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vendredi 25 janvier 2019

Pacta sunt servanda (1) Le traité d’Aix la Chapelle


Pourquoi Pacta sunt servanda ? Parce que ça fait deux fois en moins d’un mois qu’on nous fait le coup, avec le Traité franco-allemand d’Aix la Chapelle, objet de ce blog,  et avec le traité de Marrakech sur les migrations- tiens, un sujet pour un autre blog. Quel coup ? Et bien celui-ci : C’est un traité que nous signons, bon d’accord, il n’a pas été vraiment discuté, ni au Parlement, ni devant l’opinion publique, mais c’est pas bien grave, c’est un traité pour rien, un traité qui ne change rien, un traité qui n’engage à rien ! Vraiment ? Pacta sunt servanda, c’est l’ adage universel des relations internationales, les traités doivent être respectés. Alors, il est peut-être bon d’aller un peu voir ce qui se cache derrière – et rappeler qu’en tout état de cause, il est inadmissible de signer ainsi des traités engageant le pays en catimini- même Jupiter n’avait pas ce pouvoir !
Et il y a quand même des points assez inquiétants…
La défense européenne et l’armement nucléaire français… sous autorité de l’Otan.
« La «coopération» en matière de défense et le renforcement «de la capacité d'action autonome de l'Europe» sont cités comme objectif des relations franco-allemandes. Pour y parvenir, les deux pays réaffirment, dans le prolongement des accords de l'Alliance atlantique et du traité de l'Union européenne, leur clause d'assistance réciproque «par tous les moyens, y compris la force armée, en cas d'agression armée contre leurs territoires». Les deux pays «  s’engagent à renforcer la capacité d’action de l’Europe et à investir conjointement pour combler ses lacunes capacitaires, renforçant ainsi l’Union européenne et l’Alliance nord-atlantique ». La France et l'Allemagne s'engagent aussi à «instaurer une culture commune» entre leurs forces armées. Elles se fixent comme objectif de surmonter l'une de leurs divergences majeures: leur approche «en matière d'exportation d'armements». Pour piloter leurs engagements, le traité institue «un conseil franco-allemand de défense et de sécurité».
Commentaire : Revenons au précédent traité, le traité de l’Elysée signé entre le Général de Gaulle et Konrad Adenauer. En 1963, après le refus des États Unis de former un directoire occidental avec la France et le Royaume-Uni, le général de Gaulle tenta de détacher l'Allemagne de l'OTAN pour la ramener à elle et sortir ensemble de l'orbite américaine. La bombe nucléaire française permettait d’acquérir un nouveau statut militaire et d'en finir avec les seconds rôles joués sous la IVe République. Konrad Adenauer accepta de signer le traité, à l'Élysée, et ce traité, conformément aux intentions de De Gaulle, ne mentionne nulle part les États-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni l'OTAN, ni le GATT…
 Las, à Berlin, le  Bundestag refuse de ratifier le traité de l'Élysée en l’état et impose un préambule après avoir voté un préambule comprenant notamment les mentions suivantes : étroite association entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique »,« admission de la Grande Bretagne ( c’était bien la peine !) »,« défense commune dans  le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord  », « abaissement des barrières douanières avec la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique, ainsi que d’autres États, dans le cadre du GATT.
De Gaulle qualifia ce préambule d’ »horrible chapeau  et réagit ainsi :  « Les Américains essaient de vider notre traité de son contenu. Ils veulent en faire une coquille vide. Tout ça, pourquoi ? Parce que les politiciens allemands ont peur de ne pas s’aplatir suffisamment devant les Anglo-Saxons !... Déçu par le préambule qu’à imposé le  Bundestag. Déçu par la mécanique de la coopération franco-allemande… Si le traité allemand n’était pas appliqué, ce ne serait pas le premier dans l’Histoire.. »
Et voilà maintenant que le traité d’Aix La Chapelle reprend dans le corps même du traité la dépendance de l’alliance franco-allemande à l’Otan ! C’est une trahison de la position constante de la France, c’est l’enterrement de toute défense européenne autonome. Et ceci alors que l’Otan n’a plus la justification qu’elle pouvait avoir lorsque l’URSS occupait la moitié de l’Europe, et que le désintérêt américain pour l’Europe, qui ne date pas de cette présidence mais a pris un tour plus évident et baroque avec Trump, lequel, en gros, tous les jours nous explique que nous ne pouvons pas avoir confiance en lui, ni en les USA.. Eh bien, prenons le au mot, et organisons-nous notre défense sans lui !.
Mais non, on signe le Aix La Chapelle, qui en est l’exact contraire !
La dissuasion nucléaire. Pas un mot clair là-dessus, mais de multiples stipulations inquiétantes ( par exemple « Les deux États s’engagent à renforcer encore la coopération entre leurs forces armées en vue d’instaurer une culture commune et d’opérer des déploiements conjoints…Ils se consultent afin de définir des positions communes sur toute décision importante touchant leurs intérêts communs et d’agir conjointement dans tous les cas où ce sera possible…Ils instituent le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité comme organe politique de pilotage de ces engagements réciproques » qu’il faudrait urgemment préciser. La France garde-t-elle oui ou non une dissuasion nucléaire autonome ? Parce que, si l’interprétation du Traité est qu’il faudrait l’autorisation de l’Allemagne avant toute utilisation de l’arme atomique, alors, c’est a fin de la dissuasion française. Une dissuasion à deux boutons, ça n’existe pas !
La question se pose de façon suffisamment sérieuse pour que des experts tels Olivier Gohin, agrégé de droit public à l'université Paris II et membre du conseil d'administration de l'Association française de droit constitutionnel rappelle que la Constitution institue le Président comme « garant  de l'indépendance nationale » et s’inquiète des contradictions éventuelles avec la signature du Traité d’Aix La Chapelle.  Il a appelé à ce que le Traité fasse l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel «après sa signature, au plus tôt, et l'autorisation de sa ratification, au plus tard». Ce serait en effet de bonne précaution.
La politique économique et énergétique sous la coupe de l’Allemagne !
Les  deux États se fixent comme objectif «d'instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes». Pour y parvenir, «l'harmonisation du droit des affaires» est citée comme une priorité ».
Bon sang, l’Allemagne ne nous impose pas encore assez ses vues, pour la défense de ses intérêts en matière économique, à nous et à toute la zone euro ! Pas assez de politique austéritaire, de restriction monétaire, pas assez de 3% ( une politique qui convient très bien à ce pays en rapide déclin démographique) ?
Les deux pays veulent «des projets conjoints» en matière de transition énergétique. Le traité prévoit l'adoption d'un «programme pluriannuel de projets» communs. Une première liste sera présentée mardi avec la reconversion de la centrale nucléaire de Fessenheim
Merde ! L’Allemagne émet 10 fois plus de CO2 par kwh que la France (50g contre 500g), parce qu’elle a arrêté son nucléaire et qu’elle l’a remplacé par du charbon, l’Allemagne qui pollue toute l’Europe avec son lignite ( dont elle a encore augmenté l’exploitation cette année), l’Allemagne va nous aider gentiment à abandonner l’un de nos rares atouts compétitifs, l’énergie nucléaire, au surplus le plus écologique qui soit, et le seul à permettre de répondre au défi climatique. Traité de merde !

