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vendredi 24 novembre 2023

L’éolien offshore européen dans un trou d’air

Article remarquable de Dominique Finon ( CNRS/CIRED) et Etienne Beeker ( France Stratégie) sur les difficultés structurelles ( et non conjoncturelles, comme certains essaient de le faire croire ) de l'éolien offshore en Europe.

Extraits : " L'éolien offshore a été perçu comme la solution miracle pour assurer de manière décarbonée la sécurité d'approvisionnement électrique du continent d'ici dix ans, notamment dans les pays qui rejettent l'option nucléaire, en se basant sur des anticipations de baisses de coût spectaculaires"

"L'illusion des prix bas de l'éolien offshore est un phénomène collectif qui s'est joué dans les interactions entre les différents types d'acteurs.

Les pouvoirs publics, confiants dans les vertus indiscriminées de la concurrence, ont accéléré la fréquence des appels d'offre et engendré une course à la subvention zéro en se confortant de voir les prix demandés par les développeurs baisser à chaque appel d'offres pour lancer rapidement le suivant.

Les banquiers et fonds d'investissement ont prêté à des taux très bas, en se basant sur les affichages de projets et les prix demandés, et non les réalisations effectives. Les fonds, à la recherche de diversification de leurs activités, cherchaient à prendre pied à n'importe quel prix dans un secteur vert présenté comme extrêmement prometteur, en candidatant de façon agressive tout en cherchant à écarter des concurrents ayant de moindres capacités financières.

La croyance de tous dans des courbes d'apprentissage rapide semblables à celles du solaire PV a conduit à la course en avant dans les sauts de taille et le gigantisme, qui ont fini par gripper l'ensemble de la chaine d'approvisionnement.

Les fabricants de turbines se sont retrouvés pris dans une course qui les a obligés à réduire dangereusement leurs marges et les a exposés à une remontée brutale du coût des intrants (l'acier, le cuivre, les matériaux composites et donc le gaz…).

Pour finir personne n'a voulu croire que la période de taux très bas qui a prévalu ces dernières années était passagère....

Cette illusion a été amplifiée par les ONG et l'International Renewable Agency (IRENA), aux publications orientées et, il faut le dire, trop souvent dénuées d'objectivité. Elles n'ont cessé de communiquer sur cette fantastique chevauchée de tailles à la hausse et de coûts à la baisse. C'est ainsi que s'est établi le mythe de l'éolien offshore, solution miracle qui allait permettre de boucler le mix électrique"

En conclusion, la crise actuelle de l'éolien offshore en Europe (et aux États-Unis) n'est pas celle d'une entrée dans la maturité, comme certains la voient, mais d'abord une crise structurelle du mode de gouvernance des politiques de promotion d'ENR, relevant plus de choix idéologiques que de choix rationnels à base d'analyses technico-économiques approfondies.

Article complet  : https://www.telos-eu.com/fr/economie/leolien-offshore-europeen-dans-un-trou-dair.html



lundi 5 avril 2021

Brève chronique de quelques black-out

 Dédié aux tweets récurrents des fanas des ENR sur tel jour à telle heure, le pourcentage d’éolien et de solaire a dépassé un nombre mirifique

Australie du Sud,  30 sept. 2016,  panne géante, l’une des plus grande de l’époque moderne,  la totalité des habitants d'Australie-Méridionale privés d'électricité pendant plusieurs heures, après déjà plusieurs black out partiels ; 45%  d’éolien, un prix de l’électricité quadruplé. Le gouvernement travailliste perd les élections.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/01/electricite-vers-le-grand-noir-le.html

Angleterre, 9 août 2019, 16 h 16. Le gestionnaire du système électrique britannique communique fièrement : Ce matin, la part de l’éolien dans le mix énergétique britannique atteignait près de 50 %, la proportion la plus élevée jamais enregistrée, Une demi-heure plus tard : black-out. Londres et le sud de l’Angleterre, du Lincolnshire, à l’est, aux Cornouailles, à l’ouest, sont touchés par une panne d’électricité géante ! plus de métros à Londres, dans les hôpitaux, on termine les opération à la lumière de téléphones portables


https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/08/trop-denr-black-out-assure.html

