Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est santé publique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est santé publique. Afficher tous les articles

mercredi 15 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 8 : Les mystères de Nozay


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Ah oui, surtout quand on voit les vies ravagées, les conséquences sur la santé de certains riverains, les nuisances incontestables du bruit et de l’environnement, la perte considérable de valeur des habitations à proximité des installations éoliennes. Le blog précédent présentait les constatations et recommandations de l’Académie de Médecine donc la science prouvée. Mais il y a en plus des phénomènes incontestables et jusqu’ici pratiquement inconnus qui se manifestent. Ce qui s’est passé à Nozay (Loire Atlantique) est particulièrement spectaculaire et inquiétant.

A Nozay, les éoliennes font tourner le lait et tuent les vaches

« Les problèmes ont commencé fin 2012 avec les travaux de fondation des huit éoliennes du parc de Nozay, dont l’une se trouve à 600 mètres de la stabulation Nozay explique l’un des éleveurs concernés (l’élevage-250 vaches) de Didier et Murielle Potiron, installés depuis 1989, est l’un de ceux les plus observés par les experts. La première semaine de juillet 2013, la mise sous tension du site éolien a été
catastrophique car les vaches ne voulaient plus rentrer dans le bâtiment .

Ce couple d’éleveurs, à lui seul, totalise plus de 320 animaux morts depuis la mise en service !

Chez nous, raconte Céline Bouvet, cela a commencé par des problèmes de mammites [inflammation de la mamelle des vaches]. On est obligé de jeter le lait, car il est rempli de caille et de grumeaux. Après, ça a été l’explosion : les vaches refusent parfois de monter dans les salles de traite, ou font demi-tour à l’approche des éoliennes, comme s’il y avait une barrière électrique invisible. Au niveau fécondité, c’est aussi devenu une catastrophe  », dit-elle, dans une étable, au milieu de sa trentaine de vaches laitières.
La synthèse de la dizaine d’expertises réalisées dans le cadre du GPSE (Groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole) confirme le tout, au printemps 2015. «  La coïncidence chronologique avec les travaux de construction puis la mise en route de l’éolienne est suffisamment troublante pour justifier des investigations complémentaires (…) Elles sont absolument indispensables pour essayer de comprendre ce qui se passe dans ces élevages  », conclut son auteure, la professeure émérite Arlette Laval de l’Oniris (École vétérinaire de Nantes), pourtant sceptique au départ. Une alerte que l’on retrouve quasiment mot pour mot dans les longs rapports vétérinaires et médicaux concernant les deux exploitations, dont les équipements ont été définitivement mis hors de cause par les experts.

Sur celle de Didier Potiron, où pâturent près de 75 bêtes, la perte financière a été évaluée par un cabinet indépendant à 93.000 euros sur une seule année. Un montant énorme pour une entreprise agricole qui affiche 300.000 euros de chiffre d’affaires. En cause  : la surmortalité des vaches, notamment les plus jeunes, avec une cinquantaine de décès par an. «  Il faut une gestion extrêmement rigoureuse pour arriver à s’en sortir. On fait zéro investissement, on est toujours à la limite. C’est révoltant, parce que, depuis le début, on est transparents et au bout de six ans, on en est toujours au stade des expertises ».

Il faut lire le témoignage de M. Potiron devant la Commission Julien Aubert (Commission d’enquête sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l’acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique) son long combat depuis 2012 pour faire reconnaître les graves nuisances dont il est victime, le mépris initial des services de l’Etat, les problèmes de santé qui en sont résulté pour lui et sa femme.

Un tournant a eu lieu  en 2017. Les éoliennes se sont arrêtées pendant quatre jours, du 1er au 4 mars. A ce moment-là, le comportement des troupeaux a radicalement changé. Prudents, iles deux couples d’éleveurs ont fait faire un constat d’huissier. "Dans nos deux exploitations la différence était spectaculaire, se souvient Céline Bouvet. Au robot de traite des Potiron, il y avait beaucoup plus de passage, les vaches passaient toute seules, à l’inverse d'aujourd’hui ! Et dans mon exploitation c’était pareil, j’ai repris 200 litres de lait en deux jours ! Soit 2,5 litres de lait en plus par vache, c’est énorme."
Un constat d’huissier rapporte : Il y a une augmentation de 143 % du passage au robot de traite, une augmentation du nombre de traite par vaches de 125 % et la production a elle aussi augmenté."

Les nuisances reconnues sur les animaux…Et pour les humains ?

Du coup, l’affaire commence à être prise au sérieux.  Les expertises se multiplient, parfois étranges (biogéologues), mais aussi le GPSE (groupe permanent de sécurité électrique), le BRGM - tiens l’ANSES ne s’est pas intéressé encore à la question, les politiques locaux, la Préfecture même est intervenue- après 5 années de galère pour les agriculteurs concernés. Bilan : il semble que les éoliennes, leurs bruits et leurs infrasons soient hors de cause mais que soit impliqué le câble de 20.000 volts enterré qui relie les éoliennes au réseau et traverse les propriétés des agriculteurs.