Le siège permanent de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU. Marine Le Pen a raison !
Lorsque Marine Le Pen a affirmé que le Traité d’Aix La Chapelle pouvait remettre en question le siège permanent de la France au Conseil de Sécurité et imposer un partage de ce siège avec l’Allemagne, les beaux esprits (par exemple le Desintox d’Arte) ont hurlé, au choix, à la folie, au fake news, à la manipulation…
Ils se fichent vraiment de nous, et la colère contre ces media menteurs se comprend. Tout d’abord, un ministre allemand, et pas le moindre, le ministre des Finances Olaf Scholz, a suggéré que la France cède son siège permanent à l'Europe… L’idée leur trotte bien dans la tête.
Ensuite, le Traité précise que la diplomatie franco-allemande «fait de l'admission de l'Allemagne comme membre permanent une priorité» politique. Les deux pays se promettent «de coordonner étroitement leurs positions» au Conseil de sécurité. (Ca commence à ressembler à un partage, non)
Et puis ? Donc, notre représentant va aller voir les trois vrais grands, Trump, Xi Jinping et Poutine et leur expliquera que «  la France fait de l'admission de l'Allemagne comme membre permanent une priorité politique ». Bon courage ! Je vous fais la réponse de Xi Jinping, c’est le plus prédictible : «  Zêtes cinglés, non. Le prochain, c‘est le Japon ?). Pour Trump, c’est aussi non de toute façon, mais le détail est un peu plus difficile à prédire (No, et l’Allemagne, c’était bien mieux quand il y avait un mur, ils devraient le reconstruire !). Poutine ? (Niet, ou je veux aussi un siège permanent pour ma Crimée ?)
Et si on insiste, je suppose au la réponse pourrait être : Bof, si vous y tenez vraiment, vous avez cas partagez votre siège à vous avec l’Allemagne ?
Décidément ce Traité combine le ridicule, le très dangereux et frôle la trahison. (et quant aux commentaires des media officiels, ils ne font rien pour renforcer leur crédibilité !)
Et pourtant, il ne faut pas le prendre à la légère. Pacta sunt servanda
Bon maintenant, il y  a quelques trucs intéressants qui ont été discuté lors de la signature du pacte, comme comme la liaison ferroviaire Colmar-Fribourg…
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mercredi 28 décembre 2016

