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jeudi 14 décembre 2023

Le virage d’ENEL : moins d’énergies variables intermittentes, plus de nucléaire

 Enel (Ente nazionale per l'energia elettrica) était, jusqu'à sa privatisation en 1999, la société nationale italienne d'électricité ; elle reste le principal producteur d'énergie électrique du pays. Elle est également devenue un groupe italien multiservice (électricité, eau, gaz), tout en étant un des poids lourds de la production électrique à l'échelle mondiale, avec 283,1 TWh d'électricité et 7,8 milliards de mètres cubes de gaz vendus en 2014. ( NB EDF : 431,7 TWh)

Et ENEL effectue une manœuvre brutale dans le domaines des ENR !

Enel, 22 novembre 2033 : le géant italien Enel freine sa course aux énergies renouvelables

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/le-geant-italien-enel-freine-sa-course-aux-energies-renouvelables-231122#

Sous l'égide de son nouveau PDG Flavio Cattaneo, le géant italien de l'énergie Enel compte ralentir ses investissements dans les énergies renouvelables dans les trois ans à venir, préférant se concentrer sur la rentabilité.

"Les investissements dans les énergies renouvelables ne seront retenus que s'ils créent de la valeur", a fait valoir M. Cattaneo lors de la présentation de son plan stratégique 2024-2026 à Milan. La rentabilité des investissements dans les énergies renouvelables "n'est pas celle attendue, mais plutôt inférieure aux attentes"

En matière d'énergies renouvelables, les décisions d'investissement seront "plus sélectives en se concentrant sur l'éolien terrestre, le solaire et les batteries de stockage", selon le groupe. Ce virage amorcé par Enel survient dans le sillage de décisions similaires prises par les géants pétroliers Shell et BP qui sont revenus en partie sur des engagements pris en matière de transition énergétique. –

NB : donc pas d'éolien offshore ?

"Maximiser la rentabilité" - M. Cattaneo s'est également montré ouvert à un rôle croissant du groupe dans le développement de l'énergie nucléaire de nouvelle génération. "Nous exploitons des centrales nucléaires en Espagne et en Slovaquie et avons des décennies d'expérience dans ce secteur. S'il y a une entreprise prête à partir demain matin, c'est bien Enel", a-t-il affirmé.

« En matière d'énergies renouvelables, les décisions d'investissement seront "plus sélectives en se concentrant sur l'éolien terrestre, le solaire et les batteries de stockage", indique Enel.

Et pourtant, au début de l’année

Enel , 30 janvier 2023 : ENEL accélère dans les énergies renouvelables



« Malgré une année marquée par des «conflits géopolitiques», Enel Green Power «poursuit sa croissance avec l'objectif ambitieux d'atteindre 75 gigawatts de capacité d'énergies renouvelables» d'ici 2025, a commenté Salvatore Bernabei, patron de cette filiale d'Enel spécialisée dans les énergies renouvelables. »

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/l-italien-enel-accelere-dans-les-energies-renouvelables-20230130



jeudi 8 septembre 2022

Avis du CNTE (Conseil National de la Transition Ecologique) sur le projet de loi Borne d’ accélération des renouvelables)- version provisoire

 CNTE (Conseil National de la Transition Ecologique) : Projet de délibération 2022-04 : Projet d’avis portant sur le projet de loi relatif à l’accélération des énergies renouvelables

Un conseil très divisé et cela se voit 

En propos liminaire, Le CNTE regrette les délais beaucoup trop courts de transmission du projet de loi, de l’étude d’impact et de l’exposé des motifs lors de la phase de consultation.  Il reconnaît l’urgence à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, pour répondre aux crises énergétiques, au dérèglement climatique et à la souveraineté énergétique, déplore  l’absence  de mesures d’économies d’énergie et de sobriété,

mais dans le même temps souligne :

« l’insuffisance de l’exposé des motifs, ne permettant pas de rendre un avis fondé sur un diagnostic et des connaissances partagés, ni d’appréhender l’objectif de déploiement des énergies renouvelables dans sa globalité »

Commentaire : Ce qui est un peu contradictoire avec la pétition de principe précédente !

Concilier le développement des ENR avec les risques de porter atteint à l’environnement et à la biodiversité !

Le CNTE :

- Attire l’attention sur l’importance de prendre en compte, pour la suite du débat sur le projet de loi, les positions exprimées par le Comité national de la biodiversité et le Conseil national de la protection de la nature,

Commentaire : Bon alors là c’est simple «  L’adéquation des objectifs éoliens offshore avec l’objectif de zéro perte nette de biodiversité inscrit aux articles L. 110- 1 et L. 163-1 du code de l’environnement paraît difficile voire impossible à atteindre au regard de la connaissance actuelle des incidences et surtout des moyens techniques d’expertise et de pilotage permettant d’y remédier efficacement, ainsi que l’objectif de préservation du paysage marin.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=CNPN :

- Souhaite la consultation du Conseil national de la mer et des littoraux, du Conseil national de l’eau et de la Commission nationale du débat public ;

- Souligne l’insuffisance de l’étude d’impact du projet de loi, notamment sur les impacts environnementaux et sur l’impact des précédentes mesures de simplification déjà prises