Explication du Secrétaire Général de la Préfecture, devenu un spécialiste de la question, Serge Boulanger : « les maux subis par les hommes comme par les bêtes ne sont ni remis en question, ni minimisés…les rapports évoquent bien des animaux atones, qui ont du mal à marcher, qui évitent certains secteurs ou qui sont surexcités dans certains espaces, notamment quand ils approchent le robot de traite. Des comportements atypiques, donc ». Et il affirme qu’une nouvelle piste est à l’étude en ce moment même : celle du câble 20 000 volts qui relie le parc éolien au réseau ERDF. Ce câble fait 12 km de long et passe sous les terrains des éleveurs, à proximité d’abreuvoirs et de zones où les animaux sont parqués. C’est une piste sur laquelle on n’avait pas encore travaillé. ». Le problème pourrait être amplifié par l’existence d’une rivière souterraine de trois à cinq mètres de large, située à cinq ou dix mètres de profondeur. Et, explique encore M. Boulanger : « Il y a une particularité dans ce parc éolien : chaque éolienne est reliée aux autres par un câble en cuivre. On appelle ça une liaison équipotentielle, pour une mise à la terre commune, alors que, sur d’autres parcs, on a une mise à la terre par éolienne. »

Quid de l’issue de toute cette affaire si l’expertise sur le câble 20 000 volts s’avérait à son tour non concluante ? Serge Boulanger assure que dans ce cas, l’Etat jouerait sa carte ultime, celle de l’arrêt total de ce parc éolien, malgré l’impact financier en jeu. Le secrétaire général insiste : « On doit aller au bout de la démarche. Ce serait vraiment la phase ultime. Mais à un moment donné [si la source des problèmes sanitaires n’est pas trouvée], on n’aura pas le choix. Il en va de l’intérêt de la filière éolienne…

Tant qu’on aura cette épine dans le pied, on est en difficulté vis à vis des autres projets éoliens en cours dans le département. On a une multitude d’autres parcs pour lesquels on ne rencontre aucun problème, mais ce parc-là vient jeter une zone d’ombre sur cette filière. Alors si à terme, il faut supprimer ce parc du paysage, il vaudra mieux le faire ».

Tiens, des préfectures comme cela, il en faudrait peut-être plus. Enfin, cela fait quand même sept ans que deux couples d’agriculteurs sont plongés dans une galère absolue, sans indemnisation, avec des effets dument constatés sur leur troupeau. Des effets dûs à l’installation éolienne, même si ce n’est pas l’éolienne elle-même qui est en cause, mais son raccordement au réseau. Car c’est un charme supplémentaire des éoliennes, comme c‘est une énergie très dispersée, très peu concentrée, il leur faut beaucoup de câbles, beaucoup beaucoup plus par énergie délivrée que le  nucléaire…

Des effets prouvés sur les animaux. Et sur les hommes ? Ben, on sait pas trop ! Les époux Potiron mentionnent de grandes fatigues, des troubles du sommeil. (En août 2014, ma femme Murielle a fait une crise d’épilepsie très sérieuse, avec un début d’accident vasculaire cérébral.) Responsabilité directe des éoliennes, de leur connexion électrique, ou effet induit par les problèmes qu’elles causent ? Ou rien à voir ?Allez savoir !

Remarque du Président de la Commission, Julien Aubert à la représentante de l’Anses : « Cela pose tout de même un petit problème. Mme Aurélie Niaudet. De recherche, effectivement. M. le président Julien Aubert. C’est incroyable, parce que d’habitude le moindre projet fait l’objet d’études préalables – on regarde la population des scarabées, des chauves-souris, etc. Mais là, il n’y a pas de matière scientifique sur l’homme, en tout cas très peu. »

En effet…

En regard, interpellation de Mme Meynier-Millefert, rapporteure. « Il n’y avait donc pas de difficulté lors du démarrage du projet. Il n’y a pas eu de rejet de ce projet de la part des voisins, pas de problème jusqu’au moment où l’éolienne a été installée sur le terrain. C’est bien cela ? M. Didier Potiron. Il n’y a eu aucun problème d’implantation, aucun rejet. »

Ceci mérite un  peu de contexte. Pour beaucoup des partisans des éoliennes, les nuisances et autres problèmes sont dus à la psychologie rétive de certains riverains. En gros, il n’y aurait pas de réelles nuisances, mais juste un sentiment de nuisance… Il semble que quelqu’un se soit dévoué pour expliquer à Mme la rapporteure que l’effet nocebo, chez les vaches, c’était pas trop connu…

Principe de précaution pour les lignes haute tension enterrées ?

L’explication par des nuisances par les effets du câble haute tension enterré présente une certaine vraisemblance. Dans ne émission pour une fois assez rigoureuse, France Inter l’a évoquée, ainsi que des précédents troublants (https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-02-novembre-2019). Ainsi,

Dans la Manche, Thierry Charuel, un ancien producteur de lait, a construit un hangar de traite à 60 mètres d’une ligne à très haute tension. En août 2012, le lait qui avait été déclaré invendable devient à nouveau comestible. "La qualité s’est anormalement améliorée par rapport à d’autres périodes, estime-t-il. On ne comprenait pas pourquoi nos animaux allaient mieux. On a eu des rapports sur la qualité du lait et l’expert indiquait que seule la présence ou l’absence de stress ressentis par les animaux pouvait expliquer ce phénomène."
Il découvre ensuite par hasard que la ligne électrique a été coupée. Il attaque alors RTE, le transporteur d'électricité. En 2015, la cour d'appel de Caen reconnaît un lien entre la mauvaise qualité de son lait et une ligne électrique. Une première. RTE est condamné à lui verser 40 000 euros d’indemnisation.

 Dans l’Orne, Alain Crouillebois, éleveur depuis trois générations, a connu des problèmes en 2011 quand Enedis fait enterrer une ligne de 20 000 volts à 20 mètres d’un de ses bâtiments. De multiples aménagements et travaux financés par le GPSE ne modifient guère la situation, selon l’éleveur. Convaincu que la ligne enterrée est responsable des troubles, il décide alors de la faire déplacer à ses frais. Les travaux durent d’avril à juin 2019. Dès le 4 juin, les résultats sur son robot de traite montrent une amélioration significative du comportement de son troupeau. Un changement qu’ Alain Crouillebois décrit ainsi : "Les veaux se remettaient à se nourrir spontanément et profitaient mieux. Les vaches acceptaient de rentrer toutes seules au robot de traite, la fréquence de traite augmentait, la production de lait est remontée à 28 litres. On s’est aperçu aussi qu’avant 2011 les animaux se réfugiaient dans certaines zones du bâtiment, toutes au même endroit, laissant le reste de la stabulation vide. Depuis le 4 juin je n’ai plus ce phénomène-là : les animaux ont littéralement changé de comportement."

