Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Eric Sartori. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eric Sartori. Afficher tous les articles

samedi 27 janvier 2018

Le Danger Sociologique ; Halte au feu...d’artifice !

Le Danger Sociologique (de G. Bronner et E. Géhin, PUF, 2017) a provoqué nombre de débats et polémiques. Curieusement, dans ce débat, Auguste Comte n’est jamais cité.  L’auteur, qui n’est pas sociologue, se propose de rappeler que le fondateur de la sociologie avait, pour l’essentiel, déjà exprimé, pensé et  parfois exploré à certain péril la plupart des problématiques posées (et réactualisées par MM. Bronner et Géhin), et que cela n’a nullement empêché la sociologie d’accéder, ce qui n’avait rien d’acquis au départ, à la reconnaissance universitaire, et les sociologues de faire progresser leur discipline.
Dans certaines situations, l’histoire et la sociologie ont mis en évidence l’utilité de la fonction d’arbitrage (par ailleurs, un beau sujet d’étude). Entre les deux camps qui se déchirent à propos du Danger Sociologique (G. Bronner et E. Géhin, PUF, 2017), les fils de Boudon et ceux de Bourdieu, un arbitre acceptable pourrait être un lecteur passionné de sociologie, spécialiste d’Auguste Comte (rappelons que Durkheim disait qu’il reste « le maître par excellence »), bénéficiant d’une bonne et large formation scientifique, et exerçant une activité scientifique dans un domaine totalement différent- en l’occurrence, la chimie thérapeutique (lequel domaine n’est pas non plus dépourvu de charmes). Bref, votre serviteur, qui déclare hautement  l’absence de tout conflit d’intérêt ou d’appartenance à quelque organisation professionnelle ou tendance organisée de la sociologie.

L’impossible neutralité

Revenons donc à la base, au grand  Auguste si peu cité, bien qu’il soit tout de même l’inventeur de la science en question, laquelle fait son apparition dans la 47ème leçon du Cours de Philosophie Positive, avec cette annonce programmatique assez tonitruante : «  Désormais, les phénomènes politiques sont aussi nécessairement assujettis à d’invariables lois naturelles que tous les phénomènes quelconques ».
Entendons-nous ; après les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, une nouvelle science apparait qui a pour but « l’étude positive de l’ensemble des lois fondamentales se rapportant aux phénomènes sociaux ». A vrai dire, comme toute conception humaine, avant de se faire reconnaître comme science positive, la sociologie est passée par un stade théologique (par exemple, Bossuet, Discours sur l’Histoire Universelle), puis métaphysique (par exemple, Rousseau et la métaphysique de l’état naturel,  des droits, du contrat). Mais l’affirmation même de la sociologie comme science positive rend caduques certaines conceptions de l’histoire, de la politique, du droit, des phénomènes sociaux en général.  On ne peut pas être sociologue et intégriste religieux.

Comprendre et juger

Parmi les précurseurs que se reconnaît Comte figure Condorcet, à qui il fait néanmoins ce reproche : « Il a condamné le passé au lieu de l’observer ; et, par suite, son ouvrage n’a été qu’une longue et fatigante déclamation, dont il ne résulte réellement aucune instruction positive » d’où il ressort finalement qu’ « il y a donc miracle perpétuel, et la marche progressive de la civilisation devient un effet sans cause ». Et Comte poursuit : « L’admiration et l’improbation des phénomènes doivent être bannies avec sévérité de toute science positive, parce que chaque préoccupation de ce genre a pour effet direct et inévitable d’empêcher ou d’altérer l’examen ». Observer, comprendre avant de juger, telle est la bonne méthode, et le jugement sera d’autant plus sûr que la connaissance sera positive (certaine, exacte -de précision relative à celle des phénomènes-, relative, organisatrice). Rien de très nouveau ou original ici.

Liberté et déterminisme

Ah ce procès fait par les idéologues libéraux aux sociologues de nier la liberté et la responsabilité des individus ! C’est la connaissance de la gravitation et de de certaines  autres lois physiques qui permet de concevoir des machines volantes. C’est la connaissance de la chimie qui permet au savant de créer des matières nouvelles ignorées de la nature. C’est la connaissance des lois sociologiques et des déterminismes sociaux qui permet, dans une certaine mesure, de s’en affranchir, de « savoir pour prévoir, afin de pourvoir », d’être plus libre.
« A l’idée fantasque d’un univers arrangé pour l’homme, nous substituons la conception réelle et vivifiante d’un homme découvrant, par un exercice positif de son intelligence, les vraies lois générales du monde, afin de parvenir à les modifier à son avantage entre certaines limites, par un emploi bien combiné de son activité » Cours de Philosophie Positive, 22ème leçon. La sociologie rend plus libre, et d’autant plus qu’elle est plus scientifique (positive).