- Insiste sur l’enjeu impératif de concilier le développement de nouveaux projets d’énergies renouvelables avec les enjeux de la crise climatique, de préservation de l’environnement, notamment ceux de la biodiversité, de l’eau, du littoral, de la mer, de la montagne et de leurs écosystèmes, au regard des risques de leur porter atteinte et d’augmenter l’artificialisation, créant de surcroît de potentiels conflits d’usage des espaces, dans un souci de souveraineté ;

Commentaire : En ce qui concerne l’éolien off shore et la pêche, pour ne pas parler du nautisme et du tourisme, les conflists existent déjà. Aucun projet n’a reçu l’accord des pêcheurs, Et ils ont raison de se méfier

Ainsi Job Shott, président d’EMK (syndicat des pêcheurs néerlandais) : « Avec ce qui est construit ou décidé en Mer du Nord, 25% des zones traditionnelles de pêches sont déjà occupées…Il faut comprendre que nous sommes chassés de la mer.

La Commission pêche du Parlement Européen a souligné que les parcs éoliens ne devraient être construit qu’en l’absence d’incidences négatives sur la pêche, qu’il y avait un véritable risque sur « l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire », et appelé l’Union à légiférer davantage « si les États membres n’intègrent pas équitablement les pêcheries dans leur planification de l’espace maritime ».


Et pour les surfaces occupées, la physique (densité d’énergie) est impitoyable !



-Insiste, de la même manière, sur le fait que le développement de ces projets doit intégrer les enjeux sociaux sous-jacents notamment ceux de l’emploi ;

- Rappelle la responsabilité de la France et ses engagements internationaux dans le domaine de la biodiversité

- Insiste sur la nécessaire articulation des mesures du projet de loi avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie et le débat à venir dans le cadre de la stratégie française sur l’énergie et le climat, ainsi qu’avec les travaux européens relatifs au plan REPowerEU de la Commission européenne

Commentaire : En effet, avant de se lancer dans la construction de 50 parcs géants éoliens off shore, il serait bon de savoir quelle sera la future PPE. Supposons qu’elle vise la prolongation des centrales nucléaires à 70 voire 80 ans comme pour des centrales homologues aux USA. et acte la construction de 12 à 24 EPR2… ce n’est plus pareil.

- Certains membres dénoncent le fait que l’article 3 risque d’aboutir à une régression du droit de l’environnement, et demandent sa suppression ;

Commentaire : l’article 3 dit joliment « : Relever tous les seuils de soumission à évaluation environnementale ou pour réaliser un examen au cas par cas pour les porter à un niveau découlant du parangonnage européen.

Traduction : comme les évaluations environnementales prennent du temps, on essaiera de s’en passer dans la plupart des cas. Sauf que c’est contradictoire avec la jurisprudence du Conseil d’Etat :

«  Il résulte des termes de la directive, tels qu’interprétés par la Cour de justice de l’Union européenne, que l’instauration, par les dispositions nationales, d’un seuil en-deçà duquel une catégorie de projets est exemptée d’évaluation environnementale n’est compatible avec les objectifs de cette directive que si les projets en cause, compte tenu, d’une part, de leurs caractéristiques, en particulier leur nature et leurs dimensions, d’autre part, de leur localisation, notamment la sensibilité environnementale des zones géographiques qu’ils sont susceptibles d’affecter, et, enfin, de leurs impacts potentiels ne sont pas susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement ou la santé humaine. » (CE, 15/04/2021, 425424)

Difficile par exemple de prétendre que les gigantesques parcs éoliens off shore prévus  ne sont pas susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement

- Rappelle que la participation du public aux débats légitime une transition énergétique choisie, et les projets en découlant, et constitue un facteur essentiel d’acceptabilité des projets ;

- Soutient que l’accélération et la parallélisation de procédures de consultation sans gardes fous pourraient affaiblir l’avis de l’Autorité environnementale portant sur les impacts environnementaux, et limiter ainsi le porté à connaissance du public, et s'interroge en ce sens sur la possibilité de lancer l’enquête publique en l’absence de l’avis de l’Autorité environnementale

Remarque : Très clairement le CNTE est donc contre l’une des dispositions phares du projet qui supprimerait l’obligation d’un débat publics pour chaque projet de parc pour le remplacer par un seul et unique grand débat public pour toute une façade maritime, le public s’exprimant sur de grandes zones «à vocation “éolien en mer”!

- Estime que l’égalité d’accès des citoyens requiert le maintien d’une présence physique lors de la participation du public, pour éviter la dématérialisation totale

Remarque : le CNTE aurait pu faire remarquer que l’ensemble de ces dispositions parait contraire à la Convention d'Aarhus. La Convention d'Aarhus, signée le 25 juin 1998 par trente-neuf États dont la France porte  sur  l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement.

Elle recommande notamment d’améliorer l'information environnementale fournie par les autorités publiques, de favoriser la participation du public à la prise de décisions ayant des incidences sur l’environnement; et d’étendre les conditions d’accès à la justice en matière de législation environnementale et d’accès à l’information.

