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jeudi 29 février 2024

Action commune FED/Cérémé/GSCE : Appel pour une Politique Énergétique Rationnelle en France : Stopper l'Expansion des Énergies Renouvelables Intermittentes

 Action commune FED/Cérémé/GSCE  : Appel pour une Politique Énergétique Rationnelle en France : Stopper l'Expansion des Énergies Renouvelables Intermittentes

Dans un Communiqué de presse du 23 Février 2024, la FED ( Fédération Environnement Durable),  le Cérémé ( Centre d’étude des réalités écologiques et du mix électrique ) et le GSCE (Groupe des Scientifiques et Citoyens pour l'Électricité ) ont  lancé un appel pressant au gouvernement français et aux élus pour revoir la politique énergétique du pays.

Le GSCE met en garde contre la hausse rapide des prix de l'électricité, principalement attribuée au développement des énergies renouvelables intermittentes telles que l'éolien et le solaire.

Selon les données présentées par le GSCE, les prix de l'électricité ont augmenté de plus de 100% au cours des 16 dernières années, dépassant largement l'inflation. Pour inverser cette tendance, le groupe propose plusieurs mesures, dont l'arrêt du développement de ces énergies et une augmentation de la part de production nucléaire et hydraulique.

Une corrélation directe entre la proportion d'énergies renouvelables intermittentes et l'augmentation des prix de l'électricité a été établie par le GSCE, soulignant l'exemple allemand comme illustration de cette tendance. Selon leurs projections, la poursuite de l'expansion de ces énergies  en France pourrait entraîner une augmentation des prix de plus de 60% d'ici 2035.

Les investissements requis, notamment les parcs éoliens offshore, sont très élevés. Disséminés sur le territoire les éoliennes et les panneaux solaires entrainent aussi des coûts de raccordement exorbitants. En comparaison, la construction de centrales nucléaires sur les quelques sites existants serait économiquement beaucoup plus avantageuse, selon les études approfondies menées par le GSCE.

Le maintien et l'expansion du nucléaire et de l'hydraulique qui fournissent une électricité pilotable et renouvelable sont présentés comme la meilleure option pour garantir un approvisionnement électrique totalement décarboné et compétitif.

Une stratégie courageuse mettant fin au développement des énergies intermittentes au profit d'une approche pragmatique et respectueuse de l'environnement permettrait de stabiliser les prix de l'électricité et de protéger le pouvoir d'achat des citoyens, en particulier les ménages à faible revenu.

Contact Fed environnementdurable.org      

 Dans un document , le GSCE précise des éléments qui permettraient de se passer en très grande partie, voire totalement  de l’éolien offshore tout en maintenant un prix de l’électricité bien moins élevé

- Evolution des investissements à réaliser pour atteindre sans risque de black-out les 840 Wh nécessaires  à la consommation française en 2050

-         - Prolongation des centrales nucléaires existantes à 70 ans

-          - Construction de 24 centrales EPR2 en 30 ans

-          - Construction de 10 GW de gaz pilotables pour faire face aux besoins de pointe, alimentées par du gaz naturel et bientôt par du biogaz

-         - Arrêt des subventions et des garanties de prix en faveur des ENR intermittentes qui devront se développer par leur propre compétitivité

Cela incitera les producteurs d’ENR intermittentes à ne pas produire quand les prix de l’électricité sont négatifs et à développer des moyens de stockage. Il s’agît pour les ENR de passer d’une production fatale, non contrôlable, à une production utile par le couplage avec les moyens de stockage.

Cela correspond au scenario N4 chiffré par le Cérémé, qui, par comparaison au scénario RTE « officiel » (NO3 actualisé) présente en outre les atouts suivants : deux fois moins d’émissions de CO2/ Un système pilotable et un passage de la pointe électrique, quoi qu’il arrive.

NB d’autres scenarios présentent des caractéristiques similaires ace quelques variations , tels ceux de Patrimoine Nucléaire et Climat ou de Sauvons le climat !



jeudi 25 janvier 2024

L’éolien en mer, nouveau dilemme chinois de l’Europe/ le coût extravagant de l’éolien offshore

 Remarquable article des Echos sur l’économie flageolante et les risques de dépendance de l’éolien offshore (24 janvier 2023)

Extraits :  600 milliards d’euros d’ici 2030 et le syndrome du déferlement chinois

« Fini l'eldorado : l'éolien offshore traverse une passe délicate. Dix ans après les panneaux solaires, l'Europe reste soumise à la tentation du « made in China ».

Pourtant, le secteur de l’éolien offshore a enchaîné, depuis deux ans, les déconvenues. Difficultés industrielles, explosion des coûts et effondrement des investissements font planer sur toute une filière d’excellence européenne un risque nouveau.

Un risque énergétique, d’abord…Un risque stratégique aussi, au parfum de déjà-vu : à l’image de ce qui est arrivé aux panneaux solaires il y a une décennie, un lointain géant asiatique dispose d’un savoir-faire défiant toute concurrence.

