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dimanche 4 juillet 2021

Etrange et inquiétante justice, pour rester poli

 Un procès à Valence et un procureur qui défend les inculpés

Trente-quatre militants de Greenpeace ont comparu le mardi 29 juin 2021 devant le tribunal de Valence pour s'être introduits (intrusion illégale, notamment en découpant un grillage) en février 2020, sur le site de la centrale nucléaire du Tricastin, afin de réclamer sa fermeture.

Si les dépositions des témoins et les arguments des avocats de la défense fuirent sans surprises, ce ne fut pas le cas des réquisitions du procureur Michel Coste…qui prit carrément le parti des militants de Greenpeace avec des argument qu’eux-mêmes n’auraient pas osé utiliser.

Verbatim :

Témoin : Yves Marignac, Negawatt :  « l’ ASN rappelle régulièrement qu'une catastrophe nucléaire est possible sur chacune des installations nucléaires en France…."la démonstration de sûreté de la centrale nucléaire de Tricastin a été initialement projetée sur 40 ans. Le dépassement n'a pas été ni étudié ni évalué au départ »

Commentaire : C’est faux. L’ASN fait son métier d’agence indépendante pour que justement un accident nucléaire n’arrive pas.  Et quant au mensonge inlassablement répété des 40 ans, répétons inlassablement avec l‘ASN : « la France n'a pas prévu, dans sa législation, de limitation de la durée de vie des centrales nucléaires, comme cela peut être le cas parfois à l'étranger. Une fois que l'exploitant est autorisé à fonctionner, il n'y a pas de limite mais une obligation d'examen de sûreté tous les dix ans. »

Procureur: « Les méthodes de Greenpeacef n'ont jamais été violentes et n'ont jamais fait de victime. Par contre, il y a eu une victime de leur côté à la suite de l'attentat sur le Rainbow Warrior organisé par l'Etat français »

Commentaire : Quel est le rapport avec EDF ?  les méthodes de Greenpeace sont illégales et dangereuses. Elles mettent en péril les salariés des centres nucléaires et les militants de Greenpeace eux-mêmes le jour où ils seront confrontés à la réponse normale de la sécurité des CNPE.

Par ailleurs cette observation du Procureur tombe mal, juste après (16 juin) l’intrusion d’un ULM de Greenpeace dans le stade de Munich, juste avant  le match France Allemagne. Le pilote de l’ULM en a perdu le contrôle et a blessé plusieurs personnes dont une au moins a dû être hospitalisée. C’aurait pu être encore plus grave si l‘ULM s’était écrasé dans les tribunes, et, par ailleurs, il a failli être abattu par la police. Il est peut-être temps de siffler la fin de la récréation pour ce type d’action de Greenpeace.

Et rappelons que Greenpeace s’est vu retirer son statut d’organisme de bienfaisance par le gouvernement canadien en raison de son action pour obtenir la fermeture de certaines industries. Et qu’en Nouvelle-Zélande ( le pays du Rainbow warrior…), Greenpeace s’est longtemps fait contester le statut d’organisation charitable…

Procureur : » n'oublions pas que l’image d’EDF est écornée aussi par des échecs retentissants", a affirmé le représentant du parquet dans une allusion au projet d'EPR à Flamanville.

Commentaire : Quelle compétence du procureur sur ce sujet ? Quant à l’échec de l’EPR, on en reparlera dans vingt ans.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/01/un-nucleaire-nouveau-est-necessaire.htm

Procureur : «  3 accidents nucléaires majeurs ont rythmé l'histoire mondiale du nucléaire. C'est à la suite d'un de ces accidents qu'a été  créée la @CRIIRAD pour démêler le vrai du faux sur le nucléaire »

Commentaire : La CRIIRAD fondée par l’inénarrable Michèle Rivasi a depuis longtemps perdu toute crédibilité… et singulièrement depuis Tchernobyl et son nuage, et ses attaques indignes contre le PR Pellerin et le SCPRI

Sur la mortalité des différentes énergies, une information pour le proc…

Procureur: "Les sites nucléaires représentent un danger car il y a des matières dangereuses et ça se barrage hydroélectrique ça ne se surveille pas"surveille. Un

Commentaire : Oh, ben si que ça surveille et heureusement. Par exemple, c’est bardé de jauges de contraintes suivies en permanence pour voir que ça bouge pas trop. Parce que on rappelle : Morvi ; 15.000 morts ; Banquiao : 170.000 morts ; en France, Malpasset, 423 morts)

Nucléaire, démocratie et transparence

Et en ce qui concerne ces autres tartes à la crème de grenpeace, une remaquable tribune d'Alexis Quentin ( CFE-CGC) dans Marianne :

"le nucléaire est bel et bien un domaine sujet à la plus grande transparence. Votée en 2006, la loi Transparence et Sûreté Nucléaire précise que « toute personne a le droit d'être informée sur les risques liés aux activités nucléaires et leur impact sur la santé et la sécurité des personnes, ainsi que sur l'environnement et sur les rejets d'effluents des installations...Quelle autre industrie en fait autant ?"

"En 1981, quelques mois après l’élection de François Mitterrand, a eu lieu à l’Assemblée Nationale un débat, dont la lecture du compte-rendu est passionnante. Durant deux jours, il n’a été question que de politique énergétique, et principalement de la politique nucléaire qui serait mise en place durant ce septennat....Dix ans plus tard était votée la loi Bataille sur la gestion des déchets nucléaire, aussi un modèle démocratique. Après cette loi ont eu lieu 20 ans de travaux scientifiques, d’auditions devant une commission nationale d’évaluation et devant l’OPECST, l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Techniques, plusieurs débats publics"

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/rejeter-le-nucleaire-pour-de-mauvaises-raisons-nest-pas-raisonnable

Bon bref, la justice, en l’occurrence le Procureur Michel Coste déconne à plein tubes..

Et ce n’est pas tout, la même semaine on a été gâté.

Quand le Conseil d’Etat veut résoudre le problème climatique

1er juillet 2021 : Saisi par la commune de Grande-Synthe, qui s'estime menacée par la montée du niveau de la mer, le Conseil d’Etat a relevé que les trajectoires actuelles de la France ne lui permettent pas de respecter ses engagements dans le cadre de l'accord de Paris et ordonne donc au Premier ministre de prendre toutes mesures utiles permettant d'infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre (...) afin d'assurer sa compatibilité avec les objectifs" de la France d'ici le 31 mars 2022, délai qui expirera donc en pleine campagne présidentielle »

Ben voyons, mes dignes ??? magistrats, il y a qu’à faut qu’on hein. Ce sont des objectifs totalement délirants dont aucun scientifique ou ingénieur n’a la moindre idée de la façon de les tenir, mais, bon, pas de problème, les magistrats savent…

Quand même une petite idée qui peut aider, on remet en route Fessenheim (bon, c’est pas trop possible, mais après tout pas plus impossible que le reste). Mais surtout on prolonge toutes les centrales existantes (donc on envoie balader la PPE) et on met illico presto en route 6 EPR…pour commencer.