Sociologie et conservatisme

Ah ce procès fait par les « vrais » révolutionnaires aux sociologues de se contenter d’observer les phénomènes sociaux. Eh bien Comte, critiquant les conceptions des économistes libéraux, met lui aussi  en garde contre la tentation parfois trop forte de passer de l’observation à la justification. Les félicitant d’avoir établi que dans certains cas s’établit un ordre spontané, il prévient : « Toute intelligence convenablement organisée et rationnellement préparée, digne, en un mot, d’une telle destination, saura bien éviter scrupuleusement de jamais confondre, en ce genre de phénomènes, pas plus qu’en aucun autre, cette notion scientifique d’un ordre spontané avec l’apologie systématique de tout ordre existant. » » Cours de Philosophie Positive, 48ème leçon. Entre observation et justification, oui, malgré toutes les bonnes paroles rassurantes, scientistes, la frontière peut-être étroite, et les franchissements clandestins nombreux, et assez bien répartis de tous les côtés du spectre, libéraux comme révolutionnaires, pour faire simple.

 Le piège de l’intentionnalité

Gérald Bronner pointe une erreur méthodologique qu’il appelle erreur d’intentionnalité et qu’il explique ainsi : du fait que l’on constate l’existence d’inégalités sociales persistantes (voire même s’aggravant) et de groupes en profitant et ayant intérêt à les maintenir, on tend à conclure que la société est volontairement  organisée pour les produire. C’est dit-il (Marianne, 17 novembre) comme conclure du fait que les franciliens quittent leur travail sensiblement en même temps et provoquent des embouteillages qu’il existe une volonté (à la mairie de Paris ? Quoique…) d’embouteiller tout le monde. Il qualifie fort justement, et dans un vocabulaire tout à fait positiviste, cette déviation de métaphysique, notant que l’élimination de ce finalisme a été une étape nécessaire de l’histoire de la physique et de la biologie.
De fait, expliquait Comte,  «  le principal caractère du positivisme consiste à substituer partout les lois aux causes, afin que le relatif remplace l’absolu » (Système de Politique Positive, Tome 3, préface). Et les sociologues d’aujourd’hui pourraient faire bon usage de cet avertissement très clair, selon lequel toutes les doctrines qui  « conduisent à admettre, les unes chez les gouvernants, les autres chez les gouvernés, un degré habituel de perversité ou d’imbécillité, un esprit de concert ou de calcul, profondément incompatibles avec les notions les plus positives sur la nature humaine dès lors constituée , chez des classes entières, en état permanent de monstruosité pathologique » devraient être considérées comme « véritablement vicieuses » (Cours de Philosophie Positive,  49ème leçon)

Sociologie, activisme, morale

Plus une science se situe à un échelon élevé dans l’échelle encyclopédique (mathématiques, physique, chimie, biologie, sociologie), plus les phénomènes qu’elle étudie sont complexes et aisément modifiables par l‘homme. D’où l’immense tentation des sociologues d’intervenir dans le champ social et de modifier les phénomènes qu’ils étudient, bien compréhensible et même louable.
Sauf qu’en agissant ainsi, il doit être clair que, même s’ils s’appuient sur leurs connaissances sociologiques, ils n’agissent plus comme sociologues. Lorsque l’immense Auguste proclame « Le système avait été battu en détail, il fallait le battre comme système » (Système de Politique Positive, tome IV, Appendice général) ou encore « les serviteurs de l'HUMANITÉ viennent prendre dignement la direction générale des affaires terres­tres, pour construire enfin la vraie providence, morale, intellectuelle, et matérielle, en excluant irrévocablement de la suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu »  ( Catéchisme Positiviste, Introduction), bref lorsqu’il fonde la Religion de l’Humanité, c’est bien toujours du même Comte dont il s’agit (il y a véritablement une unité de la pensée de Comte), mais qui a pris soin auparavant de compléter son échelle encyclopédique  par une nouvelle science, la morale (« La morale est la science où l'homme étudie sa nature pour diriger sa conduite », V. Pépin, La science Morale, Revue Occidentale, t. XXXIII,  p.299, 1906). C’est donc là le moraliste, et non  plus le sociologue qui s’exprime.