« La Chine est en embuscade. Elle représente déjà 60 % de la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes (contre 19 % pour l’Europe, et 9 % pour les Etats-Unis). …Dans un récent rapport pour l’Institut français des relations internationales, Etienne Beeker constate, en outre, que les éoliennes en mer de Chine sont positionnées dans des zones modérément ventées. A quoi bon, si ce n’est pour s’entraîner avant d’aller vendre son savoir-faire ailleurs ? Ce scénario est « fortement à craindre », estime l’analyste, « la Chine ayant par le passé et pour d’autres technologies déjà appliqué un apprentissage sur son propre sol […] à des fins de conquête de marchés étrangers par la suite ».« Les industriels chinois sont là, et ils gravissent les échelons petit à petit »

François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR : « ll faut de l’énergie pas trop chère, et pour avoir de l’énergie pas trop chère, il va peut-être falloir acheter chinois. »

« Le nerf de la guerre, toutefois, sera financier. Usines, ports, navires : toute une chaîne de valeur doit changer de dimension. A la Banque européenne d'investissement (BEI), on estime qu’il faudra, pour l’éolien dans son ensemble, environ 600 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030 ! « 

« Reste à savoir si les opinions publiques suivront. Dans un article, les juges administratifs chargés de ces dossiers soulignent, en France, le « caractère exceptionnel » du pourcentage de pourvois en cassation après des recours juridiques sur des projets éoliens en mer. »

600 milliards d’euros d’ici 2035 ! Avec ça, on paie pompes à chaleurs à tous ceux qui en ont besoin , et large !

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/leolien-en-mer-nouveau-dilemme-chinois-de-leurope-2071021

Plus 400 milliards pour les réseaux !

l’association des gestionnaires de réseaux d’électricité européens (Entsoe)  a publié le 23 janvier 2024 son premier plan « de développement du réseau en mer » Selon ce document, l’UE devra installer 15 gigawatts de capacités d’énergie renouvelable en mer par an pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques d’ici à 2030. L’Entsoe évalue en outre qu’entre 48 000 km et 54 000 km de câbles seront nécessaires pour acheminer l’électricité sur le continent, « un défi pour la chaîne d’approvisionnement ». Concernant les coûts, le rapport souligne qu’environ 400 milliards d’euros d’investissements seront nécessaires pour intégrer au système énergétique les 496,4 GW de capacités d’énergies renouvelables offshore requis d’ici à 2050 dans l’UE (383,4 GW), en Norvège (environ 15 GW) et au Royaume-Uni (environ 97 GW).

Lien vers le rapport : file:///C:/Users/sarto/Downloads/entsoe-plan-de-developpement-du-reseau-en-mer.pdf


#PIEBÎEM
https://piebiem.webnode.fr/piebiem/

jeudi 14 décembre 2023

Le virage d’ENEL : moins d’énergies variables intermittentes, plus de nucléaire

 Enel (Ente nazionale per l'energia elettrica) était, jusqu'à sa privatisation en 1999, la société nationale italienne d'électricité ; elle reste le principal producteur d'énergie électrique du pays. Elle est également devenue un groupe italien multiservice (électricité, eau, gaz), tout en étant un des poids lourds de la production électrique à l'échelle mondiale, avec 283,1 TWh d'électricité et 7,8 milliards de mètres cubes de gaz vendus en 2014. ( NB EDF : 431,7 TWh)

Et ENEL effectue une manœuvre brutale dans le domaines des ENR !

Enel, 22 novembre 2033 : le géant italien Enel freine sa course aux énergies renouvelables

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/le-geant-italien-enel-freine-sa-course-aux-energies-renouvelables-231122#

Sous l'égide de son nouveau PDG Flavio Cattaneo, le géant italien de l'énergie Enel compte ralentir ses investissements dans les énergies renouvelables dans les trois ans à venir, préférant se concentrer sur la rentabilité.

"Les investissements dans les énergies renouvelables ne seront retenus que s'ils créent de la valeur", a fait valoir M. Cattaneo lors de la présentation de son plan stratégique 2024-2026 à Milan. La rentabilité des investissements dans les énergies renouvelables "n'est pas celle attendue, mais plutôt inférieure aux attentes"

En matière d'énergies renouvelables, les décisions d'investissement seront "plus sélectives en se concentrant sur l'éolien terrestre, le solaire et les batteries de stockage", selon le groupe. Ce virage amorcé par Enel survient dans le sillage de décisions similaires prises par les géants pétroliers Shell et BP qui sont revenus en partie sur des engagements pris en matière de transition énergétique. –

NB : donc pas d'éolien offshore ?

"Maximiser la rentabilité" - M. Cattaneo s'est également montré ouvert à un rôle croissant du groupe dans le développement de l'énergie nucléaire de nouvelle génération. "Nous exploitons des centrales nucléaires en Espagne et en Slovaquie et avons des décennies d'expérience dans ce secteur. S'il y a une entreprise prête à partir demain matin, c'est bien Enel", a-t-il affirmé.

« En matière d'énergies renouvelables, les décisions d'investissement seront "plus sélectives en se concentrant sur l'éolien terrestre, le solaire et les batteries de stockage", indique Enel.

Et pourtant, au début de l’année

Enel , 30 janvier 2023 : ENEL accélère dans les énergies renouvelables



« Malgré une année marquée par des «conflits géopolitiques», Enel Green Power «poursuit sa croissance avec l'objectif ambitieux d'atteindre 75 gigawatts de capacité d'énergies renouvelables» d'ici 2025, a commenté Salvatore Bernabei, patron de cette filiale d'Enel spécialisée dans les énergies renouvelables. »

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/l-italien-enel-accelere-dans-les-energies-renouvelables-20230130



mardi 7 novembre 2023

Tribune de l'association PIEBÏEM Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

 Etude de l'Institut Jacques Delors  et article du Finacial Time : 

Énergies renouvelables, interconnections, réseaux : la concurrence pour les câbles sera rude !

Les experts consultés expliquent que : 1) La demande de câbles pour les projets éoliens flottants prévus en Europe n'est guère soutenable ; 2) jusqu'en 2030, la demande de câbles ne pourra à la fois satisfaire les interconnexions et les projets éoliens flottants . Une telle demande, en câbles et en cuivre, surgonflée par un éolien offshore très gourmand en câbles n'apparaît pas soutenable. Les pays qui le peuvent devront choisir entre l'éolien offshore et les interconnexions. De bonnes nouvelles pour les nombreuses associations qui, attachées à la rationalité scientifique et technique et à la préservation du littoral, de ses paysages, de sa biodiversité et de ses activités traditionnelles luttent contre ces projets éolien offshore...