Bref, tout ce qu’envoie balader la loi Borne d’accélération des ENR

Sur la RIIPM : Raisons impératives d'intérêt public majeur : la protection de la biodiversité est au même niveau une raison impérative d’intérêt public

- Certains membres s’opposent au mécanisme de reconnaissance automatique de la RIIPM (au I de l’article 6 de projet de loi) et la limitation du contrôle par le juge (au II de l’article 6 de projet de loi) ;

Commentaire : c’est clair, et ce serait encore une des, voire la disposition majeure qui sauterait !

- Attache une importance essentielle au strict respect de la séquence ERC (avec la priorité donnée à l’évitement) et des conditions encadrant la dérogation relative aux espèces protégées et sera vigilant à la mise en oeuvre des mesures de compensations, sans remettre en cause le potentiel de production alimentaire ;

Commentaire : En général déjà, les études sur la biodiversité ont lieu après le choix des premières zones, et, pour certaines, leur résultat est attendu après la construction de la zone éolienne ! Or, comme le constate le CNPN,dans ces conditions, l’Eviter de la séquence éviter, réduire compenser devient absolument impossible !

- Attire l’attention sur la nécessité d’encadrer les conditions dans lesquelles la déclaration d’utilité publique peut reconnaître, pour l’opération concernée, le caractère d’opération répondant à une raison impérative d’intérêt public majeur ; rappelle que la protection de la biodiversité est au même niveau une raison impérative d’intérêt public et que l’une ne saurait l’emporter sur l’autre ;

Concernant plus spécifiquement l’éolien off shore, le CNTE

- soutient que la mutualisation des débats publics à travers le document stratégique de façade ne doit pas nuire à la concertation projet par projet ;

- attache une importance essentielle à intégrer l’ensemble des enjeux sectoriels dans la planification spatiale maritime, et non pas les seules énergies marines renouvelables, aucune activité ne devant être écartée. Cette planification doit prendre en compte les impacts cumulés. A cet égard, le CNTE rappelle les directives européennes respectives à l’évaluation Plan programme et à l’évaluation Projet;

-  Appelle à préserver l’exercice des différentes pratiques de production halieutique et de pêche durables qui concourent, notamment, à la souveraineté alimentaire ainsi qu’à éviter et réduire les impacts directs générés sur les ressources et l’environnement marin ;

-Attire l’attention sur la nécessaire préservation des zones littorales lors des installations de production d’énergie et de leurs postes de raccordement ;

Concernant le titre IV relatif aux mesures de financement des énergies renouvelables et de partage de la valeur, le CNTE

- Appelle à ce que le service public concourt à garantir la sécurité de l’approvisionnement et l’accès de tous à l’énergie ;

Commentaire : ça me semble mettre en cause l’une des dispositions phares prévoit d’octroyer un tarif réduit de l'électricité aux voisins de centrales solaires ou de parcs éoliens. Dommage que le mot « péréquation tarifaire » ne soit pas prononcé !

En résumé, le CNTE insiste « sur l’enjeu impératif de concilier le développement de nouveaux projets avec les enjeux […] de préservation de l’environnement, notamment ceux de la biodiversité ». « Certains membres » du CNTE s’opposent au mécanisme de reconnaissance automatique de raison impérative d’intérêt public majeur, qui permet de déroger à la protection d’espèces ou d’habitats pour autoriser un projet renouvelable. Et « dénoncent » le risque que le projet aboutisse « à une régression du droit de l’environnement ».

Disons-le clairement, malgré la pétition de principe en faveur des ENR qui ouvre l’avis, il ne resterait plus grand chose du projet de loi d’accélération des ENR !

Et c’est très bien ! 



mercredi 22 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 12 les maires face au lobby éolien


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Déposition devant la Commission Aubert de M. Pascal Poncet maire de Saint-Just en Chevalet (Loire), Extraits.

Recettes pour une bonne margoulinade 1) des structures de financement changeantes

« Un projet est né dans les années 2007-2008 portant, initialement, sur une trentaine d’éoliennes, qui ont été ramenées à cinq, dans la commune de La Tuilière, et à quatre dans la commune de Cherier. Soit un projet de neuf éoliennes d’une puissance de 2,5 mégawatts et d’une hauteur de 155 mètres.
Ces neuf éoliennes font partie du projet Éole 76, rapidement racheté par la société Énergie du Portugal renouvelable (EDPR). Je vous dirai pourquoi, après avoir recueilli différentes informations, j’ai peu à peu changé ma posture et mon opinion sur cette affaire.
Le projet Éole 76 a donc été racheté par EDPR avec des fonds très importants en provenance de Chine, du Qatar et, me semble-t-il, d’Arabie Saoudite. Les fonds chinois proviennent de la société qui a réalisé le barrage des Trois-Gorges, en Chine. Un barrage qui a fait l’objet de nombreuses critiques s’agissant du déplacement des populations et des 600 km2 d’emprises agricoles. Le projet Éole 76 est aujourd’hui porté par la société les Monts de la Madeleine Énergie, qui fait presque office de faux-nez. »

Recettes pour une bonne margoulinade 2) le coup du mépris !

