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samedi 20 avril 2019

Rapport sur l’industrie française et l’affaire Alstom –rapport Bourquin


La réalité de la désindustrialisation

L’industrie manufacturière représentait 10,2 % du produit intérieur brut (PIB) français en 2016. En englobant également les industries extractives, l’énergie, l’eau, la gestion des déchets et la dépollution pour parvenir à la catégorie globale de l’industrie telle que l’entend l’Insee1, l’industrie française représentait 12,6 % de la valeur ajoutée française en 2016. Ces deux chiffres sont en net recul par rapport à ceux de l’an 2000, puisque l’industrie manufacturière représentait cette année-là 14,1 % du PIB français et l’industrie dans son ensemble 16,5 % de la valeur ajoutée nationale. L’évolution est encore plus nette si l’on prend davantage de recul, puisque l’industrie représentait encore 24 % du PIB français en 1980.

Le phénomène de désindustrialisation s’est aggravé ces quinze dernières années puisque, selon la direction générale des entreprises, l’indice de la production manufacturière française a diminué de -14 % entre 2000 et 2016, période durant laquelle elle a été fortement affectée par la crise économique et financière de 2008-2009, puis par celle de la zone euro à partir de 2010. Ce phénomène de « désindustrialisation » est commun aux autres grands pays européens, à l’exception de l’Allemagne, dont l’industrie représente en 2016 22,6 % du PIB, soit un chiffre seulement légèrement inférieur à celui de l’an 2000 (23,2 % du PIB). La part de l’industrie dans le produit intérieur brut est passée de 19,6 % à 17,3 % pour la moyenne de l’Union européenne, de 17,8 % à 16,3 % pour l’Espagne, de 19,1 % à 16,7 % pour l’Italie et de 17,7 % à 11,8 % pour le Royaume-Uni.
La baisse de la part de l’industrie dans le PIB s’est systématiquement accompagnée d’une chute très significative de l’emploi industriel au cours des dernières décennies

L’emploi industriel a diminué de 25 % depuis l’an 2000, Là encore, ce phénomène est commun à tous les pays développés : l’emploi salarié manufacturier direct s’est contracté dans l’ensemble de l’Union européenne (-16 % depuis 2000) et a légèrement reculé en Allemagne (-4 %). Sur une plus longue période, l’économiste Lilas Demmou, dans son étude « La désindustrialisation en France », estimait en 2010 que l’industrie avait perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d’emplois, ce qui correspond à 71 000 destructions d’emplois par an, dont 17 000 en raison de l’externalisation vers le secteur des services et 21 000 en raison de gains de productivité. L’emploi salarié direct résiste toutefois dans certains secteurs forts de l’industrie manufacturière française comme les matériels de transport autres que l’automobile (+ 12 %) et l’industrie pharmaceutique (-1 %).

Leçon de la désindustrialisation à la française : l’importance de la compétitivité hors prix

La compétitivité hors prix de l’industrie française s’est dégradée depuis 2008 sous l’effet de la compression des marges et du faible dynamisme de l’investissement dans les années 2000. Résultat : son faible niveau ne la protège pas assez de la concurrence internationale et accroît sa sensibilité à l’évolution des facteurs de compétitivité prix, que sont notamment le coût du travail, celui des consommations intermédiaires ou le taux de change de l’euro pour les exportations hors zone euro. À l’inverse, l’appréciation de l’euro dans les années 2000 n’a pas empêché l’industrie allemande d’augmenter ses marges (+1,7 point par an en moyenne entre 2002 et 2007), ce qui montre bien qu’une forte compétitivité hors-prix permet, dans une large mesure, de compenser une compétitivité-prix peu favorable.
L’histoire s’est répétée des centaines de fois : des salariés acceptent des baisses de salaires ou des augmentations de temps de travail contre la promesse de maintiens d’emplois…et deux ou trois ans après se retrouvent au chômage. L’avenir de l’industrie française n’est pas dans la course au prix le plus bas, perdue d’avance, mais bien dans la compétitivité hors prix, c’est-à-dire l’innovation et le progrès ; et ceux qui rêvaient d’entreprises sans usines lui ont fait beaucoup de mal.
Une autre évolution notable est que la frontière entre industrie et services s’est considérablement brouillée, voire estompée pour arriver à une conception « servicielle » de l’industrie : le consommateur, lorsqu’il se procure un bien manufacturé, achète en même temps les services qui lui sont liés. L’industrie, loin de s’opposer aux services  est aussi une des bases les plus sûres de leur développement

Mesures, propositions, critiques :

1) Vive le CIR (crédit impôt recherche) !

Dans les pays industrialisés comme la France, qui ont depuis longtemps terminé leur phase de croissance de rattrapage, le progrès technique est indispensable à l’augmentation de la croissance potentielle de l’économie. En France, le crédit d’impôt recherche (CIR) est désormais de très loin le principal dispositif de soutien à l’investissement des acteurs privés dans la R&D. Il constitue un atout considérable pour maintenir et attirer sur le territoire français les centres de recherche, en particulier ceux des grands groupes mondialisés qui peuvent facilement les déplacer sur d’autres territoires. Il constitue une forme importante de soutien public à la recherche privée de 5,8 Md€. et représente environ 19 % des dépenses intérieures de R&D des entreprises (DIRDE). Ces  efforts se traduisent dans les chiffres puisque, selon la direction générale des entreprises (DGE), le nombre de projets d’investissements étrangers dans des centres de R&D en France a augmenté de 14 % entre 2011 et 2015.

Lors de son audition par la mission, Louis Schweitzer, ancien Commissaire général à l’investissement, Président d’honneur de Renault et Président d’Initiative France a beaucoup insisté sur les vertus du CIR. Selon lui, « on a beaucoup critiqué le crédit impôt recherche (CIR) qui a, pour moi, un effet très positif, soit pour susciter l’innovation des PME, soit pour inciter les grandes entreprises à localiser leurs centres de recherche en France. Grâce à lui, il est moins coûteux de localiser un centre d’innovation en France que dans aucun autre pays de l’OCDE - j’exclus la Chine et l’Inde, où la propriété industrielle n’existe pas.