Article complet : https://factuel.media/blogs/blog-articles/energies-renouvelables-interconnections-reseaux-la-concurrence-pour-les-cab_ba_20576290




vendredi 13 octobre 2023

Patrimoine National et Climat sur le bilan prévisionnel 2035 de RTE

 1) Un tabou tombe : «Pour éviter ruine ou black-out, nous allons hélas devoir construire des centrales à gaz»

Patrimoine Nucléaire et Climat a pris une position courageuse mais que beaucoup d’experts réclamaient sans trop oser le dire. Il va falloir relancer la construction de centrales à gaz !

Tribune Figaro Vox, https://www.lefigaro.fr/vox/societe/pour-eviter-ruine-ou-black-out-nous-allons-helas-devoir-construire-des-centrales-a-gaz-20230927

Dans l'attente d'une reprise du nucléaire, il faut trouver une solution pour couvrir les besoins énergétiques de la France, plaident l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, et les anciens ministres Jean-Pierre Chevènement et François Goulard.

« Pour avoir délibérément sous-estimé l'évolution de sa consommation et avoir décidé en dix ans la fermeture de plus de 10 GWe de capacité de production électrique, la France se trouve aujourd'hui face à un « mur énergétique », selon l'expression de la ministre en charge de la transition énergétique, qu'il s'agisse du court, moyen ou long terme. La situation est grave, car nous manquons de moyens de production pilotables, et les conséquences industrielles, économiques, sociales et politiques, déjà lourdes, ne peuvent que s'aggraver. »

« La relance de la filière nucléaire, essentielle et réclamée dans le rapport d'Escatha-Billon d'il y a 5 ans, ne pourra raisonnablement pas répondre à ces besoins avant 2035-2040. »

« RTE, CRE, comme la DGEC restent obstinément dans le déni face aux besoins en électricité pilotable »

« Il faut être réalistes et ne pas se cacher derrière des scénarios évolutifs et autres planifications complexes, qui restent des exercices théoriques technocratiques, entachés de biais multiples… Ces centrales de pointe, dont le coût d'investissement est modéré, ne seraient appelées qu'en cas de nécessité lors des pointes de consommation et pour compenser l'indisponibilité de l'éolien et du solaire. Leurs émissions de GES seraient donc modestes et largement compensées par les économies globales d'émissions obtenues grâce à l'électrification de notre économie et de notre patrimoine industriel. Elles nous protégeraient d'importations ruineuses d'une électricité hyper-carbonée, de la fragilisation de notre industrie face à une production hachée par les effacements et du risque de black-out. Nous serions robustes quelle que soit la météo ! »

2) Positifs et negatifs du bilan bilan prévisionnel 2035 de RTE

 PNC se félicite par ailleurs des évolutions récentes de RTE :

« -La perspective inéluctable d’une croissance forte des besoins en électricité est actée ;

- les scénarios à objectif 100 % renouvelables, très présents dans le document « 2050 »de 2021, semblent tombés dans l’oubli, même dans les questions en conférence de presse ;

- le nucléaire est clairement rentré en grâce.

Et de la fin de quelques illusions (mais pas de toutes …) :

- La flexibilité de la demande et les batteries ne résolvent pas tout

- Révision à la baisse des puits de carbone et du volume de biomasse disponible ;

- Doutes sur les smart grids

- Prudence sur la flexibilité des électrolyseurs…mais RTE la considère comme indispensable, ce qui n’est pas acquis, sauf à accepter des pertes de rendement. Par  ailleurs, la filière hydrogène n’est pas présentée en tant que « stockage d’électricité ».

- Prudence sur la rénovation thermique des logements, ce qui oriente vers le  changement d’énergie vers les sources décarbonées, essentiellement l’électricité et les PAC.

Sur un plan général, il est frappant de constater que ce bilan donne très peu d’indications sur  les prévisions 2030, bien que les engagements de la France vis-à-vis des directives et recommandations européennes soient à cette date. Cette remarque porte à penser que RTE  estime les objectifs 2030 largement inatteignables et reporte aux 5 années suivantes l’essentiel des développements,

RTE présente des développements larges hors du champ d’expertise de RTE et limités sur son  cœur de mission. A titre d’exemple : l’analyse technico économique de la compétitivité de  l’hydrogène décarboné produit en France ou importé, suivant l’usage (RTE a eu cependant  des échanges importants avec GRTgaz sur le sujet et se doit d’étudier l’impact de l’émergence  de l’hydrogène).

Par contre, les questions concernant le réseau électrique et l’équilibre instantané production consommation ne sont en large partie que survolées. »

3) Encore un gros déni de RTE : l’ingérabilité de  l’intermittence avec la montée en puissance des ENR

On ne peut qu’être surpris de la légèreté de la présentation faite de la gestion de  l’intermittence. La gestion quotidienne des pics de production solaire (ou de leur  absence) est abordée (très modestement) par les § 19 (P. 54) et 21 (P.60), avec recours  à la flexibilité, à la modulation des pilotables et à l’écrêtement des ENRi. En effet,  une  simple extrapolation à 2035 des productions actuelles aux capacités indiquées (122 GWe intermittents) montre la difficulté de la tâche, sauf à modifier très profondément les  conditions d’acceptation de ces productions sur les réseaux (des écrêtements massifs  seront indispensables, ce qui changera la rentabilité de ces sources et les règles de  marché).

Il est aisé, sur la base des données RTE téléchargeables sur le site Eco2mix,  d’extrapoler les productions intermittentes en 2035 en tenant compte des croissances  prévues des capacités de chaque source en supposant, ce qui est raisonnable, des  données climatiques similaires aux actuelles.


