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vendredi 8 décembre 2023

Relocaliser en décarbonant grâce à l'énergie nucléaire

 w.fondapol.org/etud/relocaliser-en-decarbonant-grace-a-lenergie-nucleaire/

Remarquable article de Valérie Faudon de la SFEN ( janvier 2021) :

Extraits

Le nucléaire est en France un outil de souveraineté permettant de résister aux chocs énergétiques, un facteur de compétitivité-coût favorisant l’attractivité internationale du pays pour les industriels et un vecteur de compétences, terreau d’une possible réindustrialisation au cœur des territoires. Finalement, la filière nucléaire française est un opérateur clé de la décarbonation en France et présente des atouts certains, non seulement parce que l’empreinte carbone des produits et services est amenée à devenir un nouveau facteur de compétitivité mais aussi parce qu’elle permet à notre pays de se placer dans la course au carburant vert (l’hydrogène) et de se positionner dans les secteurs de demain gros consommateurs d’électricité, tels celui des data centers.

Avec son électricité décarbonée nucléaire et renouvelable, la France dispose d’un avantage compétitif exceptionnel pour produire de l’hydrogène bas carbone moins cher sur son propre sol

Le nucléaire, en tant qu’énergie bas carbone et en tant que troisième secteur industriel français, est source d’avantages comparatifs clés sur lesquels le pays peut s’appuyer dans ses stratégies de relocalisation et de réindustrialisation.

1)Le nucléaire a permis de répondre au premier choc pétrolier


2)La France doit se préparer à de nouveaux chocs énergétiques


3) Le socle nucléaire français doit être sécurisé sur le long terme

Dans les années qui viennent, la sécurité d’approvisionnement française pourra être assurée par la rénovation et la prolongation des réacteurs nucléaires existants pour cinquante ou soixante ans d’exploitation… Au-delà, à l’horizon 2040, la France peut être confrontée à un important « effet-falaise » lié au calendrier historique extrêmement rapide de construction des réacteurs dans les années 1980.

Face aux enjeux et dans le contexte d’incertitude actuel, il est nécessaire d’anticiper le renouvellement du parc nucléaire en préparant la mise en service de nouveaux moyens de production nucléaires dès le début de la décennie 2030. Ne pas prendre la décision de renouveler le parc nucléaire en temps et en heure peut exposer notre pays à des risques très importants. Ainsi, en Belgique, début octobre 2020, le nouveau gouvernement a confirmé, dans un accord de coalition avec le parti écologiste, la fermeture de ses centrales nucléaires pour 2025, alors qu’elles représentent plus de la moitié de l’électricité du pays. Le gestionnaire du réseau a souligné le risque que le pays ne puisse alors s’approvisionner chez ses voisins, comme la France ou l’Allemagne, qui n’auront pas nécessairement la capacité excédentaire disponible au moment elle en aura besoin. Alors que les seuls moyens de remplacement susceptibles d’être construits rapidement ne pourront être que des centrales à gaz, très émettrices de CO2, on voit que la fermeture du parc nucléaire représenterait une régression à la fois en matière de sécurité d’approvisionnement et en matière climatique.

4)Un facteur de compétitivité

La production et la distribution d’électricité sont, d’une manière générale, l’une des infrastructures clés d’une économie. C’est un facteur différenciant pour attirer les investisseurs étrangers : une étude de 2017, réalisée dans 81 pays, a ainsi montré que la disponibilité de l’électricité était le premier facteur en termes d’impact pour attirer les investisseurs, devant la liberté économique.

Les principaux clients : il s’agit des plus gros sites industriels français regroupant la quasi- totalité des électro-intensifs des secteurs historiques (sidérurgie, métaux non ferreux, chimie lourde, papier, automobile ou encore transport ferroviaire)

5)La France est internationalement reconnue pour la qualité de son électricité

Aujourd’hui, grâce à son parc nucléaire, son parc hydroélectrique et son réseau de transport d’électricité, la France bénéficie d’une excellente réputation internationale. Selon le Choiseul Energy Index : « En termes de qualité, de disponibilité et d’accès à l’électricité, la France arrive en tête du classement, ex æquo avec la Corée du Sud. Cela s’explique notamment en raison d’un parc nucléaire important. » Par qualité de la fourniture d’électricité, on entend en général deux facteurs : la continuité de l’alimentation électrique et la qualité de l’onde de tension (absence de perturbations sur la tension et la fréquence)

6) Les prix de l’électricité industrielle en France sont parmi les plus bas

Malgré des progrès très importants en termes d’efficacité énergétique, les industriels restent de grands consommateurs d’électricité. Pour certains, la question du prix de l’électricité comme facteur de production est même un point clé de leur compétitivité, donc de leur décision d’investir, ou de rester en France. Aujourd’hui, la France fait partie des pays d’Europe où le prix de l’électricité industrielle est le plus bas, avec les pays scandinaves, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Slovénie.

