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jeudi 11 avril 2024

Analyse de Patrimoine Nucléaire et Climat France sur le Schéma décennal de développement du réseau

 Résumé

1) Adaptation des réseaux aux ENR : 240 milliards d’euros dont une grande partie pourrait être évitée si on sortait de l’aveuglement idéologique sur les ENR

2) D’ici 2035 un investissement dans les centrales à gaz sera inévitable et bien moins coûteux. L’ option ENR , très coûteuse en équipements et en réseaux, n’apporte pas la garantie de sécurité d’approvisionnement attendue. La capacité pilotable française est aujourd’hui clairement insuffisante et nous oblige à des importations coûteuses lors d’épisodes EnRi européens faibles, Ceci n’est compensé aujourd’hui que par un accroissement considérable des EnRi sans garantie de fourniture. PNC France estime qu’il faudrait engager immédiatement environ 3 GWe de nouvelles capacité gaz lesquelles ne serviraient qu’en ponte et demi-base, donc avec peu de d’émissions CO2.

3) 2050 : plus de nucléaire, c’est possible et cela diminuerait considérablement les coûts de réseau. PNC-France estime que la quasi-totalité du parc devrait pouvoir être exploitée au moins 60 ans et qu’il est indispensable de prévoir un nucléaire majoritaire en 2050 ce qui implique :

- D’engager dès 2024 les 8 EPR2 envisagés par le gouvernement

- De prévoir, à compter de 2035/2040, deux nouveaux réacteurs par an,

4) Beaucoup de flexibilités non chiffrées : financement des effacements de consommation chez les industriels, financement des effacements de production des renouvelables, système de charge/décharge des batteries des voitures électriques

5) Le choix rationnel optimal, c’est un système électrique minimisant le recours aux énergies variables intermittentes. La question de fond est donc bien celle de la dispersion des capacités de production et du niveau des productions intermittentes, ce qui devrait conduire à la recherche d’un équilibre optimal.

6) PNC sur l’éolien en mer : le programme envisagé est peu raisonnable, sans retour d’expérience réel sur la productivité et les cinétiques d’évolution, les questions de maintenance, et les investissements en fonction de la caractéristique des fonds marin ( éolien flottant)

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1) 240 milliards d’euros dont une grande partie pourrait être évitée si on sortait de l’aveuglement idéologique sur les ENR

« RTE propose ainsi un investissement de 100 milliards d’euros d’ici 2040 (avec un triplement de l’investissement annuel de 2019 à 2027 et en moyenne un quintuplement ensuite)…ENEDIS devrait en conséquence investir une somme équivalente (94 milliards €) pour gérer l’extrême éparpillement des sources de production et les redistributions géographiques. La France devra de plus apporter sa contribution au financement par l’Europe des réseaux transfrontaliers, évalués à 500 milliards d’ici 2050. Nous sommes donc face à un mur d’investissements de près de 240 milliards d’€ pour le seul transport/distribution, hors moyens de production et de flexibilités, pour une consommation française en 2050 qui ne serait supérieure que de 16% à l’actuelle dans les documents officiels. »

2) PNC pense que d’ici 2035 un investissement dans les centrales à gaz sera inévitable et bien moins coûteux

« A l’horizon 2035, la consultation écarte l’hypothèse d’un recours à des centrales pilotables de pointe supplémentaires (à gaz type TAC et éventuellement en partie CCG), ce qui conduit à des capacités intermittentes considérables pour répondre à la consommation supplémentaire de 180 TWh visée pour 2035. Cette option, très coûteuse en équipements et en réseaux n’apporte cependant pas la garantie attendue. La faisabilité technique et les conséquences économiques de la gestion de l’intermittence des énergies éolienne et photovoltaïque posent un problème central, sans pour autant apporter la garantie nécessaire de production (éolien terrestre + 36 TWh, éolien marin + 60 TWh et solaire + 32 TWh par rapport à 2023 selon notre calcul) »

Cf aussi la tribune libre de PNC « Pour éviter ruine ou black-out, nous allons hélas devoir construire des centrales à gaz» https://www.lefigaro.fr/vox/societe/pour-eviter-ruine-ou-black-out-nous-allons-helas-devoir-construire-des-centrales-a-gaz-20230927

 

“La capacité pilotable française est aujourd’hui clairement insuffisante et nous oblige à des importations coûteuses lors d’épisodes EnRi européens faibles, comme le montre le tableau ci-dessous. Ceci n’est compensé aujourd’hui que par un accroissement considérable des EnRi sans garantie de fourniture.


Par ailleurs seule une électrification rapide des secteurs des bâtiments et des transports sera efficace du point de vue climatique. Il est donc nécessaire, plutôt que de poursuivre un programme démesuré d’EnRi, de construire dans la décennie des centrales à gaz de pointe, des TAC (et selon les optimisations de CCG en semi-base), préférentiellement dans des régions soufrant d’un déficit de production, afin d’accélérer l’électrification. Fonctionnant de manière épisodique elles émettront peu de CO2, bénéficieront des réseaux et stockages actuels, et assureront une meilleure souveraineté.”

 

“Combien en faudra-t-il ? PNC France estime qu’il faudrait engager immédiatement environ 3 GWe de nouvelles capacité gaz (ce que RTE suggère à demi-mot dans son bilan prévisionnel), sachant que la pesanteur administrative et les multiples concertations rendent probable un délai de mise en service de 6 à 7 ans.”