Le 21 avril/23 mars 2020, en plein crise COVID, la France a échappé  de justesse à un black out avec une fréquence descendue à  49, 8801 Hz à 10 heures et 10 secondes ! En cause, exactement ce qui était annoncé, la priorité sur le réseau des ENR et leur brusque variation. Idem pour l’Allemagne et  l’Angleterre , les gestionnaires de réseau s’étant trouvés à court de moyens permettant de conserver l’équilibre du système. Pendant cette période, la consommation avait baissé, ce qui avait permis d’analyser in vivo l’impact d’une proportion plus importante d’ENRi.

 https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/06/black-out-elisabeth-borne-et-francois.html

https://threadreaderapp.com/thread/1272219764421799937.html

 Californie, aout 2020 : Trop chaud ! : coupure brutale du réseau, les 33 % d’ENR par temps de canicule fournissent que dalle, pas assez de pilotables.


https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/08/canicule-covid-enr-et-nucleaires-qqs.htmlhttps://twitter.com/EricSartori3/status/1297067391009067008

France-Europe, 8 janvier 2021 : vers 14h, variation brutale de la fréquence électrique sur le réseau européen – l’Europe coupée d’urgence en 2 pour éviter un effondrement du réseau

Texas et Oklahoma, février 2021 : trop froid !  une tempête de froid, les ENR au tapis et le gaz censé suppléer aux ENR quand elles ne fonctionnent pas,  gelé. 4.5 millions privés d’électricité par grand froid, plusieurs dizaines de morts. (58?)




https://twitter.com/EricSartori3/status/1362158907871879172

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/02/rollink-black-out-blackout-tournants-au.html

Note de France Stratégie  : https://www.strategie.gouv.fr/publications/securite-dapprovisionnement-electrique-europe-horizon-2030: Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? Une forte part d’ENRi dans le mix électrique augmente la probabilité de déstabilisation du réseau et en complexifie le pilotage.

 https://twitter.com/EricSartori3/status/1363974762779803654?s=19

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/02/note-de-france-strategie-quelle.html

La PPE et le 100% ENR encore moins, ça passera pas !

,En avant vers un futur brillant selon le Rac et NegaWatt !

samedi 13 juin 2020

Black out : Elisabeth Borne et François Brottes (RTE) sont sur un bateau…et commencent bien tardivement à s’inquiéter !


Conférence de presse hallucinante de Borne et Brottes, jeudi 11 juin 20 : Le black out approche

Soit la ministre de quoi au fait, de «  la transition écologique et solidaire » ( en passant, c’est quand même un peu fort de café qu’il n’y ait pas de ministre de l’énergie compte tenu de l’importance multiforme de l’énergie, essentielle à toutes les autres activités, et il n’y a même pas le mot énergétique dans on ministère et François Brottes, le président du Réseau de Transport Electrique ont tenu conférence de presse commune !
                                           
C’est qu’à force de faire n’importe quoi, les deux zouaves commencent à vraiment s’inquiéter d’un risque de blackout, c’est-à-dire d’effondrement du réseau dont ils devront porter la responsabilité politique. Un black out, c’est je rappelle l’électricité  sur toute une région ou un pays, qui pouf, disparait :  les transport en commun s’arrêtent, comme ça, en plein tunnel, plus d’ascenseurs, plus de codes, plus de lumière, plus de respirateurs, plus d’hôpitaux ( oui, normalement un groupe de secours est censé fonctionner, en théorie ; dans la pratique, les chirurgiens tentent de finir leur intervention à la lueur de leurs portables, comme c’est arrivé en Australie du Sud) plus de wi-fi,…

Tiens une petite image du black out londonien, le vendredi noir londonien -9 août 2019, 



Et le black out en France arrive. Le risque, on le connait depuis longtemps, et c’est pas une découverte. Mais la crise du Covid est passé par là et a encore aggravé la situation.

