« Il faudra
cependant accélérer nettement le rythme annuel de déploiement, et la récente flambée de l’inflation
pourrait ralentir le développement de l’éolien en mer. Le rythme de
développement peut également dépendre de la disponibilité des matières
premières nécessaires au déploiement des technologies en mer, pour lesquelles
l’UE est très dépendante de pays tiers, en particulier de la Chine.
Le développement des
technologies liées aux EMR nécessite des matières premières critiques, en
particulier des terres rares. Celles-ci entrent actuellement dans la
fabrication des aimants permanents qui équipent les générateurs des éoliennes
et la demande pour ces ressources limitées est en constante augmentation
Actuellement, les
matières premières critiques sont presque entièrement fournies par la Chine,
qui joue également un rôle déterminant dans la fabrication d’aimants permanents
pour les générateurs d’éoliennes et couvre près de 90 % des besoins.
La dépendance de l’UE
à l’égard des matières premières peut créer des goulets d’étranglement et suscite des inquiétudes quant à la
sécurité de l’approvisionnement dans le contexte actuel de tensions
géopolitiques. »
Remarque 1) Pas d’effet
significatifs avant 2030. Compte-tenu du suréquipement des pays nordiques, plus
favorisés, et des épisodes de surproduction (prix négatifs) de plus en plus
fréquents, aurons- nous réellement besoin en France d’éolien le long de nos
côtes ? de 40 GW ?
Remarque 2) Saluons la reconnaissance des verrous en matière de disposition de métaux
et matériaux stratégiques (cf notre dossier les limites physiques de l’éolien
en mer). Il n’y a pas que pour les terres rares et les aimants que la Chine est
ultradominante, c’est aussi vrai pour les nacelles, les pâles, en particulier
pour les grandes éoliennes. (>70%. Et les fabricants d’éoliennes chinoises
sont en pleine forme et maintenant les plus importants au niveau
mondial !
Remarque 3) Ce sont logiquement les côtes les plus favorables qui sont pour
l’instant mises à contribution.
L’Espagne, similaire à la France en ce qui concerne sa côte atlantique (fonds
rocheux et pentus) ne prévoit pas un grand développement de l’éolien en mer.
L’éolien en mer en Europe a « mangé son pain blanc) », le reste sera
moins favorable, plus compliqué, plus coûteux !
2) Des
financements opaques pour quelle rentabilité ?
« Les données
sur les projets financés par l’UE dans le domaine des énergies marines
renouvelables ne sont pas aisément accessibles, car elles sont réparties entre
différentes bases de données. Nous avons répertorié des projets liés aux EMR
financés par le budget de l’UE pour un montant de 2,3 milliards d’euros entre
2007 et 2022 »
« La Banque
européenne d’investissement (BEI) joue un rôle de premier plan dans la levée et
l’apport des fonds nécessaires pour atteindre les objectifs de l’UE en matière
d’énergie et de climat. En soutien au développement des EMR et en combinant des
mandats de l’UE et ses ressources propres, elle a accordé des prêts et des
investissements en fonds propres pour un montant de 14,4 milliards d’euros
depuis 2007 «
Remarque 4) Donc données très
incomplètes. Pour fixer les idées deux chiffres : l’aide d’Etat
française autorisée par la Commission
Européenne pour la vingtaine d’éolienne de la tranche AO5 de Bretagne sud
est de 2 milliards d’euros.
Pour quelles performances ? En pleine canicule, le 10 septembre 2023, le
facteur de charge du parc éolien allemand, qui comprend de nombreuses éoliennes
en mer, était de…0. 21 %. Soit pour une
puissance installée un peu supérieure au parc nucléaire français, l’éolien allemand ne produisait qu'un
dixième de la production d'un seul réacteur nucléaire
3)Un optimisme
technologique étrange : l’éolien flottant, les éoliennes de grande taille
3a) Eolien flottant ; en contradiction avec les
évaluations parlementaires
« L’éolien flottant est une
technologie en mer intéressante pour les bassins maritimes dont les eaux sont
profondes, car elle permet de déployer des installations flottantes là où il y
a plus de 50 mètres de fond. Cette technologie est compatible avec le milieu
caractéristique des États membres riverains de l’océan Atlantique, de la mer
Méditerranée et, potentiellement, de la mer Noire. »
« Fin 2021, l’UE
avait déployé 27 MW de capacité d’éolien en mer flottant. Selon une étude du
