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jeudi 17 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom -23 : La PAC démantelée, l’euthanasie des paysans


Europe et Eurokom : Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations de l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

« Il y a un peu plus de 60 000 éleveurs laitiers ; dans quinze ans, à mon avis, il en restera 20 000. Bref, ce qui se passe avec l’agriculture en France, c'est un énorme plan social, mais un plan social secret, invisible, où les gens disparaissent individuellement, dans leur coin, sans jamais donner matière à un sujet pour BFM. » Michel Houellebecq, Serotonine

Merci au monde paysan, de tous pays !

Se souvient-on de cette longue sortie de guerre, et de combien les Français ont eu faim, des tickets de pain, du café inabordable remplacée par la chicorée, les pommes des terres remplacées par les topinambours (sur lesquels les bobos ne s’extasiaient pas encore !), des ersatz très douteux. Et des tickets de rationnement dont les derniers n’ont disparu qu’en 1949 !

En 2015, la production agricole française s’élevait à 74,1 milliards d’euros, soit 18 % de la production globale des 27, selon une publication de l’Insee, du 5 juillet 2018, consacrée à la place de l’agriculture française en Europe. La France est au premier rang pour la production de céréales, de plantes fourragères, de vin, de pommes de terre, de bétail et de volailles. Rien que pour les céréales, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert aime à rappeler que, avec70 millions de tonnes produites par an, leurs exportations représentent deux Airbus par semaines !
Bravo et Merci les paysans français !

Et tant qu’à ne pas être chauvin, à tous les paysans de tous les pays. De 1900 à 1909, 27 millions d’êtres humains ont succombé aux famines. De 1920 à 1960, chaque décennie, c’étaient 15 millions de morts par famine. De 1950 à 1980, la population mondiale a doublé, passant de 2.5 à 5 milliards. Les malthusiens de l’époque s’affolaient : des centaines de millions d’être humain vont mourir de faim dans les années 70-80. La bataille menée pour nourrir la totalité de l’humanité a eu lieu, nous en sommes au dénouement (Paul Ehrlich, la bombe P, 1968) Dans quinze ans, les famines seront catastrophiques (Famine 1975, Paul Paddock).

C’est le contraire qui s’est produit et les famines, fléaux immémoriaux,  ont aujourd’hui quasiment disparu de la surface du globe, sauf perversité humaine (guerres). Merci aux paysans de tous pays !
Merci donc, mais qu’il a un goût amer et scandaleux ce merci. Chaque année maintenant, le chiffre reste stable : un agriculteur se suicide tous les deux jours ! Ce taux de mortalité par suicide des agriculteurs français est supérieur de 20% à celui de la population générale et de 30 % pour la seule catégorie des éleveurs de vaches laitières ! La cause est aussi bien connue : des revenus agricoles insuffisants pour vivre. Une enquête réalise dans l’Ouest en 2017 a montré que plus de 30 % des agriculteurs gagnent moins de 350 € par mois et que les deux tiers d’entre eux étaient en-dessous du seuil de pauvreté ! (L’enquête indiquais également que le plus grand nombre de suicides  a été observé pendant les mois où les prix du lait ont atteint leur record le plus bas, ce qui bien sûr n’a aucun lien avec la suppression des quotas laitiers, chers ultra-libéraux de Bruxelles !!!). Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), plus de la moitié des paysans français gagnent moins de 354 euros par mois. Ils n'étaient que 30 % dans ce cas-là en 2015 et 18 % en 2014. En 2016, les revenus ont diminué de 26% ! Conséquence de cette paupérisation rapide : les fermetures d'exploitations se multiplient : 1.281, (soit 3.5 exploitations par jours !) entre septembre 2016 et septembre 2017 ! Un chiffre en hausse de 6,7% par rapport aux douze mois précédents ! En 2017, 300 fermes de bovins ont fait faillite,  chiffre en très nette augmentation de 19% sur un an et 69% sur quatre ans. Au-delà des faillites, 70% des agriculteurs sont dans le rouge, selon la Coordination rurale. Ils travaillent énormément et ne peuvent pas se payer. Comment en est-on arrivé là ?

Vive la vieille PAC, qui fut un succès !