Le quasi black out du Covid : les dénégations de François Brottes

Le 23 avril 2020, en plein crise COVID, la France a échappé  de justesse à un black out avec une fréquence descendue à  49, 8801 Hz à 10 heures et 10 secondes ! En cause, exactement ce qui était annoncé, la priorité sur le réseau des ENR et leur brusque variation.

 Commentaire désinvolte du très politique président du réseau, François Brottes : c’est « une sorte de nouveau sport » consistant à « éviter les surtensions » en raison du risque d'écroulement"…."Cette situation a amené quelques surprises car on n'avait jamais connu une telle profondeur".

 Le mot black out n’a pas été prononcé, mais c’est bien ce qui a failli se passer, en plein Covid ! Avec les hôpitaux fonctionnant à plus que flux tendu !

 Et c‘était parfaitement prévisible ! La cause : l’intermittence et les fortes et rapides variations des énergies renouvelables et leur priorité d’accès au réseau. Peu avant, Fatih Birol Directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avait attiré l’attention sur le risque accru de blackout en période de faible consommation, telle que celle entraînée par les mesures de confinement. Pour la raison que la part d’énergies intermittentes est augmentée du fait de leur priorité sur le réseau et qu’on peut d’autant moins compter sur la flexibilité de la consommation industrielle pour rétablir l’équilibre que cette consommation est réduite.

La logique du fada (François Brottes)

 Alors, cette déclaration de François Brottes est proprement ahurissante, lorsqu’il annonce fièrement : « « Le 11 mai dernier, 30% de la consommation électrique assurée avec l'éolien. Ca n'est plus anecdotique»
 Ohé Fada, justement c’est bien le problème et c’est bien de là que vient le risque de black out !!
 Bon d’abord, ce qui était vrai le 11 mai ne l’était plus du tout le 21 mai où la production éolienne représentait à tout péter 5 % de la consommation (Merci @AStrochnis https://twitter.com/AStrochnis/status/1271090727502700545?s=09)


Heureusement que le nucléaire était là et bien là !

 Et si on prend tout le mois d’avril (Merci Sylvestre Huet), on voit que le production éolienne a été constamment médiocre et vraiment intermittente


Heureusement que le nucléaire était là pour compenser . Il a vaillamment fait du suivi de charge, ce qui est un peu une aberration technique et économique, il n’est vraiment pas fait pour ça, mais il peut le faire ( et, en passant, l’EPR le fera encore mieux !)
Bon, c’est passé pendant la crise du Covid, de justesse, grâce au nucléaire, pas à l’éolien. Alors quand François Brottes se vante de ses 30% d’éolien le 11 mai, soit il est incoscsient, soit il se moque du monde. Car aller au-delà de 30% d’éolien , comme les Anglais et les Australeins  du Sud l’ont expérimenté, c’est courir le risque certain d’un effondrement massif du réseau, un black out vrai de vrai , et un sévère !

 Un black out cet hiver ? Chronique d’un désastre annoncé !

 On a échappé au black out en plein Covid, mis cet hiver, ça risque d’être beaucoup plus tendu. Et c’est pas non plus une surprise, ça a été plutôt bel et bien annonce.

 La France a un problème historique de pointe hivernale : en raison du fort équipement en chauffage électrique ( NB c’est bon pour lutter contre le réchauffement climatique, ça évite de brûler du gaz et de dégager des tonnes de CO2),  lorsque la température baisse de manière importante, il faut mobiliser tous les moyens disponibles du réseau électrique et importer de l’électricité depuis nos voisins européens – alors que la France est d’habitude exportatrice le reste de l’année !

Par hiver froid, en période normale, on est ric-rac !