3) 2050 : plus de nucléaire, c’est possible et cela diminuerait considérablement les coûts de réseau

« A l’horizon 2050/2060, la consultation s’interdit d’envisager un programme nucléaire beaucoup plus dynamique, avec une structure du réseau plus proche de l’actuelle et des productions majoritairement pilotables et centralisées. Cette stratégie réduirait très sensiblement les adaptations des deux réseaux RTE et ENEDIS et limiterait la complexité de la gestion de l’équilibre du réseau. »

 

« PNC-France estime que la quasi-totalité du parc devrait pouvoir être exploitée au moins 60 ans et qu’il est indispensable de prévoir un nucléaire majoritaire en 2050 ce qui implique :

 

- D’engager dès 2024 les 8 EPR2 envisagés par le gouvernement et de définir leurs sites (PPE). Cela donnera en outre un signal de long terme à toute la filière industrielle nucléaire et à l’attractivité des emplois du secteur, emploi qui, il faut le rappeler sera largement national.

 

- De prévoir, à compter de 2035/2040, deux nouveaux réacteurs par an, éventuellement sur des sites nouveaux, avec une répartition géographique (et de source froide) optimale et afin de constituer un réseau HT robuste couvrant tout le territoire, y/compris les régions aujourd’hui fragiles (SFEC). »

4) Beaucoup de flexibilités non chiffrées

« Le financement des effacements de consommation, en particulier chez les industriels mais aussi en faveur des gestionnaires de flexibilités chez les particuliers. Non chiffré.

- Le financement des effacements de production qui devrait couvrir, contrairement à la situation actuelle, les pertes de production des capacités pilotables dont la rentabilité sera menacée. Non chiffré.

- Les investissements et frais d’exploitation de la partie de la technologie hydrogène affectée à une production éventuelle d’électricité. La technologie de l’ensemble électrolyseurs/piles à combustible est peu efficace et, sauf révolution technologique, la souplesse d’adaptation à l’intermittence dans des conditions économiques acceptables reste à démontrer. Le coût des réseaux de distribution et des stockages d’hydrogène est également non chiffré.

- Le système de charge/décharge des batteries des voitures électriques et la compensation de l’accélération de leur obsolescence. Non chiffré

5) Le choix rationnel optimal, c’est un système électrique minimisant le recours aux energies variables intermittentes

« A ce panorama, déjà inquiétant, il faut ajouter qu’à partir de 2030 devrait intervenir la question du financement du renouvellement d’un parc intermittent dont la durée d’exploitation ne devrait pas dépasser 20 à 25 ans. Un parc de la dimension retenue par RTE pour 2035 représente un investissement d’environ 120 à 130 milliards hors back-up et flexibilités pour une production limitée à 220 TWh par an.

La question de fond est donc bien celle de la dispersion des capacités de production et du niveau des productions intermittentes, ce qui devrait conduire à la recherche d’un équilibre optimal capacités pilotables/capacités intermittente en amont de la consultation en cours. D’ici 2035, il faut donc optimiser l’équilibre entre capacités supplémentaires d’EnRi et thermiques à gaz en semi-base et pointe (RTE indique qu’en 2023 les trois-quarts de la production des EnRi sont déjà exportés). L’essentiel est de décarboner le pays, et non l’électricité qui l’est déjà largement, mais aussi de protéger notre pays des surproductions intermittentes de nos voisins, qui s’annoncent considérables.

A l’horizon 2050/2060 les questions essentielles sont :

- La possibilité de porter à au moins 60 ans et si possible 70/80 ans la durée d’exploitation du parc nucléaire. L’ASN devrait donner en 2026 un premier avis pour une durée 60 ans, accompagnée de ses prescriptions en termes de sûreté.

- La possibilité d’accélérer la construction de centrales nucléaires dont la durée d’exploitation pourrait dépasser 80 ans afin de conserver un socle pilotable très robuste, à un niveau proche de l’actuel.

6) PNC sur l’éolien en mer : le programme envisagé est peu raisonnable

« PNC-France estime que le programme envisagé est peu raisonnable, sans retour d’expérience réel sur la productivité et les cinétiques d’évolution, les questions de maintenance, et les investissements en fonction de la caractéristique des fonds marin (en particulier pour l’éolien flottant). Par ailleurs les conflits d’intérêts sont nombreux et les consultations en cours, globalisées, ne feront que les développer. Il est utile de rappeler qu’une puissance deux fois inférieure de nucléaire présente l’avantage de la pilotabilité, d’une moindre dispersion, d’un coût de réseaux très inférieur (non inclus dans l’investissement des opérateurs) et qu’il permet une gestion saisonnière de la production. » 

dimanche 24 décembre 2023

Contribution de l‘association PIEBÎEM à la consultation publique sur la Stratégie française pour l’Energie et le Climat-21 décembre 2023

 Conclusion  : Pour toutes les raisons exposées ci-dessous, PIEBÎEM considère que nous n’avons nul besoin de cette ceinture de 50 zones industrielles proches de nos côtes (moins de 20 km en moyenne contre 40 km en Europe), qui annihile 100 ans de protection du littoral, constitue une menace d’une ampleur inégalée contre la biodiversité, en particulier dans le couloir atlantique, zone majeure de migrations d’oiseaux de cétacés et de poissons, met en péril la pêche côtière, le nautisme, le tourisme et remplace pour des dizaines de millions d’habitants et de visiteurs la vision apaisante du grand large par celle d’un horizon barré d’éoliennes. 

Et tout cela pour une production électrique très coûteuse, décorrélée des besoins, d’une variabilité telle qu’elle menace la stabilité du système électrique et qui ne sera disponible, pour l’éolien flottant qu’à l’horizon 2040 où le nouveau nucléaire devrait commencer à prendre le relais. En sus, PIEBÎEM souligne que la méthode proposée par le ministère dans sa Stratégie française pour l’énergie et le climat est inacceptable à bien des égards et comporte de sérieux risques juridiques.