Prévue par le traité de Rome du 25 mars 1957 et entrée en vigueur le 30 juillet 1962, la politique agricole commune (PAC) est une des plus anciennes et jusqu'à peu la plus importante des politiques communes de l’UE (environ 35 % du budget européen). Ses grandes lignes ont été définies à la conférence de Stresa (du 3 au 12 juillet 1958) et elle a été mise en place en 1962. Ses objectifs étaient d’accroître la productivité de l’agriculture ; d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ; de stabiliser les marchés ; de garantir la sécurité des approvisionnements ; d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Depuis, s’y sont ajoutés les principes de respect de l’environnement et de développement rural. La section Garantie du Fonds européen d'orientation et de garantie agricole (FEOGA) finançait le soutien des marchés.

Lorsque la PAC fut lancée, la France, seule parmi les pays fondateurs,  arrivait juste à l’autosuffisance alimentaire. Cette vieille PAC avait une orientation résolument productiviste, car il fallait augmenter la production agricole, et protectionniste, car la construction d’une union douanière nécessitait une protection aux frontières. Il s'agissait alors de rendre la Communauté auto-suffisante, plus solidaire et de moderniser un secteur agricole encore très disparate selon les pays. Elle a été une incontestable réussite: modernisation de l'agriculture, développement de la production, immenses gains de productivité qui ont fait de l’Union le 2e exportateur mondial, autosuffisance et sécurité alimentaire garantie. Si l’évolution des techniques et la concentration des exploitations faisaient diminuer naturellement la population paysanne (qui pouvait alors contribuer à l’industrialisation), cela allait de pair avec l’augmentation du niveau de vie des paysans.   Les écueils rencontrés (crises liées à la surproduction de nombreux produits, aux variations de change des monnaies, à l'entrée de nouveaux membres) ont été surmontées par des adaptations intelligentes avec notamment en 1984 la résorption des excédents, avec la mise en place de quotas de production, notamment dans le domaine laitier, et une politique de réduction des prix de soutien.

On sait comment par une malédiction incompréhensible, l’Eurokom des fanatiques libéraux s’acharne à détruire les rares succès de la politique européenne. C’est exactement ce qui arriva avec la PAC !

La nouvelle PAC et le règne du marché.

La préférence communautaire permettait d’isoler l’agriculture européenne des variations des prix mondiaux en lui accordant des avantages en matière de prix par rapport aux produits importés et les agriculteurs bénéficiaient d’aides indirectes, les « prix garantis », qui leur assuraient un prix minimum pour leurs productions.

Cette disposition est actuellement en quasi désuétude et les réformes de 1992 et 1999 ont eu pour but de rapprocher l’agriculture européenne du marché (du dieu marché !) en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes, disposition aggravée en 2003 ; désormais, les aides ne sont plus liées à la production. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare, à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. La régulation du marché est abandonnée et les quotas sont progressivement supprimés (2015 pour le lait, 2017 pour le sucre).

Et il s’est produit ce qui était parfaitement prévisible. En ce qui concerne les quotas laitiers, la production  maintenant  libre, l'agriculture européenne affronte la concurrence sans filet de sécurité. Dans un premier temps, la production a augmenté… et les prix d'achat aux agriculteurs ont baissé - le prix payé est inférieur en 2016 et début 2017 au prix de production ! Selon des chiffres de l'Insee publiés en décembre 2016, le revenu moyen d'un chef d'exploitation agricole diminue de 26,1% en 2016 par rapport à 2015 !

Cette PAC est devenue complètement absurde, et la Cour Européenne des comptes vient d’y consacrer un rapport au vitriol, dénonçant un système inégalitaire selon lequel  les petits se paupérisent quand les plus gros s’enrichissent. La répartition est tellement injuste…qu’elle est secrète.  En avril 2009, on a pu connaître les montants reçus au titre du premier pilier pour tous les bénéficiaires de la PAC en France (le prince de Monaco figurait au premier rang…) ; alors un arrêt de la Cour de Justice de l'UE, consécutive à une démarche luxembourgeoise, a invalidé en 2010 la réglementation de l'Union sur la publication des informations relatives aux bénéficiaires de fonds européens agricoles. Beaucoup d’États membres (dont la France) ont alors retiré l'accès public aux informations nominatives !