Le tribunal administratif de Lyon plus compétent que l’ANSES sur le glyphosate

https://www.leprogres.fr/environnement/2021/06/30/glyphosate-la-justice-confirme-l-interdiction-du-roundup-pro-360

 En 2019, le tribunal administratif de Lyon avait annulé l’autorisation de mise sur le marché émise en mars 2017 par l’Anses (l‘Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, organisme chargé de distribuer les autorisations de mise sur le marché en France). Les juges estimaient que l‘herbicide devait « être considéré comme une substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé » et mettaient en cause l‘Anses, estimant qu’elle avait « commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution » en autorisant ce produit.

En rejetant l’appel de Bayer et de l’Anses ce 29 juin, la cour administrative d’appel confirme l’argumentation du tribunal. Considérant que le risque d’atteinte à l’environnement et de nuisance à la santé était connu à l’époque, il estime que l’Anses n’a pas évalué ce risque avant l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 et que sa décision a été prise « en méconnaissance du principe de précaution »

Toutes les agences sanitaires du monde entier considèrent que malgré près de 40 ans d’utilisations et des centaines d’études, il n’y a aucune preuve de danger cancérogène ou sanitaire du glyphosate, une seule agence le qualifie de cancérogène probable dans une classification assez baroque, au même titre que la viande rouge ou le manque de sommeil, mais les dignes ??? magistrats se permettent de retoquer l’ANSES et d’affirmer que le principe de précaution impose son retrait

Eh bien, je dirais que le principe de précaution impose de ne surtout pas avoir affaire à la justice française. Depuis Outreau, c’est peu dire que je ne lui accorde aucune confiance, 


samedi 4 janvier 2020

Abondance et densité : les clés pour discuter énergie et transition

C’est sous ce titre que Greg De Temmerman publie un article très intéressant sur Collaborative People : https://www.collaborativepeople.fr/single-post/2020/01/02/Abondance-et-densit%C3%A9-les-cl%C3%A9s-pour-discuter-%C3%A9nergie-et-transition?fbclid=IwAR0X5S6ah8-dHlXV6SDnPFZhq13iCnXC8s4_LLiJHny2cXOcQBz6YBccw1M&fbclid=IwAR0X5S6ah8-dHlXV6SDnPFZhq13iCnXC8s4_LLiJHny2cXOcQBz6YBccw1M&__twitter_impression=true

C’est un refrain de ce blog que rien de sensé ne peut être fait dans la domaine de la politique énergétique sans une bonne notion des réalités physiques sous-jacentes, et que la physique, c’est d’abord la science des ordres de grandeur. Et que nul (et surtout pas Elisabeth Borne) ne peut s’exprimer valablement sur la transition énergétique sans une bonne appréhension de ces ordres de grandeur.

Greg De Temmerman introduit ainsi deux notions essentielles, le TRE (Taux de Retour en Energie) ou EROI (Energy Return on Investment) et la Densité d’Energie (énergie surfacique, Power Density)

Extraits 1) : urgence du problème du défi climatique et de l’épuisement des énergies fossiles.

« En un peu plus de 150 ans, l’humanité a brûlé de telles quantités de combustibles fossiles (environ 1500 milliards de barils de pétrole, auquel il faut ajouter le charbon et le gaz)  qu’elle se retrouve face à un système climatique qui s’emballe. Alors qu’un réchauffement global de 1 degré est déjà effectif en 2019, les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés d’ici la fin du siècle. Pour se faire, il ne faudra rien de moins qu’une révolution dans notre infrastructure énergétique qui est basée pour 80% sur les combustibles fossiles. Ceci implique d’ici 2050 de diminuer les émissions de CO2 d’un facteur 4 au moins. Outre le fait qu’une transition énergétique de cette ampleur risque de prendre beaucoup plus de temps que ce qui est souvent annoncé, la question de savoir comment remplacer notre dépendance aux combustibles fossiles est également un sujet portant à controverse…Plus généralement, la transition énergétique pose la question de l’abondance énergétique, sur laquelle l’économie moderne est fondée, de l’emprise de notre infrastructure sur notre environnement et de la possibilité matérielle de décarboner massivement….La question des ressources est un point clé lorsqu’on parle d’énergie avec notamment la notion de pic de production, qui pour le pétrole conventionnel a été atteint en 2008

Extrait 2) Une  abondance en baisse,  l’intérêt du TRE (EROI)


« Cependant, s’il est certain qu’il reste d’énormes ressources dans le sous-sol terrestre, celles-ci ne sont intéressantes d’un point de vue énergie que si leur extraction ne demande pas plus d’énergie que les sources extraites en produisent. C’est pour évaluer cela que le concept de Taux de Retour Énergétique (TRE, EROI en anglais) fut proposé par Hall et Cleveland en 1981. Le TRE est le rapport entre l’énergie effectivement apportée à la société et l’énergie investie pour récupérer cette énergie. Le TRE définit le surplus d’énergie apporté par une activité d’extraction ou de production. Tout moyen de production d’énergie nécessite d’abord d’utiliser de l’énergie. On peut penser à l’extraction de pétrole qui nécessite des pipelines, des machines, des routes etc. Un TRE de 1,1 permet d’extraire un baril de pétrole et… c’est tout. Un TRE de 3 est nécessaire pour pouvoir le transporter, le raffiner et l’utiliser pour un moyen de transport. Plus le TRE est élevé et plus il sera possible de développer et maintenir une société complexe avec des infrastructures, un système médical, des activités culturelles et artistiques..

Or le TRE pour les énergies fossiles est en décroissance constante. Au début du 20ème siècle, le TRE des puits de pétrole américains était d'environ 100. Il est d’environ 10 aujourd’hui. Au niveau mondial il est aujourd’hui estimé entre 10 et 20. Cette baisse est assez facile à comprendre. On commence à extraire les ressources les plus faciles en premier !...

 Qu’en est-il du TRE des alternatives potentielles aux énergies fossiles ? Les calculs de TRE sont loin d’être faciles, en partie car trouver des données fiables est en soi difficile et car les hypothèses prises par différents auteurs peuvent largement différer. Les valeurs trouvées dans la littérature peuvent donc varier assez largement. Weissbach et ses collègues ont étudié de façon systématique les TRE de différentes méthodes de production d’électricité : 75 pour le nucléaire (réacteur à eau pressurisée), 30 pour le charbon, 4 à 16 pour l’éolien et 1,6 - 4 pour le photovoltaïque (PV). Pour ces 2 derniers, le chiffre le plus bas prend en compte le besoin de stockage associé à des sources intermittentes. On voit donc aisément que, nucléaire mis à part, les « nouvelles » EnRi ont des TRE relativement bas… On estime qu’un TRE de 7-12 est nécessaire pour soutenir notre société complexe qui est également peu rationnelle dans son utilisation de l’énergie.

