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samedi 3 décembre 2016

Alzheimer : Pour un grand programme public de recherche fondamentale

Des médicaments plus dangereux qu’utiles
Renouvelant un avis de 2011, qui renouvelait un avis de 2007, la Commission de la Transparence chargée de l’évaluation des médicaments au sein de la Haute autorité de santé (HAS) a conclu pour les médicaments anti-Alzheimer « à un intérêt médical insuffisant de ces médicaments pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale ». Quatre médicaments sont visés : Aricept®, Ebixa®, Exelon®, Reminyl® et leurs génériques.  A vrai dire, ce n’est pas une surprise, car leur efficacité est contestée depuis plus de dix ans.
Par contre, ces médicaments ont des effets secondaires parfois graves : troubles digestifs (diarrhées, vomissements), neurologiques (aggravation de syndromes parkinsoniens, vertiges, tremblements, maux de tête), urinaires (incontinence), cardiaques (syncope, troubles du rythme cardiaque, et à une déshydratation (surtout en cas de canicule) pour ceux qui agissent sur la cholinesterase. La mémantine expose surtout à des troubles neurologiques (hallucinations, vertiges, maux de tête, fatigue, confusion). Tous ces médicaments exposent à de nombreuses interactions, qui augmentent les risques d'effets indésirables et parfois de décès. En particulier, le donépézil, la galantamine et la rivastigmine interagissent avec des médicaments atropiniques, neuroleptiques, bradycardisants et dépresseurs de la conduction cardiaque.
Bref ces médicaments sont non seulement inactifs, mais ils participent à la dégradation de l’état de santé général des victimes de la maladie d’Alzheimer, sans compter qu’ils représentent depuis près de vingt-cinq ans plusieurs milliards d'euros de dépenses qui seraient plus justifiées dans d’autres domaines (il y a en France plus de 800.000 personnes touchées par la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée).  Et pourtant, comme en 2011, comme en 2007 ils ne seront pas déremboursés. (En 2007, la commission avait déjà considéré que « ces médicaments avait un rôle important, tout en n'apportant qu'un progrès thérapeutique mineur »). Ce n’est même pas le cas. Il semble que la principale raison soit de ne pas désespérer les proches des patients, et même le personnel médical, confrontés à une maladie entrainant une terrible déchéance, pour laquelle on a aucun traitement médicamenteux. C’est humain, mais encore une fois les médicaments actuels semblent plutôt aggraver les choses. Cependant, il existe des prises en charges qui permettent de maintenir plus durablement les contacts sociaux.
Etat de la recherche désespérant
Il y a un an l’association France-Alzheimer s’enthousiasmait pour le solanezumab, un anticorps développé par Lilly.   Pour la première fois, un traitement qui s’attaque aux causes directes ( présumées) de la pathologie, et ne se limite pas à en contenir les symptômes, a fait la preuve de son efficacité chez des humains», expliquait l’association en évoquant un essai mené sur deux groupes de patients de plus de 600 patients chacun. Le solanezumab s’attaque à la protéine bêta amyloïde qui forme les plaques séniles et les détruit ; Dans une étude achevée en 2012, le solanezumab avait échoué à diminuer le déclin cognitif des patients gravement attneits, mais il semblait monter un effet chez les patients modérément affectés, ralentissant le déclin cognitif.  Ce sont ces résultats préliminaires qui n’ont pas été confirmés dans une étude de phase III menée pendant deux ans sur 2100 patients, dans plusieurs pays. La conclusion est sans appel : « Les patients traités avec le solanezumab n’ont pas montré un ralentissement significatif du déclin cognitif comparé aux patients ayant reçu un placebo. (...)Le résultat  n’est pas celui que nous avions espéré et nous sommes déçus pour les millions de personnes qui attendent un traitement capable de modifier le cours de la maladie d’Alzheimer ; Lilly ne poursuivra pas les demandes d’autorisation du solanezumab pour le traitement des démences modérées de la maladie d’Alzheimer», a indiqué John Lechleiter, président des laboratoires Lilly, qu’on remerciera pour avoir pensé aux patients avant qu’aux actionnaires. A noter que le solanezumab, contrairement à d’autres anticorps contre les protéines beta amyloïdes, n’a montré aucun signe de toxicité.

