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jeudi 25 janvier 2024

L’éolien en mer, nouveau dilemme chinois de l’Europe/ le coût extravagant de l’éolien offshore

 Remarquable article des Echos sur l’économie flageolante et les risques de dépendance de l’éolien offshore (24 janvier 2023)

Extraits :  600 milliards d’euros d’ici 2030 et le syndrome du déferlement chinois

« Fini l'eldorado : l'éolien offshore traverse une passe délicate. Dix ans après les panneaux solaires, l'Europe reste soumise à la tentation du « made in China ».

Pourtant, le secteur de l’éolien offshore a enchaîné, depuis deux ans, les déconvenues. Difficultés industrielles, explosion des coûts et effondrement des investissements font planer sur toute une filière d’excellence européenne un risque nouveau.

Un risque énergétique, d’abord…Un risque stratégique aussi, au parfum de déjà-vu : à l’image de ce qui est arrivé aux panneaux solaires il y a une décennie, un lointain géant asiatique dispose d’un savoir-faire défiant toute concurrence.

« La Chine est en embuscade. Elle représente déjà 60 % de la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes (contre 19 % pour l’Europe, et 9 % pour les Etats-Unis). …Dans un récent rapport pour l’Institut français des relations internationales, Etienne Beeker constate, en outre, que les éoliennes en mer de Chine sont positionnées dans des zones modérément ventées. A quoi bon, si ce n’est pour s’entraîner avant d’aller vendre son savoir-faire ailleurs ? Ce scénario est « fortement à craindre », estime l’analyste, « la Chine ayant par le passé et pour d’autres technologies déjà appliqué un apprentissage sur son propre sol […] à des fins de conquête de marchés étrangers par la suite ».« Les industriels chinois sont là, et ils gravissent les échelons petit à petit »

François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR : « ll faut de l’énergie pas trop chère, et pour avoir de l’énergie pas trop chère, il va peut-être falloir acheter chinois. »

« Le nerf de la guerre, toutefois, sera financier. Usines, ports, navires : toute une chaîne de valeur doit changer de dimension. A la Banque européenne d'investissement (BEI), on estime qu’il faudra, pour l’éolien dans son ensemble, environ 600 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030 ! « 

« Reste à savoir si les opinions publiques suivront. Dans un article, les juges administratifs chargés de ces dossiers soulignent, en France, le « caractère exceptionnel » du pourcentage de pourvois en cassation après des recours juridiques sur des projets éoliens en mer. »

600 milliards d’euros d’ici 2035 ! Avec ça, on paie pompes à chaleurs à tous ceux qui en ont besoin , et large !

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/leolien-en-mer-nouveau-dilemme-chinois-de-leurope-2071021

Plus 400 milliards pour les réseaux !

l’association des gestionnaires de réseaux d’électricité européens (Entsoe)  a publié le 23 janvier 2024 son premier plan « de développement du réseau en mer » Selon ce document, l’UE devra installer 15 gigawatts de capacités d’énergie renouvelable en mer par an pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques d’ici à 2030. L’Entsoe évalue en outre qu’entre 48 000 km et 54 000 km de câbles seront nécessaires pour acheminer l’électricité sur le continent, « un défi pour la chaîne d’approvisionnement ». Concernant les coûts, le rapport souligne qu’environ 400 milliards d’euros d’investissements seront nécessaires pour intégrer au système énergétique les 496,4 GW de capacités d’énergies renouvelables offshore requis d’ici à 2050 dans l’UE (383,4 GW), en Norvège (environ 15 GW) et au Royaume-Uni (environ 97 GW).

Lien vers le rapport : file:///C:/Users/sarto/Downloads/entsoe-plan-de-developpement-du-reseau-en-mer.pdf


#PIEBÎEM
https://piebiem.webnode.fr/piebiem/

jeudi 8 juin 2023

Eoliennes en mer : une rentabilité très très compromise …

 Etude The toxic wings : Damage and casualty of wind turbine blades, “THE TURBINE GROUP”  mai 2023

https://docs.wind-watch.org/Toxic-wings-Damage-and-casualty-of-wind-turbine-blades_English_090523.pdf

 

https://ventdebout59.fr/wp-content/uploads/2023/05/The-toxic-wings-Damage-and-casualty-of-wind-turbine-blades-_First-English-edition_070523.pdf

 

Une meta revue très utile sur un sujet sur lequel il existe très peu de données

Extraits généraux

Nous avions espéré pouvoir contribuer avec des connaissances et des chiffres solides, mais nous avons dû constater qu’il n’existe pas de connaissances fiables et valides utilisables pour la prévision de l’impact des programmes éoliens sur l’environnement et la santé

L’ensemble du monde occidental a adopté des objectifs de développement gigantesques avec une technologie éolienne non éprouvée, et cela sans disposer d’aucune base scientifique pour estimer l’ampleur globale des conséquences dans les domaines de la santé, de la sécurité et de l’environnement. C’est presque incroyable, et nous ne connaissons aucune autre industrie qui ait jamais été autorisée à de telles conditions de « Far West »..

L’industrie éolienne « garantit la confidentialité » des incidents signalés. Aucune autre industrie de l’énergie ne travaille avec un tel secret en ce qui concerne ses incidents. L’industrie éolienne bénéficie d’un traitement privilégié sans raisons et plus tôt Renewable UK mettra sa base de données à la disposition des experts et du public, mieux ce sera..

Selon notre opinion, la recherche sur les éoliennes ne peut pas suivre le rythme du développement des éoliennes. Cela signifie que nos décideurs et de notre administration ne dispose pas d’une base de connaissances pertinente en termes d’évaluations et de décisions concernant l’avenir de l’industrie éolienne et les conséquences qu’elle pourrait avoir.

Erik Solheim, Ancien Ministre du Climat et de l'Environnement de la Norvège, universitaire, 50 ans d’expérience dans le développement énergétique norvégien :  « Les réalités physiques de base sont complètement ignorées  dans cette course folle à  l’investissement dans l’énergie éolienne dans notre pays et dans plusieurs autres. Les conséquences écologiques ne sont jamais prises en compte. Après 50 ans d’expérience dans le développement énergétique, je n’ai jamais vu pire ! Un vrai western

 Extraits concernant plus spécifiquement l’éolien en mer

Les éoliennes offshore flottantes, qui représentent la prochaine étape sur le marché de l’énergie éolienne, sont de nouveaux concepts avec un nombre d’installations limitées. Les données sur les défaillances, les risques, la fiabilité, la disponibilité et la maintenance de ces équipements sont limitées ou indisponibles.

