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dimanche 22 mars 2020

Le nucléaire et ses déchets (3) : En avant pour Cigéo !


Les déchets ultimes du nucléaire : l’ampleur du problème

Comme toute activité, l’industrie nucléaire génère des déchets. L’Andra a mis en place des solutions de stockage définitif pour les déchets de très faible, faible et moyenne activité à vie courte, soit 90 % du volume de déchets radioactifs produits en France. Ces déchets, qui représentent une quantité réduite (de l’ordre de 2 kg par an et par personne), sont conditionnés et stockés en surface dans trois centres exploités par l’Andra. Ils seront surveillés durant toute la durée de la décroissance de leur radioactivité, comme c’est le cas du centre de stockage de la Manche aujourd’hui. Après, ben, ils sont plus radioactifs.

La filière nucléaire a développé des solutions technologiques permettant le recyclage des combustibles usés, dont 96 % sont valorisables (plutonium et uranium dits de retraitement). Actuellement, 10 % de l’électricité nucléaire française est produite à partir de matières recyclées (combustible MOX à base d’oxydes de plutonium et d’uranium appauvri). Ces solutions permettent de diviser par 5 le volume des déchets ultimes à vie longue, dits déchets MA-VL et HA-VL et surtout d’enlever le plutonium. Celui-ci est particulièrement intéressant comme combustible dans des réacteurs de 4ème génération, ou pour usage militaire (oui, la France est aussi une puissance nucléaire militaire, c’est un héritage de son histoire et de la volonté d’indépendance gaulliste  qui lui accorde une importance internationale au-delà de son importance économique). Par ailleurs, cela permet de diminuer considérablement la demi-vie radioactive des déchets retraités des 600.000 ans du plutonium à moins de 20.000 ans pour revenir à la radioactivité de l’uranium naturel.

Parlons ordre de grandeurs : ce savoir-faire unique de l’industrie française en matière de retraitement des déchets a pour résultat de générer un volume minimal de déchets de haute ou moyenne activité à vie longue (HA/MA-VL). Ils représentent 3% des déchets radioactifs  (mais 95% de la radioactivité, c’est l’intérêt du retraitement). Pour un ordre de grandeur, l’électricité consommée par une personne pendant 50 années génère un peu moins de 500 g de déchets à vie longue. Pour l’ensemble du parc nucléaire français depuis qu’il fonctionne, c’est l’équivalent d’une piscine olympique. Le tweetos Laydgeur, qui a l’art de générer des images illustrant magnifiquement les ordres de grandeur en a fait ça : l’ensemble des déchets à stocker définitivement générés depuis le début du fonctionnement du parc nucléaire français, c’est ce cube rouge placé sur le Vieux-Port (fictivement)



Admettons quand même que le problème ne parait pas démesuré….


Et cette remarque encore ; le nucléaire ne contribue ni au réchauffement climatique, ni à la pollution de l’air (il n’émet ni particules fines, ni SOX, ni NOX). Les déchets qu’’il émet sont soigneusement déclarés, contrôlés et traités : les autorités de sureté et les exploitants savent où est le moindre mg d’uranium, de plutonium et autres actinium. Les déchets des fossiles, on sait aussi où ils sont : ils s’accumulent par tonnes dans nos poumons !

Le confinement des déchets : le stockage en couches géologiques profondes

Le but du confinement des déchets ultimes du nucléaire (haute ou moyenne activité à vie longue) est de faire en sorte qu’ils n’entrent pas en contact avec la biosphère (organismes vivants et leurs milieux de vie) avant d’avoir perdu leur toxicité radioactive. Ceci est réalisé par la mise en œuvre de nombreuses barrières  (colis, ouvrages, couverture, géologie) qui permettront de faire en sorte que ces déchets n’auront en conséquence aucun impact sanitaire.

