Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est areva. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est areva. Afficher tous les articles

samedi 13 mai 2023

Comment l’Allemagne finance l’affaiblissement du secteur nucléaire français

 Comité d’Intelligence Stratégique pour la Souveraineté, Avril 2023

 https://www.docdroid.net/y7NENZB/comment-lallemagne-finance-laffaiblissement-du-secteur-nucleaire-francais-pdf

Résumé : le paradigme antinucléaire, fortement diffusé au sein de la 

société allemande, notamment au travers de la peur d’une potentielle catastrophe nucléaire, pousse Berlin à voir d’un mauvais œil le développement de l’atome dans un pays limitrophe.

Une raison culturelle : la peur bien entretenue de l’atome

Une raison  économique : afin de sauver la compétitivité de l’industrie allemande mise en péril par la sortie précipitée du nucléaire en 2011, il est inconcevable, pour Berlin, de laisser un de ses principaux rivaux, l’industrie française, disposer d’une source d’énergie bien moins onéreuse et des avantages compétitifs en découlant.

Ainsi, l’Allemagne manœuvre afin de nuire à la filière nucléaire française. Au sein des instances européennes, elle agit afin de ralentir au maximum le développement de l’atome en France, notamment en œuvrant à prévenir tout soutien financier de la part de l’Union.

Cependant, Berlin ne cantonne pas sa stratégie au ralentissement du secteur nucléaire français. En effet, l’Allemagne œuvre à propager le paradigme antinucléaire en France. Pour cela, elle s’appuie sur un de ses principaux outils en matière d’influence à l’étranger, ses fondations politiques.


Les Fondations, un instrument d’influence de l’Allemagne 

Il existe actuellement 7 fondations, chacune proche d’un parti  politique allemand :

Fondation Friedrich Ebert (SPD, 670 collaborateurs, 15 bureaux nationaux et plus de 100 représentations étrangères), Konrad Adenauer (CDU, 1 000 collaborateurs dans 100 bureaux à l’étranger , supervisant des projets dans plus de 120 pays.), Friedrich Naumann (FDP, présente dans plus de 60 pays avec plus de 500 collaborateurs), Hans Seidel (CSU, 90 projets de développement dans plus de 75 pays), Rosa Luxemburg (Die Linke, 300 collaborateurs, présente dans 25 bureaux nationaux et 46 bureaux à l’étranger), Heinrich Böll ( Verts, implantée dans 35 pays et soutient des projets dans plus de 60 pays dans le monde, Desiderius Erasmus (AfD, non soutenue par des subventions fédérales)

Les Fondations, instruments revendiqués de la politique extérieure de l’Etat Allemand 

« L’État octroie à certaines organisations privées allemandes dotées de différents profils politiques et

idéologiques, des fonds pour qu’elles puissent mettre en œuvre des projets de formation et des mesures de conseils avec des partenaires dans les pays e développement qui présentent aussi différentes opinions politiques et idéologiques et qui poursuivent divers objectifs politiques dans leurs pays. Ces projets de formation ont pour but d’influencer le développement de ces pays à travers une orientation de leurs élites dans un sens sociopolitique déterminé »

Les fondations allemandes et le nucléaire français 

Dans le cadre des opérations de propagation du paradigme antinucléaire, les principales Fondations mobilisées sont Heinrich Böll et Rosa Luxemburg. En effet, les 2 structures se sont vu attribuer, par les ministères de la Coopération et du Développement et celui des Affaires étrangères, des financements relatifs à des projets d’influences visant à induire une « transformation socio-écologique » sur les territoires ciblés. 

Ainsi, en 2018, la fondation Heinrich Böll publiait « l’Atlas de l’énergie. Les auteurs s’alarment des « incertitudes sur la faisabilité technique et économique de la prolongation de la période d’exploitation des centrales », ils y déplorent également les 55 milliards d’euros investis dans la rénovation des réacteurs, montant qui, selon eux, aurait pu être « investis  dans les énergies renouvelables

En 2020, la fondation Heinrich Böll participe à la production de l’étude « Rapport mondial sur les déchets nucléaires : Focus sur l’Europe.  Le rapport cherche notamment à stigmatiser la France quant à sa production de déchets nucléaires. Le document remet également en cause la viabilité du système français en matière de traitement de ces déchets, insistant sur son coût actuel ainsi que sur sa potentielle augmentation. 

En 2021, la Fondation Heinrich Böll collabore avec le journal Alternatives Economiques dans le cadre de la production d’un dossier à charge contre le nucléaire français. Intitulé « Nucléaire : la France à l’heure du choix »,  il brosse un portrait au vitriol du secteur. Titre des chapitres Réacteurs : une prolongation à haut risque ; Déchets nucléaires : quand les poubelles débordent ; Le nucléaire, une industrie sans grand avenir ; 100 % Renouvelable, c’est possible ; Nucléaire : la folle obstination d’EDF ;  Sortir du charbon et du nucléaire : l’exemple allemand ;  Pour faire avancer la transition, l’énergie citoyenne ;  Nucléaire : « il faut que le débat ait lieu ». 