Extraits

1 - Remarque sur l’évolution de la consommation électrique : De façon générale, l’association PIEBÏEM qui a participé à plusieurs ateliers RTE sur les Futurs énergétiques 2050, appelle à la prudence devant les projections de demande électrique des scénarios RTE...

En 2021, RTE présentait une estimation de l’évolution de la demande d’électricité avec une hypothèse de référence à 645 TWh en 2050, critiquée comme sous-estimée par des institutions comme l’Académie des Sciences (700-900 TWh) et différentes parties prenante.

RTE considère aussi maintenant que les « perspectives d’électrification augurent d’une consommation d’électricité en très forte augmentation d’ici 2035 », avec une trajectoire moyenne à 450 TWh et une trajectoire haute vers 550 TW. Cette forte réévaluation de la demande, en particulier à l’horizon 2035 nous semble critiquable, et comme d’autres parties prenantes, notamment EDF et certains syndicats, nous pensons qu’il faut rester prudent sur la vitesse de cette croissance de la demande d’électricité.

 De façon réaliste, en accord avec les parties prenantes mentionnées, nous privilégions l’hypothèse d’une croissance de la demande plus forte sur la période 2035- 2050 que sur la période 2023-2035, ce qui devrait conduire RTE à ne pas surestimer la « très forte augmentation d’ici 2035… et par conséquent les besoins de développement de l’éolien en mer. 

Nous sommes donc en désaccord complet avec la conclusion suivante du document présenté par le ministère pour la consultation publique sur la Stratégie française pour l’Energie et le Climat- : « Au-delà de cette relance du nucléaire, la stratégie française repose sur le développement des énergies renouvelables qui sont désormais rentables et compétitives"

2 - Les raisons de notre opposition au programme éolien en mer

PIEBÎEM s’oppose de manière résolue au projet insensé de déploiement d'éolien offshore de 18 GW en 2035 et 40 voire maintenant 45 GW en 2050 (ce qui correspondrait à plus de 50 zones industrielles éoliennes off shore de la taille de 1,5 fois Belle-Ile et 4 fois sa hauteur) dont plus de 30 (25GW) pour la seule Bretagne) Ou encore à 90 équivalents Saint-Nazaire pour les côtes françaises, dont plus d’une cinquantaine pour la Bretagne. 

Ce serait une transformation généralisée de la mer côtière en zone industrielle, une accaparation et une privatisation sans précédent d'un bien commun, pour une triple absurdité : climatique, électrique, écologique :

- Les côtes françaises se prêtent très mal au développement de l’éolien en mer...Le résultat, c'est l’annihilation de plus de 100 ans d'effort de la protection du littoral...

-Sur la côte atlantique, la position de ces parcs formant une véritable barrière de migration dans des couloirs de migration intercontinentaux d'importance majeure...

- L’intérêt climatique est nul : compte-tenu de l'intermittence et de la forte variabilité, qui exigent des back-up fossiles...

- L’intérêt électrique est nul : de nombreux scenarios (émis par les think-tanks Cérémé, Sauvons Le climat) montrent que l'on peut largement se passer de l'éolien offshore avec notamment prolongation du nucléaire existant à 60 ans pour la plupart des centrales existantes (voire à 80 comme aux USA, pour certaines) et à un développement accéléré mais réaliste du nouveau nucléaire entre 2035 et 2050 pour arriver à l’équivalent d’une vingtaine d’EPR2 en 2050

- La technologie éolienne nous impose une très forte consommation de matériaux, métaux critiques, terres rares et une très forte dépendance étrangère (en particulier chinoise). Les tensions sur le cuivre, les terres rares, l'aluminium, les câbles électriques... se manifestent déjà 3 par une explosion des coûts et des goulots d'étranglement.

- Ces limites physiques du déploiement de l'éolien offshore conjuguées à un mensonge généralisé sur les coûts (des appels d'offres à 50 euros, moins chers que l'éolien terrestre !) se manifestent déjà par l'absence de réponse à l'appel d'offre éolien offshore en Grande Bretagne de septembre 2023, ainsi que par les difficultés très graves des industriels du secteurs....

Visiblement ces données récentes n’ont pas été prises en compte dans le document proposé par le ministère sur la Stratégie française pour l’énergie et le climat car elles rendent difficilement compréhensibles l’assertion sur « le développement des énergies renouvelables désormais rentables et compétitives » 

- L'éolien flottant, qui permettrait de s'éloigner des côtes n'est pas technologiquement mature.

- La préservation de la pêche durable est purement et simplement incompatible avec le développement de l'éolien offshore prévu le long des côtes françaises.

- le ministère reprend sans critique, ni même recul les promesses d’emplois des industriels du secteur ENR...Nous tenons à rappeler qu‘il y a dix ans, le gouvernement écossais proclamait qu’il visait à devenir” l’Arabie Saoudite des Energies renouvelables” et le leader de l’Europe et promettait la création de 28 000 emplois rien que dans l’éolien offshore. En réalité, dix ans après, l’éolien off-shore n’a fourni qu’un dixième des emplois alors promis par les dirigeants écossais

- Objectifs de moyens et objectifs réels de décarbonation: Rappelons enfin que la France se bat (maintenant, enfin !) au niveau européen pour que soient pris en compte des objectifs réels pertinents (pourcentage de décarbonation) et non des objectifs de moyens (pourcentage de renouvelables, en fait énergies variables intermittentes) dont le manque de pertinence quant au problème du dérèglement climatique est révélé jour après jour par la situation allemande et sa comparaison aux performances françaises en matière de décarbonation de l’électricité. Il serait pour le moins paradoxal que la France s’applique en interne des engagements de moyens (éolien en mer), aux surplus inopérants, qu’elle met à juste titre en question au niveau européen. 