Or déjà, avant la crise du Covid, et en prévision de la fermeture de Fessenheim, le RTE avait averti -le RTE, les subordonnés de François Brottes)

« Extrait du Bilan prévisionnel 2019 de RTE : «Or, au cours des 15 dernières années, la France est passée de cette situation de surdimensionnement à une situation de respect strict du critère de sécurité d’approvisionnement. Ceci est principalement le fait de  fermetures d’installations au fioul et au charbon. De nombreuses centrales de ce type (pour une puissance cumulée de près de 12 GW) ont été mises à l’arrêt depuis 2012, pour des raisons environnementales (ces moyens étaient parmi les plus émetteurs de gaz à effet de serre du parc) et économiques (ils fonctionnaient très peu). »

 Mais depuis, il y a eu 1) la fermeture du premier  réacteur de Fessenheim, puis celle du second prévu cet été. 2 fois 800 MW qui vont bien manquer !!

 Et 2) il ya eu la crise du Covid. Pendant la crise du Covid,, EDF a tenu, le nucléaire a tenu, et c’est heureux, l’électricité étant un bien essentiel. Mais  EDF a fonctionné avec deux tiers des effectifs habituels, mesures sanitaires oblige ; et les visites décennales de centrales nucléaires (6 prévues en 2020 et 7 en 2021) vont prendre trois mois de plus que prévu - certains réacteurs seront donc arrêtés plus longtemps. Et ils vont cruellement manquer cet hiver .
D’où l’inquiétude des deux compères, Borne et Brottes,  dont la responsabilité est engagée.

 Premier réflexe ; mettre en cause EDF :

 Borne : « «La crise que nous vivons nous montre les difficultés que nous avons à mener les grandes opérations de rechargement de combustibles et de maintenance de nos centrales nucléaires», déclarait le mois dernier la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne. »

 Menteuse ! Non, madame, EDF sait très bien faire ses arrêtes de tranche, elle est l’une des entreprises les plus performantes et les plus efficaces en ce domaine, au point de servir de modèle à ses homologues étrangers.

 Borne : « Du fait de la crise sanitaire, les travaux de maintenance habituels des centrales nucléaires ont été décalés. J’ai demandé à d’optimiser leur calendrier pour assurer le strict respect de la sûreté des centrales et le meilleur approvisionnement électrique cet hiver »

 Menteuse ! La crise du Covid a contraint à retarder les arrête de tranche et EDF ne vous a pas attendu pour les replanifier autant que faire se pouvait :  le groupe a reporté en 2021 la maintenance de huit réacteurs nucléaires prévue cette année, afin de pouvoir compter sur eux pendant la vague de froid.
 Au-delà, c’est pas trop possible !

 Brottes et Borne, message martelé  dans leur conférence conjointe du jeudi 11 juin. ; « Il n’y aura pas de black-out l’hiver prochain en France ». Autrement dit : pas de risque de coupure généralisé du courant.

 Ben tiens, mais c’est pas du tout l’avis du député (pourtant LREM) Anthony Cellier, rapporteur de la loi énergie climat votée en 2019. « Suite au #Covid_19, il y a un risque pour la sécurité d’approvisionnement électrique pour les hivers 2021 et 2022 en France. Pour moi, nous ne pouvons ignorer l’hypothèse d’un Blackout ! » (Twitter)

 En prévision de production, « on passerait alors d’une production de 380 terawatts-heure (TWh) en 2019 à quelque chose de l’ordre de 300 TWh en 2020, détaille François Brottes. La différence est notable. Nous serons donc cet hiver dans une situation "dégradée", avec 6 GW [de capacités nucléaires disponibles] en novembre/décembre et 3 GW en moins en février par rapport au planning prévu avant la crise sanitaire, observe François Brottes, président de RTE, en charge de l’équilibre du réseau électrique.