Cette PAC est tellement juste et efficace qu'elle doit être secrète

Et surtout, l’effort global en faveur de l’agriculture, le montant global de la PAC diminue considérablement. La Commission européenne envisage une enveloppe de 265 milliards d’euros pour 2021-2027 soit une diminution  de 12% en euros constants. Les exploitants agricoles français vont perdre près de 5 milliards d’euros d’aides directes sur toute la période et les revenus des agriculteurs européens diminueront de 8 %, selon le cercle de réflexion Farm Europe. Toujours selon FARM Europe, la valeur des aides directes devrait baisser de 15 %, et elles seront, par ailleurs, plus compliquées à obtenir. Les paiements du premier pilier seront soumis à des exigences environnementales. Leur montant sera dégressif à partir de 60 000 euros et plafonné à 100 000 euros par exploitation.

Tiens, pour ajouter la connerie à la bêtise, nous apprenons début 2019 que Bruxelles a alloué à la France 700 millions d’euros pour le développement de projets ruraux, à dépenser entre 2014 et 2020. A un an de l’échéance, seulement 3% de l’enveloppe a été dépensé… (Europe1)

D’où une spirale infernale. La concurrence mondiale tire les prix vers le bas et les prix agricoles sont trop bas et parfois deviennent même inférieurs aux coûts de production ! Des mises aux normes incessantes viennent augmenter encore les coûts de production. Et parfois stupides : que nous coutera l’abandon unilatéral  du glyphosate, le plus efficace et le plus sûr pour la santé des herbicides ?

On veut une agriculture écologique et vertueuse, mais on ne fait rien pour se protéger des produits importés qui ne respectent aucune norme, et, au nom du libre échange, on « négocie » des traités comme le Ceta. La production agricole sera exposée à ce qui se fait de pire au Brésil ou au Canada, par exemple de la viande produite avec un cahier des charges largement différent du nôtre. Dans ces conditions, pourquoi lutter contre le glyphosate et le poulet aux hormones chez nous ? En France, on produit avec une meilleure qualité: il faut l'assumer, en être fiers, en revalorisant notre processus de production. Ce qui impliquerait en premier lieu de mettre des clauses dans les traités de libre-échange qui, sur le modèle de l'exception culturelle, instituerait une exception agricole.

Mais ça, ce n’est pas dans le logiciel de la Commission Européenne.

L’Agriculture, un marché pas comme les autres

Vivent les marchés, donc ; et pourtant, partout dans le monde, au nom de la sécurité alimentaire, au nom de la lutte millénaire contre les famines, au nom des traditions locales, partout l’agriculture est aidée : 190 euros par habitant en Europe, 389 aux USA, 434 au Japon, 228 au Canada, 629 en Suisse, 957 en Norvège.

L’Union Européenne, une fois de plus, l’idiote du libre-échange !

Michel Houellebeck, Serotonine « Mes interlocuteurs ne se battaient pas pour leurs intérêts, ni même pour les intérêts qu’ils étaient supposés défendre, ç’aurait été une erreur de le croire ; ils se battaient pour des idées ; pendant des années, j’avais été confronté à des gens qui étaient prêt à mourir pour la liberté du commerce »

Croit-on que le gigantisme, la productivité au détriment de toute considération des animaux,  les fermes de 1000 vaches et de 200.000 poules en cage soit la solution ? Ceci alors : En Allemagne, la faillite de la plus grande firme agricole relance le débat sur la régulation du foncier. Avec 46 000 ha répartis entre l’ex-RDA, la Lituanie et la Roumanie, KTG Agrar faisait figure de totem au phénomène de concentration foncière, ou « land grabbing », en Europe. Développée sur la base de la privatisation d’anciennes fermes d’Etat est-allemandes dans les années 1990, l’entreprise a connu une expansion rapide à partir de son entrée en bourse en 2007. Ses activités ne se limitaient pas à la production agricole et parmi les 96 filiales et autres entreprises associées du groupe KTG figuraient différents outils de transformation alimentaire et de production de biogaz. Le groupe avait même occupé le 3ème rang des producteurs d’énergie renouvelable en Allemagne. En difficulté, avec un endettement important, KTG Agrar avait réussi à conserver la confiance de ses créanciers grâce à des jeux d’écriture sur les prix d’achat et de vente entre ses différentes filiales. Le pot aux roses découvert, le fondateur fût poussé au départ en 2016 et le groupe déclaré insolvable…

Vous savez-quoi ? Une pénurie de nourriture conduirait notre société à se rappeler aussitôt de l'importance de nos agriculteurs…

Nous y allons tout droit. L’Eurokom aura réussi cela !