Les déchets sont vitrifiés. On possède maintenant  un large recul sur cette solution imaginée dans les années 60 et validée par la France puis par l’ensemble de la Communauté internationale. Les verres alumino-borosilicatés ont été retenus comme le matériau de confinement des solutions de produits de fission, en raison de la souplesse de leur structure désordonnée qui permet de confiner de nombreux éléments chimiques. Les radionucléides participent à la structure du verre, il ne s’agit donc pas d’un simple enrobage, mais d’un confinement à l’échelle atomique extraordinairement efficace : ces verres sont thermiquement, chimiquement et radioactivement stables à l’échelle de 100.000 ans !!



Ils sont ensuite coulés dans des conteneurs en acier inoxydable pour manutention, transport et entreposage, et en prévision du stockage. Ces conteneurs ont une durée de vie supérieure à  10.000 ans et placés dans des matrices en béton.  Des contrôles seront mis en place : l’Andra refuserait tout colis qui présenterait des caractéristiques rédhibitoires pour la sûreté du stockage et son producteur devrait revoir son conditionnement. La question s’est posée pour des colis bitumineux peu nombreux pouvant dégager de l’hydrogène ; l’Andra  a fixé une limite stricte aux quantités d’hydrogène émises par chaque colis, évitant tout danger d’explosion.



Au bout  de vingt ans d’études, une solution s’est imposé qui a fait l’unanimité de l’ASN, des experts nucléaires aux USA, en Chine, en Russie, en Finlande, en Suisse, au Japon, au Canada, en Australie  qui se sont tous décidés en faveur de l’enfouissement en formation géologique profonde des déchets HA et MA-VL.

Le confinement des déchets : le stockage en couches géologiques profondes

Selon l’Agence internationale pour l’énergie atomique, les objectifs spécifiques du stockage définitif sont de «confiner les déchets ; d’isoler les déchets de la biosphère accessible et réduire sensiblement la probabilité et toutes les conséquences possibles d’une intrusion humaine par inadvertance dans les déchets ; d’empêcher, réduire et retarder la migration des radionucléides à tout moment des déchets vers la biosphère accessible ; de faire en sorte que les quantités de radionucléides qui parviennent dans la biosphère accessible du fait d’une migration quelconque depuis l’installation de stockage définitif soient telles que les conséquences radiologiques possibles sont à un faible niveau acceptable à tout moment.»

En France, après des années d’étude, c’est un confinement extrêmement favorable qui a été choisi à Bure (Meuse) dans des couches géologiques profondes argileuses à 500 mètres de profondeur- l’argile est une structure géologique très stable et très imperméable.

Les radioéléments stockés ( grâce au retraitement) mettent moins de 15000 ans pour revenir à une radioactivité de bruit de fond.

La stabilité des couches géologiques type Cigéo est de l’ordre de :100 millions d’années. 100 millions d’années contre 15.000 ans


Donc, on peut entendre les réticences exprimées par certains citoyens du Grand Débat, et expliquer. Avec le confinement profond on ne cache rien, on n’oublie rien, on ne lègue rien. : on laisse la géologie régler un problème géologique.

Avec le retraitement et l’enfouissement profond, nous ne laissons pas le problème à nos descendants, nous le règlons. Un modeste volume de déchet radioactif sera confiné durant un temps beaucoup plus que nécessaire pour que tout danger disparaisse.

C’est au contraire si nous ne faisons pas cet enfouissement profond que nous ous débarrassons du problème sur nos descendants. 

« Cigéo, dont la forme la plus sûre est “non réversible”, soit pour nous et les générations futures notre meilleure solution d’aujourd’hui et réponde parfaitement à l’objectif: isoler définitivement de la biosphère des déchets hautement radioactifs le temps que leur radio-toxicité décroisse et disparaisse naturellement?»  (J. L.  Salanave)

D’autant que cet système de confinement des déchets radioactifs a en quelque sorte été déjà testé et validé par la nature ….cf Oklo au Gabon, voir blog suivant

samedi 7 septembre 2019

Astrid doit ressusciter !


Contrat Orano pour le retraitement des déchets en bonne voie avec la Chine !