Vive le CIR donc ; et la mission parlementaire juge « indispensable d’éviter de le remettre systématiquement en question, sans quoi son efficacité diminue », et de le « sanctuariser », pour reprendre le terme utilisé par Philippe Varin, Président de France Industrie, Vice-Président du Conseil de l’industrie.
Pourtant, aussitôt après, elle reprend une proposition appelant à conditionner son bénéfice à un maintien d’activité sur le territoire national pendant au moins cinq ans afin de mettre un terme à des comportements de pure optimisation fiscale menés par certains groupes, notamment étrangers !
Mauvaise idée, en contradiction avec le 1er point : 1), c’est surtout, et sans commune mesure, le CICE qui peut faire l’objet d’optimisation fiscale ; 2) C’est ignorer la grande masse des start-up se fondant sur un projet de recherche assez en amont, avec des risques importants, et qui ont justement plus besoin du CIR. ; 3) Même si un projet s’arrête,  avant cinq ans, il peut donner naissance à un autre, et le capital intellectuel en emploi et formation de chercheurs est acquis.
Il faut s a n c t u a r i s e r !

2) Encourager les logiques coopératives et mieux inscrire les politiques industrielles dans les territoires, lutter contre « le caractère non coopératif du tissu productif français ».

De façon générale, le nombre d’entreprises exportatrices dans notre pays est faible par rapport à ce qui s’observe dans des pays comparables. On compte aujourd’hui environ 125 000 exportateurs de biens en France. C’est mieux qu’au début des années 2010, où ce nombre avait atteint un point bas à 116 000 entreprises, mais c’est très en deçà des 131 000 du début des années 2000, quand la France avait encore un commerce extérieur excédentaire. Selon les chiffres de Business France, seulement 8 000 ETI et PME sont très fortement présentes à l’international et 12 000 y développent une activité régulière et soutenue, soit un total de 20 000 entreprises, alors qu’on dénombre dans le même temps 50 000 PME faiblement exportatrices, 55 000 PME exportatrices irrégulières et 250 000 PME non exportatrices. Nous sommes loin de ce qu’ont réussi les Allemands, créer un tissu dense de PME exportatrices : 5 % des entreprises exportatrices françaises réalisent 90 % des exportations contre 80 % en Allemagne – en France, seules les très grandes entreprises exportent.

Le « caractère non coopératif du tissu productif français » pèse sur l’efficacité du dispositif d’accompagnement à l’export, indépendamment des qualités intrinsèques de ce dernier. Il est sans doute nécessaire de travailler simultanément sur deux tableaux pour franchir un palier significatif dans la projection à l’international des PME et des ETI françaises : d’un côté, améliorer le fonctionnement d’un dispositif d’appui à l’export qui souffre encore de graves insuffisances ; de l’autre, pallier un défaut de coopération qui caractérise les entreprises françaises en général

Pour cela, la Commission propose de prendre appui sur les dynamiques collectives des acteurs en conservant un maillage fin du territoire en favorisant la mise en « réseau » des pôles de compétitivité, qui doivent être incités à mutualiser leurs compétences thématiques (Proposition n° 27). et à mettre un terme au désengagement financier de l’État en faveur des pôles de compétitivité tout en favorisant davantage, dans le cadre d’une logique pluriannuelle, le financement de projets présentant une dimension de « service industriel » et visant la mise sur le marché des produits issus de l’innovation (Proposition n° 28).  La Commission propose aussi de rapprocher le personnel de Business France et de Bpifrance, moyen simple d’offrir un guichet unique pour ces entreprises à fort potentiel, guichet unique qui fonctionne d’autant mieux que Business France et Bpifrance ne sont pas concurrentes l’une de l’autre, ni sur le plan de la légitimité ni sur le plan commercial.

Enfin, renforcer les comités stratégiques de filières et dynamiser leur action. L’objectif des comités stratégiques de filière est la construction d’une stratégie « collaborative » avec l’ensemble des acteurs d’un secteur. Jusqu’en 2018, il existait quatorze comités stratégiques de filières, dans les domaines suivants : aéronautique, alimentaire, automobile, biens de consommation, bois, chimie et matériaux, éco-industries, ferroviaire, industries extractives et de première transformation, industries et technologies de santé, mode et luxe, naval, nucléaire, et numérique. Composés de représentants des acteurs de la filière (entreprises ou fédérations industrielles, représentants syndicaux, différentes administrations concernées et experts), ces comités se sont engagés, par des contrats de filière, en faveur de projets communs et de partenariats destinés à répondre aux enjeux rencontrés dans leur secteur.

D’après Louis Gallois, ces outils visent à remédier à deux carences de l’industrie française : le faible nombre d’entreprises de taille intermédiaire et la faible solidarité entre entreprises, qui pèsent sur la compétitivité industrielle de la France et constituent des freins à l’innovation collaborative.

Il faut que les entreprises françaises apprennent davantage à chasser en meutes.

3) Sécuriser l’entreprise à long terme.

Louis Schweitzer a estimé que l’une des clés à cette situation était de mieux dissocier les droits de vote du capital social, soulignant notamment les vertus du droit suédois, où certaines actions représentent parfois plusieurs dizaines de droits de vote, ou du droit fédéral américain, qui instaure plusieurs « classes » d’actions. Il a indiqué qu’« en France, on a développé le droit de vote double pour les actionnaires de long terme. C’est déjà quelque chose, mais cela reste beaucoup moins puissant que ce qui existe ailleurs, d’autant que les mécanismes de gouvernance entrepreneuriale renforcent le rôle des actionnaires quels qu’ils soient. »

Oui, sauf que ainsi qu’a dû le constater la Commission, si le système suédois de droits de vote multiples a effectivement été jadis un instrument puissant, permettant par exemple de détenir 1 000 droits de vote au moyen d’une seule action, il l’est moins aujourd’hui : selon le service économique de l’ambassade de France en Suède, afin de ne pas encourir une censure européenne (Merci la Commission !), le droit suédois des sociétés a aujourd’hui fortement réduit le rapport entre droits de vote et capital, au maximum à 10.

La Commission souligne que le droit français offre déjà une palette importante de mécanismes – notamment les actions de préférences et les pactes extrastatutaires entre associés – qui peuvent être mis en place – et qui ne sont pas assez utilisés.  Certains de ces mécanismes peuvent être améliorés ; ainsi, la Commission propose de  prévoir la possibilité pour le porteur d’actions de préférence de racheter ces dernières ( i.e. que leur rachat puisse intervenir à l’initiative de l’émetteur ou du détenteur de ces actions).
Toujours dans ce cadre de la stabilisation des entreprises, une mesure cent fois évoquée, que l’on sait très efficace, et pourtant encore jamais mise en œuvre :

Favoriser la présence d’administrateurs salariés, sur le modèle allemand.