Ces industries se sont développées en s’appuyant sur le parc hydroélectrique et nucléaire, qui garantissait une électricité avec des prix à la fois prédictibles et bon marché…Ainsi, le site Aluminium Dunkerque, implanté historiquement par le groupe Pechiney dans les Hauts-de-France, sur le site même de la centrale nucléaire de Gravelines, n’a jamais fait l’objet d’une délocalisation, et il est aujourd’hui le plus grand producteur européen d’aluminium primaire

7) Un vecteur de compétences : Avec le nucléaire, la France dispose d’une filière de haute technologie encore complète

La filière nucléaire est la troisième filière industrielle française, derrière l’aéronautique et l’automobile, avec plus de 3.000 entreprises, dont 63,8% de PME et 12,5% d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ; elle représente 6,7% de l’emploi industriel en France avec plus de 220.000 emplois (directs et indirects) : Les activités du secteur nucléaire ont un effet d’entraînement important sur le reste de l’économie : une étude récente estime que, d’ici à 2050, en Europe, chaque euro issu des taxes payées par l’industrie nucléaire générera 2,50 euros de recettes publiques




8) Un opérateur clé de la décarbonation

Grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, la France dispose d’un mix décarboné à plus de 90%, soit une des électricités les moins carbonées du monde. Les émissions moyennes de CO2 en France sont inférieures à 50 g/kWh, bien en dessous de celles des pays voisins (environ 400 g/kWh pour l’Allemagne et 260 g/kWh pour l’Italie, par exemple) 54. Alors que la neutralité carbone devient un impératif pour les entreprises, la France dispose, avec son électricité décarbonée, d’un nouveau facteur d’attractivité essentiel.



Une étude de Deloitte pour l’Uniden  sur plusieurs secteurs (acier, aluminium, ciment, papier, PVC, sucre et verre plat) montre que le décrochage français de 1995 à 2015 dans ces industries s’est traduit non seulement par une perte de 13.000 emplois, mais aussi par une augmentation de 50% de l’empreinte carbone associées à ces productions substituées. L’Uniden parle d’un effet « double peine » et met en valeur que la localisation industrielle est à la fois une donnée économique et environnementale : ces deux dimensions ne sont plus autonomes. La même étude présente un scénario de reconquête industrielle dans ces secteurs, avec la création de 9.600 emplois et une baisse des émissions de 5 millions de tonnes de CO2 équivalent, avec une contribution positive de toutes les filières.

 9)Un atout pour le développement de l’industrie 4.0

La transformation numérique de l’industrie est reconnue comme l’un des leviers pour changer le modèle industriel et économique de nombreux secteurs. Dans l’industrie 4.0, les nouvelles technologies de l’information (robotique, impression 3D, big data…) permettront, selon Olivier Scalabre, directeur associé au bureau de Paris du Boston Consulting Group, le développement de « petites usines dites intelligentes, automatisées, capables d’une grande flexibilité dans la production et situées au plus près des clients ou consommateurs

10) Un avantage dans la course au nouveau carburant vert : l’hydrogène bas carbone

Aujourd’hui, de nombreuses institutions estiment que l’hydrogène bas carbone pourrait jouer un rôle important pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. À court terme, il s’agira de décarboner l’hydrogène utilisé actuellement dans l’industrie, produit à base d’énergies fossiles très émettrices de CO2.

Surtout, il pourra être un vecteur de décarbonation pour d’autres usages existants, difficiles à décarboner par l’électricité, comme le transport lourd (de manière très complémentaire aux solutions électriques). À terme, certains voient le vecteur hydrogène contribuer à des solutions de stockage intersaisonnier dans des mix électriques comportant une part importante d’énergies renouvelables variable

Le fonctionnement en période d’excédent (prix bas de l’électricité) conduit à des facteurs de charge faibles pour les électrolyseurs et nécessite de déployer rapidement une très grande capacité d’électrolyseurs, au point de poser une question de faisabilité. Ce fonctionnement constitue donc un enjeu important pour l’aval de la chaîne qui doit trouver les solutions afin d’assurer la continuité de son approvisionnement en dehors des périodes de production (le stockage, par exemple).