 Extraits 3 )Une densité de puissance en forte baisse 


On parle souvent de densité énergétique pour quantifier la quantité d’énergie dans une unité de masse ou de volume d’une ressource donnée : un charbon de bonne qualité a une densité de 24MJ/kg (mégajoule par kilogramme) quand un pétrole raffiné sera plus proche des 40MJ/kg. Si ces valeurs sont pratiques pour comparer des sources d’énergie différentes ou pour donner des ordres de grandeur, il est difficile de les mettre en relation avec les besoins en termes de consommation…

Vaclav Smil a proposé en 1991, et ensuite dédié un ouvrage entier au sujet, le concept de densité de puissance : la puissance produite (ou consommée) divisée par la surface requise pour l’infrastructure de production (ou consommation). L’estimation de ce paramètre requiert de prendre en compte tous les facteurs associés à l’extraction d’une ressource comme la taille de la mine, des installations sur le site, des accès etc, et n’est donc pas trivial. Si on regarde les densités de puissance pour les méthodes de génération d’électricité on trouve de l’ordre de 200-2000W/m² pour les centrales à gaz ou nucléaires ; de 1 à 10 W/m² pour le PV et autour de 1W/m² pour l’éolien !

A titre de comparaison, côté consommation, la ville de Paris présente en 2009 une densité de puissance d’environ 45W/m²,  qui correspond à la consommation énergétique divisée par la superficie de la ville. Celle de l’ensemble de la région Ile-de-France est d’environ 1W/m², et pour l’agglomération lyonnaise , on trouve une valeur de 7W/m². Le rapport entre les densités de puissance de consommation et de production donne une idée de la surface nécessaire pour fournir l’énergie requise. En d’autres termes, pour subvenir aux besoins de Paris avec des panneaux solaires, il faut couvrir une surface entre 4,5 et 45 fois plus grande que celle de la ville elle-même ! Pour l’agglomération lyonnaise, une surface 7 fois plus grande que celle de la région doit être recouverte d’éoliennes pour fournir suffisamment d’énergie ! … On s’aperçoit immédiatement du défi de scénarios 100% EnRi : les surfaces occupées par les infrastructures de production peuvent être aussi grandes (voir beaucoup plus !) que les surfaces à alimenter ! »

Commentaire : Et voilà comment avec de la bonne physique, on peut prendre de bonne décisions (dédié à Elizabeth Borne et son scenario 100% ENR qu’elle a exigé du PDG d’EDF ! )

Bon alors, on les construit, ces EPR ! Vite !


L'énergie nucléaire a une densité d'énergie jusqu'à 4000 W/m2, ce qui est jusqu'à plusieurs milliers de fois plus grande que l'énergie renouvelable (du même coup, l'énergie nucléaire occupera plusieurs milliers de fois moins de superficie)! D'un point de vue physique fondamental, l'énergie nucléaire a un avantage incroyable !
Et pour rappel d’autres information fondamentales déjà présentes sur ce blog :

Coûts comparés
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/pourquoi-lepr-est-tres-rentable-pour.html)
Nucléaire historique :33-40€/MWh
Photovoltaïque : 62-99€/MWh
Eolien : 60-65€/MWh
Eolien marin : 200-220/MWh
EPR:+110€/MWh
Auquel il faut ajouter les subventions publiques : Eh oui, les producteurs « alternatifs »  les oublient souvent !
Nucléaire : 25€/MWh
Eolien: 476 €/MWh
Photovoltaïque :+500 €/MWh

Sur la pertinence du LCOE (Levelized Cost of Energy) :
https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/11/nucleaire-parlons-finances-2-la-grande.html
Les coûts lisses de l'électricité, Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.
(https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-couts-lisses-de-l-electricite-774441.html)

« Les défenseurs du recours aux énergies renouvelables pour produire de l'électricité avancent comme argument leur coût de production du MWh. Mais c'est oublier que l'unité vraiment pertinente n'est pas le MWh produit, mais le MWh livré en un lieu donné à une date donnée

Sur la décarbonation :

Le nucléaire est l’énergie la plus décarbonée. (émission de CO2 : 5,3 à 6 g par kWh pour le nucléaire, 10 g pour l'éolien, 32 g pour le solaire,  charbon : 1050 g,  fioul : 778 g, gaz : 443 g, chiffres Ademe)

mardi 24 décembre 2019

L’Accord de Paris, les émissions de gaz à effet de serre et les trois salopards


Rappel sur l’accord de Paris ;  philosophie et premiers doutes

L'accord de Paris est le premier texte élaboré par l'ensemble des pays de la planète et le premier accord universel sur le climat/réchauffement climatique. Il fait suite aux négociations qui se sont tenues lors de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques (COP21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

La démarche adoptée pour cet accord est fortement empreinte de pragmatisme à l'anglo-saxonne (c'est-à-dire qu'il s'agit d'une déclaration d'intention, sans aucune mesure coercitive) : pas d'amende ni mesure de rétorsion ; le protocole de Kyoto en prévoyait mais cela n’a jamais rien donné. Pour être efficace, l’accord adopté a pris un autre parti, celui de la transparence. Plus qu’un devoir, une obligation à laquelle chaque pays aura à se plier en soumettant régulièrement ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) à des grilles de renseignements et d’analyses communément partagées et compréhensibles par tous.

L'accord prévoit de contenir d'ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible de viser à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C » (article 2), ce qui est plus ambitieux que le projet d'accord initial20 ; ce dernier objectif a été ajouté sous la pression de l'Alliance of Small Island States (AOSIS) (« Alliance des petits états insulaires ») qui regroupe les 44 pays les plus exposés aux effets du changement climatique et qui émettent le moins de gaz à effet de serre, 0,00001 % des émissions globales. L'article 2 fait aussi référence au désinvestissement des énergies fossiles : « Le présent Accord [...] vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, [...] notamment en [...] Rendant les flux financiers compatibles avec un profil d'évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques. ».
L'objectif d'atteindre la neutralité carbone est affirmé à l'article 4 : « les Parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais, (...) et à opérer des réductions rapidement par la suite (...) de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle.