Dans l’avenir du nucléaire, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.  La semaine dernière, Reuters annonçait de grands progrès dans la conclusion du giga contrat Orano avec la Chine pour une usine de retraitement de déchets nucléaires.
Citation : « La Chine continue de travailler activement à un projet d'usine de traitement de combustibles usés avec le français Orano (ex-Areva), a déclaré mardi le chef de l'administration chinoise de la sûreté nucléaire. 
Les négociations commerciales avec Orano sont "quasiment bouclées", a dit Liu Hua, également vice-ministre de l'Ecologie, lors d'une conférence de présentation du premier "livre blanc" de la Chine sur la sécurité nucléaire. En plus des négociations commerciales, ce qui se passe, c'est que les deux pays ont entrepris d'harmoniser les normes de sécurité (...) et de renforcer la coopération réglementaire. Donc sur ce projet précis, d'après ce que je sais, il se poursuit sans heurts. Il est en cours et je crois que bientôt (...) il y aura des progrès", a dit Liu Hua.
Orano travaille sur ce projet, estimé à environ 12 milliards de dollars (11 milliards d'euros), depuis plus de 10 ans.

Pour un blog précédent sur ce sujet, voir https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=orano

« Ce contrat chinois d’Orano, il faut le faire ! S’il ne se fait pas, c’est que l’on aura subrepticement décidé de tuer le nucléaire en France ; ou cédé à des pressions américaines qui poursuivent aussi ce but, en même temps que leur intérêt propre. »
Et d’ailleurs, les pressions américaines se sont renforcées, puisque l’administration Trump vient de placer le groupe CGN, partenaire d’EDF, notamment dans la construction d’EPR sur liste noire. Clairement les USA, qui relancent un programme nucléaire civil tentent d’entraver la montée (pour moi inexorable) de la Chine comme champion et leader du nucléaire civil. Et si en passant, ils peuvent affaiblir le nucléaire, français, nul doute que ce ne soit un bonus.

Selon les prévisions du China Electric Council, la puissance installée du parc nucléaire chinois devrait atteindre 200 GW à l’horizon 2030. Cela conduirait à construire 100 à 140 GW de nouvelles capacités entre 2020 et 2030, soit une douzaine de réacteurs par an. Une récente analyse du China’s Energy Research Institute (CERI) conclut par ailleurs que, pour atteindre les objectifs de la COP21, la Chine devra disposer de 554 GW de capacités nucléaires à l’horizon 2050 (ce qui implique la mise en service d’une quinzaine d’unités supplémentaires par an entre 2030 et 2050.

La Chine a donc un programme nucléaire géant, et cerise sur le gâteau, saluons aujourd’hui samedi 7 septembre, l’entrée du deuxième EPR chinois Taishan 2 en exploitation commerciale. Et, comme la France, enfin comme la France naguère, la Chine estime - comme la France - que le recyclage des combustibles usés nucléaires est une nécessité stratégique, économique et écologique.

Au moment même – la semaine précédente, où nous abandons le programme Astrid !

Abandon d’Astrid un scandale économique, stratégique, climatique, écologique.

Conséquences de l’abandon d’Astrid : Nous nous privons :
- d’un réacteur qui, à pleine efficience, peut produire jusqu’à 100 fois plus d’électricité que dans les réacteurs actuels
- d’un réacteur capable d’utiliser  les stocks d’uranium appauvri disponibles, en combinaison avec les combustibles usés contenant du plutonium, et  permettant, à partir du siècle prochain, de s’affranchir totalement des mines d’uranium, et ce pendant plusieurs millénaires : on valoriserait, dès lors, les 99% de l’uranium extrait mis actuellement de côté.
- d’un réacteur assurant  donc un nucléaire durable et une totale autonomie énergétique à la France, capable de générer de l’électricité en quantité et en puissance suffisante pour couvrir tous les usages futurs
-  D’un réacteur capable de produire plus de matière fissile qu’il n’en consomme. C’est l’énergie abondante pour toujours  du surgénérateur!
- D’un réacteur permettant de réduire considérablement les déchets nucléaires ; les déchets ultimes se limiteraient alors aux produits de fission de ces actinides mineurs de durée de de vie de 300 ans environ.


