Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est vaccin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vaccin. Afficher tous les articles

vendredi 14 juillet 2017

Trois jugements en matière de santé

Vaccin contre l'hépatite B et sclérose en plaques : une étrange décision :
Un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne a reconnu un lien de causalité entre le vaccin contre l'hépatite B et la survenue d'une sclérose en plaques en dépit de toute justification scientifique.
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) en date du 21 juin 2017 rend le laboratoire Sanofi-Pasteur responsable de la sclérose en plaques contractée par M. W peu de temps après avoir reçu le vaccin contre l'hépatite B. Pour mémoire, M. W a reçu entre 1998 et le milieu de l'année 1999 le VHB produit par Sanofi-Pasteur. Deux mois plus tard, il présente de premiers troubles qui conduisent à un diagnostic de sclérose en plaques (SEP) en novembre 2000. Dès 2006, lui et sa famille engagent une action en justice contre le laboratoire pour obtenir réparation du préjudice attribué au vaccin. 10 ans plus tard donc, la CJUE inverse les jugements précédents et conclue : "En l'absence de consensus scientifique, le défaut d'un vaccin et le lien de causalité entre celui-ci et une maladie peuvent être prouvés par un faisceau d'indices graves, précis et concordants." . Or, il n’existe rien de tel, bien au contraire !

Depuis l'apparition des premières plaintes au milieu des années 1990, de nombreuses études ont été conduites et aucune n'a pu établir un quelconque lien entre vaccination et survenue ou aggravation de la sclérose en plaque- à chaque fois, celles-ci ,’étaient pas plus nimbreuse dans le groupe vacciné que dans le groupe témoin.. Jusqu'à présent donc, ce n'est pas la preuve du lien qui fait défaut, mais la possibilité même qu'un tel lien existe. À ce jour, environ 1,5 milliard de doses de vaccin anti-VHB ont été administrées dans le monde selon le groupe Vaccination et Prévention de la Société française de pathologie infectieuse (SPILF). Ce qui donne un recul conséquent sur les effets indésirables de cette vaccination ; et toutes les études ont montré qu’il n’ y a aucune différence dans l’apparition de scléroses en plaque entre vaccinée et non vaccinés.

De telle décision sont extrêmement dangereuses car elles mettent en cause la protection générale de la population contre des maladies graves. Il ne faudra pas s’étonner si les firmes pharmaceutiques ralentissent leurs efforts dans le domaine des vaccins et si ceux –ci viennent à manquer.

Pour commencer, on pourrait peut-être priver de vaccins les membres de la CJE ? Une solution que semble promouvoir la nouvelle ministre de la santé consiste à rendre ce vaccin obligatoire. Alors, c’est un fond de l’Etat qui aurait à prendre en charge d’éventuels problèmes dus à la vaccination et les preuves à apporter seraient beaucoup plus rigoureuses…

Donc, pour éviter des décisions imbéciles, on rendrait obligatoire un vaccin pour lequel pour l’instant chacun est libre de décider… Quand l’imbécillité juridique fonctionne à plein.
  
2)      Amiante : arrêt des procédures pénales

Le parquet de Paris vient de requérir l’arrêt de l’instruction dans plusieurs enquêtes pénales ouvertes notamment contre des entreprises dont les salariés ont développé des pathologies après avoir été exposés à l’amiante. Considérant qu’il est impossible de déterminer avec certitude la date à laquelle ces personnes ont été intoxiquées par l’amiante, le ministère public recommande de « mettre fin à la présente information judiciaire ». Cette analyse s’aligne sur celle défendue par les magistrats instructeurs, chargés de tous ces dossiers.