Le danger réductionniste

L’échelle encyclopédique est anti-réductionniste. Si la connaissance des méthodes et principaux résultats des sciences qui précèdent la sociologie est nécessaire à l’exercice de celle-ci, pour autant, la sociologie ne se réduit pas plus à la biologie que celle-ci à la chimie, la chimie à la physique et la physique aux mathématiques. La sociobiologie d’E.O. Wilson des années 70 a utilement complété la théorie de l’évolution, on peut mesurer aujourd’hui qu’elle a peu apporté à la sociologie et Wilson lui-même en est venu à critiquer radicalement ses premiers travaux.   Comte lui-même, par  l’importance qu’il a apporté aux travaux de Gall et sa « théorie cérébrale », s’est, me semble-t-il, quelque peu laissé entrainer dans ce piège du réductionnisme qu’il ne cessait de dénoncer. Le sociologue d’aujourd’hui ne doit surement pas ignorer les progrès des neurosciences ; quant à penser qu’elles vont révolutionner sa discipline serait probablement faire preuve d’un enthousiasme excessif et d’un réductionnisme dangereux.

L’impossible objectivité- c’est relatif !

« Malgré soi, on est de son siècle »  (Système de Politique Positive, tome IV, Appendice général) ; « Tout phénomène suppose un spectateur, puisqu’il consiste toujours en une relation déterminée entre un objet et un sujet » (Système de Politique Positive, Tome I, p.439, 1853). Du début du Cours de Philosophie Positive à la Synthèse Subjective, Comte ne cesse d’insister sur le caractère relatif de la science - le positivisme n’est pas un scientisme mais un humanisme et le sociologue bien humain ne saurait prétendre échapper aux conditionnements qu’il étudie. Alors oui, toute observation sociologique possède une certaine relativité, et le sociologue ne saurait se prétendre exempt de toute subjectivité ; mais, puisqu’il y a science, il est au moins possible d’arriver à un accord intersubjectif, si l’on veut, qui permette une confrontation avec le réel et de construire un savoir cumulatif. Cela est même vrai dans les sciences exactes : un physicien peut parfaitement conduire une expérience dans laquelle il décide, en choisissant un dispositif expérimental particulier,  que la lumière agira comme une onde. Il arrivera à des résultats certains, précis, reproductibles, qui prendront place dans le système des connaissances existantes et pourront servir à d’autres pour élaborer de nouvelles théories et de nouvelles expériences (caractère organisateur de la connaissance positive). Pour autant, ces résultats seront relatifs à certaines conditions de production, et nul physicien ne saurait ignorer que dans d’autres circonstances, la lumière produite dans la même expérience mais soumise à un dispositif expérimental différent, se comportera comme une onde. La science peut être (est même nécessairement) relative, elle est une relation particulière entre l’homme et le monde (et particulièrement efficace et universelle) - ce qui n’autorise certainement pas n’importe quelle démarche.

Alors il me semble que les problématiques relevées par le Danger Sociologique de G. Bronner et E. Géhin et qui paraissent mettre le feu au champ de la sociologie ont été, pour l’essentiel, déjà exprimées, pensées, parfois explorées à certain péril par le fondateur de la discipline, Auguste Comte ; et que cela n’a nullement empêché la sociologie d’accéder, ce qui n’avait rien d’acquis au départ, à la reconnaissance universitaire, et les sociologues de faire progresser leur discipline. Il y a, me semble-t-il, dans ce tohu-bohu, dans toutes ces polémiques une grande part d’artifice qui, au mieux, permet d’intéresser le public à la sociologie (mais d’une manière peut-être un peu regrettable), au pire met en exergue de très vieux débats afin d’imposer une doxa particulière, dans la lignée du très contesté  « Révisionnisme économique. Et comment s'en débarrasser" de Pierre Cahuc et André Zylberberg.


Donc, amis sociologues,  Halte au feu…d’artifice  et bon travail ?*
Résultat de recherche d'images pour "auguste Comte eric sartori"

vendredi 7 juillet 2017

Un mystère : l’origine de l’omelette norvégienne

Une origine française ?