3 - Les raisons de notre opposition aux méthodes proposées pour le développement de l’éolien marin 

Ne souscrivant pas à l’objectif de développement de l’éolien marin présenté par le ministère dans ce document sur la Stratégie française pour l’Energie et le Climat, PIEBÏEM s’oppose donc également très fortement à la méthode proposée...

Cette accélération du processus s’apparente, en ce qui concerne la protection de la biodiversité, à un saut dans un inconnu inquiétant en plaçant une telle chaine quasi-continue de parcs dans des couloirs de migrations transcontinentaux très fréquentés et très importants pour l’avifaune et les cétacés, alors que toutes les autorités environnementales soulignent que nous n‘avons aucun recul sur l‘effet cumulé de parcs. Il y a là un risque imminent d’une ampleur totalement inédite pour la vie et la biodiversité marine côtière qui justifie, au nom du principe de précaution, un moratoire et non une accélération, 

Outre ce très grave enjeu de protection de la biodiversité, PIEBÏEM met en garde l’administration française contre un processus d’accélération qui, très clairement ne respecterait la démocratie locale et contreviendrait aux obligations de la convention d’Aarhus....

Par ailleurs, PIEBÏEM rappelle que les autorisations de dérogation « espèces protégées » (59 pour le seul parc de Saint-Brieuc !) doivent répondre à trois critères : absence de solution alternative satisfaisante,maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle et existence d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM)

Comme le note le juriste Laurent Bordereaux : « la notion de « raison impérative d’intérêt public majeur 5 » comporte une part évidente de subjectivité et nous emmène, concernant les Energies Marines Renouvelables, sur le terrain sensible et complexe de la juste proportion du nucléaire et des énergies renouvelables dans la production d’électricité, dans un contexte national et européen… Comment le juge pourrait-il échapper à cette « controverse sociétale ?

Pour la contribution complète, cf PIEBÏEM ( Préserver l'Identité Environnementale de la Bretagne Sud et des Îles contre l'Eolien en Mer )

https://piebiem.webnode.fr/consultations-et-courriers/

https://piebiem.webnode.fr/piebiem

https://6c235661d6.clvaw-cdnwnd.com/e49789b9b85d0e6024c00e24b0cd330c/200000545-4381243814/PIEBIEM_consultation_Strat%C3%A9gie%20fran%C3%A7aise%20Energie%20Climat_21dec2023.pdf?ph=6c235661d6



dimanche 29 août 2021

EOS (Eoliennes flottantes en Méditerranée) : les pêcheurs se mobilisent et ils ont raison !

 Le projet EOS (EOliennes flottanteS en Méditerranée) consiste en la réalisation, pour une durée de 25 à 30 ans, de deux parcs éoliens flottants commerciaux de 250 MW chacun et de leurs extensions, de 500 MW chacune. Les premiers parcs comporteraient chacun une vingtaine d’éoliennes flottantes, leurs systèmes d’ancrage, un poste électrique en mer et le raccordement au réseau. Avec des éoliennes probablement plus puissantes, leur extension représentera une trentaine d’éoliennes supplémentaires, soit une cinquantaine pour chaque parc (extension attribuée à partir de 2024)

Situations des zones éoliennes  et des  zones de pêche

Bon déjà on voit un gros problème et les pêcheurs ont été les premiers à réagir par un cahier d’acteur déposé par la Sa.Tho.An qui  regroupe environ  100 navires de pêche sur une trentaine de ports en Méditerranée française et représente 350 marins embarqués et un CA de 30 millions d’euros par an,

https://sathoan.fr/wp-content/uploads/2021/08/CAHIER-DACTEURS-VF-OP-SATHOAN.pdf

Les points principaux :

- Une implantation hors des macro-zones B et C et au-delà de la limite des 20 milles nautiques, étant donné le caractère indispensable de ces zones dans l'économie de la pêche. Ces zones représentent des secteurs de forte dépendance pour les pêcheurs de la Sa.Tho.An. Une implantation dans un de ces secteurs de forte dépendance serait donc très préjudiciable pour eux.

-  Aucune suppression de zones de pêche sans récupération équivalente dans un autre secteur ;

- L'élaboration d'un retour d'expérience complet des fermes pilotes avant le lancement d'un projet de plus grande envergure dans un milieu fragile ;

Remarque : c’est la sagesse même : il s’agit du projet Eoliennes flottantes du golfe du Lion (EFGL : 3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de Leucate et du Barcarès)

- la nomination d'un garant de la concertation par la CNDP qui soit au fait autant de tous les enjeux induits par le vaste jeu d'acteurs dont le golfe du Lion est le terrain que des enjeux particuliers de la pêche

-  la constitution d'un GIS pour mesurer les impacts cumulatifs environnementaux et socio-économiques du projet avec le contexte du golfe du Lion…

En passant, une autre partie de la zone est incluse dans un Parc Naturel Marin…sans que ça fasse trop réagir les associations écologistes.

Et les pêcheurs ont raison de s’inquiéter !

Voire notamment le colloque qui a eu lieu au Parlement européen le 22 janvier 2020 « Les pêcheries et l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » et ce qui s’en est ensuivi, le projet de rapport sur les effets des parcs éoliens en mer et des autres systèmes d’énergie renouvelable sur le secteur de la pêche. Parlement Européen, Commission Pêche, Rapporteur : Peter van Dalen

Cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/eolien-en-mer-les-pecheurs-se-battent.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/parlement-europeen-commission-peche.html; https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/PECH-PR-681090_FR.pdf

Extraits :

- on ne sait pas grand chose des effets de gigantesques parc éoliens sur la pêche et sur l’environnement végétal et animal ;  les premiers retours des pêcheurs sont catastrophiques. 