Ben oui, en dehors en leurs effets défavorables sur le CO2 (par rapport au nucléaire), de leur danger pour la stabilité du réseau, de leur coût réel, de leurs nuisances réelles pour les riverains, de l’enlaidissement des paysages, de la perte de valeur ; les éoliennes ont e charme supplémentaire qu’il leur faut des câbles, beaucoup de câbles pour les relier au réseau. Et que ceux-ci ne sont pas sans effets, des effets prouvés et sous-estimés.

Alors, quand je lis un communiqué triomphal annonçant le début des travaux pour la « liaison électrique de 225 000 volts qui relie le futur parc éolien de 80 machines au large du Croisic au poste de redistribution prévu à Prinquiau traverse cinq communes en souterrain, dont Saint-Nazaire »….
Ben je m’inquiète et me demande si on ne dravait pas faire jouer le principe de précaution. Et exiger une étude épidémiologique sérieuse avant de continuer ce genre de programme.

Et en guise de conclusion : «  regardant les pales des éoliennes  tourner, l’éleveuse Céline Bouvet ne peut retenir un soupir  : «  Si, par bonheur, on trouvait de quoi ça provient… Mais il y a tellement d’enjeux financiers. À côté, nous, on est des merdes.  »

Et quand on met cela en regard avec la citation de Madame la Rapporteure Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), placée en tête de ce texte, on peut comprendre pourquoi la colère gronde.

Nouveauté début 2021 : Face à la surmortalité des vaches près du parc éolien des Quatre-Seigneurs, à Nozay – le 400e bovin vient de mourir prématurément – l’État souhaite la mise hors tension des installations durant une semaine, le temps d’en mesurer les effets. Mais l’exploitant refuse.

Sans gène, les margooulins de l'éolien !
https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/loire-atlantique-eoliennes-tueuses-de-nozay-l-etat-veut-tester-un-arret-du-parc-7110872


Résultat de recherche d'images pour "Nozay vaches mortes"

Petits problèmes avec l’éolien - 7 : Syndrome éolien et santé publique, ce que dit l’Académie de médecine.


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Le rapport de 2006 ; les recommandations de l’Académie de médecine ignorées

 L’Académie de médecine s’est saisie par deux fois du problème de santé publique que posent les éoliennes, en 2006 et en 2017. On regroupe sous le nom de syndrome éolien ou syndrome des éoliennes un ensemble de symptômes très divers rapportés à la nuisance des éoliennes. On peut schématiquement les distinguer en : généraux : troubles du sommeil, fatigue, nausées, etc. ; neurologiques : céphalées, acouphènes, troubles de l’équilibre, vertiges, etc. ; psychologiques (stress, dépression, irritabilité, anxiété, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, etc.) ; endocriniens (perturbation de la sécrétion d’hormones stéroïdes, etc.) ; cardio-vasculaires (hypertension artérielle, maladies cardiaques ischémiques, tachycardie, etc.) ; socio-comportementaux (perte d’intérêt pour autrui, agressivité, baisse des performances professionnelles, accidents et arrêts de travail, déménagement, dépréciation immobilière, etc.).

Dans ses conclusions, le rapport de 2006  recommandait : 1) la réalisation d’une enquête épidémiologique approfondie sur les dommages sanitaires, notamment auditifs, causés par les éoliennes ; 2) de suspendre à titre conservatoire la construction d’éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5 MW à moins de 1500 mètres des habitations ; 3) de considérer les éoliennes comme des installations industrielles et qu’à ce titre elles soient soumises aux mêmes contraintes et règlementations, notamment en matière de nuisances sonores.

Comme le note l’Académie elle-même, les pouvoirs publics se sont assis sur ses recommandations de manière assez vexante :

La distance entre habitations et éoliennes est maintenue à 500 mètres, malgré les diverses démarches visant à la porter à 1 000 ou 1 500 mètres n’ayant finalement pas été retenues. C’est la plus faible distance parmi les pays qui ont réglementé (recommandations variables en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, etc. de 500 à 2 000 mètres. L’Allemagne, pays où pourtant les margoulins de l’éolien règnent en maitres, vient de décider de porter cette distance à 1000 mètres. Répétons-le cette distance de 500 mètres fixées il y a plus de 15 ans n’ a pas suivi l’augmentation de taille des éoliennes.

Aucune enquête épidémiologique n’a été diligentée, « privant les présents rapporteurs de données sanitaires solides » note méchamment l’Académie. Ben oui, quand on veut pas savoir, c’est mieux. Les éoliennes, ou le prochain scandale sanitaire.

Loin de suspendre à titre conservatoire la construction d’éolienne, la législation a été simplifiée  par la généralisation d’une procédure d’autorisation unique regroupant l’ensemble des autorisations nécessaires à la construction et à l’exploitation d’un parc éolien. Cette procédure unique est pérennisée dès le premier mars 2017 à travers une « autorisation environnementale » ( !!!) dispensant du permis de construire pour l’éolien terrestre.

Et cerise sur le gâteau, il a été prévu de passer de 15 GW de puissance actuellement installée (soit environ 8 000 machines) à 35 GW environ en 2028, soit un total de 13 000 à 15 000 machines, qui seront beaucoup plus grandes, pour la plupart - certaines dépassent déjà les 200 mètres de haut.

Les margoulins de l’éolien ont gagné contre l’Académie de Médecine.  Par KO !