C’est pourquoi il faut en sortir !


dimanche 22 avril 2018

Macron l’Américain s’attaque à la laïcité à la française


Discours étonnant d’Emmanuel Macron le 8 avril 2016 devant la Conférence des Evêques de France. Dans un style assez amphigourique, qui devient sa marque de fabrique, il a accumulé les perles inquiétantes, un véritable collier qui constitue une attaque intégrale contre la conception républicaine de la laïcité.  Extraits :

“Le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, il nous importe à vous comme à moi de le réparer”

« Lien » de la part de la part de quelqu’un qui maitrise aussi bien le langage de Macron est assez significatif et significativement dangereux. La laïcité, c’est d’abord l’indépendance des pouvoirs temporels et spirituels théorisé entre autre par les républicains positivistes à la Jules Ferry, c’est l’Eglise hors de l’Etat et l’Etat hors de l’Eglise, c’est selon Pierre Laffitte : la religion, quelle qu’elle soit, n’est plus d’ordre public.

Il n’y pas dans la République laïque de « lien » entre l’Etat et l’Eglise, l’Eglise catholique, ou toute autre Eglise ou toute autre religion. Et quand ce lien aurait-il été cassé ? Par la loi de 1905 ? Par les controverses sur le mariage gai, où, rappelons-le, il n’a jamais été question de contraindre les catholiques ou toute autre religion à bénir religieusement les mariages homosexuels…

« L’Etat et l’Eglise… exercent tous deux  une autorité et même une juridiction ! »

Non, mille fois non ! l’Etat exerce une autorité politique, temporelle sur l’ensemble des citoyens, l’Eglise –catholique en l’occurrence, un magistère spirituel sur ceux qui le veulent bien. Alors une juridiction !!! Il veut quoi Macron ? En revenir à l’Inquisition ? Ou vise-t-il autre chose : des accommodements raisonnables comme au Canada qui permettraient à la communauté musulmane d’exercer effectivement une juridiction basée sur la charia ! C’est une conception communautariste à l’américaine, parfaitement contraire à la laïcité républicaine !

 « Un engagement politique auquel j'appelle les catholiques pour notre pays et pour notre Europe »…

La France ne connait pas les partis confessionnels. Si les catholiques ou les sectateurs d’autres religions ont non seulement le droit et même le devoir en tant que citoyens français de participer à la vie politique de leur pays, ils n’ont aucun droit à le faire en tant que catholiques, ou musulmans, ou boudhistes, ou partisans de Raëls,  ou même confucéens.

 Ou alors quoi ? Macron souhaite une Fraternité Catholique qui s’allierait parfois à une Fraternité musulmane (tiens, comme dans Soumission !) pour combattre « l’intégrisme laïc » ? Houellebecq reviens !, il devient fou !

« Vous êtes aujourd'hui une composante majeure de cette partie de la Nation qui a décidé de s'occuper de l'autre partie celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers. »

Vielle antienne, vieux rêve de la secte libérale que cet éloge de la charité se substituant aux devoirs sociaux de l’Etat. A bas l’Etat social, que l’on démantèle par tous les bouts, vive le rôle social des Eglises. Mais enfin, c’est exactement comme cela que les frères Musulmans se sont progressivement imposés dans des Etats et des sociétés autrefois relativement laïques, prospérant comme un cancer sur le terrain social abandonné par l’Etat pour faire avancer leur projet de retour à un ordre théocratique totalitaire.

Et puis, c’est quand même un peu fort de café. Macron ne cesse d’affaiblir tous les corps intermédiaires, avec les syndicats en principale ligne de mire, mais aussi les élus locaux, les institutions comme le Conseil Economique et Social, les Conseils généraux, etc. Et le seul « corps intermédiaires » auxquels il reconnaitrait une légitimité, ce serait l’Eglise ou les Eglises !!!!