- En conditions hivernales la fluctuation de puissance sur une journée pourra atteindre  une cinquantaine de GWe et on pourra avoir sur des périodes de 2 à 3 semaines des  taux de charge extrêmement faibles, oscillant entre 3 et 10 % seulement de la  capacité installée. L’importance des déficits de puissance dépasse de loin les  projections, optimistes, d’efficacité et de flexibilité



- En conditions estivales les fluctuations de puissance des intermittentes varieront de  2 à 57 GWe avec des écarts matin et soir de 40 à 50 GWe, leur apport étant souvent  proche de la puissance appelée en milieu de journée, mais très faible la nuit (de 2 à  10 GWe malgré 118 GWe installés). L’écart entre la consommation et la production  évoluera chaque nuit entre 35 et 54 GWe.

L’impact quotidien sur le fonctionnement  des capacités pilotables ne sera pas gérable, bien au-delà de ce qu’on pourra attendre  de leur suivi de charge et des flexibilités ou effacements. Il faudra écrêter (à quelles  conditions ?), exporter à bas prix le jour (les pays voisins seront confrontés aux  mêmes excès) et importer si notre capacité pilotable n’est pas restaurée

 

La gestion des gradients de puissance des ENRi et de la capacité pour les pilotables  de les accommoder n’est pas abordée si ce n’est pour nier la responsabilité des ENRi,  en usant d’un sophisme étonnant (page 45) « L’augmentation de la part des énergies  renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030-2035 ne conduira pas  nécessairement le parc nucléaire à moduler davantage qu’aujourd’hui, mais la part  de modulation liée au manque de débouchés économiques augmentera » (un non dit : à cause du suréquipement en ENRi.)

Par exemple, en été l’analyse des variations de puissance horaire des capacités  intermittentes montre qu’elles atteindront 10 à 14 GWe en une heure, deux fois par  jour à la hausse puis à la baisse, alors que la consommation est faible.


C’est toute l’organisation de l’accès au marché de l’électricité des moyens intermittents (qui  devraient supporter les inconvénients de leur variabilité) et des moyens pilotables  (dont l’économie doit être impérativement préservée) qui devra être profondément  repensée, et ceci dès les prochaines années.

lundi 2 octobre 2023

Les systèmes électriques au danger des ENR ; le rôle critique de l’inertie

 Ref : The Critical Role of Inertia, Oxford Institute for Energy Studies, September 2023

L’inertie, un service réseau essentiel historiquement assuré par la production...

Au cours du siècle dernier, presque tous les réseaux modernes ont dépendu de grandes centrales électriques centralisées avec des turbines tournantes, alimentées par des combustibles fossiles et, dans certains cas, nucléaires et hydroélectriques. Ces turbines génèrent des quantités prodigieuses d’électricité ainsi que d’énormes quantités d’inertie, contribuant ainsi à stabiliser le réseau. Plus le volume d’électricité fourni à partir de ces sources est important, plus l’inertie est grande

Ces réseaux avec une inertie importante peuvent absorber des perturbations même violentes et sont beaucoup plus fiables que les réseaux qui disposent de moins de turbines (volant d’inertie) en rotation.

Pourquoi l’inertie est essentielle à la fiabilité des réseaux ? La fréquence de conception de tous les réseaux électriques mondiaux est de 50 Hz5 ou 60 Hz. Pour maintenir la fréquence à ce niveau stable prédéterminé, un équilibre précis entre la production et la consommation dans l’ensemble du système est nécessaire. L’objectif pour le « fonctionnement normal » est que la fréquence soit maintenue à moins de 0,1 Hz de sa valeur nominale.

 

Ø  Si la fréquence s’écarte de la plage de 0,5 Hz par rapport au niveau nominal, dans la plupart des réseaux, le système passe en « mode de fonctionnement d’urgence » et peut subir des pannes partielles, planifiées et non planifiées.

 

Ø  Si la déviation devient encore plus grave, elle peut provoquer une défaillance et une panne du système, avec une perte complète de l’alimentation électrique. Une telle situation peut prendre beaucoup de temps à rétablir, avec des conséquences extrêmes tant sur le plan économique que sur le bien-être humain.


Et qui n’est plus assuré par les réseaux à fort pourcentage d’ENR !

Dans de nombreux pays, il existe des pressions politiques et technologiques pour reconfigurer les réseaux électriques de manière à réduire le rôle des grandes turbines tournantes. Ces changements comprennent une plus grande décentralisation de l’approvisionnement en électricité, par exemple par le biais d’un passage aux micro-réseaux et au photovoltaïque sur les toits qui fonctionnent localement.

Surtout, de nombreux réseaux se tournent vers des approvisionnements éoliens et solaires qui ne fournissent généralement pas d’inertie. Les éoliennes, lorsqu’elles tournent, sont rarement synchronisées avec le réseau et n’offrent donc pas d’inertie. Les systèmes solaires photovoltaïques fournissent de l’électricité via des processus électroniques qui n’impliquent ni turbines ni inertie.

Ces deux tendances – la décentralisation et des rôles beaucoup plus importants pour les énergies renouvelables – ont également conduit de nombreux opérateurs de réseau à installer un nombre croissant de systèmes de stockage par batterie, qui sont des dispositifs électroniques qui ne fournissent pas non plus intrinsèquement d’inertie.

