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jeudi 16 avril 2020

Après les margoulins de l’éolien, les arnaqueurs des méthaniseurs : quand France Stratégie tacle l’Ademe (4)


Episodes précédents, ou comment le lobby gazier manipule l’idée de gaz vert pour favoriser des projets de méthanisation déments, inutiles voire défavorables pour les émissions de carbones, dangereux et polluants, hautement subventionnés, et qui mettraient en péril la sécurité alimentaire en France.

Les délires habituels de l’Ademe.

L’Ademe, qui a perdu tout caractère scientifique pour se muer en agence de propagande au service des ENR s’est embarqué dans un scénario cosponsorisé par Grtgaz et GRDF : 100 % de gaz renouvelable en 2050, un scénario réaliste selon l'Ademe. Celui-ci a fait l’objet d’une présentation très favorable dans l’Usine Nouvelle (https://www.usinenouvelle.com/article/100-de-gaz-renouvelable-en-2050-un-scenario-realiste-selon-l-ademe.N645273); https://www.ademe.fr/mix-gaz-100-renouvelable-2050

« Selon une étude de faisabilité technico-économique de l’Ademe, la France pourra mobiliser suffisamment de ressources primaires pour produire tous les gaz renouvelables, biogaz et gaz de synthèse, dont elle aura besoin en 2050. Et à des coûts presque compétitifs.
a France autonome en gaz en 2050 ? Les industriels du gaz affirment que c’est possible grâce à la production de biogaz par méthanisation des déchets organiques, à la gazéification de biomasse sèche et au power-to-gas, qui permet de produire du gaz de synthèse à partir du captage de CO2 industriel et d’hydrogène vert produit à partir d’électricité renouvelable. La première technologie est mature, les deux autres devraient l’être en 2050. Reste à savoir s’il sera possible de faire correspondre les ressources avec les besoins de production pour répondre à la demande.

En se basant sur son scénario 100 % renouvelable 2035-2050, l’Ademe a réalisé cette étude de faisabilité technico-économique, avec GRTgaz et GRDF. Sans donner de trajectoire, l’étude a évalué le gisement théorique de ressources primaires mobilisables et son potentiel. Il serait au total de 620 TWh dont 390 TWh provenant de la biomasse (230 TWh du bois et ses dérivés, 130 TWh des sous-produits agricoles, 15 TWh des biodéchets et 14 TWh des algues), 205 TWh de l’électricité et 25 TWh des énergies de récupération (combustibles solides de récupération, hydrogène fatale…). »

Une présentation très peu critique, où l’on apprend quand même :

1) l’Ademe suppose une demande de gaz réduite de 40 % par rapport à notre consommation actuelle, sans dire ni pourquoi, ni comment
2) le coût de production du gaz renouvelable irait de 105 à 153 €/MWh. Des coûts compétitifs ( ???), selon les auteurs de l’étude, qui tablent en 2050 sur un prix de 86 €/MWh de gaz naturel en tenant compte d’une taxe carbone à 200 € la tonne de CO2.
3) Mais en en optimisant les coût de collecte de 10.000 unités très décentralisées ( Ouh là, il va falloir en construire des gazoducs…au fait, GRDF est un des sponsors de l’étude) ;
4) et en améliorant la rentabilité des technologies (Facile, il ya qu’à)
5) et en écartant totalement l’idée de cultures énergétiques dédiées, comme en Allemagne ou au Royaume-Uni. (donc en faisant autrement que ce qu’ont fait les deux pays qui ont investi le plus dans le biogaz…ben voyons) ?

Bon, je rappelle quand même que selon les estimations du Collectif Méthanisation Raisonnée ( donc, pas des adversaires inconditionnels) : 10 % de méthanisation de gaz impliquerait la mise en service d’environ 5784 méthaniseurs, soit plus de dix fois plus qu’actuellement et de  consacrer plus de 18 000 km2 - soit la superficie de trois départements français - à des cultures servant uniquement à alimenter les méthaniseurs. Alors, pour 100% ? 42.800  méthaniseurs de « gros calibre » seraient nécessaires…

En gros, le 100%gaz renouvelable de l’Ademe, c’est comme son 100% renouvelable : ça pose des problèmes qu’on ne sait pas résoudre et pour lesquels on a même aucune solution en vue, mais à supposer ces problèmes résolus, ca pourrait le faire ! C’est plus de la science, ni de la technique, mais de la pensée magique !

La réponse de France Stratégie, ou quand France Stratégie pulvérise l’Ademe.


1) développer les usages du gaz n’a aucun sens en France. Au contraire, il faut les diminuer !

