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jeudi 25 mai 2023

Quelques petits problèmes sur la consultation CNDP Débat Penly

 Certaines voix (et certaines vraiment inattendues) semblent mettre en cause l’attitude des pronucléaires dans  le debat Penly de la CNDP, à propos de la programmation de 6 EPR2. Alors, on refait, non pas le match ( c’est fichu et bien saboté !), mais le point.



1) Les déclarations de Chantal  Jouanno  avant et au début du débat

Le Monde , 18 octobre

« Faut-il blâmer le public qui a constaté que les enseignements du débat de 2005 avaient été ignorés dans la loi du 28 juin 2006 sur la gestion des matières et déchets radioactifs, qui écartait toute autre solution que l’enfouissement en couches géologiques profondes ? Ou ne faudrait-il pas plutôt pointer du doigt les responsables politiques qui sont restés sourds aux enseignements du débat public ? »

« Le débat public de 2005 sur la gestion des déchets radioactifs a démontré que le seul compromis possible pour traiter les déchets radioactifs était de maintenir ouvertes toutes les solutions possibles, et pas uniquement l’enfouissement en couches géologiques

« Le débat public n’est plus une succession de grandes réunions où la parole est séquestrée par les plus forts »

Or, le débat public sur les déchets (PNMGDR)  a été un échec. De multiples réunions ont été profondément perturbées, celle de Lille, la plus centrale,  a dû être annulée . Et les affirmations ci-dessus sont essentiellement fausses

Interview  dans le très antinucléaire Reporterre, 17 janvier 2023

 « En raison de frais financiers plus lourds sur l’investissement nucléaire, les sources renouvelables sont beaucoup plus intéressantes que les EPR. »

Le moins qu’on puisse dire est que ces déclarations pouvaient inquiéter sur l’impartialité de la CNDP et la qualité du débat qu’elle organisait. Les militants du Voix du Nucléaire qui ont alerté sur les réseaux sociaux étaient parfaitement fondés à le faire. Pour ma part, je considère que Mme  Jouanno aurait dû démissionner. 

Et déjà se met en évidence un défaut majeur de la CNDP, sur laquelle elle ne veut rien entendre : la connaissance scientifique n’est qu’une opinion parmi d’autres.

2) Pour la CNDP, seules les organisations militantes antinucléaires sont légitimes ?

Comme organisations militantes, seules les organisations militantes antinucléaires (Negawatt, Greenpeace, Sortir du nucléaire, RAC , Global Chance), étaient invités par la CNPD. Ni Les Voix du Nucléaire, ni Patrimoine nucléaire et climat, ni Sauvons le climat, ni le Cérémé, ni Ecologistes pour le Nucléaire, etc.  n’étaient  invités. Ni d’ailleurs des autorités scientifiques indépendantes comme l’Académie des Sciences et l’Académie des Technologies qui se sont exprimées clairement sur le sujet.

Il a fallu beaucoup insister, mais de manière très officielle et très correcte, pour que les Voix du Nucléaire puissent intervenir, et en  "portion » très  congrue par rapport aux organisations anti nuc. (on doit pouvoir trouver des décomptes)

Ceci pose d'ailleurs un vrai problème :  alors que l'opinion française est majoritairement favorable au nucléaire, n’est-ce pas accorder un poids excessif à un point de vue minoritaire mais très militant, ce qui fausse le débat ?

De façon plus générale, au sein de beaucoup d’instances officielles, cette visibilité, cette surreprésentation accordée à certaines ONG au détriment d’autres ou de partenaires plus institutionnels a  été critiquée par certains syndicats lors de la Commission Schellenberger ( réunion n°30, 25 janvier 2023)

Le caractère déséquilibré  des invités et des interventions au profit d'organisations antinucléaires a pour effet que le débat devient une source  de  fake news ahurissantes comme l'eau de refroidissement des centrales restituée "dans des conditions de dégradation impossibles" qui ne sont pas démenties en direct.