L’excellent blog de Sébastien Durant  (http://du-sacre-au-sucre.blogspot.fr/2010/02/histoire-de-lomelette-norvegienne.html#!/2010/02/histoire-de-lomelette-norvegienne.html) donne une explication très conviancante et très documetée à l’origine de ce merveilleux dessert qu’est l’omelette norvégienne :

  « L'origine de l'omelette norvégienne - que l'on attribue souvent à un physicien américain - est un cas d'anthologie en matière de faux storytelling car il ne s'agit pas d'une omelette à proprement parler, elle n'a rien de norvégienne et elle a été inventée par un grand chef tout ce qu'il y a de plus français !
L'omelette norvégienne est un entremets composé d'une crème glacée à la vanille entre un fond et un couvercle de génoise, le tout recouvert d'une meringue. On la fait cuire quelques minutes au four et au moment de servir, on flambe à l'alcool, généralement du Grand-Marnier. L'originalité réside bien sûr dans le contraste entre la couverture brûlante et l'intérieur encore glacé. C'est tout simplement divin.
Son invention remonte en fait à l'Exposition Universelle de Paris en 1867 dont il ne nous reste aujourd'hui que le parc des Buttes-Chaumont ainsi que les bateaux mouches sur la Seine. Mais à l'époque, un gigantesque palais des expos, L'Omnibus, fut construit pour accueillir les pavillons des différents pays invités.
   Pendant l'expo, la Ville de Paris reçut une délégation chinoise à dîner au Grand Hôtel. Le chef de ce palace, Balzac, apprenant que les convives allaient parler de la fée Électricité alors encore toute nouvelle décida de créer un dessert "scientifique" en se repenchant sur les expériences conduites par le comte de Rumford, un physicien anglo-américain émigré en Bavière... Région que Balzac situait par erreur en Norvège, les Français étant notoirement mauvais en géographie ! En 1804, Rumford avait en effet établi "l'inconductibilité du blanc d'oeuf battu" (!) autrement dit, la meringue est un mauvais conducteur de chaleur. Et c'est ainsi que le grand chef mit au point... l'omelette norvégienne !
Pendant longtemps, ce dessert est resté l'apanage des grands hôtels, très tôt équipés de fours à gaz permettant un contrôle strict de la chaleur. Ce n'est que lorsque ces derniers devinrent plus courants dans les intérieurs bourgeois que l'omelette norvégienne se démocratisa véritablement."

Donc l’omelette norvégienne serait une invention française faite par un chef précurseur de la gastronomie moléculaire et basée sur une découverte du Physicien « américain » Benjamin Thompson, Comte de Rumford

Omelette norvégienne or Baked Alaska ?

Aux USA, l’omelette norvégienne s’appelle Baked Alaska ou omelette surprise. Le nom de baked Alaska lui a été donné par le Chef Charles Ranhofer, du restaurant Delmonico à New York. Il était connu  pour nommer les plats d‘après les événements marquants de l(‘actualité, en l’occurrence l’achat par les USA du territoire de l’Alaska à  la Russie en 1867.
Donc une invention quasi-simultanée en France et aux USA ?
Le point important est que dans les deux cas l’idée première est bien attribuée à Benjamin Thompson, Comte Rumford. La bible de la cuisine populaire américaine, l’American Heritage Cookbook mentionne ainsi : « L’omelette surprise a été le sous-produit des expériences de Rumford en 1804 sur la résistance des blancs d’œufs rapidement battus à l’induction de chaleur. »
 Donc, américaine ou française, unanimité sur Rumford !

De fait cet éminent physicien à qui l’on doit la théorie moderne de la chaleur comme mouvements des petites molécules, et la première détermination de l’équivalence de la chaleur et du travail mécanique, mais aussi des inventions comme les cuisinières modernes, les premières lampes portables,  le chauffage central et les radiateurs modernes… est certes né américain, mais fut colonel britannique, ministre de la guerre bavarois et savant français - c’est en France et comme membre de l’Institut de France sous Napoléon qu’il fit sa carrière scientifique ;

J’ai raconté sa vie extraordinaire dans sa première biographie en français : Rumford, le scandaleux bienfaiteur d'Harvard, (collection Une vie, une époque des Editions de la Bisquine)