Le rapport de 2017 : ses conclusions :

« Si l’éolien terrestre ne semble pas induire directement des pathologies organiques, il affecte au travers de ses nuisances sonores et surtout visuelles la qualité de vie d’une partie des riverains et donc leur « état de complet bien-être physique, mental et social » lequel définit aujourd’hui le concept de santé. »

Commentaire : «  ne semble pas ». On verra dans la suite que l’incertitude reste assez prononcée, puisque, comme constaté plus haut, aucune étude épidémiologique n’a été diligentée « privant les présents rapporteurs de données sanitaires solides ». C’est curieux là, les écolos bigots si prompt à dégainer le principe de précaution ne se manifestent pas.

- « S’assurer que lors de la procédure d’autorisation l’enquête publique soit conduite avec le souci d’informer pleinement les populations riveraines, de faciliter la concertation entre elles et les exploitants, et de faciliter la saisine du préfet par les plaignants ». Sur ce sujet, l’Académie ajoute : « Manifestement les doléances manifestées par de nombreuses associations suggèrent que cette phase d’enquête publique n’est pas conduite avec la rigueur suffisante. De même, les requêtes pour non-conformité aux critères d’émergence sonore doivent-elles être davantage entendues et satisfaites. De nombreux riverains se plaignent de s’être heurtés à un « mur préfectoral »

Commentaire : pas mieux : sauf que les simplifications administratives en cours, en particulier l’autorisation unique, la limitation des recours et  les pressions sur les préfets mis en œuvre par l’actuel gouvernement vont exactement en sens inverse.

- « N’autoriser l’implantation de nouvelles éoliennes que dans des zones ayant fait l’objet d’un consensus de la population concernée quant à leur impact visuel, sachant que l’augmentation de leur taille et leur extension programmée risquent d’altérer durablement le paysage du pays et de susciter de la part de la population riveraine – et générale – opposition et ressentiment avec leurs conséquences psychiques et somatiques. »

Commentaire : pas mieux ça ressemble au moratoire réclamé par plusieurs dirigeants politiques régionaux (cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/01/petits-problemes-avec-leolien-6-les.html)

- de systématiser les contrôles de conformité acoustique dont la périodicité doit être précisée dans tous les arrêtés d’autorisation et non au cas par cas, d’encourager les innovations technologiques susceptibles de restreindre et de « brider » en temps réel le bruit émis par les éoliennes et d’en équiper les éoliennes les plus anciennes, de ramener le seuil de déclenchement des mesures d’émergence à 30 dB  à l’extérieur des habitations et à 25 à l’intérieur.

Commentaire : Ah bon, c’était pas le cas ? Ben non ; témoignage : « « Au départ, nous devions avoir des machines de 80 mètres de haut. Ensuite, sans que personne ne dise quoique ce soit, elles sont passées à 100 mètres. Sans qu’il y ait une nouvelle étude acoustique… On atteint facilement 100 décibels avec des pics pouvant aller jusqu’à 130 ! Sur le périphérique parisien, on est à 70-80 décibels. Je les ai transmis, tous ces chiffres, mais tout le monde s’en fout ! » (Pleufignet, Bretagne)

- d’entreprendre, comme recommandé dans le précédent rapport, une étude épidémiologique prospective sur les nuisances sanitaires

Commentaire : ben oui, 13 ans après le premier rapport, il serait peut-être temps de commencer à envisager de s’y mettre. Et ceux qui sont si prompt habituellement à dégainer le principe de précaution, ça fait 13 ans qu’ ils sont muets et ils le restent !

Nuisances supposées, nuisances prouvées.

Nuisances visuelles : l’Académie de Médecine juge qu’il n’a ni fondement, ni exemple venant à l’appui d’un effet stroboscopique de nature à provoquer des épilepsies. En revanche, il est reconnu que celui-ci provoque à certaines heures de la journée et dans certaines conditions une gêne assimilée par les plaignants à « une alternance d’éclairage et de pénombre » dans leurs lieux d’habitation.
Le clignotement des feux de signalisation, par son caractère répétitif et obsédant la nuit, est régulièrement dénoncé par des associations de plaignants.

Commentaire : Il serait étonnant que l’effet stroboscopique soit sans effet négatifs sur la santé mentale vous avez qu’à essayer. En ce qui concerne le clignotement des feux, la gêne (pour une fois) a été reconnue par le ministère qui a statué que les balises en haut des mâts ne clignoteront plus en permanence, mais uniquement à l’approche des avions. Mais ça n’a l’air validé que pour les nouvelles éoliennes, les autres resteront avec leur problème ! La vraie solution, c’est

« En revanche la défiguration du paysage par des structures considérées comme inesthétiques voire franchement laides par les riverains plaignants doit être considéré comme relevant non d’un problème d’esthétique environnementale mais d’une réelle nuisance sanitaire. En effet, la « pollution visuelle» de l’environnement qu’occasionnent les fermes éoliennes avec pour corollaire la dépréciation immobilière des habitations proches génère des sentiments de contrariété, d’irritation, de stress, de révolte avec toutes les conséquences psycho-somatiques qui en résultent. Et les impressionnantes perspectives de développement de l’éolien terrestre (l’installation d‘environ 500 nouvelles éoliennes dont la hauteur devrait atteindre 200 mètres ou plus est prévue pour les 5 ans à venir !) ne pourront qu’amplifier des sentiments en voie d’être partagés par une proportion croissante de la population française.
Curieusement, cette nuisance visuelle ne semble pas ou très peu être prise en considération par les décisionnaires politiques ou les promoteurs et industriels concernés (étant posé qu’aucun d’entre eux n’installerait ou n’acquerrait une propriété à proximité d’un parc éolien !). »

Commentaire : c’est pas le moi, qui le dit, c’est l’Académie de Médecine. Et c‘est pas drôle du tout pour les victimes des margoulins de l’éolien, mais les dignes Académiciens  se permettent même un brin d’humour approprié.