3) Et après la partialité, la malhonnêteté

Lors d’un débat ( 12 janvier 2023) organisé en zoom uniquement (compte-tenu de la dégradation des conditions du débat) sur les conséquences sur le travail et l’emploi, l’intervenant expert  chargé des emplois était M. Quirion présenté comme expert CNRS/CIRAD.  Il a fallu s’y reprendre à trois fois sur le chat ( et être menacé de déconnexion)  en demandant que soit également précisée sa qualité de président du très anti-nucléaire Rassemblement Action Climat. L’organisateur a bien pris la parole pour indiquer que M. Quirion était également président du RAC  (Rassemblement Action Climat)  sans indiquer qu'il s'agissait d'une organisation anti-nucléaire et a précisé qu’il parlait en tant qu’expert CNRS. Vu la divergence de ce qu’il présentait avec d’autres données, on peut en douter…mais rappelons que la CNDP a mordicus refusé tout idée de fact checking, que ce soit en ligne ni  a posteiori.

Rebelotte quelques jours plus tard avec une réunion consacrée au financement. L’organisation  Global Chance, dont l'une des vedettes est l'inénarrable B. Laponche) a été présentée comme experte sur les problèmes de financement sans préciser qu’elle est une organisation militante anti nucléaire revendiquée. Global Chance  a pu aligner ses allégations présentées comme des expertises  sans aucun avertissement (cette fois, les interventions sur le chat n’ont été suivies d’aucun effet).

Est-ce cela que la CNDP juge comme des incorrections ? Nous n’en aurions alors pas vraiment la même définition.

4) Des conditions du débat

A Paris, par exemple, le 8 novembre, il fallait, pour pénétrer dans la salle, franchir un comité d’accueil aimablement composé par les collectifs anti-Bure, anti- Piscine La Hague, Sortir du Nucléaire. Les mêmes ont pénétré dans la salle et exigé un temps de parole au début de la réunion qui leur a été accordé. Lors de la réunion, certains se promenaient dans la salle et plaquaient violemment sur les tables des paquets de tracts. Au moins, la réunion a-t-elle pu se tenir .

Ca ne semble pas beaucoup gêner M Michel Badré qui a déclaré : « Le chahut au cours de réunions, comme lors du débat sur le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR), dont j’ai été membre de la CPDP, ça fait partie du droit de manifester, tant qu’on n’en vient pas aux mains. »

https://www.lagazettedescommunes.com/831161/nucleaire-ou-pas-il-y-a-toujours-plusieurs-reponses-possibles-a-une-question/

Pour le PNGMDR, lors des réunions les plus importantes, aucune présentation n’a pu avoir lieu normalement, aucun partisan du nucléaire n’a pu avoir droit à la parole sans craindre pour sa sécurité.

Cette  conception du débat est assez curieuse et problématique, tout le monde n’est pas à l’aise pour s’exprimer dans ces conditions. Il me semble qu’au contraire les organisations qui se livrent à ces agissements devraient a minima être bannies de débats futurs…

 Est-il utile de mentionner que c’est toujours le même côté ( antinucléaire) qui est en cause, et que je mets quiconque au défi de trouver une réunion de la CNDP qui ait été si peu que ce soit perturbée par des militants pronucléaires, ou a fortiori empêchée ?

5) Le dérapage complet : quand la CNDP sabote son propre débat

Le 18 janvier 2023, le Sénat introduisait un article dans la loi accélération du nucléaire supprimant le plafond de 50% de nucléaire dans le mix électrique. La CNDP réagissait par un communiqué très vif signé de Chantal Jouanno et Michel Badré :

« Une telle mesure, anticipant de quelques mois un débat relevant du projet de loi de programmation énergétique, ne change rien aux délais de réalisation éventuelle d’un programme de relance du nucléaire: les enjeux d’ingénierie, de formation et d’emploi ou de mise en place du financement, sans aucun doute les plus déterminants sur le calendrier de réalisation, ne relèvent en rien de cette anticipation mineure. Elle revient en revanche à considérer comme sans intérêt pour définir la stratégie énergétique les interrogations, les remarques et les propositions faites lors du débat public en cours. »

https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2023-01/230118-CP-PJL-CNDP.pdf

Une telle réaction a été évidemment comprise par tous les groupements antinucléaires comme une légitimation de leurs actions et de leurs méthodes pour s’opposer au débat ou s’en retirer pour ceux qui l’avaient accepté et voyaient, séances après séances, que leurs arguments ne portaient pas.  A signaler que le vice- président EELV de la communauté urbaine de Lyon, M.  Philippe Guelpa-Bonaro, appelait à manifester contre le débat prévu à Lyon le 2 février.  Etrange attitude pour un élu face à un débat public institutionnel, non ?https://twitter.com/FilGB/status/1620707270228348928.