Rappelons aussi que les Russes ont deux réacteurs type Astrid (surgénérateurs au sodium) en  exploitation commerciale, à Benoïarsk (BN 600 et  BN-800) ; que les Chinois et les Indiens ont réussi des démonstrateurs expérimentaux et sont décidés à continuer ; et que la France a été pionnière en ce domine ave Phenix et Super Phenix arrêtés pour des raisons bassement politiques de compromis avec Les Verts.

Abandon d’Astrid réactions syndicales et politiques.

Dans ce blog, je faisais part de quelques réactions politiques bien trop peu nombreuses, scandaleusement trop peu nombreuses. En fait, l’abandon d’Astrid avait été déjà fait l’objet d’un communiqué critique de la CGT ( UFICT- Cadres et techniciens- Mines Energies) qui a sans doutée été la première à réagir/ Extrait :

« L’abandon de la filière des réacteurs de 4ième génération aurait des conséquences graves au niveau écologique et économique. Quelle responsabilité devrions nous assumer vis-à-vis des générations à venir ? Elles auraient à supporter et gérer des quantités importantes de combustibles usés dont on aura prévu de ne rien faire de plus que de les stocker pendant plusieurs générations. Quelles conséquences économiques devrions nous redouter ? Les stocks de combustibles usés passeraient de l’état de matière réutilisable à  l’état de déchet déstabilisant fortement les comptes d’EDF et le prix du kWh. » (Juillet 2018)

« Cette fois le projet de construction du réacteur ASTRID est bien fini. Sans faire du bruit, le projet est reporté sine die, pardon vers la fin du siècle. Et dans l’immédiat on arrête tout investissement dans les installations expérimentales nécessaires pour valider le projet  ; la cellule projet ASTRID dont le but était d’aller rapidement vers une construction du réacteur et sa mise en service, sera démantelée avant la fin 2019. Dans les départements de recherche de la Direction de l’Energie Nucléaire du CEA la fin des perspectives budgétaires dédiées à la recherche sur les réacteurs à neutrons rapides, ou réacteurs du futur… La transition à l’allemande qui consiste en une progression forcée des renouvelables et en même temps au remplacement cadencé du parc nucléaire par les énergies fossiles, est considéré comme une bérézina verte, en termes de coûts d’investissements, de coûts de production et en termes d’émissions de CO2 qui ne baissent pas, bien au contraire.

Quelle est donc la réponse de la France, pays pionnier de l’atome en Europe, à cet échec patent de nos voisins souvent donneurs de leçons en matière d’écologie, et à ce renouveau amorcé du nucléaire considéré comme un contributeur significatif de la réduction des émissions de CO2 ?
Renoncer tout simplement à la fermeture du cycle nucléaire par l’abandon de la construction du prototype ASTRID. Car la future génération des réacteurs à neutrons rapides, dont ASTRID devait être le prototype de la filière, sera la seule capable d’optimiser l’utilisation du combustible (multi-recyclage quasiment à l’infini des combustibles usés), à donner un véritable sens au plan national de la maîtrise des déchets nucléaires en réduisant au minimum la quantité des déchets ultimes qui seront à terme enfouis en couche géologique. Cette vertu repose sur leur capacité à brûler l’ensemble des isotopes de la matière fissile » (17 juillet 2019 - https://ufictfnme.fr/astrid-ou-vas-tu-nucleaire-du-futur/

Bravo les gars, pas mieux et on attend un peu les autres syndicats !

Et un député LREM qui se fiche du monde !

