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dimanche 10 décembre 2017

Politique de recherche : zéro, c'est la politique à Macron (2) !


Voir mon blog précédent pour la politique du gouvernement ( zéro création de postes dans la recherche publique et la lettre d'Alain Fuchs !)
Et en support ces graphiques issus des statistiques de la Banque mondiale, montrant où la France en est et son évolution récente en matière de dépenses de recherche_ le décrochage !
Les graphiques parlent d'eux-mêmes !

 Dépenses de recherches en fonction du PIB- 1996-2015. La France décroche :



















mercredi 27 septembre 2017

Sauver le Musée des Tissus de Lyon

La grande histoire du Musée des Tissus
J’étais à Lyon pour un congrès et disposais d’une fin d’après-midi libre avant mon retour. Recherchant sur une base purement de proximité de la gare une visite possible, je choisis le Musée des Tissus- sans trop savoir à quoi m’attendre Aidé de Google map, je découvris assez facilement un charmant hôtel particulier, l’Hotel de Villeroy, construit au début des années 1730 par Claude Bertaud de la Vaure, , et qui fut durant tout le XVIIIème la résidence des gouverneurs de Lyon. Dans ce cadre magnifique, se situe l(une des plus vastes et des plus anciennes collections consacrée aux tissus, magnifiquement exposée. Et j’eus en plus la chance de bénéficier d’une visite commentée par le Conservateur qui accueillait ce jour là un groupe d’experts japonais des tissus anciens – ce fut passionnant et mémorable
Ce n’est qu’en 1950  que le Musée des Tissus s’est installé à l’Hotel de Villeroy- il résidait auparavant au Palais du Commerce d’où il fut évacué pour en protéger les collections en 1939. L’idée et la première réalisation datent de la fin de la révolution et des débuts de l »Empire, où Napoléon et son ministre de l’Intérieur, le chimiste Chaptal, veulent relever dans tout le pays les fabriques ruinées par la Révolution et relancer une idustrie française de prestige. Camille Pernon lui-même, célèbre marchand-fabricant d’étoffes, fournisseur des cours d’Europe, du Premier Consul puis de l’Empereur, soutient cette idée au début du XIXe siècle.
En 1806 et en 1814, sur l’ordre du ministre de l’Intérieur, le Préfet du Rhône presse la Chambre de Commerce et d’Industrie de recueillir des échantillons des produits de l’industrie exécutés dans le département. La Chambre demande par ailleurs, le 2 juillet 1829, au ministre du Commerce et des Manufactures d’établir à Lyon une collection d’étoffes de soie, de coton, de laine et de châles provenant des manufactures étrangères. La Chambre réalise elle-même ce vœu en 1834 et en 1846 en organisant des expositions de soieries étrangères. Celle de 1846 montrait le matériel exceptionnel collecté en Chine par la première mission commerciale (1843-1846), et les pièces les plus exceptionnelles furent acquises par la Chambre.
En août 1848, elle faisait aussi l’achat de dessins et d’étoffes provenant de l’ancienne maison Dutillieu, conduite à la liquidation, puis, en 1850, du petit « musée de fabrique » d’Auguste Gautier. Avec l’exposition Universelle de Londres de 1850 comme déclencheur ( les soyeux lyonnais comprirent l’intérêt de mieux faire connaitre et mettre en valeur leur activité),  il revint au Second Empire de parachever l’idée du Premier et de créer en 1856 un Musée d’Art et d’Industrie, dont l’objet était trop vaste et qui se spécialisera heureusement dans les tissus en  devenant en1891, le musée historique des Tissus de Lyon.
Une collection unique en Péril
Au fil des ans et de l’évolution du projet primitif la collection s’est considérablement agrandie à partir d’un fonds remarquable constitué par les archives d’anciennes maisons, les chefs-d’œuvre anciens collectés par les industriels eux-mêmes ou les pièces les plus intéressantes de la production étrangère. La Chambre de Commerce acquiert en 1862 la totalité de la collection constituée par le dessinateur de fabrique Jules Reybaud, qui comprend des centaines de textiles anciens et modernes, des milliers de documents graphiques européens ou extrême-orientaux et de nombreux dessins de fabrique. En 1875, elle entre en possession d’une partie de la collection de textiles médiévaux du chanoine Franz Bock. Les dons des fabricants viennent compléter, au gré des Expositions universelles, les fonds déjà constitués. En 1889, par exemple, la soierie lyonnaise a été particulièrement saluée par le jury de l’Exposition de Paris. Les principales maisons offrent au musée les laizes les plus remarquables produites à cette occasion. Emile Guimet convainc la Chambre de financer les fouilles menées par Albert Gayet sur le site mythique d’Antinoé, en Moyenne Égypte, et dès 1898-1899, la plus importante collection de textiles de la fin de l’Antiquité, provenant des nécropoles de cette ville, rejoint le musée. Les acquisitions sont constantes et intelligentes ; ainsi en 1999, des archives de la maison Bianchini-Férier, témoignant notamment de la collaboration de la maison avec l’artiste Raoul Dufy rejoignent le Musée.
Aujourd’hui riche d’une collection de près de deux millions cinq cent mille œuvres, le fonds du musée des Tissus est une référence mondiale pour la conservation, l’étude et la connaissance du textile. Le Musée des tissus retrace 4.500 ans d'histoire du textile, de la tunique en lin datant de 2.150 avant notre ère aux derniers tissus composites utilisés dans l'aéronautique, en passant par de multiples soieries précieuses. Parmi les chefs d’œuvre, cette toile de lin représentant la déesse Isis et la tenture aux poissons  ( Egypte, époque Ptolémaïque), les Plaisirs du roy Henry médaillon du Combat de l'ours, commanés par Diane de Poitiers pour son amant royal, des robes de Cour masculines de la dynastie Qing…
Mais voilà, si rien n’est fait, ce musée va disparaître ! Depuis 2014, la CCI, qui en est propriétaire affirme qu’elle ne peut plus financer son déveoppement. Et depuis 2014, le Musée survit dans un état précaire, avec la ville de Lyon la Région et l’Etat qui se refilent indignement la patate chaude et se défilent, promettant un financement si l’autre en apporte un. La situation a fini par susciter la colère d’un grand lyonnais habituellement assez flegmatique, Bernard Pivot : « Fermer le Musée des tissus, ce serait un crime culturel… Lyon est la capitale de la soie. Ça paraît invraisemblable, absolument dingue, que ce musée, qui fait partie du patrimoine lyonnais et recèle tant de merveilles, soit fermé. Et fermé par des Lyonnais"

