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mercredi 6 mars 2024

Eolien en Mer et coût du réseau : l’avertissement de la CRE à RTE !

 Le dernier atelier du débat façades maritimes de la CNDP portait sur l’atterrage et sur les réseaux, avec des présentations quelques peu biaisées de RTE qui, en l’occurrence, n’est pas un représentant impartial de l’Etat et de l’intérêt général mais un maître d’ouvrage comme les autres Alors PIEBÎEM rappelle l‘avertissement récent de la CRE (Commission de Régulation de l’Electricité) spécifiquement sur l’éolien en mer

« Les dépenses prévisionnelles pour 2024 pour le développement du réseau en mer s’élèvent à 258,3 M€, en baisse de 22 % par rapport au programme révisé de l’année 2023. Cette baisse s’explique par l’achèvement prochain des projets de l’AO 1 (parcs de Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc et Saint-Nazaire), dont les raccordements ont été mis à disposition des clients. Près de 70 % des dépenses de l’année 2024 sont portées par les projets de l’AO 2 (parcs de Yeu-Noirmoutier et Dieppe – Le Tréport).

Le poste comprend également les études pour les projets des AO 3 à 8. RTE est en cours de passation des commandes pour les matériels des raccordements des AO 4 à 8 (postes et câbles).

Les résultats de ces appels d’offres ne sont pas encore connus, mais RTE constate de fortes tensions sur l’approvisionnement de ces composants, notamment pour les matériels à courant continu. Des tensions sur ces marchés spécialisés avaient notamment déjà été notées pour les passations des commandes des projets d’interconnexion Celtic et Golfe de Gascogne en 2023 et pourraient encore s’accentuer en raison de l’accroissement de la demande internationale.

 Plusieurs gestionnaires de réseau de transport européens ont fait état d’un besoin de sécurisation des approvisionnements pour ce type de matériels. Dans ces conditions, les coûts prévisionnels des raccordements des parcs éoliens en mer devraient être supérieurs aux niveaux anticipés.

RTE prépare actuellement la stratégie de contractualisation pour le raccordement des parcs éoliens en mer qui pourraient être décidés pour la prochaine décennie, en cohérence avec les objectifs affichés par le gouvernement au sein du Pacte éolien en mer (18 GW en service d’ici 2035). La CRE estime pertinent que RTE prépare de manière anticipée cette stratégie de contractualisation, en tirant le retour d’expérience des commandes en cours. La CRE considère également important que la programmation du futur programme éolien en mer, en particulier son cadencement par zones, intègre les contraintes liées au raccordement.

Rappelons enfin que Agnès Pannier-Runacher avait expliqué que  « les 100 milliards d’investissement dans le réseau ne sont pas pour le nucléaire, mais pour connecter les dizaines de milliers d’installations renouvelables que nous déployons »

Source : https://www.vie-publique.fr/discours/290546-bruno-le-maire-agnes-pannier-runacher-12072023-reacteurs-nucleaires

NB En fait, c’est 100 milliards pour RTE et 100 milliards pour Enedis !

Document de la CRE téléchargeable cf PIEBÏEM https://piebiem.webnode.fr/l/eolien-en-mer-et-cout-du-reseau-%3a-l%e2%80%99avertissement-de-la-cre-a-rte-%21/





mercredi 11 octobre 2023

Le mythe de l’énergie verte à bon marché, c’est terminé !

 Quand les mensonges et les illusions se heurtent à la réalité

https://www.telegraph.co.uk/news/2023/10/10/green-energy-plans-wind-solar-power-myth/

Selon le récit omniprésent sur  l'éolien en mer ces dernières années, l'énergie éolienne est bon marché et les coûts sont en baisse  Mais grattez sous la surface et vous verrez que la situation n’est pas si rose ! En fait, les fabricants de turbines ont perdu énormément d’argent ces dernières années. Au cours des cinq dernières années, les quatre premiers producteurs de turbines  (Chine exceptée) ont perdu près de 7 milliards de dollars – et plus de 5 milliards de dollars en 2022. L'année dernière, le directeur général de la turbine Vestas a déclaré que la société avait perdu 8 % sur chaque turbine vendue.

 

Certaines de ces pertes sont dues à des problèmes de garantie, ce qui signifie que les turbines n'ont pas fonctionné comme prévu, ce qui oblige les fabricants à indemniser les développeurs de parcs éoliens et à remédier aux problèmes.  Il semble aussi que  soit en cause la pression pour fabriquer  des éoliennes de plus en plus puissantes et hautes, dont la fabrication est plus problématique. Les spécialistes pensent que l’on est arrivé à une limite de puissance, au moins pour le moment.

 

Mais les pertes ont également été  provoquées par  la pression sur les prix pour gagner des parts de marché, et des promoteurs agressifs de parcs agricoles qui poussent à la baisse, alors qu’ils empochent des milliards de subventions. Le marché a commencé à ressembler, sinon à une pyramide de Ponzi, du moins à un château de cartes construit sur les fondations très peu sûres. . Les producteurs de turbines cherchent très activement à renégocier des contrats et à obtenir de meilleures conditions pour endiguer leurs pertes, faute de quoi ils se déplaceront simplement vers d'autres activités, plus rentables. Cela exerce une pression sur les promoteurs éoliens offshore qui  se retournent maintenant vers les gouvernements, en exigeant plus de subventions et de plus d'allégements fiscaux,  lesquels seront payés par les contribuables ou les consommateurs.

 

Pour lutter contre la menace croissante des fabricants chinois de turbines, l'UE envisage d'ouvrir une enquête sur l'utilisation par la Chine de subventions pour promouvoir ses fabricants de turbines. L'UE a déjà imposé des droits de douane sur les  fibres de verre, qui sont utilisés dans les pales d'éoliennes. Didier Reynders, commissaire à la concurrence de l'UE, a déclaré que les importations chinoises à bas prix pourraient menacer les entreprises européennes. Une décision sur cette enquête est attendue à la fin de ce mois, malgré une réaction  négative de Pékin à propos d'une mesure similaire sur les véhicules électriques.

 

Appels d’offres non souscrits, annulations en série

 

Les projets éoliens offshore se sont rares dans le monde entier.  En 2022, il n'y a pas eu d'investissements dans l'énergie éolienne en mer dans l'UE, si ce n'est une poignée de petits projets flottants.  Les décisions finales en matière d'investissement ont été retardées en raison de l'inflation, des baisses boursières et des incertitudes quant aux recettes futures. Dans l'ensemble, l'UE n'a enregistré que 9 gigawatts de nouvelles commandes de turbines en 2022, soit une baisse de 47 % par rapport à 2021.

 

Les développeurs  se plaignent de l'augmentation des coûts de la chaîne d'approvisionnement, mais bien que ces coûts aient effectivement augmenté, ils  n’ont  fait qu’aggraver les pertes subies par les fabricants. Ces pertes  existaient déjà avant que la guerre en Ukraine n'ait déclenché une hausse des prix mondiaux.