Centre commun de recherche datée de 2022, les projets en réserve aboutiront à
l’installation de 247 MW de capacité d’éolien en mer flottant dans les États
membres de l’UE à l’horizon 2025. En outre, selon cette étude, les coûts de
l’éolien flottant devraient nettement diminuer d’ici la fin de la décennie pour
devenir comparables à ceux de l’éolien en mer posé. »
« Parmi les
quatre États membres audités, la France et l’Espagne développent cette
technologie, sur laquelle repose principalement l’objectif que l’Espagne s’est
fixé à l’horizon 2030 pour les énergies en mer. Cette technologie en est encore
au stade de la précommercialisation, mais grâce au transfert de connaissances
provenant des industries en mer établies et au nombre croissant de projets
déployés dans l’éolien flottant, elle se développe rapidement et pourrait
devenir une source importante d’énergie marine »
Remarque 5) Cet optimisme technologique sur l’éolien flottant est en complète
contradiction avec ce qui ressortait notamment d'une audition publique de l'OPECST (Office
Parlementaire d 'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques) sur l'éolien
flottant et qui pointait sur une absence de maturité technique (choix du socle
non résolu, pas de postes flottants -qui permettraient effectivement de
s'éloigner des côtes- avant 2030, problèmes de vibration, forte dépendance en
matériaux stratégiques et coûts « à
deviner dans une boule de crystal »)
3b)
Augmentation de la taille des éoliennes : en contradiction avec les faits
« Le rapport
présente un encart sur les potentialistés de l’augmentation de taille des
éoliennes et mentionne le projet
INNWind (20 millions d’euros) dans le
septième programme-cadre pour la recherche, qui aurait permis de démontrer que
le passage d’une éolienne en mer conventionnelle de 5 MW à un modèle de 10 à 20
MW entraînerait une réduction des coûts de 30 %, rapprochant ainsi l’éolien en
mer du marché. ( ???) »

Remarque 6) Cet optimisme est également très étrange,
la course mal maîtrisée au gigantisme ayant été identifiée comme la
principale source des problèmes actuels des fabricants et exploitants, Siemens
au premier plan !, mais aussi Orsted, General Electric avec la multiplication des pannes précoces sur
les grandes éoliennes,, les problèmes mal maitrisés et
des assureurs de parcs éoliens qui menacent de jeter l'éponge ( voir nos dossiers
Eoliennes enmer, une rentabilité très très compromise et 2023, l’été meurtrier
pour l’éolien en mer)
4) Le déploiement des énergies marines renouvelables se
heurte à des obstacles pratiques, sociaux et environnementaux qui n’ont pas
encore fait l’objet d’une réflexion suffisante*
4a) de
nombreux conflits d’usage : « La mer n'est
pas vide, et contrairement aux apparences, elle n'est pas libre». (CNDP rapport
sur l’éolien en Normandie)
Le rapport rappelle
« que les mers européennes sont
largement utilisées pour le transport maritime, la pêche, la production
d’énergie, les loisirs et le tourisme. Le processus national de
planification de l’espace maritime devrait aider les autorités nationales à
affecter ce dernier à différents usages, tout en évitant les conflits et en
protégeant l’environnement »
« La directive
PEM impose aux États membres d’établir des plans nationaux d’aménagement de
l’espace maritime en vue de recenser les usages existants et futurs de leurs
eaux marines, parmi lesquels figurent les installations liées aux énergies
renouvelables. »
« La stratégie
de l’Union sur les énergies renouvelables en mer indique que les EMR peuvent et
doivent coexister avec de nombreuses autres activités, dont la pêche,
l’aquaculture ainsi que la préservation et la restauration de la nature. Nous
avons constaté que le principe de coexistence était intégré dans les quatre
plans nationaux que nous avons examinés, mais qu’il existait peu de projets de
co-utilisation commercialement viable dans les parcs éoliens. Par exemple, les
autorités néerlandaises ont accordé à une entreprise l’autorisation de tester
de nouvelles méthodes de mytiliculture en mer dans le parc éolien Borssele. »
Remarque 7) : le fameux
effet récif n’a été en effet démontré… que pour les moules. Sinon, il risque
surtout de favoriser des espèces invasives sans intérêt, voire très
dommageables (cf notre document sur l’autosaisine du CNPN sur l’éolien en mer).