La solution avec électricité en base permet d’atteindre des facteurs de charge significatifs pour les électrolyseurs (entre 3.000 et 6.000 heures/an). Elle permet ainsi de répartir les électrolyseurs près des lieux de consommation industrielle, Du fait de la disponibilité de l’électricité sur tout le territoire. Il est de cette façon possible d’économiser sur la chaîne logistique associée à l’hydrogène vaporeformé. Enfin, elle offre des possibilités de services systèmes (effacement) lors des périodes de tension.

jeudi 3 octobre 2019

Politique énergétique : nucléaire ou effondrement ?


L’EIA américaine (Energy Information Administration) a publié le 24 septembre son International Energy Outlook(1) dans lequel elle présente ses prévisions énergétiques mondiales d’ici à 2050.

Une hausse de 70% de la demande dans les pays en voie de développement

Selon le scénario de référence de l’EIA, la consommation mondiale d’énergie primaire pourrait augmenter de 46,9% entre 2018 et 2050. Plus de la moitié de cette demande supplémentaire pourrait provenir des pays asiatiques en voie de développement (hors OCDE(2)) : la consommation énergétique de ce « groupe incluant la Chine et l’Inde » pourrait doubler d’ici le milieu du XXIe siècle selon l’EIA.

La hausse très forte de la demande envisagée dans l'ensemble des pays « hors OCDE » (+ 70% entre 2018 et 2050) s'explique par « une forte croissance économique, un accès accru à l’énergie et une croissance démographique rapide ». Dans les pays de l’OCDE, la consommation d’énergie pourrait toutefois également croître d’ici le milieu du siècle (+ 15%), cette hausse étant bien plus modérée que dans les pays en voie de développement en raison de « la plus faible croissance économique et démographique et des progrès en matière d’efficacité énergétique ».

Le vecteur électrique occupera une place importante dans la hausse de la consommation mondiale d'énergie, notamment dans le secteur résidentiel des pays en voie de développement (avec la hausse de la population et l’amélioration des conditions de vie). La production d'électricité - injectée sur les réseaux - pourrait ainsi croître au niveau mondial de 79% entre 2018 et 2050 (+ 2,3% par an en moyenne dans les pays hors OCDE, + 1% par an dans les pays de l’OCDE) selon le scénario de référence de l'EIA.

Toutes les sources d’énergie davantage consommées en 2050

Selon le scénario de référence de l’EIA, la demande mondiale va augmenter pour toutes les sources d’énergie, y compris fossiles (même si les énergies renouvelables devraient connaître la plus forte croissance sur la période). En 2050, les énergies fossiles pourraient encore compter pour 69% de la consommation mondiale d'énergie primaire, contre 80% en 2018 d'après les estimations de l'EIA.

Le charbon, fréquemment montré du doigt pour les fortes émissions de CO2 associées à sa combustion, pourrait voir sa consommation mondiale « décliner jusqu’à la décennie 2030 » (avec une transition vers le gaz et les énergies renouvelables dans le secteur électrique) mais à nouveau augmenter dans les années 2040 pour satisfaire des besoins industriels mais aussi de production d'électricité dans les pays asiatiques hors Chine.
Selon l’EIA, les émissions mondiales de CO2 relatives à l’énergie pourraient ainsi augmenter de 0,6% par an en moyenne entre 2018 et 2050 (contre + 1,8% en moyenne entre 1990 et 2018), bien loin des ambitions affichées pour lutter contre le réchauffement climatique. Si les progrès d’efficacité énergétique et le remplacement partiel du charbon par des filières moins carbonées dans le secteur électrique pourrait avoir un effet positif à court terme, l’EIA souligne le fort impact sur ces émissions de la croissance démographique et économique à plus long terme.