La Commission :

- S’inquiète de l’impact négatif à long terme des éoliennes en mer sur les écosystèmes, les stocks de poissons et la biodiversité, et par conséquent sur l’ensemble des pêcheries, et ce tout au long du cycle de vie des éoliennes, de leur construction jusqu’à leur déclassement, en passant par leur exploitation;

- Souligne que le déploiement à grande échelle de parcs éoliens en mer risque de nuire au fonctionnement physique des bassins maritimes, en particulier des courants marins et aériens, ce qui pourrait contribuer au mélange des couches de la colonne d’eau, et, par conséquent, influer sur le cycle des nutriments, la génération des vagues, 

- Insiste sur le fait que toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre, et que l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent compromis;

- Met en exergue que l’analyse des chevauchements entre les énergies renouvelables en mer et les pêcheries laisse présager une forte hausse des conflits spécifiques potentiels dans les eaux européennes dans les années à venir;

Et les mensonges habituels des maîtres d’œuvres ! la synthèse du dossier de la maîtrise d’ouvrage de EOS :

Qqs extraits

« Ces projets de parcs éoliens flottants commerciaux seraient parmi les premiers au monde, en dehors des fermes pilotes ou des démonstrateurs. »

Remarque :  justement alors, pourquoi ne pas attendre les résultats et l’expérience du projet pilote Eoliennes flottantes du golfe du Lion (EFGL  3 éoliennes de 10 MW chacune à 16 km au large de Leucate et du Barcarès ? Voilà qui serait logique et intelligent.

« Ainsi les éoliennes reçoivent des vents à la fois plus forts et plus réguliers, ce qui améliore leur capacité de production.

Remarque :  laquelle reste intermittente 30%-35% au mieux, exige donc toujours une autre source et  si comme souvent, cette autre source c’est du gaz, eh ben, ça ne la fait pas du tout. L’éolien off shore, c’est de 24 g/kWh à 47 g CO2/kWh. C’est déjà beaucoup plus que le nucléaire (6gCO2/kw.h), jour et nuit, hiver et été. Alors, si, comme souvent, on supplémente l’intermittence par du gaz (420g/CO2/kw.h), ça nous fait à la louche du 350gCO2/Kw.h. le moins qu'on puisse dire,  pour la décarbonation, ça le fait plus du tout !

Par ailleurs, même avec une capacité de production améliorée…l’éolien off shore  constitue toujours le moyen le plus cher de produire de l’électricité (170 € -360 € /MWh -éolien flottant)

« Pour répondre à une ambition française de diminution des émissions de gaz à effet de serre et de diversification du bouquet énergétique pour le rendre plus robuste, l’implantation de deux parcs éoliens flottants et de leurs extensions est étudié…  nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici à 2050…  crucial pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre »

Remarque : je ne vois pas en quoi l’énergie variable intermittente de l’éolien rend plus robuste notre bouquet énergétique. Quant à l’argument mille fois entendu de la diversification, Jancovici lui a fait un sort : Si on coupe une de mes jambes pour la remplacer par une jambe de bois, j’ai diversifié mes appuis mais je ne suis pas sûr que ma situation globale soit améliorée.

Ces projets éoliens offshore ne contribuent pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre en France ; ils ne serviront pas non plus à lutter contre le réchauffement climatique. »

« Les deux parcs de 250 MW produiront un total cumulé d’environ 2,2 TWh d’électricité, l’équivalent de la consommation annuelle de 950 000 habitants, ce qui représente plus de la population de Toulouse, Montpellier et Nîmes réunies. Avec les extensions de 500 MW, l’ensemble du projet pourra fournir près de 6,6 TWh d’électricité, ce qui représente la consommation annuelle de près de 2,9 millions d’habitants, soit environ 50 % de la population de la région Occitanie ou 60 % de la population de Provence-Alpes-Côte d’Azur. »

Remarque : Assez fatigant d’entendre cette propagande éhontée,  toujours la même. Les deux parcs ne fourniront aux habitants de l’électricité que 30% du temps, et pas du tout nécessairement quand ils en ont besoin, mais quand le vent voudra bien.

Dites, la CNPD, ça serait bien quand même que vous réagissuez un peu lorsque la présentation de la ma^trise 'ouvrage est aussi caricaturale ! 

« Le projet ouvrirait la possibilité de développer et moderniser des ports comme celui de Port-La-Nouvelle, ou celui du Grand port maritime de Marseille-Fos, mais aussi de créer localement des emplois au sein de la porteuse filière de production d’énergies renouvelables. »

Remarque : Ah, le coup de l’emploi, bien rebattu lui aussi. On n’a jamais vu  les  600 000 emplois entre 2009 et 2020» promis par le Grenelle de l'environnement. Et pour le fun, ces déclarations de Naval Group à deux mois d’intervalle.

Quand Naval Group candidatait pour l’éolien offshore de la zone Bretagne ouest :  Naval Energies ambitionne de devenir un acteur industriel de référence au niveau mondial de l’éolien flottant. Le dynamisme du marché français permet à Naval Energies de se projeter ambitieusement sur les marchés export (Japon, Royaume-Uni, Corée, etc.)…Les perspectives de développement de cette filière sont immenses… ».