 

En fait, les gouvernements pensent qu'ils subventionnent une technologie immature qui finira par être auto-entretenue. Mais après un quart de siècle de subventions, ce marché n'est plus immature. Et il restera économiquement non soutenable tant que les gens ne se rendront pas compte que, bien qu'ayant des coûts d'exploitation proches de zéro, les parcs éoliens doivent gagner beaucoup d'argent pour rembourser leurs coûts d'investissement très élevés, quelque chose que les décideurs politiques hésitent à admettre parce que cela signifierait abandonner la rhétorique des « énergies bon marché » et admettre que les énergies renouvelables sont en fait très chères.


Et la réalité commence à s’imposer : les entreprises hésitent maintenant à se lancer dans la construction de parcs éoliens. Le mois dernier, le dernier appel d’offre d’offre pour l’éolien off shore au Royaume-Uni n’a suscité…aucune candidature. Vattenfall, a arrêté les travaux sur son parc éolien de Norfolk Boreas en juillet, invoquant des coûts en hausse. Un appel d'offres récent en Allemagne a été sous-souscrit – bien que le volume cible ait été diminué  de  moitié au cours du processus, les offres ont encore été inférieures à la capacité offerte.

 

Aux États-Unis, malgré le soutien massif offert par l'Inflation Reduction Act, les projets de parcs éoliens sont également en difficulté. Orsted, le leader mondial de l’éolien en mer, a indiqué qu’il pourrait annuler plus de 2 milliards de dollars de coûts liés à trois projets basés aux États-Unis – Ocean Wind 2 au large du New Jersey, Revolution Wind off Connecticut et Rhode Island, et Sunrise Wind au large de New York – qui n’ont pas encore commencé la construction, affirmant qu’il pourrait se retirer des trois s’il ne trouve pas un moyen de les rendre économiquement viables.

 

En août, le gouvernement américain a organisé une enchère pour des zones éoliennes en mer dans le golfe du Mexique, qui n'a suscité pratiquement aucun intérêt de la part des promoteurs. Une société, RWE, a fait une offre pour l'un des trois domaines proposé et a gagné…sans concurrent. Il n'y a pas eu d'offres du tout dans les deux autres zones. Les analystes ont déclaré que les entreprises étaient réticentes à soumissionner parce que les États riverains du Golfe n'ont pas besoin d'acheter de l'électricité dans les parcs éoliens offshore.

 

Pendant ce temps, les projets au large de New York demandent une augmentation moyenne de 48 % des prix garantis qui pourraient ajouter 880 milliards de dollars par an aux prix de l'électricité dans l'État. Les contrats d'électricité à long terme pour l'électricité produite par les parcs éoliens en mer ont été annulés, les promoteurs de parcs éoliens payant des pénalités sévères. Le développeur Avangrid, une filiale du géant espagnol Iberdrola, a annulé ses contrats pour la production de la société Park City de 804 mégawatts et des projets de 1,2 gigawatts du Commonwealth Wind. Il prévoit de resoumissionner pour  ces projets lors de futures ventes aux enchères, mais pour l'instant ils sont arrêtés. Shell, Equinor et Orsted ont également cherché à annuler ou à renégocier des contrats similaires, tandis que le projet Ocean Winds-Shell, SouthCoast Wind, a accepté de payer 60 millions de dollars pour annuler des contrats avec les services publics du Massachusetts.

 

En Caroline du Nord, Duke Energy a complètement abandonné l’éolien en mer de son dernier plan énergétique à long terme, en faveur de l’énergie nucléaire, solaire et  éolien terrestre.

Tout cela met en péril les ambitions du président Joe Biden de construire 30 gigawatts d’éoliennes en mer le long de la côte américaine d’ici 2030, de nombreux analystes estimant que ces objectifs ne seront tout simplement pas atteints. Les objectifs ont été guidés en partie par le désir des États du Nord-Est de s’éloigner des combustibles fossiles – New York, par exemple, a pour objectif d’alimenter son réseau avec 70 % d’énergie renouvelable d’ici 2030.

 

Malgré les incitations offertes par la loi sur la réduction de l'inflation (IRA), les promoteurs d'éoliennes en mer ont déclaré que les subventions de l'IRA étaient insuffisantes dans l'environnement actuel, et font pression pour obtenir des concessions supplémentaires.

La litanie des problèmes auxquels est confronté l'éolien en mer devrait inciter les décideurs à réévaluer leurs hypothèses sur ce marché. La production d'énergie renouvelable a sans aucun doute un rôle à jouer dans la transition énergétique, mais continuer à croire qu'elle est bon marché malgré toutes ces preuves du contraire est irresponsable. Sans parler de l'illusion.




samedi 26 septembre 2020

L’éolien flottant : un sacré défi qui n’en vaut pas la peine ?

 La France est-elle en retard pour le développement de l’éolien off shore :?

Sur le sujet plus général de l’éolien offshore, cf. Les plans délirants d’une l’Union Européenne sous influence pour l’éolien off shore

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/08/les-plans-delirants-dune-lunion.html

Remarque ; on nous dit que la France est extraordinairement en retard pour le développement de l’éoline off-shore. En retard par rapport à qui ? Cela s’explique parfaitement en ce qui concerne l’éolien posé, car la France dispose  de peu de rivages aussi favorables que les fonds sablanneux, peu profonds et étendus de la mer du Nord ; en France, le fonds marins plongent rapidement et ne sont guère favorables à l’éolien posé.

Cela a d’ailleurs été reconnue par la Commission Européenne qui a validé les tarifs extrêmement gééreux accordés aux parcs Française d’éolien posé : La Commission européenne a accepté des tarifs d’achats entre 131 et 155 euros par mégawattheure (MWh) les justifiant aisni :

« Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises, explique la Commission : des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux) ».

Alors l’éolien off shore peut-il constituer une solution ?

L’exemple Equinor, Hywind,Tampen : ça coûte très très cher et les investisseurs se précipitent pas

 En 2016, il n’existait que quelques démonstrateurs de l’éolien flottant dans le monde et déjà, les prometteurs éoliens, qui commencent à être un peu bloqués sur terre et sur mer proche des côtes, annoncent un nouvel eldorado. Pour eux, aucun doute !

Le seul retour d’expérience signi­ficatif dont nous disposons actuellement sur l’éolien flottant est celui de la ferme pilote Hywind, qui fonctionne depuis octobre 2017 à 25 kilo­mètres au large de la côte nord-est de l’Écosse. Cette première ferme éolienne flottante de taille commerciale, a été développée par la branche New Energy Solutions du groupe pétrolier norvégien Statoil- maintenant Equinor. Ses cinq éoliennes ont des rotors de 154 mètres et des mâts de 253 mètres (dont 175 sous le niveau de l'eau-flotteur vertical). Ils ont été convoyés lors de l'été 2017 depuis la Norvège jusqu'au site de Buchan Deep, à 25 kilomètres au large des côtes nord-est de l'Écosse, où la vitesse moyenne du vent est de 10 mètres par seconde, soit 36 km/h.

La production a démarré le 18 octobre 2017. Une batterie au lithium de grande capacité (1 MWh) produite par Masdar stockera l’énergie produite. Durant son premier hiver, le facteur de charge du parc s'est élevé à 65% soit 10 points de plus qu'un parc offshore classique.