Or, le maintien et la contrôlabilité de la fréquence du réseau est donc primordial dans tout système électrique. L’inertie d’un réseau, globalement, est mesurée en gigawatt/secondes-secondes (soit donc en GW). La capacité de chaque unité de production à ajouter de l’énergie de rotation au système est mesurée par une constante d’inertie (H) en secondes, comme le montre la figure suivante :

 


Un défi à résoudre d’urgence- et pas de solutions fiables en vue 

De nouvelles technologies et procédures émergent pour remplacer certains des services que l’inertie des turbines fournissait, par exemple, des composants électroniques peuvent aider à stabiliser la tension et la fréquence du réseau. Mais la fiabilité reste le mot d’ordre des réseaux modernes ; or la façon dont ces nouveaux systèmes électroniques fonctionneront à grande échelle est totalement inconnue.

Le défi du manque d’inertie est déjà réel au Royaume-Uni, et de nombreux autres opérateurs de réseau – dans les pays nordiques, dans certaines parties des États-Unis comme la Californie et ailleurs sont confrontés à des défis similaires. Ainsi, dans le réseau nordique (qui comprend la Suède, la Norvège, la Finlande et la moitié du Danemark), la mise hors service prématurée des unités nucléaires parallèlement à lexpansion de l’énergie éolienne a réduit l’inertie du système et, par conséquent, forcé les gestionnaires de réseau à développer et à financer un tout nouveau type de marché de soutien qui pourrait offrir à tout le moins une mesure d’atténuation provisoire.

Cette expérience nordique suggère également la nécessité d’une prise de conscience beaucoup plus claire à l’échelle du système de la façon dont les parties numérisées du système de réseau peuvent tomber en panne ou affecter la fiabilité d’une manière qui était auparavant inattendue.

Avec l’expansion des ENR, il est urgent de définir une stratégie pour remédier à la perte d’inertie. Et d’abord, de prendre conscience de la situation, d’en rechercher les remèdes et de déterminer les bonnes incitations à encourager le maintien et la production d’inertie

Leçons du Royaume-Uni : par inadvertance, la politique énergétique britannique a créé un défi important pour les opérateurs de réseau... 

 La figure 3 montre le réseau britannique actuel, avec environ 100 GW d’approvisionnement et une charge de pointe d’environ 50 GW, comparable au réseau californien. La moitié de la capacité d’approvisionnement de la Grande-Bretagne est renouvelable, soit à peu près un mélange égal d’éolien offshore, d’éolien terrestre et de solaire.

Bien que la Grande-Bretagne soit peu ensoleillée, l’énergie solaire y est politiquement populaire ; pour l’éolien terrestre, c’est politiquement plus tendu parce que les turbines et les lignes électriques qui les relient au réseau sont esthétiquement peu attrayantes pour de nombreux électeurs. L’éolien offshore est situé à une distance considérable de la côte dans la mer du Nord et hors de vue pour la plupart des Britanniques – sauf là où les lignes électriques arrivent à terre – son énergie peut être acheminée vers le réseau avec des lignes électriques de plus en plus grandes et à longue distance.

 


D’ici 2050, les seules turbines tournantes restantes sur le réseau britannique issues de technologies connues et pouvant être déployées de manière fiable aujourd’hui sont les centrales nucléaires  et, éventuellement, certaines centrales fossiles. De nouvelles turbines à gaz avec captage et stockage du carbone (CSC), de nouvelles turbines à hydrogène et de nouvelles centrales bioénergétiques avec CSC (appelées BECCS) pourraient également fournir une inertie. Jusqu’à présent, cependant, aucune de ces centrales futuristes ne fonctionne sur le réseau britannique actuel. 

Ainsi, par inadvertance, la politique énergétique britannique a créé un défi important pour les opérateurs de réseau : remplacer l’inertie perdue. L’incapacité à anticiper ce défi suffisamment tôt et à créer les incitations nécessaires pour éviter la crise d’inertie imminente a laissé les gestionnaires de réseau avec moins d’options et des risques de fiabilité plus importants. 

Le défi pour les opérateurs de réseau : un doublement de la production non synchronisée et une réduction proportionnelle de la production synchronisée !



L’inertie : un problème instantané amplifié par les ENR et les interconnexions

En fin de compte, ce qui importe le plus pour la fiabilité n’est pas le volume total de production synchrone sur une année entière, mais le volume des turbines tournant à un moment donné.

Ainsi, au milieu de la nuit, lorsque la demande d’électricité est faible et que la production éolienne est élevée, l’inertie peut tomber à des niveaux dangereusement bas – à tel point que les générateurs non synchrones doivent être réduits, des générateurs fossiles supplémentaires avec des turbines en rotation doivent être activés et, parfois, l’opérateur du réseau module les centrales nucléaires pour stabiliser leur contribution au réseau.

En revanche, l’inertie peut être extrêmement élevée par une froide journée d’hiver avec peu de vent et une énorme demande de chauffage électrique, car dans ces conditions, presque toute l’énergie produite provient de turbines à gaz ainsi que du parc de réacteurs nucléaires du pays.

La figure 5 montre ces mesures instantanées de l’inertie pour chaque jour de deux années différentes: 2009, une année représentative avant l’énorme virage du pays vers les énergies renouvelables, et 2020. Au cours de la dernière partie de cette période, les décideurs britanniques ont commencé à remplacer l’électricité produite localement, par des turbines tournantes alimentées au gaz naturel, en important plus d’énergie sur les lignes électriques à courant continu haute tension (HVDC)) à longue distance. Au fur et à mesure que cette politique se déroulera, elle amplifiera les défis de perte d’inertie parce que les lignes HVDC n’ajoutent pas intrinsèquement l’inertie avec la génération.