« une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation »

Non, elle la trahirait ! De Pascal à Auguste Comte, la séparation des pouvoirs temporels et spirituels est la base de la laïcité républicaine.

« dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions »

Il me semble moi, que ce sont plutôt les partisans de la laïcité, les partisans de la liberté spirituelle, les agnostiques, les athées, les libres penseurs qui sont menacés, et de plus en plus, en France. 
Le massacre de Charlie Hebdo, les morts de Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Ahmed Merabet, c’est déjà oublié !! 
Et ce qui est plus inquiétant encore, c’est le nombre croissant, surtout parmi les jeunes, de ceux qui pensent que ces martyrs de la liberté l’avaient quelque part, un peu cherché, par leur manque de respect vis-à-vis de la religion. Nous ne sommes pas loin du rétablissement du délit de blasphème, en tout bien, tout respect.

« Je sais que l’on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens »

Oui, il y a des racines chrétiennes de la France, il y a la trêve de Dieu, il y a les ordres de Cluny, de Citeaux, il y a Héloïse et Abélard, il y a « ce monde entier se libérant, rejetant le poids du passé et se revêtant d'un blanc manteau d'églises », il y a les cathédrales, et tant d’œuvres d’art incompréhensibles sans la culture chrétienne, et il y a tout cela auquel on peut, on doit rendre hommage et qui doit être présent encore plus dans nos cours d’histoire,

Mais il s’agit de culture, pas de culte ! et entretenir la confusion entre les deux est dommageable au plus haut point. Nous sommes sortis de l’ordre théocratique, passés par l’âge métaphysique des Lumières et de la Grande Révolution et progressivement entré dans l’ordre positif. Il n’y aura pas de retour en arrière, sauf par la plus atroce tyrannie.

Et puis, il y un peu aussi tout de même les racines celtiques et romaines préchrétiennes- cette magnifique coolitude religieuse qui faisait inscrire aux Romains sur leurs stèles : «  au dieu ou à la déesse de Cassis »

 « la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. »

En effet. Mais tout le reste et tout le ton du discours suggère que les Eglises auraient le monopole du spirituel, le monopole de l’émerveillement devant le monde, la vie, la beauté, la bonté ou la cruauté, du questionnement sur la nature, le destin, le rôle, les devoirs de l’homme et de l’Humanité. Non, ni l’Eglise catholique en particulier, ni les religions théistes en général n’ont le monopole du spirituel, et le Chef de l’Etat, garant de la laïcité, faillit gravement à son rôle, comme l’a très bien relevé Jean Glavany.

« les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme »

!!!! Il fut un temps ou le Parti Catholique choisissait l’Espagne plutôt que la France et faillit détruire la nation française, bénissant l’égorgement des Français les uns par les autres. C’est aussi de ce refus des guerres de Religion, du Parti politique de Michel de l’Hôpital et de Montaigne, et nos rois qu’est un peu finalement sorti aussi notre laïcité.*

« La République que vous (catholiques) avez si fortement contribué à forger »

!!!! Le pape Pie X doit se retourner dans sa tombe... Sa condamnation du Sillon et de Marc Sangier, désireux de réconcilier l’église et la République fut-elle une illusion ? Et les menaces d’excommunication contre les parlementaires qui voteraient la loi de séparation, illusion aussi ? (Jean Glavany, remarquable tribune sur http://www.laicite-republique.org/j-glavany-les-4-erreurs-d-emmanuel-macron-12-av-18.html)

« Une exigence chrétienne importée dans le champ laïc de la politique.. C’est ce qu’ont apporté à la politique française les grandes figures que sont le Général de Gaulle, Georges Bidault… »

Alors là, champion dans le confusionnisme historique !!! Placer comme exemple de chrétiens exemplaires, l’un à côté de l’autre, De Gaulle et Bidault, qui fut l’un des chefs de l’OAS, l’un voulant tuer l’autre et réciproquement, il fallait oser !!! C’est En Marche en Grand Ecart. Mais peut être une occasion de rappeler que De Gaulle pratiquait assez peu le pardon chrétien des offenses….