« Le gaz a, d’un point de vue environnemental, une bonne image auprès du public : sa combustion émet peu de particules et de polluants, et moins de CO2 que le pétrole et que le charbon. En particulier, là où les centrales à charbon les plus modernes émettent environ 800 g de CO2 par kWh5, une centrale à gaz actuelle en émet entre 350 g et 400 g. ( l’Ademe elle-même considére 1000 gCO2éq/kWh. pour le charbon, 600, pour le gaz, 6.- pour le nucléaire) »

Dans les pays charbonniers, le recours au gaz fait donc sens dans le cadre de la transition énergétique, même s’il ne peut qu’être transitoire si l’on veut in fine atteindre la neutralité carbone. Mais la question se pose de façon radicalement di­fférente en France, dont le mix de production d’électricité est aujourd’hui déjà très décarboné, avec un petit nombre de centrales à charbon encore en fonctionnement jusqu’en 2022 et un volant résiduel de centrales au gaz (respectivement 1,8 % et 7,7 % de notre production d’électricité)

Pour autant, le gaz est à l’origine de l’ordre de 20 % de nos émissions de gaz à eff­et de serre. Près de la moitié de la consommation de gaz est imputable au résidentiel et au tertiaire (bureaux, commerce, bâtiments publics, etc.), pour le chauff­age des locaux principalement, mais aussi de l’eau chaude sanitaire et de la cuisson. »

Commentaire : en France, pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre et arriver à la neutralité carbone, substituer du gaz au gaz, fut-il vert, n’a aucun sens (et substituer du nucléaire par du gaz prétendu vert, c’est encore pire !) ; Ce qu’il faut, c’est substituer au gaz lorsque c’est possible l’électricité fortement décarbonée grâce au nucléaire. Et France Stratégie revient donc sur l’absurdité de la réglementation thermique du bâtiment :

« À cet égard, la réglementation thermique actuelle applicable aux bâtiments neufs, fixée en 2012, est contreproductive : parce qu’elle vise avant tout à réduire la demande d’électricité « à la pointe » — c’est-à-dire lors des périodes d’hiver, où elle est la plus forte — et à baisser la consommation d’énergie, elle a certes conduit à réduire le nombre de chauff­ages électriques peu performants et à développer les pompes à chaleur, mais elle a aussi renforcé la pénétration du gaz comme vecteur de chauff­age des locaux (graphique 3) et de l’eau chaude sanitaire, contribuant ainsi à l’augmentation des émissions de gaz à eff­et de serre du secteur résidentiel tertiaire. Cette réglementation thermique, qui prône la disparition des ballons d’eau chaude, apparaît d’autant plus dommageable que ces ballons constituent un moyen de stockage de l’énergie électrique et de lissage des consommations, très efficace pour profiter des heures creuses de nuit…De fait, la conversion d’électricité en chaleur (power-to-heat) est un des moyens les plus commodes et les moins coûteux (contrairement au power-to-gas,) pour flexibiliser la demande d’électricité. »

2) Du gaz, pour quoi faire ? Essentiellement pour l’industrie

« Trois usages du gaz restent a priori envisageables : les transports, la production d’électricité flexible et l’industrie. »

a) Les transports : des besoins limités explique France Stratégie !

Dans le transport de marchandises (camions, trains, navires), le gaz est présenté par ses promoteurs comme un vecteur de décarbonation privilégié au motif que sa technologie, parfaitement éprouvée, peut remplacer avantageusement et à grande échelle le diesel, en émettant moins de CO2…en fait, bof !
Dans le transport de marchandises, l’urgence se situe du côté des poids lourds. Avec une consommation de huit milliards de litres de diesel annuel, ils sont responsables de 6 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Le gaz est-il une alternative pour autant ? Oui et non. Sachant qu’un véhicule au gaz n’émet que 10 % d’émissions de moins qu’un véhicule diesel, l’usage du gaz fossile n’est pas rentable « climatiquement », même de façon transitoire….Une solution consisterait à passer à l’électrique pour les poids lourds effectuant de courtes distances (moins de cent ou deux cents kilomètres) et à réserver l’usage du gaz aux camions parcourant des distances supérieures (que l’autonomie des véhicules électriques ne permet pas encore). Ceci dit, d’autres technologies (hydrogène, biocarburants sont également envisageables.

b) la production électrique : pas de besoins

L’usage de turbines à gaz venant suppléer le solaire ou l’éolien (non stockables) en cas de production insuffisante est utile, sans pour autant constituer la solution. Si c’est en effet le rêve des Allemands pour décharbonner leur électricité, en France « les quantités en jeu sont aujourd’hui faibles.

Rappelons-le, la décarbonation de l’électricité, n’est pas, ne devrait pas être un sujet en France, puisque nous avons, grâce au nucléaire, l’électricité la plus décarbonée au monde. Et si on remplace, du nucléaire par de l’éolien plus du gaz, on ne décarbone pas, on recarbone ! 
Voici, par exemple les perormances de la Frace grâce au nucléaire !


c) la production industrielle : des besoins qui resteront, voire augmenteront


« Enfin, dans l’industrie, le gaz naturel est utilisé comme matière première notamment pour la fabrication d’hydrogène (à plus de 95) et d’ammoniac, dont le secteur de la fabrication d’engrais est le principal client. Il est également utilisé pour celle du méthanol, conduisant à la fabrication des colles, adhésifs et plastiques thermodurcissables, ou pour la fabrication de l’acide cyanhydrique, lui-même à la base des résines acryliques et du plexiglas. Au final, dans les procédés où la chimie du méthane et de ses dérivés est indispensable, son usage devrait se maintenir, voire s’amplifier si l’activité des segments industriels concernés est dynamique. »

Des besoins en gaz qui resteront importants pour l’ industrie, mais comment le produire ?

« Autre enseignement majeur de cette étude : il n’est pas certain qu’une offre de gaz renouvelable puisse répondre à ces besoins spécifiques en gaz, aussi limités soient-ils in fine. De fait, les trois technologies disponibles pour produire du gaz renouvelable n’ont pas encore fait la preuve de leur rentabilité dans une perspective de développement à grande échelle. »

La méthanisation, ça va pas le faire ! Pas assez de terres !