Crédibilité des objectifs : Selon Jean Jouzel, les mesures prises par les États avant la COP21 inscrivent le climat dans une tendance de réchauffement de 3 °C ; l'Accord ne les oblige pas à un changement dans l'immédiat, et des objectifs sévères devraient être fixés avant 2020 pour espérer tenir l'objectif d'un réchauffement limité à 2 °C32. Le PNUE a calculé que « même dans le cas d'une mise en œuvre intégrale des engagements pris à Paris, les émissions prévues d'ici à 2030 entraîneront une hausse des températures mondiales de 2,9 à 3,4 °C d'ici la fin du siècle ».
L'accord permet aux États de conserver leur système agricole inchangé, alors qu'il est nécessaire de le réformer.
La surpopulation et plus généralement les problèmes démographiques ne sont pas abordés ; aucune mesure de limitation des naissances n'a été envisagée.

Pourcentage ou valeur absolue-1 : Les engagements nationaux sur les émissions de gaz à effet de serre (décarbonation

Concernant les émissions de gaz à effet de serre, le cadrage des accords de Paris est le suivant :
Plafonnement mondial des émissions et "neutralité climatique" (art. 4) - En vue d’atteindre l’objectif de température à long terme énoncé à l’article2, les Parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais, étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement …  Les pays développés devraient continuer de montrer la voie en assumant des objectifs de réduction des émissions en chiffres absolus à l’échelle de l’économie, tandis que les pays en développement devraient continuer d’accroître leurs efforts d’atténuation, et sont encouragés à passer progressivement à des objectifs de réduction ou de limitation des émissions à l’échelle de l’économie eu égard aux différentes situations nationales.

La réalité a été, comment dire, quelque peu différente. Les engagements nationaux ont été très variés ;  certains s’engagent à une réduction des émissions en valeur absolue par rapport à une date (1990, par exemple) ou en valeur relative par rapport à un scénario au fil de l'eau, les gaz à effet de serre et les secteurs économiques couverts par l'engagement varient, et l'engagement prend en compte, ou pas, le rôle des puits carbone forestiers.
Certains s’engagent à une réduction des émissions totales, d’autres détaillent des engagements par secteurs ; d’autres mentionnent une date de référence fixe (par rapport à 1990 pour l’Union européenne, par exemple) tandis que beaucoup prennent le scénario « Business as usual » (BAU) comme référence– il s’agit des prévisions d’émissions dans le système actuel, si rien n’est fait.
Enfin, nombre de pays conditionnent leur contribution à une aide financière internationale, dans le cadre d’un « Fonds vert » mondial, qui sera l’objet d’intenses tractations lors de la COP21.

Ainsi, les 28 Etats de l’Union européenne se sont engagés à réduire de 40 % ses émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à 1990, soit la même date que celle évoquée dans le protocole de Kyoto, signé en 1997 et entré en vigueur en 2005. La Russie, la Norvège ou encore la Suisse ont choisi la même date référence.

Les Etats-Unis se sont engagés à une réduction de 26 à 28 % d’ici à 2025… mais par rapport au niveau de 2005. Cette année-là, le pays a connu un pic d’émissions à 5,8 milliards de tonnes d’équivalent CO2 émises (combustion de ressources fossiles inclue), contre 5,2 milliards en 2013 par exemple. Le Canada a proposé le même objectif de réduction d’ici à 2025, lui aussi ayant connu une forte augmentation de ses émissions entre 1990 et 2005.

La Chine, elle, a adopté une stratégie différente en s’engageant à atteindre son pic d’émissions de gaz à effet de serre en 2030, avant de diminuer ensuite. Pékin assure toutefois tenter de réduire son niveau d’émissions de CO2 de 60 à 65 % par point de PIB par rapport à 2005. Cette liaison au PIB est intelligente et signe l’ambition d’une croissance réellement moins carbonée, et non d’une décroissance. Depuis la Chine a arrêté 90 % de ses projets de centrales à charbon.


Valeurs absolues ou pourcentages-2 : L’Europe et les trois salopards : Allemagne, Autriche, Luxembourg

On notera donc que l’Europe, en n’affichant pas des objectifs de réduction des émissions en valeurs absolues contrevient à l’accord de Paris, ou alors ne se considère pas comme un pays développé !!!

On comprend pourquoi en regardant quelques chiffres qui montrent à quel point les trois salopards européens opposés au nucléaire (Allemagne, Autriche, Luxembourg – et quand je dis opposé au nucléaire, c’est pas seulement pour eux, mais ils entendent l’interdire aux autres pays, par exemple le Luxembourg veut contraindre la France à fermer Cattenom et l’Autriche prétend interdire à la Tchéquie d’ouvrir de nouvelles centrales nucléaires cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/politique-energetique-quand-le-reich.html)

Donc il suffit de regarder les chiffres : CO2/tonne/habitant/an (2013, dernière année connue pour tous les pays)

Allemagne : 8.7
Autriche : 7 .4
Luxembourg : 18.5 (de vrais goinfres de CO2 les Luxembourgeois, entre les USA et Oman !)
Pays-Bas : 10.3
Moyenne UE : 9.7
France :  5.7

Donc, avec leur niveau de départ et  ce système de réduction de 40% pour tous les pays européens, l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg pourront continuer ad vitam aeternam ( enfin, tant que durera la Terre) à consommer de fossile et à rejeter de CO2 de 1.5 à 3 fois plus que la France. Et ceci tout en nous donnant des leçons.
Or évidemment, dans la perspective de la lutte contre le dérèglement climatique, c’est la valeur absolue qui compte( et ainsi que le disent les accords : « les pays développés devraient continuer de montrer la voie en assumant des objectifs de réduction des émissions en chiffres absolus à l’échelle de l’économie », tandis que les pays en développement, pour qui le plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre « prendra davantage de temps », s’engagent dans un premier temps à « continuer d’accroître leurs efforts d’atténuation »)

A quoi rime tout cela ? A quoi rime de demander à la France de diminuer de 40% les émissions de gaz à effets de serre (soit le même effort en valeur relative que les autres pays européens, alors qu’elle est déjà largement en-dessous de la moyenne de l’Union Européenne, et à un niveau absolu tel qu’il suffit à se placer sur la trajectoire minimale de réchauffement ?

Ceci a été atteint en 20 ans, de 1970 à 1990, grâce à l’extraordinaire programme qui nous a permis de nous doter d’un parc de 58 réacteurs nucléaires toujours en activité enfin tant que Fessenheim n’est pas stupidement fermé). Grâce à cela, grâce au nucléaire, les émissions de CO2 françaises liées à l’énergie sont inférieures de 59% à la moyenne des pays du G7.

Alors à quoi riment ces engagements européens ? Eh bien, c’est très clair, le Reich allemand et ses supplétifs, engagés dans une energiewende catastrophique écologiquement, climatiquement, économiquement, socialement, veut garder la prédominance en Europe et y parvient par des institutions dévoyées qui assurent la domination allemande. Elles ne dureront plus très longtemps. Parce que c’est un échec total.   