Nuisances auditives : L’Académie considère qu’il est très improbable qu’aux intensités émises, les infrasons puissent être audibles par l’oreille humaine, ce qui ne signifie toutefois pas qu’ils ne puissent être ressentis. Il est toutefois possible qu’ils « influencent la physiologie de l’oreille interne – mais par forcément sa fonction, hormis pathologie préexistante (type maladie de Menière ou déhiscence canalaire). »
Plus probables sont des effets type mal des transports. L’ Académie rappelle qu’ une étude menée sur trois familles ayant « déménagé » pour cause de nuisances met en cause une stimulation des otolithes, structures calcaires surplombant l’épithélium sensoriel de l’utricule et du saccule, ce que confirme une autre étude expérimentale. Les symptômes rapportés par certains membres de ces familles étaient similaires à ceux du mal des transports, lequel est provoqué par des très basses fréquences inférieures à 1 Hz.  Ainsi, les infrasons produits par les éoliennes pourraient déclencher chez les riverains. prédisposés des symptômes identiques à ceux du mal des transports.

L’Académie rappelle aussi que face à l’audition, tout le monde n’est pas égal : « Le fait que seule une partie de la population riveraine manifeste une gêne peut s’expliquer par les écarts inter-individuels de sensibilité auditive qui peuvent atteindre jusqu’à 15 dB »

S’il l’effet des infrasons semble « limité !! » à des effets type mal des transports, en revanche l’Académie ne conteste pas « l’effet très négatif du bruit sur le sommeil. De fait, les troubles du sommeil représentent sans doute la doléance la plus constante des riverains. Ils sont d’ailleurs objectivés par les enregistrements somnographiques effectués par des cliniques du sommeil. Ces études concluent qu’à l’intérieur d’un périmètre de 1,5 km le bruit émis par les éoliennes perturberait la qualité du sommeil »
Ce qui parait le plus gênant, c’est  le caractère intermittent, aléatoire, imprévisible, envahissant du bruit généré par la rotation des pales, survenant lorsque le vent se lève, variant avec son intensité, interdisant toute habituation, peut indubitablement perturber l’état psychologique de ceux qui y sont exposés. Ce sont notamment les modulations d’amplitudes causées par le passage des pales devant le mât qui sont dénoncées comme particulièrement dérangeantes »

L’Académie rappelle les règles actuelles en matière de bruit et les critiquent assez sévèrement (en langage académique) :

Règle en vigueur : Si  le bruit ambiant ne dépasse pas 35 dB A, aucune règle ne s’applique au bruit de l’éolienne ; si le bruit ambiant dépasse 35 dB A, on introduit alors le principe d’émergence qui stipule que le bruit de l’éolienne doit être limité de telle façon que le bruit ambiant ne dépasse pas le bruit résiduel de 5 dB A le jour (de 7 à 22h) et de 3 dB A la nuit (de 22 à 7 h).  Pour simple exemple, si le bruit résiduel est mesuré en un point à 45 dB, le bruit émis par l’éolienne sera limité de telle façon qu’en ce point le niveau sonore ambiant ne dépasse pas 50 dB A dans la journée et 48 dB A la nuit. (NB : Les dBA sont des tentatives de mesurer, non pas l'intensité sonore réelle, mais l'intensité sonore telle qu'elle sera perçue par une oreille humaine moyenne. Ils sont obtenus en utilisant un filtre "proche" dans son comportement de l'oreille humaine)

Critiques de l’Académie :

1. Le bruit résiduel varie au cours de la journée en fonction de multiples facteurs : conditions climatiques (vent, humidité, température, etc.), activités environnementales (trafic, nature, etc.), topographie des lieux, etc. Le respect du critère d’émergence nécessite donc un monitoring en temps réel qui, d’après certains témoignages, n’est pas assuré dans tous les parcs éoliens.

2. Le bruit ambiant se situerait en moyenne de 30 à 50 dB A. Mais il n’est pas plafonné. Ceci signifie que même si le bruit résiduel est important, ce principe autorise un « rajout » de 5 dB le jour et de 3 dB la nuit.

3. Par ailleurs, ce seuil de 35 dB est supérieur à celui défini pour les bruits perçus dans les autres types d’habitations (c’est-à-dire non concernées par les fermes éoliennes). Pour ces dernières, le seuil est fixé à 30 dB à l’extérieur des habitations et à 25 dB à l’intérieur (article R1334-32 et R1334-33 du code de Santé Publique - décret du 31 août 2006). En d’autres termes, le seuil à partir duquel intervient une limitation de 5 dB à un ajout sonore (bruits de voisinage, etc.) dépend du type d’émetteur du bruit, les éoliennes étant « favorisées » par rapport aux autres bruits ordinaires

Commentaire : Les normes de bruits pour les éoliennes sont définies de manière assez lâches, les margoulins de l’éolien ont bien travaillé. Mais, les margoulins étant des margoulins, on ne peut pas non plus s’attendre à ce qu’ ils respectent les normes pourtant favorables qu’ils se sont eux-mêmes données. De nombreux témoignages font état de bruits bien supérieurs, d’où cette recommandation de l’Académie : « systématiser les contrôles de conformité acoustique ».