Déclaration Anthony Cellier  (député LREM du Gard ) : « Le projet Astrid n’est pas abandonné… Il y a une notion, celle de multi-recyclage, sur laquelle Orano Melox (à Marcoule) aura un rôle important à jouer, et le CEA aussi. L’objectif est d’avoir des tests sur le MOX2 d’ici 2025, et c’est ici que cette matière va se fabriquer, même si elle nécessitera une révision en profondeur de Melox. L’objectif est de multi-recycler les combustibles pour les repasser notamment dans le parc des réacteurs à eau pressurisée, notamment les 1 300 Mégawatts. Nous faisions du mono-recyclage, nous ferons du multi-recyclage, avec l’objectif de la fermeture du cycle »
C’est une stratégie dite de « stabilisation de l’inventaire du plutonium et non de destruction, considérée jusqu‘ à présent comme peu efficace et inintéressante. Le député LREM Cellier, membre de la Commission des affaires économiques et spécialiste de l’énergie, à mon avis, soit il se fiche du monde, soit il ne sait pas trop de quoi il parle.

Espérons qu’il y aura une commission d’enquête parlementaire sur l’abandon d’Astrid et que les experts pourront donner leur avis sur cette question.

Le débat se joue entre la tradition rationaliste du progrès et des Lumière et la tentation de l’irrationnel sur fonds de panique. Si nous voulons avoir une chance, une seule de rester en-dessous d’un réchauffement de 2°C, alors il faut un développement massif de l’électrique et du nucléaire.  La Chine, le monde a besoin de nucléaire, le nucléaire a besoin de retraitement des déchets, donc nous avons besoin d’Orano qui a une capacité et une expérience uniques en ce domaine, et nous avons besoin d’Astrid et des surgénérateurs pour boucler le cycle du combustible.

Alors ce contrat Orano est-il une chance ? Oui évidemment, dans l’immédiat. Dans l’avenir, cela dépend de nous, si nous continuons dans la recherche et le développement du nucléaire du futur – l’EPR, Astrid, le retraitement et le stockage, mais aussi les petits réacteurs. Sinon, c’est clair, nous ferons comme les Anglais, qui après avoir été des pionniers européens du nucléaire civil, ont perdu toute compétence en ce domaine. Ça peut aller très vite. Et, lorsque nous nous rendrons compte que nous avons besoin de nucléaire, nous devrons demander aux Chinois de nous construire nos centrales. Ce sera un cruel mais mérité retournement d’une histoire où nous ne compterons plus pour beaucoup…


L'abandon du projet Astrid menace la filière nucléaire en France

jeudi 25 avril 2019

Le méga-contrat chinois à 20 milliards d’Orano : il faut le faire !


Une pépite française unique

Orano, c’est l’ancien Areva, c’est l’ancien Cogema, c’est une ancienne spin-off (avant que le mot soit à la mode du CEA via CEA industrie). Oreno réalise en France 40,5 % de son chiffre d’affaires et y emploie 64,8 % de ses effectifs. Il possède 25 sites en France, 8 en Europe hors France, 8 en Amérique 1 en Asie, 3 en Afrique.
Le groupe intervient sur l’ensemble des activités du cycle du combustible nucléaire : dans l’amont avec la conversion et l’enrichissement de l’uranium, grâce aux usines Comurhex II (conversion d’uranium naturel) et Georges Besse II (enrichissement de l’uranium) sur le site du Tricastin ; dans la conception et la construction de réacteurs nucléaires ;  dans l’aval avec le recyclage des combustibles usés sur le site de la Hague, la fabrication de combustibles, dont des combustibles MOX (mélange oxydes d’uranium et de plutonium) mais également le démantèlement et la valorisation des sites.

Bref Orano, c’est le bras combustible nucléaire du programme nucléaire civil français de production d’électricité, qui nous donne à la fois un avantage économique grâce à une électricité parmi les moins chères, un avantage stratégique de relative indépendance par rapports aux puissances gazières et pétrolières, et, cerise sur le gâteau, une des électricité les plus décarbonnées, juste derrière les pays tels la Norvège qui bénéficie d’un potentiel hydroélectrique unique ; c’est une pépite, un savoir faire unique dans la gestion du cycle du combustible nucléaire, et particulièrement en ce qui concerne le point qui va devenir de plus en plus critique du retraitement !

