particulière doit être apportée aux métiers du soudage : des efforts considérables de formation initiale et d’entretien des compétences devront être entrepris pour que se reconstitue une réserve de professionnels qualifiés dans cette discipline très exigeante ; si plusieurs branches industrielles sont concernées, EDF a manifestement un rôle d’entraînement à jouer .

Sur un plan plus général , les innombrables vicissitudes qui ont perturbé le déroulement de la construction de l’EPR de Flamanville ont bien montré que la multiplication, pourtant avérée, des contrôles à tous les niveaux ne suffisait pas à garantir la qualité des réalisations . C’est pourtant bien cette exigence de qualité à toutes les étapes du processus , depuis les études de conception jusqu’aux spécifications techniques de détail , depuis les opérations lourdes de fabrication jusqu’au dernier geste du soudeur , qui fera le succès des chantiers futurs .

Le développement ou le renouveau d’une culture de qualité , vécue tant comme une obligation collective qu’une ambition individuelle , est aujourd’hui une nécessité absolue pour toutes les entreprises concernées et EDF se doit d’en montrer l’ exemple .
Enfin force est de constater que c’est une bonne part du tissu industriel de la « filière nucléaire » qui a montré de réelles insuffisances au cours de la construction de l’EPR de Flamanville, et un effort de reconstitution et de maintien de ses compétences doit être engagé ; celui-ci doit faire l’objet d’une véritable politique industrielle que seul peut conduire le groupe EDF.

Il s’agit concrètement d’afficher des programmes stables à long terme de construction de nouveaux réacteurs en France et d’entretien du parc existant qui donnent aux entreprises concernées la visibilité et la confiance nécessaires pour qu’elles engagent les efforts d’investissement et de recrutement indispensables ."

Commentaire : Eh bien voilà, 8, 10, 12 EPR, on y va ! Mais pourquoi la presse s’est-elle beaucoup plus étalée sur la litanie des problèmes passés que sur les conclusions optimistes, favorables et étayées du rapport Foltz.

Parce que l’alliance du nuclear bashing des verts rétrogrades et des intérêts louches des margoulins de l‘éolien et leurs complices gaziers ?

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