La première réaction , c’est déjà fallait pas fermer Fessenheim et ses 1.8GW

 Commentaire de Sylvestre Huet : « oui, cette électricité est utile…il aurait donc été raisonnable de prévoir, dès maintenant, l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim à l’horizon 2040 au plus tard dans le cadre d’un plan général organisant la fin de l’exploitation de tous les réacteurs de cette génération afin de lisser dans le temps leurs mises à la retraite. » https://twitter.com/HuetSylvestre/status/1271158836842377217?s=09)

Elisabeth Borne a exclu de retarder la fermeture du second réacteur de Fessenheim : «  « On ne change pas de trajectoire et de politique énergétique du jour au lendemain », De fait, je laisse aux spécialistes la question de savoir si ce serait possible et si l‘Autorité de Sureté l’accepterait, et quels investissement seraient nécessaires. De fait, il paraot très difficile de revenir sur ce processus bien enclenché.

Encore une fois, c’était pas fermer Fessenheim du tout qu’il aurait fallu, une fermeture purement pour motif de basse politique, complaire aux écolos bigots et anti nuc ( ils e le sont pas tous)

Mais alors comment Borne et Brottes compte s’y prendre pour éviter le black out ?

 1) le charbon !!

 Les quatre dernières centrales à charbon encore en activité en France pourraient rendre des services précieux cet hiver en cas de pic de consommation. « Celles-ci doivent fermer d'ici 2022 – « le calendrier reste inchangé », indique Elisabeth Borne

 Tiens, on fait comme les Allemands, on ferme du nucléaire pour remettre du charbon en route. Ca, c’est de la politique climatique, cocotte !

 2) Les coupures ciblées

 - Chez les industriels : Si la température venait à descendre nettement en dessous des moyennes de saison, le gouvernement et RTE ont mis en place un bouquet de leviers pour tenter de faire baisser la consommation dans les moments difficiles. Il existe des contrats avec des grands industriels qui sont rémunérés annuellement pour accepter des coupures très rapides qui permettent d’économiser l’’énergie.

Ca c’est bon pour la production, cocotte ! déjà qu’elle est en berne avec la crise Covid,

-Chez les citoyens : on demandera aux citoyens de faire des efforts en généralisant un dispositif appelé EcoWatt, déjà testé en Bretagne et en région PACA. Les volontaires reçoivent un SMS les invitant à décaler leur consommation d’électricité lorsque le réseau est en tension.

Bon, va falloir s’acheter des couvertures ! Et les efforts seront-ils volontaires ? Après tout, avec Linky, on peut facilement à distance vous effacer du réseau si on juge que vous consommez trop !

3) les thermostats : un « coup de pouce » pour l’installation de thermostats qui permettent ne pas chauffer au-delà d’une certaine température ou de ne pas chauffer du tout en cas d’absence. Ce « coup de pouce » prendra la forme d’une aide de 150 euros en certificats d’économie d’énergie à partir du 1er juillet
 Ben, si ça se passe comme l’isolation des combles à 1 euros, il y a de sérieux doutes sur l’efficacité !

4) Une campagne de l’Ademe (Agence de l’environnemnt et de l’énergie) démarrera en septembre pour sensibiliser les citoyens aux écogestes.

 Bon, moi je serais plutôt partisan d’une campagne citoyenne pour sensibiliser l’Ademe aux réalités physiques et technologiques de la production d’électricité et au calcul du coût réel des ENR. La Cour des Comptes peut les aider…

 La logique du fada (Elisabeth Borne) 

 Coup de pied de l’ânesse : « La situation me conforte dans l’idée qu’il faut avoir un mix électrique diversifié. Tout en saluant l’extrême professionnalisme des agents d’EDF, force est de constater que dépendre d’une source d’électricité à 70 % n’est pas la façon d’être le plus résilient »
 Alors là, on hésite entre l’imbécillité ou le cynisme politicien et prendre les gens pour des imbéciles ?

 C’est en supprimant des sources d’électricité pilotables, du nucléaire, et  en les  remplaçant pas des sources intermittentes  ( et plus carbonées, surtout lorsqu’on les complète par du gaz ou pire du charbon) que l’on devient plus résilient ??? Et plus climatique ???
 Il va nous manquer cet hiver entre 3 et 6 GW de nucléaire, et c’est dramatique parce que cela va mettre, en plein hiver, notre pays en danger de black out.