Car l’énergie nucléaire au niveau mondial va considérablement s’accroître (dernière nouvelle de 2019 : l’Arabie Saoudite prévoit la construction de 16 centrales nucléaires  ! Ou sinon, nous serons incapables de faire face au défi climatique !

Or, donc, méga contrat nucléaire à 20 milliards d’euros avec la Chine, il devait y avoir. Macron l’avait déjà annoncé lors de son premier voyage en Chine, sûr et certain, la signature du contrat pour l'usine de retraitement des combustibles usés aurait lieu au premier trimestre être signé au premier trimestre 2018. Bruno Le Maire aussi s’était enflammé : « Nous avons l'assurance du contrat et cela sauvera la filière ». Ce contrat potentiel porte sur la construction d’une usine en Chine assurant à la fois le traitement des combustibles usés et la production de Mox, un fuel pouvant être réutilisé dans les réacteurs nucléaires. Cette usine, d'une capacité de traitement de 800 tonnes de combustibles usés, reprendrait les technologies utilisées par Orano à la Hague (Manche) et sur son site de Melox (Gard). Orano n'assurera pas la construction proprement dite du site, mais apportera notamment ses capacités d'ingénierie pour concevoir l'usine et les procédés.

Eh bien, contrat il n’y a pas eu pour l’instant, et en tous cas pas lors de la visite très attenduede Xi Jinping de mars 2019. Il y a eu un contrat triomphalement présenté avec Airbus, mais en réalité pas très importants au vu des besoins en avion des Chinois.

Et c’est bien dommage, car 1) la Chine va devenir un acteur majeur du nucléaire, avec un programme extrêmement ambitieux. 2) Ce développement obligatoire du nucléaire si nous voulons pouvoir éviter la catastrophe climatique, il devra s’accompagner du développement de l’industrie de traitement du combustible, dans laquelle la France est encore pionnière.