De fait, aucune des réunions programmées ensuite n’a pu se tenir, à commencer par celle de Lille du 26 janvier. A noter l’étrange passivité de Mme Jouanno et M Badré, qui n’ont pas dénoncé ce qui constituait quand même des atteintes aux libertés fondamentales d'information, d'expression et de consultation des citoyens et ont réservé leur ire aux Sénateurs ; ce qui interroge sur leur conception de la démocratie et de l’organisation des  pouvoirs (Auguste Comte, Comte, « pour conseiller, il faut ne pouvoir jamais commander »)

6) Le bilan interdit et pourtant indispensable

Le 27 février 2023, la CNDP clôturait le débat par en quelque sorte, un débat sur le débat, ce qui était plutôt intelligent et aurait pu être utile.

Aurait pu, si1) curieusement, il n’avait pas  été annoncé à tous les participants par vidéo qu’aucune mise en cause de la présidente de la CNDP ne serait toléré (ce qui limitait  quelque peu les débats et si 2)   l’on n’avait pas assisté à un déni de la Présidente Mme  Jouanno , voire à des mensonges caractérisés sur le thème  le débat se déroulait sans problème majeur jusqu’au 24 janvier, après c‘est la responsablité du Sénat s’il a dérapé.

« je le répète, le débat public n’a été ni interrompu, ni suspendu ».

Et ceci : « certaines personnes ont souhaité que le débat soit arrêté. Elles ont argumenté qu’il ne servait à rien, que manifestement le public n’avait pas les compétences pour traiter un sujet aussi technique, que seuls les contestataires s’exprimaient et qu’il aurait fallu utiliser la force pour les évacuer. Il n’a jamais été question d’interrompre le débat. Il n’a jamais été question de laisser la force, quelle qu’elle soit, confisquer le débat. »

Non Madame Jouanno, ce ne sont pas les pronucléaires que vous semblez viser qui ont empêché la poursuite du débat, ce ne sont pas eux qui ont perturbé, puis empêché les réunions, ce ne sont pas eux qui ont employé la force, la violence verbale et parfois physique pour intimider leurs opposants, ce ne sont pas eux qui ont mis fin aux débat ! Et il est regrettable que vous ne vous soyez pas interrogée sur votre propre responsabilité

Il est dommage que non seulement vous ayez été incapable de tenir ce débat sur les six nouveaux réacteurs, mais que vous ayez été aussi en quelque sorte interdit ce débat sur le débat qui aurait pu être utile.

A votre décharge, ce n’était pas facile, et, contrairement à ce que vous avez pu laissez penser, le problème n’est pas spécifique au nucléaire. Il est impossible actuellement de tenir un débat utile et informé sur les nanosciences, sur les OGM, sur le glyphosate, sur la politique de l’eau et les bassines, sur les phytosanitaires et plus généralement la politique agricole.

Il y a fondamentalement un problème d’ignorance de la science, de la démarche scientifique même, de ses méthodes et de ses  résultats, des statuts respectifs de la connaissance scientifique et de l’opinion  ( et la fameuse méthode des controverses du très relativiste Latour  que vous vous vantez d’utiliser est quelque peu problématique). D’interaction aussi entre la science et la société, de vulgarisation des connaissances scientifiques, du rôle et de la formation des journalistes scientifiques, de l’information des décideurs .

 Aller, deux pistes de réflexions

 « Le public ne sait pas ce qu’il lui faut, mais il sait parfaitement ce qu’il veut, et personne ne doit s’aviser de le vouloir pour lui » ( Auguste Comte )

« L’air du temps, en accusant la science de n’être qu’un récit parmi d’autres, l’invite à davantage de modestie. On la prie de bien vouloir gentiment "rentrer dans le rang" en acceptant de se mettre sous la coupe de l’opinion…

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. » (Etienne Klein, le goût du Vrai)



mardi 8 novembre 2022

Consultation CNDP- Penly : Un débat réservé aux ONG anti-nucléaires, les ONG pronucléaires exclues

CNDP Débat Penly 8 novembre à Paris et par vidéo : Avons-nous besoin d'un nouveau programme nucléaire ?