Li et. Al (2022) s’est risqué  à prédire un taux de défaillance des éoliennes offshore flottantes de 28,6% plus élevé que celui des éoliennes terrestres, soit 8,37 défaillances par an avec un temps moyen de fonctionnement sans défaillance de 1046 heures.,. Mais il s’agit d’une évaluation incertaine et faiblement documentée. Le taux de défaillance moyen d’une éolienne offshore se stabilise à environ 10 défaillances par éolienne par an au cours de la troisième année d’exploitation d’un parc éolien. Avec ~80% de réparations mineures, ~17,5% de réparations majeures et ~2,5% de remplacements majeurs (Carroll et collègues (2016)

La recherche montre que les dépenses d’entretien, d’exploitation et de réparations planifiées augmentent à la fois sur les turbines terrestres et surtout sur les turbines marines. Si les coûts d’investissement réels par MW au Royaume-Uni augmentent depuis 15 ans, il n’y a aucune raison de croire que la tendance changera brusquement.

Il est plausible de supposer que les coûts d’investissement et d’exploitation augmenteront d’au moins 20% et probablement de plus de 50% au-dessus des coûts déjà élevés que nous observons dans les comptes audités ». Les éoliennes offshore posées, supérieures à 2 MW, présentent statistiquement 40 % de défauts avant deux ans d’exploitation, et 80 % après 10 ans.

Données danoises : dégradation rapide et durée de vie sous-estimées des éoliennes en mer

Gordon Hughes (Edindburg Univ.) est peut-être la personne qui a le plus étudié les coûts et les temps d’arrêt des éoliennes au monde. Dans une étude portant sur 6 400 éoliennes danoises, il a constaté que 80% des grandes éoliennes offshore seront hors service d’ici 7 ans.

Hughes constate que les arrêts opérationnels inattendus augmentent les coûts d’exploitation (OPEX = coûts d’exploitation). Il constate que les éoliennes subissent une perte d’effet annuelle. Pour les éoliennes danoises,  la capacité de production annuelle diminue d’environ 3 % par an pour les turbines terrestres et de 4,5 % par an pour les turbines marines.

Ceci entraine une perte de 10 points de pourcentage de capacité de production pour les turbines terrestres et 20 points pour les turbines offshore sur une période de 12 ans.  « Si le prix du marché de l’électricité ne devient pas plus élevé financièrement qu’aujourd’hui, il ne sera pas rentable de maintenir les turbines après 12 à 15 ans. Ces résultats invalident radicalement les calculs d’investissement effectués sur des durée de vie de 25 à 30 ans.

NB données sur les éoliennes existantes, donc encore relativement de petites tailles par rapport aux éoliennes qui devraient entrer en service. Cependant si les chiffrs du Pr. Hughes sont transférables aux  gigantesques éoliennes de 10 à 15 MW qui sont destinées à être déployées en mer du Nord et en mer de Norvège dans quelques années, cela signifie un désastre financier imminent pour tous les investisseurs et ceux qui doivent couvrir les pertes. En réalité, comme d’habitude, la facture sera envoyée aux consommateurs.


Données Suédoises : des chiffres dissimulés mais qui affectent les résultats des exploitants éoliens (Jan Blogren, Uppsala Univ.) 

Les risques de défaillance d’exploitation et d’entretien continuent d’être un sujet de forte préocupation pour les fabricants d’éoliennes. Réparations et remplacements sont devenus des passifs majeurs, ce qui a une incidence sur les revenus..

S’exprimant lors de ses résultats trimestriels, Henrik Andersen, PDG de Vestas, a clairement indiqué que les provisions de garantie étaient trop élevées pour être durables. Vestas n’avait affecté que 2 à 3% aux réparations et à l’entretien, mais l’année dernière, ce chiffre a dépassé les 4%. Les compagnies d’assurance cherchent à obtenir des primes plus élevées, les éoliennes vache à lait c’est une période terminée »

Il y a un grand écart entre les chiffres de l’industrie éolienne et les chiffres réels. L’astuce consiste à construire la salle d’opération et de contrôle à l’extérieur de la zone industrielle. Ensuite, la centrale évite l’obligation de déclarer les incidents d’exploitation  : lorsque personne n’est présent sur le site, il n’y a pas obligation de signaler les accidents aux autorités responsables de la sécurité au travail ; aucune enquête n’est effectuée, l’exploitant éolien est en charge de son propre contrôle

« La cause la plus importante des dommages d’usure est le développement de contraintes importantes dues à des fluctations intenses du vent,  en particulier dans le cas d’installations de parcs éoliens dans des zones de vent fort et turbulent. Afin d’éviter des contraintes inutiles et néfastes, en particlier sur les pales, il est important d’avoir une distance suffisante entre les éoliennes. « L’effet de sillage  constitue également une autre source de d’usure due aux charges mécaniques instables imposées par l’écoulement turbulent du vent et l’effet de cisaillement. Pour en diminuer les effets,  les éoliennes devraient être placées correctement, avec des distances adéquates entre elles, en tenant compte également de la direction du vent dominant, de manière à assurer une efficacité maximale et un impact minimal sur la couche limite atmosphérique normale. Une distance trop faible augmente le risque  de bris d’une, voire de plusieurs pales et de défaillance complète de toute l’éolienne.

Les avertissements des assureurs : les grandes éoliennes off shore seront-elles assurables  ?

GCube Assurance, l’un des principaux assureurs des exploitations éoliennnes a émis en 2023 une série d’avertissements;

L’augmentation de taille des éoliennes offshore crée des « risques de marché insoutenables » alors que les assureurs sont déjà aux prises avec une multiplication par sept des mise hors d’état des éoliennes offshore depuis 2012

Le nouveau rapport de GCube intitulé Vertical Limit: When is bigger not better in offshore wind’s race to scale?”,résulte de la compilation  de dix années de données sur les sinistres des exploitations éoliennes  et s’appuie sur des preuves provenant d’experts du secteur éolien offshore pour montrer comment le paysage des risques de l’éolien offshore a considérablement changé, alors que les fabricants s’efforcent de développer des machines plus grandes, plus rapidement.

Au cours des cinq dernières années, la course aux turbines à grande échelle a vu le passage de turbines de 8 MW à 18 MW en une fraction du temps nécessaire pour passer de 3 MW à 8 MW. Bien qu’il s’agisse d’une réalisation technologique fantastique, une telle commercialisation rapide de technologies « prototypiques » entraîne maintenant un nombre inquiétant de pertes et, par conséquent, exerce une pression financière sur les fabricants, la chaîne d’approvisionnement et le marché de l’assurance, selon GCube.

Parmi les conclusions marquantes du rapport, les rédacteurs soulignent le  fait que 55 % de toutes les réclamations proviennent de défaillances de composants concernant des machines de plus de 8 MW, lesquelles  représentent maintenant une plus grande part des valeurs assurées totales (VTI).