« Initialement, j’étais curieux face à ce projet et j’avais adopté une posture du « pourquoi pas ». Je me suis rendu aux réunions publiques – deux me semble-t-il – organisées par le promoteur. Là, j’ai été frappé par la légèreté avec laquelle le projet nous était présenté. J’avais l’impression de me retrouver en CM1 ou CM2 ! Le promoteur nous a en effet présenté un projet qui tenait sur des feuilles A3 que je n’arrivais à voir qu’en me tordant ; de temps en temps, j’apercevais un morceau d’éolienne dans le blanc des nuages. J’ai, bien entendu, trouvé la méthode critiquable, notamment s’agissant de la transparence du dossier. D’autant que j’avais, demandé aux représentants du projet qu’une réelle communication soit menée – au motif que nous étions une commune limitrophe, une station verte, que nous développions une politique modeste mais efficace en matière de tourisme – et qu’une maquette soit réalisée ; en guise de maquette, nous avons eu la réunion telle que je viens de vous la décrire. En tant qu’élu de la République, même si mon territoire est modeste, je pense mériter d’être traité d’une autre manière. Mes doutes se sont donc amplifiés. »

« La suffisance du promoteur n’était pas supportable : « Croyez-nous, nous sommes les sachants, nous allons venir vous faire du bien… » Depuis l’implantation du premier parc, aucun emploi n’a été créé, nous ne faisons que regarder les éoliennes tourner. »

Recettes pour une bonne margoulinade 3) surtout pas de bilan des expériences précédentes !

« Je ne comprenais pas pourquoi le développeur n’avait pas eu l’idée de faire le bilan du parc éolien, implanté trois ans auparavant, à quatre kilomètres de notre site. Il aurait ainsi pu avoir une ambiance globale de ce qui se passe au niveau du vent. Non, il a préféré planter un mât de mesure. Un mât qui, pour la petite histoire, est tombé quelques mois plus tard. Une enquête a été diligentée, mais nous n’avons jamais su qui avait fait tomber le mât – ce n’est pas moi. Une façon de faire qui a renforcé mes doutes.
De mon côté, je me suis procuré les résultats du parc existant ; des résultats catastrophiques. Si je n’ai aucun moyen de m’assurer de la véracité de ces résultats, bien entendu, je pense qu’il s’agit des vrais résultats. J’ai contacté le maire de la commune voisine, qui, après une période de doutes, est aujourd’hui radicalement opposé au projet. Il m’a confirmé que tous ceux qui avaient accueilli ce projet s’en mordaient aujourd’hui les doigts.
Ce même maire m’a raconté que des journalistes de France culture étaient venus l’interviewer sur l’éolien, et que ce jour-là des techniciens étaient en train de démonter les pales pour poser des résistances électriques, car à cette altitude, la glace qui se formait était de nature à gêner le bon fonctionnement – quand elle fonctionnait – de l’éolienne. Si nous devons produire de l’énergie pour chauffer les pales, où allons-nous !
J’ai également interrogé les personnes habitants près des éoliennes. Nous sommes bien loin de la vérité, bien loin des propos du promoteur, tant sur le plan sonore que visuel – ces personnes vivent avec ces mâts 24 heures sur 24. Une photo n’est qu’une photo, dans la réalité, les éoliennes bougent et captent votre attention en permanence. Les habitants ont l’impression, quand ils sortent de chez eux, de se trouver sur un autre territoire, en tout cas pas celui qu’ils ont choisi initialement…
Le rendement du parc existant –nous aurions pu le communiquer au promoteur, la topographie, le relief étant identiques. Les responsables ont refusé de nous communiquer les résultats. Mais il est simple de calculer le nombre de kilowatts produits : il s’agit du chiffre d’affaires divisé par le prix du kilowatt.M. le président Julien Aubert. Pouvez-vous nous transmettre ces informations ?M. Pascal Poncet. Les informations que j’ai recueillies ne sont pas officielles, mais l’écart entre ce qui était annoncé et la réalité est de 80 %, voire 100 %.

Recettes pour une bonne margoulinade 4) Bien choisir ses victimes, de préférences fragiles !

« Les habitants de notre région, comme cela est indiqué dans des études de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), perçoivent de petites retraites – de 700 à 900 euros. J’ai compris que le promoteur avait choisi ce territoire pour sa docilité et non pour la performance du vent ou pour des motifs écologiques. D’ailleurs, quand nous analysons le passé des investisseurs en ce domaine, nous pouvons légitiment nous interroger. Et les résultats que j’ai récupérés ici et là démontrent que le rendement ne serait pas des meilleurs. »

« Le promoteur a choisi un territoire docile, avec une opposition passive. Les habitants s’interrogent sur ce que vont devenir leurs biens. Car la moins-value est bien réelle. Et les notaires ne font que la confirmer. Si les projets éoliens n’avaient aucune incidence sur la vie d’une région, nous ne serions pas aussi attentifs.Par ailleurs, et c’est mathématique, si, par exemple, 50 % des personnes sont défavorables à un projet, vous vous privez forcément de 50 % d’acquéreurs potentiels. »