Auparavant, un autre anticorps ciblant la protéine beta amyloïde, le Bapineuzumab développé par Johnson and Johnson avait également échoué en phase III.

Un troisième anticorps, l’adacumab, développé par Biogen, est en cours d’évaluation. Il semble que les résultats préliminaires (165 volontaires  pendant un an) montrent un effet plus prononcé de ralentissement du déclin cérébral que les précédents, et les examens montrent une quasi disparition des plaques amyloïdes, tout à fait spectaculaire. Ces anticorps anti beta amyloïdes sont tout de même des médicaments différents, qui agissent sur la même protéine, mais sur des sites distincts ; par ailleurs les propriétés de ces molécules complexes sont difficiles à ajuster ; même si toutes passent dans le cerveau, ce qui déjà n’était pas évident, elles peuvent le faire plus ou moins bien. L’adacumab  va passer en phase III ; tout espoir n’est pas perdu, mais les actions Biogen ont significativement reculé après l’échec du solanezumab. Le doute commence à s’instiller sur ce qui a représenté l’un des espoirs les plus sérieux en matière de traitement d’Alzheimer.
Si les traitements anticorps anti beta amyloïdes devaient tous échouer, ce serait la dernière piste thérapeutique sérieuse qui s’effondrerait, et, contrairement à ce qu’on peut entendre, ce n’est pas faute pour les firmes pharmaceutiques d’avoir essayé. Si la plupart d’entre elles réduisent leurs efforts, voire cessent leur recherche en ce domaine, ce n’est certes pas par désintérêt, mais par manque d’hypothèses biologiques crédibles, par manque de connaissances fondamentales. En passant, d’ailleurs, dans le domaine du médicament, ce sont depuis longtemps les firmes pharmaceutiques qui assurent la plus grande part de la recherche fondamentale ; mais on ne peut pas sans arrêt baisser les prix des médicaments et leur demander de continuer cet effort, surtout lorsqu’il est quasi désespéré.

Alors, il serait temps que les pouvoirs publics mobilisent l’ensemble des chercheurs dans les domaines pertinents (médecine du système nerveux central, biologie, génétique, chimie, modélisation, biophysique…) à l’échelle continentale (ce serait un très beau grand projet pour la Commission Européenne), et à l’échelle internationale. Il faut un grand programme public de recherches fondamentales, sur l’Alzheimer qui devra remettre en cause tout ce que l’on croyait acquis, et trouver des modèles pertinents.


Les défis sont immenses, mais qui pensait pouvoir améliorer la qualité et la durée de vie des patients atteints d’une maladie aussi complexe que la mucoviscidose à l’aide de molécules chimiques finalement assez simples ? Si des pistes thérapeutiques nouvelles sont découvertes, les moyens actuels de la recherche thérapeutique permettront de les explorer rapidement.


lundi 15 juin 2015

Bioethics: Black clouds or age of enlightenment?


Genomics: huge progress with consequences

Jean-Claude Ameisen  is a real mystery ; how can he get front activities, from being chairman at the National Consultative Ethics Committee to  its always interesting chronicles on France Inter? But there, he will probably have to devote much of his time and intellect to the ethical problems as challenges, opportunities or potential issues related to advances in molecular biology are incredibly increasing. With this simple data, to be transmitted to economists who think that productivity is stagnating and that it is the primary source of our economic problems: between 2003 and 2013, the time and cost of the reading of the human genome has been divided by two millions !

Firstly, genetic testing. This year, in February, the FDA approved the first over-the-counter genetic screening test: it allows the detection of Bloom syndrome, a rare inherited disorder that causes stunted growth and a high risk of cancer. Simultaneously, the same FDA forbade the company 23and me, linked to Google, to market predictions on the predisposition to diseases or the reaction to certain medications. 23 and me offers genotyping in free access: a drop of saliva, $99, and you have your genotype. To do  what? As 23andme is prohibited (probably temporarily) to communicate on medical topics, it will communicate you data on your ethnic origin, the possible presence of parents away in some regions of the globe, migration etc... 23andme has already interested more than 900,000 customers.