Rafael Tovar y De Teresa- Porfirianisme et Positivisme

Hommage à Rafael Tovar y De Teresa

Les nombreux visiteurs de la superbe exposition Mexique 1900-1950, au Grand Palais en cette fin d’année 2016 auront une pensée pour le grand diplomate, ministre, historien, écrivain  et francophile mexicain, Rafael Tovar y de Teresa, mort le 10 décembre – il fut également à l’origine des expositions mémorables qui ont mieux fait connaître et apprécier le Mexique en France,  Mayas au Musée du Quai Branly (2014),  Frida Kahlo/ Diego Rivera : l’art en fusion » au Musée de l’Orangerie en 2013.
M. Rafael Tovar y de Teresa (1954-2016) fut le premier ministre de la culture mexicain, nommé en 2016, après avoir dirigé pendant treize ans le Conseil National pour la Culture et les Arts et créé des dizaines d’institutions culturelles, organisé un réseau dense de 1200 musées et plus de 10.000 bibliothèque et mené une politique d’Etat visant à donner accès à la culture à tous les Mexicains et à soutenir la création artistique contemporaine- on lui doit notamment une chaine publique culturelle, Canal 22. Ses liens personnels avec la France sont anciens et amicaux, puisqu’il vint étudier à la Sorbonne et à Sciences Po entre 1974 et 1978 et fut ensuite ambassadeur du Mexique en France de 1983 à 1987. Mais en fait, ses liens familiaux avec la France sont encore plus anciens, puisque son grand père s’exila en France en 1911 après la chute du président Porfirio Diaz, une histoire qu’il raconta dans son livre, Paraiso es tu memoria, non traduit en français. Une occasion de revenir sous un épisode souvent publié ou maltraité de l’histoire mexicaine (et un peu française).