C’est peut-être la fin  d’un marathon judiciaire tragique de 20 ans.  Le scandale de l’amiante a éclaté, sur le plan pénal, à la suite d’une plainte pour homicides involontaires et blessures involontaires déposée en 1996 par d’anciens salariés d’Eternit, plainte à laquelle était partie prenante l’Andeva, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante. Au fil des années, d’autres actions similaires ont été engagées contre plusieurs sociétés ainsi que des institutions publiques : Everite, la Normed, Sollac, la direction des chantiers navals… Soit, au total, une vingtaine d’enquêtes interminables, dont par exemple, la mise en examen, finalement annulée, de plusieurs anciens hauts fonctionnaires, dont Martine Aubry, en sa qualité d’ex-directrice des relations du travail.
Les associations de victimes se sont indignées et ont argué du fait que compte-tenu des conditions de travail, l’intoxication remontait à la date de premier contact avec l’amiante. D’accord, mais pour un procès pénal, il faut prouver, à maintenant plus de trente ans de distance, une faute qualifiable pénalement ; qui connaissait quoi, quand, à quel moment et par qui les lois ou réglementations ont été volontairement ignorées ; et au niveau ministériel, si l’on vouait remonter jusque-là, qui a décidé quoi et avec quelles informations.

Il ne faut donc pas s’étonner du résultat, qui ne pouvait être que celui-là et ceux qui ont entrainé des victimes ou familles de victime dans ce fiasco douloureux devraient sérieusement se remettre en cause ; il est vrai que certains magistrats ou avocats y ont gagné une très douteuse notoriété dont Bertella-Geoffroy, exfiltrée en urgence du pôle santé.

Heureusement, les victimes ont été indemnisées, pour autant que cela soit possible, au civil. Mais il y a maintenant dans nos sociétés une généralisation toxique de ce que Philippe Murray appelait «  l’envie de pénal ». Ce qui est compréhensible de la part des victimes l’est moins de leurs conseils et des magistrats qui les encouragent dans cette voie au lieu de les mettre en garde.
On observe actuellement une remise en cause généralisée  (en droit pénal, pas civil) beaucoup de domaines des règles de prescription, par la loi ou par des détournements juridiques sophistiqués. Je le regrette : la prescription est du côté de la civilisation, la vengeance éternelle du côté de la barbarie ou du malheur. A ceux qui ne seraient pas convaincus, les derniers développements de l’affaire Grégory… 

3) Condamnation de Michel Aubier : un jugement (pas encore) historique 

Entendu le 16 avril 2015 par la commission d’enquête sénatoriale sur le coût économique et financier de la pollution de l’air, en tant que représentant de l’Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP), le pneumologue Michel Aubier avait prêté serment en promettant de dire «toute la vérité». Puis déclaré n’avoir «aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques». Sauf qu’il était en fait employé par le pétrolier Total depuis 1997 comme médecin-conseil des dirigeants du groupe, en plus d’être membre du conseil d’administration de la Fondation Total.

Le mandarin (ancien chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot et chercheur à l’Inserm, entre moult autres casquettes), qui a minimisé pendant des années dans les médias les effets du diesel et de la pollution atmosphérique sur la santé, a touché en moyenne autour de 100 000 euros par an de Total. Soit environ la moitié de ses revenus annuels. Le tout pour «neuf demi-journées par mois», comme l’indique son contrat de travail.

Dans un jugement « historique et symboliquement fort », pour la première fois en France, la justice a condamné mercredi une personne pour «faux témoignage» devant la représentation nationale. Pour avoir menti devant une commission d’enquête du Sénat, Michel Aubier a été condamné à six mois de prison avec sursis et à 50 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris. La sanction est plus lourde que celle requise par le parquet – qui avait seulement demandé une amende de 30 000 euros, au terme d’une audience de sept heures, le 14 juin – mais moindre que la peine maximale encourue pour ce délit de «faux témoignage» (cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende)

Je suis scientifique, je suis attaché à l’autorité que donne la science et la compétence, je juge extrêmement important pour la démocratie le rôle de l’expertise scientifique  (une partie du pouvoir spirituel qui règle nos sociétés, selon Comte). Je suis aussi de ceux qui n’ont cessé de dire combien, en de très nombreux domaines, il est quasiment impossible d’avoir des experts compétents qui n’aient pas de contact avec des intérêts industriels – et c’est heureux, voudraient-on que les industriels soient incompétents ? ; que par conséquent, aucun expert ne doit être récusé sur cette base, à condition d’une transparence totale sur ses liens d’intérêts.

