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mercredi 9 octobre 2019

Politique énergétique et climatique : nous avons besoin d’un Etat stratège (2) : 8,10, 12 EPR sont nécessaires !


Dans le dernier mois, au moins  trois tribunes libres consacrées à la transition énergétique insistent sur la nécessité d’un Etat Stratège pour répondre aux immenses défis climatiques et énergétiques qui s’annoncent. Le premier, d’Yves Bréchet, était consacré à Astrid (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/politique-energetique-et-climatique.html).
Les deux suivantes  traient de l’utlité, de la nécessité et de la beauté des EPR. Extraits :

L’Etat verra-t-il les bénéfices cachés du nouveau nucléaire français ?
 Michel Gay ( https://www.lemondedelenergie.com/etat-benefices-france-nucleaire-epr/2019/08/21/)

« Les énergies renouvelables fatales et aléatoires ne permettront pas de répondre en permanence au besoin national d’électricité. La France est donc appelée à renouveler progressivement entre 2030 et 2050 son parc actuel de production d’électricité par de nouveaux moyens pilotables de production. Les réacteurs nucléaires de troisième génération EPR pourraient notamment garantir un socle de production d’électricité en 2050 et permettre de s’affranchir des énergies fossiles dès 2060. Mais il faudrait un Etat stratège avec une vision de long terme pour en discerner tous les bénéfices… »….

« Aujourd’hui, deux EPR fonctionnent parfaitement en Chine. La réussite de ces deux chantiers aboutissant à leur mise en service en 2018 et 2019 démontre la viabilité opérationnelle du concept…
Malgré les difficultés des deux premiers chantiers EPR en Finlande et à Flamanville, consécutifs à un réapprentissage après un arrêt de construction de plus de 10 ans, la filière nucléaire (troisième filière industrielle en France avec 220 000 professionnels hautement qualifiés) dispose aujourd’hui d’atouts. Elle risque de les perdre à nouveau si elle cesse de construire des réacteurs. Alors, elle s’approvisionnera à l’étranger (Chine et Russie qui progressent rapidement) ce qui entrainera une perte économique accompagnée d’une perte de souveraineté technologique et énergétique. »

« Le développement du nouveau nucléaire à base d’EPR en France et dans une partie du monde constitue un enjeu majeur pour l’avenir. C’est la possibilité :
•de prolonger les avantages actuels d’un parc électrique offrant à la fois un prix bas et stable, une sécurité de fourniture, et une empreinte carbone faible,
de rester au plus haut niveau de la sûreté nucléaire et de rentabiliser dans la troisième génération les investissements passés,
de maintenir une production pilotable et flexible (la puissance peut varier de 80% en une demi-heure) dont la disponibilité a été en moyenne de 75% de 2010 à 2019,
de développer une importante filière industrielle reconnue mondialement, avec tous les bénéfices qui en résultent sur les emplois, la balance commerciale et les engagements de la COP21 signés à Paris en 2015 (Stratégie nationale bas-carbone). »

Le vrai coût : bénéficier de l’effet de série

« Le coût du nucléaire de troisième génération (EPR) résulte essentiellement des coûts de construction et de financement. En fonction du taux d’actualisation retenu (le coût du prêt), les dépenses de construction représentent entre 50 et 75 % du coût total de production de l’électricité sur la durée d’exploitation de l’installation. Un rapport de la Cour des comptes britannique montre la sensibilité du prix de l’électricité au taux de rendement attendu du projet. Ainsi, le coût du kilowattheure de l’EPR d’Hinkley Point double quand le taux d’actualisation passe de 3 % à 10 % (le taux retenu par EDF pour ce projet est de 9 %). »

Remarque : le coût varie aussi fortement avec la durée d’exploitation du réacteur, qui avait été  largement sous-estimée dans le nucléaire historique….