Ce premier parc éolien flottant de taille commerciale, en cours d'installation par Statoil en Écosse, a obtenu une subvention publique de près de 160 livres (177 €) par MWh produit pendant 20 ans, qui s'ajoutera aux prix de marché britannique.

Hywind a survécu à une période orageuse de trois mois de novembre 2018 à janvier 2019, alors qu'un ouragan de l'Atlantique Nord a envoyé des houles atteignant 27 pieds…

Commentaire  ; ça marche bien, dans un environnement particulièrement favorable, mais ça coûte cher. 65% de facteur de charge, c’est impressionnant, mais ça laisse tout de même 35% à suppléer par des énergies pilotables. Il faudrait savoir comment ces 65% sont réparties : de longues périodes de calmes plats, ou des variations erratiques et brutales ?

Un an de fonctionnement so far, so good. Il reste à voir la tenue dans le temps des éoliennes d’Equinor

Rebondissant sur son succès pour l’instant de Hywind, Equinor se lance dans Hywind Tampen,  un projet d'énergie éolienne flottante de 88 MW destiné à fournir de l'électricité aux opérations sur le terrain offshore de Snorre et Gullfaks en mer du Nord norvégienne. Ce sera le premier parc éolien flottant au monde à alimenter des plates-formes pétrolières et gazières offshore. Hywind Tampen sera également un banc d'essai pour le développement ultérieur de l'éolien flottant, explorant l'utilisation de turbines nouvelles et plus grandes, des méthodes d'installation, des amarres simplifiées, des sous-structures en béton et l'intégration entre les systèmes de production d'énergie à gaz et éolienne.

Le problème est que Equinor n’a pas réussi à convaincre des partenaires financiers, et a du coup, dû faire appel à l’Etat norvégien ; lequel détient et contrôle toujours 67% des actions d'Equinor. En qu'en plus d'obtenir la subvention de 2,9 milliards de NOK,( la pmus élevée accordée par l’Etat norvégie dans le domaine énergétique),  Equinor et ses partenaires peuvent également annuler 90% du reste des coûts du projet sur six ans, ce qui signifie que l'État norvégien et les contribuables assument la responsabilité et les risques financiers. Equinor avait clairement indiqué dès le départ qu'elle ne souhaitait pas risquer ses propres profits et capitaux sur le projet, et qu'elle ne pouvait aller de l'avant que si l'État investissait de l'argent.

Commentaire : Cette  décision du gouvernement norvégien de financer la totalité d'un énorme projet éolien offshore pour la compagnie pétrolière publique Equinor a suscité des critiques et des interrogations. Le moins qu’on puisse dire est que la démonstration de la rentabilité financière n’est pas acquise…

Un seul autre parc d’éoliennes flottantes vient d’être mis en service : WindFloat Atlantic (Portugal à  20 km des côtes de Viana do Castelo). trois structures flottantes de 30 mètres dont les colonnes sont distantes de 50 mètres les unes des autres seront installées pour former le premier parc éolien flottant d'Europe continentale : puissance unitaire : 8.3MW. Le parc a été raccordé en jullet 2020. Le projet Windfloat a été hautement subventionné par un apport de 29.9 millions d’euros du programme européen NER300 , 6 M € du Portugal, 60M€ de la BEI

Et c’est tout pour le moment !

Les difficultés spécifiques de l’éolien flottant

Si l’éolien offshore a mis du temps à se développer, c’est que les analyses de rentabilité avaient jusqu'à présent dissuadé la plupart des entreprises. «Le temps nécessaire pour atteindre la rentabilité est long et les sommes d'argent nécessaires sont importantes, compte tenu de l'incertitude sur le marché éventuel» (Agence internationale pour les énergies renouvelables)

Selon l’Ademe, le coût de production de l’électricité éolienne en mer est estimé entre 123 € et 227 € le MWh pour des machines posées et entre 165 € et 364 € le MWh pour l’éolien flottant(2016). Il est attendu que les couts baisseront, mais ce sont des projections !

Le coût élevé de l’éolien flottant s’explique par plusieurs facteurs.

- Pour les banques et investisseurs, ces projets apparaissent comme nouveaux et ils demandent de fortes primes de risque

- Cette technologie ne bénéficie pas encore de la fabrication en série qui diminue le coût de l’éolien posé.

-Plus grave, la technologie de référence n’est pas fixée et il existe plusieurs modèles sur lesquels on manque de recul

Hywind le plus avancé, utilise un  flotteur vertical, mais bien d'autres solutions sont encore à l'étude (voir ci après pour les parcs français)

-Les dispositifs de suivi sur sites restent expérimentaux (camera, jauges de contraintes) A ce stade, il est impossible de mutualiser les moyens de surveillance et de diminuer le coût

Pour illustrer l’absence de maturité de la technologie, sur 4 projets prévus en France, ce seront 4 technologies différentes qui seront employées !

Eoliennes Flottantes du Golfe du Lion (EFGL) prévoit la construction et l’exploitation, début 2022, de 3 éoliennes flottantes à plus de 16 kilomètres au large des communes de Leucate et du Barcarès, pour une puissance totale de 30 MW. Les  3 flotteurs conçus par la société Principle Power et construits par Eiffage sont les mêmes que pour le le projet portugais Windfloat. Le flotteur est constitué de 3 colonnes

Situé en mer Méditerranée au large de Gruissan (Aude), le projet EolMed consiste en l’implantation de quatre éoliennes d’une puissance unitaire de 6,2 MW, installées sur des fondations flottantes en béton d’environ 15000T à plus de 18 km des côtes. Les éoliennes seront sur la bathymétrie des 60m de fond et raccordées à des ancres charrues au travers de 8 lignes d’ancrage maximum.


Provence Grand Large : piloté par EDF Renouvelables, à 17 km au large de la plage Napoléon située sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône. 3 éoliennes de 8.4 MW,  SBM Offshore pour la conception, la fabrication et l’installation des flotteurs. L’électricité produite sera ensuite transportée grâce à un ensemble innovant de câbles dynamiques capable de suivre le mouvement des éoliennes, lui-même connecté à un câble d’export sous-marin puis souterrain, jusqu’au Poste de raccordement électrique

Eoliennes flottantes de Groix : 3 éoliennes de 9,5 MW, porté par l’opérateur français EOLFI associé au groupe chinois CGN. Le flotteur sur lequel repose l’éolienne a été développé par Naval Energies, il est constitué de 4 colonnes cylindriques en acier assurant la flottabilité et d’une embase ballastée assurant la stabilité. Ce flotteur semi-submersible est ancré au fond de la mer par 5 lignes de mouillage pour maintenir l’éolienne sur sa position et éviter qu’elle ne dérive.


Or le choix technologique est loin d’être indifférent ! Flotteur en bèton ( moins cher) ou en acier, vertical, horizontal, plusieurs colonnes,  semi immergé ou non, les choix techniques ne sont pas indifférents : le coût du flotteur compte pour près de 60%.

Pas plus qu’ailleurs, les projets éoliens offshore ne sont viables économiquement. Les quatre projets en cours en France recevront une aide à l’investissement s’élevant au total à 330 million € et le courant produit sera acheté au tarif de 240€MWh pendant 20 ans ! Le soutien financier au fonctionnement devrait même se situer dans une fourchette 260-280 €/MWh, de sorte que, toutes aides cumulées, les Français devront payer le MWh produit par les éoliennes flottantes entre 323 et 343 € soit au total sur 20 ans de 660 à 700 millions.