Ceci, combiné à une augmentation des pertes éoliennes offshore moyennes passant de 1 million de livres sterling en 2012 à plus de 7 millions de livres sterling en 2021, crée un risque financier insoutenable, au moment même où l’éolien est de plus en plus sollicité pour la transition énergétique.

Une autre conclusion majeure est que les machines de plus de 8 MW engendrent davantage  de réclamations en assurance pendant leur construction, et  souffrent de défaillances de composants au cours des deux premières années d’exploitation, selon GCube contre 5 ans pour les turbines de 4 à 8 MW. Ceci provient  très probablement  de la difficulté de manier des composants de plus en plus imposants, qui  deviennent aussi plus compliquées à stocker du fait de leurs dimensions, ce qui réduit la disponibilité de pièces de rechange.

Le rapport souligne le besoin urgent de surveiller et augmenter la qualité et la fiabilité de la fabrication - une recommandation clé. Le risque de défaillance technique s’ajoute à la complexité de la chaîne d’approvisionnement globale et au marché tendu des services maritime qui constutyuent des goulots d’étranglements  importants  dans la construction de projets offshore,” Ainsi, seulement trois navires dans le monde sont capables d’installer les dernières turbines de 15 MW et ils sont réservées des années à l’avance pour des tarifs pouvant atteindre les 2 M$ par jour »,

La situation est de nature à créer des problèmes pour le marché de l’assurance, qui fonctionne jusqu’à présent avec des primes peu élevées et des clauses très génériques.

Le coup de semonce intervient à un moment où le marché de l’assurance pour les énergies renouvelables continue de se durcir après une série de pertes coûteuses dues aux assurances contre les catastrophes naturelles  et à des problèmes de chaîne d’approvisionnement. Le rapport souligne également d’autres sources importantes de pertes, telles que les défaillances de câbles. 

 Fraser McLachlan, CEO, GCube Insurance : “La pression pour développer rapidement des machines de plus en plus  puissantes exerce une pression sur les fabricants, la chaîne d’approvisionnement et le marché de l’assurance.

«L’augmentation de taille est un élément essentiel pour faire avancer la transition énergétique, mais elle crée maintenant des risques financiers croissants qui constituent une menace fondamentale pour le secteur. Nous conseillons aux fabricants de se concentrer sur l’amélioration de la qualité et de la fiabilité d’un nombre réduit de produits pour se remettre sur la voie d’un développement durable. »

McLachlan a également appelé les développeurs de parc éolien off shore à soutenir les fabricants « en partageant plus équitablement le risque des machines plus grandes et en soutenant les entreprises de la chaîne d’approvisionnement ».

«“Les développeurs devraient investir dans les chaînes d’approvisionnement au profit de l’ensemble du secteur »,

Conclusion: Un nombre sans précédent de pannes mécaniques, de défaillances de composants et de défauts de série nuisent aux bénéfices des fabricants, et exercent une pression sur la chaîne d’approvisionnement pour suivre le rythme et entraînant des retards croissants dans les projets.

Les assureurs reconsidèrent maintenant les risques liés à la souscription d’éoliennes offshore plus grandes et plus récentes.

Nous devons prendre conscience de la réalité de ces défis. En raison des taux d’échec croissants, associés aux défis persistants de la chaîne d’approvisionnement, la participation au marché de l’éolien offshore est devenue une activité risquée, non seulement pour les assureurs, mais aussi pour les fabricants, les développeurs et les fournisseurs, certains étant désormais confrontés à un risque important pour leur survie. Avec autant d’enjeux, nous devons nous demander :  les éoliennes offshore sont-elles devenues trop grandes et trop puissantes ?

La ligne bleu représente le nombre des réclamations, la verte le nombre de paiements que les assureurs ont dû émettre. – Source GCube


jeudi 27 avril 2023

KPMG, L’énergie éolienne en France- Avril 2023

 Le constat : La France possède la deuxième plus grande ressource éolienne en mer d‘Europe. Cette technologie a connu des progrès importants, à partir de décembre 2020, avec la construction de trois grands parcs éoliens : Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc, de capacités respectives de 480 MW, 498 MW et 496 MW. Néanmoins le rythme de déploiement devrait être accéléré pour atteindre la trajectoire désignée par la France pour remplir ses objectifs climatiques : une capacité éolienne en mer installée de 40 GW d’ici 2050.

Malgré ses grandes ressources éoliennes en mer, la France est en retard vis-à-vis des états européens leaders dans l’éolien : à fin 2022, seul le projet de Saint-Nazaire est opérationnel.

https://kpmg.com/fr/fr/home/insights/2023/04/energie-eolienne-mer-france.html


Les raisons (selon KPMG)

1)  procédures réglementaires et de délivrances des permis allongée_ durée excessive d’achèvement 10-12 ans et maintenant 7 ans contre 4 au RU

2) Opposition des acteurs locaux

3) Insuffisance du réseau électrique

4) Accroissement des besoins d’investissements

Remarque 1 : C’est assez culotté A aucun moment KPMG ne mentionne la difficulté des côtes françaises (rocheuses et pentues) par rapport à celles d’Europe du nord (sablonneuses et plates) qui permettent de faire de l’éolien posé loin des côtes. Ainsi, en Europe, la moyenne de la distance à la côte des parcs est supérieure à 41km, en France, pour les parcs en projets, elle est inférieure à 20 km. Il en résulte une augmentation des coûts ( reconnue par la Communauté Européenne qui du coup accorde des tarifs plus élevées) et bien sûr une moindre acceptation, compte-tenu de l’empreinte visuelle et des interférences très fortes avec nombre d’activités traditionnelles et économiquement importantes ( pêche, tourisme, nautisme…) ainsi que les atteintes au cadre de vie, à la biodiversité et à une culture maritime traditionnelle

Les perspectives

Comparé aux 480 MW en production et aux 4 GW déjà autorisés d‘ici 2027, le président de la République a annoncé en 2022 un objectif volontariste et ambitieux de 40 GW de capacité installée pour 2050 (soit une attribution annuelle de plus d‘1 GW par an en moyenne). L‘énergie éolienne offshore apparaît comme une technologie essentielle pour la France pour renforcer l‘atteinte de ses engagements en matière de transition énergétique

La France ambitionne de développer une filière industrielle nationale solide pour le secteur. En développant des liens en amont et en aval, l‘idée de créer une filière industrielle française de l‘énergie éolienne offshore a déjà donné des résultats remarquables. Par exemple, le projet de Saint-Nazaire et les autres. appels d’offres ont permis la construction de plateformes logistiques près des ports, l‘installation de centres d‘assemblage et de maintenance, ainsi que la construction de trois usines de General Electric Renewable Energy (GERE - 750 employés) au Havre et l’usine de Siemens Gamesa à Cherbourg (750 employés). Un écosystème local est apparu, où les sous-traitants français de GERE ont créé 1 200 emplois et font affaire avec quelque 1 600 entreprises du secteur. Ces activités facilitent et accélèrent non seulement le déploiement de projets mais créent également une dynamique dans les économies locales.