Scénarios de Réseau Transport d’Electricité (RTE) , Scénarios de l’Agence de la transition Ecologique (ADEME) , Scénarios de l’association NégaWatt :

Pour un point sur les scenarios exclus de la discussion par la CNDP et qui permettent de préserver 70 à 80% de nucléaire de base, décarboné, pilotable, économique, 24h/24h, 7 jours/7, par tous temps  

Scenario CEREME

Pour commencer, un petit problème : la sous-estimation par RTE de l’augmentation des besoins électriques au vu des estimations des sociétés savantes et de nos voisins

Le scenario CEREME – Roland Berger 

Il est basé sur  l'hypothèse de la mise en oeuvre d'un programme électronucléaire français permettant d'atteindre 98,6 GW de capacité nucléaire installée en 2050 et reposant sur deux hypothèses fortes :

 - la prolongation du parc nucléaire historique jusqu'à 70 ans ; soit 59 GW, avec une hypothèse de disponibilité de 75 %,

- la construction de 24 nouveaux réacteurs de type EPR 2 d'ici 2050, soit 39,6 GW d’ici à 2050 (avec un taux de disponibilité de 85 %). Ces nouveaux réacteurs seraient construits sur un rythme de deux par an à compter de 2028, « à mettre en relation avec le rythme de mise en service du parc historique, de quatre à six réacteurs par an, dans les années soixante-dix et quatre-vingts »

Ces moyens nucléaires sont complétés par les moyens hydrauliques existants et projetés par RTE dans son rapport Futurs Energétiques 2050 ainsi que par une part plus faible d'EnRi (49,6 GW).

Ce mix fait l'hypothèse de l'arrêt du développement et du non-renouvellement des capacités renouvelables centralisées. En 2050, le parc EnRi est alors constitué principalement de capacités solaires diffuses (48,7 GW) en autoconsommation dont le développement dépend plus marginalement des pouvoirs publics. Les capacités éoliennes sont progressivement retirées du fait de leur vieillissement (durée de vie estimée à 20 ans pour l'éolien offshore, 25 ans pour l'onshore).

Commentaires et précisions

 La dimension du parc à construire dépendra donc du choix qui sera fait pour la DDV du parc existant. Il faudra construire 40 GW, si on retient 80 ans, 45 si on retient 70 ans, 86 si l’on limite à 60 ans. 40 GW représentent la puissance de 24 réacteurs EPR2, 45 GW la puissance de 27 EPR2 et 55 GW (dans une hypothèse de fermeture étalée entre 60 et 70 ans) 30 EPR2.

Dans cette hypothèse et en supposant que le processus d’approbation conduise à la mise en construction du 1er réacteur en 2027 et une durée de construction moyenne de 7 ans, il faudra construire 30 EPR2 en quinze ans, soit deux par an. C’est un enjeu industriel considérable mais bien sûr atteignable. Rappelons que dans les années 80 la France a mis en service 40 GW en dix ans, avec un pic de 6 réacteurs la même année. Cela implique un engagement politique et industriel clairement affiché et comme dans les années 70-80, des contrats de programme qui permettent aux industriels d’investir sur le long terme dans les outils de fabrication et dans la formation.

Il existe un autre critère essentiel pour le dimensionnement du mix de production qui est la puissance mobilisable (GW) à la pointe de consommation. Ce critère très rarement évoqué résulte de ce que l’électricité n’est que marginalement stockable et qu’il faut donc fournir à chaque instant la puissance demandée. Aujourd’hui, la puissance « pilotable » mobilisable à la pointe compte au maximum 57 GW de nucléaire, 15 GW d’hydraulique, 12 GW de gaz, environ 6 GW de charbon, fuel et bio énergie, pas de solaire (éventuellement 1GW d’éolien). Au total, 91 GW qui devraient tomber à 86 si les centrales à charbon et au fuel sont fermées en 2021 comme il est prévu. Rappelons que lors des épisodes de pointe que la France a connus, la puissance demandée a dépassé 90 GW (102GW en février 2012). La conséquence est que, au-delà des 15 GW d’hydraulique qui n’augmenteront que d’un ou deux GW d’ici 2050, ce sont exclusivement le nucléaire de puissance et le gaz (le charbon et le lignite en Allemagne) qui permettront de répondre à la demande de pointe. Le choix est donc simple : plus de nucléaire et moins de gaz ou plus de gaz et moins de nucléaire.