Le parc de Groix & Belle-Île bénéficiera d’un ­tarif d’achat de 240 €/MWh de la totalité de sa production (même quand on n’en aura pas besoin) sur vingt ans. En comparaison, le prix de marché se situe aux alentours de 50 €/MWh, et EDF est contrainte de vendre 25 % de sa production nucléaire et hydraulique 42 €/MWh à ses concurrents. Le surcoût sera payé par les familles.

Pour plus de données, on pourra se référer à

https://www.books.fr/cout-exorbitant-eoliennes-flottantes/#:~:text=Selon%20la%20Commission%20de%20Bruxelles,la%20plus%20on%C3%A9reuse%20d%C3%A9ploy%C3%A9e%20actuellement%20%C2%BB

Selon la Commission de Bruxelles, qui s’appuie sur les chiffres avancés par l’Ademe, les coûts d’investissement de l’éolien flottant représentent « de 5 à 6 fois les coûts de l’investissement terrestre et près de 2 fois les coûts de l’offshore posé", qui est la ­filière la plus onéreuse déployée actuellement

Quelques remarques et questions concernant plus spécifiqument le projet de Groix :

https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/JEANDRON/Analyse_du_projet_EolMed_v1.pdf

- Pour une puissance installée de 24,8 MW les promoteurs annoncent une production électrique annuelle se situant entre 95 et 100 GWh correspondant à un facteur de charge de 46%. Il serait du même niveau que les meilleurs sites de la Mer du Nord, ce qui est très improbable et demandera à être vérifié.

- Il nous est indiqué que les 100 GWh produits correspondront à l’énergie consommée par 50 000 habitants, affirmation fantaisiste : rapporté à une consommation nationale de 474 000 GWh (en 2018) ce type de calcul supposerait une population de 237 millions de français !

- Le chiffre avancé, de plus de 30.000 tonnes de CO2 évitées annuellement, suppose que chaque KWh d’électricité éolienne remplacera la production d’une centrale au fuel. Or les centrales au fuel ne représentent que 0,5% de notre production en 2018 et servent surtout à gérer les à-coups de consommation, et éventuellement de production, de l’électricité intermittente en particulier. Un chiffre plus réaliste serait de 7 fois inférieur au mieux . De plus le site EolMed annonce la fabrication de barges de 15 000 tonnes de béton armé. De cette fabrication résultera une émission de 159 kgCO2e/ tonne de béton armé, soit 2 400 tonnes de CO2e pour la seule barge.

- Enfin une éolienne flottante, au-delà de la phase d’implantation,  impose des restrictions de pêche supérieures à celles d’une éolienne sur fondations, en raison des très grands cables et chaines d’ancrages susceptibles d’être déplacés par des chaluts. Un e zone de sécurité d’environ 1 km de diamètre s’applique, interdisant aussi le mouillage et les activités sous-marines. Seul le transit des petits navires reste autorisé, jusqu’à 200 m des flotteurs.

-  La société de projet dénommée «Ferme Éolienne Flottante de Groix et Belle Île SAS (EFGBI) est contrôlée à 51% par EOLFI, elle-même détenue à 90% par CGNEE, filiale de l’énergéticien chinois CGN. Ce dossier spécifie que « La société de projet est la structure qui sera la bénéficiaire des aides d’état ». On peut raisonnablement se demander pourquoi des groupes internationaux aussi puissants ont besoin d’être aussi fortement aidés par le citoyen français pour le développement d’une technologie pour laquelle la France vise 6 GW en 2030.

Ca fait cher, et, en plus, on subventionne grassement des puissants groupes étrangers !

Commentaire : rappelons la phrase de Jean-Marc Jancovici devant le Commission Aubert :

« L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, »

Et cette remarque de l’excellente association Sauvons Le Climat :

« Il convient enfin de rappeler que la France n’émet que 1% des gaz à effet de serre de la planète et que l’électricité y est déjà décarbonée à 97%.

Il serait beaucoup plus efficace de développer les énergies renouvelables thermiques, de développer le transport électrique, de substituer des énergies non carbonées aux chauffages fioul et gaz, mais tout ceci suppose par ailleurs, la mise à disposition d’une énergie électrique de qualité, en quantité et à un prix supportable par nos concitoyens »

jeudi 30 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 18 Jean-Marc Jancovici,: l’inanité de la stratégie aujourd’hui poursuivie…


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):
« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Commission Aubert : Audition, ouverte à la presse, de M. Jean-Marc Jancovici, ingénieur, consultant en énergie. Du grand Janco, commenté ainsi par M. Aubert : « Vous êtes le premier à décrire de manière aussi claire et catégorique l’inanité de la stratégie aujourd’hui poursuivie.  Extraits (bon, en fait, presque toutdifficile de couper Janco !)

Energies pilotables et intermittentes (dites aussi fatales !). Il n’ y a pas remplacement, mais superposition !

« Cet effet résulte aussi du fait qu’on ne demande pas aux producteurs de rendre leurs kilowattheures pilotables. On leur propose de fournir du kilowattheure quand le vent souffle, alors qu’on demande aux centrales classiques de fournir du kilowattheure quand on a besoin d’allumer la lumière. Jusqu’à présent, le réseau s’est développé avec des sources pilotables : le train de 8 heures part à 8 heures et pas quand il y a du vent ; la commission se réunit à 16 h 15 et pas quand il y a du vent ; vos enfants font leurs devoirs en hiver quand ils ont leurs devoirs à faire, et pas quand il y a du vent ; votre réfrigérateur fonctionne pleinement au mois d’août, et pas quand il y a du vent ; vous faites votre lessive le week-end et pas quand il y a du vent. C’est ainsi qu’a été conçu le système électrique. Un peu d’effacement est possible, mais pas tant que cela et une partie résulte du déclenchement de groupes électrogènes par des industriels.

Si vous voulez remplacer une source pilotable par de l’éolien ou du solaire en conservant la même organisation du système, sans mettre plus de coût à la charge des consommateurs d’électricité ou de ceux qui font fonctionner le réseau, c’est-à-dire, sans demander au consommateur d’investir dans des batteries et au réseau d’investir dans des moyens de stockage, vous devez, soit demander aux fournisseurs d’électricité non pilotable de prendre en charge des moyens de stockage pour rendre l’électricité de nouveau pilotable, mais dans ces conditions, il est évident qu’on ne peut produire à 60 euros le mégawattheure mais trois à six fois plus chersoit vous gardez vos capacités pilotages en back-up, exactement comme cela s’est produit en Allemagne. Mon pari, c’est que si on développe l’éolien et le solaire en France, on ne baissera pas significativement la puissance nucléaire ; on baissera le facteur de charge mais pas la puissance installée. Il convient de comparer le coût complet de l’éolien et du solaire au coût du combustible évité dans le moyen pilotable dont vous ne vous servez pas quand il y a du vent ou du soleil.