La plus mature d’entre elles, la biométhanisation, permet à un agriculteur d’utiliser les déjections animales et certains résidus d’origine agricole pour produire du gaz, traiter ses déchets et diminuer fortement sa consommation d’engrais chimiques. Une martingale environnementale… qui n’a fourni au réseau que 0,08 % de la consommation de gaz française en 2017. Dit autrement : il faudrait multiplier la production par un facteur supérieur à 70 pour atteindre les 10 % de gaz renouvelable à horizon 2030 prévus par la loi relative à la transition énergétique. On est donc loin du compte.

La méthanisation permet à un agriculteur tout à la fois de produire du gaz, de traiter ses déchets et de diminuer fortement sa consommation d’engrais chimiques, en utilisant les digestats riches en azote et en phosphore issus du traitement (et dans la mesure où ils respectent les obligations réglementaires relatives à leur valorisation). Elle peut donc lui assurer un complément de revenu. Elle suppose cependant de sa part l’acquisition de nouvelles compétences, plus proches de l’industrie que de l’agriculture, et une dépense initiale relativement importante, de l’ordre de 200 à 800 k€, notamment pour épurer le biogaz avant de l’injecter dans le réseau, et ne garder que le méthane. En comparaison du prix du gaz sur le marché européen (environ 20 €/MWh), son coût de production, voisin de 85 à 100 €/MWh, et son tarif de rachat restent aujourd’hui élevés pour la collectivité.

L’association France Nature Environnement souligne par ailleurs qu’il faut absolument adapter la taille des unités de méthanisation à celle des installations agricoles pour ne pas aboutir, comme en Allemagne, à des cultures dédiées au détriment de l’alimentation. À défaut, le bilan carbone de l’opération deviendrait nettement plus mauvais, puisque d’autres surfaces devraient être dégagées (déforestation) pour les besoins alimentaires. . Dans ce pays, la production d’électricité à partir de biomasse a atteint un pic de production de 47 TWh (8,5 % de la production totale) après 2014, date à laquelle de nouvelles cultures dédiées ont été interdites, l’Allemagne étant redevenue importatrice de céréales.

La pyrogazéification ou le retour du gazogène ! Et la disparition des forêts

La pyrogazéification du charbon et du bois est une technique ancienne bien connue : le gazogène est vieux de plus de deux cents ans et le gaz de ville nous a éclairés pendant tout le XIXe siècle et le début du XX… Son principe est la transformation du bois en gaz, sous l’effet de la chaleur – et la méthanation – transformation de l’énergie électrique en gaz de synthèse par production d’hydrogène puis combinaison avec du CO2 – elle butent non seulement sur des problèmes de coûts élevés et de rendements faibles mais également sur celui de la disponibilité de la ressource : bois et hydrogène.

En particulier, le gaz renouvelable produit par cette technique ne devrait pas servir pour le chau­ffage, puisque l’utilisation directe du bois pour cela est de meilleur rendement.

Des prélèvements importants de bois à des fins énergétiques (entraînant éventuellement une augmentation parallèle de la consommation de bois d’œuvre) pourraient conduire cependant à une baisse du carbone stocké chaque année dans la forêt. Dans les scénarios réalisés par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) en juin 2017 pour le ministère de l’Agriculture, la différence dans le stockage du carbone entre une exploitation beaucoup plus forte de la forêt (correspondant par exemple à un scénario 100 % gaz renouvelable et au développement de la pyrogazéification) et un scénario opposé d’extension des surfaces forestières couplée à de moindres prélèvements, s’élève à plusieurs dizaines de MtCO2eq/an en faveur de ce dernier scénario. À titre de comparaison, la consommation de gaz naturel en France émet aux environs de 88 MtCO2/an. »

Conclusion : Après s’en être pris à nos cultures alimentaires, le scenario 100% biogaz de l’Ademe pulvériserait nos forêts avec même un bilan carbone négatif !

Le mythe du Power to gaz.  Ben il faudrait des innovations disruptives !

Le power-to-gas consiste à transformer l’énergie électrique en gaz de synthèse par production d’hydrogène puis par combinaison avec du CO2 par méthanation. Il existe deux démonstrateurs en cours :  JUPITER 1000 mené par GRT Gaz à Fos-sur-Mer et démarré en 2018 pour la production et l’injection dans le réseau de transport de gaz naturel de méthane de synthèse (environ 25 m3 /h pour un coût annoncé total de 30 millions d’euros) et GRHYD à Dunkerque.
Le développement du power-to-gas dépendra ainsi de la faculté des chercheurs à mettre au point des technologies disruptives, nettement moins coûteuses.

D’ailleurs, parlons  coût : « Le coût du méthane fabriqué par les pilotes du « power to gaz » atteint 8000€/MWh soit 500 fois le prix du marché, cet écart étant hors de portée de mesures d’optimisation ou de progrès technologique à court et moyen terme. »

La disponibilité de la ressource se pose également. L’Ademe recense dans son étude « 100 % de gaz renouvelable » un potentiel de 205 TWh d’électricité renouvelable excédentaire qui eprésente 40 % de la consommation actuelle d’électricité.
Et pour quoi faire ? S’il s’agit de remplacer le gaz dans ses utilisations industrielles, c’est scandaleusement inefficace et  idiot au point de vue bilan énergétique. Et s’il s’agit de remplacer le gaz pour le chauffage, la conversion d’électricité en chaleur (power-to-heat) est un des moyens les plus commodes et les moins coûteux (contrairement au power-to-gas) pour flexibiliser la demande d’électricité….
Et France Stratégie, avec un certain humour, appelle à se méfier d’un système qui aboutirait « à « utiliser de l’électricité pour produire du gaz, qui servirait au même moment à produire de l’électricité !) ».