Les Cientificos, disciples d’Auguste Comte : Ordre et Progrès au Mexique

En 1876, le général (souvent peu généreusement qualifié de dictateur) Porfirio Diaz (1830-1915), héros de la guerre contre les Français et compagnon d’arme de Benito Juarez, renverse Lerdo de Tejada, successeur de Juarez au terme d’une élection truquée. En tant que Président ou qu’homme fort, il restera au pouvoir 34 ans, avec une idée : moderniser le Mexique, le rendre capable d’une indépendance matérielle, intellectuelle et culturelle vis-à-vis des USA, effacer le traumatisme qu’avait été la guerre catastrophique de 1846-1848, qui voit la perte du Texas, du Nouveau-Mexique, de la Californie, de l'Utah, du Nevada, du Colorado et de l'Arizona :  (Porfirio Diaz : « Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si proche des USA ! »). Pour mener cette modernisation, il s’appuie sur une élite francophile, les Cientificos, brièvement évoquée sur les panneaux explicatifs de l’exposition Mexique 1900-1950. Ces Cientificos forment un groupe soudé de disciples du positivisme d’Auguste Comte, dont la doctrine avait été introduite au Mexique par Gustavo Barreda. Diaz les associe au pouvoir en 1892, sous la bannière de l’Union Libérale – je dis associer, car les relations entre Diaz et ses conseillers et ministres cientificos furent assez mouvementées. Parmi les principaux dirigeants Cientificos, citons Jose Limantour (ministre des finances), Justo Sierra (ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts), Pablo Macedo (maire de Mexico). José Yves Limantour (1854-1935), à la tête des finances mexicaines pendant 21 ans, était le fils d’un capitaine de goélette de Lorient qui s’était échoué en Californie, alors mexicaine et s’y était installé. L’action de redressement des finances et de modernisation du pays des Cientificos (développement du crédit, des mines, des moyens de communications,- ports et chemins de fer-, de l’agriculture par la confiscation et la mise en valeur des immenses domaines de l’église, l’électrification, le télégraphe, mais aussi la laïcisation de la société fut remarquable en tous points. L’élite mexicaine se forma à l’Ecole Nationale, dont le fronton arborait fièrement le slogan positiviste : Ordre et Progrès. Diego Ribera y fut élève.
Le renversement de Porfirio Diaz, depuis trop longtemps au pouvoir et qui n’admit pas de perdre sa dernière élection, une réforme agricole mal engagée et l’intervention malveillante des USA qu’un Mexique devenant puissant et moderne inquiétait, entrainèrent la fin du Porfiriat, une période d’anarchie meurtrière, et l’exil en France du général Diaz (il y mourut à Paris en 1914) et de ses principaux conseillers cientificos, dont Limantour.

C’est cette histoire que raconte dans ses livres Rafael Tovar Paraíso es tu memoria (2009); El último brindis de Don Porfirio (Le dernier toast de Don Porfirio, 2012); De la paz al olvido. Porfirio Díaz y el final de un mundo (De la paix à l’oubli. Porfirio Díaz et la fin d’un monde, 2015) ; celle d’un Mexique que les Cientificos positivistes considéraient comme une république sœur de la France.


On peut regretter que le gouvernement français n’ait pas mieux salué la vie, l‘œuvre et le rôle dans les relations entre le Mexique et la France de Rafael Tovar y De Teresa ; regretter aussi que l’histoire commune entre le Mexique et la France, avec ses hauts et ses bas, ne soit pas mieux connue ; se dire qu’il est peut être temps, après plus de cent ans, d’évaluer plus objectivement le Porfiriat – certains députés du Parti Révolutionnaire Institutionnel, au pouvoir depuis 1929 (sauf une interruption entre 2000 et 2012) sont en faveur du retour de la dépouille de Porfirio Diaz, enterré au cimetière du Montparnasse à Paris ; et que cette période où l’influence intellectuelle et politique de la France était grande peut nous inviter à relancer une politique américaine qui ne soit pas une politique US.


vendredi 2 septembre 2016

Anniversaire de la Révolution Culturelle (2) -Si la France avait une diplomatie culturelle


Mon précédent billet était consacré à l’anniversaire, qui a peu attiré l’attention, du déclanchement de la Révolution Culturelle, un évènement majeur et dramatique du siècle dernier. Silence étrange, si l’on se souvient, comme je l’avais rappelé, qu’à une certaine époque, les intellectuels français s’exprimaient beaucoup sur la Chine… Faut-il croire que  les délires de l’époque les ont rendu timides ? Il serait en tous cas dommage de se désintéresser de l’évolution intellectuelle, philosophique, culturelle, artistique d’une Chine dont l’influence est amenée à s’amplifier et dont les changements sont fascinants.