« Pour bénéficier de l’effet de série, il s’agit de construire les réacteurs par paire sur un même site (moins 15% sur le deuxième réacteur), et à échéance régulière sur des sites différents. Les études et qualifications sont réalisées une seule fois et la commande d’une série de matériels identiques permet aux fournisseurs d’atteindre des gains de productivité, tandis qu’une bonne gestion des échéanciers maintient une charge de travail continue optimisée pour les industriels. Par exemple, EDF estime pouvoir réduire de 20 % le coût de la construction des deux prochains EPR à Sizewell C (Grande-Bretagne) en transposant des éléments du projet Hinkley Point. »

« La « valeur économique » d’un tel projet de nouvelle centrale nucléaire est plus large que celle de la simple « rentabilité ». Elle doit être comparée à d’autres moyens rendant les mêmes services, et non à la rentabilité artificielle subventionnée des éoliennes et du photovoltaïque bénéficiant de mécanismes de soutien (tarifs d’achat) qui garantissent les prix et les volumes de vente. En revanche, le nucléaire n’en bénéficie pas en France, ce qui entraîne une distorsion de la concurrence.

8 EPR en 2040

« Pour continuer à faire bénéficier les Français d’une électricité décarbonée pilotable et bon marché, l’État « stratège » doit prendre en charge une partie du risque en établissant des contrats de long terme de type CFD. Le gouvernement doit aussi structurer un programme de nouveau nucléaire favorisant les baisses de coûts induites par un effet de série.
La construction d’une paire d’EPR sur un même site (espacée de 18 mois) devrait être initiée dès que possible pour une mise en service vers 2030. Ensuite, dans les mêmes conditions, la construction de trois autres paires espacées de 4 ans semble un optimum pour piloter la décarbonation de l’économie et aboutir à 8 réacteurs EPR de 1650 mégawatts en fonctionnement vers 2040. Ils succèderont à une quinzaine de réacteurs actuels de 900 mégawatts qui atteindront alors leur limite de durée de fonctionnement, soit environ 60 ans, et… peut-être davantage.

L’économie de marché a souvent une vision de court terme permettant à des acteurs privés d’avoir un retour sur investissement rapide. C’est donc à l’Etat d’avoir une vision large et lointaine »

L’EPR a un avenir en France et en Europe !

Maxence Cordiez (https://www.lemondedelenergie.com/epr-avenir-france-europe/2019/10/04/), CEA, Affaires Européennes. Extraits :

Nucléaire ou black out ? . Les raisons qui ont conduit au choix du nucléaire en France dans les années 70 sont plus que jamais valables aujourd’hui

« Avec le plan Messmer en 1974, la France a fait le choix d’un bouquet électrique s’appuyant essentiellement sur l’énergie nucléaire, en réponse au premier choc pétrolier qui avait vu les prix du brut quadrupler en moins de six mois.Si ce choix fait aujourd’hui l’objet de critiques, la situation a-t-elle vraiment changé depuis lors et la France peut-elle se passer de nucléaire ? 
Alors que le chantier de construction d’un réacteur EPR à Flamanville accumule les retards et dépassements budgétaires, des voix s’élèvent pour remettre en question l’avenir de l’EPR voire de l’énergie nucléaire, en France et plus largement en Europe.C’est oublier à la fois l’importance stratégique de l’approvisionnement électrique pour nos sociétés modernes, et les contraintes physiques qui président largement au choix des bouquets électriques nationaux. »

«Les besoins en électricité ne se limitent pas aux périodes ensoleillées et ventées, propices à l’électricité solaire et éolienne. En France, la demande électrique est maximale à 19 heures en hiver. L’ensoleillement est alors nul et le vent ne souffle pas nécessairement, surtout pendant les périodes de basse-température correspondant au passage d’un anticyclone froid. »

 Aujourd’hui, tous les pays d’Europe de l’ouest (Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Italie, Espagne…) ferment des centrales pilotables – par opposition aux sources d’énergie variables telles que les panneaux photovoltaïques et éoliennes qui produisent non pas en fonction des besoins, mais suivant l’heure et la météo – sans les remplacer, ni se concerter. Tous ces pays comptent sur leur capacité à importer de l’électricité produite chez leurs voisins lors des pics de consommation. Cette attitude est dangereuse et les gestionnaires des réseaux électriques européens ne cessent d’alerter – en vain – leurs gouvernements quant au risque croissant de coupures d’électricité majeures en Europe. »

« Une étude récente publiée par la Société française d’énergie nucléaire montre qu’en supposant une prolongation de tous les réacteurs du parc actuel (sauf celui de Fessenheim) jusqu’à 60 ans, une chute brutale des capacités nucléaires est à prévoir entre 2040 et 2050, du fait du rythme de construction soutenu dans les années 70-80.
Cette chute doit être anticipée. Maintenir un socle nucléaire de 35 à 40 GW (contre 63 GW aujourd’hui) nécessiterait ainsi de construire de 3 à 4 paires d’EPR par décennie entre 2030 et 2050… »