Et le bilan économique ?

Bilan : l’Ademe a calculé que l’utilisation conjointe de ces trois énergies renouvelables (méthanisation, pyrogazéification, power to gas) pour satisfaire une demande de gaz réduite de 40 % par rapport à notre consommation actuelle entraînerait une multiplication du coût de production du gaz par un facteur compris entre 2,5 et 4.

En faisant l’inventaire des perspectives du gaz vert, France Stratégie constate qu’aujourd’hui que leurs coûts seraient 3 ou 4 fois plus importants que ceux du gaz importé. D’autre part la gazéification des ressources de biomasse disponibles conduit à environ la moitié du rendement énergétique de leur utilisation dans des réseaux de chaleur.
Le coût du méthane fabriqué par les pilotes du « power to gaz » atteint 8000€/MWh soit 500 fois le prix du marché, cet écart étant hors de portée de mesures d’optimisation ou de progrès technologique à court et moyen terme.
Des prélèvements importants de bois à des fins énergétiques (entraînant éventuellement une augmentation parallèle de la consommation de bois d’œuvre) pourraient conduire cependant à une baisse du carbone stocké chaque année dans la forêt

Conclusion de France Stratégie ! « Le remplacement du gaz fossile par du gaz renouvelable relève encore largement du pari », concluent les auteurs. Miser sur d’autres options est donc une nécessité. Au risque sinon de ne pas atteindre la neutralité carbone en 2050.

dimanche 5 avril 2020

Ravages dans nos campagnes : après les margoulins de l’éolien, les arnaqueurs des méthaniseurs (3)


Résumé des épisodes précédents

Après les deux blogs précédents


décrivant comment le fameux gaz vert des méthaniseurs a une forte odeur de pourriture, au sens propre comme au sens figuré,  que son bilan carbone est plutôt incertain si l’on considère l’ensemble du cycle, et carrément négatif en cas de fuite, assez fréquentes selon même les expériences allemandes, que ces installations sont dangereuses, polluantes et peu contrôlées, et que les objectifs annoncés et promus par l’Ademe sont tout simplement délirants.

Parvenir à 10 % de gaz « renouvelables » dans les consommations de gaz naturel à l’horizon 2030  impliquerait la mise en service d’environ 5784 méthaniseurs, soit plus de dix fois plus qu’actuellement et surtout impliquerait de consacrer  plus de 18 000 km2 - soit la superficie de trois départements français - à des cultures servant uniquement à alimenter les méthaniseurs, au détriment de cultures pour l’alimentation ! Et qu’enfin, les projets de méthaniseurs sont de plus en plus gros, et donc dangereux, et favorisent l’agriculture industrielle et la spéculation sur les terres agricoles au détriment d’une agriculture plus biologique…

Ce billet ci reprend un article de l’excellent bastamag intitulé :

 

Produire de l’énergie plutôt que nourrir : comment le lobby du gaz « vert » transforme l’agriculture française


« Subventions publiques, législation favorable, tarif de rachat garanti, l’État français est entré tête baissée dans la course à la méthanisation, encouragé par le lobbying très actif des entreprises gazières. Mais cette activité profite d’abord aux gros élevages et pourrait modifier demain le visage de l’agriculture. Produire de l’énergie ou de l’alimentation... Faudra-t-il bientôt choisir ? »

Les désillusions d’un écologiste breton / défis écologiques, méthaniseurs monstres et  pompes à subventions.

« Il a d’abord cru à la méthanisation, avant de déchanter. René Louail, ancien conseiller régional écologiste en Bretagne, défend dès le début des années 2000 un projet du nom de Géotexia. Celui-ci est porté par une trentaine d’éleveurs soucieux de transformer le lisier en « Un fiasco total alors que 17 millions d’euros ont été investis dans ce projet », déplore t-il aujourd’hui.

L’usine, surdimensionnée, condamnée en 2013 puis en 2015 à des amendes de 50 000 et 40 000 euros pour pollution, a été constamment en déficit structurel. L’unité, aujourd’hui en redressement judiciaire, pourrait être rachetée par un fonds de pension américain. Face à ce constat, René Louail plaide pour qu’un bilan économique, financier et environnemental de la méthanisation agricole soit réalisé et publié, redoutant une « fuite en avant coûteuse et irréversible pour d’autres projets ».
Sa crainte se fonde sur le « plan biogaz » récemment adopté par la région Bretagne, qui vise à construire des centaines de méthaniseurs d’ici 2025.  Invité régulièrement par des collectifs de riverains opposés à des projets, René Louail constate que « la méthanisation agricole en Bretagne est utilisée dans la majorité des cas comme une "pompe" à subventions pour soutenir l’agriculture industrielle en crise structurelle ».
S’il y a bien « quelques réalisations vertueuses », il voit surtout défiler des dossiers pour des méthaniseurs adossés à des élevages industriels allant jusqu’à 40 000 cochons. « Ces exploitations incorporent dans leur méthaniseur du maïs subventionné par la Politique agricole commune, et bénéficient aussi du tarif de rachat d’énergie. Elles sont payées deux fois ! On garantit ainsi la pérennité d’élevages à bout de souffle. »