L’actionnariat salarié, particulièrement réduit en France, peut constituer un élément clé de stabilisation et d’ancrage des entreprises en France. En effet, dans les sociétés dans lesquelles l’actionnariat salarié est important, les prises de contrôle par voie d’offre publique d’achat (OPA), notamment « hostiles », sont réputées plus difficiles, à la fois pour des raisons culturelles et d’emploi.  Par ailleurs q l’essor de cet actionnariat permettrait également de favoriser la présence d’administrateurs salariés au sein des organes sociaux. Le modèle allemand est à cet égard une source d’inspiration puissante. Il fait apparaître combien des conseils d’administration, des directoires ou des conseils de surveillance qui font une place importante aux représentants salariés peuvent se révéler des remparts efficaces pour maintenir les centres de décision et de production des entreprises sur le territoire national
Allez , il faut le faire ! Un patron français, rétif au départ comme la plupart de ses collègues, mais qui a mis en place des administrateurs salariés a constaté : « Je suis heureux de les avoir. Dans le board, à part moi, ils sont les seuls à savoir ce que fait notre entreprise »

Protéger l’industrie Française des comportements étrangers prédateurs

Rappelons, c’est cette commission parlementaire qui a commencé à tirer le fil de l’incroyable piraterie organisée qu’a été la prise de contrôle d’Alstom par General Electric, une piraterie organisée par le gouvernement américain usant et abusant de l’extraterritorialité de son droit , et dont on sait aujourd’hui qu’elle s’est même accompagnée d’une prise d’otage d’un cadre d’Alstom (Frédéric Pierucci, président de la filiale chaudière d'Alstom ) dans des conditions particulièrement indignes et révoltantes.

Propositions de la Commission :
- Élargir la liste des activités soumises au contrôle des investissements directs étrangers aux domaines en lien avec la révolution technologique, notamment le stockage et la sécurité des données, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, ainsi qu’au domaine spatial, et assurer sa révision périodique, au vu de l’évolution des technologies et des secteurs économiques (Proposition n° 35). Établir une cartographie précise des entreprises qui présentent en France un caractère stratégique, y compris les PME et les ETI, en s’appuyant notamment sur la connaissance du tissu industriel local par les services déconcentrés de l’État (Proposition n° 36).

- Ne pas hésiter à imposer des mesures de gouvernance dans les entreprises particulièrement stratégiques faisant l’objet d’un investissement étranger, notamment l’exclusion de l’investisseur étranger de son droit de vote sur certaines décisions ou la mise en place d’un « superviseur » indépendant au sein de l’entreprise (Proposition n° 37). Ben oui, c’était l’objet d’un décret proposé par M. Montebourg et qualifié par Macron de « décret vénézuélien)

-Utiliser la commande publique pour conforter l’industrie française : Tirer profit des règles des marchés publics, dans le respect du droit de l’Union européenne, afin qu’ils bénéficient pleinement aux entreprises industrielles implantées en France, et tout particulièrement aux PME (Proposition n° 40).

- Développer une stratégie européenne forte en faveur de l’industrie : Inviter la Commission européenne à une plus grande prise en considération, dans l’application de la réglementation relative aux aides d’État et au contrôle des concentrations, d’un contexte mondialisé où les entreprises doivent avoir une taille critique pour rivaliser avec les géants industriels implantés hors de l’Union européenne (Proposition n° 2).

Remarque : ben oui, mais c’est justement l’inverse qui s’est produit avec le refus de la Commission européenne d’entériner le rapprochement Siemens Alstom dans le ferroviaire aun nom du primatnde la concurrence.

- Soutenir une initiative européenne forte et rapide afin de favoriser l’utilisation, au niveau du commerce international, de la monnaie européenne, et d’envisager l’adoption de textes européens dont la portée serait explicitement extraterritoriale (Proposition n° 39).

Remarque : ben oui, mais justement l’euro est un échec sanglant : sa part dans les réserves centrales des autres pays, dans les échanges internationaux a même décru depuis son apparition. Jamais, à aucun moment, il n’a menacé la suprématie du dollar, ni même permis de nous en affranchir ! (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/05/raisons-de-detester-leurokom-5-11-14.html)

- Assurer la protection juridique des entreprises françaises est également fondamental. Il faut  envisager l’adoption de textes européens dont la portée serait explicitement extraterritoriale, afin d’être en mesure, le cas échéant, d’appliquer des mesures de sanctions ou de coercition à des entreprises américaines.

Là c’est la leçon d’Alstom, mais sussi des amendes gigantesques infligées à la BNP, à Alcatel etc. Pierre Lellouche et Karine Berger ont parfaitement mis en lumière en 2016 les dangers liés à l’application extraterritoriale de certains droits nationaux, à commencer par le droit américain. Cette approche permet ainsi à l’exécutif américain de poursuivre, presque partout dans le monde, des entreprises étrangères pour des faits qu’elles n’ont pas nécessairement commis sur le territoire des États-Unis mais qui contreviennent à certaines prescriptions du droit fédéral. Sur ce fondement, le Department of Justice américain se reconnaît le droit de poursuivre les personnes, et en particulier les entreprises, qui : - présentes sur les marchés financiers réglementés américains à un titre ou un autre, se livrent à des activités constitutives de corruption ou de malversations comptables ou financières - effectuent des opérations avec des établissements bancaires qui sont des correspondants de banques américaines, procèdent à des opérations susceptibles d’être qualifiées de blanchiment d’argent d’origine criminelle ; méconnaissent des règles d’embargo ou de sanctions décrétées à l’encontre d’un pays. C’est à ce titre que Bnp Paribas a été poursuivi et condamné en 2015 dans le cadre des embargos décrétés par les États-Unis contre l’Iran, la Lybie, le Soudan et Cuba. Des embargos illégaux, purement américains, sans approbation internationale.

Comme le dit pudiquement la Commission parlementaire, ce sont des outils juridiques qui permettent de créer d’intéressantes synergies entre l’objectif de lutte contre la criminalité internationale et la défense des intérêts économiques nationaux…

Et pour l’instant, ce sont des instruments exclusifs de l’impérialisme américain, de nos chers alliés américains …pas des Chinois, l’obsession de certains.

Depuis, rien de cela n’a été mise en place. Et le premier débat sur les Européennes a complètement ignoré cette extra-territorialité du droit américain, bras oh combien efficace de leur impérialisme économique. A pleurer.
On peut penser que l'avenir de l'Europe se joue sur sa capacité à répondre à ce genre de défi. Et son abse,ce d'avenir à son absence de réponse ....

Conclusion : Au terme de ses travaux, la mission tient à affirmer solennellement que la France doit croire en son industrie et que l’avenir de son industrie se situe sur le territoire français.

Si l’on ne peut que constater la forte désindustrialisation de la France – que l’on raisonne en termes de valeur ajoutée ou d’emplois – la mission est convaincue que celle-ci n’a rien d’irrémédiable. La rupture technologique liée à l’irruption de la digitalisation et de la numérisation dans les processus de production et dans les produits eux-mêmes, associée à la mondialisation des marchés, créent en effet une occasion sans précédent pour l’industrie française de revenir au rang qu’elle a perdu au cours des trente dernières années.