La France dispose de nombreux atouts pour développer l’éolien offshore, tels que des frontières maritimes étendues, la structure portuaire, son expertise industrielle, énergétique et maritime. Les éoliennes flottantes et les technologies de pointe sont innovantes, matures et prometteuses

Remarques : deux affirmations, deux mensonges. Les côtes françaises ne sont pas favorables au développement de l’éolien, la technologie de l’éolien flottant, qui permettrait de s’éloigner des côtes n’est pas mature.

 

Les projets en cours

Les tarifs accordés

Prédictions LCOE


Eolien posé

Eolien flottant

Remarques les tarifs Dunkerque et Normandie ( Centre Manche) II, deux parcs EDF ne sont tout simplement pas crédibles d’autant que tous les acteurs de l’éolien off shore signalent une augmentation de leurs coûts qui les mets en péril. En particulier, sur Centre Manche II, voir le critiques de la CRE et d’un certain nombre de concurrents, cf. sur ce blog.

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/03/parc-eolien-off-shore-centre-manche-1.html

Les problèmes pointés par KPMG

les activistes locaux, les pêcheurs et les résidents ont montré une forte résistance contre le développement des éoliennes, compte tenu de leurs appréhensions quant à l’impact négatif sur le paysage et l’environnement, qui peut diminuer la valeur de leurs maisons et nuire à leur santé. » ??

« D’importants investissements seront nécessaires pour le raccordement de projets d’énergie éolienne offshore. On estime que la numérisation des réseaux nécessitera un investissement d’environ 2 milliards d’euros par an entre 2021 et 2025, dont environ 500 millions d’euros pour le raccordement de nouvelles installations éoliennes en mer. »

 « L’énergie éolienne offshore fait face à une concurrence important de la part d’autres sources renouvelables. Avec le taux d’adoption élevé (en 2021, la France comptait 56 réacteurs nucléaires opérationnels produisant plus de 70 % de son électricité – le deuxième plus élevé au monde), l’énergie nucléaire reste une alternative forte à l’énergie éolienne offshore. • En outre, représentant près de 12 % (en 2021) de la production totale d’électricité du pays, l’hydroélectricité est en train de devenir la principale source d’électricité renouvelable dans le pays. Ces technologies de substitution plus matures que l’éolien offshore offrent une meilleure rentabilité. De plus, l’infrastructure déjà développée pour ces technologies n(‘entraine que des défis de déploiement limités. » 

Le projet Bretagne Sud

Le projet est prévu pour créer 350 emplois lors des opérations de création et la maintenance devrait générer au moins une douzaine d’emplois. ( Ce n’est pas ce que semble espérer et ce que « vend » le maire de Lorient !)

lundi 2 mai 2022

Rapport GIEC 2022 : Quelles solutions face au réchauffement climatique ? 1) Quelques commentaires et 2) Que dit le Giec sur le nucléaire ?

 Rapport  GIEC 2022 : Quelles solutions face au réchauffement climatique ? 1) Quelques commentaires et 2) Que dit le Giec sur le nucléaire ?

Pour la 1ére partie, voire https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/05/giec-2022-quelles-solutions-face-au.html

 affirmations validées par le Giec sur le nucléaire

Cf. thread Clément Jaffrelot :  

https://twitter.com/synth_ethics/status/1513976505298300945?t=QLoTpR-ORFDzAOkZl4vdPw&s=09

Intérêt climatique du nucléaire : confirmé : » Le nucléaire est, comme l'hydraulique, une technologie à l’efficacité prouvée . La production nucléaire a augmenté de 9% entre 2015 et 2019, pour représenter 10% de la production d'électricité mondiale en 2019 (2790 TWh).

Le nucléaire est en capacité de produire de l'énergie bas carbone à grande échelle. Pour ce faire, il faudra améliorer la gestion des constructions de conceptions de réacteurs qui promettent des coûts plus bas et des utilisations plus larges »

Autres utilisations : « La chaleur requise par le captage direct du carbone et son stockage (DCCAS) pourrait être efficacement fournie par l’énergie thermique des centrales nucléaires, améliorant ainsi l’efficacité globale du système. Flexibilité de la production : il y a déjà des développements importants dans l’augmentation de la flexibilité des centrales nucléaires, par exemple en France (Office de l’énergie nucléaire 2021) et le développement de petits réacteurs modulaires pourrait soutenir l’équilibrage du système.  Hydrogène : L’énergie nucléaire pourrait également fournir de l’hydrogène propre par électrolyse ou fractionnement thermochimique de l’eau. »

Ressources en uranium : pas un problème : « Il existe des ressources substantielles pour augmenter considérablement le déploiement nucléaire. Les estimations des ressources d’uranium identifiées n’ont cessé d’augmenter au fil des ans. Les ressources conventionnelles en uranium ont été estimées suffisantes pour plus de 130 ans d’approvisionnement au niveau d’utilisation actuel (contre  100 en 2009). Dans le cas d’une pénurie future d’uranium, le thorium ou le recyclage du combustible usé pourraient être utilisés comme solutions de rechange. L’intérêt pour ces solutions de rechange a diminué avec une meilleure compréhension des gisements d’uranium, de leur disponibilité et des prix bas. »

Plusieurs options technologiques pour 2030-2050 :

Gros réacteurs : « l’industrie est entrée dans une nouvelle phase de construction de réacteurs basée sur des conceptions évolutives. Ces réacteurs apportent des améliorations par rapport aux conceptions précédentes grâce à des modifications petites à modérées, y compris une redondance améliorée, une application accrue des fonctions de sécurité passive et des améliorations importantes à la conception du confinement afin de réduire le risque d’accidents majeurs. Les exemples incluent l’EPR européen, le APR1400 coréen, l’AP1000 américain, le HPR1000 chinois ou le VVER1200 russe »

Exploitation à long terme (LTO) de la flotte actuelle : « la poursuite de la production à partir de l’énergie nucléaire dépendra en partie de la prolongation de la durée de vie du parc existant. D’ici la fin de 2020, les deux tiers des réacteurs nucléaires seront opérationnels depuis plus de 30 ans. ... Les évaluations techniques ont établi que les réacteurs peuvent fonctionner en toute sécurité plus longtemps si des composants de remplacement clés (par exemple, générateur de vapeur, équipement mécanique et électrique, instrumentation et pièces de contrôle) sont changés ou remis à neuf. La première prolongation de la durée de vie envisagée dans la plupart des pays est généralement de 10 à 20 ans. »