Er que fait Gérard Collomb, qui a peu glorieusement laissé se dégrader la situation ? Nos modernes libéraux ne sont même pas capables de protéger, ni même sans doute d’apprécier l’activité, le patrimoine industriel, la culture de leurs ancêtres marchands soyeux lyonnais.



samedi 3 décembre 2016

Défendre l’Europe ? Moi, je veux bien, mais est-elle défendable (2) ?

De mauvais relents

Pour une fois, ce n’est pas la commission européenne qui est en cause, mas les Etats.  Le Monde du 25 novembre 2016 nous apprend qu’après  l’élection de Donald Trump, Berlin s’oblige à jouer un plus grand rôle international ; et que Merckel veut désormais consacrer  2% de son PIB à la défense.. Cela reviendrait à doubler (pas immédiatement, la chancelière le reconnaît) les dépenses militaires de l’Allemagne et à en faire la première puissance militaire d’Europe. Parallèlement, le Japon, avec des comptes publics japonais en lourds déficits et une dette qui représente l’équivalent de 245% de son PIB, augmente lui aussi ses dépenses militaires, pour la cinquième année consécutive ; avec un budget de 4.980 milliards de yen (soit 36 milliards d’euros), elles auront atteint leur plus haut niveau depuis la fin de Seconde Guerre Mondiale.