Acceptons’-en, l’augure. Et constatons que la vieille politique ne  travaillait pas si mal et qu’il serait assez bon que ceux qui prétendent les remplacer mettent en œuvre leurs préconisations.


jeudi 17 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom -22 : la mort industrielle à petit feu


Europe et Eurokom :Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Pechiney, Legrand, Schneider :la Commission européenne est une tueuse en série de champions industriels.

En 1860, le chimiste Henry Merle décide de diversifier les activités de son entreprise et se lance dans l'aluminium, un métal qui coûte alors plus cher que l’or ! L'aluminium est alors un métal onéreux et peu utilisé. C’est la naissance de Pechiney, puis Pechiney Ugine Khulman, qui dominera massivement  le marché de l’aluminium en France pendant près d’u, siècle. Dans les années 70, le groupe souffre de la crise pétrolière et de la concurrence asiatique. La gauche arrivée au pouvoir en 1981 décide de sauver le groupe, le nationalise en 1982 et finance sa restructuration. Bonne pioche ! Sous la présidence de Jean Gandois, une stratégie expansionniste permet l’acquisition en 1988 du géant de l'emballage américain American National Can. L'entreprise double de taille. En 1994, un nouveau PDG, Jean-Pierre Rodier, décide de recentrer le group sur son cœur de métier et de le désendetter, en vue de le privatiser. Howmet, Carbone Lorraine et l'essentiel d'American National Can sont revendus, les coûts sont réduits, et l'entreprise est privatisée en 1995.

Ainsi brillamment relancé, Pechiney voit grand, un projet de fusion à trois avec ses concurrents canadien Alcan et suisse Algroup pour constituer un vaste ensemble international de 22 milliards de dollars présent dans notamment l'automobile, la construction, les conserves alimentaires, et les emballages. En 2000, ce projet est refusé par la Commission européenne pour risque d'abus de position dominante ! Conséquence : la situation se renverse, et ce champion européen que la Commission européenne avait assassiné dans son berceau, c’est Alcan qui le réalise en reprenant seul le suisse Algroup en 2001 et en réalisant 2003 une OPA hostile sur Pechiney. En situation financière fragile, Pechiney ne peut résister et se fait absorber pour 4 milliards d'euros. Bravo et Merci les ultra libéraux de la  Commission européenne !

Début 2001, les fabricants français de matériel électrique français Legrand et Schneider annoncent un projet de fusion, qui devait créer le numéro un mondial de l'appareillage électrique de basse tension et des automatismes industriels. La Commission de la Concurrence frappe encore, et Schneider, qui avait payé Legrand 5,4 milliards d'euros, se trouve contraint de le revendre  un an plus tard aux fonds Wendel et KKR pour seulement 3,6 milliards. Schneider se rebelle et, cas assez unique, porte plainte contre la Commission de Bruxelles et obtient en 2007 l’annulation (mais trop tard) du veto de la Commission par  la Cour européenne de justice, avec des indemnités qui ont fait l’objet de nombreux recours.

Et c’est en ce moment en traine de se reproduire. Après le démantèlement scandaleux d’Alstom sous chantage du gouvernement américain, qui s’empare ainsi via General Electric d’actifs stratégiques français, en particulier pour le nucléaire) (finalisé sous les auspices du génial Macron malgré l’opposition véhémente du ministre de l’économie Montebourg), restait la possibilité d’une alliance Alstom Siemens pour créer un champion européen du ferroviaire capable de rivaliser avec la puissance montant très rapidement, le chinois capable de rivaliser avec le géant chinois CRR. Au moment où j’écris, la Commission a fait savoir que « le sentiment général était très négatif » compte-tenu d’une atteinte possible à la concurrence dans les trains à grande vitesse. Siemens et Alstom sont pressés de céder des activités, ce qui dénaturerait en profondeur le projet industriel… et risque même de ne pas suffire. Bref, c’est mal parti.

La Commission européenne est une tueuse en série de champions industriels, au berceau qui plus est. Et lorsqu’elle agit ainsi, ce ne sont pas seulement les champions industriels qui trinquent, mais tout un tissu, et des milliers de sous traitants.

L’idéologie ultra libérale de la Commission est anti-industrielle

Il est significatif que le Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE) ne fasse apparaître qu'au titre XVII la mention de l'Industrie, laquelle fait l'objet d'un unique article qui rappelle, au demeurant, avec force que toute action pour l'industrie ne saurait porter atteinte à la concurrence. A contrario, les règles de concurrence font l'objet de pas moins de 9 articles de ce même traité qui ont donné lieu à de multiples décisions de la Commission et de la Cour de Justice !

La mise en œuvre du « tout concurrence » et le règne des marchés ont des conséquences calamiteuses sur notre industrie dont la part dans le P.I.B est passée en une quinzaine d'années de 20 % à 12 %, , détruisant des pans entiers de notre industrie et des centaines de milliers d'emplois. Des fleurons de notre industrie ont ainsi disparu, Péchiney, Alcatel, Alstom, sans mentionner les sous-traitants.

Nous étions il y a 25 ans leader mondiaux des télécoms. Je rappelle qu’Alcatel détenait 13,5 % du marché mondial. Aujourd’hui, Alcatel a disparu et nous n’avons plus d’industrie de télécoms. Nos opérateurs de télécoms ont également reculé et se sont affaiblis par rapport à leurs concurrents.

Et les conséquences de cette politique folle de la concurrence se dont sentir. En France, le poids en valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB était de 17,6 % en 1990, de 14,1 % en 2000, de 10,9 % en 2008 et de 10,2 % en 2016. Cela se traduit également par une diminution de l’emploi salarié, qui représente aujourd’hui 2,8 millions de personnes. Parallèlement, il faut bien avoir à l’esprit que les industries assurent l’essentiel des dépenses de R&D en France. Or, lorsque le poids des industries diminue, le poids de votre recherche et développement diminue ; et c’est ce qui se passe depuis une vingtaine d’années et qui explique en partie notre décrochage.