Selon René Louail, cette démesure des projets de méthanisation encourage les grandes exploitations à reprendre toutes les terres disponibles. « Personne ne peut les concurrencer. On assiste à la deuxième révolution silencieuse de l’agriculture, qui balaie complètement l’agriculture paysanne », alerte-t-il . La France compte un peu plus de 800 unités en service, dont beaucoup de montages à la ferme. « Ces derniers sont en majorité de petites unités de méthanisation, en dessous de 10 000 tonnes de matières entrantes par an », observe Daniel Chateigner, membre du « collectif scientifique national méthanisation raisonnée » . Ces « petites » unités fonctionnent en général avec les propres « déchets » de la ferme, avec parfois quelques intrants extérieurs, en partenariat avec l’industrie agroalimentaire par exemple. Mais « ça se complique avec les grosses unités, faussement appelées "agricoles collectives", où l’on injecte 40 000, voir 50 000 tonnes d’intrants par an. C’est pourtant celles-ci que le gouvernement veut développer. »

Seuls les grands projets de méthaniseurs peuvent en effet bénéficier de l’offre de prêt mise en place par l’État, qui peut aller jusqu’à un demi-million d’euros ! . « Cela exclut d’office les projets que notre association soutient, dont l’investissement se chiffre entre 3000 et 150 000 euros » observe l’Ardear Occitanie (association régionale pour le développement de l’emploi agricole et rural) qui s’emploie à développer de petites unités de méthanisation à l’échelle des fermes. « Quand on rencontre l’Ademe avec un petit projet de méthaniseur pour montrer que l’on peut faire des choses simples, avec un plus écologique et économique, les portes se ferment » déplore Joël, paysan en Ariège….. »

Les folies de l’Ademe et du Ministère de la Transition écologique

« Passer à une échelle plus large suppose de développer des méthaniseurs de grande taille », confirme un document du ministère de la Transition écologique et solidaire. Une loi adoptée en 2015 fixe un objectif national de 10 % de gaz « renouvelables » dans les consommations de gaz naturel à l’horizon 2030. Selon les calculs de Daniel Chateigner, 10% de méthanisation de gaz impliquerait de consacrer la superficie de trois départements français - plus de 18 000 km2 - à des cultures servant uniquement à alimenter les méthaniseurs !

Une étude de l’Ademe, conduite en collaboration avec GrDF (Gaz Réseau Distribution France) et GRTGaz projette même de remplacer tout le gaz naturel importé par du biogaz d’ici 2050 . « Il n’y a pas assez de surface agricole en France pour faire tout ça », réagit Daniel Chateigner. « Soit ces prévisions sont fondées sur des calculs erronés, soit on dissimule le projet de transformer très profondément l’agriculture française en la détournant de sa vocation alimentaire au profit d’une agriculture majoritairement énergétique. » (Daniel Chateigner, M. Daniel Chateigner, professeur des Universités, est membre du Collectif Scientifique National Méthanisation Raisonnée (CSNM))

Les importations d’aliments pour le bétail pourraient également être amenées à augmenter pour nourrir les méthaniseurs, redoute René Louail. Les méthaniseurs doivent en effet être alimentés tous les jours, même lorsque les animaux sont dans les prés – ce qui implique moins d’effluents. « À quoi ça sert de produire de l’énergie pour nourrir des méthaniseurs evrc du  soja qui traverse le monde ? », interroge-t-il. « C’est insupportable qu’on n’ait pas de débat en France sur l’utilisation des terres agricoles. »

Un lobby gazier très très actif

GrDF, filiale à 100 % d’Engie, joue un rôle prééminent dans cet engouement pour le biogaz. Pour le comprendre, direction les Hauts-de-France, où la course à la construction de méthaniseurs bat son plein. La région annonce multiplier par quinze sa production de biogaz d’ici 2030. Elle compte aujourd’hui moins de 100 unités de méthanisation, mais annonce sous dix ans « plusieurs milliers d’installations agricoles et des millions de tonnes d’intrants ».

L’installation de 1000 méthaniseurs en Hauts-de-France supposerait déjà d’en positionner un tous les cinq kilomètres ! Le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) adopté en janvier 2019 souligne que « les impacts environnementaux peuvent être nombreux et significatifs ». Une annexe précise que « cet objectif repose sur les "dires d’experts" de GrDF » et pourrait être revu à la baisse…

 C’est un aveu », estime André Murawski, conseiller régional apparenté au groupe des Indépendants. « En clair, ce sont les gaziers qui ont fait la politique de la Région des Hauts-de-France en matière de méthanisation. » Le site de la Haute autorité à la transparence de la vie publique confirme un lobbying très actif de GrDF en la matière. L’entreprise a consacré entre 500 000 et 700 000 euros, entre juillet 2017 et décembre 2018, pour défendre le développement des gaz verts, en particulier la méthanisation agricole.
Parmi les types d’actions figurent l’organisation de « discussions informelles » ou la transmission de « suggestions afin d’influencer la rédaction d’une décision publique ». Derrière GrDF, c’est toute la filière gaz qui pousse dans le même sens : Engie et sa filiale GRTgaz, les lobbies Coénove, association professionnelle du secteur, et France gaz renouvelables. »