Parmi ces changements, en complète contradiction avec la Révolution Culturelle, figure la réhabilitation/résurrection de Confucius, auquel Anne Cheng, Professeur au  Collège de France, a consacré plusieurs cycles de conférence très intéressant : Confucius revisité, Confucius ressuscité, le confucianisme est-il un humanisme?
 
Si la France avait une diplomatie culturelle (tout comme Laurent Fabius voulait aussi promouvoir une diplomatie scientifique), elle tirerait profit de la longue, amicale et fascinante tradition d’étude de la civilisation chinoise (la première chaire d’étude de la littérature chinoise en Occident  fut créée en 1814 au Collège de France pour Jean-Pierre Abel-Rémusat) pour reprendre un dialogue fécond avec des intellectuels chinois en pleine sortie de la religion marxiste et soucieux de réévaluer leur héritage.

Si la France avait une diplomatie culturelle, à l‘heure où la Chine multiplie les instituts Confucius pour faire connaître sa culture, sa civilisation, son histoire, elle s’intéresserait aux confrontations historiques, aux influences croisées entre le grand penseur chinois, à l’importance qu’a eu en Occident la découverte du Confucianisme pour le mouvement des lumières, la découverte qui fit les délices de Voltaire d’une civilisation brillante, d’un ordre social et politique et d’une morale  qui ne s’appuient pas sur une révélation théologique.
 
Si la France avait une diplomatie culturelle, elle s’intéresserait à l’influence française sur ces intellectuels du Mouvement du 4 mai  (Cinq/ Quatre) et de la Nouvelle Culture (4 mai 1919, manifestation des étudiants chinois contre le Traité de Versailles qui accordait au Japon une partie du territoire de la Chine) qui voulaient concilier modernisation et tradition et acclimater en Chine « Mr Science » et « Mr Democracy ».  Hu Shi par exemple, (1891-1962) dont Anne Cheng rappelle qu’il faisait de Confucius « un humaniste et un agnostique selon l’idéal des lumières européennes » et « qu’il comparait l’humanisme agnostique de Confucius avec le positivisme d’Auguste Comte », qui suivit les cours de Dewey (lui aussi profondément positiviste, comme en témoigne une foi commune) ; et qui regtettait que le mouvement Cinq/quatre ait, sous la pression des événements abandonné le combat culturel pour le combat politique ;  ou encore Chen Duxiu (1879-1942), lui aussi admirateur de Comte, avant de devenir l’un des fondateurs du PC chinois

Tiens, si la France avait une diplomatie culturelle, elle traduirait Comte en chinois et le ferait dialoguer avec Confucius – juste retour de la fascination des positivistes français, tout particulièrement Pierre Laffitte ( aussi professeur au Collège de France) pour la civilisation chinoise (cf. les positivistes et la chine. Eric Sartori, Monde chinois »,  2014/4

 Si la France avait une diplomatie culturelle, elle ne laisserait pas dépérir le musée Guimet, tout simplement la plus grande collection d’art asiatique en dehors de l’Asie (60.000 objets, 4000 exposés) dont la présidente parle (Le Monde, 1 sept) d’une « extrême disette financière » , « économies jusqu’à des situations des handicaps », et d’inégalités criantes, de disparités entre les musées  ( Guimet reçoit 4 ?7 millions d’euros de subvention contre 42 au quai Branly, - décidément Chirac, ex roi de la corruption,  aura coûté très cher à la France). Quelle pitié et quel scandale pour ce qui pourrait être un instrument culturel majeur de dialogue avec l’Asie, ce continent qui va jouer un rôle si important.