A chaque fois qu’une entreprise passe sous pavillon étranger, elle disparaît. Lorsqu’une entreprise en rachète une autre, elle achète avant tout des parts de marché, voire des brevets. La marque de l’ancienne entreprise disparaît bien souvent. Dans le cas d’Alstom, l’américain General Electric a immédiatement fait disparaître la marque. De la même façon, Pechiney a totalement disparu à la suite de son absorption par le canadien Alcan. Il ne faut pas oublier aussi que derrière une entreprise, il y a tout un circuit de sous-traitance. Un groupe français a ses habitudes de sous-traitance sur le marché français et aussi à l’étranger ; mais lorsqu’une entreprise étrangère prend le contrôle, elle ne change pas ses propres habitudes et n’intègre pas le circuit de sous-traitance français de l’entreprise rachetée, au détriment du tissu industriel. Cela produit une perte de substance pour le patrimoine industriel national

 Ce désastre industriel, dû en grande partie au dogmatisme de la politique économique de l'Union européenne et à la démission des Gouvernements, est d'autant plus inadmissible que nombre d'Etats de la planète ont des politiques industrielles protectrices de leurs marchés et de leurs entreprises, et conduisent pour certains, de surcroît, des politiques industrielles très offensives.

Nous ne vivons pas dans le monde de bisounours de la concurrence libre et parfaite

Il n’y a que la secte libérale au pouvoir à Bruxelles pour le croire ! Le Canada exige, par exemple, d'une entreprise étrangère soumissionnaire à un marché public, de se présenter obligatoirement avec une entreprise canadienne ce qui n'est pas le cas en Europe : où est la réciprocité ?
La Chine fait de même et gère l'ensemble de son économie avec un contrôle fort de l'Etat, veillant à ce que ses entreprises ne soient pas contrôlées par des étrangers, et ce, en tous domaines (voir plus loin pour ce que l’on a appelé le colbertisme systématique chinois) !

Quant aux Etats-Unis, ils se sont dotés des mêmes règles que le Canada et la Chine mais leur politique industrielle, sous couvert de bons sentiments puritains - lutte contre la corruption - , agit de manière extraterritoriale, en violation flagrante des règles du droit international public, pour déstabiliser les entreprises étrangères ou même prendre leur contrôle. Ce sont, en une dizaine d'années, quelque 20 milliards de dollars d'amendes infligées aux entreprises françaises et européennes qui sont tombés de la sorte dans les poches du Trésor américain !

Nous sommes en guerre. Pas tellement, comme le pointe l’expert Jean-Michel Quatrepoint,  auteur de Alstom, scandale d’État (Fayard, septembre 2015) contre la Chine, (avec qui les règles sont connues, à nous de ne pas être naïfs), mais bel et bien contre les USA. «  La réforme fiscale voulue par Donald Trump devrait permettre de rapatrier aux USA près de 2000 milliards de dollars de profits réalisés à l’étranger, qui seront donc disponibles pour investir. Parallèlement, l’extraterritorialité du droit américain est une arme permettant à Washington de poursuivre des entreprises non américaines à l’étranger et ainsi affaiblir ou écarter la concurrence – certaines entreprises françaises telles qu’Alstom, Total ou Technip en ont fait les frais… La réforme fiscale de Donald Trump est une machine de guerre économique redoutable, fort habile, que les Européens ont découvert trop tardivement. C’était pourtant dans le programme du parti républicain depuis de nombreuses années. Si l’on ajoute à cela l’extraterritorialité du droit américain et tout ce qui concerne les normes, cela traduit bien une réalité : nous sommes en guerre économique. Trop longtemps, les Français n’ont pas voulu le croire. 

Dans le cas de l’extraterritorialité du droit américain, si l’Europe n’a rien à redire à cela, c’est parce que les Européens, et en particulier les Allemands, ont accepté de facto depuis des décennies la tutelle américaine. Or, ces dernières années, ils réalisent que ce n’est pas si bénéfique que cela. Les Allemands s’étaient imaginé qu’ils allaient prendre le marché automobile américain, mais l’affaire Volkswagen leur a montré qu’il n’en était pas question. Les Allemands découvrent maintenant que les Américains sont des concurrents. Mais ont-ils pour autant compris que cela impliquait de se doter dans les secteurs stratégiques d’entreprises indépendantes avec la volonté de faire une Europe indépendante ? Je n’en suis pas convaincu. » (cf https://www.areion24.news/2018/09/11/la-souverainete-industrielle-de-la-france-est-elle-en-danger/)

Un colbertisme européen est-il possible ? ben oui, c’est ce que fait la Chine !  
      
Réhabiliter la politique industrielle, qui a été l'un des moteurs majeurs de la reconstruction de la France, n'est guère aisé. Cela exige de briser certains dogmes, tels le « tout concurrence » dont le fameux concept du « level playing field » prôné par Bruxelles, qui aboutit à condamner toute intervention de l'Etat pour laisser une liberté totale aux forces du marché. Paradoxalement, pour un ex-champion national d’un pays européen, il est beaucoup plus facile de fusionner avec une entreprise extra-européenne qu’avec une autre entreprise européenne. Et c’est ainsi que nos bijoux industriels, nos emplois industriels, notre indépendance disparaissent.

Extrait de l’excellent émission de France culture : Entendez-vous l’eco et du non moins excellent Elie Cohen, dialoguant avec François d’Aubert. A la question un colbertisme européen est-il aujourd’hui possible, et devant un François d’Aubert dubitatif Elie Cohen s’enflamme :

« Progressivement, les avantages qui avaient été acquis dans le domaine du nucléaire, du spatial, de l’aéronautique,  du ferroviaire, de la grande vitesse des télécom, ont été perdus.

Il a manqué un Google, un Microsoft européen. Est-ce que c’était faisable ? La réponse, c’est oui, il suffit de regarder la Chine. Regardez comment la Chine a dupliqué sur son sol le modèle des GAFA, en étant parti après. Ils ont créé leur Google national, leur Apple national, leur Amazon national en se protégeant et en ayant une stratégie de développement par leurs moyens propres… Dans le colbertisme, il y a avait la dimension défensive (le protectionnisme), mais aussi la dimension offensive. 

C’était se protéger pour construire sur le territoire national la base industrielle… Deng Hsiao Ping  avait été qualifié par la presse américaine de Chinese Colbert. Il y a vraiment un colbertisme à la chinoise. La stratégie chinoise, c’est la copie conforme du colbertisme à la française, c’est-à-dire comment jouer de la commande publique, de la norme, du protectionnisme offensif, du transfert de technologie, d’un grand plan d’équipement national pour pouvoir rattraper puis dépasser ceux qu’on a d’abord imité. C’est un vrai plaisir de voir à quel point ils sont inscrits dans les pas de Colbert. »

Ben oui, c’est ce que fait la Chine. Et c’est ce que ne fait pas l’Europe. C’est pourquoi il faut sortir de cette Eurokom là !



mercredi 7 juin 2017

C’est avec les vieilles recettes qu’on fait de vieux gouvernements

Le Drian, il le faut, il a fait preuve de sa compétence à la Défense. Ah oui, mais un tel ministre, dans un tel domaine, ça peut faire de l’ombre au président. Mettons-le aux affaires étrangères et européennes où il est incompétent

Sylvie Goulard : aux affaires européennes, elle est compétente. Ça peut être gênant. Hop, A la Défense, où elle est strictement incompétente !