Un lobbying local très efficace, mais aussi national- vers les méthaniseurs géants

Un décret a été signé par Nicola Hulot, juste avant son départ du gouvernement  qui relève de 30 à 100 tonnes de matières traitées par jour le seuil des installations classées. « Désormais, seules les unités au-dessus de 100 tonnes par jour de matières entrantes relèvent du régime d’autorisation en installation classée et doivent faire l’objet d’une enquête publique et administrative, souligne  Daniel Chateigner. Avant, faire accepter un projet au-dessus de 30 tonnes d’intrants par jour était plus difficile ».
100 tonnes par jour, soit plus de 36 000 tonnes par an. « Le gouvernement met le curseur très haut, alors même que les projets à la ferme sont plutôt entre 5000 et 10 000 tonnes annuelles », observe Daniel Chateigner. Ce relèvement de seuil favorise donc les grandes unités de méthanisation. Selon les calculs du chercheur, le prix moyen d’un méthaniseur en France est passé de 1 ou 2 millions d’euros, à 5 à 10 millions aujourd’hui.
« Nicolas Hulot a été en permanence soumis à des pressions terribles. En relevant le seuil à 100 tonnes, tous les méthaniseurs passent comme une lettre à la poste », confirme René Louail. « Il est évident que ce relèvement de seuil des installations classées s’est fait à la demande d’industriels pour faire en sorte d’être le moins dérangé dans le développement d’importants méthaniseurs », appuie le sénateur écologiste Joël Labbé. »

Remarque : Il ne sera pas beaucoup pardonné à Nicolas Hulot, qui n’a jamais compris ce qu’il faisait.
Ainsi, après  les margoulins de l’éolien, ce sont les arnaqueurs des méthaniseurs qui parcourent les campagnes et les couloirs des ministères et se font entendre. Et imposent des méthaniseurs de plus en plus gros, de plus en plus dangereux et polluants, et qui remettent en cause les activité agricoles nécessaires à la nourriture de la population française, en particulier bios…

Une nouvelle gabegie économique au nom des ENR et du greenwashing du gaz !

« 760 000 euros de subventions publiques par emploi » . Le soutien sans faille de l’État à la filière méthanisation se traduit non seulement dans la réglementation, mais aussi par des aides financières. Outre des aides de l’Ademe – qui représentent jusqu’à 20 % de l’investissement –, des subventions régionales ou départementales peuvent s’ajouter. Une SARL en Ille-et-Vilaine, par exemple, a investi 2,4 millions d’euros dans son unité de méthanisation. Elle a bénéficié de 470 000 euros de subventions publiques dont 300 000 euros de l’Ademe, 120 000 euros de la région Bretagne et 50 000 euros du département d’Ille-et-vilaine  ! « On est à environ 760 000 euros de subventions par emploi direct », estime Daniel Chateigner qui s’appuie sur la base de données de son collectif. « C’est du délire ! Nos impôts financent la construction de méthaniseurs qui vont devenir la propriété privée d’agriculteurs ou de grands groupes. »

Interrogé sur ces chiffres, ni le ministère de l’Agriculture, ni le ministère de la Transition écologique et solidaire n’ont donné suite à nos demandes. L’Ademe nous a répondu qu’ils ne disposaient pas de données disponibles à ce jour, alors même qu’il s’agit de dizaines de millions d’euros de fonds publics.

« Les citoyens et habitants d’une commune devraient avoir une transparence complète sur les tenants et aboutissants des projets, et ce n’est jamais le cas », observe Jean-Marc Thomas, paysan dans les Côtes d’Armor, département où le projet de méthaniseur situé sur la commune de Plouha fait l’objet de vives tensions entre agriculteurs et riverains. Raccorder une unité de méthanisation au réseau de gaz existant peut aussi être coûteux, car il faut parfois des kilomètres de raccordement. « Le coût est de 100 000 euros du kilomètre. Qui paie ? Quelles subventions publiques ? », interroge t-il. Aucune des autorités publiques sollicitées n’a donné suite à nos demandes d’éclaircissement. »

A cela s’ajoute, comme pour l’éolien, un tarif de rachat garanti par l’État très élévé

Un tarif d’achat de l’électricité ou du gaz produit, garanti au minimum sur quinze ans, a également été mis en place, dans un contexte où Engie et Total Direct Energie figurent parmi les rares entreprises à fournir du gaz « vert » en France. « Un contrat est signé entre le porteur de projet et GrDF (ou l’une de ses filiales) avec un prix de rachat trois fois supérieur au prix du gaz pour le consommateur lambda », poursuit Jean-Marc Thomas. « Combien de temps l’État va-t-il pouvoir garantir ce prix de rachat ? »…

« Alors que le gouvernement se montre aujourd’hui incapable de garantir un prix de revient sur les aliments produits par les agriculteurs, il sécurise l’activité agricole sur une activité annexe, à savoir la production d’énergie. « S’il faut entrer dans des projets non agricoles pour continuer à vivre sur sa ferme, cela signifie que l’on renonce à rémunérer les productions alimentaires. C’est inquiétant », alertait un paysan dès 2013, lors d’un colloque sur la méthanisation agricole. Sept ans après, René Louail confirme cette inquiétude. « Je ne suis pas contre la méthanisation, mais pas pour celle qui fait des ravages. Il nous reste la pression de celles et ceux qui veulent une autre agriculture. »

Sophie Chapelle et Simon Gouin. Merci à BastaMag, souvent très pertinent sur les questions énergétiques ;

Des méthaniseurs,de plus en plus gros,  polluants et dangereux, à la performance en gaz à effet de serre au mieux incertaine, au pire catastrophiques ( fuites même légères, oxydes d’azotes des digestats), un plan Biogaz délirant qui met en danger la sécurité alimentaire française ( et le Covid devrait nous inciter à s’en préoccuper davantage et à la considérer comme un bien essentiel et précieux)  et la qualité de sa productions, des subventions délirantes à une néoagricultureindustrielle et au lobby gazier….au prétexte d’un gaz vert !