Cela ne suffira évidemment pas. Il faut que les parcs éoliens qui ne sont pas aux normes du point de vue du bruit voient leur fonctionnement arrêté jusqu’à mise à conformité, et si ce n’est pas possible, qu’ils soient détruits aux frais de l’exploitant. C‘est la seule mesure de nature à empêcher les margoulins de l’éolien et leurs immenses profits d’empoisonner la vie des gens.
On entend parfois dire que les bruits éoliens ne sont pas supérieurs à ceux des grandes villes. C’est se moquer du monde ; vous n’allez pas vivre à la campagne pour être à coté du périphérique. De plus, comme le souligne l’Académie de médecine, il y a une grande différence entre un bruit sourd continu et un bruit à caractère  intermittent, aléatoire, imprévisible, envahissant »

L’autre mesure d’urgence, c’est d’accroître la distance entre éoliennes et habitations. L »Académie note benoitement « Afin d’atténuer l’impact sonore, réel ou supposé, des éoliennes, il serait tentant de reprendre la recommandation de 1000 mètres. Mais cette recommandation se heurterait à plusieurs objections d’ordre politique et industriel : i) une telle mesure impliquerait l’arrêt d’environ la moitié des chantiers de construction actuellement en cours »

Bel aveu, assez scandaleux quand on pense aux milliers de gens qui seront exposés aux nuisances éoliennes. Eh ben oui, et alors. Avec ses 500 mètres que ne sont plus adaptés aux éoliennes géantes, la France est l’un des pays les moins restrictifs, même l(Allemagne, paradis de l’éolien, est passé à 1000 mètres !


Résultat de recherche d'images pour "éoliennes problèmes de santé"

dimanche 18 juin 2017

La maladie de Lyme – encore un scandale sanitaire

Un problème de santé majeur – une maladie grave

La maladie de Lyme ou borréliose de Lyme est une maladie parasitaire transmise par les morsures de tiques. Elle a des conséquences graves. Une jeune malade, Pauline a accepté  de décrire son quotidien dans Ouest-France
« J’ai eu 17 ans en mars. J’ai dit à maman : ce n’est pas 17 ans que j’ai, mais 80 ans. Je marche comme une vieille dame. Je n’ai plus d’énergie. Je suis abattue. À cette fatigue constante s’ajoutent des douleurs articulaires permanentes, du mal à parler, à trouver mes mots, à me concentrer. Mon état s’est dégradé si rapidement, en l’espace de six mois ! Je connaissais la maladie de Lyme, sans imaginer ce qu’elle était. Je ne me souviens pas avoir été piquée par une tique. Si c’est le cas, c’était probablement avant 2011. Je me plaignais de douleurs au talon »

Un problème de santé majeur- une maladie déjà répandue et en expansion

La maladie de Lyme touche principalement les régions humides et boisées de  l’Amérique et de l’Afrique du Nord,  de la Chine et de certains pays Européens, comme la France, la Belgique. En raison de la reforestation signifiante aux États-Unis,  cette infection a connu une progression intensive puisque le nombre de  réservoirs naturels des tiques a décuplé par la même occasion. Ce qui explique les 300 000 nouveaux cas de Borréliose de  Lyme qui y sont observés chaque année
En France, on estime que le nombre officiel de 33.000 malades atteints de la maladie de Lyme est largement sous-estimé parce qu'il repose sur des tests mis au point il y a quarante ans qui ne sont plus du tout conformes aux données de la science, et que la déclaration de la maladie n’est pas (encore) obligatoire. Le Pr Perronne estime qu'il y a environ un million de nouveaux cas en Europe chaque année.
Le niveau de contamination dépend aussi du pourcentage de tiques infectées : pour certains pays d’Europe, 5 à 20 % de ces insectes sont porteuses de ce germe pathogène ;  dans certaines régions Américaines, l’infection atteint 100 %.
La situation est déjà grave, et elle va encore s’aggraver.

Un scandale sanitaire : une maladie ignorée, déniée, mal détectée, mal soignée

Le Pr Perronne s’est voué à la lutte contre cette maladie et a publié La Vérité sur la Maladie de Lyme (Odile Jacob). Il n’hésite pas à parler de scandale sanitaire, et on ne peut que lui donner raison. Voici pourquoi
- La maladie de Lyme n’est pas simple à diagnostiquer longtemps – elle peut se déclarer parfois plus de dix ans après une piqure passée inaperçue, avec des symptômes très variés et le corps médical n’a pas été suffisamment alerté et informé. Conséquences : un certain nombre de malades avec des conséquences neurologiques ou des symptômes incompris ont été considérés comme fous et traités en psychiatrie !!
- Le diagnostic sérologique est très mauvais : Une étude récemment conduite aux Etats-Unis a montré que le test ELISA ne permettait même pas de détecter un quart des cas de maladie de Lyme ! Le Haut Conseil de la santé publique a reconnu dans un rapport que les sérodiagnostics français n'étaient pas assez sensibles et que les tests commercialisés devraient faire l'objet d'études de performances. "Ce rapport affirme qu'un tiers des tests sont à jeter". En plus, ils ne détectent pas toutes les souches de Borrellia. Pour comble, les test vétérinaires sont plus efficaces, mais non remboursés, et de fait, interdits. Certains patients ont cependant dû utiliser illégalement un test vétérinaire pour faire reconnaitre leur maladie !
- La forme chronique de la maladie de Lyme a longtemps été ignorée, et pire même, en France, l'Assemblée nationale avait rejeté un texte de loi en ce sens.  Dixit le Pr Perronne : ais ça va changer ! A l'époque, le projet a été rejeté parce que le ministère de la Santé n'était pas convaincu mais maintenant il l'est. Maintenant les parlementaires sont convaincus qu'il y a un énorme problème de santé publique et qu'il y a beaucoup de malades notamment dans l'Est de la France »
- un dogme voulait que la maladie de Lyme se traite assez facilement par un traitement antibiotique classique de trois semaines (avec des effets douloureux dus aux relargage des toxines). C’est assez souvent le cas, mais parfois non, suivant le stade de la maladie et la vision actuelle est que les traitements antibiotiques doivent alors être pris pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en alternant les molécules. Or les médecins qui ont utilisé ces traitements ont été parfois poursuivis pour utilisation hors AMM !