En résumé, vous gardez le moyen pilotable dont vous avez besoin pour que le train de 8 heures parte à 8 heures le jour où il n’y a ni vent ni soleil et vous ne vous en servez pas quand il y en a. Vous économisez ainsi la part variable de production. Dans une centrale à gaz, celle-ci représente 60 % du coût du kilowattheure, et il faut acheter le gaz entre 40 et 60 euros. Dans une centrale à charbon, c’est beaucoup plus bas et, dans une centrale nucléaire, le montant du combustible économisé est d’environ un euro le mégawattheure, soit à peu près rien. Les arrêts de tranche ne modifient pas la programmation. Vous enfournez un peu moins d’uranium au début mais l’effet est minime. Si vous arrêtez les centrales nucléaires quand il y a du vent et du soleil, pour que le vent et le soleil deviennent compétitifs en France, leur coût de production doit être inférieur à quelques euros le mégawattheure. Là où il n’y a que du gaz, c’est à 50 euros, là où il y a du charbon, à 20 euros ; là où il y a du nucléaire ou des barrages, c’est à « zéro plus », c’est-à-dire jamais.


Quand la presse répète que le coût de l’éolien est inférieur au coût du nouveau nucléaire, elle compare des choux et des carottes, c’est-à-dire une source pilotable et une source non pilotable. L’électricité étant un électron en mouvement, elle ne se stocke pas en tant que telle, sauf dans les supraconducteurs. Il faut la transformer pour la « stocker ». Il faut la transformer en eau remontée en altitude, dans des barrages réversibles, ou en composés chimiques, dans les batteries. Dans un réseau, la production et la consommation s’équilibrent à tout instant et la fréquence est stable. Des modes de production non pilotables ne peuvent être comparés qu’avec des combustibles économisés tout en ayant gardé des moyens pilotables. On ne peut donc considérer que la part variable économisée. C’est la raison pour laquelle, quand on ajoute au système à coûts fixes qu’est le nucléaire, que l’on devra garder, un autre système à coûts fixes comme l’éolien ou le solaire, la facture globale augmente à mesure de la quantité d’éolien et de solaire ajoutée dans le système, car il n’y a pas substitution mais superposition. »



M. le président Julien Aubert. Donc, quand on parle de complémentarité…M. Jean-Marc Jancovici. Ce n’est pas une complémentarité mais une superposition. J’y reviendrai.

Il n’ y a pas de foisonnement en Europe. Le vent souffle pour tout le monde en même temps, et le soleil brille pour tout le monde en même temps

« Le graphique suivant montre la production éolienne heure par heure et les exportations allemandes heure par heure. Plus la production éolienne est élevée et plus les exportations horaires sont élevées. Autrement dit, quand le vent souffle, l’Allemagne exporte de manière fatale. Or je montrerai ensuite qu’il n’y a pas de foisonnement au sens où on l’entend habituellement. Quand il y a une dépression en Europe, il y a du vent chez tout le monde et quand il y a un anticyclone, il n’y a de vent chez personne.

On le voit sur le graphique suivant montrant, heure par heure, le facteur de charge du parc éolien allemand, c’est-à-dire la puissance réelle par rapport à la puissance installée, et, pour la même heure, le facteur de charge du parc éolien français. On constate que lorsqu’il y a peu de vent en Allemagne, lorsque la puissance réelle représente une faible fraction de la puissance installée, il n’y a pas non plus beaucoup de vent en France. Je doute qu’on puisse compter sur le vent des voisins quand on n’en a pas chez nous. Que ceux qui disent que c’est possible misent leur propre argent sur ce pari !

Figure 1 Comment on fait avec l'intermittence de l'éolien ? Et il est où, et il est où le foisonnement ?


Mme Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteure. Il devrait y avoir deux couleurs de points, une pour l’Allemagne et une pour la France. Je comprends mal le graphique. M. Jean-Marc Jancovici. Il y a 8 760 heures dans l’année. Chaque point représente une heure. J’ai considéré la puissance réelle du parc français en pourcentage de la puissance installée et au même moment, la puissance réelle du parc allemand en pourcentage de la puissance installée. S’il existait un effet « quand il n’y a pas de vent chez nous, il y en a chez les voisins », les deux seraient à peu près équilibrés. Ce serait un vrai foisonnement. Il y aurait toujours du vent quelque part, pas au même endroit, et l’espace entre les deux serait entièrement occupé. On pourrait alors bâtir les interconnexions qui conviennent et l’ensemble du parc franco-allemand serait garanti. Mais le graphique montre qu’au moment où il n’y a pas de vent chez les uns, il n’y a pas de vent non plus chez les autres.

M. le président Julien Aubert. Je me ferai l’avocat du diable. Vous le faites uniquement pour la France et l’Allemagne ? M. Jean-Marc Jancovici. Je l’ai fait aussi pour la France et l’Espagne, pour l’Espagne et l’Allemagne. M. le président Julien Aubert. Toujours en bilatéral ? Pourquoi ne pas le faire sur une dizaine de pays en même temps ? M. Jean-Marc Jancovici. Je l’ai fait aussi. Je n’ai pas apporté la courbe, je pourrai vous l’envoyer. Cela donne le même résultat. La production de l’ensemble des éoliennes européennes peut descendre à moins de 5 % de la puissance installée en Europe…

Un autre graphique concerne la France et l’Espagne, la France et le Royaume-Uni, et les régimes les plus décorrélés en Europe, ceux de l’Espagne et de l’Allemagne. En outre, pour profiter pleinement du foisonnement en Europe, il faudrait tirer quelques gigawatts de lignes d’interconnexion entre l’Espagne et la Finlande. Je rappelle que depuis que la France s’est engagée dans la neutralité, nous avons quarante ou cinquante ans, disent les textes officiels, pour réduire à zéro les gaz à effet de serre. En s’y prenant bien, c’est le temps qu’il faut pour construire 10 % des capacités d’interconnexion nécessaires et 10 % des éoliennes nécessaires pour approcher de la consommation électrique actuelle avec juste ce genre de moyen.


Je conclurai par une petite règle de trois pour donner un ordre de grandeur des différences d’investissement entre un système 100 % nucléaire et un système 100 % éolien. D’aucuns me font remarquer qu’en France, les barrages concourent à la flexibilité, ce qui est vrai, mais on sait aussi, avec le nucléaire, faire du suivi de charge. On sait réduire la puissance d’un réacteur de 80 % en trente minutes. Ce n’est pas vrai dans toutes les centrales dans le monde, mais le nucléaire français sait faire de la variation de charge au même rythme qu’une centrale à gaz.
M. le président Julien Aubert. Cela ne dégrade pas sa rentabilité ?M. Jean-Marc Jancovici. Cela dégrade un peu sa rentabilité, parce que le facteur de charge moyen diminue.
M. le président Julien Aubert. Cela a-t-il un effet sur la vétusté du matériel ? M. Jean-Marc Jancovici. Cela accélère aussi un peu la vétusté du matériel et oblige à remplacer des éléments un peu plus souvent. Il n’empêche que, s’agissant d’une énergie pilotable, le nucléaire, même un peu plus cher à cause du suivi de charge, reste moins cher que l’éolien et le solaire, pour lesquels il faut prévoir du stockage.