Le plan Biogaz, c’est stop ! Maintenant !


lundi 5 février 2018

Halte au nucléaire bashing (2) Les margoulins du gaz et des éoliennes

Pourquoi les producteurs de gaz adorent les éoliennes

Dans mon dernier blog (Halte au nucléaire bashing), j’écrivais «  il y a contre le nucléaire à l’œuvre une véritable campagne de désinformation, continue, acharnée, durable. En maitre d’œuvre, les tenants de la secte libérale dominant à Bruxelles, allergiques à  toute forme de service public et qui en ont juré la destruction et la privatisation, en particulier de l’énergie ; c’est que l’électricité nucléaire, en raison de son intensité capitalistique, des problèmes de sécurité, de ses liens historiques avec l’Etat rend impossible toute privatisation du secteur nucléaire- surtout après Fukushima ; et c’est très embêtant, pour les fanatiques de la libéralisation de l’énergie ; en  complices, les opportunistes très intéressés, les concurrents gaziers d’EDF, magouilleurs qui au prétexte d’énergies renouvelables veulent en réalité développer leur activité gazière,  en imbéciles complices, certains écologistes rétrogrades et scientifiquement incultes et les manipulateurs et profiteurs de peurs.
Développons : les producteurs d’électricité gazière se livrent à un lobbying intensif, indécent, éhonté…pour les éoliennes. Etrange non ! Ben non ! Car pour chaque électron produit par une éolienne, il faudra ajouter au moins quatre électrons produits par une centrale à gaz (appel à contributions : quelqu’un aurait une valeur exacte et certifiée) simplement pour pouvoir assurer la sécurité d’approvisionnement et la stabilité du réseau ( cf le blog sur la situation en Australie). Tous ceux qui veulent prendre la peine de se renseigner sur le sujet peuvent le faire et éviter la propagande très intéressées des gaziers. Sur le ton et sur le fond, un des textes les plus intéressants me parait un blog Médiapart de Pierre Yves Morvan :intitulé le solaire et l’éolien marchent au charbon (https://blogs.mediapart.fr/pierre-yves-morvan/blog/300814/le-solaire-et-l-eolien-marchent-au-charbon). Extraits :

Imaginons un mode merveilleux

« Lorsque les militants et la presse annoncent la construction d'un parc d'éoliennes de tant de MW, capable d'alimenter une ville de vingt mille habitants, il faut comprendre que ces éoliennes alimenteront une ville de vingt mille habitants, seulement les quelques rares heures où le vent aura la force exacte permettant la production nominale des éoliennes. Une éolienne de 2 MW est capable de fournir 2 MW... quand il y a du vent, le bon vent, pas trop faible, pas trop fort. Le reste du temps, elle produit moins de 2 MW, et même rien du tout. Compte tenu des fluctuations du vent, qui est brise, zéphyr, ou ouragan, tout se passe comme si une éolienne fonctionnait un quart ou un cinquième du temps à plein régime, son régime nominal... et était à l'arrêt le reste du temps 1. C'est-à-dire que ce nouveau parc d'éoliennes alimentera la ville pour l'équivalent d'un trimestre seulement. Le reste du temps, il faut trouver d'autres énergies ; lorsque l'on construit une éolienne, il faut construire aussi, ou maintenir en service, des centrales-béquilles de puissance équivalente, pour garantir la fourniture d'électricité lorsqu'il n'y a pas, ou pas assez, de vent… »

"Imaginons un monde merveilleux, avec profusion d'éoliennes, partout, et de panneaux photovoltaïques, sans aucune centrale à combustibles fossiles... Imaginons maintenant une belle nuit étoilée sans vent, de celles qui font le bonheur des amoureux et des poètes… Ce serait une belle nuit sans électricité ; l’obscure clarté qui tombe des étoiles ne produit pas d’électrons.
Cela met en évidence un gros problème de la nouvelle électricité renouvelable, celle que produisent éoliennes et panneaux photovoltaïques : elle est inconstante, instable, changeante, volage, on ne peut pas compter sur elle ; il suffit d’une saute de vent, d’un nuage qui passe... et il n'y a plus d'image à la télévision, et le TGV s'arrête en rase campagne. C'est bête à rappeler : il y a aussi des jours sans vent et des nuits sans soleil.
S'il n'y avait que les éoliennes, le TGV avancerait au rythme des tourbillons et des soupirs du vent, pouvant même rester des jours entiers en rase campagne ; pour les rendez-vous, c'est stressant. Dans ces conditions le char à voile est aussi rapide, et bien plus fun. Pour ceux qui ont le mal de mer en char à voile, il est donc nécessaire que la nouvelle électricité renouvelable soit doublée par d'autres centrales moins volages, sur lesquelles on puisse vraiment compter"