 Et la conclusion, c’est : il nous faut moins de nucléaire ??

 Tiens, un avis de recherche assez drole @Tristan Kamin : pour compenser ces 3 à 6 GW nucléaire manquant, nous sommes à la recherche des 25 GW d ENR essentiellement éoliens installés à coup de dizaine de milliards d’aides et subventions diverses ( 120 milliards selon la Cour des Comptes, soit plus de 10 EPR)

Eh ben, on peut simplement pas compter dessus ! Puisqu’ils sont intermittents !

 La conclusion, c’est : il nous faut moins de nucléaire ??

 Ben non, plus de nucléaire ! C’est d’ailleurs l’avis de l’Agence internationale de l’Energie (cf. le thread de Tristan Kamin

vendredi 4 octobre 2019

Politique énergétique et climatique : nous avons besoin d’un Etat stratège (1) !


Dans le dernier mois, au moins deux tribunes libres consacrées à la transition énergétique insistent sur la nécessité d’un Etat Stratège pour répondre aux immenses défis climatiques et énergétiques qui s’annoncent.

Le premier est consacré à Astrid, et lorsque des gens du calibre d’Yves Bréchet prennent la parole
, et au surplus sur un tel ton, il bon qu’ils soient entendus. ( Yves Bréchet est membre de l’Académie des sciences, ancien  haut-commissaire à l'Énergie atomique de 2012 à 2018, Polytechnicien, Chercheur en physique des solides et également diplomé en Histoire des sciences Diplôme d'études )

Yves Bréchet : L’arrêt du programme ASTRID : une étude de cas de disparition de l’État stratège
Revue Progressisteshttps://revue-progressistes.org/2019/09/22/larret-du-programme-astrid-une-etude-de-cas-de-disparition-de-letat-stratege/ allez voir le texte complet !

Extraits :

« L’électricité joue un rôle fondamental dans nos sociétés depuis un siècle, et donner accès à ses bénéfices est une signature du développement industriel et sociétal d’un pays. Il s’ensuit naturellement qu’elle ne peut être considérée comme une marchandise parmi d’autres, aussi bien parce qu’elle est difficilement stockable que parce qu’elle nécessite des investissements lourds pour la produire, la transporter, la distribuer. C’est pour cela que dans l’après-guerre, la République française a décidé d’en faire une mission régalienne. Cette décision a permis l’électrification du pays, le développement de l’hydroélectricité et, pour répondre à la crise pétrolière des années 1970, le déploiement du programme électronucléaire Français. Grâce à des serviteurs de l’État exemplaires comme Marcel Boiteux, nous avons hérité d’un parc électrogène et d’un réseau de distribution exceptionnel qui de surcroît positionne la France au meilleur niveau de la lutte contre le réchauffement climatique. Une certaine idéologie a voulu sortir de cette dynamique, qui était issue de la nécessité d’un bien commun, et soumettre l’ensemble aux lois du marché selon le dogme que le marché conduit nécessairement à des solutions optimisées. »

« Il faudra un jour faire un bilan de cette injonction doctrinaire mais une caractéristique des idéologies, quelles que soient leurs couleurs, est qu’elles sont rétives à la comparaison aux faits. Le découplage de la production et de la distribution pour cause de concurrence européenne, la nécessité de donner accès au parc hydroélectrique lors même qu’il est indispensable et tout juste suffisant pour stabiliser le réseau électrique mis à mal par la pénétration à marche forcée des énergies intermittentes, et plus récemment le choix ahurissant de se séparer de notre industrie des turbines, dans un pays ou l’énergie électrique est à 90 % nucléaire ou hydraulique, devraient suffire pour démontrer à quel point l’État a cessé d’être un État stratège pour devenir un bouchon flottant au fil de l’eau, » ….
« La récente décision du gouvernement d’arrêter le projet ASTRID de réacteur à neutrons rapides est un cas d’école de démission de l’État, dans une vision court-termiste dont on peut raisonnablement se demander ce qui l’emporte du désintérêt pour l’intérêt commun ou de l’ignorance patente des aspects scientifiques et industriels de la question. »