Le coût caché du stockage. Le nucléaire est une solution du pauvre !

Le stockage fait perdre 30 % à 40 % de ce qui a été stocké. Il faut faire transiter l’électricité dans le réseau de l’éolienne à la station de pompage, avec une perte de 5 %, puis pomper l’eau de bas en haut, au prix d’une perte de 20 % à 25 %, puis la turbiner dans l’autre sens, au prix d’une perte de 10 %, avant de la transporter dans l’autre sens dans le réseau. Par rapport à une centrale pilotable, si vous avez besoin de stocker l’électricité, vous perdez 30 à 40 % au passage, ce qui signifie qu’il faut surdimensionner le parc de 30 à 40 % pour la partie à stocker. Il faut ajouter les éoliennes qui ne servent qu’à produire l’électricité qui est perdue pendant le stockage.
Vous devez aussi construire les stations de pompage. Pour construire ses barrages réversibles, il faut négocier avec la Suisse pour pomper l’eau du lac Léman et avec les riverains pour noyer des vallées. Quand on voit ce qu’a donné le projet de barrage de Sivens ! Et je n’ai même pas mis le coût des compagnies de CRS.
En revanche, la puissance installée en éolien est moins coûteuse : 1 000 à 1 500 euros le kilowatt installé, alors que le nucléaire, trop cher aujourd’hui, coûte 6 000 euros, mais deux séries optimisées coûteront 3 000 euros. Le facteur de gain est de 2 à 4 en faveur de l’éolien.
Il n’empêche que si vous faites la somme des facteurs multiplicatifs et diviseurs de part et d’autre, dans le meilleur des cas, un système éolien plus le stockage demandent cinq fois plus d’investissement qu’un système nucléaire, et dans le pire des cas, trente fois plus d’investissements. Là où la reconstruction à neuf du système nucléaire français, même avec un nucléaire cher, coûte 250 milliards d’euros, dans le meilleur des cas, un système éolien plus stockage en coûte 1 500 milliards d’euros, et dans le pire des cas, 10 000 milliards d’euros. Je ne suis pas sûr qu’on ait cet argent.

M. Vincent Thiébaut. Pourquoi ne parlez-vous que de l’éolien ?
M. Jean-Marc Jancovici. En appliquant la même règle de trois avec le solaire, j’aboutis à un résultat encore un peu plus défavorable, avec un facteur multiplicatif de 10 à 40.

Cela signifie que, contrairement à une idée répandue, dans l’électricité, le nucléaire est une solution du pauvre et pas une solution du riche. On accrédite l’idée que le nucléaire est une solution du riche parce qu’on ne fait que comparer des choux et des carottes, c’est-à-dire une électricité pilotable et une électricité non pilotable. Mais si on met sur un pied d’égalité les services rendus, on comprend que l’éolien et le solaire requièrent considérablement plus d’investissements pour la même quantité d’électricité produite que le nucléaire. Est-ce qu’on a tout cet argent ?

Développer en France les énergies renouvelables électriques ne présente pas le moindre intérêt sur aucun plan

Comme les lois de Kirchhoff de conservation de l’énergie s’appliquent pareillement en France, je suis prêt à parier que si en France, on développe l’éolien et le solaire, on ne supprimera pas les capacités nucléaires, on s’en servira moins. Ce faisant, on cumulera d’un seul coup tous les inconvénients, puisqu’on dépensera de l’argent dans des énergies renouvelables sans effet sur les émissions de gaz à effet de serre du pays. On augmentera les importations, car en passant d’un mégawattheure nucléaire à un mégawattheure solaire ou éolien, on passe d’un à vingt ou trente euros d’importation par mégawattheure, ce qui crée de l’emploi dans la filière mais en détruit globalement, et on augmentera le risque nucléaire, puisqu’on devra garder un parc qui gagnera moins d’argent si le prix du mégawattheure reste le même, puisqu’on s’en servira moins. Comme le système nucléaire est à coût fixe, en gardant un système à coût fixe auquel on donne moins d’argent, la probabilité que les risques soient mieux gérés n’est pas très élevée.

Par conséquent, à mon sens, développer en France les énergies renouvelables électriques ne présente pas le moindre intérêt sur aucun planLes seules bonnes énergies renouvelables dont on doit s’occuper en France, ce sont les énergies renouvelables chaleur. Les énergies renouvelables électriques n’ont strictement aucun intérêt, sauf pour les antinucléaires. C’est la raison historique pour laquelle on s’y est attaqué. Au moment du Grenelle Environnement, Nicolas Sarkozy ayant dit qu’on ne toucherait pas au nucléaire, les antinucléaires ont menacé de revenir par la fenêtre, on a accepté de parler tout de même d’énergies renouvelables. On a ainsi décidé de développer l’éolien et le solaire, c’est-à-dire les énergies concurrentes du nucléaire, auxquelles on a consacré des milliards d’euros. À l’époque, cette structuration n’a pas été décidée pour une raison d’ordre climatique mais sous l’influence des antinucléaires.

M. le président Julien Aubert. L’investissement de 300 milliards d’euros mentionné dans le graphique représente-t-il le coût du parc ? M. Jean-Marc Jancovici. Non, le coût historique est de 120 milliards d’euros. J’ai indiqué le coût de reconstruction à neuf. J’ai voulu comparer des éléments comparables. J’ai regardé ce que les Allemands avaient investi depuis le début des années 2000 et j’ai considéré que si nous avions dû réaliser le parc nucléaire depuis le début des années 2000, comme on a rajouté des règles de sûreté dans tous les sens, cela nous coûterait plutôt 250 milliards d’euros.
M. le président Julien Aubert. J’avais vu le chiffre de 75 milliards d’euros publié par la Cour des comptes.
M. Jean-Marc Jancovici. J’ai vu d’autres chiffres autour de 120 milliards d’euros, mais 100 milliards d’euros, c’est l’ordre de grandeur, et ce ne sont pas les 1 500 à 10 000 dont j’ai parlé tout à l’heure.
Le coût historique du parc nucléaire français est de 100 milliards d’euros et j’estime le coût de reconstruction à neuf avec les normes d’aujourd’hui, le coût de l’EPR aujourd’hui, même bien fait en série, entre 200 et 300 milliards d’euros.

Ce graphique porte sur l’exemple espagnol. En même temps que les Espagnols construisaient, depuis 1990, 25 gigawattheures d’éolien, ils ont construit 25 gigawattheures de centrales à gaz. Comme ils ne pouvaient pas compter sur l’éolien comme puissance pilotable, ils ont construit dans le même temps l’éolien et le back-up pilotable. Ils auraient construit à la place 25 gigawattheures de nucléaire, ils auraient sans doute aujourd’hui moins d’éolien mais aussi moins d’émissions de CO2 et moins d’importations de gaz.
L’analyse de la situation de l’Allemagne et de l’Espagne me conduisent à conclure clairement qu’augmenter les énergies non pilotables dans un réseau électrique ne permet pas de baisser significativement la capacité pilotable.