La part du pétrole et des autres hydrocarbures liquides pourrait encore compter pour 27% de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2050, contre 32% en 2018 selon le scénario de référence de l'EIA. (cf. ©Connaissance des Énergies, d'après EIA)

Commentaire : Le scénario de l’EIA a le mérite de relativiser ce qui se passe dans nos pays, et il montre la nécessité d’une action au niveau mondial. L’augmentation démographique et la volonté de développement économique et social des pays hors OCDE va continuer à augmenter la demandé d’énergie de 47% jusqu’en 2050, et cela va concerner toutes les sources d’énergie. Non seulement la consommation de charbon ne vas pas diminuer, mais elle va augmente ! essentiellement à cause des pays asiatiques hors Chine. Non seulement les émissions de CO2 ne vont pas diminuer, mais elles vont continuer à augmenter ( pas bon pour le climat !).

C’est donc la catastrophe climatique, écologique, économique et sociale qui s’annonce, illustrée par les courbes diaboliques ci-joint. Avec tout de même un espoir, un seul espoir. Une montée en puissance  immédiate et important de la seule énergie décarbonée, abondante et économique, le nucléaire !





Et ce n’est pas tout ! Un danger d’effondrement ?

L'OCDE estime les impacts annuels du réchauffement climatique sur le PIB mondial entre 1 et 3,3 % en 2060 en l'absence d'actions supplémentaires sur la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre[1]- et, parmi les prévisions des économistes, c’est l’une des plus modérées. Qu’on n’imagine pas qu’un tel prélèvement conduira à une décroissance harmonieuse et joyeuse. Par exemple, la réforme des régimes de retraite en France constitue un point chaud social- or les scénarios élaborés par le COR (Conseil d'orientation des retraites) parient sur une croissance annuelle du PIB comprise entre 1,1 et 1,9 % d'ici à 2070.  Ca fait une sacrée différence !

Et il y a encore plus à craindre ! Des spécialistes de la transition énergétique comme MM. Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean (Fondation Hulot, Carbone 4, Shift Project) font valoir  que le PIB ignore tout simplement les consommations de stocks naturels, que nous avons déjà passé le pic de production de pétrole et probablement celui du gaz, et que les pétrolez et gaz non conventionnels s’épuisent à une vitesse inattendue, elle aussi non conventionnelle.

En fait, le réchauffement climatique risque bien de n’être que l’un, et pas le plus important, des graves problèmes auxquels nous aurons à faire face et il se combinera avec la problématique mise il y a déjà longtemps en avant par le club de Rome, celle des limites de la croissance. La moyenne mondiale annuelle de la consommation d’énergie primaire[ était en 2014 de 22 000 kWh soit 1,89 Tep par personne, ce que M. Jancovici traduit souvent en disant que nous disposons chacun de l’équivalent de 200 esclaves énergétiques. Toutes nos civilisations sont basées sur notre pouvoir de transformation du monde qu’est l’énergie.
Nous n’avons d’autre choix que de réussir la transition énergétique, et celle-ci doit permettre d‘obtenir une énergie abondante et décarbonée dans des conditions économiquement et socialement justes.

Sans le nucléaire, nous n’y arriveront pas …Et ce serait un effondrement sans précédent. En gros, ou nous vivrons avec un développement exponentiel et international du nucléaire civil (et la France, avec la Chine, la Russie les USA), personne n’est de trop, peut y jouer un rôle important et bénéfique, ou nous mourrons dans les convulsions et peut-être avec le nucléaire militaire. Au choix.



[1] OCDE, les conséquences économiques du changement climatique, editions OCDE, 2016

jeudi 4 avril 2019

Chers amis allemands (3) : le fardeau de l’euro



Selon le Centre de politique européenne, la France et l'Italie sont les pays qui, faute de réformes suffisantes, ont le plus pâti de l'adoption de l'euro. Chaque Français aurait perdu 56.000 euros sur la période 1999-2017. Et les grands gagnants seraient l'Allemagne et les Pays-Bas.

Selon cette étude intitulée du CEP intitulée «20 ans d'euro: perdants et gagnants, une enquête 
empirique», la monnaie unique aurait largement pris à certains pays ce qu'elle a apporté à d'autres, depuis son introduction.

Un gain de 23. 000 euros pour les Allemands, un appauvrissement de 56.000 euros par Français !