« Pour la petite histoire, le promoteur n’a pas démarché la baronne de Rochetaillée, il n’avait aucune chance ! Non, la cible était cette population que je viens de vous décrire. Et je comprends parfaitement qu’elle soit intéressée par ces fameux 600 ou 700 euros par mois. »

« Ce projet a clivé la population, dans une période où nous n’en avions pas besoin – mais vraiment pas besoin. Preuve en est les mouvements que nous avons connus. Tous les jours, j’appose des pansements sur les blessures des uns et des autres. Je vous garantis, comme tous les élus de proximité, que j’ai senti les choses arriver.
Pourquoi ? Parce que parmi les personnes favorables au projet, se trouvaient celles qui avaient été ciblées comme « dociles » ou percevant une petite retraite. En leur proposant de doubler leur retraite – par un dédommagement, par exemple, de 600 ou 700 euros par mois pour l’implantation d’un mât, de 300 euros pour un survol de pales ou de 150 euros pour une tranchée sur leur propriété –, le promoteur a perturbé l’équilibre de notre population.
Le pire, car il y a pire, ce sont les personnes qui ne toucheront pas ces fameux 600 euros par mois, car, manque de pot, le mât sera implanté, non pas chez eux, mais juste à côté. Leur terrain en sera dévalué et elles ne seront pas indemnisées. Une injustice que je ne peux admettre, en tant que maire »

L’éolien ou le tourisme, il faut choisir !

M. Pascal Poncet explique ensuite comment il a dû renoncer à un projet touristique porté par Pierres et Vacances en citant une lettre du promoteur :

 «  Madame la préfète, je suis porteur d’un projet Pierre et Vacances, au lieu-dit la Condamime, Saint-Just-en-Chevalet. Je suis propriétaire de bâtiments et de plusieurs hectares qui intéressent ce spécialiste du tourisme convaincu, comme moi, du potentiel de cette région… ». Notre territoire est en effet appelé la Petite Suisse, il possède de nombreux atouts et nos efforts portent aujourd’hui leurs fruits. Le bassin de vie que je vous ai présenté en introduction est d’une extrême précarité, mais fonctionne bien.
Je continue la lecture du courrier : « Le canton et ses environs pourraient ainsi bénéficier d’une dynamique économique intéressante, construite autour de son image de nature préservée. Hélas, je viens d’apprendre qu’un projet éolien est susceptible de s’implanter à quelques centaines de mètres du secteur pressenti. Vous comprenez mon étonnement, n’ayant jamais été informé. Je trouve cette situation surprenante et tenais à vous faire part de mes interrogations, quant au manque évident de transparence entourant une telle situation. Je suis par ailleurs maire de la Chapelle-des-Fougeretz, en Ille-et-Vilaine et ainsi parfaitement informé de la nécessité d’une large information pour associer le plus possible les populations, notamment celles de toute proximité ».Le projet Pierre et Vacances a été tué, dès lors que le terme « parc éolien » a été prononcé.

« Le préfet, dans sa grande sagesse, a refusé l’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Nous l’avons accompagné dans sa décision, car il a aussitôt été attaqué par EDPR
« Nous le savons tous, les investisseurs ont les moyens financiers de tenir le temps d’une longue procédure, contrairement aux associations qui ne peuvent pas suivre et de l’État qui, à un moment donné, passe à autre chose. Toutefois, la Ligue de la protection des oiseaux (LPO), France nature environnement (FNE), la fédération départementale des chasseurs français (FDCF), la fédération départementale de pêche (FDP), le syndicat mixte des Monts de la Madeleine, qui regroupe une cinquantaine de communes, ma commune et des communes voisines, se sont engagés dans cette démarche, aux côtés du préfet. »

Voilà crûment exposé par le maire d’une petite commune les pratiques des margoulins de l’éolien. A vomir, n’est-il pas vrai ?




mardi 28 mai 2019

EnergieWende : un modèle à ne pas suivre. Et la leçon australienne

Energiewende : « tout est en train de dérailler »

"Travail bâclé in Germany". Voilà à peu près ce que signifie le titre de couverture du tout dernier numéro du Spiegel, le plus puissant hebdomadaire allemand. En arrière-plan, on voit une forêt d’éoliennes cassées et de pylônes électriques déconnectés. Une image qui en dit long sur la conscience qu’a aujourd’hui l’opinion allemande de l’échec de l’"Energiewende", ce basculement énergétique décidé par notre voisin au début du millénaire et radicalement accéléré en 2011 après la décision d’Angel Merckel de sortir du nucléaire. Dès 2018, l’Allemagne avait dû admettre que ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre ne seraient pas tenus dans les délais annoncés –elle avait même ouvert de nouvelles mines de charbon... Aujourd’hui, les experts sont en mesure de dresser un bilan des huit premières années de la transition accélérée voulue par Berlin, et il est à peu près désastreux. "Tout le projet est en train de dérailler", écrit le Spiegel.