Le vendredi 10 mars 2023, suite à l’adoption du projet de loi « relatif à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires », Jules Hébert, Vice- président de la fondation en France, a été le premier des 5 intervenants à s’exprimer au siège du parti Europe Ecologie Les Verts, face à un parterre de journalistes, dans le cadre d’une conférence constituant le début de la « contre-offensive culturelle » des écologistes face au retour en grâce du nucléaire dans l’hexagone.

La  fondation Heinrich Böll finance le Réseau Action Climat  France, une fédération composée de 27 associations nationales et de 10 associations locales dont Greenpeace France, Les Amis de la Terre ou encore le réseau Sortir du Nucléaire. Il convient de préciser que, dans son rapport d’activité 2021, le Réseau Action Climat ne se présente plus comme financé par la fondation Heinrich Böll, mais directement par le ministère fédéral des Affaires économiques et de l’Action climatique

La Fondation Rosa Luxemburg mène des actions parfois extrêmement virulentes contre l’industrie nucléaire française.

Ainsi, en janvier 2022, la structure publie, en collaboration avec le Réseau Sortir du nucléaire et la Nuclear Free Future Foundation, un document dont la production a été financée par le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement intitulé « Atlas de l’Uranium ». Traduction d’un document allemand issu d’une collaboration entre la Nuclear Free Future Foundation, Le Monde diplomatique, la Fondation Rosa Luxemburg et BUND (Les Amis de la Terre Allemagne), cette production de 56 pages est une compilation d’articles à charge contre divers acteurs impliqués dans l’exploitation de l’uranium.. Le document est particulièrement virulent à l’égard de la France qui se voit consacrée 3 articles entiers et citée dans plusieurs autres. En plus d’une hostilité générale envers l’Hexagone, l’Atlas cible particulièrement la relation de la France avec un de ses principaux fournisseurs : le Niger…. L’article cible également l’entreprise Orano, anciennement Areva, l’accusant d’être responsable d’une catastrophe écologique, de l’empoisonnement des mineurs locaux, mais également d’un « naufrage social » à venir.

Réel document militant, l’Atlas de l’uranium stigmatise la France, poussant les conditions d’une dégradation des relations commerciales entre Paris et un de ses principaux fournisseurs d’uranium. Ce faisant, la Fondation Rosa Luxemburg œuvre à perturber la chaîne d’approvisionnement de la filière nucléaire française. Le financement par l’État fédéral allemand d’un tel document, peu importe s’il partage ou non les opinions qui y sont énoncées, constitue indiscutablement une contribution de Berlin, consciente ou non, aux manœuvres d’affaiblissement de la filière nucléaire française ;

Rappel : En ce qui concerne les manœuvres et l’attitude de Berlin quant au nucléaire français, il faut aussi rappeler que le rapport franco-allemand AGORA IDDRI (« L‘Energiewende et la transition énergétique à l'horizon 2030 ») indique que « […] si des capacités nucléaires sont retirées du mix français, la compétitivité des centrales à charbon maintenues dans le système en Allemagne est améliorée. »


jeudi 25 avril 2019

Le méga-contrat chinois à 20 milliards d’Orano : il faut le faire !


Une pépite française unique

Orano, c’est l’ancien Areva, c’est l’ancien Cogema, c’est une ancienne spin-off (avant que le mot soit à la mode du CEA via CEA industrie). Oreno réalise en France 40,5 % de son chiffre d’affaires et y emploie 64,8 % de ses effectifs. Il possède 25 sites en France, 8 en Europe hors France, 8 en Amérique 1 en Asie, 3 en Afrique.
Le groupe intervient sur l’ensemble des activités du cycle du combustible nucléaire : dans l’amont avec la conversion et l’enrichissement de l’uranium, grâce aux usines Comurhex II (conversion d’uranium naturel) et Georges Besse II (enrichissement de l’uranium) sur le site du Tricastin ; dans la conception et la construction de réacteurs nucléaires ;  dans l’aval avec le recyclage des combustibles usés sur le site de la Hague, la fabrication de combustibles, dont des combustibles MOX (mélange oxydes d’uranium et de plutonium) mais également le démantèlement et la valorisation des sites.

Bref Orano, c’est le bras combustible nucléaire du programme nucléaire civil français de production d’électricité, qui nous donne à la fois un avantage économique grâce à une électricité parmi les moins chères, un avantage stratégique de relative indépendance par rapports aux puissances gazières et pétrolières, et, cerise sur le gâteau, une des électricité les plus décarbonnées, juste derrière les pays tels la Norvège qui bénéficie d’un potentiel hydroélectrique unique ; c’est une pépite, un savoir faire unique dans la gestion du cycle du combustible nucléaire, et particulièrement en ce qui concerne le point qui va devenir de plus en plus critique du retraitement !

Car l’énergie nucléaire au niveau mondial va considérablement s’accroître (dernière nouvelle de 2019 : l’Arabie Saoudite prévoit la construction de 16 centrales nucléaires  ! Ou sinon, nous serons incapables de faire face au défi climatique !