 

samedi 9 mai 2015

Diplomatie scientifique de la France_ le changement climatique

Promouvoir la recherche climatique française_ un ensemble peu lisible
Si diplomatie scientifique de la France il doit y avoir (et il devrait effectivement y avoir, c’est un thème qui a été récemment mis en place au Ministère des Affaires étrangères et qui doit être développé), il serait dommage qu’on ne profite pas de cette occasion unique et majeure qu’est la conférence de Paris sur les changements climatiques (COP 21) en novembre 2015 pour mieux faire connaître et promouvoir la recherche française dans le domaine du climat. Certaines ambassades (Dublin notamment) ont fait un effort en ce sens en consacrant un page internet à ce thème ; Campus France propose en ligne un document sur la recherche climatique en France, certes utile aux spécialistes ; mais le moins qu’on puisse dire est que les informations sur la recherche climatique en France sont dispersées, peu homogènes, peu attractives pour le grand public et qu’elles font peu pour la promotion de la recherche française en dehors d’un cercle étroit et informé de spécialistes. Un cercle facilement dérouté, car, défaut exacerbé en France, l’enchevêtrement des structures de recherche et des collaborations rend l’ensemble vraiment peu lisible. Citons, et je suis sûr d’en oublier : le CEA, acteur majeur, d’où est issu le glaciologue et climatologue Jean Jouzel, centre d’excellence mondial pour la recherche historique sur le climat, depuis la paléoclimatologie jusqu’aux glaciations récentes (les « archives du climat »), l’étude des événements climatiques soudains, la mesure du CO2 et autres traceurs géochimiques et climatiques (qui fait partie de son cœur de métier), les interactions entre la composition de l’atmosphère, les échanges avec la surface terrestre et les activités humaines, etc. ; L’Institut Pierre Simon-Laplace et ses calculateurs géants, en pointe sur la modélisation du climat et de la mesure des gaz à effets de serre, l’ Institut des Sciences de l’Univers du CNRS (INSU), l’IRD (institut de recherche sur le développement) qui suit particulièrement les effets du changement climatiques sur les pays en voies de développement, le Centre National de Recherche Météorologique (CNRM, partagé entre Meteo France et le CNRS), qui participe très activement depuis le début aux travaux du GIEC....
 
De Charcot à Jouzel, une belle histoire
 
Oui, il serait quand même intéressant que la COP 21 soit l’occasion de montrer  un visage plus clair et unifié d’une recherche climatique française, très active et de valeur, d’ailleurs reconnue entre autres récompenses par le Prix Nobel de Jean Jouzel. Une recherche climatique française  qui a su attirer des personnalités étrangères de premier plan, comme Robert Kandel, diplômé de Harvard, spécialiste mondial du bilan radiatif et des aérosols, qui a fait toute sa carrière en France. Ce pourrait être l’occasion aussi, de raconter une vraie histoire scientifique française, une histoire qui part de l’exploration et de la  recherche arctique et antarctique, des missions polaires de l’extraordinaire Jean-Baptiste Charcot (1867-1936), des odyssées de ses Pourquoi pas, et de sa mort héroïque. Une histoire qui passe par Paul-Emile Victor, puis par  Claude Lorius, prédécesseur de Jouzel, par les premières campagnes de prélèvement des carottes de glace arctique et de l’analyse de la composition des bulles d’air qu’elles contiennent (projet Vostock 1984-1991). Cette exploitation des extraordinaires « archives climatiques arctiques » ont montré sans ambiguïté le lien entre évolution climatique et taux de gaz à effets de serre sur des périodes allant de 15000 à 800000 ans, point de départ de la prise de conscience du réchauffement climatique et de son origine anthropique, puis des travaux du GIEC.  C’est une belle histoire qui continue, et que la France, qui y a joué un rôle majeur, devrait mieux faire connaître à l’occasion de la COP 21.
 

 