Et ce n’est pas exagéré : L’Allemagne a investi depuis 2010 plus de 30 milliards par an dans le bastringue et l’on prévoit une facture globale de plus de 500 milliards à l’horizon 2025 –pour partie constituée de subventions et crédits publics, pour le reste financé par les ménages et les entreprises sous forme de hausse de prix. Une étude chiffre même à plus de 3.000 milliards d’euros (oui, 3.000 milliards!) les investissements requis d’ici à 2050, si l’Allemagne persiste dans son intention d’accroissement de la part du solaire et de l’éolien dans son mix énergétique. Des sommes faramineuses. Or, le résultat est spécialement déprimant: malgré les centaines de milliards déjà mis sur la table, les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009. L’Allemagne s’est certes hérissée d’éoliennes et elle accueille des milliers de km2 de panneaux solaires. Mais beaucoup ne sont pas reliés au système de distribution, ou pas convenablement, faute que le réseau ait suivi. En outre, là où elles sont connectées, ces installations ne couvrent les besoins que de manière intermittente (pas de solaire la nuit, pas de vent quand il ne souffle pas…) ce qui requiert, en complément et faute que le stockage soit rentable ou même possible, des capacités complémentaires souvent fossiles (affreux charbon et horrible lignite en tête). Une bérézina.


Sortie du charbon en Allemagne : objectif 2038. Près de 20 ans pour sortir du charbon

En Allemagne, la commission « croissance, changement structurel et emploi » a remis son rapport définitif( le 26 janvier. Elle y propose que la production d’électricité à partir du charbon soit arrêtée d’ici à fin 2038  Explications.

En 2018, le charbon (lignite et houille réunis) a compté pour près de 38% de la production allemande d’électricité. Selon la commission mise en place en juin 2018 par Angela Merkel pour préciser les contours d’une « sortie du charbon », il est possible pour l’Allemagne de se passer de ce combustible à l’horizon 2038.
La commission y propose, dans un premier temps, de réduire d’ici à fin 2022 de plus de 12,5 GW la puissance totale du parc allemand de centrales à charbon (qui avoisine actuellement 42,6 GW). Entre 2023 et fin 2030, les arrêts de centrales au charbon devraient se poursuivre à un niveau assez similaire (portant ainsi à près de 17 GW la puissance cumulée du parc charbon à fin 2030).

La commission indique que sa feuille de route devra faire l’objet d’examens réguliers (en 2023, 2026 et 2029) par des experts indépendants afin de tenir compte des évolutions du système électrique et en particulier des conséquences de la sortie du nucléaire prévue à l’horizon 2022 (cette énergie comptait encore pour 13,3% de la production électrique allemande en 2018).

Le gouvernement devrait suivre ces différentes recommandations (qui n’ont pas de caractère contraignant NB le charbon et le lignite allemand, ça peut donc durer encore plus, plus longtemps….) issues d’un compromis entre les différentes parties prenantes. Pour compenser la sortie du charbon et du nucléaire, l’Allemagne parie sur un développement massif des énergies renouvelables : le pays s’est fixé pour objectif de produire 65% de son électricité à partir de ces filières en 2030 (contre environ 40% en 2018).

Quel coût pour la « transition » ?

Au cours des 20 prochaines années, au moins 40 milliards d’euros d’aides fédérales sont envisagées pour accompagner la sortie du charbon dans les régions charbonnières (est et ouest de l’Allemagne). Des négociations vont avoir lieu avec les exploitants de centrales (« plus les centrales seront arrêtées tardivement, plus la compensation sera faible »). Aux premiers rangs de ces exploitants figure RWE qui juge pour sa part « raisonnable de réexaminer en 2032 » (tiens, tiens, y-a-bon lignite) la date de sortie du charbon.
La commission appelle par ailleurs à préserver les consommateurs allemands (entreprises et ménages) de la hausse des prix de l’électricité associée à une sortie « accélérée » du charbon. Elle estime à ce titre qu’« une subvention d’au moins 2 milliards d’euros par an est nécessaire pour compenser cette augmentation ». Les ménages allemands sont d’ores et déjà les Européens qui paient leur électricité le plus cher après le Danemark : 0,30 €/kWh au 1er semestre 2018 selon les dernières données d’Eurostat, soit 70% de plus qu’en France.

Tiens, tiens, ça a peut-être à voir avec le fait que la part des renouvelables dans le mix électrique outre-rhin a approximativement doublé depuis le début des années 2010, et qu’en plus le coût associé aux réseaux électriques est particulièrement élevé, notamment en raison du raccordement onéreux des parcs éoliens offshore.

 La sortie du charbon en Allemagne sera donc difficile et coûteuse, reconnaît la commission, mais nécessaire en vue de réduire les émissions allemandes de gaz à effet de serre. L’an dernier, le gouvernement avait reconnu son incapacité à atteindre l'objectif de 40% de réduction des émissions nationales d’ici à 2020 (par rapport à 1990)…

Ben oui, ils ont même pas commencé à diminuer. Non seulement, mais ces dernières années ils ont continué à ouvrir à tire larigo des mines de charbon et de lignite, tant que c’était encore autorisé. Donc, forcément, ça leur prendra encore plus de temps à sortir du charbon ( on va quand même pas les fermer tout de suite celles qui viennent d’ouvrir….)