Selon le CEP, c'est bien l'Allemagne qui est le grand vainqueur de l'introduction de l'euro, avec 1893 milliards d'euros supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Les Néerlandais ont gagné presque autant (21.003 euros), et première surprise, les Grecs n'auraient pas pâti de l'euro (+190 euros par habitant depuis 2001). Invité à préciser ce résultat étrange, l'économiste du CEP Matthias Kullas a souligné auprès de Die Presse que concernant la Grèce, l'euro a en effet apporté un gain de prospérité au début, qui a été ensuite annihilé par la crise économique à partir de 2010. Concernant l'Allemagne, pas de surprise: le pays s'est appuyé sur la stabilité de l'euro, dans la continuité du Deutsche Mark, pour exporter ses produits de haute valeur ajoutée.

Commence ensuite la liste des perdants. Si l'Espagne et la Belgique n'ont pas trop vu baisser leur PIB par habitant (-5031 et -6370 euros), les Portugais ont plus fortement souffert de la monnaie unique (-40.604 euros par personne). Et les deux pays les plus négativement affectés sont la France et l'Italie, qui ont perdu respectivement 3591 et 4325 milliards d'euros sur 20 ans, soit 55.996 euros par Français et 73.605 euros par Italien. Le bilan global semble donc, à l'échelle de l'économie européenne, plutôt négatif.

En ce qui concerne les deux lanternes rouges du classement, le Centre de Politique Européenne mentionne l'importance d'un outil de politique économique mort avec l'adoption de l'euro: la dévaluation. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la France et l'Italie avaient en effet eu plusieurs fois recours à la dévaluation du franc et de la lire, pour soutenir leur compétitivité. Une pratique aux avantages et revers nombreux, utilisée pour la dernière fois en France en 1986, justement pour rééquilibrer la valeur du franc par rapport au mark allemand, et défendre les entreprises exportatrices. Depuis l'usage de la monnaie unique, les gouvernements des deux pays n'ont plus la possibilité de dévaluer, et selon le CEP, n'ont pas engagé les réformes qui leur auraient permis de rendre l'économique plus efficace, et de bénéficier de l'euro.

Bref selon le CEP, l’euro ça ne va pas ! et on ne peut pas lui donner tort (cf. http://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=probl%C3%A8mes+avec+l%27euro). 

Vu l’ampleur des dégâts, une solution pourrait être de  conseiller à la France de reprendre le contrôle de sa monnaie, et donc de précipiter la fin de la monnaie unique, de manière ordonnée. Mais le CEP s'inscrit dans la tradition de l'école de Fribourg, d'inspiration ordolibérale. Alors le think tank, à tous les pays, donne le même conseil : il faut faire des réformes  structurelles sur l'économie – traduisons : il faut faire tout comme les Allemands et obéir à leur diktat. Et le diktat le voilà, en ce qui concerne la France : « pour profiter de l'euro, la France doit suivre avec rigueur la voie de la réforme du président Macron»…Punkt

Tiens d’ailleurs, un truc que je comprends pas : si tous les pays deviennent exportateurs comme l’Allemagne, eh bien l’Allemagne perdra son excédent commercial record, hein ? Donc tout le monde ne peut pas faire comme l’Allemagne ; et d’ailleurs, tout le monde n’a pas envie de devenir allemand, ni d’être gouverné par les Allemands.

L’euro ne fonctionne pas !

Un gain de 23.000 euros pour les Allemands, un appauvrissement de 56.000 euros par Français ! Evidemment, le chiffre a choqué, alors l’étude a été mise en cause. Peu crédible, dit l'entourage du ministre français de l'Économie Bruno Le Maire à propos des résultats pour la France. « Une seule étude ne peut suffire à forger une opinion, d'autant plus que la méthode et les résultats peuvent prêter le flanc à la critique ». Les auteurs de l'étude ont en effet cherché à calculer quel aurait été le PIB entre 1999 et 2017 des pays qui ont adopté l'euro de longue date, si ces derniers avaient conservé leur monnaie nationale. La méthode retenue consiste à imaginer une évolution du PIB pour chaque pays, dans l'hypothèse où l'euro n'aurait pas existé. Les projections ont été réalisées en récréant virtuellement des trajectoires économiques à l'aide d'algorithmes, eux-mêmes basés sur les données de pays hors zone euro. Par exemple, le PIB fictif de la France sans euro a été établi en utilisant les données de l'Australie et du Royaume-Uni. C'est ce qu'on appelle "la méthode de contrôle synthétique ». Ca peut sembler un peu schématique mais le think tank précise que l'influence des évènements économiques indépendants est neutralisée.