François Bayrou à la justice. C’est parfait, la justice, pour un mis en examen ( pour diffamation) ! En plus, pas un de ces politiciens que les Français ont assez vu, pas le genre à négocier des postes contre un ralliement

Pour le renouvellement, Marielle de Sarnez, vielle apparatchik du Modem dont même les militants Modem ne veulent pas dans leur circonscription

Pour une nouvelle façon de faire de la politique, Richard Ferrand, qui renouvelle si bien le clientèlisme et la connivence – voire ce qu’en dit le leader des bonnets rouges,  Christian Troadec

Pour la laïcité, Marlène Schiappa, « féministe qui refuse que la République mène le combat contre l’ obligation faite aux femmes, sous des prétextes religieux un tenue discriminatoire et signataire d’un appel lancé par les organisations islamiste « Je ne suis pas Charlie qui n’est rien d’autre qu’un crachat sur les martyrs de la liberté d’expression » ( Guy Konopnicki, Marianne, 26 mai 2017)

Contre les combines politiques, l’ouverture, des ministres de droite. ça c’est du jamais vu. Bienheureux les futurs Soisson et Stasi !

A l’Intérieur, si important par ces temps peu sympathiques,  pas du tout la récompense d’un très vieux fidèle qui a bien servi et ne s’est jamais intéressé à la Sécurité, , non un jeune ministre dynamique qui a montré un réel intérêt pour les questions de sécurité.. .Gérard Colomb !

Et où est le grand ministre de l’Industrie, de la si nécessaire réindustrialisation, de l’innovation, des industries nouvelles, de la recherche, de la politique industrielle, oui, un ministre de l’industrie et de la recherche, de la compétitivité par la rupture technologique, ? Et il est où ? Et il est où ?


Et toute une presse béate de s’extasier !!!!

vendredi 8 janvier 2016

Les X et la politique industrielle française


La revue des Anciens élèves de Polytechnique, la Jaune et la Rouge publie (décembre 2015) un numéro axé sur l’insdutrie en France. Le mois qu’on puisse dire, c’est que les point de vues sont variés.
Le retour de la politique industrielle ?

Pour Bernard Esambert (X54), ancien conseiller industriel et scientifique de Georges Pompidou, , « le concept de politique industrielle est de nouveau à la mode » et  « la politique industrielle de Georges Pompidou peut nous éclairer sur les voies à suivre ». Quels sont les grands axes de cette politique ? C’est d’abord une consolidation du tissu industriel, avec de nombreuses fusions qui permettent la constitution des groupes puissants comme Saint-Gobain-Pont-à- Mousson, Thomson, CGE, Rhône- Poulenc, ATO, Creusot-Loire, Babcok- Five, SNIAS, Le Nickel. Une bonne parte des actuels membres du CAC 40 sont nés à cette époque. Parallèlement, la petite et la moyenne industries, source de créativité et de dynamisme et vivier de la grande, ne sont pas négligées avec la création de l’Institut du développement industriel, la nomination, pour la première fois, d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie.
Le Président lui-même s’implique dans la politique industrielle, et encourage les exportations. Ainsi, pour la première fois, une quinzaine de grands industriels l’accompagnent à Moscou à l’occasion d’un de ses déplacements en Union soviétique. Le politique industrielle pompidolienne, ce sont aussi des  volonté de rattrapage dans les domaines où la France est en retard ( les télécommunications, notamment les commutateurs).  C’est la volonté d’indépendance dans des domaines identifiés comme critiques, et des programmes ambitieux et de  très beaux succès dont nous bénéficions encore aujourd’hui : le nucléaire, pour s’extraie de la dépendance pétrolière, avec Framatome, qui appuyé par EDF, se libère de sa dépendance technique vis-à-vis des licences américaines ;  l’aéronautique, où ,  après bien des ratés, les industries française et allemande s’associent pour donner un successeur au Boeing 727, à la Caravelle et au Trident, et c’est le décollage d’l’Airbus ; C’est enfin le spatial, où, après l’échec de la fusée Europa II en 1972, les Européens se retrouvent sans perspectives et sans lanceurs , et ce sera l’envol d’Ariane.
Au crédit également de la politique pompidolienne, M. Esambert place la création d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie et aussi le  premier ministère de l’environnement ; l’ordonnance de 1967 sur l’intéressement des salariés ; et surtout, un effort ambitieux de recherche, à la fois public et privé, qui mène le budget global de recherche français à près de 3 % du PIB, objectif encore proposé récemment par  l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la connaissance, et dont nous nous éloignons années après années, renoncement après renoncement.

Bref, pour M. Esambert, la politique industrielle de George Pompidou reste un modèle à méditer
La fin de la politique industrielle ?
Jean Peyrelevade (X58) se montre beaucoup plus négatif sur le rôle de l’Etat dans la politique industrielle : « La France est, dans sa tête, encore colbertiste. Mieux vaudrait que, sans tarder, elle échappe à l’emprise du passé. L’État ne peut plus être un acteur direct du monde industrie. L’Etat peut-il encore, comme acteur direct, participer à la construction d’une économie industrielle ? Autrefois joué par intermittence, ce rôle est devenu impossible. L’État n’a plus aujourd’hui la capacité d’être un acteur direct de l’industrialisation. Cela pour plusieurs raisons.
La première, à elle seule décisive, est qu’il n’a plus d’argent. Que peut-il alors apporter ? Son imperium, sa puissance politique ? Ces arguments, quoi qu’il en coûte aux représentants du souverainisme, n’ont plus de poids… nous n’avons pas besoin d’un État industriel. »