« Dans le tournant du millénaire, nos prédécesseurs nous ont laissé un système électrique de grande qualité. La France dispose d’un parc électronucléaire de 58 réacteurs qui contribue pour 75 % à sa production d’électricité – un cas exemplaire d’électricité à 90 % décarbonée ! – et qui en fait du pays un des meilleurs élèves de la planète en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ayant une énergie électrique à 90 % déjà décarbonée, on pourrait penser qu’une véritable politique environnementale pour lutter contre le réchauffement climatique pourrait utiliser les moyens de l’État autrement qu’en essayant de décarboner une électricité déjà décarbonée ! »...

« Actuellement, et contrairement à ce que la doxa verte affirme, personne n’est capable de dire quelle proportion d’énergies décarbonées non nucléaires est compatible avec nos sociétés industrielles. Ce n’est pas une question du coût des renouvelables, qui baisse constamment, c’est une question de physique. On ne sait pas quelles sont les capacités de stockage réalistes, on ne sait pas les modifications indispensables du réseau de distribution, on ne sait pas quelle part de production et de consommation localisées est compatible avec un mix énergétique donné, et enfin la production à partir d’énergies fossiles d’une électricité décarbonée rendue possible par un stockage de masse du CO2 est à ce jour un vœu pieux. Dans cette situation, faire le pari qu’on pourra se passer du nucléaire relève plus de la méthode Coué que de la saine gestion politique. La France devrait rester, au moins pour les décennies à venir, un pays à forte composante nucléaire, et c’est d’ailleurs ce qui avait été maintes fois répété par le président Emmanuel Macron. Mais il ne semble pas évident, au moins au vu des dernières décisions, que la cohérence soit une vertu majeure de l’actuelle politique énergétique »…

« La politique de « fermeture du cycle des matières nucléaires », clé de voûte de la politique électronucléaire responsable depuis presque cinquante ans, vise à éviter l’accumulation des déchets nucléaires, dont le déchet majeur est le plutonium alors que c’est un excellent combustible fissile, et à tirer le maximum d’énergie des matières premières issues du minerai d’uranium. Cette clé de voûte a été pensée par un État stratège soucieux d’assurer au pays, dans le sillage de la crise pétrolière des années 1970, une indépendance énergétique. C’est aussi une condition pour un nucléaire durable et responsable, et c’est bien là le problème… D’aucuns aimeraient bien que le nucléaire ne soit pas durable, ce qui serait une excellente raison pour en sortir, et ils ont parfaitement compris le point dur que les gouvernants actuels semblent avoir quelques difficultés à comprendre. Il se trouve que les réacteurs à neutrons rapides (RNR) sont capables de brûler tous les isotopes du plutonium, et donc de transformer ce déchet en ressource. Ils peuvent également brûler l’uranium naturel et l’uranium appauvri. Les RNR peuvent donc transformer les déchets, en particulier le plutonium, en ressource, et consommer toutes les matières fissiles issues de la mine. Ce faisant, de facto, les RNR permettent une gestion rationnelle de la ressource « site de stockage profond ». Parmi les différentes possibilités techniques pour réaliser la fermeture du cycle, le RNR à caloporteur sodium est l’option technologique la plus mature.
Arrêter le programme des RNR en arguant de solutions de remplacement est au mieux aventureux, au pis malhonnête. »….

PENDANT CE TEMPS, AILLEURS DANS LE MONDE… Au prix d’une pirouette rhétorique, la fermeture du cycle du combustible demeure la politique officielle de la France. Pour faire bonne mesure, on s’offrira quelques études sur des solutions technologiquement moins matures (pour être bien certains qu’elles ne passent jamais à l’étape d’industrialisation), on prétendra faire du multirecyclage en REP (alors que les problèmes de redressement isotopiques du plutonium sont largement non triviaux et que les décideurs industriels le savent… ou devraient le savoir), et par une admirable tartufferie on renoncera à la fermeture du cycle tout en prétendant le conserver. On peut être admiratif de la manœuvre en termes de communication politique sans pour autant considérer qu’elle soit digne d’hommes d’État.