Les accords de Paris, 3 ans plus tard : la honte européenne et allemande

Lors des dernières COP (notamment Madrid 25), l’Europe prétend apparaître comme un modèle, menant une diplomatie climatique agressive, tançant les USA, le Brésil etc. En fait :

- Trois ans plus tard, seulement 58 pays ont adopté des lois et pris des mesures nationales pour réduire leurs rejets de CO2 en 2030 et, parmi eux, seulement 16 ont engagé des actions suffisamment ambitieuses par rapport à ce qu'ils avaient promis, selon une étude publiée le 29 octobre par le «think-tank» américain World Ressources Institute et par deux centres de recherches britanniques (Grantham Research Institute et Centre for Climate Change Economics and Policy) hébergés par la London School of Economics. Pourtant, 157 pays avaient pris des «engagements volontaires.

- Dans la liste des 16 pays qui sont des bons élèves de l'accord de Paris, il n'y a aucun ressortissant de l'Union européenne. Mais 3 pays du Vieux Continent se distinguent: la Norvège, le Monténégro et la Macédoine. Parmi les autres États qui ont engagé des actions, conformes à leurs engagements, les chercheurs citent le Canada, le Costa Rica, l'Indonésie, le Japon, la Malaisie et notamment le Pérou.

- A propos de l'Union européenne qui avait déposé un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre pour les 28 pays membres, au moment de la COP21, les experts soulignent qu'elle a déposé un objectif global, sans spécifier les ambitions pour chaque membre, et que 7 pays n'ont pas fixé d'objectifs nationaux. Ce qui rend «flou» ses engagements.

Passons maintenant aux trois salopards : Allemagne, Autriche,  Luxembourg

Allemagne : Après quatre années de stagnation, les émissions de gaz à effet de serre ont reculé, en Allemagne, de 4,2 % entre 2017 et 2018. Annoncée, mardi 2 avril, par le ministère de l’environnement, cette baisse n’a pas manqué d’être saluée par la ministre elle-même, Svenja Schulze, membre du Parti social-démocrate (SPD) : « Cela montre que des mesures favorables au climat, comme l’efficacité énergétique, la sortie du charbon et les échanges de quotas d’émissions produisent des effets »
Mensonge et propagande grossière : Sur les 38 millions de tonnes de CO2 émises en moins par l’Allemagne en 2018 par rapport à l’année précédente, 15 concernent en particulier les ménages, dont la consommation de fuel a fortement baissé à cause de la douceur des températures et de la sécheresse de l’été 2018, le plus chaud depuis 2003 en Allemagne, provoquant une baisse importante du niveau d’eau des rivières. « Dans de nombreux cas, les cargos n’ont pas pu naviguer sur les rivières, ce qui a entraîné une pénurie de fuel de chauffage et une hausse des prix. De nombreux clients peuvent ainsi avoir reporté l’achat de fuel de chauffage à 2019 ».

En fait, l’Allemagne a officiellement renoncé à  l’objectif qu’elle s’était donnée elle-même d’une baisse de 40% des émissions de GES en 2020 par rapport à 1990 pour ne plus annoncer que 32%. Qu’elle ne tiendra d’ailleurs pas plus ( même le ministère juge cet objectif peu probable. Un peu plus de 40 % de l’électricité produite par l’Allemagne provient des centrales à charbon (ou pire, lignite). Le gouvernement allemand annone maintenant une sortie du charbon en  2038 ! Ils vont se faire dépasser par les Chinois !: « le gouvernement chinois s'est engagé en décembre 2014 à atteindre le pic de ses émissions autour de 2030, mais des experts estiment que ce pic surviendra bien avant cette date. »
Ajoutons que de plus, les consommateurs allemands paient la transition énergétique de leur pays au prix fort : le prix de l’électricité a plus que doublé entre 2000 et 2013 pour les petits consommateurs.

Autriche : Entre 1990 et 2017, l'Autriche est l'un des six pays européens où les émissions de gaz à effet de serre ont continué d’augmenter alors qu'elles ont, en moyenne, baissé de 22% dans l'ensemble de l'Union. Avec environ 50,6 millions d’équiv. t. CO2 en 2018, le total des émissions de gaz à effet de serre (hors ETS) est supérieur d'environ 1,7 million de tonnes à l’objectif intermédiaire annuel de 48,9 millions de tonnes. Le respect des limites sectorielles d'ici 2020 n'est pas réaliste dans le secteur des transports ; il est incertain dans les secteurs de l'agriculture et de la gestion des déchets.
Furieux de l’attitude autrichienne, qui prétend lui interdire d’investir dans le nucléaire, le premier ministre Tchèque Andrej Babis s’est lâché à Madrid lors de la COP 25 : « Sans le nucléaire, ce n’est pas possible pour la République tchèque… Ce matin, à 7 h 45, les Autrichiens ont consommé 23 % d’électricité tchèque, la Slovaquie 30 %. Si nous n’avions pas fourni de l’énergie à l’Autriche, un quart des habitants ne pourraient même pas se faire un café »

Luxembourg ( le goinfre absolu 18.5 tonne CO2/habitant/an). L'UE réduit l'émission de CO2, pas le Luxembourg ont honnêtement titré des journaux luxembourgeois. Le pays a produit 3,7% de dioxyde de carbone supplémentaires entre 2017 et 2018, selon les données d'Eurostat publiées mercredi. Il figure parmi les plus gros émetteurs dans ce domaine au niveau européen. Le gouvernement luxembourgeois a présenté un plan comprenant  des recettes supplémentaires engendrées par une hausse des accises sur le carburant, un effort en faveur  dss transports en commun et l’électrique, Les nouvelles primes à l’électromobilité en vigueur depuis le 1er janvier 2019 soutiennent cette approche volontariste et ciblée, un leadership en matière d’efficacité énergétique des bâtiments, la mise en place d’un standard à consommation d’énergie quasi nulle pour les bâtiments fonctionnels, un "phase out" progressif du mazout et du gaz dans le domaine des bâtiments  (Ah bon, mais comment ils vont se chauffer ; parce que si c’est avec de l’électricité, il ne faudrait qu’elle soit produite à partir du charbon allemand…
Et dans leur plan : la renonciation à la promotion du nucléaire.

Autrement, les goinfres se fichent du monde en ne présentant aucune mesure vraiment efficace.
Xavier Bettel., premier ministre des goinfres Luxembourgeois, à propos du nucléaire :  Chaque pays est libre de choisir son mix énergétique, mais que ce soit financé avec de l’argent du contribuable européen, non, je ne suis pas pour »

Il est temps que cette manière de fonctionner en Europe s’arrête !



lundi 18 novembre 2019

Politique énergétique : un Jour dans le monde, 04 novembre 2019


04 novembre 2019 : consommation de CO2 pour la production d’électricité.