Pour M. Peyrelevade, l’Etat peut et doit assumer trois fonctions. Premièrement, la formation : - il mentionne notamment que malgré nos grandes écoles, les salariés français sont en moyenne moins qualifiés que leurs homologues de la plupart des pays européens développés -  c’est le grand échec de l’enseignement technique. Deuxièmement, encourager l’innovation, la recherche et développement – il considère que le crédit impôt recherche remplit bien cette fonction. Troisièmement : faire en sorte que les entreprises qui investissent trouvent aussi aisément que possible le capital dont elles ont besoin. Il considère que le risque d’investir dans des sociétés jeunes et innovantes est en France mal récompensé : « Les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont supérieurs à ceux sur les revenus du travail, les revenus du capital sont désormais fiscalisés de manière progressive, comme ceux du travail à un taux marginal proche de 70 %, cas singulier »
Bref, que l’Etat traite fiscalement  bien les investisseurs, et tout ira bien. M. Peyrelevade regrette tout de même que l’Eta ne « pense plus le futur » : « L’État a négligé depuis longtemps sa fonction de stratège du futur. Le commissariat au Plan n’a jamais été vraiment remplacé. Il n’existe plus de lieu organisé où les savants, les scientifiques, les représentants de l’appareil productif, les syndicalistes se réunissent pour réfléchir à l’évolution du monde et à l’organisation de la société future »
Franck LIRZIN (03) constate que la politique européenne produit des divergences insoutenables : « l’Europe se trouve dans la situation surprenante d’avoir une balance commerciale à l’équilibre, voire légèrement positive, et des déséquilibres commerciaux internes très importants : par exemple en 2007 + 129 Md€ pour l’Allemagne et – 48 Md€ pour l’Espagne. Pour faire face à cette hétérogénéité, les règles ne devraient pas être les mêmes pour tous les pays. Or, c’est précisément à l’inverse que s’emploient toutes les nouvelles procédures budgétaires et économiques de la zone euro. »

Refaire l’Agence pour l’Innovation Industrielle ?
Bref, non seulement l’évolution internationale rendrait presque inenvisageable toute politique industrielle, mais en plus la politique proprement européenne, purement financière, est anti-industrielle. Pourtant, même ceux qui, comme M. Peyrelevade, veulent réduire l’Etat à un rôle minimal regrette qu’il ait « négligé depuis longtemps son rôle de stratège du futur ».
Si l’on reconnaît à l’Etat a pour rôle de penser le futur de la politique industrielle, il peut tout de même peut-être agir. Une expérience intéressante a été menée avec l’Agence pour l’Innovation industrielle. L’AII n’a existé que deux ans, entre 2005 et 200, pour de tristes raisons de règlement de compte entre sarkozystes et chiraquiens, et parce qu’elle se heurtait à des tracasseries bruxelloises pénibles et incertaines. Néanmoins, elle avait pu initier un certain nombre de grands projets (imagerie médicale, bioraffinerie, filière hydrogène…). D’autre part, Bruxelles exigeait qu’il existe une défaillance de marché, et j‘ai l’impression que l’idée que les marchés puissent être défaillants a quelque peu progressé ces dernières années. Ensuite, si les pays européens remettent à l’honneur la politique industrielle, l’idée finira bien par arriver jusqu’à la Commission Européenne. L’AII a été partiellement intégrée à la BPI, mais l’esprit unique d’innovation industrielle, de prospective, d’initiative, de mobilisation des industriels qui l’animait a, en grande partie disparu, digérée par la culture à prédominance financière de la BPI. L’heure est peut-être venue de recréer une Agence pour l’Innovation Industrielle, avec éventuellement une coordination européenne entre les différents pays.
 

dimanche 13 janvier 2013

Le grand retour des politiques industrielles


(Compte-rendu d’une conférence de M. Elie Cohen, pour l’AJEF 9 janvier 2013)

L’effondrement industriel de la France est une réalité

 Dans les dix dernières années, la France a connu un effondrement industriel profond et violent. L’industrie, au sens large, est passée de 18 % à 12.5 % de la valeur ajoutée, l’industrie française est 15ème sur 17 de l’Eurozone (le Royaume-Uni, prétendument désindustrialisé, et même l’Italie sont devant), 2 millions d’emplois industriels, soit 40% ont été perdus. La part de marché de l’industrie française est passée de 18% à 9%.
Si l’on parle en production manufacturière
Elie Cohen a réfuté toutes les contestations ou relativisations de ce constat. Qu’il s’agisse de la production manufacturière ou de  l’industrie large comprenant les services associés, les chiffres indiquent le même effondrement, et sont comparables de pays à pays. L’industrie n’est pas remplacée par les services et la désindustrialisation n’est nullement un signe de développement d’une économie.
L’industrie possède en effet trois caractéristiques qui la rendent irremplaçable comme moteur de l’économie : elle est l’activité la plus génératrice de gains de productivité et de croissance ; 80% du commerce international concerne des produits industriels ; 85 % des recherches ont pour objet l’industrie.
Un pays qui se désindustrialise s’endette en permanence en raison d »un déficit structurel de ses échanges, il n’investit plus en recherche, n’innove plus, cesse sa croissance. Ainsi s’amorce un cercle vicieux
A contrario, les pays comme l’Allemagne et les pays nordiques qui ont gardé une forte industrie, innovent, exportent et se renforcent

Compétitivité coût et hors coût

La campagne électorale en ce domaine s’est jouée sur un clivage droite (l’origine du problème, c’est la compétitivité coût et particulièrement les trente-cinq heures !) –gauche (c’est le manque de recherche, d’innovation, les erreurs de stratégie des entreprises) qui est la cause de l’effondrement industriel
Elie Cohen, avec une certaine ironie, reconnaît au rapport Gallois le mérite d’avoir créé un consensus sur ce que répétaient depuis des années la plupart des économistes : le décrochage industriel français est une réalité, nous avons en dix ans perdus dix points de compétitivité face à l’Allemagne, ce qui nous place avec une compétitivité en gros équivalente (il y dix ans, nous avions dix points d’avance).
La conséquence en est très nette et immédiate dans l’automobile : il y a dix ans, PSA était plus puissant, plus profitable, avait une meilleure image que Volkswagen. ; le solde automobile français était positif de 9 milliards, il est maintenant négatif de 2 milliards.
Alors s’enchaîne un cycle .vicieux : le manque de compétitivité coût fait décroître les marges des entreprises, qui ne peuvent plus innover et donc perdent aussi en compétitivité hors-coût.  Cet enchaînement a conduit à une crise préterminale de l’automobile- Renault a baissé de 50% sa production en France_, laquelle, avec m’ensemble des sous-traitants représente encore un cinquième de l’activité manufacturière.
C’est donc à la fois les compétitivités coûts et hors coûts qui sont en cause ; et il faut et un choc de compétitivité, et un plan.
L’exemple du solaire américain montre la difficulté de réagir à une situation trop dégradée : L’administration Obama a découvert qu’elle investissait lourdement dans une recherche dont son pays ne pouvait profiter car il n’avait plus la base industrielle  suffisante.
D’autre part, l’entrée de la Chine dans le système commercial international crée une situation nouvelle qui remet en cause la théorie des avantages compétitifs et de la spécialisation de Ricardo. En raison de sa population, de sa population formée, de sa technologie, de son capital financier, la Chine possède un avantage compétitif absolu.
Face à la situation de désindustrialisation, la France étant gravement touchée, mais pas la seule, il y a un retour de la politique industrielle, on réadmet que la main visible de l’Etat peut être utile.