La Chine, prochain champion nucléaire

Le nucléaire chinois, c’est l’histoire d’un extraordinaire succès franco-chinois, d’une très longue  et très exemplaire collaboration franco-chinoise dans le nucléaire. La France a accompagné depuis ses débuts le programme nucléaire civil chinois. Le général de Gaulle avait décidé d’initier des relations diplomatiques avec ce pays en 1964, les contacts dans le domaine nucléaire remontent à août 1973, date de la première visite en Chine du président Pompidou. Ils se concrétisent le 22 novembre 1982 par la signature de « l’accord de coopération entre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et le ministère chinois de l’Industrie nucléaire (MIN) dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique (cf pour cette histoire) https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/01/le-nucleaire-franco-chinois-histoire.html. Elle a conduit à ce que la Chine… a été la première à mettre en service le nouveau réacteur français EPR en 2018… et en achèvera bientôt un autre, ainsi que 4 EPR en Angleterre.
Hervé Machenaud, dans le nucléaire de demain sera chinois (www.connaissancedesenergies.org) rappelle l’ampleur du programme nucléaire chinois. Citation :
Avec 43 réacteurs en exploitation et une puissance installée de 45 GW, le nucléaire ne représentait fin 2018 qu’un peu plus de 2% des 1 900 GW de capacité installée et 4,5% de la production d’électricité en Chine. En 2018, 9 nouveaux réacteurs nucléaires, dont les 4 AP 1000 et les 2 EPR, représentant au total 11,7 GW ont été mis en service en Chine. Huit autres réacteurs, encore en construction, doivent démarrer en 2020 et 2021. Aucun autre projet n’ayant été approuvé, il n’y aura par la suite plus de mise en service avant 2024 ou 2025. Selon les prévisions du China Electric Council, la puissance installée du parc nucléaire chinois devrait atteindre 200 GW à l’horizon 2030. Cela conduirait à construire 100 à 140 GW de nouvelles capacités entre 2020 et 2030, soit une douzaine de réacteurs par an. Une récente analyse du China’s Energy Research Institute (CERI) conclut par ailleurs que, pour atteindre les objectifs de la COP21, la Chine devra disposer de 554 GW de capacités nucléaires à l’horizon 2050 (ce qui implique la mise en service d’une quinzaine d’unités supplémentaires par an entre 2030 et 2050)…
La Chine prépare aussi l’avenir : un réacteur à haute température (HTR) de 211 MW devrait être mis en service cette année et, dans la logique du retraitement décidé par la Chine, un réacteur à neutrons rapides (RNR) de 600 MW est en construction depuis décembre 2017. Des petits réacteurs modulaires (SMR) sont également en développement.
Les premiers pas de la Chine à l’international
Contrairement à la pratique internationale, ce sont les électriciens-exploitants chinois (CNNC, CGN et SPIC) qui portent les projets internationaux. CNNC est notamment constructeur au Pakistan des quatre réacteurs de 340 MW mis en service entre 2000 et 2017 à Chasma et des deux réacteurs de 1 000 MW en construction à Karachi. Un accord de 2017 prévoit la construction d’une nouvelle unité de 1 000 MW à Chasma. En Argentine, un accord qui pourrait se concrétiser assez rapidement, prévoit la construction d’un réacteur de 700 MW de technologie à eau lourde (Candu), puis d’un réacteur Hualong de 1 000 MW. CNNC est également candidat en Arabie saoudite qui annonce un important programme nucléaire. De son côté, le groupe CGN est aux côtés d’EDF dans le programme de 6 réacteurs nucléaires au Royaume-Uni : deux EPR sont en cours de construction à Hinkley Point, deux autres sont prévus à Sizewell suivis par deux Hualong à Bradwell (ces projets font l’objet d’un accord écrit mais pas de contrat d’exécution, des négociations doivent encore avoir lieu avec le gouvernement britannique, ce qui présente aujourd’hui des d’incertitudes) qui devraient être les premiers réacteurs de technologie chinoise construits dans un pays de l’OCDE.
Si l’on ne peut prévoir exactement à quel rythme, la Chine va réaliser le plus grand programme nucléaire de l’histoire. Au cours des deux décennies à venir, c’est 70% à 80% des nouveaux réacteurs dans le monde qui seront construits par la Chine (la quasi-totalité du reste par la Russie).
Le volume de ce programme conduira naturellement à une optimisation progressive de la conception et à une baisse des coûts de construction favorisant le déploiement du nucléaire chinois dans le monde. C’est ce qu’a connu la France des années 1980. Portée par cette dynamique industrielle, la Chine pourrait bien devenir la référence en matière de cycle du combustible et de réacteurs de nouvelle génération.

La Chine, le monde a besoin de nucléaire, le nucléaire a besoin de retraitement des déchets, et pour l’instant Orano a une capacité et une expérience uniques en ce domaine ; pour l’instant, car compte-tenu de la montée en puissance faramineuse du nucléaire chinois, parions que s’ils le décident, ils pourront dans quelques années se passer de nous.  Alors, ce contrat chinois d’Orano à 20 milliards, c’est une opportunité unique pour valoriser l’expérience française du nucléaire civil et renforcer une industrie indispensable  pour répondre au défi climatique  - une industrie que la bêtise rétrograde et anti-scientifique de certains écologistes (pas tous) et la lâcheté de certains politiques ont failli tuer ; c’est une chance historique à saisir pour continuer une histoire franco- chinoise du nucléaire, commencée et voulue par De Gaulle ;

Ce contrat chinois d’Orano, il faut le faire ! S il ne se fait pas, c’est que l’on aura subrepticement décidé de tuer le nucléaire en France ; ou cédé à des pressions américaines qui poursuivent aussi ce but, en même temps que leur intérêt propre. Ce sera de toute façon, un mauvais coup contre la France et un mauvais coup pour la lutte contre le défi climatique.

Il faut le faire maintenant !

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