« Étant donnés l’étendue des besoins en capacités électrogènes pilotables et bas-carbone en Europe, ainsi que les délais extrêmement restreints pour y répondre, l’EPR semble incontournable. Il constitue un élément de réponse face à l’urgence climatique, l’épuisement des ressources fossiles et le besoin de remplacement des centrales en fin de vie. Même s’il reste plus cher que les centrales du parc historique, l’EPR est compétitif face aux alternatives car on ne dispose toujours pas à l’heure actuelle de moyen de stockage d’énergie compétitif à grande échelle. Pour des raisons physiques, notamment les pertes d’énergie intrinsèques au stockage, on peut d’ailleurs douter de jamais en voir émerger. »

« Or, c’est indispensable pour envisager le remplacement des centrales à combustibles fossiles par des éoliennes et panneaux photovoltaïques. Les raisons qui ont conduit au choix du nucléaire en France dans les années 70 sont plus que jamais valables aujourd’hui. » On peut craindre que lorsque les contraintes que nous négligeons aujourd’hui éclateront au grand-jour, la France et l’Europe réaliseront, sans doute un peu tard, qu’une électricité plus chère vaut mieux que pas d’électricité. »

Commentaire : Bis repetita : Compte-tenu de l’ampleur des défis énergétiques , il serait peut-être bon d’avoir un ministre de l’énergie de plein exercice  ? Et d’avoir à nouveau un Etat Stratège dans la meilleure tradition française


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vendredi 4 octobre 2019

Politique énergétique et climatique : nous avons besoin d’un Etat stratège (1) !


Dans le dernier mois, au moins deux tribunes libres consacrées à la transition énergétique insistent sur la nécessité d’un Etat Stratège pour répondre aux immenses défis climatiques et énergétiques qui s’annoncent.

Le premier est consacré à Astrid, et lorsque des gens du calibre d’Yves Bréchet prennent la parole
, et au surplus sur un tel ton, il bon qu’ils soient entendus. ( Yves Bréchet est membre de l’Académie des sciences, ancien  haut-commissaire à l'Énergie atomique de 2012 à 2018, Polytechnicien, Chercheur en physique des solides et également diplomé en Histoire des sciences Diplôme d'études )

Yves Bréchet : L’arrêt du programme ASTRID : une étude de cas de disparition de l’État stratège
Revue Progressisteshttps://revue-progressistes.org/2019/09/22/larret-du-programme-astrid-une-etude-de-cas-de-disparition-de-letat-stratege/ allez voir le texte complet !

Extraits :

« L’électricité joue un rôle fondamental dans nos sociétés depuis un siècle, et donner accès à ses bénéfices est une signature du développement industriel et sociétal d’un pays. Il s’ensuit naturellement qu’elle ne peut être considérée comme une marchandise parmi d’autres, aussi bien parce qu’elle est difficilement stockable que parce qu’elle nécessite des investissements lourds pour la produire, la transporter, la distribuer. C’est pour cela que dans l’après-guerre, la République française a décidé d’en faire une mission régalienne. Cette décision a permis l’électrification du pays, le développement de l’hydroélectricité et, pour répondre à la crise pétrolière des années 1970, le déploiement du programme électronucléaire Français. Grâce à des serviteurs de l’État exemplaires comme Marcel Boiteux, nous avons hérité d’un parc électrogène et d’un réseau de distribution exceptionnel qui de surcroît positionne la France au meilleur niveau de la lutte contre le réchauffement climatique. Une certaine idéologie a voulu sortir de cette dynamique, qui était issue de la nécessité d’un bien commun, et soumettre l’ensemble aux lois du marché selon le dogme que le marché conduit nécessairement à des solutions optimisées. »