Le développement industriel des nouvelles technologies que sont le stockage de masse, l’hydrogène, les « gaz verts » et même les SMR, reste hautement hypothétique, ou totalement antiéconomique, à l’échéance de 2050, et sans doute encore après, en tout cas pour leur usage dans la production d’électricité. Si l’on suppose que la pointe évolue proportionnellement à la consommation c’est-à-dire d’environ 50% d’ici 2050, il faudra environ 135 GW (90x1,5) de puissance installée et, par conséquent, 120 GW du mix nucléaire plus gaz.

La France bénéficie de la technologie, d’une base industrielle, d’une opinion publique favorable et surtout du plus grand parc homogène en exploitation, il faut donc limiter à son minimum la production d’électricité au gaz, en augmentant la part du nucléaire. Jusqu’aux années 2010, le nucléaire a représenté jusqu’à 80% de la production. Le bénéfice pour les Français a été considérable : prix constamment décroissants, indépendance nationale, bénéfices d’exportation élevés. Le développement de la production au gaz conduira nécessairement à une aggravation de la dépendance énergétique vis-à-vis de l’Algérie, de la Russie et de l’Allemagne, à une aggravation importante de la balance commerciale et plus certainement encore à une augmentation et une instabilité des prix de l’électricité (la situation actuelle le préfigure). Pour réduire notre dépendance stratégique et économique à une source d’énergie exogène et assurer une production d’électricité à un prix stable sur la longue durée, l’intérêt national est de réduire autant que possible la part du gaz et de la limiter, en complément de l’hydraulique, à la modulation de la production.

C’est donc d’un parc nucléaire d’environ 100 GW dont la France aura besoin en 2050. Avec l’hypothèse réaliste d’une disponibilité du parc de 82%, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années, le nucléaire représentera alors 80% du mix de production, revenant ainsi à un niveau historique (100GW x 8760h x 0,82 = 718 320 GWh soit environ 720 TWh = 80% de 900 TWh). Cette hypothèse qui permet de limiter à quelques GW l’augmentation de la puissance au gaz rend totalement inutiles les ruineux investissements dans les énergies renouvelables éoliennes et solaires.

Scenario Terrawater ( Les Voix du nucléaire)

 Il préconise un fort développement du nucléaire (22 EPR2 d’ici 2050) et en même temps un développement massif de l’hydroélectricité, qui est la 1ère source d’énergie renouvelable dans le monde (multiplication par 9 des capacités de STEP),

De plus, le type de capacité hydraulique que ce scénario veut développer massivement, ce sont des STEP  (Station de Transfert d’Energie par Pompage), qui sont le 1er moyen de stockage de l’électricité. TerraWatter préconise de passer de 5.000 MW de STEP actuellement, à 47.000 MW, et ce principalement en modernisant des installations déjà existantes. Cette puissance de STEP permet, à un prix extrêmement compétitif, sans besoin en matériaux précieux et importés, avec une technologie éprouvée, de résoudre le problème de l’intermittence des énergies renouvelables solaire et éoliennes.

 Il est construit sur des technologies éprouvées et maîtrisées aujourd’hui : Les rédacteurs ont choisi d’ôter tout risque sur la capacité de production industrielle et tout doute technologique. Par exemple, il n’est plus question de technologies non encore matures en 2022, comme le stockage de l’électricité via des batteries à grande échelle, le V2G (vehicle to grid)

A la place des principes simples : une faisabilité technique et industrielle déjà éprouvée en 2022, un minimum de complexification du réseau pour plus de robustesse.

Il est basé sur une grande capacité de production : Il préconise une production d’électricité totalement décarbonée et abondante afin de ne pas dépendre des importations, et permettant d’encaisser une augmentation massive de la consommation qu’entrainera l’électrification de l’industrie et des transports.

Scenario Negatep (Sauvons Le Climat)

Compromis entre le souhaitable et le possible, NégaTep conduit progressivement, à l’horizon 2050-2060, à une réduction par un facteur supérieur à 4 des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays, sans imposer de décroissance. Cette décarbonation concerne tous les secteurs de l’activité économique (hors agriculture) et s’accompagne d’un recours massif au vecteur électricité. La production électrique serait très majoritairement nucléaire complétée par une importante contribution de renouvelables et un reliquat de fossiles (gaz) voué à la disparition.