Eh bien, parce que c’est cela que M. Aubier remet en cause,  et que c’est extrêmement grave et qu’il sape ainsi la confiance dans l’autorité, sans laquelle aucune société n’est possible, parce que simplement,  matériellement, la sanction est sans aucun rapport avec ce que lui ont rapporté ces liens d’intérêts qu’il a dissimulé devant la Représentation Nationale, parce qu’il n’a émis aucun regret ou excuses, je dois dire que, même s’il constitue une première, j’ai du mal à trouver ce jugement historique ou pour tout dire à la hauteur.

Il semble que M. Aubier ait eu l’indécence de faire appel ; je ne peux que souhaiter que la sanction soit considérablement alourdie si appel il y a .


 Trois jugements de justice en matière de santé, trois jugements insatisfaisant ou scandaleux faute d’une doctrine sociale commune ne ce domaine. Ca ne peut plus durer longtemps ainsi. 

samedi 23 avril 2016

Cash investigation et l’industrie pharmaceutique

Cash investigation m’énerve souvent, avec son ton Michael Moore, mais sans l’humour, juste le ton inquisitorial, l’agressivité et parfois la mauvaise fois, la volonté de dénoncer un immense scandale à chaque reportage, même lorsqu’il n’existe pas (il faut rentabiliser les moyens de la chaine ? même dans le service public ?) mais aussi, il faut le reconnaître, de véritables enquêtes permettant de confronter des interlocuteurs à leurs mensonges ou de démonter leur discours fallacieux. L’émission du 9 février dans sa partie consacrée à l’industrie pharmaceutique, était assez exemplaire de ce point de vue, avec deux dossiers. L’un consacré au Sofosbuvir de Gilead et à son prix, était  traité de manière caricaturale, l’autre à GSK et à sa politique sur les vaccins pédiatriques dénonçait, en effet, un véritable scandale.

Gilead et le Sofosbuvir

Le Sofosbuvir  est un véritable miracle thérapeutique dont tout le monde devrait se réjouir, l’antiviral qui permet de guérir l’hépatite C, le premier médicament avec une telle efficacité. L’enquête de Cash investigation s’est focalisée sur le prix du Sofosbuvir (Sovaldi) : E n France, le prix d’une boite de 28 comprimés a été fixé à 13 667 € par un accord survenu entre le comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire Gilead. La cure de 12 semaines coûte ainsi 41 000 € par patient. L’ enquête de Cash investigation comparait le prix français au prix américain ( nettement plus élevé d’environ 25% ?)…et au prix du Bengladesh ( ridicule). Ridicule, aussi la comparaison !

Commentaires :

Cash investigation considérait le prix français comme scandaleux. Avant l’époque Sofosbuvir, le traitement de l’hépatite C était  reposait sur l’interféron et la ribavirine et nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, guérissait environ la moitié des patients, mais provoquait des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir est rentable à terme pour la société.
D’autant que le prix par traitement devrait baisser, en raison d’un mécanisme intelligent d’accords prix volumes. Plus de patients sont traités, plus le prix par traitement diminue. Cela devrait permettre de traiter plus de patients à des stades moins avancés. Les malades et la société y gagnent, le laboratoire a une garantie sut son chiffre d’affaire.
Enfin, le prix du Sofosbuvir se justifie aussi par le fait qu’il s’agit de la première molécule de sa classe. La voix est maintenant ouverte pour des concurrents qui trouvent devant aux une nouvelle voie bien défrichée. Des molécules concurrentes, éventuellement meilleures devraient voir le jour rapidement et feront baisser le prix du traitement. Mais si le premier à inventer un traitement réellement innovant ne peut recevoir la juste rémunération de ses efforts et des risques qu’il a pris, alors il n’y aura plus de premier, ni par conséquent plus de deuxième ou troisième…
Le deuxième « scandale »  révélé par Cash investigation, c’était que les deux tiers des experts qui ont eu à évaluer le Sofosbuvir avaient travaillé avec le laboratoire Gilead lors des études cliniques. Vieux problème déjà mentionné cent fois : lorsque qu’une innovation thérapeutique de cette nature apparait, c’est tout à fait normal. Il est même étrange qu’un tiers des experts consultés n’aient pas travaillé avec la molécule ; à la limite, leurs patients devraient les poursuivre… Encore une fois, ce qui compte, c’est que chacun sache ce que chacun a fait et reçu (« vivre au grand jour, exigence portée par Auguste Comte  à la fonction d’expertise»). Des progrès en ce sens étaient nécessaires, pour l’essentiel, ils ont été faits.
« Troisième scandale », le prix au Bengaldesh, qui, selon Cash investigation, devrait représenter une référence pour le prix français. Alors là, les bras m’en tombent. Le Bengladesh produit le médicament en dehors de tout respect du système international de brevet ; il agit donc en passager clandestin, profitant des efforts de recherche financés par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux, sans y prendre sa part. Compte-tenu de sa situation économique et sanitaire, comment le lui reprocher ? Même la santé publique mondiale y gagne. (cf Lester Thurow et ses commentaires sur le système de protection intellectuelle)
Seulement, ce que Cash Investigation devrait constater, c’est que les dépenses de recherches financées par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux constituent l’une des aides plus utiles, les plus généreuses, les plus bénéfiques accordées aux pays en voie de développement… ce que personne ne semble remarquer