A partir d’une situation similaire, le Royaume-Uni est sorti de la production électrique à partoir du charbon en quatre ans. Donc c’est possible… à condition de mettre en place une taxe carbone et d’investir dans le nucléaire. (cf.) https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/02/leurope-de-lenergie-encore-un-echec.html

Bilan : avec son Energiewende tout renouvelable, l’Allemagne ne baisse pas ses émissions de CO2 par habitant qui restent supérieures d’un tiers à celles de la France et ceux-ci payent pourtant leur électricité 70%  plus cher qu’en France. Face à cette catastrophe, l’Allemagne continue et retarde indéfiniment sa sortie du charbon. Et fuck the climate

Disons le, avec son Energiewende si renouvelable, si applaudie par les écologistes irresponsables ( ils ne le sont pas tous), avec ses si plébiscités,, si populaires, si présentés comme modèles Grunen tout verts, l’Allemagne continue dans sa spécialité historique, le crime contre l’humanité

Tiens, une leçon pour nos politiciens, qu’ils comprendront peut-être…

Australie : Transition énergétique : mieux qu’un long discours, une élection…


J’avais dans un blog précédent (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/01/electricite-vers-le-grand-noir-le.html) exposé comment l’Australie du sud ( un des Etats Australiens), parti dans un délire écolo-affairiste, avait décidé de devenir un champion de l’éolien et du solaire ( et pourtant ils sont pas défavorisés dans ces domaines..).
Ayant eu la très mauvaise idée de dépasser les 40% d’éolien, ils ont récolté ce qu’ils sont semé, c’est-à-dire des effondrements systémiques du réseau une fois, deux fois, trois fois, des black out total, plus de jus, plus rien, même dans les hopitaux.

A cela s’est ajouté un quadruplement du prix de l'électricité facturé aux particuliers et des consommateurs pauvres ne pouvant plus payer leurs factures….

Alors, ils ont fait quoi ? Ben, relancé le charbon !

Et puis vote il y a eu, élections fédérales le 18 mai 2019. La coalition du Parti Libéral au pouvoir de Tony Morrisson était donnée perdante par tous les sondages qui prédisaient une large victoire du Travailliste Bill Shorten… qui a  finalement perdu.

La raison : Bill Shorten ambitionnait de faire de l’île une « superpuissance des énergies renouvelables..

 »…A la vue de l’expérience sudiste, les électeurs ont bien compris et bien choisi : ils ont rejeté une ruineuse politique climatique fondée sur des énergies éoliennes et photovoltaïques entraînant une hausse du prix de l’électricité et des coupures de courant et cette raison semble bien le principal facteur expliquant le retournement inattendu (par les sondages) des électeurs.
Déjà, le 9 octobre 2017, le journal The Australian qualifiait le développement des éoliennes et panneaux photovoltaïques de « plus grande escroquerie mondiale ».

Allez, on résiste pas au plaisir : Morrison, Centre droit, 76 députés ; Shorten, Centre Gauche, 67 députés ;  Di Natale , Verts, 1 député


Après une expérience douloureuse, il y en a qui ont compris …



lundi 25 mars 2019

Electricité : la grande escroquerie de l’éolien

Sur des sujets souvent abordés sur ce blog, une remarquable interview de
Tristan Kamin sur Atlantico : (
https://www.atlantico.fr/decryptage/3568576/electricite--le-record-de-production-par-les-eoliennes-battu-le-14-mars-est-un-faux-espoir-tristan-kamin)

Electricité : le record de production par les éoliennes battu le 14 mars est un faux espoir.

Le 14 mars dernier, le parc éolien français aurait atteint un record en produisant 18% de la consommation nationale, selon RTE, ce qui serait le résultats des vents forts constatés ce jour.

Atlantico : Comment cette production historique des éoliennes s'est-elle "imbriquée" à la production nucléaire ? 

Tristan Kamin : Le système électrique français fonctionne suivant un « ordre de mérite » dans lequel les moyens de production sont prioritaires ou non selon leur « coût marginal ». En très simplifié, plus le coût de combustible est faible, plus un moyen de production est prioritaire. Donc le solaire, l’éolien et l’hydraulique « au fil de l’eau » (0 coût de combustible) sont prioritaires sur le nucléaire, lui-même prioritaire sur le gaz, prioritaire sur le charbon… Avec tout un tas de nuance et d’exceptions, évidemment.

Mais les principes sont là ; et quand le vent s’est montré généreux alors que la consommation n’était pas particulièrement élevée, une fois les exportations au maximum de ce que le marché européen voulait bien, une fois les centrales à gaz réduites à leur minimum de production, une fois les vannes des barrages fermées au maximum… Le parc nucléaire a dû baisser sa production pour « faire de la place » à tous ces mégawatts d’électricité d’origine éolienne.
Certains réacteurs ont été totalement arrêtés (c’est l’occasion d’anticiper des opérations de maintenance), d’autres ont simplement réduit leur puissance, parfois très fortement : jusqu’à un tiers de la puissance nominale.
L’imbrication est donc, en apparence, très simple : l’éolien s’impose, le nucléaire s’efface.