« Il faudra un jour faire un bilan de cette injonction doctrinaire mais une caractéristique des idéologies, quelles que soient leurs couleurs, est qu’elles sont rétives à la comparaison aux faits. Le découplage de la production et de la distribution pour cause de concurrence européenne, la nécessité de donner accès au parc hydroélectrique lors même qu’il est indispensable et tout juste suffisant pour stabiliser le réseau électrique mis à mal par la pénétration à marche forcée des énergies intermittentes, et plus récemment le choix ahurissant de se séparer de notre industrie des turbines, dans un pays ou l’énergie électrique est à 90 % nucléaire ou hydraulique, devraient suffire pour démontrer à quel point l’État a cessé d’être un État stratège pour devenir un bouchon flottant au fil de l’eau, » ….
« La récente décision du gouvernement d’arrêter le projet ASTRID de réacteur à neutrons rapides est un cas d’école de démission de l’État, dans une vision court-termiste dont on peut raisonnablement se demander ce qui l’emporte du désintérêt pour l’intérêt commun ou de l’ignorance patente des aspects scientifiques et industriels de la question. »

« Dans le tournant du millénaire, nos prédécesseurs nous ont laissé un système électrique de grande qualité. La France dispose d’un parc électronucléaire de 58 réacteurs qui contribue pour 75 % à sa production d’électricité – un cas exemplaire d’électricité à 90 % décarbonée ! – et qui en fait du pays un des meilleurs élèves de la planète en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ayant une énergie électrique à 90 % déjà décarbonée, on pourrait penser qu’une véritable politique environnementale pour lutter contre le réchauffement climatique pourrait utiliser les moyens de l’État autrement qu’en essayant de décarboner une électricité déjà décarbonée ! »...

« Actuellement, et contrairement à ce que la doxa verte affirme, personne n’est capable de dire quelle proportion d’énergies décarbonées non nucléaires est compatible avec nos sociétés industrielles. Ce n’est pas une question du coût des renouvelables, qui baisse constamment, c’est une question de physique. On ne sait pas quelles sont les capacités de stockage réalistes, on ne sait pas les modifications indispensables du réseau de distribution, on ne sait pas quelle part de production et de consommation localisées est compatible avec un mix énergétique donné, et enfin la production à partir d’énergies fossiles d’une électricité décarbonée rendue possible par un stockage de masse du CO2 est à ce jour un vœu pieux. Dans cette situation, faire le pari qu’on pourra se passer du nucléaire relève plus de la méthode Coué que de la saine gestion politique. La France devrait rester, au moins pour les décennies à venir, un pays à forte composante nucléaire, et c’est d’ailleurs ce qui avait été maintes fois répété par le président Emmanuel Macron. Mais il ne semble pas évident, au moins au vu des dernières décisions, que la cohérence soit une vertu majeure de l’actuelle politique énergétique »…

« La politique de « fermeture du cycle des matières nucléaires », clé de voûte de la politique électronucléaire responsable depuis presque cinquante ans, vise à éviter l’accumulation des déchets nucléaires, dont le déchet majeur est le plutonium alors que c’est un excellent combustible fissile, et à tirer le maximum d’énergie des matières premières issues du minerai d’uranium. Cette clé de voûte a été pensée par un État stratège soucieux d’assurer au pays, dans le sillage de la crise pétrolière des années 1970, une indépendance énergétique. C’est aussi une condition pour un nucléaire durable et responsable, et c’est bien là le problème… D’aucuns aimeraient bien que le nucléaire ne soit pas durable, ce qui serait une excellente raison pour en sortir, et ils ont parfaitement compris le point dur que les gouvernants actuels semblent avoir quelques difficultés à comprendre. Il se trouve que les réacteurs à neutrons rapides (RNR) sont capables de brûler tous les isotopes du plutonium, et donc de transformer ce déchet en ressource. Ils peuvent également brûler l’uranium naturel et l’uranium appauvri. Les RNR peuvent donc transformer les déchets, en particulier le plutonium, en ressource, et consommer toutes les matières fissiles issues de la mine. Ce faisant, de facto, les RNR permettent une gestion rationnelle de la ressource « site de stockage profond ». Parmi les différentes possibilités techniques pour réaliser la fermeture du cycle, le RNR à caloporteur sodium est l’option technologique la plus mature.
Arrêter le programme des RNR en arguant de solutions de remplacement est au mieux aventureux, au pis malhonnête. »….