GSK et les vaccins pédiatriques

Depuis quelques temps, il est impossible de trouver en France un vaccin pédiatrique autre que le vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, méningite, hépatite) produit par GSK.- alors que seuls diphtérie, tétanos, polio sont obligatoires, coqueluche et méningite fortement recommandés et hépatite recommandée, mais plus discutée). L’explication fournie par les producteurs de vaccins, (qui, en passant, se mettent en infraction avec leurs obligations les plus élémentaires et le plus fondamentales) consiste en une pénurie de vaccins contre la coqueluche (extrêmement important, des foyers infectieux réapparaissent un peu partout en France) provoqués par des changements de législations dans différents pays. Curieusement, il se trouve aussi que le vaccin hexavalent coûte près de  40 euros contre près de 26 euros pour l'Infanrix Penta, et 15 euros pour l'Infanrix Tétra ; et que les autres vaccins sont si peu chers qu’ils ne sont plus commercialement très intéressants.
Cash investigation s’est intéressé à ce dossier. Un scientifique de GSK justifiait la situation en affirmant que, puisque pénurie il y a, il valait mieux privilégier le vaccin hexavalent en raison de ses avantages en matière de santé, puisqu’il permet de préserver en une seule fois contre coqueluche et méningite, ce qui représente effectivement un progrès réel ; et également l’hépatite B. L’homme était surement sincère et légitimement fier de la mise au point de ce vaccin hexavalent ; simplement, il est inadmissible que des alternatives parfois nécessaires ne soient plus disponibles.
Mais l’équipe de Cash investigation, et c’est là qu’elle est à son meilleur,  a déniché le discours d’un patron de GSK lors de la remise d’un prix de management ou de stratégie, discours dans lequel il se vantait d’avoir racheté tous les brevets concurrents de vaccin contre l’hépatite B en France, puis imposé le vaccin hexavalent, qui puisqu’il comprenait le vaccin contre l‘hépatite B donnait à GSK , le quasi monopole des vaccins pédiatriques en France, avec de plus le prix le plus élevé. La stupéfaction des scientifiques de GSK devant ce discours cynique de leur patron avait quelque chose de gênant.  Il n’est peut-être pas indifférent de noter que GSK est également en train de fermer son centre de recherches en France (aux Ulis) et qu’il a été parmi les laboratoires les plus sanctionnés par la Chine pour ses pratiques de quasi-corruption auprès des médecins ; il semble décidément y avoir un problème d’éthique dans cette firme.