Au cours de cette période, l’ESO a également mis au point des méthodes de mesure de l’inertie en temps réel. L’inertie typique sur le réseau britannique en 2020 était de 200 GW. La fréquence sur le réseau 50 Hz est autorisée à varier à lintérieur d’une bande de +/- 0,5 Hz, et un déséquilibre typique entre l’offre et la demande est denviron 1 GW pendant quelques secondes. Ce déséquilibre peut être absorbé sous forme de couple sur les générateurs synchrones du réseau en consommant environ 4 GW. Ce type de calculs conduit les opérateurs de réseau britanniques à exiger que l’inertie ne tombe pas en dessous de 140 GW (ou en dessous de 130 GW après un déséquilibre majeur), de peur que le réseau ne soit mis dans un état il pourrait facilement être déstabilisé

Comme le montre la figure 5, il y a déjà eu de nombreux moments en 2020 où le réseau a connu le plancher de 140 GW, et l’inertie typique sur le réseau cette année-là était inférieure à la moitié du niveau de la décennie précédente. En raison d’une plus grande décentralisation de l’approvisionnement en énergie, la demande d’énergie du réseau s’est déplacée vers la gauche, ce qui a également réduit l’inertie. Une force encore plus importante dans la réduction de l’inertie a été le passage aux énergies renouvelables, qui explique la majeure partie du passage des points bleus aux points orange de la figure 5.

 

Leçons de la zone nordique : malgré des coûts de gestion en explosion, une situation non stabilisée et des solutions bien insuffisantes

La zone synchrone nordique, qui est une région de réseau avec une fréquence commune englobant la Suède, la Norvège, la Finlande et la moitié du Danemark, a suivi une trajectoire similaire à celle du Royaume-Uni, avec des augmentations de la production intermittente dénergie renouvelable (principalement l’énergie éolienne) en termes absolus et relatifs, ainsi qu’une expansion des interconnexions HVDC. Cette évolution a entraîné une détérioration de la gestion de la fréquence du réseau dans le réseau synchrone nordique, comme le montre la figure 7.

Cette détérioration a été maîtrisée en partie grâce à des dépenses nettement plus élevées des gestionnaires de réseau pour les fonctions de contrôle de fréquence. Malgré cela, les opérateurs nont pas été en mesure de ramener la qualité en dessous de l’objectif fixé de moins de 200 minutes par semaine en dehors de la bande de fréquences de 0,1 Hz.

Les coûts de gestion de la situation ont augmenté de 400% entre 2014-15 et 2021 (sur la base des données du gestionnaire de réseau suédois en particulier) et devraient plus que doubler au cours des cinq prochaines années.

Une tendance à la baisse de l’inertie du système peut déjà être observée dans le système nordique, avec des valeurs de crête plus faibles, des valeurs moyennes plus faibles et, surtout, des valeurs minimales plus faibles (voir figure 8). Pendant les périodes estivales venteuses avec une faible demande d’énergie, le système électrique nordique voit maintenant des niveaux d’inertie approcher les 100 GW, car l’énergie éolienne à inertie nulle et à coût marginal nul représente une grande partie de la production totale. Les prix de l’électricité déprimés en conséquence signifient que le parc hydroélectrique contribuant à l’inertie est inactif, tandis que les centrales nucléaires sont généralement fermées pour maintenance programmée pendant l’été.

Pour améliorer la stabilité, les opérateurs de réseaux électriques nordiques ont récemment introduit de nouveaux marchés nationaux pour les services de support de fréquence rapide appelés FFR (réserve de fréquence rapide). Il s’agit actuellement de marchés nationaux, mais ils seront fusionnés ultérieurement en un marché commun du réseau. Lorsque les conditions opérationnelles de faible inertie et de défauts de dimensionnement relativement élevés coïncident, le marché FFR est activé afin de compenser le manque d’inertie.

 L’un de ces points d’activation pour le marché FFR nordique est une inertie du réseau inférieure à 155 GW et un défaut de dimensionnement de 1450 MW, ce qui est déjà une situation courante tout au long des mois d’été de l’année. Les ressources sur le marché FFR consistent en des réponses de production très rapides, par exemple en augmentant la production hydroélectrique ou les batteries, ou un effacement d’urgence de la consommation via des chaudières et des fours électriques. Des éoliennes modifiées pourraient en théorie également contribuer au marché des FFR, mais aucune n’a jusqu’à présent été qualifiée pour cette fonction



Et si la tendance se poursuit…il va falloir rajouter des volants d’inerti 

Si la tendance vers des systèmes à inertie encore plus faibles se poursuit, il est peu probable que le simple fait de soutenir le système avec un volume de marché FFR plus important suffise. Une étude récente portant sur un système électrique suédois « 100% renouvelable » a estimé que l’ensemble des mesures compensatoires devrait également inclure un parc de condenseurs synchrones équipés de grands volants d’inertie en plus d’un marché FFR considérablement élargi pour que la Suède fournisse sa juste part de services de stabilité. L’analyse a révélé que les coûts de ce type de service augmenteraient d’un facteur vingt par rapport à un système ayant une capacité nucléaire maintenue ou élargie. En Australie, les coûts du contrôle de fréquence ont déjà été multipliés par sept (depuis 2015), les batteries étant utilisées pour tenter de fournir des services qui étaient, jusqu’à récemment, essentiellement fourni « gratuitement » par les grandes générations synchrones.

Le contrôle électronique ou quand un problème se substitue à un autre sans le régler ! Déjà des catastrophes évitées de peu  

Certaines études ont salué la transition rapide vers des composants contrôlables par logiciel sans contribution d’inertie comme un développement potentiellement positif pour la stabilité et la contrôlabilité du réseau, mais les praticiens du monde réel sont restés beaucoup plus prudents, et les approches logicielles peuvent également apporter de nouveaux et graves défis.

Une nouvelle catégorie de défauts basés sur des logiciels a récemment émergé avec des impacts potentiels qui éclipsent ceux traditionnellement considérés. Une erreur logicielle dans les nouvelles bornes d’interconnexion à courant continu haute tension, qui sont essentielles à lappui d’un système de production plus intermittent dépendant des conditions météorologiques, peut provoquer des défauts dans les deux sens (offre excédentaire et sous-approvisionnement) d’une ampleur bien supérieure à la perte d’un générateur individuel. (eg. arrêt brutal d’une centrale)

Et cela s’est déjà produit !