" Dans mes expériences, tout est mouvement, vie et beauté"



vendredi 3 avril 2015

The Empire of Science_Napoleon and his scholars


From Napoleon, history usually retains the great battles, the daring strategies, the glorious marshals, the terrible defeats, the flight of the Eagle's return from Elba Island, the romantic end of St. Helena. As a matter of fact, what was Napoleon reading at Longwood, Sainte-Hélène ? Among other things, the astronomy of Delambre, and also  the course of Crystallography and cosmogony of Haüy, the chemistry course of Fourcroy, the course of mathematics of Lacroix, books that were written by the greatest scientists of his Empire to become classic teaching manuals to be used in the Lycées founded by him, books that he annotated from his hand. Napoleon, from the start and up to the end of his life, had a passion for science and followed its latest developments; and it is no coincidence that, during his reign, France became the dominant scientific power.

So I am here referring to another Napoleon, the Napoleon who made France the greatest scientific and industrial power of its time; and, despite the amazing number of books that are devoted to him (it is said that, since his death, one has been published every day), very few deal with this subject.

Napoleon built a veritable empire of science because, under his reign, the French domination on science became insolent: Laplace reigned on astronomy and mathematical physics with its Mécanique Céleste, who did explain how Newton's laws govern our solar system, with its subtle use of approximations and probabilities; he was in good company with Lagrange, Lalande, Biot, Arago. The chemical Revolution of Lavoisier continued with Thenard, Berthollet, Chaptal, Fourcroy, Vauquelin, Gay-Lussac. Chemistry was still for a time a French science, they explored all routes: study of the chemical reaction for Berthollet, medicinal chemistry for Fourcroy, industrial chemistry for Chaptal and Gay-Lussac. The Napoleonic prefect Fourier, a prominent member of the Expedition in Egypt, invented a new type of mathematical analysis which earned him a huge celebrity and the abbé Haüy continued what he started under the former Monarchy and even at the worst moments of terror: he breaked and classified crystals, buildind the basis of modern crystallography. In natural sciences, Daubenton and Lacépède continued Buffon work; Cuvier, in the words of Balzac, “rebuilt  worlds with bleached bones”, Lamarck and Geoffroy Saint-Hilaire elaborated a first theory of evolution. Corvisart, Pinel, Bichat, Fourcroy make Paris the location where  “modern medicine was born" - clinical medicine – according to the American historian Richard Shryock.

England, at the same time, only had one professional searcher paid by the State, the astronomer royal, successor of Newton, and also Davy, thanks to the Foundation created by the original count Rumford…who finally sought refuge and devoted his agitated life to science in Napoleonic France. Le Moniteur, official journal of the Empire where appeared stories of victories of the Napoleonic armies, and, less often, defeats, was also put at the service of scientific ambition. In full competition with Davy for the discovery of new chemical elements, Gay-Lussac could use it for accelerated publications; Davy, envious, commented: "this journal was that of science as well as war, and this incongruous mix was well in the style of the individual (Napoleon) who directed it.

French hegemony is well revealed by a significant anecdote. Mary Sommerville, the Laplace English translator, visiting the french scientists after the fall of Napoleon, wrote: "I felt some difficulties to follow the general conversation, but, when there was talk of science, it was much easier because all my books of science were in french.”

Empire of science, also, because scientists never were so honored, ennobled, rich and powerful, and mingled with political power. Chaptal, Minister of the Interior, put in place the modern France administrative organisation, created Prefets and national statistics, instruments of a rational, informed, effective government, installed  Chambers of Commerce and Industry, reorganized the hospitals with nurses and midwives now professional and well trained and creates the still existing Pharmacie Centrale, mobilized its prefects to combat smallpox and dropping the perinatal mortality, invented the cultural decentralization by creating a dense network of provincial museums and marked the landscape of France by the cultivation of beet and the law on cemeteries. Fourcroy, another great chemist, one of the main disciples of Lavoisier, after how many efforts and sacrifices !, invented the education system as we know it today, created the baccalaureate and great schools of engineers typical of the french system – such a Ecole Polytechnique, invented even the term and the concept of "Corps Enseignant”, organized professional teachers, formed by the State, with well-defined programs to teach and a career.