Donc, un discours amphigourique, qui sombre parfois dans la plus grande stupidité, mais surtout un discours dangereux qui dynamite, par volonté, ignorance ou incompréhension, toutes les bases de la laïcité républicaine française. On avait vu lors de son intronisation Macron l’Américain chanter la Marseillaise, comme personne ne le fait en France, la main sur le cœur, comme les prêcheurs américains. Il y a aussi maintenant de plus en plus Macron l’Américain qui démantèle la laïcité et se fait le chantre du communautarisme. A mois qu’il n’y ait aussi l’influence de Ricœur, la tradition philosophique la plus ridicule du siècle dernier, dont les étudiants de Mai 68 eurent quelque raison de faire le premier doyen couronné d’une poubelle.


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vendredi 19 juin 2015

Michel Houellebecq's Submission : a novel about humanity


Houellebecq and Auguste Comte

In Marianne (16 January 2015), a leading french intellectual Jacques Julliard has dedicated an article to the latest book by Houellebecq (Submission). In Figures of the collabo, an article that seemed to me 1) one of the most relevant of the wave of criticism; (2) incomplete, because it leaves aside Houellebecq knowledge of the work of Auguste Comte and his fascination, obvious by the number of citations in his previous works.

Therefore Submission would mainly be a murderous charge against the French intellectual, a gladly companion of deadly ideologies, a "man which beautifully invokes Voltaire and Zola, but is willing to prostitute himself before power, and even more when this power takes dictatorial forms and uses systematic violence and terror ”. Julliard quote Houellebecq justifying his hero (anti-hero?) submission to the new french islamic power : "so many intellectuals during the 20th century had supported Stalin, Mao or Pol Pot, and were not reproached anything”…

Agreed, the desire or need for “submission” is particularly disturbing among intellectuals, where it  appears to be a denial of their very function. But, in Houellebecq’s novel, all society is concerned. The “moderate” islamist Ben Abbès is elected by a majority of French, and they enjoy its government : restored civil peace, prosperity again, and even happier family life, more jobs (but less women at work). Of course some women, some Jews, not all of them, just a few, have to make some sacrifices, nothing really serious , but finally, no omelette without eggs...

What happened? "No society can exist without a kind of religion, without a "common social doctrine", without which there are no other expedients, to maintain harmony, than the sad alternative of force or corruption" (Auguste Comte). This is what led the positivists to propose a Republican, non-theological, religion, a religion without God. (for fascinating exposés of the Religion of Humanity in english, it can be referred to Frederic Harrison texts - the leader of a small but dynamic english positivist community). The purpose of the republican religion is to" rally, link, regulate": rally men to the common social doctrine, reinforce social links, regulate social and moral behaviors.

Something must have gone wrong, as would say Houellebecq, there had to be some flaws in Auguste Comte’s Religion of humanity. The Catholic order has been destroyed, but not replaced ("you only destroy what you replace- also Auguste Comte). So, in this vacuum, the most recent and still vigorous theological religion triumphs, and this precisely by invigorating the social link; That’s how the  Muslim Brotherhood of Houellebecq’s novel comes to power ..., as well as, in real world, Muslim fundamentalist movements.

Desire and need for submission

Then,  is the desire or need for submission always negative? Many people complains about the lack of authority of teachers. Does teaching not require some kind of submission? You can’t learn anything without first accepting the authority of knowledge, competence, elders, great scientists, artists, writers of the past - before eventually  challenging them ? And, it’s not by chance that in the new president Ben Abbès France, teachers are much better regarded and treated ; this was part of the program and of the public desire.

"Submission is the basis of development" (Auguste Comte, again; a missile sent, with a kind of smile, to his main disciple Pierre Laffitte requesting clarification) - except that Comte himself did little to bind to academic authorities and governments and had to pay the price by marginalization ; so, a motto  to take with caution, but not less real.

"Submission is the basis of development”," Islam means submission”, so why not “Islam is the basis of development” and let’s make a novel about this. A novel, not really about Islam, not a political fiction (it is the weaker part of this book)), not a reactionary pamphlet,  nor sexist, nor racist. Simply a novel about humanity, as all great novels.

And by the way, when will Houellebecq’s last novel be published in England or United States ?  Will editors be more courageous that the intellectuals ( again ?) who refused to associate themselves with the fight for freedom, after Charlie Hebdo murders ?