Petits réacteurs nucléaires (SMR) : « Il existe plus de 70 conceptions de SMR à différents stades d’examen et de développement, de la phase conceptuelle à l’autorisation et à la construction d’installations uniques en leur genre. En raison de la plus petite taille des unités, les coûts totaux d’investissement des PRM devraient être inférieurs, bien que le coût par unité de production puisse être plus élevé que celui des grands réacteurs conventionnels. La modularité et la pré-production hors site peuvent permettre une plus grande efficacité dans la construction, des délais de livraison plus courts et une optimisation globale des coûts. Les conceptions SMR visent à offrir une capacité accrue de suivi de charge qui les rend aptes à fonctionner dans des systèmes plus petits et dans des systèmes avec des parts croissantes de sources d’ERV. Le développement du marché d’ici le début des années 2030 dépendra fortement du déploiement réussi des prototypes au cours des années 2020. »

Coût du nucléaire : « Les coûts de l’énergie nucléaire varient considérablement d’un pays à l’autre. Les projets en construction, des prototypes, en Amérique du Nord et en Europe ont été marqués par des retards et des dépassements de coûts. Les délais de construction ont dépassé 13 à 15 ans et les coûts ont dépassé 3 à 4 fois les prévisions budgétaires initiales. En revanche, la plupart des projets récents en Asie de l’Est (dont la construction a commencé à partir de 2012) ont été mis en œuvre dans un délai de 5 à 6 ans. »

« Outre les facteurs propres à chaque région, les coûts nucléaires futurs dépendront de la capacité de bénéficier de l’expérience accumulée dans le contrôle des principaux facteurs de coûts. Les facteurs de coûts se répartissent en quatre catégories : la maturité de la conception, la gestion de projet, la stabilité et la prévisibilité réglementaires, et les effets multi-unités et séries. Avec les leçons tirées de projets uniques en leur genre, le coût de l’électricité provenant des nouvelles constructions devrait se situer entre 42 et 102 USD / MWh selon la région. »

« Les prolongations de durée de vie sont nettement moins chères que les nouvelles constructions et compétitives par rapport aux autres technologies à faible émission de carbone. Les coûts au jour le jour des prolongations de la durée de vie sont estimés entre 390 et 630 USD / kWe pour l’Europe et l’Amérique du Nord, et le LCOE entre 30 et 36 / MWh pour les extensions de 10 à 20 ans. « 

« Les possibilités de réduction des coûts, telles que la normalisation de la conception et les innovations dans les approches de construction, devraient rendre les SMR compétitifs par rapport aux grands réacteurs d’ici 2040. Comme les SMR sont en cours d’élaboration, il existe des incertitudes importantes concernant les coûts de construction. Les fournisseurs ont estimé le LCOE prototype à USD 131-190/MWh. Les effets de l’apprentissage... devraient réduire le LCOE prototype de 19 à 32 %. »

Les déchets nucléaires : « L’activité normale d’un réacteur nucléaire se traduit par un faible volume de déchets radioactifs, ce qui nécessite un stockage strictement contrôlé et réglementé. À l’échelle mondiale, environ 421 kilotonnes de combustible nucléaire irradié ont été produites depuis 1971. Sur ce volume, 2 à 3% sont des déchets radioactifs de haute activité, qui présentent des défis en termes de radiotoxicité et de longueur de vie et impliquent finalement un stockage permanent »

« La viabilité à long terme de l’énergie nucléaire peut dépendre de la démonstration au public et aux investisseurs qu’il existe une solution à long terme au combustible nucléaire irradié. Les données provenant de pays qui progressent régulièrement vers les premiers rejets définitifs (Finlande, Suède et France) suggèrent qu’un large soutien politique, des politiques cohérentes en matière de déchets nucléaires et un processus décisionnel bien géré et consensuel sont essentiels pour accélérer ce processus. »

La prolifération :  « Les préoccupations en matière de prolifération entourant l’énergie nucléaire sont liées aux cycles du combustible (enrichissement de l’uranium et traitement du combustible usé). Ces processus sont mis en œuvre dans un nombre très limité de pays en suivant des normes et des règles nationales et internationales strictes telles que les lignes directrices, les traités et les conventions de l’AIEA. La plupart des pays qui pourraient introduire l’énergie nucléaire à l’avenir pour leurs avantages en matière d’atténuation du changement climatique n’envisagent pas de développer leur propre cycle du combustible, ce qui réduirait considérablement les risques qui pourraient être liés à la prolifération. »

L’énergie nucléaire est écologique : « L’énergie nucléaire s’avère favorable en ce qui concerne l’occupation des terres (Cheng et Hammond 2017, Luderer 2019) et les impacts écologiques (Brook et Bradshaw 2015, Gibon et al, 2017). De même, les besoins en matériaux par unité d’énergie produite sont faibles (par exemple, aluminium, cuivre, fer, métaux des terres rares (Ludere et al 2019). Les centrales nucléaires intérieures à forte intensité d’eau peuvent contribuer au stress hydrique localisé et à la concurrence pour les utilisations de l’eau. Le choix des systèmes de refroidissement (en boucle fermée plutôt qu’une fois) peut réduire considérablement les taux de prélèvement de l’eau douce (Jin et al, 2019). Les réacteurs situés au bord de la mer ne sont pas touchés par les problèmes de pénurie d’eau. Les études d’analyse du cycle de vie suggèrent que les impacts globaux sur la santé humaine (en termes d’années ajustées en fonction de l’incapacité -DALY) de l’exploitation normale des centrales nucléaires sont considérablement inférieurs à ceux causés par les technologies des combustibles fossiles et sont comparables aux sources d’énergie renouvelables (Gibon, 2017) »

Impact du réchauffement climatique sur les diverses sources d’énergie : ce n’est pas forcément le nucléaire le plus impacté :


Mais quelques avertissements :

Acceptation publique : « Dans le même temps, l’énergie nucléaire continue d’être affectée par des dépassements de coûts, des besoins élevés en investissements initiaux, des défis liés au stockage définitif des déchets radioactifs et des niveaux variables d’acceptation du public et de soutien politique. »

« L’énergie nucléaire continue de bénéficier d’un soutien public et politique limité dans certains pays. Le soutien public à l’énergie nucléaire est systématiquement inférieur à celui des énergies renouvelables et du gaz naturel et, dans de nombreux pays, aussi faible que le soutien à l’énergie produite à partir du charbon et du pétrole... »