Emission de CO2, en g/kWh, pour la consommation électrique en Europe ce jour:

France: 51
Norvège: 54
Suède: 57
Espagne: 99
Portugal: 108
Belgique: 161
Autriche: 161
Finlande: 197
Italie: 271
Danemark: 316
RU: 361
Allemagne: 367
Irlande: 412
Pays-bas: 540
Pologne:  659

#stats  ( Philippe LACOUR@__phiphou), qui fait régulièrement des points sur le sujet. Les données peuvent être trouvées sur https://transparency.entsoe.eu/

Commentaire : Merci ! . Ca peut surprendre, mais en fait, c’est loin d’être un jour atypique, et même au contraire, un jour assez typique. La France, grâce à son nucléaire, la Suède et la Norvège, grâce à leur hydroélectricité se tirent régulièrement la bourre parmi les champions de l’électricité décarbonée. Bon, l’hydroélectrique, c’est bien, mais c’est limité par nature, alors, pour ceux qui en moins, le nucléaire, c’est très bien aussi !

Le RU a bien progressé, car il est complètement sorti du charbon pour sa production électrique, malgré cela, il est au taquet de ce que l’on peut faire en gaz plus ENR ( et avec une fragilité accrue de son réseau ayant entrainé des black out massifs.) On le sait généralement peu, mais les Pays Bas ont aussi une production fortement carbonée  (gaz et charbon) . Conscients de leur problèmes et de leurs engagements climatiques, RU et Pays-Bas ont décidé de relancer du nucléaire- la Pologne aussi d’ailleurs. Tandis ue l’Allemagne (cf. tous les blogs précédents sur nos cher amis allemands), a déjà dépensé plus de 650 milliards pour ses ENR ( soit allez, plus de 60 EPR) pour un résultat, toujours aussi catastrophique , idem pour le Danemark. Eh oui c’est ce qui arrive quand on ne veut plus de nucléaire.

Si chacun avait le même mix énergétique que la France, nous serions beaucoup plus prêt de remplir nos objectifs climatiques ( il reste quand même à s’occuper des transports et du chauffage ; mais justement, quand on a un bon mix électrique, on peut substituer fuel et essence par de l’électricité, tandis que quand on a un mix électrique pourri ( comme l’Allemagne…eh bien ça ne sert à rien !)

Tiens, pour enfoncer le clou, toujours même provenance, mais cette fois en t.CO2 par habitant, sur les six derniers mois, pour la consommation électrique :

France: 0.35
Suède: 0.6
Danemark: 0.88
Norvège: 0.93
Espagne: 1.18
Belgique: 1.3
RU: 1.4
Autriche: 1.45
Portugal: 1.55
Italie: 1.68
Allemagne: 1.96
Irlande: 2
Finlande: 2.24
Pologne: 2.76
Pays-Bas: 3.09

Yippee, on est encore les champions. Merci aux générations qui nous ont précédé, l’investissement nucléaire aura été une excellente affaire, économique, sociale et écologiue. A continuer !
Bon, on va peut être les exporter, nos EPR….
Tandis  que l’Allemagne…Pendant ce temps

En Allemagne, pendant ce temps ….04/11/2019 L'Allemagne mettra en service une toute nouvelle centrale à charbon en 2020

Le producteur d'énergie Uniper va être en mesure de raccorder au réseau électrique en 2020 sa toute nouvelle centrale au charbon située à Datteln dans le land de Rhénanie du nord-Wesphalie, ont indiqué il y a quelque jours des sources gouvernementales et industrielles, outre-Rhin, selon Reuters.
Ayant coûté 1,5 milliard d'euros, ce site a une capacité de production de 1100 MW. Il peut alimenter en électricité jusqu'à 100.000 foyers. Alors que sa construction a subi des retards, l'usine aurait dû ne jamais entrer en service dans le cadre du plan de l’Allemagne visant à abandonner le charbon comme source d’énergie d’ici à 2038 au plus tard. Uniper, son exploitant, aurait alors dû être indemnisé à hauteur de son colossal investissement sur ce site. NB : la mise en service a pris un certain retard : les murs de la chaudière ont dû être entiérement remplacés par un acier différent car les soudures ne sont pas assez stables.

Datteln 4 (ce monstre, émettra chaque  année 8.4 millions de tonnes de CO2.

Nb : Charbon et lignite représentent  38% de la production d'énergie allemande. Même après l'installation d'installations de filtration dans les années 80, qui éliminent la majeure partie du soufre des gaz d'échappement, les centrales thermiques au charbon continuent d'émettre des quantités pertinentes d' anhydride sulfureux . En plus du dioxyde de soufre, des oxydes d'azote nocifs ainsi que des poussières fines nocives , des métaux lourds et des HAP sont rejetés dans l'environnement. En Allemagne, le secteur de l’énergie a contribué à 71% (6,571 tonnes) des émissions totales de mercure en 2010.


Pendant ce temps, aux USA…

Donald Trump sort de l‘accord de Paris : Donald Trump s’en vante dès qu’il le peut. Il aurait, assure-t-il, sorti les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, un texte qu’il qualifie volontiers de « désastre » et de « tueur d’emplois ». En réalité, l’affaire n’est pas encore conclue. Elle a toutefois fortement progressé lundi 4 novembre. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a en effet annoncé, dans un communiqué, avoir officiellement engagé le retrait de son pays du traité international scellé en 2015, qui vise à contenir la hausse de la température mondiale bien en deçà de 2 0C par rapport à l’ère préindustrielle. Il l’a notifié dans une lettre adressée au secrétariat général des Nations unies, dépositaire du texte – ce que l’ONU a confirmé lundi soir. Mike Pompeo reprend la thèse d’un accord qui aurait imposé « un fardeau économique injuste » aux Etats-Unis – alors que les pays ont fixé librement leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Nous continuerons à proposer un modèle réaliste et pragmatique, étayé par des résultats concrets, montrant que l’innovation et les marchés ouverts conduisent à une plus grande prospérité, à une réduction des émissions [de gaz à effet de serre] et à des sources d’énergie plus sûres », a assuré le secrétaire d’Etat.

Les démocrates contre le nucléaire : Dans le premier pays nucléaire du monde (avec une centaine de réacteurs qui produisent 20 % de l'électricité), la place n'est plus à l'atome, ont par ailleurs estimé Bernie Sanders et Elizabeth Warren, tandis que Joe Biden s'est dit ouvert à de nouvelles technologies. « Ajouter des déchets, cela n'a pas de sens », a estimé le premier, pointant aussi le coût du nouveau nucléaire, tandis que la seconde a dit compter sur les scientifiques pour améliorer les performances du stockage des énergies renouvelables.