Entre-temps, le monde continue à tourner… et les grandes puissances engagées dans le domaine du nucléaire, et qui ont choisi la fermeture du cycle du combustible comme politique (suivant en cela l’exemple de la France), s’engagent sur la voie de la réalisation concrète de réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium (suivant la France dans ce choix, mais ne l’imitant pas dans ses hésitations et ses inconséquences)….
Le premier béton du réacteur RNR-Na chinois CDFR-600 (China Demonstration Fast Reactor de 600 MWe) a été coulé le 29 décembre 2017 à Xiapu, dans la province de Fuijan. Ce réacteur est conçu et construit par CNNC (China National Nuclear Corporation). Le planning actuel prévoit sa mise en service en 2023. Cette construction se déroule dans la prolongation du programme sur les RNR refroidis au sodium qui se déroulait au CIAE (China Institute of Atomic Energy), près de Beijing. CNNC annonce que les RNR-Na seront la principale technologie déployée en Chine au milieu de ce siècle….Toutes ces informations étaient connues du gouvernement français au moment de sa décision d’arrêter le projet ASTRID…..

Mais il semble que, toujours créatifs dans notre capacité à manquer les rendez-vous de l’histoire, la France s’apprêter à descendre d’un train que nous avons contribué à construire, au moment même où il va partir !

COMMENT DE TELLES DECISIONS SONT-ELLES POSSIBLES ? Regardons les choses en face et appelons un chat un chat : l’arrêt d’ASTRID est une ânerie historique, le gâchis de soixante-dix années d’investissement de la République, presque 1 milliard d’euros partis en fumée… Mais ce n’est qu’un révélateur parmi d’autres de la déliquescence du tissu industriel de notre pays et la décrépitude du service de l’État.
Si on peut pardonner au politique de manquer cette vision, et de sacrifier une stratégie a des visées électorales, au moins ont-ils l’excuse de ne pas savoir. Mais quand ils sont servis par des hauts fonctionnaires qui, faute d’avoir jamais pratiqué la science et la technique, allient une incompétence encyclopédique sur les aspects scientifiques et industriels à une mentalité de courtisans qui s’imaginent qu’obéir aux princes est synonyme de servir l’État, les derniers remparts contre les décisions techniquement absurdes cèdent.

L’État stratège, qui dans les années 1970 a pensé une politique énergétique qui assurait l’indépendance du pays par un usage optimal des ressources, a cédé la place à un État caméléon, qui rend le pays dépendant de la Chine pour le photovoltaïque et le met entre les mains de la Russie pour l’approvisionnement en gaz…, tout en s’autorisant de la lutte contre le réchauffement climatique alors que rien dans cette lutte ne justifie la décroissance de l’énergie nucléaire.
Cette accumulation de contresens donne aux dirigeants actuels, par cette décision d’arrêter le projet ASTRID, le douteux privilège de rentrer dans l’histoire non pas par la grandeur des projets qu’ils pourraient lancer mais par l’incapacité à comprendre la valeur des projets dont ils ont hérité et dont ils décrètent l’arrêt avec une légèreté confondante.
Par charité, on peut mettre cela sur le compte de l’inexpérience, mais alors rappelons-nous la parole de l’Ecclésiaste : « Malheur à la ville dont le prince est un enfant. »

Commentaire pas mieux, rien à dire de plus.

Si ceci : 1) Le choix, c’est le nucléaire, ou l’effondrement énergétique, climatique, économique et social (cf. blog précédent http://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/politique-energetique-nucleaire-ou.html)
2) Compte-tenu de l’ampleur des défis énergétique, il serait peut-être bon d’avoir un ministre de l’énergie de plein exercice  ?