lundi 30 mars 2015

Une diplomatie scientifique pour la France


Il s’agit d’un rapport écrit en 2013 pour un ministre des affaires étrangères  plutôt actif et qui se soucie de renouveler et étendre l’action de son ministère ; bravo, et l’on est flatté que le quai d’Orsay réalise qu’il y a autre chose à promouvoir en France que le tourisme et la gastronomie, ou  même, la littérature. Le rapport dégage trois missions principales : soutenir la place de nos chercheurs et de nos entreprises dans la compétition internationale, associer plus étroitement le monde scientifique aux enjeux de politique étrangère, intéresser les chercheurs aux enjeux de développement, par la formation et la valorisation des capacités scientifiques des pays du Sud. Résumé et remarques :
Le rapport signale tout d’abord la place de la recherche française (5ème  au monde en 2009 en termes de dépenses (42,7 milliards d’euros, soit 2,26% du PIB – NB l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la Connaissance et de l’Innovation prévoyait 3% minimum) et 6e en termes de publications, mais avec seulement 4.1% des publications mondiales ; et également la « percée» des brics (Brésil, Inde, Russie, Chine) et des Civets ( Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie)
Remarque : Complètement à rebours des préoccupations sur la valorisation de la recherche, le rapport ne cite pas une fois, pas une seule fois, le mot brevet, et ne donne aucune indication sur la position de la France et le contexte international. Pourtant, pour qui consulte les bases de brevet, depuis que la Chine est rentrée dans le système international… c’est une explosion de brevets chinois, aux standards internationaux, qui indique une stratégie impressionnante.
Action des pouvoirs publics : « Alors que la croissance économique des États se fonde de plus en plus sur la construction de sociétés de la connaissance, l'appui des pouvoirs publics à l'internationalisation de la recherche française et au renforcement de l'attractivité du territoire et des institutions de recherche nationaux auprès des chercheurs étrangers est crucial. En liaison directe avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), le ministère des Affaires étrangères (MAE) participe, par la mobilisation de son réseau, au déploiement à l’international de la Stratégie nationale de recherche et d’innovation (SNRI) tant dans ses priorités thématiques (santé et biotechnologies, urgence environnementale et écotechnologies, sciences et technologies de l’information et de la communication (STIC) et nanotechnologies) que géographiques (BRIC, Japon, Corée du Sud) ». Pour cela, le ministère s’appuie sur les services scientifiques des ambassades, notamment : 255 personnels expatriés (conseillers, attachés, scientifiques, volontaires internationaux), et 27 instituts français de recherche en sciences humaines et sociales regroupant 146 chercheurs.
Remarque : Santé biotechnologie, environnement, STIC, physique théorique et nucléaire (le rapport cite brièvement le CEN et ITER ) ??? Oui, mais le seul encart du rapport et la plus grande partie du texte concerne… la recherche archéologique. Instrument important certes, prestigieux, historique pour le rayonnement culturel de la France - le rapport mentionne qu’elle sert aussi  « au maintien des relations entre États quand la diplomatie traditionnelle trouve ses limites », et cite expressément la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), seule institution archéologique internationale permanente dans ce pays. La diplomatie scientifique archéologique est un point fort de la diplomatie et de l’influence française, et compte-tenu des menaces islamistes sur un patrimoine, non seulement des pays concernés, mais de toute l’humanité, il doit être évidemment maintenu et cultivé. Mais on souhaiterait que le Ministère s’intéresse au moins autant aux secteurs scientifiques d’avenir…
Le rapport insiste justement sur l’établissement de liens avec l' étranger. « La mise en place d’un titre de séjour scientifique rénové en 2008, délivré sur la foi d’une convention d’accueil signée par l’établissement ou l’organisme de recherche de destination, a visé à simplifier l’accueil de chercheurs étrangers en France. Au total, plus de 48 000 chercheurs étrangers sont annuellement employés en France, dont environ 25 000 doctorants. »

Remarque : oui, mais. Pour les post doc, ils ont en général choisi leur laboratoire d’accueil sur un thème assez précis, ils savent (à peu près) où ils vont, pas de problèmes, sinon des tracas administratifs parfois trop lourds et à simplifier. Mais avant ? L’accueil des étudiants étrangers est assez souvent catastrophique, et il faudrait vraiment veiller à ce que seules les équipes et formations qui les encadrent et les suivent correctement soient habilités à en recevoir. C’est l’image de la France qui est en cause lorsqu’on expédie telle étudiante chinoise (du sud) à Nancy en plein hiver, dans une formation littéraire alors que sa connaissance de la langue française est plutôt rudimentaire, et sans aucun guide dans le maquis universitaire local. Ou lorsque dans certaines écoles (de commerce notamment), les étudiants (les Chinois là encore font de bonnes victimes…) peuvent acheter leurs diplômes. Le Ministère des Affaires étrangères et celui de l’Enseignement supérieur doivent travailler ensemble pour que les étudiants étrangers soient traités dignement. Et l’obligation de suivi pourra éviter ce qui est parfois mis en cause, des étudiants fantômes qui ne cherchent en réalité qu’une filière d’immigration.