Un début- un plan Touraine largement insuffisant – Lancer la lutte contre les tiques

L’année dernière, la ministre de la santé, Marisol Touraine a enfin organisé des Etats généraux de la maladie de Lyme. Comme avec cette présidence, un certain nombre d’initiatives heureuses et importantes ont été initiées, mais avec peu d’effets. Espérons que cette action sera poursuivie, même si, de façon assez inquiétantes,  les problématiques de santé ont été complètement absentes de l’élection présidentielle. En ce qui concerne la maladie de Lyme, le Pr Përronne réclame  deux mesures immédiates et importantes :  
1) pouvoir mettre à disposition des laboratoires de biologie humaine des tests vétérinaires qui sont très bons.
2) avoir des dérogations sur des traitements qui soient au-delà des trois semaines officielles.
Rappelons-le , Lyme en France, ce sont  au moins 27.000 nouvelles personnes officiellement infectées chaque année- un chiffre probablement  sous-estimé.
Si ces actions atteignent leur but, on ne devrait plus voir de patient errer d’un hôpital à l’autre sans réussir à se faire confirmer le diagnostic- mais ils ne diminueront pas le nombre de malades !

La vraie solution consiste en un plan de lutte contre la prolifération des tiques. Et ce n’est pas un problème facile car il mêle une biologie complexe ( les tiques sont parmi les plus anciens arthropodes apparus sur Terre, exploitant leurs hôtes bien avant l’apparition de l’homme !), changements environnementaux  (reforestation, changements climatiques), changements d’habitudes ( comportement de l’homme vis-à-vis de la faune…)
Les chercheurs français spécialisés dans la biologie des tiques sont organisés autour d’un groupe, baptisé « Tiques et maladies à tiques ». Ce groupe se réunit une fois par an pour présenter l’avancement des travaux des différentes équipes. Il devrait à l’avenir œuvrer plus en lien avec les médecins, qui y sont pour l’instant très peu représentés. La mobilisation débute avec l’implication de la société savante de pathologie infectieuse et des principaux organismes de recherche membres de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), l’Inra, l’Inserm et l’Institut Pasteur. L’affaire des tiques est donc l’affaire de tous et dans un monde idéal, les ministères de la Recherche, de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement devraient maintenant réunir leurs efforts, des efforts qui doivent être soutenus et amplifiés par en en faisant une priorité gouvernementale

La lutte contre les tiques est un enjeu de santé publique qui devient majeur ! Il ne se limite pas à la France ; c’est aussi un enjeu européen, et même international, un enjeu majeur, qui doit devenir primordial.


Evidemment c’est aussi au niveau européen qu’il faut agir. Vous voulez faire aimer l’Europe ? Lancez l’Europe dans la lutte contre les tiques ! Faite que l’Europe se saisisse de cet enjeu et d’autres de santé publique- c’est un domaine important, où elle pourrait et devrait agir utilement. 



lundi 3 octobre 2016

Politique de Santé un défi français et européen- les dentistes


Des dentistes diplômés sans avoir jamais soigné de patients-scandales en série

Il y a des étudiants qui ont des idées intéressantes de thèse. C’est la cas par exemple de Marco Mazevet qui, pour sa thèse d’exercice de dentiste a eu l’idée de s’intéresser à la formation des dentistes. M. Mazevet (bravo !) est l’ancien président de l’association européenne des étudiants en chirurgie dentaire (65000 membres), et il avait été alerté par de nombreux amis étudiants qui lui signalaient que la libre circulation des travailleurs et la reconnaissance automatique des diplômes avaient eu pour effet l’explosion dans des pays peu regardants de formations payantes très chères et  de mauvaise qualité qui ne garantissent même pas une formation clinique minimale aux dentistes. La Commission Européenne l’a pris de haut, a nié le fait puis a demandé des preuves. Qu’à cela ne tienne, M. Mazevet a consacré au sujet sa thèse d’exercice et le moindre qu’on pusse dire est que le résultat dépasse tous les inquiétudes.

Au total, quelque 1 000 réponses ont été enregistrées, représentant dix-neuf pays. Une liste de trente-quatre actes cliniques – détartrage, prise d’empreintes, clichés radiographiques, prothèse provisoire, extraction d’une dent… – a été soumise aux étudiants. Il en ressort que 10 % des diplômés en odontologie formés en Europe n’ont reçu aucune formation de pratique clinique sur des patients. Autrement dit, avant d’exercer, ils n’ont effectué aucun soin. Un étudiant sur trois n’a jamais posé de couronne, près d’un sur deux n’a jamais réalisé de traitement endodontique (à l’intérieur de la dent) et près d’un sur trois n’a jamais prescrit de traitement médicamenteux. Enfin, deux tiers des actes ont été réalisés moins de cinq fois par 50 % des étudiants, et seulement un quart a été réalisé plus de dix fois par 60% des étudiants. L’Ordre national des chirurgiens dentistes jusqu’ici bien muet a réagi par une consternation un peu tardive : « Comment concevoir que de jeunes diplômés puissent s’installer sur notre territoire sans avoir jamais vu un patient… en l’état, la libre circulation représente une menace pour la qualité des soins et la sécurité des patients. »

En effet ! Mais l’ordre des chirurgiens dentistes peut difficilement s’exonérer de toutes responsabilités tant, à l’exemple de l’Ordre des médecins, il a mené une politique de numerus clausus malthusienne, censé protéger les intérêts des praticiens installés, mais qui se retourne contre eux lorsqu’ils veulent vendre leur cabinets, et qui constitue surtout un véritable scandale, une conspiration contre l’intérêt des patients.