Le pire est encore que des comportements de ce genre fournissent des prétextes aux adversaires des vaccinations et mettent en danger une couverture vaccinale pourtant indispensable. Ceux qui ont vu des enfants atteints de poliomyélites, heureusement quasiment disparue dans nos contrées et qui sera peut-être un jour éradiquée comme la variole (nous n’en sommes pas loin), le comprendront sans peine, et les vaccins contre la méningite constituent aussi un progrès réel. Il faudra saisir l’occasion de la conférence mise en place par Mme Touraine pour redéfinir la politique vaccinale française (ce qui est obligatoire, conseillé) et pour qu’elle soit effectivement respectée par les industriels opérant en notre pays. 




lundi 29 août 2011

Autisme et vaccin ROR (rougeole, oreillon, rubéole) : histoire d’une fraude

Autisme et vaccin ROR (rougeole, oreillon, rubéole) : histoire d’une fraude

En 1998 paraissait dans le Lancet un article établissant un lien entre l’autisme, un syndrome intestinal  et le vaccin RRO (rougeole, oreillons, rubéole), signé d’un certain docteur Wakefield et de douze coauteurs. Il a fallu douze ans pour que cet article soit rétracté, au terme d’une longue enquête d’un journaliste du British Medical Journal, Brian Deer, qui a prouvé qu’il s’agissait non pas même d’une erreur scientifique, mais d’une fraude caractérisée, malveillante et intéressée (cf bibliographie) . Le récit de l’enquête qu’il a menée depuis 2004 a été publié dans une suite de numéros de British Medical Journal à partir de janvier 2011.

Brian Deer a tout d’abord souligné les défauts évidents de l’article originel du Lancet qui auraient dû alerter les scientifiques et les autorités responsables. Sur les douze cas rapportés, Wakefield affirme qu’aucun n’avait de troubles manifestes du comportement avant la vaccination, alors que pour cinq d’entre eux,  des anomalies avaient été rapportées ; sur les neufs cas d’autisme régressif (c’est-à-dire apparaissant brutalement après un développement normal de l’enfant) prétendument identifiés par Wakefield, trois n’étaient pas autistes du tout et un seul pouvait être qualifié d’autiste régressif. Pour quelques enfants, des symptômes comportementaux ont été rapportés dans les jours suivant la vaccination, mais dans la publication de Wakerfield, le délai d’apparition est mentionné comme étant de plusieurs mois. Dans neuf cas, des observations histopathologiques du colon mentionnant une absence de fluctuation ou une fluctuation non significative dans le recrutement de cellules inflammatoires ont été transformées en « colites non spécifiques » dans la publication finale. Enfin, les délais d’apparition des supposés signes comportementaux ont été trafiqués afin de faire apparaître un lien temporel de 14 jours avec la vaccination. Enfin, les patients étaient recrutés parmi les opposants au vaccin RRO, et l’étude a été entreprise et financée dans le but d’obtenir des dommages et intérêts des fabricants du vaccin. Wakefield aurait ainsi touché plus de 500.000 livres de la part d’un avocat et, de plus, monté une société pour promouvoir une alternative au vaccin ROR.

Les faiblesses scientifiques de l’article de Deer étaient évidentes et soulignées dès sa parution en 1998 : faible nombre de cas, absence de cas témoins, lien établi entre deux conditions assez communes, les souvenirs et convictions des parents des enfants atteints admis comme faits d’expérience… Durant les dix années qui suivirent, aucune des nombreuses études épidémiologiques menées ne permirent de mettre en évidence le moindre lien entre l’autisme et la vaccination RRO ; mais le mal était fait, et la publication de Wakefield a été largement utilisée par des groupes d’opposants déterminés à la vaccination et a contribué à entretenir   une peur irrationnelle et de plus en plus répandue.  
Or, les articles de Deer prouvent clairement qu’il ne s’agissait pas seulement d’une erreur scientifique ou de recherche de mauvaise qualité. Deer montre que Wakefield a trafiqué les données des dossiers médicaux des patients pour faire croire à se découverte d’un nouveau syndrome ; que les institutions dans lesquelles il travaillait, le Royal Free Hospital et la Medical School de Londres l’ont soutenu lorsqu’il a tenté d’utiliser la peur du vaccin pour en tirer des bénéfices financiers, à travers son implication dans des procédures judicaires contre les fabricants de vaccin ; et comment des acteurs clés ont manqué à leur mission de protéger l’intégrité de la recherche et la santé publique.