Le 17 février 2023, la liaison HVEC Nordlink d’une capacité de 1400 MW qui relie la Norvège et l’Allemagne transmettait à 1372 MW un débit de l’Allemagne (réseau continental) vers la Norvège (réseau nordique). Une erreur logicielle dans le système de contrôle Nordlink a ensuite instantanément déplacé le débit d’importation quasi maximale à 348 MW d’exportation (de la Norvège vers l’Allemagne), provoquant une sous-offre de 1720 MW dans le réseau nordique. La fréquence a chuté de près de 0,6 Hz (à 49,4 Hz) avant de se stabiliser, bénéficiant heureusement de la grande inertie disponible des générateurs synchrones en hiver (lorsque la demande et la production synchrone sont à leur plus haut niveau pour le système nordique).

Un défaut similaire s’est également produit lors des tests du système HVDC en 2020. Le défaut maximal possible de ce type, un changement instantané du bilan d’alimentation de 2800 MW, entraînerait des écarts de fréquence inacceptables dans le système de réseau nordique, même avec une très grande part de production synchrone disponible.

De telles erreurs logicielles émergentes, que ce soit dans les terminaux HVDC, les onduleurs ou d’autres composants du réseau, se produisant dans un réseau non synchrone dominé par une faible inertie, entraîneraient très probablement de graves pannes de courant. 

ConclusionDe fort défis pour les autorités de réseau : baisse de l’inertie, problème des « black start » 

Le gestionnaire de réseau britannique a tiré la sonnette d’alarme sur la baisse de l’inertie qui pourrait affecter très fortement la fiabilité du réseau. Dans sa dernière évaluation stratégique de l’exploitation du réseau, l’autorité a relevé cinq préoccupations qui se chevauchent, chacune influant sur la fiabilité.

Premièrement, l’inertie affecte la réponse en fréquence pour les raisons identifiées précédemment : la masse des turbines en rotation ;

Deuxièmement, l’inertie confère une stabilité en fréquence au réseau, réduisant le nombre et la gravité des écarts de fréquence en premier lieu ;

Troisièmement, les générateurs qui fournissaient l’inertie ont également contribué à fournir de nombreux autres services permettant notamment la stabilité en tension du réseau (pouvoir réactif) ;

Quatrièmement, les limites thermiques : le combustible pour les centrales fossiles était facile à transporter, les générateurs pouvaient être distribués dans de nombreux endroits, ce qui réduisait le nombre de chemins critiques sur le réseau, réduisant ainsi les conséquences du dépassement de limites thermiques ou de défaillances sur une seule ligne électrique, et notamment sa propagation sur le réseau. Le passage aux énergies renouvelables (et à davantage d'interconnexions avec les réseaux d'autres pays) augmentera les flux d'énergie critiques : d'ici 2030, certaines régions connaîtront des flux d'électricité de pointe supérieurs de 400% aux capacités actuelles ;

Cinquièmement, la restauration du service en cas d’effondrement ( « black start)

Non seulement la baisse de l’inertie fragilise le réseau, mais elle en complique le redémarrage en cas de problème !

Les groupes électrogènes retirés du réseau étaient également des systèmes bien testés et fiables pour redémarrer le réseau après une panne massive. Les black start » fonctionnent en restaurant des poches sur les réseaux régionaux, puis en élargissant et en reliant ces systèmes au réseau national intégré. Les nouvelles technologies, certaines disponibles, beaucoup d’autres encore à l’essai, permettent en principe de fournir une puissance réactive et des capacités de démarrage noir sans turbines en rotation conventionnelles. 

Mais il y a un monde de différence entre imaginer comment ces technologies pourraient fonctionner et les déployer réellement avec le degré de fiabilité auquel on peut s’attendre sur les réseaux modernes,étant donné que la fiabilité des réseaux est fonction du système dans son ensemble,

 


Les nouvelles technologies peuvent-elles sauver la situation ? le rôle des batteries

Étant donné que les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne ne contribuent pas directement à l’inertie du système, une solution couramment proposée pour gérer la stabilité du réseau, ainsi que la question de l’approvisionnement intermittent, est l’utilisation de batteries.

Dans ce contexte, les batteries peuvent fournir ce que l’on appelle une inertie « synthétique » ou « virtuelle ». Bien que les batteries à réponse rapide puissent grandement améliorer la stabilité du réseau en aidant rapidement à restaurer et à récupérer des pannes, elles ne fournissent pas un service identique à celui des machines synchrones en rotation. Par exemple, les systèmes de batteries conventionnels avec onduleurs de suivi du réseau répondent inévitablement avec un certain retard. Ce délai peut permettre aux défauts de se propager et de provoquer des défaillances en cascade dans le système, et in fine un effondrement (black out).

En revanche, une inertie réelle suffisamment disponible permet d’éviter de tels risques d’événements rapides.

Dans quelle mesure les batteries et les onduleurs formant des réseaux pourraient remplacer l’inertie conventionnelle dans les grands systèmes électriques est une question ouverte qui fait l’objet de recherches actives. Le rôle des batteries aujourd’hui dans le fonctionnement réel du réseau électrique à grande échelle n’est pas de remplacer l’inertie, mais surtout d’aider à restaurer le système sur une période de quelques secondes après une perturbation jusqu’à ce que des ressources de production d’énergie réparatrice plus lentes deviennent disponibles. 

 Assurer la fiabilité tout en apprenant de nouvelles stratégies ? 