 
Eric Sartori, author of  Le socialisme d'Auguste Comte, aimer, penser, agir au XXI ème siècle, L’Harmattan, 2013
 

vendredi 13 février 2015

Soumission : un roman sur l’Humanité


Houellebecq et Comte

Dans Marianne du16 janvier 2015, Jacques Julliard a  consacré un article au dernier livre de Houellebecq, Figures du collabo, un article qui m’a semblé 1) l’un des plus pertinents de la vague des critiques ; 2) incomplet, parce qu’il laisse de côté la connaissance qu’a Houellebecq de l’œuvre de Comte et sa fascination, évidentes d’après le nombre des citations dans ses précédents ouvrages.

Donc Soumission serait principalement une charge meurtrière contre les intellectuels à la française, volontiers compagnons de route des idéologies les plus meurtrières, cet « homme qui se soumet », « qui a beau invoquer Voltaire et Zola, mais est prêt à se prostituer devant le pouvoir, dès lors que celui-ci prend des formes dictatoriales et use systématiquement de la violence et de la terreur », et vous citez cette incidente négligemment posée : « tant d’intellectuels au cours du XXème siècle avaient soutenu Staline, Mao ou  Pol Pot, sans que cela leur soit vraiment reproché ».

D’accord, le désir ou besoin de soumission est particulièrement perturbant chez les intellectuels, où il semble constituer une négation de leur fonction même. Mais il frappe toute la société. C’est la majorité des Français qui élisent Ben Abbès, et c’est toute la société qui s’en trouve plutôt bien : paix civile rétablie, prospérité retrouvée, et même bonheur familial, personnel accru; certaines femmes, certains juifs, pas nécessairement tous, ont à faire quelques sacrifices, rien de mortel, mais enfin, nulle omelette sans œufs…

Que s’est-il passé ? Aucune société ne peut exister sans « un sacerdoce quelconque », une « doctrine sociale commune », sans laquelle il ne reste d’autres expédients, pour maintenir une harmonie quelconque, que la triste alternative de la force ou de la corruption » (Auguste Comte). C’est ce qui a conduit les Positivistes à proposer une religion républicaine, non théologique, sans Dieu, pour « rallier, relier, régler » : rallier les hommes à la doctrine sociale commune, les relier entre eux, régler  les rapports sociaux et les comportements.

Quelque chose a mal tourné, comme dirait Houellebecq, il devait y avoir quelques vices cachés dans la Religion de l’Humanité. L’ordre catholique  a été détruit et non remplacé ( « On ne détruit que ce qu’on remplace » -encore Auguste). Alors, dans ce vide s’impose la dernière et la seule encore vigoureuse des religions théologiques, et ceci précisément par la revigoration du lien social ; c’est par là que triomphe la Fraternité musulmane du roman, comme les mouvements intégristes musulmans.

Désir et besoin de soumission

Ensuite, le désir ou besoin de soumission est-il toujours négatif ? Nombreux sont ceux qui se plaignent du manque d’autorité des enseignants. Enseigner n’exige-t-il pas une certaine soumission ? Que peut-on apprendre sans se soumettre à certains apprentissages, sans se soumettre à l’autorité de la connaissance, de la compétence, des anciens, des grands artistes, écrivains, scientifiques du passé – avant éventuellement de les contester ? D’ailleurs, dans la France du président Ben Abbès, les enseignants sont bien mieux considérés et traités. 

« La soumission est la base du perfectionnement » (Auguste, toujours ; missile expédié à son disciple principal Pierre Laffitte demandant quelques explications- sauf que Comte ne se soumit guère, bien au contraire, ni aux gouvernements, ni aux autorités académiques, ni aux convenances sociales, et qu’il en paya le prix par une marginalisation totale) ; formule donc à prendre avec prudence, mais non moins vraie.

« La soumission est la base du perfectionnement », islam égale soumission, l’islam est la base du perfectionnement ; et si on en faisait un roman ? Un roman , pas vraiment sur l’islam, pas une fiction politique ( c’est la partie plus faible), pas un pamphlet réactionnaire, ou machiste, ou raciste. Un roman sur l’Humanité, comme tous les grands romans.