PENDANT CE TEMPS, AILLEURS DANS LE MONDE… Au prix d’une pirouette rhétorique, la fermeture du cycle du combustible demeure la politique officielle de la France. Pour faire bonne mesure, on s’offrira quelques études sur des solutions technologiquement moins matures (pour être bien certains qu’elles ne passent jamais à l’étape d’industrialisation), on prétendra faire du multirecyclage en REP (alors que les problèmes de redressement isotopiques du plutonium sont largement non triviaux et que les décideurs industriels le savent… ou devraient le savoir), et par une admirable tartufferie on renoncera à la fermeture du cycle tout en prétendant le conserver. On peut être admiratif de la manœuvre en termes de communication politique sans pour autant considérer qu’elle soit digne d’hommes d’État.

Entre-temps, le monde continue à tourner… et les grandes puissances engagées dans le domaine du nucléaire, et qui ont choisi la fermeture du cycle du combustible comme politique (suivant en cela l’exemple de la France), s’engagent sur la voie de la réalisation concrète de réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium (suivant la France dans ce choix, mais ne l’imitant pas dans ses hésitations et ses inconséquences)….
Le premier béton du réacteur RNR-Na chinois CDFR-600 (China Demonstration Fast Reactor de 600 MWe) a été coulé le 29 décembre 2017 à Xiapu, dans la province de Fuijan. Ce réacteur est conçu et construit par CNNC (China National Nuclear Corporation). Le planning actuel prévoit sa mise en service en 2023. Cette construction se déroule dans la prolongation du programme sur les RNR refroidis au sodium qui se déroulait au CIAE (China Institute of Atomic Energy), près de Beijing. CNNC annonce que les RNR-Na seront la principale technologie déployée en Chine au milieu de ce siècle….Toutes ces informations étaient connues du gouvernement français au moment de sa décision d’arrêter le projet ASTRID…..

Mais il semble que, toujours créatifs dans notre capacité à manquer les rendez-vous de l’histoire, la France s’apprêter à descendre d’un train que nous avons contribué à construire, au moment même où il va partir !

COMMENT DE TELLES DECISIONS SONT-ELLES POSSIBLES ? Regardons les choses en face et appelons un chat un chat : l’arrêt d’ASTRID est une ânerie historique, le gâchis de soixante-dix années d’investissement de la République, presque 1 milliard d’euros partis en fumée… Mais ce n’est qu’un révélateur parmi d’autres de la déliquescence du tissu industriel de notre pays et la décrépitude du service de l’État.
Si on peut pardonner au politique de manquer cette vision, et de sacrifier une stratégie a des visées électorales, au moins ont-ils l’excuse de ne pas savoir. Mais quand ils sont servis par des hauts fonctionnaires qui, faute d’avoir jamais pratiqué la science et la technique, allient une incompétence encyclopédique sur les aspects scientifiques et industriels à une mentalité de courtisans qui s’imaginent qu’obéir aux princes est synonyme de servir l’État, les derniers remparts contre les décisions techniquement absurdes cèdent.

L’État stratège, qui dans les années 1970 a pensé une politique énergétique qui assurait l’indépendance du pays par un usage optimal des ressources, a cédé la place à un État caméléon, qui rend le pays dépendant de la Chine pour le photovoltaïque et le met entre les mains de la Russie pour l’approvisionnement en gaz…, tout en s’autorisant de la lutte contre le réchauffement climatique alors que rien dans cette lutte ne justifie la décroissance de l’énergie nucléaire.
Cette accumulation de contresens donne aux dirigeants actuels, par cette décision d’arrêter le projet ASTRID, le douteux privilège de rentrer dans l’histoire non pas par la grandeur des projets qu’ils pourraient lancer mais par l’incapacité à comprendre la valeur des projets dont ils ont hérité et dont ils décrètent l’arrêt avec une légèreté confondante.
Par charité, on peut mettre cela sur le compte de l’inexpérience, mais alors rappelons-nous la parole de l’Ecclésiaste : « Malheur à la ville dont le prince est un enfant. »

Commentaire pas mieux, rien à dire de plus.

Si ceci : 1) Le choix, c’est le nucléaire, ou l’effondrement énergétique, climatique, économique et social (cf. blog précédent http://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/politique-energetique-nucleaire-ou.html)
2) Compte-tenu de l’ampleur des défis énergétique, il serait peut-être bon d’avoir un ministre de l’énergie de plein exercice  ?