Or, donc, méga contrat nucléaire à 20 milliards d’euros avec la Chine, il devait y avoir. Macron l’avait déjà annoncé lors de son premier voyage en Chine, sûr et certain, la signature du contrat pour l'usine de retraitement des combustibles usés aurait lieu au premier trimestre être signé au premier trimestre 2018. Bruno Le Maire aussi s’était enflammé : « Nous avons l'assurance du contrat et cela sauvera la filière ». Ce contrat potentiel porte sur la construction d’une usine en Chine assurant à la fois le traitement des combustibles usés et la production de Mox, un fuel pouvant être réutilisé dans les réacteurs nucléaires. Cette usine, d'une capacité de traitement de 800 tonnes de combustibles usés, reprendrait les technologies utilisées par Orano à la Hague (Manche) et sur son site de Melox (Gard). Orano n'assurera pas la construction proprement dite du site, mais apportera notamment ses capacités d'ingénierie pour concevoir l'usine et les procédés.

Eh bien, contrat il n’y a pas eu pour l’instant, et en tous cas pas lors de la visite très attenduede Xi Jinping de mars 2019. Il y a eu un contrat triomphalement présenté avec Airbus, mais en réalité pas très importants au vu des besoins en avion des Chinois.

Et c’est bien dommage, car 1) la Chine va devenir un acteur majeur du nucléaire, avec un programme extrêmement ambitieux. 2) Ce développement obligatoire du nucléaire si nous voulons pouvoir éviter la catastrophe climatique, il devra s’accompagner du développement de l’industrie de traitement du combustible, dans laquelle la France est encore pionnière.

La Chine, prochain champion nucléaire

Le nucléaire chinois, c’est l’histoire d’un extraordinaire succès franco-chinois, d’une très longue  et très exemplaire collaboration franco-chinoise dans le nucléaire. La France a accompagné depuis ses débuts le programme nucléaire civil chinois. Le général de Gaulle avait décidé d’initier des relations diplomatiques avec ce pays en 1964, les contacts dans le domaine nucléaire remontent à août 1973, date de la première visite en Chine du président Pompidou. Ils se concrétisent le 22 novembre 1982 par la signature de « l’accord de coopération entre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et le ministère chinois de l’Industrie nucléaire (MIN) dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique (cf pour cette histoire) https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/01/le-nucleaire-franco-chinois-histoire.html. Elle a conduit à ce que la Chine… a été la première à mettre en service le nouveau réacteur français EPR en 2018… et en achèvera bientôt un autre, ainsi que 4 EPR en Angleterre.
Hervé Machenaud, dans le nucléaire de demain sera chinois (www.connaissancedesenergies.org) rappelle l’ampleur du programme nucléaire chinois. Citation :
Avec 43 réacteurs en exploitation et une puissance installée de 45 GW, le nucléaire ne représentait fin 2018 qu’un peu plus de 2% des 1 900 GW de capacité installée et 4,5% de la production d’électricité en Chine. En 2018, 9 nouveaux réacteurs nucléaires, dont les 4 AP 1000 et les 2 EPR, représentant au total 11,7 GW ont été mis en service en Chine. Huit autres réacteurs, encore en construction, doivent démarrer en 2020 et 2021. Aucun autre projet n’ayant été approuvé, il n’y aura par la suite plus de mise en service avant 2024 ou 2025. Selon les prévisions du China Electric Council, la puissance installée du parc nucléaire chinois devrait atteindre 200 GW à l’horizon 2030. Cela conduirait à construire 100 à 140 GW de nouvelles capacités entre 2020 et 2030, soit une douzaine de réacteurs par an. Une récente analyse du China’s Energy Research Institute (CERI) conclut par ailleurs que, pour atteindre les objectifs de la COP21, la Chine devra disposer de 554 GW de capacités nucléaires à l’horizon 2050 (ce qui implique la mise en service d’une quinzaine d’unités supplémentaires par an entre 2030 et 2050)…
La Chine prépare aussi l’avenir : un réacteur à haute température (HTR) de 211 MW devrait être mis en service cette année et, dans la logique du retraitement décidé par la Chine, un réacteur à neutrons rapides (RNR) de 600 MW est en construction depuis décembre 2017. Des petits réacteurs modulaires (SMR) sont également en développement.
Les premiers pas de la Chine à l’international
Contrairement à la pratique internationale, ce sont les électriciens-exploitants chinois (CNNC, CGN et SPIC) qui portent les projets internationaux. CNNC est notamment constructeur au Pakistan des quatre réacteurs de 340 MW mis en service entre 2000 et 2017 à Chasma et des deux réacteurs de 1 000 MW en construction à Karachi. Un accord de 2017 prévoit la construction d’une nouvelle unité de 1 000 MW à Chasma. En Argentine, un accord qui pourrait se concrétiser assez rapidement, prévoit la construction d’un réacteur de 700 MW de technologie à eau lourde (Candu), puis d’un réacteur Hualong de 1 000 MW. CNNC est également candidat en Arabie saoudite qui annonce un important programme nucléaire. De son côté, le groupe CGN est aux côtés d’EDF dans le programme de 6 réacteurs nucléaires au Royaume-Uni : deux EPR sont en cours de construction à Hinkley Point, deux autres sont prévus à Sizewell suivis par deux Hualong à Bradwell (ces projets font l’objet d’un accord écrit mais pas de contrat d’exécution, des négociations doivent encore avoir lieu avec le gouvernement britannique, ce qui présente aujourd’hui des d’incertitudes) qui devraient être les premiers réacteurs de technologie chinoise construits dans un pays de l’OCDE.
Si l’on ne peut prévoir exactement à quel rythme, la Chine va réaliser le plus grand programme nucléaire de l’histoire. Au cours des deux décennies à venir, c’est 70% à 80% des nouveaux réacteurs dans le monde qui seront construits par la Chine (la quasi-totalité du reste par la Russie).
Le volume de ce programme conduira naturellement à une optimisation progressive de la conception et à une baisse des coûts de construction favorisant le déploiement du nucléaire chinois dans le monde. C’est ce qu’a connu la France des années 1980. Portée par cette dynamique industrielle, la Chine pourrait bien devenir la référence en matière de cycle du combustible et de réacteurs de nouvelle génération.