This is the story I wanted to tell… among many other things

Eric Sartori, l’Empire des Sciences, Napoléon et ses savants, Ellipses 2014 (reedited)
 
 

lundi 30 mars 2015

Une diplomatie scientifique pour la France


Il s’agit d’un rapport écrit en 2013 pour un ministre des affaires étrangères  plutôt actif et qui se soucie de renouveler et étendre l’action de son ministère ; bravo, et l’on est flatté que le quai d’Orsay réalise qu’il y a autre chose à promouvoir en France que le tourisme et la gastronomie, ou  même, la littérature. Le rapport dégage trois missions principales : soutenir la place de nos chercheurs et de nos entreprises dans la compétition internationale, associer plus étroitement le monde scientifique aux enjeux de politique étrangère, intéresser les chercheurs aux enjeux de développement, par la formation et la valorisation des capacités scientifiques des pays du Sud. Résumé et remarques :
Le rapport signale tout d’abord la place de la recherche française (5ème  au monde en 2009 en termes de dépenses (42,7 milliards d’euros, soit 2,26% du PIB – NB l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la Connaissance et de l’Innovation prévoyait 3% minimum) et 6e en termes de publications, mais avec seulement 4.1% des publications mondiales ; et également la « percée» des brics (Brésil, Inde, Russie, Chine) et des Civets ( Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie)
Remarque : Complètement à rebours des préoccupations sur la valorisation de la recherche, le rapport ne cite pas une fois, pas une seule fois, le mot brevet, et ne donne aucune indication sur la position de la France et le contexte international. Pourtant, pour qui consulte les bases de brevet, depuis que la Chine est rentrée dans le système international… c’est une explosion de brevets chinois, aux standards internationaux, qui indique une stratégie impressionnante.
Action des pouvoirs publics : « Alors que la croissance économique des États se fonde de plus en plus sur la construction de sociétés de la connaissance, l'appui des pouvoirs publics à l'internationalisation de la recherche française et au renforcement de l'attractivité du territoire et des institutions de recherche nationaux auprès des chercheurs étrangers est crucial. En liaison directe avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), le ministère des Affaires étrangères (MAE) participe, par la mobilisation de son réseau, au déploiement à l’international de la Stratégie nationale de recherche et d’innovation (SNRI) tant dans ses priorités thématiques (santé et biotechnologies, urgence environnementale et écotechnologies, sciences et technologies de l’information et de la communication (STIC) et nanotechnologies) que géographiques (BRIC, Japon, Corée du Sud) ». Pour cela, le ministère s’appuie sur les services scientifiques des ambassades, notamment : 255 personnels expatriés (conseillers, attachés, scientifiques, volontaires internationaux), et 27 instituts français de recherche en sciences humaines et sociales regroupant 146 chercheurs.
Remarque : Santé biotechnologie, environnement, STIC, physique théorique et nucléaire (le rapport cite brièvement le CEN et ITER ) ??? Oui, mais le seul encart du rapport et la plus grande partie du texte concerne… la recherche archéologique. Instrument important certes, prestigieux, historique pour le rayonnement culturel de la France - le rapport mentionne qu’elle sert aussi  « au maintien des relations entre États quand la diplomatie traditionnelle trouve ses limites », et cite expressément la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), seule institution archéologique internationale permanente dans ce pays. La diplomatie scientifique archéologique est un point fort de la diplomatie et de l’influence française, et compte-tenu des menaces islamistes sur un patrimoine, non seulement des pays concernés, mais de toute l’humanité, il doit être évidemment maintenu et cultivé. Mais on souhaiterait que le Ministère s’intéresse au moins autant aux secteurs scientifiques d’avenir…
Le rapport insiste justement sur l’établissement de liens avec l' étranger. « La mise en place d’un titre de séjour scientifique rénové en 2008, délivré sur la foi d’une convention d’accueil signée par l’établissement ou l’organisme de recherche de destination, a visé à simplifier l’accueil de chercheurs étrangers en France. Au total, plus de 48 000 chercheurs étrangers sont annuellement employés en France, dont environ 25 000 doctorants. »

Remarque : oui, mais. Pour les post doc, ils ont en général choisi leur laboratoire d’accueil sur un thème assez précis, ils savent (à peu près) où ils vont, pas de problèmes, sinon des tracas administratifs parfois trop lourds et à simplifier. Mais avant ? L’accueil des étudiants étrangers est assez souvent catastrophique, et il faudrait vraiment veiller à ce que seules les équipes et formations qui les encadrent et les suivent correctement soient habilités à en recevoir. C’est l’image de la France qui est en cause lorsqu’on expédie telle étudiante chinoise (du sud) à Nancy en plein hiver, dans une formation littéraire alors que sa connaissance de la langue française est plutôt rudimentaire, et sans aucun guide dans le maquis universitaire local. Ou lorsque dans certaines écoles (de commerce notamment), les étudiants (les Chinois là encore font de bonnes victimes…) peuvent acheter leurs diplômes. Le Ministère des Affaires étrangères et celui de l’Enseignement supérieur doivent travailler ensemble pour que les étudiants étrangers soient traités dignement. Et l’obligation de suivi pourra éviter ce qui est parfois mis en cause, des étudiants fantômes qui ne cherchent en réalité qu’une filière d’immigration.