Un combat nécessaire pour l’intégrité scientifique

En 2004, à la suite du premier article de Deer sur l’affaire Wakefield, le GMC (General Medical Council) a enquêté sur le caractère éthique de la recherche menée par Wakefield, en raison de ses conflits d’intérêt et de sa manipulation des enfants et de leurs familles. L’étude par Deer  et le GMC des données expérimentales a montré que les faits rapportés étaient eux-mêmes falsifiés. Le jury conclut que Wakefield était coupable de malhonnêteté concernant les critères d’admission dans son étude, le financement de l’étude par un organisme intéressé à poursuivre les fabricants de vaccin et ses réponses à ceux qui avaient mis en cause ses résultats. Même si seul Wakefield a écrit la publication de 1992, ses co-auteurs, qui se sont par la suite rétractés, ont été aussi mis en cause. L’enquête a montré qu’ils n’avaient aucune connaissance des cas cliniques et des données rapportés dans la publication, et, à vrai dire, aucune idée du travail réellement effectué par Wakefield et des conditions et de l’état d’esprit dans lequel il travaillait. Les co-auteurs ont clairement  la responsabilité de s’assurer qu’ils ne se rendent pas complices d’une fraude scientifique, ils doivent connaître les observations ou expériences rapportées dans les articles qu’ils signent, ou préciser leur apport réel et les résultats dont ils se portent garants ; l’un d’entre eux a été sanctionné suite à l’enquête du GMC.

Wakefield a du quitter toutes ses responsabilité universitaire et hospitalières. Mais les dégâts causés à la santé publique ont été immenses et ne sont pas terminés. La méfiance envers la vaccination RRO a été encouragée, entretenue par les travaux et les déclarations de Wakefield et les réponses inadéquates de la communauté scientifique et médicale et  du gouvernement, et les media aussi ont leur part de responsabilité. Dans les années 2003-2004, la couverture vaccinale au Royaume-Uni est tombée à 80%, bien au-dessous du niveau minimal de 95% nécessaire à la protection de la population selon l’OMS, et elle remonte très lentement. En 2008, pour la première fois en 14 ans,  la rougeole a été déclarée épidémique en Angleterre et au Pays de Galle. Des centaines de milliers d’enfants ne sont plus protégées contre ces maladies.

Les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas les seuls à  connaître des conflits d’intérêt et à s’engager dans des pratiques contestables, et ils sont étroitement encadrés par les autorités de santé. Plus dévastateurs sont les marchands de peur appuyés par des fraudeurs et des scientifiques intéressés et malhonnêtes. La communauté scientifique doit se montrer intraitable envers eux.
Il ne semble pas que la France accorde autant d’importance à l’intégrité scientifique que les pays anglo-saxon, peut-être parce que le financement largement public de ses chercheurs les mettaient à l’abri  de tentations trop importantes et que les grands instituts de recherche font somme toute assez correctement leur travail d’évaluation.  Il n’est pas sûr que ce soit encore longtemps le cas vu l’importance que prend la recherche de financements dans le travail des chercheurs. La politique de la recherche et la communauté scientifique doivent veiller à ce que les institutions assurent un niveau maximal d’intégrité scientifique.

Deer Brian. Secrets of the MMR scare - How the case against the MMR vaccine was fixed, 5 janvier 2011 www.bmj.com
Deer Brian. Secrets of the MMR scare - How the vaccine crisis was meant to make money, 11 janvier 2011.  www.bmj.com
Deer Brian. Secrets of the MMR scare The Lancet’s two days to bury bad news, 18 janvier 2011. www.bmj.
BMJ Editorial. Fiona Godlee, editor in chief, Jane Smith, deputy editor, Harvey Marcovitch, associate editor. Wakefield’s article linking MMR vaccine and autism was fraudulent, 5 janvier 2011. www.bmj.com
BMJ Editorial. Assuring research integrity in the wake of Wakefield. Douglas J Opel, Douglas S Diekema, Edgar K Marcuse. BMJ, 18 janvier 2011 www.bmj.com
BMJ Editor's Choice. Institutional and editorial misconduct in the MMR scare. Fiona Godlee, editor, BMJ, 19 janvier 2011. www.bmj.com