En résumé, les énergies renouvelables qui sont, à mon sens, vraiment pertinentes sont la pompe à chaleur et, de manière raisonnée, la biomasse, plus, dans les bâtiments, le solaire thermique, c’est-à-dire les ouvertures au sud, les vérandas.
M. le président Julien Aubert. Pas l’hydrogène ?
M. Jean-Marc Jancovici. L’hydrogène n’est pas une énergie primaire. On n’en trouve pas dans la nature, c’est un vecteur comme l’électricité. L’hydrogène n’est qu’un moyen de conversion et de stockage d’une autre énergie. Nous savons en faire de grandes quantités parce qu’il en existe deux grandes utilisations industrielles, dont la désulfuration des carburants. Dans toutes les raffineries des pays occidentaux, il y a des unités de production d’hydrogène mises en place par Air liquide ou par ses concurrents. Mais c’est de la production d’hydrogène fossile. C’est de l’hydrogène qu’on va chercher dans du méthane, c’est-à-dire dans du gaz naturel. La formule chimique du méthane est CH4, soit un atome de carbone et quatre atomes d’hydrogène. On joue au Lego à l’envers pour récupérer, d’un côté, le carbone sous forme oxydée de COqui part dans l’atmosphère, et, de l’autre côté, de l’hydrogène. On le fait par chauffage réalisé avec une autre partie du gaz naturel. Cela émet plein de CO2. La deuxième source de production d’hydrogène importante dans les pays occidentaux est la chimie de l’ammoniaque. On prend de l’hydrogène, on l’associe avec l’azote de l’air pour faire de l’ammoniaque, à la base de la chimie des engrais.
On sait très bien faire de l’hydrogène en grande quantité avec du gaz mais au prix de l’envoi de beaucoup de CO2. Si on veut se servir de l’hydrogène comme vecteur, il faudrait le faire avec des énergies sans carbone, c’est-à-dire essentiellement des énergies électriques. Pour être intéressant, l’hydrogène doit être plus intéressant que la chaîne électricité. Au début de l’histoire de l’hydrogène, il y a l’électricité. Certains disent qu’en installant plein d’éoliennes, on pourra électrolyser de l’eau quand il y aura du vent, ce qui produira de l’hydrogène qu’on transportera et utilisera. C’est physiquement possible mais cela reste beaucoup moins intéressant que des centrales nucléaires pilotables. Dès lors, on n’a besoin ni des éoliennes ni de faire de l’hydrogène pour stocker l’énergie dont on n’a pas besoin quand il y a du vent.

Stockage : pas de solution en vue- l’inanité de la stratégie aujourd’hui poursuivie

M. le président Julien Aubert Toute votre argumentation sur l’opposition entre pilotable et non pilotable repose sur l’absence de stockage.
M. Jean-Marc Jancovici. Oui.
M. le président Julien Aubert. Certaines personnes que nous avons auditionnées nous ont dit que le stockage arriverait d’ici quelques années.M. Jean-Marc Jancovici. Très bien !...Puisqu’ils disent que ce sera rentable d’ici quelques années, proposez-leur de vous revoir d’ici quelques années. Puisque le stockage ne coûtera rien, vous leur proposerez de le mettre à leur charge. Dites-leur : « Lorsque l’éolien stocké vaudra 60 euros le mégawattheure, on vous en achètera. Puisque cela ne coûte rien, vous ne pourrez qu’être d’accord ». Je ne suis pas complètement sûr qu’ils répondront oui.
M. le président Julien Aubert. Je vous en laisse la responsabilité ! Nous avons auditionné pas mal de monde et entendu toutes sortes de scénarios et de positions. Vous êtes le premier à décrire de manière aussi claire et catégorique l’inanité de la stratégie aujourd’hui poursuivie. Pourtant, des représentants d’agences de l’État, dont c’est la spécialité, nous ont plutôt confortés dans l’idée qu’on allait dans la bonne direction.
M. Jean-Marc Jancovici. Quelles étaient les personnes en question ?
M. le président Julien Aubert. Nous avons auditionné M. Carenco, président de la commission de régulation de l’énergie (CRE) et M. Brottes, président du réseau de transport de l’électricité (RTE), ainsi que des responsables de la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Comme cette dernière est le pilote de la locomotive des énergies renouvelables, sa position peut se comprendre. Mais je ne comprends pas pourquoi deux autres organismes comme RTE et la CRE, qui ont une vision transversale du sujet, n’aboutissent pas au même diagnostic. RTE dit plutôt : on sait faire, on va pouvoir gérer le foisonnement et l’intermittence. M. Carenco, le président de la CRE nous a dit : « On ne fait pas des énergies renouvelables pour l’objectif CO2, il faut diversifier, je ne crois pas à l’avenir du nucléaire ». Comment expliquez-vous ce hiatus entre votre réflexion académique et la réflexion administrative ?
M. Jean-Marc Jancovici. Je ne souscris pas à l’idée que toute diversification est pertinente. Si on coupe une de mes jambes pour la remplacer par une jambe de bois, j’ai diversifié mes appuis mais je ne suis pas sûr que ma situation globale soit améliorée. On peut très bien diversifier en remplaçant ce qu’on a par moins bien. C’est exactement ce que je viens de soutenir pendant une heure et demie.
Vous me posez une question difficile, parce que je n’ai le choix qu’entre ne prendre aucun risque en disant « joker » et contredire ces éminentes personnes sur la base de ce que je crois en savoir. Vous n’êtes pas sans savoir quel était le précédent employeur de M. Brottes.
M. le président Julien Aubert. À ma connaissance, il était député et il n’avait pas d’employeur.
M. Jean-Marc Jancovici. Il était dans cette maison. Il était même président de la commission des affaires économiques, en fonction lors du vote de la loi de transition énergétique. Je comprends ce qu’il aurait à perdre à expliquer aujourd’hui que l’objectif de l’article 1er de la loi de transition énergétique n’est plus pertinent. Même s’il le pense, je ne suis pas sûr qu’il vous le dira.

Dans les documents de RTE comme dans ceux de l’ADEME, comme dans les contrats d’assurance, il est intéressant de lire les petites lignes. Vous êtes bien placés pour savoir que les gros titres de la presse reproduisent les communiqués de presse. Il suffit de bien rédiger les communiqués de presse pour que la presse dise des choses sympathiques.
Il faudrait demander à ces gens-là s’ils parieraient jusqu’au dernier euro de leurs économies que cela peut marcher. Si on avait un nombre infini de milliards d’euros devant nous, on pourrait faire un système avec 50 % de nucléaire et beaucoup d’éolien.
M. le président Julien Aubert. Qu’y a-t-il dans les petites lignes de RTE ?
M. Jean-Marc Jancovici. Je lis dans les petites lignes les conditions limites. Par exemple, il faut regarder de très près la part des importations. J’ai montré tout à l’heure que si les pays suivent la même évolution que la nôtre, il n’est pas sûr qu’ils aient de l’électricité à exporter quand nous en avons besoin. Je ne sais pas si ce bouclage a été fait ou pas.