Au delà de la formation des dentistes, rappelons le scandale Dentexia, une pseudo-chaine de dentisterie low-cost et vraie escroquerie aux conséquences dramatiques. Au moins 2.000 patients en ont été victimes et ont payé pour des soins qui n'ont jamais été réalisés. Dentexia a fait faillite, et l’Igas, qui aurait dû tout de même s’inquiéter avant, tant l’escroquerie était évidente ( mais ça arrangeait bien les caisses d’assurance maladie, ces soins à très bas coût !). En réalité,  cela finira par coûter très cher, mais l’aspect sanitaire est réellement scandaleux. Marianne, Lundi 02 Mai 2016, à propos de Dentexia : « A 54 ans, Gilles n'a plus une seule dent. Les 18 racines qui lui restaient et lui permettaient, péniblement, de faire tenir un bridge, ont été arrachées en janvier. Toutes d'un coup. Puis le cabinet dentaire où il avait commencé les soins, à Chalon-sur-Saône, a mis la clé sous la porte, laissant Gilles sans dents ».

Ajoutons au paquet l’affaire du « dentiste de l’horreur », le néerlandais Mark van Nierop, coupable d’avoir mutilé une centaine de patients à Château-Chinon entre 2008 et 2012. Le pire est qu’il avait été accueilli en sauveur dans une zone qui est un désert médical notoire, les habitants étant  obligés depuis plusieurs années de faire près de 20 km pour avoir accès à des soins dentaires.  Récit d’une patiente : « "Il m'a fait sept ou huit piqûres, arraché huit dents d'un coup et posé l'appareil à vif. Je pissais le sang. Pendant trois jours !". A cela s’ajoutait les escroqueries : sous prétexte de mettre à jour sa carte Vitale, l‘escroc en a profité pour réclamer 1 400 euros de soins à sa mutuelle.

Et les médecins ? “On ne peut rien faire, ce sont des étudiants européens”
Il n’y pas que pour les dentistes que la libre circulation et la reconnaissance mutuelle des diplômes pose problèmes.  Ainsi, cette année, huit internes en médecine générale affectés dans des hôpitaux d’Ile-de-France ont été exclus de leur service pour cause d’incompétence et ont été priés de suivre un stage de remise à niveau de six mois, comme l’a révélé Le Quotidien du médecin, mi-janvier. C’est une première.

Six d’entre eux, trois Français ayant fait leurs études en Roumanie et trois Roumains ayant commencé leur cursus dans leur pays, avaient choisi de faire leur premier stage de six mois à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). « Ils sont arrivés en novembre, trois étaient affectés en pneumologie, trois autres en gastro-entérologie, raconte Didier Hoeltgen, directeur de l’hôpital.

Ces huit étudiants ne seraient que la partie émergée de l’iceberg. Le coordonnateur du diplômé d’étude spécialisée (DES) de médecine générale a du mal à masquer sa colère : « A la rentrée 2014, nous avions déjà décelé ce type de problème. Nous avions été reçus au ministère de la santé et au ministère de l’enseignement supérieur, mais ils nous ont dit : “On ne peut rien faire, ce sont des étudiants européens” ! »

« C’est la première fois qu’un hôpital prend une telle décision mais c’est un phénomène que l’on dénonce depuis des années et qui risque de s’aggraver », réagit de son côté Jean-Pierre Vinel, ex-président de la Conférence des doyens, fraîchement élu président de l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier. En effet, la particularité du système français est d’être plutôt accueillant avec les étudiants étrangers et les Français qui font leurs études de médecine à l’étranger. Certains pays exigent, au contraire, une épreuve de langue comme l’Allemagne ou imposent un concours pour intégrer l’internat, à l’instar de la Roumanie par exemple.

Au ministère de la santé, on rappelle les dispositions européennes : tout étudiant d’un pays membre de l’Union européenne engagé dans des études médicales qui a validé son deuxième cycle peut s’inscrire en troisième cycle dans un autre pays membre de l’Union. En août 2011, un décret avait interdit l’accès aux ECN aux étudiants n’ayant pas réussi à intégrer les études de médecine après la première année commune aux études de santé (Paces). Une manière de fermer la porte, de fait, à tous les étudiants qui poursuivaient leur cursus à l’étranger. Mais le Conseil d’Etat avait annulé ce décret.

L’ECN (Epreuves classantes nationales)) a ceci de spécifique qu’il ne s’agit pas d’un concours mais d’un examen où chaque étudiant est classé… même s’il a rendu copie blanche. « Il sera bon dernier mais sera interne et aura une place dans un hôpital », s’indigne Philippe Jaury. En 2014, 250 candidats de l’Union européenne ayant suivi leur cursus hors de France ont passé les ECN. En 2015, ils étaient 350, dont 50 % de Roumains.
Une des solutions serait alors d’instaurer une note éliminatoire aux ECN. Elle a les faveurs des doyens de faculté de médecine, mais les syndicats d’étudiants y sont farouchement opposés. Et puis quelle note choisir ? Une autre serait de remettre un examen de fin d’études du 2e cycle avec un oral que tous les étudiants seraient tenus de valider avant de pouvoir passer l’ECN. Enfin, la réforme du 3e cycle, qui doit entrer en vigueur à la rentrée 2017, devrait aussi prévoir une année socle en début d’internat permettant de s’assurer que chaque étudiant a les compétences pour poursuivre dans sa spécialisation.
Quoi qu’il en soit, pour les professions de santé, la sévérité assez injustifiée du numerus clausus français, la reconnaissance mutuelle des diplômes et la libre circulation créent des problèmes graves d’accès aux soins, de qualité des soins et même de sécurité des patients. Cette situation devient intenable, et l’Europe ferait bien de s’en préoccuper  avant que la tentation de tout envoyer dans les poubelles de l’histoire ne finisse par saisir la majorité de nos concitoyens. Il serait assez inconvenant que ces préoccupations de santé publique soient absentes des échéances électorales à venir.