Les expériences de tous ces pays examinées dans le présent document sont des avertissements que le défi de l’inertie ne se résoudra pas tout seul. Alors que les réseaux évoluent rapidement vers une intégration  plus forte d’énergies renouvelables et que les interconnexions jouent un rôle plus important, ce qui était autrefois une prodigieuse source d’inertie –  la production d’énergie par turbine dont peu de gens s’inquiétaient – peut disparaître rapidement. Au moins quatre leçons se dégagent.

Premièrement, mesures et prévisions sont essentielles. Lorsque les planificateurs britanniques ont réalisé qu’ils étaient confrontés à une baisse de l’inertie, ils devaient développer des systèmes de mesure et, surtout, relier ces systèmes aux opérations du réseau afin de pouvoir concevoir des limites appropriées pour l’inertie tout en assurant la fiabilité du réseau.

Plus importants encore est la mise en place de meilleurs systèmes de prévision afin que la trajectoire à long terme du réseau (et l’inertie) puisse être projetée, et la mise en place de stress tests - les organisations « gèrent ce qu’elles mesurent ».

Deuxièmement, l’innovation et l’application de nouvelles technologies sont importantes, mais il faut faire très attention à faire correspondre les attentes en matière de technologie avec une réalité éprouvée. 

Troisièmement, les incitations et le design du marché sont importants. La reconfiguration du réseau s’est produite dans une large mesure parce que les incitations politiques et la conception du marché ont poussé le réseau dans cette nouvelle direction. La perte d’inertie était un sous-produit quelque peu inattendu et complètement involontaire de ces conceptions et politiques de marché.

Le marché doit être incité à répondre à ces nouveaux défis. La politique du Royaume-Uni pour les capacités de démarrage d’urgence (black start) en est un bon exemple, tout comme les nouveaux objectifs pour l’approvisionnement en puissance réactive. De nouveaux outils de modélisation ont permis d’explorer de nouvelles configurations de centrales électriques qui pourraient remplacer une partie ou la totalité de l’inertie perdue – par exemple, des combinaisons de grandes centrales nucléaires avec des systèmes de stockage de batteries qui peuvent aider à fournir une réponse en fréquence. 

D’autres exemples incluent le marché de la réserve de fréquence rapide (FFR), lancé dans les pays nordiques en mai 2020, qui est conçu spécifiquement pour gérer les situations de faible inertie. En ce qui concerne l’avenir, l’Australie lancera des marchés similaires en octobre 2023 pour faire face au problème de l’inertie ; les décideurs australiens étudient également la création d’un marché au comptant pour l’approvisionnement en inertie. L’opérateur de réseau australien AEMO déclare qu’à relativement court terme pour gérer une situation où 100% de la demande est satisfaite par la production non synchrone (solaire et éolienne), les réseaux du pays auront besoin de ressources au-delà de celles envisagées sur les nouveaux marchés FFR – ils devront également installer l’équivalent de 40 nouveaux condensateurs synchrones à grande échelle équipés de volants d’inertie pour répondre aux exigences minimales d’inertie. 

Quatrièmement, et peut-être le plus important : soyez prudent. La fiabilité du réseau est essentielle au rôle de l’électricité dans l’économie moderne. Une perte rapide d’inertie peut rapidement créer des conditions qui rendent plus difficile la fiabilité, même si de nouvelles technologies et de nouveaux investissements tels que de nouvelles lignes électriques pourraient, à terme, permettre à de nouveaux réseaux d’être exploités avec une grande fiabilité. La perte d’inertie prématurée peut être dangereuse. Cela peut également, entre autres, amener les gestionnaires de réseau à prendre des mesures qui vont directement à l’encontre d’autres objectifs nationaux, tels que la prolongation de la durée de vie des anciennes centrales polluantes parce que de nouveaux systèmes ne sont pas encore en place pour assurer la fiabilité du réseau faute d’inertie suffisante 

Complément sur la situation française 

L’étude probablement la plus complète et aboutie publiée à ce jour, , est celle un peu ancienne d’EDF R&D (juin 2015). Elle porte sur l’ensemble des réseaux interconnectés de 34 pays européens à l’horizon 2030 et s’appuie sur plus de trente ans de relevés météorologiques combinés. Selon cette étude, et avec les moyens technologiques utilisés aujourd’hui dans les réseaux, un taux de pénétration en énergie produite de 40 % d’éolien et photovoltaïque répartis sur l’ensemble de la plaque européenne est possible. Mais à certaines conditions, telles que le maintien de moyens pilotables assurant 60 % de la production en moyenne annuelle, une contribution de l’ « inertie synthétique » des éoliennes et la modulation de leur puissance de sortie (à la hausse comme à la baisse, ce qui implique de les faire fonctionner au-dessous de leur puissance maximale possible) ainsi que celle du photovoltaïque, les renforcements ou créations de nombreuses interconnexions transfrontalières, un recours important aux effacements de la demande et aux importations/exportations.

 Ce taux de pénétration de 40 % en moyenne annuelle recouvre cependant des écarts très importants en valeurs instantanées admissibles, qui conditionnent de facto l’équilibre dynamique des réseaux : il varie d’environ 25 % lorsque la demande est très faible (c’est-à-dire lorsque le réseau a peu d’inertie mécanique car peu d’alternateurs et de moteurs y sont raccordés) à près de 70 % lorsque la demande est très élevée (le réseau a alors une grande inertie car un grand nombre d’alternateurs et de moteurs y sont raccordés) 

Autrement dit, les inquiétudes des gestionnaires du réseau britannique sur la perte d’inertie  s’appliquent dès à présent à d’autres pays européens, et si l’intégration d’Energies Variables Intermittentes dans le réseau se produit comme prévu, la grille européenne et la France seront très concernés. Et en grand danger de black out sévères.