A noter que malgré les discours de Trump, la part de l'énergie produite par le charbon et le nucléaire ne cesse de fait de diminuer aux Etats-Unis depuis l'envolée de la production de gaz de schiste, beaucoup moins cher. Quant au nucléaire, les Etats-Unis en sont encore le premier producteur au monde grâce aux investissements consentis dans les années 1960 et 1970 qui font que 99 réacteurs sont actuellement en fonctionnement. Mais la dernière mise en service d'un réacteur neuf remonte à 2016 et seulement deux nouveaux réacteurs sont en construction, en Georgie dans le sud du pays.

L’administration Trump a envisagé la possibilité de forcer les opérateurs des réseaux électriques à acheter de l'énergie à des centrales spécifiques, notamment nucléaires : ."Pour promouvoir la défense nationale et maximiser les approvisionnements en énergie domestique, une action fédérale est nécessaire pour faire cesser ces fermetures", assure le document de l'administration.

On savait déjà qu’en politique étrangère et économique, la politique de Trump n’est que la continuation de la politique d’Obama en un peu plus brutal ( la main de fer sans le velours). On peut maintenant légitimement se demander si, en pratique, la politique climatique des démocrates ne sera pas la continuation de celle de Trump, en pire..

Bon, là-bas, c’est pas nous qu’on vote !

En revanche, en France, on peut exiger une transition écologique basée sur la réalité et la rationalité scientifique et technique, sur la vérité des chiffres et la prise de conscience des ordres de grandeur physiques, sur une information non biaisée, honnête, sans laquelle il n'est pas de démocratie.

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mercredi 16 octobre 2019

PPE et nucléaire : la grande absurdité


Convention Citoyenne climat : le « fâcheux » précédent du grand débat sur la PPE

A l’heure où débute la consultation citoyenne sur la fiscalité énergétique, il n’est pas inutile de rappeler ce qu’avait donné le grand débat sur la PPE (la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie) ; un grand débat de qualité finalement, avec multiples échanges entre experts, citoyens souhaitant s’informer et partie prenantes ;  la plupart des échanges très riches peuvent encore être vus sur le site.

Sauf que le résultat avait été assez rude pour le gouvernement, avec des remarques fortes sur l’incohérence des deux objectifs de décarbonation et de modification du mix (notamment la baisse du nucléaire), une contestation assez généralisée, et une  conclusion logique de tout cela : une offensive forte pour remettre en cause la loi elle-même ainsi que ceux qui l’incarnent ou la pilotent.
Bref une mise en cause directe de la démagogie sans borne de Ségolène Royal et de l’idéologie rétrograde des Verts (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/09/le-debat-public-sur-la-transition.html)

Compte-tenu de ce précédent, il est probable que les participants à la  convention citoyenne seront sérieusement cadrés et chambrés. A eux de ne pas se laisser manipuler dans une opération de justification d’une politique décidée d’avance.
Ils pourront par exemple lire utilement une tribune récente de Michel Negynas sur Contrepoint très éclairante sur les absurdités de la PPE.

Michel Negynas : Énergie : pourquoi arrêter 14 réacteurs nucléaire  d’ici 2035 ?


Extraits : « En écrivant mon dernier billet sur cette folie du programme énergétique français, en particulier le volet électrique, une question toute bête m’est venue à l’esprit : comment diantre a-t-on déterminé le chiffre de 14 réacteurs à arrêter d’ici 2035 ? Alors j’ai cherché, dans les documents publiés tous azimuts par le gouvernement et ses agences, où il pouvait y avoir une justification du calcul. Eh bien il semble qu’il n’y en ait pas. »

« Alors, j’ai essayé de me mettre dans la tête d’un homme ou d’une femme politique qui a une formation standard : juriste ou licence d’histoire, sciences po, puis ENA ou Normale sup lettre. Il ou elle n’a pas le temps de lire des documents techniques, et de toute façon il ou elle a oublié même la physique élémentaire enseignée avant le baccalauréat. Le seul outil scientifique à sa disposition est la règle de trois, et encore il ou elle ne l’applique pas assez. Par ailleurs, à propos de l’électricité, un classique indémodable dans les media et chez la plupart des politiques, est de confondre ou de mélanger des KW, unité de puissance, et des KWh, unité d’énergie. »

« Première méthode : Quelles sont les données de base ? Nous allons augmenter la puissance installée des énergies renouvelables de 30 GW pour l’éolien, soit une équivalence de 7 GW compte tenu du taux de capacité de l’éolien de 25 % car le vent ne souffle pas toujours. Pour le solaire, c’est environ 30 GW également, soit 3 GW en équivalence avec un taux de capacité de 11 %, car le soleil se cache parfois. Cela fait environ 10 GW.On va baisser le nucléaire d’un équivalent de 12 réacteurs après démarrage de l’EPR et fermeture de Fessenheim, soit environ 10 GW. » Génial, ça colle parfaitement ! »

 

« Deuxième méthode : On veut faire passer la part du nucléaire de 75 % à 50 % du mix. Supposons qu’on soit à consommation constante. On baisse de 25 %.

Nous avons 58 réacteurs en service,  nous allons arrêter en arrêter 14. Il en restera 75 % du chiffre initial : moins 25 %. Bon sang ! Cela colle encore parfaitement ! »

« Finalement, je pencherais plutôt pour la première méthode. En effet, on trouve partout, dans les textes, qu’on « arrêtera du nucléaire en fonction de la montée en puissance des ENR… » Lorsqu’on lit les études sur la sécurité d’approvisionnement de RTE, seules études «officielles », on n’est pas vraiment rassurés.
Et la dernière partie de la phrase confirmerait mes craintes : l’arrêt du nucléaire serait juste un problème d’ignorance totale du sujet par les décideurs, considérant qu’un KW délivré de façon aléatoire et intermittente est équivalent à un KW pilotable à la demande. Ou qu’ils confondent KW et KWh.

Un doute m’assaille : dirigerait-on la France vers une catastrophe, juste parce que nos décideurs sont des littéraires post-modernes, considérant dépassé de tenir compte des contingences techniques ? Nous sommes effectivement dans le monde des « éléments de langage » et des « narratifs ». Le narratif : « on arrête le nucléaire au fur et à mesure de l’augmentation des ENR » est simple, compréhensible par tous, donc satisfaisant pour l’esprit. Peu importe qu’il soit une fable.
Réveillez-moi de ce cauchemar. »

Commentaire : rien à ajouter , vraiment rien. Parfaitement expliqué et tout à fait vraisemblable ; et vraiment, de quoi cauchemarder !