La Chine, le monde a besoin de nucléaire, le nucléaire a besoin de retraitement des déchets, et pour l’instant Orano a une capacité et une expérience uniques en ce domaine ; pour l’instant, car compte-tenu de la montée en puissance faramineuse du nucléaire chinois, parions que s’ils le décident, ils pourront dans quelques années se passer de nous.  Alors, ce contrat chinois d’Orano à 20 milliards, c’est une opportunité unique pour valoriser l’expérience française du nucléaire civil et renforcer une industrie indispensable  pour répondre au défi climatique  - une industrie que la bêtise rétrograde et anti-scientifique de certains écologistes (pas tous) et la lâcheté de certains politiques ont failli tuer ; c’est une chance historique à saisir pour continuer une histoire franco- chinoise du nucléaire, commencée et voulue par De Gaulle ;

Ce contrat chinois d’Orano, il faut le faire ! S il ne se fait pas, c’est que l’on aura subrepticement décidé de tuer le nucléaire en France ; ou cédé à des pressions américaines qui poursuivent aussi ce but, en même temps que leur intérêt propre. Ce sera de toute façon, un mauvais coup contre la France et un mauvais coup pour la lutte contre le défi climatique.

Il faut le faire maintenant !

Résultat de recherche d'images pour "epr chinois de taishan"

samedi 3 février 2018

Halte au nucléaire bashing

Bure/Cigeo: un raté significatif et signifiant du Monde

Raté significatif du journal de référence vespéral à propos du projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure (CIGEO),  qui nous a valu un bel exercice de contrition du médiateur Franck Nouchi.  Le Monde du 16 janvier titrait sur quatre colonnes à la une : Nucléaire : l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) juge le projet de Bure dangereux. Ce titre énorme en première page ne correspondait pas du tout à la retranscription de l’interview du président de l’ASN en page 6, lequel jugeait que le projet de Bure était un très bon projet (« L’Andra nous a soumis un très bon dossier, commence-t-il par indiquer au quotidien. Il confirme que la zone argileuse retenue possède les caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées significatives en termes de sûreté. ») à l’exception d’un sujet « important » ( c’est le rôle de l’ASN de froncer les sourcils dans ce cas), celui des colis bituminés, ,issus d’une ancienne technique de conditionnement de boues radioactives dans des matrices en bitumes. Ce ne sont pas les déchets les plus radioactifs et ils représentent 18% des colis prévus. Par ailleurs, l’ASN indique deux solutions possibles et assez faciles en mettre en œuvre, soit le reconditionnement de ces déchets, soit, pour ces déchets, un espacement plus important que prévu initialement par Cigeo. L’une ou l’autre ne devrait pas remettre en cause la mise en service du site en 2019.

Le Monde cite par exemple la réaction d’un lecteur, Clément Lemaignan, ancien Directeur de recherche au CEA : « Abonné du Monde depuis des décennies et par ailleurs ayant travaillé dans le domaine de l’industrie nucléaire et enseigné sur les aspects technologiques de cette industrie, je commence à être franchement exaspéré par le positionnement trop systématiquement anti-nucléaire du journal. A cet égard, la première page du numéro du 16 janvier dépasse ce qui est acceptable. On peut se demander ce que le rédacteur du titre de la première page veut induire dans la tête des lecteurs… »

Et de fait, les lecteurs et passants qui n‘auront vu que la une du Monde auront eu une opinion complètement déformée de Cigeo et de l’avis de l’ASN. !

Réagir à la malhonnêteté et au nucléaire bashing

Face à la colère justifiée  de certains lecteurs, le Directeur de la rédaction a reconnu une erreur : « Il faut savoir reconnaitre ses erreurs lorsqu’on en fait. Ce titre donnait l’impression que l’ensemble du projet de Bure était remis en cause. Ce n’est pas le cas. Il aurait fallu trouver une formulation plus nuancée ». Le journaliste Pierre Le Hir, qui a mené l’entretien, assume aussi honnêtement sa responsabilité : « Ce titre constitue un raccourci qui ne reflète pas la teneur de l’entretien. Il dénature le propos de M. Chevet en pouvant laisser entendre que celui-ci juge dangereux le principe même de l’enfouissement, alors qu’il défend au contraire cette solution, tout en pointant le danger que représentent en l’état actuel certains déchets…J’assume évidemment ma part de responsabilité dans cette erreur éditoriale pour n’avoir pas eu la présence d’esprit de proposer une alternative, telle que Les réserves de l’ASN, ou Le oui mais de l’ASN. »

Dont acte et absolution… pour cette fois. 