Deux mois plus tard, début février 2021, Naval Group met fin à sa diversification dans le secteur des énergies marines renouvelables :  « le marché des énergies marines renouvelables est immature…L'éolien flottant représente des investissements considérables pour une rentabilité incertaine, voire inatteignable »…

« Les  enjeux en présence dans la zone d’étude du projet : en phase de construction, les principaux effets potentiels sont liés aux bruits sous-marins et à la modification d’habitat pour certains animaux marins »

Remarque : en effet. A Saint-Brieuc, Sea Shepherd a enregistré le bruit des travaux sous-marins (ne pas oublier que le propagation du son dans l’eau est beaucoup plus importante que dans l’air) C’est terrifiant !

« Durant l’exploitation, les principaux effets potentiels en mer sont la modification d’habitat, le changement de nature des fonds marins ou l’effet récif artificiel »

Remarque : l’effet récif est fortement contesté ! Par contre ce qui est certain, c’est que la zone totale occupée par les éoliennes et les raccordements devient inaccessibles aux pêcheurs. D’ores et déjà, les pêcheurs se sont mobilisés et ont fait savoir que leurs principales zones de pêche se trouvaient dans les zones impactées et que, sauf à voir disparaitre leur activité, l’implantation ne pouvait se faire qu’au delà de 20 milles nautiques (voir cahier d’acteur Sa.Tho.An ci-dessus)

Par contre, l’effet chaine lui est de plus en plus mis en évidence.  Pour  les perturbations, ce n’est pas du tout la même chose d’avoir une éolienne isolée ou d’immenses parcs à proximité les uns des autres. Les turbulences importantes produites par les éoliennes entraînent des changements de vent provoquant des modifications dans la vitesse et la direction des vagues, les colonnes d’eau, le brassage des sédiments..)

« Les enjeux de la consultation selon RTE et l’Etat :  Identifier  l’ensemble des enjeux de la zone d’étude du projet à terre comme en mer, à partir des données aujourd’hui disponibles et de l’expertise citoyenne. L’objectif est notamment d’améliorer le potentiel de réalisation du projet ; déterminer un minimum de trois zones préférentielles pour l’installation de deux parcs éoliens flottants et leurs extensions, dont au moins une en région Occitanie et au moins une en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ;   Affiner les aires d’études à terre et en mer pour les raccordements au réseau public de transport d’électricité, mutualisés pour chacun des premiers parcs et de leur extension, afin d’engager ultérieurement la concertation sur cette base « 

Remarque : Autrement dit, selon RTE, l’Etat et leur léger forcing, le projet est plié, ne reste qu’à discuter certaines modalités.

Heureusement la Commission Nationale du Débat Public ne l’entends pas ainsi et l’a à plusieurs reprises rappelé :

Sont donc soumis à consultation :

L’opportunité, les objectifs et les caractéristiques principales du projet ;

- Les enjeux socio-économiques ;

- Les impacts significatifs sur l’environnement et l’aménagement du territoire ;

- Les éventuelles solutions alternatives, y compris l’absence de mise en œuvre ;

- La localisation des zones potentielles d’implantation des parcs et de leur raccordement

A bon entendeur !

Et on rajoutera cet incipit du rapport de la CNDP en Normandie :

« La mer n’est pas vide et contrairement à l’apparence, elle n’est pas libre »

 Là encore, à bon entendeur !

samedi 19 juin 2021

Futurs énergétiques 2050 : Bilan de la consultation RTE (-extraits et commentaires)

 Une consultation pour rien : peut-être pas tout à fait mais quand même…

 Suite du billet sur la consultation RTE « Futurs  énergétiques 20550 » où je proposais une réponse à la consultation RTE. Ce billet traite maintenant d’un premier bilan réalisé par RTE de la consultation

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/reponse-rte-consultation-publique-sur.html

Partie 1) Cadre de référence :

« L’objet d’étude est la neutralité carbone en 2050. Par construction, tous les scénarios doivent atteindre cet objectif, et des trajectoires cohérentes doivent être articulées pour y parvenir »

Commentaire :  bon,  on est bien d’accord : le but c’est pas la sortie du nucléaire et la promotion des ENR ! ». Ca semblait pas toujours évident, alors ça fait du bien de le dire !

« Pour atteindre la neutralité carbone, le recours à l’électricité doit en effet se développer pour remplacer les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) sur de très nombreux usages, sans préjudice de l’inflexion très importante attendue sur la biomasse et sur les vecteurs qui l’utilisent (chaleur, gaz vert). De même, il est certain que cette électricité bas-carbone sera assurée par des énergies renouvelables dans des proportions bien plus importantes qu’aujourd’hui, même en cas de relance du nucléaire, car les réacteurs actuels devront à terme être arrêtés pour des raisons d’âge et qu’il n’apparaît pas possible de les remplacer au rythme (exceptionnel selon les standards internationaux) auquel ils ont été construits »

Commentaire : Merci pour l’hommage au nucléaire, mais pour le reste discutable. Ca dépend aussi pas mal de combien de réacteurs on prolonge et pour combien de temps, voir discussion des scénarios. Par ailleurs, la filière nucléaire a mis en fonctionnement 40 réacteurs en 10 ans dans les années 80, elle ne serait plus capable de tenir ce rythme ?

« Un thème d’étude parmi d’autres, la question de la réindustrialisation et des fuites de carbone s’est imposée comme un enjeu central du travail en cours. Depuis 30 ans, la France est parvenue à réduire ses émissions de gaz à effet de serre mais, dans le même temps, son empreinte carbone n’a pas diminué : ce paradoxe s’explique par la désindustrialisation du pays et un recours croissant aux produits manufacturés importés.  Les produits manufacturés importés ont toujours une intensité carbone nettement plus importante que s’ils avaient été produit en France et pèsent dans l’empreinte carbone du pays…. Des scénarios vertueux du point de vue de la maîtrise de l’empreinte carbone du pays imposent une reconstruction de l’appareil productif autour de solutions bas-carbone, dès les prochains cycles d’investissement »

Commentaire : Ah oui, ça paraissait quand même évident. Mais je voudrais bien qu’on m’explique comment cet objectif de réindustrialisation vertueuse pourrait être compatible avec le respect de la SNBC qui ne l’avait pas prévu.