Que l’Allemagne augmente sa part dans la défense de l’Europe n’est pas forcément un mauvais signe, si cela permettait la construction d’une défense européenne, avec une industrie militaire européenne, et une certaine unité, qui ferait par exemple que les pays  européens, lorsqu’ils en ont la possibilité, achète préférentiellement du matériel militaire européen. Mais en fait, il s’agit de renforcer l’Otan, au cas où le gouvernement américain, comme le nouveau président l’a annoncé, exigerait davantage de ses alliés.  Dans le même numéro du Monde, il est assez intéressant d’entendre l’amiral Harry Harris, commandant de la zone pacifique énoncer les quatre principales menaces, que tout président américain considérera, dans cet ordre : «  Russie, la Chine, la Corée du Nord, le terrorisme ». C’est vraiment le bon ordre ?

Il me semblait portant que Juncker avait un grand plan d’investissement pour l’Europe : on pouvait penser que c’était plutôt dans les infrastructures informatiques, ou de transports, dans les nouvelles sources d’énergie, la santé et ses terribles défis, les promesses de la biologie, la protection du climat, la construction basse énergie…


Il m’ avait échappé que ce serait dans les dépenses militaires. Pourtant, si la Communauté Européenne a un bilan à défendre, ce sont bien les soixante-dix années de paix qui ont régné dans cette partie du contient, qui n’avais dans toute son histoire, jamais connu cela.  (l’éclatement de la Yougoslavie, que je n’oublie pas, a certes provoqué son cortège d’horreurs, mais n’a pas entrainé  l’Europe et le monde dans une nouvelle guerre)


mardi 7 avril 2015

Santé et vieillissement_une opportunité économique

Le modèle japonais

Intéressant article dans la Jaune et la Rouge (revue de l’Ecole Polytechnique) de mars 2015 : le Japon au défi du vieillissement. L’article commence par un rappel : le Japon est la société la plus vieille du monde avec  25 % de la population  qui a plus de 65 ans, contre 17,8 % en France. Le Japon connaît même une décroissance notable  de sa population (– 0,2 % par an). L’Archipel préfigure ce qui attend la grande majorité des sociétés développées, à des degrés divers : Chine et Corée sont sur la même évolution, voire plus rapide, puis l’Europe, les USA etc..

Or, étrangeté des étrangetés, figurez-vous : le Japon considère que les besoins de santé de sa population vieillissante constitue davantage une opportunité de croissance qu’un inconvénient ! Bizarrerie des bizarreries : « On pourrait croire que le vieillissement accéléré de la population et la stagnation économique ont entraîné des mesures drastiques de réduction des dépenses de santé et de médicaments, similaires à celles que nous avons connues dans certains pays du pourtour de l’Europe….Il n’en est rien. La population japonaise vieillit et son volume de soins augmente, mais, au lieu de brider cet élan, les dirigeants japonais ont fait le choix de continuer à soutenir ce marché, levier d’innovation, de dépense et de consommation. ».

Le marché du médicament offre un éclairage intéressant sur l’économie japonaise

Ceci est en particulier vrai pour le marché des médicaments  et le Japon a une des industries pharmaceutiques les plus puissantes et les plus dynamiques: «Dans le domaine pharmaceutique, plus généralement, le gouvernement a fait le choix de mener une politique favorable à l’innovation et à la concurrence, considérant que la santé pouvait être un élément de croissance de ce qu’il a appelé « l’économie grise » (au sens d’économie du vieillissement, ou des cheveux gris). Le marché japonais du médicament est un des marchés les plus attractifs du monde, représentant le deuxième marché mondial en valeur et voué à le rester sur le segment des médicaments d’innovation, même si le marché chinois devrait devenir supérieur en valeur en 2025. Les prix y sont plus élevés qu’en Europe. Ensuite, les conditions de prescription et de remboursement sont libérales, avec peu de contraintes sur les volumes.