Car il y a dans la presse une attitude générale systématiquement hostile au nucléaire qui commence à devenir extrêmement pesante. Il y a là à l’œuvre une véritable campagne de désinformation, continue, acharnée, durable. En maitre d’œuvre, les tenants de la secte libérale dominant à Bruxelles, qui ont juré d’avoir la peau de tous les services publics ; c’est que l’électricité nucléaire, en raison de son intensité capitalistique, des problèmes de sécurité, de ses liens historiques avec l’Etat rend impossible toute privatisation du secteur nucléaire- surtout après Fukushima ; et c’est très embêtant, pour les fanatiques de la libéralisation de l’énergie ; en opportunistes très intéressés, les concurrents gaziers d’EDF, magouilleurs qui au prétexte d’énergies renouvelables veulent en réalité développer leur activité gazière ; et en imbéciles complices, certains écologistes rétrogrades et scientifiquement incultes et les manipulateurs et profiteurs de peurs.

C’est à  ce point que le contrat signé récemment avec la Chine, un contrat historique couronnant plus de quarante ans d’étroite et intelligente collaboration entre nucléaire civil français et chinois, n’a pas fait, c’est le moins qu’on puisse dire, l’objet de communications enthousiastes, et que M. Macron a refusé que des photographies soient prises sur le site de l’EPR chinois. Il a semble-t-il le nucléaire honteux, alors qu’ »il devrait l’avoir fier, ou peur de la nième menace de démission de M. Hulot ?

Alors, oui, pour obtenir une information honnête sur les enjeux énergétiques, il va sans doute souvent falloir s’énerver.

Je veux de l’électricité nucléaire

En attendant tiens, pourquoi pas une petite lettre à votre fournisseur préféré, pour un nouveau type de contrat, un contrat nucléaire :

Parce que je suis un citoyen vraiment concerné par le dérèglement climatique et que je veux une électricité décarbonée, parce que je veux lutter contre la précarité énergétique et pour la compétitivité de l’industrie française avec une énergie bon marché, parce que je veux la sureté et l’égalité d’approvisionnement sur tout le territoire et un réseau qui ne s‘effondre pas en hiver, ni d’ailleurs en été, je demande un contrat me garantissant une énergie électrique à 80% nucléaire.


Réacteur EPR

samedi 20 janvier 2018

Le nucléaire franco-chinois : histoire d’un extraordinaire succès

Le nucléaire chinois sur le modèle français- un cycle complet- Contrat géant pour Areva

Ce fut le plus grand succès de la visite de M. Macron en Chine ce début d’année, un protocole d’accord de plus de dix milliards d’euros, entre Areva et le groupe chinois CCNC pour permettre aux Chinois de retraiter et de recycler leur combustible nucléaire, jusqu’à présent entreposé dans des piscines. Cette usine serait bâtie sur le modèle de celles de La Hague (Manche) et Mélox (Gard) : il s’agit de retraiter et recycler sur le même site l’uranium qui alimente les centrales.  C’est une bonne nouvelle pour Areva. D’abord, parce qu’il va permettre d’assurer une activité continue à 2 000 ingénieurs français pendant les sept prochaines années, mais aussi par l’impact qu’il aura sur le nucléaire français.

C’est le résultat de la volonté de la Chine de s’affirmer comme la première puissance du nucléaire civil. Or la Chine est le pays le plus en pointe dans la construction de centrales nucléaires depuis plusieurs années. La filière chinoise, en partie bâtie avec la collaboration d’EDF et Areva, est plus que florissante : C’est d’ailleurs dans le sud-est du pays, à Taïshan, que devrait démarrer en 2018 le premier EPR détenu à 30 % par EDF- avant l‘EPR français de Flamanville.

Puissance montante sur la scène mondiale du nucléaire, la Chine continue sur sa lancée pour atteindre l’objectif de se doter d’ici 2020 d’un parc nucléaire industriel équipé d’une puissance installée de 58 GW en exploitation et de 30 GW en construction. C’est ce qu’affiche le 13e plan quinquennal (2016-2020). En septembre 2017,le parc national dispose d’une puissance installée de 34,43 GWe en exploitation pour 36 unités et de 23,20 GWe en construction pour 20 unités. Si la Chine veut pouvoir atteindre son objectif, il faudrait qu’elle lance la construction de six à huit nouvelles tranches chaque année (ce qu’elle a du mal à faire actuellement). Au-delà, la Chine vise un parc d’une capacité de 150 à 200 GW  en 2030, soit environ la moitié du parc nucléaire mondial actuel. Son mix énergétique : de 3,56 % aujourd’hui passera à 5 % d’ici 2020 et à environ 10 % d’ici 2030.

En cohérence avec cette ambition de développement du parc, la Chine a choisi la politique du cycle fermé, et là encore la France est considérée comme le partenaire modèle. Les négociations en cours portent sur la construction d’une usine de retraitement de 800 tonnes par an et d’une usine de combustible Mox sur le modèle de Melox. À l’horizon 2030 le besoin sera de trois fois cette capacité.