« Une plus grande sobriété dans les modes de vie et de consommation permet de relâcher la pression sur le rythme nécessaire de développement des énergies bas-carbone » 

Commentaire : oui bien sûr ! Mais alors, comme je le demandais dans ma réponse : les conséquences environnementales et sur la vie de tous les jours des différents scénarios doivent être clairement explicités. Que signifient concrètement sobriété énergétique, flexibilité de la demande ?

« Le parc de production d’électricité français repose aujourd’hui en large partie sur des réacteurs nucléaires de seconde génération. Cette infrastructure de production – totalement atypique à l’échelle internationale – a permis une production d’électricité compétitive et une performance CO2 exceptionnelle, qui n’est égalée dans le monde que par des pays ou régions disposant de ressources hydrauliques uniques (Norvège, Suède, Islande, Québec). »

 Commentaire : Merci de cet hommage !

 « Cependant, les réacteurs ont été mis en service pour la plupart entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. Même si l’échéance de leur fin d’exploitation peut être discutée en fonction du programme de prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs et des décisions de l’Autorité de sûreté nucléaire, il n’en reste pas moins que ces réacteurs devront être massivement fermés entre 2030 et 2060, pour des raisons industrielles et non politiques. « 

Commentaire : Fessenheim n’a pas été fermé pour des raisons industrielles ou de sécurité, mais pour des raisons politiciennes (accord PS/Verts). La fermeture des 14 réacteurs et son calendrier est aussi le résultat de ce même agenda politicien. Il peut être largement modifié

« Cette représentation met ainsi l’accent sur l’importance de la décision de relance ou non d’un parc électronucléaire, qui engagera le pays sur le temps long et résultera d’un choix politique ayant des implications techniques, économiques et sociétales très larges. »

Commentaire : Ben les ENR et le photovoltaïque ont aussi des implications techniques, économiques et sociétales très larges : occupation insupportable du territoire, atteintes aux paysages et à la qualité de vie, coût, nécessité de déploiement de milliers de km de réseau (très mal supporté). Sans oublier les dangers pour la sécurité d’alimentation.

« Ainsi, la perspective d’un système électrique composé à 100 % d’énergies renouvelables implique le franchissement de barrières technologiques et la maîtrise de solutions non encore testées en grandeur réelle. »

Commentaire : Merci de confirmer pour ceux qui ont lu le rapport IEA/RTE : Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l‘horizon 2050 un peu légèrement et de façon biaisée en ne retenant que la petite phrase placée là pour faire plaisir au ministre et en oubliant les 4 ensembles de conditions critiques dont la réalisation serait quasi-miraculeuse.

Partie 2) De nombreuses évolutions à l’issue de la consultation publique ??)

« L’étude « Futurs énergétiques 2050 » reposera sur un cadrage général (trajectoires de référence,variantes et analyses de sensibilité)reposant sur la SNBC et intégrant les enseignements des travaux complémentaires menés depuis sa parution…. L’étude comprend bien un volet dédié à l’estimation de l’évolution de la consommation d’électricité à long terme : ce volet sera ainsi renforcé, et comprendra une trajectoire de référence ainsi que cinq variantes : réindustrialisation forte, sobriété, hydrogène +, efficacité énergétique dégradée, électrification +/─, ainsi que de nombreux tests de sensibilité

« Les scénarios prévoyant à terme un système 100 % EnR (« scénarios M ») seront au nombre de trois. Ils permettent de tester une sortie du nucléaire en 2050 (M0) ou en 2060 (M1 et M23). Leur logique consiste en une répartition diffuse des installations de production avec déploiement massif du solaire (M1) ou alors sur l’idée d’une massification du déploiement des énergies renouvelables autour de grands parcs (éolien en mer, à terre, et solaire photovoltaïque) (M0 et M23 »

Commentaires : répartition diffuse, massification : c’est bien le problème, et un sacré problème d’acceptabilité. Et c’est juste le contraire du nucléaire


« Les scénarios « EnR + nucléaire » (scénarios N) seront également au nombre de trois. Les scénarios N1 et N2 diffèrent par le rythme de construction de nouveaux réacteurs nucléaires de troisième génération…N2 adopte le rythme maximal présenté par la filière. Le scénario N03 a pour sa part été largement réécrit autour de l’idée d’un système électrique fondé durablement sur le nucléaire. N03 permet d’atteindre 50 % pour la part du nucléaire en 2050 en misant (i) sur une trajectoire de fermetures plus lente sur la période 2025-2035, (ii) sur la prolongation de quelques réacteurs au-delà de 60 ans, et (iii) sur d’autres filières que l’EPR 2, comme les SMR (petits réacteurs modulaires ou Small Modular Reactors) »

Commentaire :  1)même pour arriver à 30% de nucléaire, il faudrait, si l’on s’en tient à la PPE actuelle ( fermeture aberrante de 14 réacteurs ), il faudrait construire 14 EPR. Même chose pour le scénario 50%. Donc, comme l’a souligné récemment le Pdt de l’Autorité de Sureté devant le Sénat , la procrastination n’est plus possible, « le nucléaire a besoin de prises de décisions »).