Renforcer la lisibilité de la recherche française à l’étranger : « la prépondérance des organismes de recherche dans la recherche publique française constitue une spécificité qu’il convient d’expliquer à nos partenaires…Par ailleurs, les organismes de recherche français (CNRS, IRD, Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), École française d’Extrême-Orient (EFEO), etc.) disposent de nombreux bureaux de représentation à l’étranger qui ne sont pas mutualisés et donnent une image fragmentée de notre dispositif, malgré le travail de coordination entrepris par nos postes. La mise en place de plateformes communes, voire d’un point d’entrée et d’orientation unifié, pourrait être étudiée. Les actions de communication des services scientifiques des ambassades méritent par ailleurs d’être renforcées et encouragées.

Remarque : Oui, et ce n’est rien à  côté des Classes préparatoires et des Grandes Ecoles, scientifiques ou littéraires, qui n’ont que peu d’équivalents à l’étranger et dont la particularité peut être difficile à expliquer… et mérite pourtant de l’être. Or la formation pluridisciplinaire et de haut niveau théorique des « ingénieurs à la française » suscite, lorsqu’elle est connue, un réel intérêt dans bien des pays qui ne considèrent pas forcément le système américain comme un modèle universel et efficace (Chine, Inde, Russie, Amérique Latine, Pays Arabes…)

Il faut ici signaler l’action remarquable de l’ancien proviseur de Louis Le Grand, M. Joël Vallat, et de quelques-uns de ses collègues qui depuis plus de quinze ans organisent des examens en Inde, en Chine, au Maghreb pour recruter des étudiants au niveau des classes préparatoires – Louis Le Grand accueillait 150 étudiants étrangers sur 900 et était renommé pour sa « classe orientale ». Volontaire et optimiste, M. Vallat considérait que « nous sommes trop autocritiques sur la lisibilité du système français ! Nous avons tous les atouts pour attirer les étudiants étrangers. Il faut prendre le temps d’expliquer notre système et surtout apprendre à le vendre ». Il serait souhaitable que de telles initiatives soient continuées, soutenues, encouragées ; ce peut être un atout formidable pour la France.


« Assurer la promotion de l’image d’excellence scientifique et technologique de notre pays,  contribuer à son attractivité auprès des chercheurs étrangers ; Renforcer l'image scientifique et technologique de la France auprès du grand public, grâce à la diffusion de la culture scientifique et technique : les moyens dédiés à la diffusion de la culture scientifique et technique se voient considérablement renforcés à la faveur de la dévolution à l'Institut français de cette mission (création de nouveaux instruments : appel à projets, plans d'aide à la publication et à la traduction d'ouvrages français de vulgarisation scientifique, programme d'invitation à l'étranger de grands chercheurs français) »

Remarque : oui, mais le rapport ne dit rien de l’histoire scientifique de la France, un atout formidable. En 1816, rendant visite à Laplace, Berthollet et les savants français groupés autour d’eux, la physicienne anglaise Mary Sommerville constatait : « j’avais un peu de mal à suivre la conversation générale, mais lorsqu’on parlait de science, c’était beaucoup plus facile, car tous mes livres de science étaient en français ». Tout le monde connait les grands poètes, écrivains, artistes français, mais peu connaissent les grands scientifiques français, pourtant nombreux. J’ai été très heureux que grâce à un conseiller culturel dynamique,  mon ouvrage Histoire des grands scientifiques français ait été traduit en tchèque et fasse ainsi mieux connaître Paré, Viète, Descartes (l’œuvre scientifique), Fermat, Laplace, Cuvier, Arago, Cauchy, Ampère, Poincaré etc. Un exemple à suivre ? D'autre part, les ressources muséographiques scientifiques sont aussi importantes.