Autre exemple, dans le scénario 60 % et 100 % EnR de l’ADEME, une des hypothèses retenues est que 60 % de la consommation du pays est effaçable. Si on vous le demande gentiment, est-ce que vous ne ferez pas votre lessive, débrancherez votre frigo, n’emprunterez pas l’ascenseur, ne prendrez pas le train, et si vous êtes industriel, est-ce que vous arrêterez les machines, sans investissement à la charge du consommateur ? J’ai quelques doutes. On y trouve donc des conditions limites qui sont des hypothèses. Mais on peut postuler une hypothèse totalement invraisemblable. Je peux très bien imaginer ce que je ferais si j’étais capable de voler. Je peux écrire un livre de deux cents pages sur le sujet. Mais si je voulais transposer cela dans le monde réel, vous seriez en droit de challenger l’hypothèse de départ. Il faut réaliser un long et fastidieux travail de revue des hypothèses ou des conditions limites, ce que la presse n’a absolument pas le temps de faire. Je n’ai pas lu toute la production de tous ces gens. J’ai bien regardé le scénario 100 % EnR de l’ADEME. Il n’a pour moi aucune vraisemblance, il est tautologique. Il est dit d’entrée : « supposons que les EnR ne vaillent pas cher, que les coûts de réseaux ne soient pas significatifs, que le consommateur puisse s’ajuster sans investissement aux fluctuations de la production ». Il n’est pas très difficile d’écrire ce genre de propos.

Je ne pense pas que M. Carenco ait fait de longues études sur la physique de l’électricité. Il dit ce qu’il sait. Je vous ai parlé de physique, dont découle la partie économique. Je ne vous ai surtout pas parlé de politique. Je ne vous ai pas dit : parce qu’on a déclaré qu’on allait le faire, on va le faire. J’ai montré quelques évolutions historiques, celles de l’Allemagne et de l’Espagne, qui n’accréditent aucunement les hypothèses considérées comme vraisemblables de certains discours publics français, notamment celui prétendant qu’on peut réduire la capacité nucléaire en augmentant les EnR électriques. J’ai trouvé l’argument inverse en observant l’évolution des pays qui nous entourent. À chaque fois que je le fais remarquer à des tenants de ce point de vue, ils n’ont aucun argumentaire construit à opposer, de nature à prouver qu’ils sont plus intelligents que les autres.
Passer à 50 % de nucléaire en installant partout des éoliennes et des panneaux solaires ne pose pas de problème technique, ce qui peut expliquer la réponse de M. Brottes. On peut conserver les centrales nucléaires dont on se servira moins, ajouter des éoliennes et des panneaux solaires, faire monter en puissance le réseau pour compenser l’évolution, mais à la question est de savoir ce que cela apporterait, ma réponse est : « rien ».

Les ENR électriques : une gabegie inefficace face à l’urgence climatique

Le président Julien Aubert. Vous avez dit que la première chose à faire serait de stopper l’éolien offshore, mais vous avez ajouté que cela ne serait pas fait. Je vois une forme de pessimisme dans vos propos. Imaginons que cette commission d’enquête puisse avoir un impact et modifier le cours de l’histoire, quels sont selon vous les risques majeurs qui pèsent sur l’économie française si nous poursuivons sur cette lancée, si nous échouons ou si nous ne sommes pas d’accord sur le diagnostic ?
M. Jean-Marc Jancovici. Je dirai plutôt : « qui pèsent sur la société française », car je ne réduis pas la France à son économie. Le risque majeur, c’est de perdre une course contre la montre. La question du changement climatique et celle de la déplétion des énergies fossiles sont des courses contre la montre. Après avoir passé le pic de production dans la mer du Nord, année après année, elle diminue. Si vous n’êtes pas capable de vous organiser pour vous contenter de ce qui continue de sortir, vous prenez des claques. De même, le changement climatique est un processus cumulatif. Année après année, les gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère. Je rappelle qu’il faut plus de dix mille ans pour épurer un surplus de COenvoyé dans l’atmosphère ! Dix mille ans de déstabilisation mondiale irréversible ! À côté de cela, les déchets nucléaires sont peu de chose.

De plus, selon une étude scientifique récente, en dépassant deux degrés de réchauffement, ce qui est probable, on déclenche irréversiblement la déstabilisation de la calotte antarctique de l’ouest. Si on y ajoute le Groenland qui a commencé à fondre, on est parti pour avoir, à une échelle de temps qu’on pensait être de quelques siècles et dont on dit aujourd’hui qu’on ne le connaît pas, plus de neuf mètres de hauteur d’eau dans l’océan mondial ! Bangkok sous l’eau, Shanghai sous l’eau, Dunkerque sous l’eau, Miami sous l’eau, une partie de New York sous l’eau.

Mme Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteure. À quelle échéance ?
M. Jean-Marc Jancovici. Quelques siècles, pensait-on, mais aujourd’hui, on ne sait pas.
M. le président Julien Aubert. Le mont Ventoux est à 1 900 mètres !
M. Jean-Marc Jancovici. Dans cette course contre la montre, je considère qu’il faut faire feu de tout bois. Quand je mets en balance le nucléaire avec les risques du changement climatique ou de la déstabilisation sociale qui résulterait d’une économie qui se contracterait trop vite, il n’y a pas photo pour moi. Si j’ai un peu peur pour mes enfants avec le changement climatique induit par les combustibles fossiles, je me moque des déchets nucléaires.
Dans cette course contre la montre que nous sommes en train de perdre, éolien offshore inclus, on avait consacré 150 milliards d’euros à la fin de 2018, soit les 121 milliards d’euros chiffrés par la Cour des comptes, plus les 25 milliards d’euros de l’offshore.
M. le président Julien Aubert. Non, car le chiffre de la Cour des comptes prend en compte l’offshore à 40 milliards d’euros. Ce sont donc plutôt 100 milliards d’euros, plus les 37 milliards d’euros de dépenses prévues dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
M. Jean-Marc JancoviciOn est quand même à 140 milliards d’euros.
M. le président Julien Aubert. On sera !
M. Jean-Marc Jancovici. Avec cet argent, j’aurais pu payer une pompe à chaleur.
M. le président Julien Aubert. À 6 000 euros, vous l’avez déjà dit !
M. Jean-Marc Jancovici. Non, la totalité de la pompe à 10 à 15 millions de ménages français. J’aurais sorti la totalité du fioul et les deux tiers du gaz et gagné une partie de ma course contre la montre. J’aurais évité 15 % des importations de pétrole, donc, selon les années, de 3 à 6 milliards d’euros, voire 9 milliards d’euros. J’aurais évité la moitié des importations de gaz, créées macroéconomiquement de l’emploi et évité du CO2. Les arbitrages en cours nous privent d’une chance d’y parvenir. Si nous ne le faisons pas, comme le gaz et le pétrole qui entrent en Europe vont continuer à décliner, nous aurons de moins en moins d’énergie de chauffage, de toute façon, qui aura été remplacé par rien, nous aurons de moins en moins de transport, de toute façon, qui aura été remplacé par rien.

Nous aurons la tentation de recourir aux énergies fossiles là où il n’y en a pas, pour construire des dispositifs de production électrique quand on verra que les renouvelables ne fonctionnent pas. Nous ne sommes pas trop concernés puisque nous importons tout, mais les Allemands et les Polonais, qui ont beaucoup de charbon, peuvent très bien ajouter des unités à charbon.