 « Dans le même temps, certains groupes considèrent le nucléaire comme une source d’énergie fiable, bénéfique pour l’économie et utile pour l’atténuation du changement climatique. Le soutien du public à l’énergie nucléaire est plus élevé lorsque les gens sont préoccupés par la sécurité énergétique, y compris les préoccupations concernant la disponibilité de l’énergie et les prix élevés de l’énergie (Gupta, 2019) et lorsqu’ils s’attendent à des avantages locaux. Le soutien du public augmente également lorsque la confiance dans les organes de gestion est plus élevée. De même, des processus décisionnels transparents et participatifs améliorent l’équité procédurale perçue et le soutien du public. »

Commentaire : bon, ben on sait ce qu’il reste à faire ! Au travail Patrimoine Nucléaire et Climat, Voix du nucléaire, Sauvons le Climat, Cérémé, Ecologistes pour le nucléaire…pardon pour ceux que j’oublie.

Investissements et rôle de l’Etat : En raison de l’ampleur des investissements requis..., près de 90% des centrales nucléaires en construction sont gérées par des entreprises appartenant à l’État ou contrôlées par des gouvernements assumant une part importante des risques et des coûts. Pour les pays qui choisissent l’énergie nucléaire dans leur portefeuille énergétique, des conditions politiques stables et un soutien, des régimes réglementaires clairs et un cadre de financement adéquat sont essentiels pour une mise en œuvre réussie et efficace

Une idée : signer la pétition : https://www.change.org/ingénieurspourlenucléaire

Des mesures mal conçues en faveur des ENR déstabilisent le nucléaire : « De nombreux pays ont adopté des politiques spécifiques à la technologie pour des cours d’énergie à faible émission de carbone, et ces politiques influencent la compétitivité de l’énergie nucléaire. Par exemple, les tarifs de rachat et la prime de rachat pour les énergies renouvelables largement appliqués dans l’UE ou les normes relatives aux portefeuilles d’énergies renouvelables aux États-Unis ont une incidence sur le prix de gros de l’électricité (conduisant parfois à des prix bas, voire négatifs), qui affectent les revenus des centrales nucléaires et autres existantes. (Lesser 2019) »

Background : les investissement mondiaux : « Le total des investissements mondiaux dans l’énergie était d’environ 1940 milliards USD par an en 2019. Ce total peut être divisé en catégories suivantes : approvisionnement en énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) 990 milliards USD, énergies renouvelables (principalement solaire et éolienne) : 340 milliards USD ; énergie nucléaire : 40 milliards USD et efficacité énergétique au stade de l’utilisation finale : 270 milliards USD »

Commentaire : il reste une  sérieuse marge pour financer davantage le nucléaire compte-tenu de ses avantages.

Bilan proposé par https://twitter.com/synth_ethics/status/1513976505298300945?t=QLoTpR-ORFDzAOkZl4vdPw&s=09

Dans un thread très complet



mardi 21 avril 2020

Taxonomie verte : Consultation Européenne sur le rapport du groupe d’experts


J’ai déjà abordé ce sujet de la taxonomie verte dans un précédent blog, Urgence nucléaire et climatique, alerte ! : l’énergie nucléaire exclue de la taxonomie verte.


La Commission européenne travaille sur une taxonomie verte, c’est-à-dire une sorte de labellisation destinée à guider les investissements financiers vers les secteurs et les activités les plus appropriés pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe, la transition vers un économie bas-carbone et un modèle de développement durable. Le nouveau ici est qu’un groupe d’expert a rendu son avis et qu’à ce stade, il recommande que le nucléaire soit exclu de la taxonomie, c’est-à-dire n’ait pas à accès à des financements privilégiés alors que c’est la première source d’énergie décarbonée en Europe, et la seule, à part l’hydraulique, qui soit pilotable c’est-à-dire disponible quand on en a besoin, et pas quand il fait beau et que le vent souffle – un détail apparemment aux yeux de certains écolos et des bureaucrates européens ! Sous une forme assez technique, c’est un véritable coup de force, un diktat allemand qui pénalise de nombreux états, l’industrie nucléaire et ses utilisateurs.

Si le groupe d’expert reconnait le caractère fortement décarboné de l’électricité nucléaire, il l’élimine provisoirement au titre d’un critère DNSH (Do Not Sgnificantnly Harm), principalement en raison de la question des déchets. Le groupe d’expert laisse cependant une porte ouverte en reconnaissant son incompétence sur le sujet, et en proposant une expertise ciblée sur la question.
C’est là une opportunité importante dont il faut se saisir, et, par ailleurs, le rapport du groupe d’expert fait l’objet d’une consultation européenne à laquelle tout citoyen ou partie prenante peut participer avant le 27 avril ! Site de la consultation : Urgent, Mobilisez-vous !


NB : Jean-François Brette sur tweeter a publié une excellente compilation des réponses envoyées ; et il ya quelque chose d’assez réconfortant, c’est qu’ enfin les jours du  nucléaire bashing semblent derrière nous !

Un syndicat français de salariés, la CFE-CGG Energie a répondu à la consultation de manière très argumentée. Extraits

Résumé et points principaux de friction

« L’Union Européenne, par le « Green Deal », a confirmé sa volonté de parvenir à l’horizon 2050 à une économie neutre en carbone, et, pour aller au-delà des vœux pieux, de tracer une feuille de route concrète et responsable pour y parvenir. Le règlement sur la taxonomie est le moyen de mettre en place un cadre orientant les investisseurs et facilitant des flux d’investissement importants vers les innovations, les technologies et les projets les plus pertinents pour permettre d’atteindre cet objectif. En tant qu’organisation représentative de salariés du secteur de l’énergie, second syndicat du secteur en France, membre des fédérations syndicales européennes EPSU et Industriall, la CFE-CGC Énergies souhaite légitimement apporter dans le document ci-joint sa contribution à l’évaluation du Technical Expert Group (TEG) sur la taxonomie et relayer un certain nombre de critiques ou d’inquiétudes exprimées par ses mandants concernant :

 Le non-respect de la neutralité technologique bas carbone,
• L’exclusion « à ce stade » du nucléaire de la taxonomie dite verte,
Les contraintes irréalistes sur le gaz et l’hydroélectricité
 • La responsabilité des États dans leur mix énergétique,
• La prise en compte des aspects sociaux et stratégiques par les critères DSNH. Finance durable et « taxonomie verte » -

 Position de la CFE-CGC Énergies sur le rapport du Technical Expert Group (TEG) Avril 2020

« L’Union Européenne, par le « Green Deal », a confirmé sa volonté de parvenir à l’horizon 2050 à une économie neutre en carbone, et, pour aller au-delà des vœux pieux, de tracer une feuille de route concrète et responsable pour y parvenir. Le règlement sur la taxonomie est le moyen de mettre en place un cadre orientant les investisseurs et facilitant des flux d’investissement importants vers les innovations, les technologies et les projets les plus pertinents pour permettre d’atteindre cet objectif. En tant qu’organisation représentative de salariés du secteur de l’énergie, second syndicat du secteur en France, membre des fédérations syndicales européennes EPSU et Industriall, la CFECGC Énergies souhaite légitimement apporter sa contribution à l’évaluation du Technical Expert Group (TEG) sur la taxonomie et relayer un certain nombre de critiques ou d’inquiétudes exprimées par ses mandants.