Le scénario Negatep prévoit 725 TWh. Cette forte augmentation de 275 TWh s’explique essentiellement par le rôle prédominant que prend l’électricité dans les transports en remplacement partiel du pétrole. L’énergie issue du nucléaire passe de 400 TWh à 565 TWh (exemple 50 tranches EPR)

Cet accroissement de 275 TWh sur la consommation actuelle, est la conséquence de deux effets de sens contraires : Une stabilisation au niveau actuel, voire une légère baisse, des usages traditionnels de l’électricité,  l’apparition de besoins nouveaux d’électricité soit :

- le développement de l’électricité en direct pour les transports : + 105 TWh

- la production de biocarburants : + 115 TWh

- l’évolution des besoins de chaleur dans les usages fixes + 33 TWh

-  l’évolution des usages spécifiques de l’électricité + 33 TWh La production se répartit entre les sources non émettrices de CO2 pour et celles émettrices de CO2 :

D’où finalement Sources non émettrices de CO2 685 TWh répartis :

- Nucléaire 565 TWh

-  Hydraulique 70 TWh

- Bois et déchets 20 TWh

- Eolien 20 TWh

- Divers renouvelables 10 TWhe.

- Sources émettrices de CO2 : Gaz naturel 40 TWh

Pour répondre à ces besoins de production accrus de 57 % (passage de 437 à 688 TWh), les nouvelles tranches dites de IIIème génération se substitueront aux tranches actuelles, au fur et à mesure des fins de vie de ces dernières.

Les nouvelles tranches EPR de 1650 MW se substitueraient aux tranches actuelles (de 900 à 1450 MW) dont la puissance moyenne est de 1070 MW. Elles sont conçues pour être capables de produire près de 13 TWh par an, mais on peut penser que certaines d’entre elles seraient utilisées en semi-base, pour limiter le nombre de centrales à gaz de secours de l’éolien et répondre au pic de consommation d’hiver. Avec une production moyenne de 11 TWh/an (facteur de charge 76 %), il faudrait environ 64 EPR (soit un nombre proche des 58 tranches existantes, et donc un rythme de construction de 2 EPR par an à partir de 2030.

Quel que soit le niveau final de puissance retenu (simple remplacement à puissance totale identique ou plus comme il sera vu ci après), pour ne pas avoir l’« effet falaise » et retrouver un tythme de construction calé sur celui des années fin 70 (plus de 4 tranches par an certaines années) les arrêts définitifs seront programmés entre 50 et 60 ans. Cela donne un besoin de tranches nouvelles en remplacement à partir de 2027 et une fin de remplacement en 2060, donc étalé sur 33 ans, comme le montre la figure 8.

En 2050, il y aurait encore environ 16 GW de centrales de II° génération en service et Négatep considère qu’il faut aller au delà de la limite des 63 GWe fixée par la loi sur la transition énergétique de 2014, et donc de prévoir comme indiqué figure 7 le développement d’ unités de III° génération, au delà du simple remplacement



Commentaire et comparaison avec Négawatt :

Le scénario Negatep prévoit 50 Mtep de renouvelables (x 3 par rapport à 2000) Les renouvelables couvriraient ainsi 37 % des besoins

Cet écart de 27 Mtep avec Negawatt  dans les prévisions d’appel aux renouvelables, vient essentiellement

- d’une grande différence sur  l’éolien : 140 TWh pour Negawatt  (soit 32%) et 20 TWh pour Negatep (soit 3%)

-  le photovoltaïque : 65 TWh pour Negawatt et qui reste marginal pour Negatep

- la biomasse chaleur : 27 Mtep pour Negawatt et 19 Mtep pour Negatep

-  la biomasse pour les biocarburants : 10 Mtep pour Negawatt et 5 Mtep pour Negatep

Dans le scénario Negatep, les différentes voies retenues peuvent toutes être développées avec les technologies existantes ou sur le point de l’être, à l’exception de la production de biocarburants à partir de produits ligno-cellulosiques.

La situation est différente dans le scénario Negawatt, car on ne sait pas aujourd’hui stocker de grandes quantités d’électricité, condition indispensable à la production de plus de 200 TWh d’électricité intermittente. C’est probablement la raison pour laquelle le scénario Negawatt prévoit, à titre transitoire, une augmentation massive de la production d’électricité à partir de gaz naturel (40 % en 2040). En fait, en l’absence de stockage de l’électricité, la production intermittente pourrait difficilement dépasser 10 %.