«  L'énergie éolienne n'est pas vraiment une énergie renouvelable ; aux trois quarts, c'est une énergie fossile… Les arbres d'acier des éoliennes cachent la forêt fossile. »

« C'est pourquoi, pendant que l’Espagne développait sa capacité éolienne ces dernières années, elle construisait aussi des centrales à gaz pour une capacité de 15 GW. C’est pourquoi l’Allemagne, qui prétend sortir du nucléaire, entre autres en construisant des éoliennes, est obligée de construire aussi, ou de maintenir en service, des centrales à combustible fossile pour les jours sans vent – il y en a. La construction ou la modernisation de 29 centrales au gaz et 17 au charbon est planifiée… Compte tenu de la durée de vie de ces centrales, leurs cheminées fumeront encore dans 40 ans. Les Grünen français se pâment d'admiration. »
« C'est pourquoi dans un pays comme la France, où il n'y a pas un parc suffisant de centrales à combustibles fossiles que l'on pourrait maintenir en service, la construction massive d’éoliennes nécessiterait la construction de nouvelles centrales thermiques, et entraînerait des émissions accrues de CO2. Le scénario serait le suivant, cas d'école avec des éoliennes : - - On ferme une centrale nucléaire de 1 000 MW qui n'émet pratiquement pas de CO2.
- On construit des éoliennes pour une capacité nominale de 1 000 MW.
- On construit une centrale au gaz, russe ou autre, de 1 000 MW, pour les jours sans vent, plus largement pour toutes les conditions pendant lesquelles les éoliennes n'atteignent pas leur puissance nominale.
- Compte tenu du facteur de charge des éoliennes (environ un quart), le résultat sera équivalent à des éoliennes fournissant 1 000 MW un quart du temps, et une centrale au gaz de 1 000 MW fonctionnant les trois quarts du temps, avec émission de CO2.

Tenter de remplacer une centrale nucléaire par des énergies renouvelables en France, ce n'est pas seulement se tirer une balle dans le pied, c'est carrément se tirer une balle dans le ventre. Très douloureux. »

En passant, Pierre Yves Morvan démonte la manipulation de certains chiffres, comme ceux du Danemark : « On cite le cas danois pour démontrer que c’est un faux problème ; mais c’est une fausse démonstration. Il est vrai que les Danois réussissent à injecter 20% d'électricité éolienne, par rapport à la consommation strictement danoise, sur le réseau. Mais ce résultat n'est obtenu que parce que le réseau danois fait en réalité partie d’un plus vaste réseau, incluant la Norvège et son abondante production hydraulique, laquelle est contrôlable. Dans cet ensemble la part de l’éolien danois est largement inférieure à 20% »

Alors on comprend pourquoi les gaziers plaident pour le développement des éoliennes et même la fermeture de centrales nucléaires : c’est la promesse d’immenses profits pour eux, au détriment de la lutte contre le dérèglement climatique, du coût de l’électricité, de l’indépendance énergétique nationale et de l’emploi en France.

Eurogas, un lobby gazier très efficace

La propagande des gaziers est tellement outrancière qu’elle a commencé à faire réagir certains écologistes plus intelligents et mieux informés. « Le gaz est une énergie propre » ose Mestrallet, PDG de Suez Ben ça dépend par rapport à quoi (au charbon et au fuel oui, au nucléaire non !). Et ça dépend d’où il provient : cela n’est valable, ecxplisque Alain Grandjean, conseiller de Hulot,  que si celui-ci est «produit et transporté sans fuite, ce qui n’est pas le cas du gaz de schiste». Car la fracturation hydraulique, seule technique permettant aujourd’hui d’extraire les gaz et pétroles de schiste, entraîne d’importantes fuites de méthane, qui s’ajoutent à celles qui ont lieu lors du transport, du traitement et de la distribution du gaz. Or le méthane est un gaz très réchauffant, 25 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2). Le gaz issu du gaz de schiste est beaucoup plus néfaste pour le climat que le charbon et le fuel. Or, tous les pays européens n’ont pas interdit le gaz de schiste ! Shell a réussi à imposer au niveau européen un slogan scandaleux : « Gaz is good for Europe and Europe is good at gaz ».
Pour mémoire, Shell est l’un des lobbyistes les plus actifs auprès de la Commission Européenne- 4.5 millions d’euros de dépenses annuelles, révèle un article du Guardian du 21 sep 2015, lequel écrit aussi que le Directeur Général de l’énergie auprès de la Commission Européenne, M. Dominique Ristori, a envoyé un mel au très puissant lobby Eurogas, instrument de Shell, BP, Suez…dans lequel il le félicitait de partager complètement les vues de la Commission.  

On pourrait souhaiter politique plus avisée et s’inquiéter de ces vues complètement partagées

Et donc, demandez le contrat nucléaire !
En attendant tiens, pourquoi pas une petite lettre à votre fournisseur favori, pour un nouveau type de contrat, un contrat nucléaire :


Parce que je suis un citoyen vraiment concerné par le dérèglement climatique et que je veux une électricité décarbonée, parce que je veux lutter contre la précarité énergétique et pour la compétitivité de l’industrie française avec une énergie bon marché, parce que je veux la sureté et l’égalité d’approvisionnement sur tout le territoire et un réseau qui ne s‘effondre pas en hiver, ni d’ailleurs en été, je demande un contrat me garantissant une énergie électrique à 80% nucléaire

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