 La CFE-CGC Énergies soutient les objectifs de la Commission européenne et l’initiative de financement durable qui en constitue un outil essentiel, aux conséquences importantes qui doivent être donc soigneusement pesées. Notre organisation partage le consensus international sur les technologies à embarquer pour réussir le Green Deal, l’AIE appelant les pays industrialisés à privilégier les énergies renouvelables (EnR), le nucléaire et le gaz, ce dernier en substitution des énergies fossiles plus carbonées que sont le pétrole et le charbon (de manière transitoire le gaz naturel et demain le biogaz comme énergie renouvelable neutre en carbone lorsqu'il sera suffisamment compétitif d’un point de vue économique pour remplacer le gaz naturel).

En conséquence, elle souhaite apporte des précisions sur les points suivants.

1) La neutralité technologique bas carbone n’a pas été respectée Seule une approche technologique agnostique permet d’identifier le résultat le plus efficace et le plus pertinent. Or, le rapport du TEG ne suit pas cette méthode, en particulier, il n’impose pas que toutes les sources d’énergie sans exception soient évaluées sur l’intégralité de leur cycle de vie, selon une méthodologie dont la rigueur est validée et internationalement reconnue (par exemple, normes ISO 14040 et 14044).

Tout choix a priori qui ne serait pas soutenu par ce type d’analyse porte gravement atteinte à la crédibilité de ce texte. Le fait que les EnR en soient exemptées et que, pour le nucléaire, il ne soit pas reconnu que la faiblesse des émissions de gaz à effet de serre ne concerne pas que la phase d’exploitation, mais bien tout le cycle de vie (12gCO2/kWh selon le 5ème rapport du GIEC), constitue une violation flagrante du principe de neutralité technologique qui doivent être corrigées.

Enfin, le critère DSNH (Do Not Significantly Harm), s’il est indispensable, est plus vague et doit lui aussi être appliqué selon le critère de neutralité technologique et l’état des connaissances scientifiques, et non selon des critères dépendant du résultat souhaité. Cela visiblement n’a pas été toujours le cas, en particulier pour les déchets nucléaires (voir ci-après). Ceci semble refléter la prise en compte d’agendas non techniques et très politiques de certains pays ou organisations qui n’ont nullement le monopole de l’écologie scientifique, ce qui nuit gravement à la pertinence du rapport du TEG.

2) L’exclusion « à ce stade » du nucléaire de la taxonomie dite verte. Si le nucléaire est bien identifié comme une source d’énergie très décarbonée (6g CO2/kWh dans l’industrie française, selon l’évaluation de l’ADEME), il n’est pas suffisamment souligné qu’il est non intermittent et flexible et qu’il n’a pas besoin d’être combiné avec d’autres moyens de production d’électricité ni de stockage à grande échelle pour assurer la sécurité du système électrique ; sa faible incidence sur, notamment, la pollution atmosphérique, la consommation de matières premières, l’utilisation des sols n’est pas non plus soulignée, et, de façon générale, le manque de prise en compte de ces critères constitue une faiblesse méthodologique générale et importante du TEG sur la taxonomie.

 L’exclusion du nucléaire, à ce stade, proviendrait du fait que la gestion de ses déchets ne répondrait pas au critère DNSH. La CFE-CGC Énergies s’inscrit en faux contre cette allégation qui ignore visiblement les réalités technologiques et l’état de la science. Les déchets radioactifs sont gérés selon de stricts protocoles, leur gestion est encadrée par les autorités de sûreté nationales et ils font l’objet de nombreuses spécifications du traité Euratom ; il conviendrait tout de même que la taxonomie n’ignore pas les traités européens existants ! En ce qui concerne les déchets de faible activité, il existe un consensus européen pour définir un seuil de libération à partir duquel ces matériaux peuvent être considérés comme des matériaux ordinaires : AIEA (guide RS-G-1.7), directive 2013/59/ Euratom. De plus, le recyclage du combustible nucléaire usé peut être étendu pour mieux utiliser les ressources en uranium et réduire les déchets.

Le volume des déchets de forte activité, après retraitement, représente en France 3 % des déchets radioactifs, soit l’équivalent d’une piscine olympique pour l’ensemble du parc français depuis sa création. Pour ces déchets ultimes, l’enfouissement profond dans des dépôts géologiques (de stabilité supérieure à 150 millions d’années contre une radioactivité détectable de 15.000 ans pour les déchets retraités) constitue une solution validée par les autorités de sûreté de nombreux pays (France, Finlande, Suisse pour l’Europe, mais aussi USA, Japon, Canada, Russie, Chine). Pour la France, la CFE-CGC Énergies soutient le projet CIGEO.

Il est à noter que le TEG, après sa position de principe sur l’exclusion du nucléaire, reconnaît cependant son manque de compétence sur le sujet et ouvre la porte à une expertise internationale. La CFE-CGG Énergies appelle à suivre cette recommandation et à nommer un groupe d’experts pour évaluer le caractère durable et l’aspect DNSH des solutions pour le traitement des déchets nucléaires, en respectant la neutralité technologique. Ce groupe devrait être constitué d’experts des autorités de sûreté nationale, d’agences publiques en charge de la gestion des déchets radioactifs, de représentants d’organismes de recherche actifs dans les sciences et techniques nucléaires, et la radioprotection.

La CFE-CGC Énergies insiste sur l’importance de traiter rationnellement et rapidement ce problème. Le rapport du TEG traite ainsi bien légèrement une énergie abondante, compétitive, fortement contributive au PIB et qui est actuellement la première source d‘énergie décarbonée en Europe ! Il est par conséquent nécessaire d’éliminer l’incertitude actuelle sur le nucléaire : d’abord tant pour son importance propre dans le défi climatique (rappelons que par ailleurs l’électricité est amenée à se substituer massivement à certains utilisations des énergies fossiles) ; et ensuite parce que l’exclusion de la taxonomie verte impacterait aussi fortement toutes les industries utilisatrices qui se verraient refuser l’accès à des financements privilégies pour optimiser leurs process dans le sens de la transition énergétique.