La Chine, puissance nucléaire du XXIème siècle

La Chine veut devenir l’acteur principal du nucléaire du futur. Elle a développé un standard, le Hualong (« dragon chinois »), un réacteur de moyenne puissance, évolution des modèles réalisés avec la France, tant pour le marché domestique que pour l’international. Pour la filière de grande puissance, le modèle théorique est le CAP 1400, et au-delà le CAP 1700, évolution de l’AP1000 et pour lequel la Chine possède l’intégralité des droits. Néanmoins, le manque de maturité de ce modèle pourrait laisser une chance à l’EPR. Le premier EPR franco-chinois, détenu à 30 % par EDF devrait démarrer en 2018 le premier EPR

L’ambition en matière de R&D est impressionnante, la Chine essaie de nombreuses technologies : des réacteurs à caloporteurs gaz, plomb bismuth, eau super critique, des ADS (réacteur couplant un réacteur nucléaire sous-critique  et un accélérateur de particule produisant les neutrons induisant une réaction nucléaire,  des SMR (réacteurs de petite tailles-300Megawatt), très utiles par exemple pour le dessalement de l’eau de mer ou des utilisations locales comme le chauffage.

Le déploiement d’un parc de réacteurs à neutrons  rapides est le prolongement naturel de cette politique. Là aussi, le programme est impressionnant, avec un premier démonstrateur de 600 MWe annoncé pour 2023, planning sans doute très optimiste mais qui démontre le volontarisme du programme. La Chine sera alors la première à faire fonctionner un surgénérateur- non pardon la seconde après la France et SuperPhenix, un programme stupidement et scandaleusement abandonné  au moment même où il commençait à produire de l’électricité dans des conditions commerciales. Rappelons que le grand intérêt du surgénérateur est sa possibilité d’utiliser comme combustible de l’uranium non enrichi et même de produire un combustible utilisable dans les centrales classiques, rendant ainsi l’énergie nucléaire renouvelable.

Même si tous ces projets n’aboutissent pas, ils stimulent l’accumulation d’une expertise et la formation d’un potentiel humain qui ont toutes les chances de faire de la Chine la puissance nucléaire du XXIe siècle.

Le succès d’une coopération franco-chinoise historique dans le nucléaire

Ce succès du nucléaire français est  aussi le résultat d’un savoir faire français dans le nucléaire encore reconnu et d’une très longue  et très exemplaire collaboration franco-chinoise dans le nucléaire. Le partenariat entre la Chine et la France sur le nucléaire se caractérise avant tout par sa flexibilité et son adaptation –une caractéristique des contrats chinois.

La France accompagne en fait depuis ses débuts le programme nucléaire civil chinois. Si le général de Gaulle avait décidé d’initier des relations diplomatiques avec ce pays en 1964, les contacts dans le domaine nucléaire remontent à août 1973, date de la première visite en Chine du président Pompidou. Ils se concrétisent le 22 novembre 1982 par la signature de « l’accord de coopération entre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et le ministère chinois de l’Industrie nucléaire (MIN) dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique ». Cet accord est régulièrement renouvelé depuis trente ans, toujours avec le CEA côté français, et pour la partie chinoise avec les différents partenaires dont les noms suivent l’évolution du nucléaire chinois : MIN, CNNC, CAEA

Suite à plusieurs visites en France du vice-ministre des Eaux et de l’Électricité, M. Li Peng, un « Mémorandum de coopération électronucléaire » est signé à Pékin en mai 1983. Il prévoit la fourniture de centrales nucléaires de 900 MWe en incluant une clause relative aux transferts de technologie que la France effectuera. La construction de la centrale nucléaire de Daya Bay (2 tranches REP 985 MWe) est lancée, avec une mise en service commerciale en 1994, puis la centrale nucléaire de Ling Ao phase 1 (deux tranches REP 985 MW) dont les contrats sont signés en 1995 et pour une mise en service industrielle en 2002 et 2003.

Cette collaboration chinoise a sauvé le nucléaire français, en permettant aux ingénieurs français de maintenir leur savoir faire,  et même progresser, alors que le ralentissement, puis le blocage du nucléaire en France  nous menaçait d’une perte critique de compétence.

AREVA a plus de 800 collaborateurs en Chine et est présent sur l’amont du cycle et les réacteurs, notamment par un ensemble de jointventures, EDF a également plus de 800 collaborateurs en Chine, et l’entreprise y est l’un des plus grands investisseurs étrangers dans l’énergie. EDF est présent dans le thermique (centrale de Laibin), dans l’hydraulique (prestations de conseil dans la majorité des projets chinois), et bien sûr dans le nucléaire, depuis Daya Bay et Ling’Ao. La société détient 30 % de la Taishan Nuclear Power Joint-Venture Company (TNPJVC) qui construit et exploitera les deux EPR deTaishan et prévoit d’ailleurs deux autres EPR par la suite.

Et ce n’est pas tout :  EDF, en créant le PFCE (Partenariat France Chine Electricité) a permis aux PMI/PME qui faisaient partie de sa chaîne d’approvisionnement en France de participer à l’aventure chinoise, et de profiter du réseau d’EDF en Chine pour s’implanter sur ce marché difficile. Ces entreprises sont présentes en Chine via des joint-ventures, des usines de production, et leurs produits et équipements sont sur quasiment.