Il faut noter que cette capacité du parc nucléaire à varier en puissance sur de grandes amplitudes et dans des délais courts est une particularité française, justifiée en raison de la place dominante du nucléaire dans notre système électrique. Dans d’autres pays où le nucléaire est minoritaire, sa production est, autant que possible, maintenue à pleine puissance. Et ce sont les autres moyens de production pilotables (hydroélectricité, charbon, gaz) qui assurent la régulation en fonction de la demande et de la production non pilotable.

En considérant que les vents forts ont touché une grande partie de l'Europe, quels en ont été les effets comparatifs selon les pays, en fonction de leurs différents modes de production d'électricité ? ? 

À la nuance près du nucléaire évoquée ci-dessus, ça s’est passé exactement de la même manière partout en Europe occidentale. On réduit la production au charbon, puis au gaz (ou l’inverse), puis hydraulique, tout en cherchant à exporter au maximum pour éviter d’avoir à arrêter des centrales électriques. Le sud de l’Europe était toutefois moins concerné, c’est surtout l’Europe du Nord qui était fortement balayée par les vents, et en particulier, évidemment, l’Allemagne et son immense parc éolien (d’une capacité nominale de 59 gigawatts, quasiment équivalente à notre parc nucléaire et ses 63 GW).
Donc de la France au Danemark, en passant par l’Allemagne et le Benelux, tout le monde s’est retrouvé à devoir choisir entre brider ou arrêter des centrales à charbon, gaz ou nucléaire, exiger des producteurs éoliens qu’ils cessent d’injecter leur production électrique sur le réseau et devoir les dédommager, ou encore casser les prix sur le marché pour exporter. La solution étant évidemment une équation avec ces trois termes.

Et, au-delà du suivi de charge réalisé par le nucléaire français ou le charbon allemand, une autre conséquence marquante est l’effondrement des prix de marché en Europe du Nord. Avec des prix qui se rapprochent souvent de 0 € par mégawattheure tout au long de la semaine, les producteurs (notamment allemands) font le choix de « donner » leur production électrique aux pays voisins, plutôt que de réduire leur production.

Poussé à l’extrême, ce scénario conduit à atteindre des prix négatifs lorsque la consommation électrique devient vraiment basse, le week-end, par exemple. Ainsi, toute la journée de dimanche 17 Mars (jusqu’en début de soirée), l’Allemagne s’est retrouvée à payer ses voisins pour la soulager de sa production électrique et notamment éolienne. Ce fut aussi le cas par exemple pour la France, l’Autriche ou l’Espagne, avec des prix négatifs mais moins bas qu’en Allemagne.
Les grands gagnants ont probablement été les italiens et les britanniques, très gros importateurs d’électricité, qui ont eu le plaisir d’être, pour une fois, payés pour importer.

Quelles sont les enseignements à tirer de cette situation concernant le nucléaire français ? 

Du positif, et du négatif. Le positif, c’est que le nucléaire a montré sa grande souplesse pour s’adapter aux variations de production éolienne. Le parc nucléaire français n’est pas un gros bloc inerte qui déverse aveuglément ses kilowattheures sur le réseau sans se soucier du reste. Techniquement, donc, nucléaire et éolien ne sont pas incompatibles et sont même capables d’une certaine complémentarité. Celle-ci est bienvenue, au regard des trajectoires actuelles prônées par les gouvernements successifs pour notre système électrique.

Le négatif, c’est que cet événement venteux a fini par prendre fin, avec une production éolienne en France divisée par 6 entre dimanche 17 et mardi 19, d’environ 9 GW à 1,5. Et notre système électrique a apprécié que le parc nucléaire soit capable de remonter en puissance, d’environ 33 GW au plus bas dimanche à 48 GW mardi (nota : il a fallu compenser la baisse de la production éolienne mais aussi la remontée de la consommation au sortir du week-end).
Donc ce qu’on peut en retenir, c’est que l’éolien ne nous rend pas moins dépendant de notre parc nucléaire, pas plus qu’il ne libère nos voisins de leurs parcs de centrales à charbon ou à gaz : quand le vent tombe, il faut autre chose pour prendre le relais. Et, de préférence, une « autre chose » bas-carbone, comme le nucléaire et l’hydraulique, si l’on intègre la question climatique dans l’équation.

Au final, cette période de faste éolien aura marginalement et temporairement réduit notre consommation de gaz, et réduit, tout aussi temporairement, notre production nucléaire, sans que cela ne présente d’intérêt environnemental ni économique significatif. En termes négatif, la balance est peut-être même dans le mauvais sens : notre parc nucléaire est moins rentable s’il produit moins, on exporte à prix négatifs, on subventionne la production éolienne abondante

En bref, ces événements tendent à fermer la question « Nucléaire et éolien peuvent-ils cohabiter ? », la réponse étant manifestement positive. Par contre, ils ouvrent un peu plus la question de savoir s’il est pertinent de les forcer à cohabiter, et dans quelles proportions.

En effet !  Voir aussi sur ce blog :

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/04/loi-de-transition-energetique-quelques.html

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