 3) Des contraintes irréalistes sur le gaz et l’hydroélectricité ; Toutes les activités de stockage et de transport d’énergies fossiles sont exclues de la taxonomie verte de fait. Un projet de production d’énergie à partir de combustibles fossiles gazeux ou liquides ne peut ainsi être étudié que s’il émet moins de 100 g de CO2 équivalent par kilowattheure et ce chiffre sera réduit par tranches de cinq ans pour arriver à 0 g CO2/kWh d’ici 2050. Là encore, la CFE-CGG Énergies s’interroge sur le bien-fondé de décisions peu fondées technologiquement et qui ignorent les réalités industrielles et des pans entiers d’activité. Dans le domaine énergétique, la décision proposée par le TEG est nettement contreproductive. Elle risque de ralentir la suppression des centrales à charbon ou lignite qui constituent encore une part importante de la production de certains pays. Les convertir en centrales au gaz constitue le moyen le plus rapide de réduire drastiquement leur empreinte carbone à court terme, même si d’autres technologies seront nécessaires à l’avenir pour atteindre ensuite le « zéro émission nette ». C’est la seule solution qui permette à court terme à ces pays de diminuer leur empreinte carbone tout en gardant une source d’énergie pilotable abondante et économique, ce que ne permettent absolument pas les EnR électriques (alors que le biogaz, lorsque sa production sera compétitive, pourra être plus facilement transporté et stocké). C’est aussi ignorer le rôle important et irremplaçable du gaz dans toute une gamme d’industries chimiques, agrochimiques, pharmaceutiques qui seraient exclus de l’accès aux financements privilégies pour optimiser leurs process dans le sens de la transition énergétique, de l’efficacité énergétique et de la décarbonation…

L’hydroélectricité constitue un outil majeur pour atteindre la neutralité carbone, mais qui est nécessairement limité par la géographie de chaque pays. Là encore, le TEG a imposé des contraintes techniquement irréalistes, qui marquent une ignorance certaine des réalités industrielles. C’est notamment le cas en exigeant que le critère de zéro émission nette soit atteint sur le seul périmètre de chaque projet hydroélectrique. Une plus grande clarté est aussi nécessaire concernant les petites centrales hydroélectriques (moins de 10 MW) que le TEG appelle à ne pas favoriser, donc à ne pas rendre éligibles aux financements verts. Cela ne repose sur aucune rationalité technique, les effets positifs et négatifs d’une centrale hydraulique étant spécifiques à un site et à une masse d’eau donnés, indépendamment de sa taille, et cela revient à brider le développement de l’hydroélectricité dans des pays (et c’est assez généralement le cas en Europe) où tous les sites importants sont déjà exploités. Par ailleurs, la production électrique issue d’une centrale hydroélectrique ne constitue qu’un aspect de tout un service public de l’eau qui a des répercussions sur l’alimentation en eau, l’agriculture et l’aménagement du territoire. Pour cette raison, la CFE-CGC Énergies rappelle son opposition à la mise en concurrence des concessions hydrauliques, qui ne garantit nullement l’accomplissement des missions de service public, ni la réalisation d’investissements à long terme allant dans le sens de la transition énergétique.

4) La responsabilité des États dans leur mix énergétique La CFE-CGC Énergies rappelle que la politique énergétique est de la responsabilité des ÉtatsMembres qui ont des contextes géographiques, économiques et historiques très différents, et qui doivent pouvoir choisir leur palette d’outils bas carbone et faire leurs propres choix technologiques pour réussir leur transition énergétique.

Ici encore, le respect de la neutralité technologique est essentiel, car si des États se voyaient interdire, via une taxonomie trop restrictive, l’accès à des financements verts pour des projets bas carbone importants et structurants selon des critères technologiquement injustifiés (par exemple dans le cas des projets nucléaires en Finlande, Tchéquie, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Hongrie), c’est l’adhésion au projet européen qui s’en trouverait affectée à un moment où l’Union européenne (UE) fait face à une crise d’une gravité sans précédent.

5) Les critères DSNH doivent prendre en compte des aspects sociaux et stratégiques. Un investissement vert ne peut pas être un investissement qui violerait les garanties sociales minimales reconnues par les États-Membres, ou qui provoquerait de graves difficultés d’emplois, même temporaires, sans offrir de solutions satisfaisantes de reconversion. Par ailleurs, la crise actuelle du COVID-19 nous oblige impérativement à revoir notre dépendance industrielle et technologique vis-à-vis des pays tiers et à entamer une véritable politique de réindustrialisation.

Les investissements verts doivent prendre en compte les aspects négatifs d’une mondialisation non régulée, ainsi que les aspects stratégiques. Les financements verts européens ne doivent donc pas entraîner un surcroît de dépendance vis-à-vis d’États extérieurs à l’UE, dont chacun peut maintenant constater la dangerosité, ils ne doivent pas servir à financer des chaînes de valeurs industrielles quasi-exclusivement installées en dehors de l’UE. Enfin, il serait absurde de labelliser verts des financements qui auraient pour simple résultat d’externaliser les incidences négatives (émissions de CO2, pollutions, conséquences sanitaires, coût et externalités négatives du transport) hors d’Europe. Les leçons d’un développement non piloté de l’éolien et surtout du solaire par l’Europe et les États-Membres qui a conduit, par le choix d’EnR de plus en plus lowcost, à une création importante de valeur et d’emplois principalement en Chine doivent être prises en compte.

Pour cette raison, la CFE-CGC Énergies considère que les aspects sociaux et stratégiques doivent être pris en compte dans la taxonomie verte, possiblement au titre des critères DSNH.

La taxonomie verte représente un outil important pour la réussite d’une transition énergétique climatiquement efficace, économiquement favorable et socialement juste. Ses potentialités sont immenses, ses conséquences doivent être soigneusement évaluées. La CFE-CGC Énergies estime essentiel le respect de la neutralité technologique dans tous ses aspects, sans quoi cet outil perdra toute légitimité et se heurtera à l’incompréhension des salariés européens. Elle espère que les futures discussions sur la taxonomie incluront des aspects sociaux et stratégiques, qu’elles seront transparentes et ouvertes aux parties prenantes et qu’elles permettront de développer un modèle européen d’entreprises plus responsables environnementalement et socialement. Ce sont des conditions essentielles pour que la taxonomie atteigne ses objectifs et soient effectivement utiles pour orienter les investissements vers une transition énergétique réussie et conforme au Green Deal

La place du nucléaire dans les pays européens