A voir aussi la comestibilité des moules élevées dans une zone industrielle générant
de nombreux contaminants (antifouling, anodes sacrificielles, huiles, résidus
polymériques de pales…)
4b) Le problème spécifique de la pêche : le conflit
entre ces deux secteurs reste sans issue
« Selon les
études disponibles, les conflits concernent l’exclusion des pêcheurs de la zone
utilisée pour les parcs éoliens en mer. Pour des raisons de sécurité (par
exemple le risque de collision accidentelle), les navires de pêche ne sont autorisés
à pénétrer dans les zones où sont implantées des installations d’EMR que sous certaines
conditions (par exemple, zone tampon de 500 mètres autour des installations), mais
ils n’en sont pas exclus en théorie. »
Remarque 8) La théorie peut-être,
mais la réalité est aussi que les assureurs refusent de les assurer
« La révision à la hausse des objectifs de
l’UE en matière d’EMR conduira nécessairement au développement des
installations en mer. L’accès aux zones de pêche pourrait donc progressivement
se réduire, ce qui ferait probablement baisser les revenus de la pêche et
exacerberait la concurrence entre les pêcheurs. Par contre, s’il n’est pas
certain que la ressource halieutique croîtra à plus grande échelle, une
augmentation de la densité de poissons dans des zones d’implantation d’EMR a
été observée. »
Nous avons constaté que le conflit entre ces deux
secteurs restait sans issue et que les États
membres sélectionnés l’abordaient de manières différentes. Par exemple, en Espagne
et aux Pays-Bas, les zones affectées aux EMR ont été redessinées afin de
réduire autant que possible toute interaction avec la pêche de fond. En France,
le porteur de projets éoliens en mer est tenu d’indemniser les pêcheurs pour
les pertes financières. En Espagne et en France, deux pays où le secteur de la
pêche est puissant, la consultation sur les futures zones affectées aux EMR n’a
pas encore dissipé les inquiétudes des pêcheurs, et l’opposition aux EMR
pourrait réapparaître à mesure que les différents projets seront évalués »
Remarque 9): En France, la colère des pêcheurs est d'autant plus grande qu'ils se sentent
très mal défendus par la manière dont leurs organismes professionnels (eg
Comités des Pêches) les défendent et
gèrent les aides qui n’iraient pas forcément aux plus touchés.
4c) Les implications sociales du développement des énergies marines
renouvelables n’ont pas encore été pleinement prises en compte
« Le
développement des EMR aura des implications sociales majeures sur les plans de
l’emploi, des infrastructures et des services. Le secteur est en pleine
expansion: en 2020, l’éolien en mer représentait 77 000 emplois directs et
indirects, contre moins de 400 en 2009. L’Allemagne concentre le plus
d’emplois; elle est suivie du Danemark, des Pays-Bas et de la Belgique »
« Toutefois, il existe un risque de perte d’emplois dans
le secteur de la pêche en raison de la croissance de celui des EMR. Les pêcheurs
s’inquiètent de l’absence d’autres possibilités d’emploi et du peu d’offres de
reconversion professionnelle. À notre
connaissance, la Commission n’a encore jamais quantifié les principaux effets
économiques qu’aurait le développement des EMR sur la pêche. »
« L’acceptation
sociale des EMR est un facteur important qui peut avoir une incidence sur la
durée du processus nécessaire à l’établissement d’une installation de ce type .»
Remarque 10) : Il y a pourtant eu
un rapport de la Commission Pêche du Parlement européen dont la conclusion
était assez nette : « Toute restriction d’accès aux zones de pêche
traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des
pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre, et l’approvisionnement
responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en
trouvent compromises »
« La Commission
pêche du Parlement européen fait remarquer que les études empiriques récentes
ne comportent pas d’évaluations des effets économiques et socioculturels des
énergies renouvelables en mer sur la pêche, et, en l’absence de données
fiables, appelle au principe de précaution quant à la construction de parc
éoliens offshore. »
Remarque
11) : Promesse d’emplois : les chiffres sont
connus pour l’Ecosse : en 2013,
l’Ecosse prétendait devenir
l’ »Arabie Saoudite des Energies renouvelables” avec 28 000 emplois rien
que dans l’éolien offshore. 10 ans après, l’éolien offshore n’a fourni qu’un dixième
des emplois (2800 !)
5) Environnement « La recherche, l’analyse
ou le traitement de l’impact des installations en mer sur le milieu marin ne
sont pas satisfaisants »

Les auteurs d’une étude réalisée en 2022 ont tenté de cartographier et
d’analyser l’impact potentiel des EMR sur l’environnement. Cette analyse montre que certains facteurs de stress causés par la
production d’énergie en mer peuvent avoir un large rayon d’impact, bien que
les effets cumulatifs les plus importants se produisent à proximité immédiate
des installations. (NB Galparsoro et al., 2022, Mapping potential
environmental impacts of offshore renewable energy. parle d’effet
d’évitement s’étendant jusqu’à à 15 km
autour des parcs)
« L’étude
souligne également que, si la stratégie de l’Union sur les énergies
renouvelables en mer part du principe
que moins de 3 % de l’espace maritime européen seraient nécessaires à la
réalisation des objectifs climatiques à l’horizon 2030, elle ne tient pas
compte du fait que le déploiement des EMR pourrait avoir une incidence sur une
part beaucoup plus importante de certains types d’habitats et sur leur
biodiversité »
« Lors des
entretiens que nous avons eus avec des représentants d’ONG, l’une des
inquiétudes exprimées était l’incertitude entourant les effets cumulés
sur l’environnement. Le déficit de connaissances, qui rend l’incidence
des futures installations en mer sur l’environnement difficile à prévoir, fait
aussi partie des questions soulevées »
Le rapport mentionne
ensuite l’exemple de Saint-Brieuc, dont on semble comprendre à demi-mot que la
Commission considère, comme le Ministre de la Mer, que ce n’est ni fait, ni à
refaire :