The right to know

As usual, the french National Consultative Ethics Committee seems to have an attitude quite careful, no to say reactionary, on these subjects. This is evidenced by the interview of one of its members in Le Monde from May 6, 2015. Pr Gaudry justifies the decision to stop the activity of diagnosis of 23andme. First, crime of crimes, 23andme is a commercial enterprise ; It sells its genetic data to companies, for example to help research against Parkinson's disease. Anonymity is respected, no client does not suffer from any damage and research benefits of data that it could not obtain otherwise; but this is apparently a serious problem. Another argument: tests sell predictions without certainties, and "in medicine, probabilistic messages are difficult to understand”. Difficult for patients to understand or difficult to explain for doctors? Why decide instead of patients? "What to do if there is no satisfactory treatment”? Or trickier still, where there is a possibility, it is a “preventive dilemma” which arises. Thus, “all carriers of the gene BRCA1 or A2 would ask for removing both breasts, both ovaries and fallopian Falloppe?". ( it is estimated that BRCA1 cause an atmosphere of 60% of developing breast cancer before age 60). Pr Gaudry moderates fortunately: "the reading of the tests must remain intelligent, modulated and respectful." Indeed, but why prohibit patients have recourse? Without going to the surgical ends, a woman could, freely and well informed, choose, or not choose,  for example, to follow substitution hormone therapy for menopause.

Pr Gaudry concludes that the risk would “call into question the right of patients to do not know “. In the meantime, it is the right of patients to know that is denied – and knowledge means freedom. It must be said that, of course, the french medical community is not unanimous, and even quite divided. Thus, Jean-Louis Mandel, Professor of Genetics at the College of France, is concerned about the absence in France of debate on the subject and “does not understand the violent opposition of most of his colleagues” to services offered by 23andme. He has his own genome analyzed by this company in order to judge the quality of the tests and the explanations provided, and he was rather satisfied. Thus, he discovered that he was a healthy carrier of the cystic fibrosis gene and advised his daughter to be tested as well as her husband. Were they both carriers of the gene, their child would have had 25% risk for this serious disease; whatever the decision will be, it is definitely a type of information that you should be able to know if desired. He also discovered that he has a gene for susceptibility to age-related macular degeneration (AMD). As tobacco is a aggravating factor for this disabling condition (blindness), he could, if he was smoking, choose to stop or continue. Finally, Pr Mendel learned that he had increased sensitivity to warfarin, an anticoagulant which overdose leads, and quite frequently, to serious vascular accidents; This is an extremely useful and usable information which, in the event of treatment, should lead to enhanced surveillance and lower doses. Even in the case of predisposition to Alzheimer's disease, for which there is a gene (apoE4) that entails a risk multiplied by ten for carriers of two copies, even in this case where there is no known prevention or treatment, Pr Mandel points out that a young patient may prefer to know nothing; but an elderly patient may make a different choice to prepare for his life and that of his family in the event of problem. After hesitation, he chose the outcome for himself. He underlines that the presentation of the results by 23andme is extremely well made, informing patients and encouraging them to think before taking knowledge of each result. It is also one of the advantages of medical education in the USA to include an important part of learning to dialogue with patients; and that is what is missing in France, and would perhaps change the vision of many french doctors if it benefited during their studies of similar training.

Lastly, Dr. Mandel pointed out one of the many absurdities of our system; for cystic fibrosis, it is considered unethical to offer the opportunity for the parent to test their predisposition. But if they have a sick child, a pre-natal test for the following children is fortunately encouraged

An untenable position

The French position is untenable; It is legally untenable, because you can already foresee the day where a couple will sue the State for having denied them the possibility to be warned of a risk of predisposition; or, more convincing, the victim (or relatives) of an embolism under anticoagulant for not having had access to a test inexpensive and available which could have avoided this tragedy; It is ethically untenable, because it is not ethical to deny to those who so wish the way to avoid harm or tragedies, or even just to reduce the risk by informed and voluntary choices of life.