Et pour cauchemarder un peu plus, et se rendre encore davantage compte de l’absurdité de la PPE actuelle, on peut se ramener à une tribune précédente du même Michel Negynas, également sur contrepoint :

Michel Negynas : « L’arithmétique est sans pitié pour le programme énergétique français

Extraits ( pour l’article entier, se reporter ci-dessus) :

« Il est programmé de multiplier par trois l’éolien et par cinq le photovoltaïque, soit de passer à environ 90 GW d’énergie intermittente et aléatoire. La loi sur l’énergie et le climat prévoit :
1) la fermeture des centrales au charbon en 2022 ; 2) l’arrêt de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035… »
« Par ailleurs, il est programmé de multiplier par trois l’éolien et par cinq le photovoltaïque, soit de passer à environ 90 GW d’énergie intermittente et aléatoire…

Qu’en est-il à la pointe de consommation, en hiver, avec le programme qui vient d’être voté ?

La situation actuelle de la production française, dont pilotable, est la suivante : nucléaire : 63 GW ;           charbon : 3 GW ; fioul : 3 GW (pour mémoire, plus rien n’est vraiment opérationnel ; gaz : 12 GW ; hydraulique : 25 GW, (mais 15 GW vraiment mobilisables en même temps) ; éolien : 16 GW ; solaire : 9 GW ; bio énergie : 2 GW (bois et méthanisation)
La consommation à la pointe a atteint un record en 2012 à 102 GW. En 2018 elle a été de 96 GW.
Or, il y a des jours sans vent en hiver, et même très souvent. On peut parfaitement le constater sur le site eCO2mix de RTE. Par exemple :
le 11 décembre 2018 : l’éolien était à 486 MW pour 15 000 MW installés
le 27 décembre 2018 : 209 MW
le 20/01 2019 : 693 MW
le 21/02 2019 :  269 MW (cette situation a duré deux jours complets).

Quelle sera la situation en 2022 : la pointe ne changera guère en si peu de temps, prenons la à 95 GW ; la capacité disponible à la pointe sera, en tenant compte de la disponibilité des installations (95 % de taux de marche pour les centrales classiques) de 88 GW.


Donc dès 2022 on ne passe pas les soirs sans vent. C’est d’ailleurs ce qu’a plus ou moins laissé entendre RTE, le Réseau de Transport de l’Électricité, filiale d’EDF. Mais sans trop le dire.
Comment l’État peut-il être aussi irresponsable ? Il semble qu’une des raisons est que la loi oblige RTE dans ses calculs à prendre non pas une sécurité absolue pour l’approvisionnement (c’est-à-dire avoir une capacité mobilisable bêtement égale à une prévision de consommation) mais une approche probabiliste ; pour simplifier, n’être en rupture que dans 10 % des cas… »

Et en 2035 ?

« Comment va-t-on passer a priori l’arrêt de 12 réacteurs supplémentaires après Fessenheim, soit 10 GW ?
Dans 15 ans, on n’aura pas d’EPR supplémentaires, car aucun n’est décidé actuellement, et même si une décision est prise dans quelques années, les délais d’autorisation vont traîner en longueur.
Il n’y aura pas plus de vent et de soleil en hiver
Nos voisins font les mêmes programmes, voire pire (NB et même nettement pire dans le cas de l’Allemagne !), on ne peut compter sur eux

La capacité sera alors de l’ordre de 80 GW. Comment baisser la pointe à cette valeur, sachant qu’on va privilégier le vecteur électricité chaque fois que c’est possible ? » 

Examinons les solutions


« 1)  Installer 10 GW de centrales à gaz power to power (via bio méthane, méthane de synthèse, ou hydrogène) avec stockage associé capable de fournir pendant deux jours. C’est plus ou moins le principe du programme Negawatt (assorti d’une baisse de consommation de moitié !!!). Mais les technologies n’en sont qu’au stade de pilote, et les rendements attendus sont tellement faibles que le coût sera exorbitant avec des impacts environnementaux très négatifs. Et la disponibilité de la ressource (biomasse) est sujette à caution. En aucun cas cela ne pourra être opérationnel dans 15 ans, si même c’est faisable un jour. »
2) Installer en catastrophe 10 GW de centrales à gaz, alimentées en gaz russe ou qatari.
3) Baisser la pointe malgré des besoins en forte croissance : faire de la France un désert industriel. Il est vrai que c’est bien engagé ; utiliser les compteurs Linky pour organiser une pénurie tournante, via des algorithmes de tirage au sort ?  En tant que particuliers, acheter un petit groupe électrogène diesel

Commentaire : Pas mieux pour démontrer l’absurdité de la PPE et de la fermeture de centrales nucléaires en état de marche, une absurdité écologique, sociale, économique, technique, climatique et pour l’indépendance nationale et un gaspillage innommable du patrimoine collectif des Français,

Et le black out annoncé, on s’en rapproche déjà ! Lundi 7 octobre 2019…

« L'incident a été discret et rapidement circonscrit, mais ce lundi 7 octobre le système électrique français a été mis à rude épreuve. Faute de production suffisante, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) qui doit assurer un équilibre permanent entre l'offre et la demande , a dû débrancher en urgence 21 sites de production industriels aux alentours de 21 heures. Créé dans le cadre de la loi NOME de 2011, ce dispositif dit « d'interruptibilité » permet de déconnecter en quelques secondes des usines fortement consommatrices d'électricité, volontaires et rémunérées pour cela, afin d'éviter le risque de « black-out ». Jusqu'ici, le mécanisme n'avait été actionné qu'une seule fois, le 10 janvier dernier, lorsqu'un problème de mesure sur les lignes connectant l'Allemagne et l'Autriche avait mis en risque le réseau électrique européen. Arrêt inopiné d'une turbine à Gravelines En cause cette fois-ci selon RTE : l'arrêt inopiné de la production d'un réacteur d'EDF dans sa centrale de Gravelines. « L'indisponibilité à Gravelines lundi soir a fait chuter la fréquence sur le réseau français à un moment critique car en fin de journée, on observe traditionnellement une baisse de la consommation », explique RTE. Chez EDF, on précise que l'arrêt à Gravelines n'est pas lié à un problème sur l'un de ses réacteurs nucléaires mais sur une turbine qui a été déconnectée du réseau et remise en service à 7 heures mardi matin. « L'unité de production a été déconnectée afin de réaliser une opération de maintenance sur le circuit secondaire, situé en partie non nucléaire de l'installation »

Un seul réacteur nucléaire vous manque, et tout s’éteint ! Les électrointensifs effacés, mais bientôt aussi les particuliers !

Bou Dieu, et ils vont fermer Fessenheim. C’est sûr, on passera pas l’hiver !


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