En 2015, le marché chinois du nucléaire a généré 281 millions d’euros pour les entreprises françaises. Ces dernières ont réalisé dans le pays un chiffre d’affaires total de 732 millions d’euros dans le secteur énergétique. Avec plus du quart des entreprises françaises occupant une part de marché supérieure à 30 %, elles sont relativement bien ancrées dans le paysage nucléaire chinois. Certains membres déclarent par ailleurs des chiffres d’affaires chinois hors nucléaire (parfois plusieurs dizaines de millions d’euros) directement dus à leur prospection sur le marché nucléaire chinois. La moitié des entreprises françaises membres de PFCE saluent l’impact positif de ses activités en Chine sur l’emploi. Ainsi, elles estiment à plus de 760 le nombre de postes maintenus, et elles affirment avoir créé 228 nouveaux postes en France pour soutenir leurs activités en Chine. Enfin, la moitié d’entre elles jugent qu’une présence sur le marché chinois leur a ouvert des perspectives pour des marchés tiers, principalement au Royaume-Uni. Il semble aussi que les exigences liées au marché chinois insufflent une forte dynamique de recherche et de développement au sein des entreprises française.

Bref le PFCE, lancé par M. Machenaud, un historique d’EDF en Chine est un vrai succès pour la filière nucléaire française, mais pas seulement !


Sur cette histoire de la coopération franco-chinoise dans le nucléaire, un excellent numéro du journal de la SFEN de novembre 2017.Rappelons que le nucléaire est actuellement la seule énergie qui puisse  nous permettre de répondre au défi climatique, et l’urgence de la réponse se confirme jours après jours. Le contrat chinois sauve le nucléaire français et le monde.

Résultat de recherche d'images pour "nucléaire chinois EPR tiensin"

jeudi 7 avril 2016

EDF et la politique énergétique : comment en sommes-nous arrivé là ? (3)


EDF, Areva et le nucléaire français : les voies du désastre.

 C’est le titre d’une étude de la passionnante et informée « Lettre Géopolitique de l’Electricité N°60 – 27 février 2016 » : EDF, Areva et le nucléaire français : les voies du désastre. (www.geopolitique-electricite.fr). Entendons-nous – il ‘sagit d’avantage d’une critique du passé (comment sommes-nous tombé si bas ?) que d’un pronostic sur l’avenir. Car la situation actu elle d’EDF et du nucléaire est le résultat de l’amoncellement de stupidités himalayennes de la part des politiques français, qui  auraient pu et dû être évitées, et qui doivent être corrigées. Les points principaux : (pour un argumentaire plus précis, se reporter au document original, il en vaut la peine !)

 La perte de compétence due au stupide affrontement EDF/Areva

 « Areva en quasi-faillite, EDF exclu du CAC40, le nucléaire français en grande difficulté, évènements invraisemblables il y a seulement dix ans. Il existe des causes communes bien plus profondes que les déboires d’UraMin. Les deux principales sont les suivantes :

 -  Une perte de compétence de l’industrie nucléaire française dans le métier d’architecte industriel-ensemblier pour la construction de centrales nucléaires. Ceci ajouté à un choix stratégique, un saut technologique avec l’EPR et non l’amélioration progressive des réacteurs existants, ont amené à des retards très importants des constructions en cours ».

 Une caractéristique importante d’EDF, présente dès son origine et mise en œuvre par Marcel Boiteux est qu’elle choisit d’être maître d’oeuvre et d’ouvrage de la construction de ses centrales, via sa Direction de l’équipement ; ce fut vrai pour les centrales hydrauliques, pour les centrales thermiques, pour les centrales nucléaires. Cette caractéristique d’EDF est fort rare chez les compagnies d’électricité, qui habituellement achètent leurs centrales clés en mains et donnait à EDF, à la fois concepteur et exploitant, un immense avantafe en terme technique et de compétitivité.

Ceci a été vrai en particulier pour le nucléaire : Le parc nucléaire d’EDF est (encore) le plus important appartenant à une seule compagnie, avec 58 réacteurs. Il a été construit en un temps relativement court, les mises en service se sont étalées de 1978 à 2002. Ce parc a une particularité : il marque l’arrivée systématique de la construction en série des réacteurs.

Ce parc nucléaire produit encore aujourd’hui 76% de l’électricité. Et contrairement à ce que l’on croit généralement , la plus vieille centrale nucléaire industrielle française est …belge : Tihange, ouverte en 1975, après six ans de travaux, et que le gouvernement belge vient de prolonger jusqu’en 2025. (Ce n’est donc pas Fessenheim 1).

Les années 1995-2000 ont été marquées par l’effacement de la Direction de l’Equipement EDF. En 2000, elle fut supprimée, les ingénieurs survivants, dont ceux travaillant au programme chinois, furent rattachés à la Direction de la Production. (Cette direction de l’équipement avait réussi en 1981 à connecter au réseau huit réacteurs, un toutes les six semaines ! Exploit jusque là inégalé de tentent de reproduire les Chinois !)