La France et la politique industrielle – l’Ancien Temps

Normalement, ce retour de la politique industrielle devrait être une bonne nouvelle pour la France. Elle n’est pas dépourvue d’atouts : de bonnes infrastructures, un bon système de formation d’ingénieurs, une culture scientifique et technique ancienne, un état acquis à la croissance endogène. Et, de plus, la France, dans les trente glorieuses a inventé un modèle particulièrement réussi de politique industrielle, basé sur les grands projets (aéronautique, nucléaire…), ce qu’ Elie Cohen a appelé « le colbertisme high tech », avec un rôle important de la commande publique, de la recherche et des entreprises publiques plus ou moins monopolistiques, la constitution de champions nationaux, une planification stratégique.
Ce modèle a fonctionné pendant les « vingt glorieuses » (1950-1970), mais insiste Elie Cohen, il ne fonctionne plus, pour plusieurs raisons.  Il correspondait assez largement à une situation de rattrapage (dans les Telecom, le nucléaire civil, avec l’achat de licences américaines…), et  ce qui a servi à rattraper n’est pas forcément adapté à l’innovation véritable. Il s’appuyait sur une volonté d’indépendance nationale technologique, la possibilité de mesures protectionnistes, d’interventions étatiques, de dévaluations pour retrouver une compétitivité coût quand nécessaire, toutes choses qui nous sont désormais interdites dans le cadre de l’Europe. Il correspondait à une situation où les marges des entreprises étaient fortes (la production primait sur la libre concurrence) et les prélèvements sociaux faibles (ils ont augmenté d’un point par an sous Giscard et le chômage, en cas de formation, était indemnisé à plus de 100%, ce qui a fait de Giscard le Président le plus socialiste que la France ait connu, selon Cohen) ; l’investissement en recherche et développement pouvait représenter 4% du PIB, alors que nous avons renoncé à tenir les objectifs de Lisbonne – 3%- (seuls l’ Allemagne et les pays nordiques s’en approchent, nous sommes à un peu plus de 2%)
Un certain nombre d’erreurs ont été commises qui sont à l’origine du déclin de l’industrie française: face à la crise pétrolière, puis aux autres crises, l’Etat stratège a laissé la place à un Etat brancardier (d’après le titre d’un des ouvrages les plus connus de M. Cohen). Le choix de l’Europe, les dogmes du libre échange et de la politique de la concurrence ont interdit les recettes du passé, et les conséquences n’en ont pas été tirées, notamment en termes de politique macroéconomique ; la mondialisation et le poids particulier de la Chine constituent des défis nouveaux.

La France et la politique industrielle – les Nouveaux temps

La réalité de la désindustrialisation et de ses dangers a été perçue par le pouvoir politique vers 2005, sous le second septennat Chirac. Sur les conseils d’ailleurs parfois divergents d’un certain nombres d’économistes, dont Elie Cohen,  quatre principales stratégies ont été mises en place :
- Le retour des grands projets, permettant des innovations de rupture par l’organisation de grands projets collaboratifs, sous une forme renouvelée : ce fut la création de l’AII (Agence pour l’Innovation Industrielle), inspirée par le rapport Beffa
- La Datar a proposé de s’inspirer de la politique des clusters (USA) ou districts (Italie du Nord) : silicon valley, plastic valley…, dans lesquels l’activité industrielle se développe dans un territoire restreint grâce à la collaboration de grandes entreprises, de PME et de centres de recherches travaillant dans un même secteur : ce fut la stratégie des pôles de compétitivité
- Un financement plus adapté des PME et de leurs cycles de vie, permettant l’expansion de PME plus fortes, innovantes et exportatrices- dont nous sommes dépourvus contrairement à l’Allemagne : ce fut la transformation de l’Anvar en Oseo
- La création d’un environnement plus favorables à l’investissement dans la recherche et le développement : ce fut le crédit d’impôt recherche, qui a effectivement contribué à sauver un nombre importants d’emplois dans la recherche.
Selon Elie Cohen, chacun de ces remèdes avait ses mérites, mais, s’ils n’ont pas, ou pas assez bien fonctionné, s’ils n’ont pas réussi à renverser la désindustrialisation, c’est qu’ils ont été lancé tous en même temps, sans organisation, sans hiérarchisation, et avec un saupoudrage des moyens absolument contraire aux recommandations initiales.
Elie Cohen est le plus dubitatif sur la stratégie type AII, dont il dit qu’impliquant une intervention directe de l’Etat dans des grands projets innovants, il ne peut que se heurter à la politique de la Commission de Bruxelles.
Je ne partage pas son avis à ce sujet. L’AII n’a existé que deux ans, pour de tristes raisons de règlement de compte entre sarkozystes et chiraquiens, et il est vrai qu’elle se heurtait à des tracasseries bruxelloises pénibles et incertaines. Néanmoins, elle avait pu initier un certain nombre de grands projets (imagerie médicale, bioraffinerie, filière hydrogène…). D’autre part, Bruxelles exigeait qu’il existe une défaillance de marché, et j‘ai l’impression que l’idée que les marchés puissent être défaillants quelque peu progressé ces dernières années. Ensuite, si les pays européens remettent à l’honneur la politique industrielle, l’idée finira bien par arriver jusqu’à la Commission Européenne
Elie Cohen semble plutôt privilégier le financement des PME, soulignant qu’en Allemagne, les PME ne sont taxées que sur leurs bénéfices, ce qui permet leur développement, alors qu’en France une partie trop importante des taxes repose encore sur le CA ou la masse salariale.
Il défend aussi la stratégie des pôles de compétitivité, à condition qu’elle soit recentrée, débureaucratisée et avec de vrais objectifs industriels : environ 5 à 7 pôles étaient prévus, pour 500 millions d’euros, ils sont 71, pour des raisons de susceptibilité locale, pour le même budget, et leur direction est essentiellement universitaire, sans vision, ni expérience industrielle.

Elie Cohen : L’État brancardier : politiques du déclin industriel 1974-1984, Paris, Calmann-Lévy-St Simon, 1989, Le colbertisme high-tech : économie du grand projet, Paris, Hachette Pluriel, 1992, La tentation hexagonale : la souveraineté à l’épreuve de la mondialisation, Fayard, 1996, L’ordre économique mondial : essai sur le pouvoir régulateur, Fayard, mars 2001, Le nouvel âge du capitalisme, Fayard, octobre 2005, Penser la crise, Fayard, avril 2010