2) Pourquoi 14 EPR  seulement ? la filière nucléaire a mis en fonctionnement 40 réacteurs en 10 ans dans les années 80…

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/05/lasn-devant-le-senat-le-nucleaire.html

2 ) arriver à plus de 50% de nucléaire parait possible en renonçant aux fermetures  de centrales prévues par la PPE et en allongeant leur calendrier ( les USA prolongent massivement leurs centrales, techniquement assez proches des nôtres à 80 ans.

Et puis ceci : la filière nucléaire ne serait capable de construire que 14 réacteurs d’ici 2050 alors qu’elle en a ouvert 40 en 10ans dans les années 80 ????

« La consultation publique a confirmé le caractère extrêmement clivé et passionnel du débat sur le nucléaire et les énergies renouvelables. Les contributions de citoyens reçues dans le cadre de la concertation consistent, en grand nombre, en des demandes d’ajouts de scénarios qui s’éloignent du cadrage initial : des scénarios de sortie rapide du nucléaire (entre « tout de suite » et « d’ici 2030 ») d’une part, des scénarios reposant sur le maintien du statu quo actuel et/ ou de moratoire sur le développement des EnR (et notamment l’éolien) d’autre part. Au titre de l’engagement pris dans le cadre de la concertation, RTE étudiera ces configurations alternatives et décrira les enjeux qu’elles soulèvent »

Commentaire : Ah, enfin une ouverture… Mais il serait bon de ne pas placer sur le même plan ceux qui défendent la rationalité scientifique, technique et économique et écolos bigots dogmatiquement hostiles au nucléaire

« RTE a, enfin, pris en compte un grand nombre de remarques et demandes d’études complémentaires : ajustement des hypothèses sur le PIB et la population, usages prospectifs de l’hydrogène, coût des différentes technologies, intégration d’une variante des scénarios M intégrant un déclassement plus lent des réacteurs nucléaires, etc. »

 Commentaire : c’est bien…Sauf que c’est en contradiction avec la section suivante

 Des points de débat qui demeurent très vifs

« La SNBC est la trajectoire de référence pour la France, permettant de décliner l’engagement du pays à atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 »

Commentaire : ben non, ça le fait pas, parce que la SNBC a ignoré notamment les nécessités de réindustrialisation et qu’elle est beaucoup trop optimiste sur les économies d’énergies.

L’Académie des Technologies dans un rapport intitulé Perspective de la demande française d’électricité d’ici 2050, mars 2021, remet sévèrement en cause ces estimations de la PPE et de la SNBC :

« La consommation annuelle d’électricité en France a été d’environ 470 TWh, décarbonée à plus de 90% ; dans le même temps, les consommations de pétrole et de gaz naturel ont été respectivement d’environ 900 TWh et 450 TWh, le recours à l’électricité en France devra croître significativement pour se substituer aux consommations de pétrole et de gaz. Diverses estimations récentes sous-estiment cette croissance. Or des anticipations erronées affecteraient la sécurité de notre approvisionnement énergétique et la vie quotidienne des français…La demande d’électricité (470 TWh actuellement) pourrait aller de 730 TWh à plus de 840 TWh en 2050 si l’on intègre un doublement de la demande d’hydrogène par rapport à son niveau actuel. »

(reference : http://academie-technologies-prod.s3.amazonaws.com/2021/03/10/20/46/10/c568c3dc-9738-4a03-ba45-141e3b75c086/Avis_besoins_energie_2021.pdf)

« La lecture de la « part de la production française » projetée en 2050 pour chaque filière de production a suscité de très nombreuses réactions. Celles-ci apparaissent très largement conditionnées par le débat politique institué par la loi de 2015, puis par sa révision de 2019, sur la part du nucléaire dans le mix. Ainsi, plusieurs répondants ont interprété le chiffre de 50 % pour la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2050 comme une contrainte de nature politique

Or ce chiffre résultait bien d’une analyse technique : en intégrant les contraintes sur la durée de vie du parc existant, les rythmes maximaux de renouvellement du parc nucléaire par la construction de nouveaux réacteurs de troisième génération ainsi que l’effort d’électrification nécessaire pour atteindre la neutralité carbone, une part du nucléaire l’ordre de 50 % de la production d’électricité en 2050 apparaît comme un maximum. »

Commentaire : pas d’accord, voire plus haut. Le calendrier de fermeture des centrales existantes est bien une décision, on pas même politique, mais politicienne

« La gestion de la variabilité de l’éolien et du solaire demeure un sujet essentiel de divergence d’appréciations….RTE rappelle qu’il présentera, pour les différents scénarios, non seulement une analyse de risque probabiliste en lien avec le critère public de sécurité d’approvisionnement défini dans le code de l’énergie, mais également une analyse approfondie et une illustration du fonctionnement du système dans certaines situations extrêmes (logique de « stress-tests »

Commentaire : Tiens, ca sera intéressant…. Ca serait bien que ça ne soit pas en contradiction avec les évidences relevées par France Stratégie Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? alertant sur la perte trop rapide de moyens pilotables :  « dès 2030 et vraisemblablement à une date plus rapprochée, si les tendances actuelles se maintiennent, les seuls moyens pilotables ne seront pas en mesure de satisfaire toutes les demandes de pointe moyennes »

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/02/note-de-france-strategie-quelle.html

Commentaire final : Aucune remarque reprise sur le léger conflit d’intérêt de RTE : l’adaptation du réseau aux ENR (RTE plus Enedis) a déjà été estimée à plus de 100 milliards d‘euros ; or certains scénarios  exigent nettement plus d ’investissements dans les réseaux que d’autres. On peut légitimement se demander si ce n’est pas une des raisons expliquant le grand nombre de scénarios  à fort pourcentage d’ENR et le fait qu’aient été ignorés des scénarios à fort pourcentage de nucléaire…