Intervint alors Framatome, devenu ensuite Areva qui, sous la direction d’Anne Lauvergeon prétendit exercer toutes les activités relevant du nucléaire civil dont la maîtrise de l’ensemble d’un chantier nucléaire, tâche que Framatome n’avait jamais assurée. Areva proposa deux types de réacteurs : L’EPR (puissance élevée, puissance élevée (1750 MWe). est un prototype et constitue un saut technologique ; des ATMEA, plus petits,  convenant mieux aux pays émergents.

EDF s’opposa aux ATME et refusa de participer à leur développement ; EDF s’opposa aux EPR et refusa de participer à leur développement. Pour cette raison le premier EPR fut vendu à la Finlande, dans des conditions déraisonnables pour un prototype ; quand EDF, sous pression du gouvernement, acquit un EPR (Flamanville), les spécifications furent telles qu’il dut être considéré comme un second prototype ! le comble fut atteint fin décembre 2009, lorsque Abou Dhabi préféra aux EPR français une offre sud-coréenne, EDF et Areva ayant été incapable de s’entendre. Conclusion : «  Au début du XXIéme Siècle, on constate que l’industrie nucléaire française ne dispose plus d’une compétence suffisante de gestion de l’ensemble d’un chantier nucléaire. ».

Pendant ce temps, en Chine, le vice–premier ministre Li Peng, lui-même ingénieur électricien, admiratif du programme nucléaire français décidera, non seulement, l’achat d’un premier réacteur identique en tous points à un réacteur français de série, mais il importera pour cette première construction notre modèle industriel. Li Peng est aujourd’hui en retraite mais le Président chinois Xi Jinping actuel est un partisan de l’énergie nucléaire. « Les dirigeants chinois ont parfaitement saisi la stratégie française nucléaire du XX éme Siècle :- ils construisent en série industrielle.- ils améliorent progressivement les réacteurs existants. » Bref, ils jouent pleinement de l'"effet parc".Et les Chinois se demandent avec effarement et quelque pitié comment le nucléaire français a pu en arriver là. La réponse : une stratégie aberrante et un manque de soutien politique, notamment face à certains écologistes.

 La faillite du marché européen de l’électricité

 La faillite du marché européen de l’électricité rend quasiment impossible la rentabilité du nucléaire. Conçu comme un ensemble libéralisé, ce marché a été vidé de sa substance par l’instauration d’une économie administrée promouvant les énergies renouvelables. Celles-ci bénéficient de subventions et de privilèges décisifs comme la priorité d’achat. Ces avantages ont suscité 800 Milliards d’euros d’investissements en dix ans et la construction de capacités de production représentant le quart de la puissance installée. Les prix de gros de l’électricité se sont effondrés, exprimant la quasi-impossibilité d’investissements dans d’autres sources d’électricité.

Ce qui se passe, c’est que les énergies subventionnées et prioritaires chassent les autres, puisque les exploitant sont contraints de les acheter et découragent l’investissement, notamment dans le nucléaire. La lettre cite les chiffre et faits suivants : « les Français qui payèrent plus de deux milliards d’aides au solaire en 2015, lui verseront plus de dix milliards de subventions de 2015 à 2018, soit plus que le coût de l’EPR de Flamanville, considéré à juste titre comme d’un prix exorbitant (on a vu pourquoi !)

En Allemagne, le Secrétaire d’Etat Vert Rainer Baake, tout en proclamant que l’éolien et le solaire deviennent compétitifs, indique que leurs aides sont de 23 milliards d’euros par an, sans évoquer une date de fin de subvention ». Et ça ne vas pas s’arranger avec la loi de transition énergétique.  « En France les énergies renouvelables coûteront, en 2016, 4,75 milliards d’euros d’aides publiques contre 3,75 en 2014 ».

En dehors de ces aides directes, la priorité au réseau est aussi une distorsion majeure, puisque les centrales classiques (nucléaires ou autres) ne peuvent écouler leur production que lorsque tout le renouvelable, quel que soit son coût réel est absorbé !

Or,  les investissements dans les autres centrales électriques restent nécessaires - parce que personne aujourd’hui ne peut dire quand le solaire et l’hydraulique deviendront compétitifs – parce que tant qu’il n’existe pas solutions techniques de stockage, le renouvelable, qui est intermittent, ne peut jouer qu’un rôle d’appoint, sous peine d’entrainer un effondrement du réseau ( et un black out)

Le pompom de l’absurdité va à l’Allemagne, qui, promouvant massivement le renouvelable et arrêtant le nucléaire a dû relancer très massivement ses centrales à charbon, au mépris complet de l’effet de serre, mais aussi de la pollution de ses voisins, ( nous Français en particulier !) Et loin de payer pour cela, elle a obtenu de la Commission européenne  a obtenu que l’extraction du charbon puisse être dégrevée des taxes finançant les renouvelables.

 « En conclusion, Le nucléaire français affronte deux difficultés majeures :

-une perte de compétence comme architecte industriel concernant la construction de centrales nucléaires. Ceci ajouté à un choix de saut technologique, l’EPR, a généré de graves retards sur les chantiers.

-les difficultés financières d’EDF causées principalement par un marché européen de l’électricité qui ne gère plus sa coexistence avec un secteur relevant de l’économie administrée et promouvant les énergies renouvelables. »