Renforcer la lisibilité de la recherche française à l’étranger : « la prépondérance des organismes de recherche dans la recherche publique française constitue une spécificité qu’il convient d’expliquer à nos partenaires…Par ailleurs, les organismes de recherche français (CNRS, IRD, Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), École française d’Extrême-Orient (EFEO), etc.) disposent de nombreux bureaux de représentation à l’étranger qui ne sont pas mutualisés et donnent une image fragmentée de notre dispositif, malgré le travail de coordination entrepris par nos postes. La mise en place de plateformes communes, voire d’un point d’entrée et d’orientation unifié, pourrait être étudiée. Les actions de communication des services scientifiques des ambassades méritent par ailleurs d’être renforcées et encouragées.

Remarque : Oui, et ce n’est rien à  côté des Classes préparatoires et des Grandes Ecoles, scientifiques ou littéraires, qui n’ont que peu d’équivalents à l’étranger et dont la particularité peut être difficile à expliquer… et mérite pourtant de l’être. Or la formation pluridisciplinaire et de haut niveau théorique des « ingénieurs à la française » suscite, lorsqu’elle est connue, un réel intérêt dans bien des pays qui ne considèrent pas forcément le système américain comme un modèle universel et efficace (Chine, Inde, Russie, Amérique Latine, Pays Arabes…)

Il faut ici signaler l’action remarquable de l’ancien proviseur de Louis Le Grand, M. Joël Vallat, et de quelques-uns de ses collègues qui depuis plus de quinze ans organisent des examens en Inde, en Chine, au Maghreb pour recruter des étudiants au niveau des classes préparatoires – Louis Le Grand accueillait 150 étudiants étrangers sur 900 et était renommé pour sa « classe orientale ». Volontaire et optimiste, M. Vallat considérait que « nous sommes trop autocritiques sur la lisibilité du système français ! Nous avons tous les atouts pour attirer les étudiants étrangers. Il faut prendre le temps d’expliquer notre système et surtout apprendre à le vendre ». Il serait souhaitable que de telles initiatives soient continuées, soutenues, encouragées ; ce peut être un atout formidable pour la France.


« Assurer la promotion de l’image d’excellence scientifique et technologique de notre pays,  contribuer à son attractivité auprès des chercheurs étrangers ; Renforcer l'image scientifique et technologique de la France auprès du grand public, grâce à la diffusion de la culture scientifique et technique : les moyens dédiés à la diffusion de la culture scientifique et technique se voient considérablement renforcés à la faveur de la dévolution à l'Institut français de cette mission (création de nouveaux instruments : appel à projets, plans d'aide à la publication et à la traduction d'ouvrages français de vulgarisation scientifique, programme d'invitation à l'étranger de grands chercheurs français) »

Remarque : oui, mais le rapport ne dit rien de l’histoire scientifique de la France, un atout formidable. En 1816, rendant visite à Laplace, Berthollet et les savants français groupés autour d’eux, la physicienne anglaise Mary Sommerville constatait : « j’avais un peu de mal à suivre la conversation générale, mais lorsqu’on parlait de science, c’était beaucoup plus facile, car tous mes livres de science étaient en français ». Tout le monde connait les grands poètes, écrivains, artistes français, mais peu connaissent les grands scientifiques français, pourtant nombreux. J’ai été très heureux que grâce à un conseiller culturel dynamique,  mon ouvrage Histoire des grands scientifiques français ait été traduit en tchèque et fasse ainsi mieux connaître Paré, Viète, Descartes (l’œuvre scientifique), Fermat, Laplace, Cuvier, Arago, Cauchy, Ampère, Poincaré etc. Un exemple à suivre ? D'autre part, les ressources muséographiques scientifiques sont aussi importantes.