Enfin, si les baisses de prix sont régulières, elles obéissent à des règles stables depuis plus de dix ans, ce qui offre à l’industrie une grande visibilité sur ses prévisions.. La présence d’une industrie pharmaceutique puissante et qui investit en recherche n’est pas étrangère non plus au consensus politique pour soutenir le secteur. »

La « Silver Economy » : Une politique globale du vieillissement

Le Japon mène une vraiment une politique globale du vieillissement, avec un investissement fort, non seulement dans le domaine pharmaceutique, mais aussi sur les technologie robotiques, informatique et télécommunication. Ainsi, le Ministère de l’Économie, du Commerce et de l’International (METI) avait depuis longtemps fixé comme axe prioritaire de développement, les recherches en lien avec le vieillissement de la population. Les pouvoir publics, en soutenant en particulier les entreprises privées du domaine de la robotique, tentent de répondre au manque de d’aides-soignants par le développement de robots adaptés aux soins et à l’assistance à la personne. Plusieurs plans nationaux de développement de la filière avaient déjà été menés dans le passé tels que le « Humanoid Robot Project » en 1998 puis le « 21st Century Robot Challenge » en 2001. Début 2013, le METI a lancé un appel à candidatures pour le développement de robots à bas prix (comme par exemple des robots-infirmiers) offrant ainsi une aide publique pour stimuler le marché. L’objectif est de déployer à grande échelle des solutions robotiques innovantes. Le centre de recherche de RIKEN et Tokai Rubber Industries a développé « RIBA » (Robot for Interactive Body Assistance). C’est un robot capable de soulever et de transporter une personne (jusqu’à 80 kg). Il sera utilisé dans des maisons de retraite dès l’an prochain (pour mémoire, le premier prototype date de 2009).

Plus généralement, le Japon a misé dès 1994 sur le principe du "design universel", qui permet que toutes les infrastructures, notamment les lieux publics et les transports, deviennent progressivement accessibles à tous. Le Japon a également légiféré sur des standards industriels visant à encadrer l’industrie dans le développement de produits et services destinés aux personnes âgées. Un processus de standardisation, encadré par le National Institute of Technology and Evaluation, qui implique les industriels. En Europe, seule l’Allemagne a lancé en 2009 une initiative proche "l’âge, un facteur économique" qui cherche à sensibiliser les entreprises aux conséquences du vieillissement de la population sur leur activité. Cinq secteurs ont été ciblés : la santé, le tourisme, le commerce de détail, les services financiers et les services ménagers.

Les dépenses mondiales en soins de santé connaîtront une croissance supérieure à celle du PIB mondial, surtout dans des domaines tels que la dialyse, l’orthopédie et le traitement des maladies liées à l’âge. Certains pays choisissent la réduction des dépenses de santé, par tous les moyens,; d’autres considèrent les besoins de santé, en particulier à l’âge comme des opportunités de croissance. Devinez qui seront les vainqueurs, et chez qui les personnes âgées seront plus humainement traitées ! Un rapport australien rappelle que les personnes âgées sont contributeurs nets de soins et d’aides jusqu’à l’âge de 75 ans (The benefits of an ageing population – transition, not crisis ; The Australia Institute).

En ce qui concerne plus spécifiquement les médicaments, nombreuses sont les situations pour lesquelles les traitements existants sont soit inadaptés soit tout simplement inexistants  pour les personnes âgées : antiinflammatoires ou antihypertenseurs non tolérés, ostéoporose, arthrite, reflux gastro œsophagien, sans parler évidemment de la maladie d’Alzheimer et autres maladies neurodégénératives. Le Japon est actuellement le second marché pharmaceutique et son industrie pharmaceutique est l’une des plus puissantes au monde ; son investissement dans la domaine des pathologies liées à l’âge est un garantie qu’elle le restera pour longtemps !