Yes, the National Ethics Committee is going to have a lot of work, and it would be urgent and welcome that it gives less room to mandarinal (what’s the english word for this?, significantly, I do not easily find an equivalent),  infantilizing and/or religious considerations, and gives  more to the desire of people  to master and be possessor of their life, to freedom and responsibility that give knowledge. In short, in the field of bioethics, it’s time to leave the minority age to enter into  adulthood – the enlightment age of biology. Are there problems? Yes, and the least of the problems, the least of the scandals wouldn't be that right to know for patients would become available for state organizations,  insurances, loans, banks, companies…while it would stay denied to patients to know for themselves…
 
 

jeudi 11 juin 2015

Bioéthique : Noirs nuages ou âge des Lumières ?


Génomique : progrès immenses avec conséquences
Il y un mystère Ameisen ; comment arrive-t-il à mener de front autant d’activités, de ses fonctions au Comité National Consultatif d’Ethique à ses chroniques toujours intéressantes de France Inter ? Mais là, il va sans doute falloir qu’il consacre une bonne partie de son temps et de son intelligence aux problèmes éthiques car les défis, possibilités ou problèmes potentiels liés aux progrès de la biologie moléculaire se multiplient.  Avec cette donnée simple , à transmettre aux économistes qui pensent que la productivité stagne et que c’est la principale origine de nos problèmes économiques : entre 2003 et 2013, le temps et le coût de la lecture du génome humain a été divisé par deux millions !
Tout d’abord, le dépistage génétique. Cette année, en février, la FDA a autorisé le premier test de dépistage génétique en vente libre : il permet la détection du syndrome de Bloom, une maladie héréditaire rare qui entraine un retard de croissance et un risque élevé de cancer. Simultanément, la même FDA a interdit à la société 23and me, liée à Google, de commercialiser des prédictions sur la prédispositions à des maladies ou à la réaction à certains médicaments. 23 and me propose un génotypage en libre accès : une goutte de salive, 99 dollars, et vous avez votre genotype. Pour enfaire quoi ? Comme 23andme s’est vu interdire (probablement provisoirement) le coté dispositif médical, il ne vous communiquera que des données sur votre origine ethnique, la présence possible de parents éloignés dans certaines régions du globe, les migrations etc…23 and me a déjà intéressé plus de 900.000 clients.
Le droit de savoir
Comme d’habitude, le Comité National Consultatif d’Ethique français semble avoir sur ces sujets une attitude assez rétrograde et mandarinale. En témoigne l’interview d’un de ses membres dans Le Monde du 6 mai 2015. Le Pr Gaudry justifie la décision d’arrêter l’activité de diagnostic de 23andme. D’ abord, crime des crimes, 23andme fait du commerce ; elle vend ses données génétiques à des sociétés, par exemple pour favoriser la recherche contre la maladie de Parkinson. L’anonymat est respecté, aucun client ne souffre d’aucun dommage et la recherche bénéficie de données qu’elle ne pourrait se procurer  autrement ; mais c’est apparemment un grave problème. Autre argument : les tests vendent des prédictions sans certitudes, et, «en médecine, les messages probabilistes sont difficiles à comprendre ». Difficiles à comprendre pour les patients, ou difficiles à expliquer pour les médecins ? Pourquoi décider à la place des patients ? « Que faire s’il n’existe aucun traitement satisfaisant » ? Ou, plus délicat encore, lorsqu’il existe une possibilité, c’est un « dilemme préventif » qui se pose. Ainsi, « toutes les porteuses du gêne BCRA1 ou A2 doivent-elles se faire enlever les deux seins, les deux ovaires, et les trompes de Falloppe ? ». ( on estime que le gène BCRA1 entraine un riques de 60% de développer un cancer du sein avant 60 ans). Le Pr Gaudry modère heureusement : « la lecture des tests doit rester intelligente, modulée et respectueuse ». En effet, mais pourquoi interdire aux patients d’y avoir recours ? Sans aller aux extrémités chirurgicales, une femme pourrait, en toute liberté et information, choisir ou pas par exemple de suivre un traitement hormonal de substitution contre la ménopause.
Le Pr Gaudry conclut que le risque serait de « remettre en cause le droit des patients à ne pas savoir » ? En attendant, le savoir rend plus libre, et c’est le droit des patients à savoir qui est dénié. Il faut dire que bien sûr, la communauté médicale n’est pas unanime, et même assez divisée. Ainsi, Jean-Louis Mandel, professeur de génétique au Collège de France, s’inquiète de l’absence en France de débat sur le sujet et « ne comprend pas la violente opposition de la plupart de ses collègues » aux services proposés par 23andme. Il a fait analyser son propre génome par cette société afin de juger de la qualité des tests et des explications fournies, et a été plutôt convaincu. Ainsi, il a découvert qu’ il était porteur sain du gène de la mucoviscidose et a conseillé à sa fille de se faire dépister ainsi que son mari ; s’ils étaient tous deux porteurs du gène, leurs enfant auraient eu 25% de risques d’être atteint de cette maladie grave ;  quelle que soit la décision que l’on prendra ensuite, c’est certainement un type d’information que l’on doit pouvoir connaître si on le souhaite. Il a aussi découvert qu’il possède un gêne de prédisposition à la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ; le tabac constituant un facteur aggravant pour cette pathologie invalidante (cécité), il pourrait, s’il était fumeur, choisir d’arrêter ou de continuer. Enfin, le Pr  Mendel a appris qu’il avait une sensibilité accrue à la warfarine, un anticoagulant dont le surdosage conduit, et de manière assez fréquente,  à de graves accidents vasculaires ; c’est là une information extrêmement utile et utilisable qui, en cas de traitement doit conduire à une surveillance accrue et à des doses plus faibles.  Même dans le cas de la prédisposition à la maladie d’Alzheimer, pour laquelle il existe un gène (apoE4) qui entraine un risque multiplié par dix pour les porteurs de deux copies, même dans ce cas où il n’y a ni prévention ni traitement connus, le Pr Mandel souligne qu’un patient jeune peut préférer ne rien savoir ; mais qu’un patient âgé peut faire un choix différent afin de préparer sa vie et celle de ses proches en cas de problème. Après avoir hésité, il a choisi de connaître le résultat pour lui-même. Il souligne d’ailleurs que la présentation des résultats par la société23andme est extrêmement bien faite, informant les patients et les incitant à réfléchir avant de prendre connaissance de chaque résultat. C’est d’ailleurs là un des avantages de la formation médicale aux USA, qui comporte une part importante d’apprentissage au dialogue avec les patients ; et c’est ce qui manque en France, et qui changerait peut-être la vision de nombreux médecins français s’il bénéficiaient pendant leurs études d’une formation similaire.
Enfin, le Dr Mandel signale une des nombreuses absurdités de notre système ; pour la mucoviscidose, on juge non éthique d’offrir la possibilité aux parent de tester leur prédisposition ; mais, s’ils ont un enfant atteint, on autorise  (heureusement !)un test pré-natal pour les enfants suivants…
 