Le chiffre peut être contesté, mais pas la réalité : l’euro fonctionne au profit exclusif des allemands et au détriment de tous les autres ! Et c’était évident dès le départ, cf par exemple la tribune de  Jean-Michel Naulot, membre du Collège de l'autorité des marchés financiers (AMF) de 2003 à 2013. http://l-arene-nue.blogspot.com/2015/03/leuro-en-crise-permanente-jusqua-quand.html ; Citations :

« Depuis l’origine, depuis sa conception même, l’euro est en crise. Dès le début des années quatre-vingt-dix, lorsque les autorités françaises décidèrent de défendre à tout prix la parité monétaire du franc avec le deutschemark pour préparer l’avènement de la monnaie unique, ce que l’on a appelé la politique du franc fort, la France a connu la crise. Tout au long de ces années, elle se tiendra à l’écart de la reprise économique mondiale. La politique de taux élevés pratiquée par la Banque de France cassera la croissance et, ce que l’on a tendance à oublier, fera exploser la dette publique. Pendant les années Bérégovoy - Balladur - Juppé (1992-1997), la croissance sera ainsi en moyenne de 1,5%, au lieu de 3,5% aux Etats-Unis, et la dette publique passera de 36% du PIB à 60%. Et pourtant, les premiers ministres de l’époque n’avaient pas la réputation d’être particulièrement dépensiers ! Le bond en avant de la dette publique française date de ces années-là. Lorsque la croissance n’est plus là, la dette augmente. La dette publique progressera à nouveau de manière spectaculaire dans la période récente en liaison avec les deux crises financières des subprimes et de l’euro (de 64% du PIB en 2007 à 95% en 2014). »

« Il faut tout faire, dès maintenant, pour que la zone euro ne soit plus le maillon faible de la croissance mondiale. L’arrivée d’une nouvelle crise financière, à échéance rapprochée, n’a en effet rien d’improbable »

« Le constat est clair : depuis sa création, l’euro n’a pas tenu ses promesses, ni en termes de prospérité, ni en termes de rapprochement des peuples. Il aurait fallu un miracle, celui du fédéralisme, pour qu’il en soit autrement. Depuis qu’existe la pensée économique, nous savons qu’une zone monétaire est indissociable de la souveraineté, Etat ou fédération. Sans cette condition, une zone monétaire ne peut fonctionner que de manière sous-optimale. Robert Mundell, Michel Aglietta et tant d’autres économistes avaient très bien montré avant l’arrivée de l’euro que sans transferts financiers massifs, sans une solidarité équivalente à celle qui existe entre l’Etat de New-York et celui de Californie, une zone monétaire se traduit par le renforcement des plus forts et l’affaiblissement des plus faibles. »

Eh oui : l’euro ne peut fonctionner sans transferts massifs, sans fédéralisation. Allons vers la fédéralisation répètent les perroquets de l’ultra libéralisme.  Oui, mais la fédéralisation, ça veut dire ceci : aux USA, lorsque la Louisiane  perd un euro, le système fédéral lui redonne 60 cents (en Europe, pour un euro perdu c’est un cent seulement selon Patrick Arthus). Donc la fédéralisation, ce seraient des transferts massifs, et plus que massifs de l’Allemagne vers l’Europe du sud et de l’est.
Croyez-vous que les Allemands l’accepteraient ? Non la seule chose qu’ils souhaitent, c’est de maintenir l’euro tel qu’il existe et tel qu’il leur profite énormément, au détriment des autres. Et quand ça ne sera plus tenable, lorsque tous les pays européens, sauf l’Allemagne en seront au point de la Grèce, eh bien ils ‘sen iront.

Alors, il faut tout changer ! Maintenant ! Et éventuellement s’en aller !



dimanche 10 décembre 2017

Politique de recherche : zéro, c'est la politique à Macron (2) !


Voir mon blog précédent pour la politique du gouvernement ( zéro création de postes dans la recherche publique et la lettre d'Alain Fuchs !)
Et en support ces graphiques issus des statistiques de la Banque mondiale, montrant où la France en est et son évolution récente en matière de dépenses de recherche_ le décrochage !
Les graphiques parlent d'eux-mêmes !

 Dépenses de recherches en fonction du PIB- 1996-2015. La France décroche :