Une position intenable
 
La position française est intenable ; elle est légalement intenable, car  on peut d’ores et déjà prévoir le jour où un couple poursuivra l’Etat pour leur avoir refusé la possibilité d’être averti d’un risque de prédisposition ; ou, plus convaincant encore, la victime d’une embolie sous anticoagulant pour n’avoir pas eu accès à un test peu couteux et disponible qui aurait pu éviter cette tragédie ; elle est éthiquement intenable, car il n’est pas éthique de ne pas donner, lorsque la technique le permet, à ceux qui le souhaitent, le moyen d’éviter des malheurs ou même simplement d’en diminuer le risque par des choix de vie informés et librement consentis.
Oui, le Comité National d’Ethique va avoir beaucoup de travail,  et il serait urgent et bienvenu qu’il fasse un peu moins de place aux considérations religieuses et mandarinales, et qu’il en accorde un peu plus à la volonté d’être davantage maître et possesseur de sa vie, à la liberté et à la responsabilité que donnent le savoir et les évolutions techniques ; bref que, dans le domaine de la bioéthique, on sorte de l’infantilisation pour entrer dans l’âge adulte - c’est en quelque sorte l’âge des Lumières de la biologie. Y-a-til des problèmes ? Oui, et le moindre des problèmes, le moindre des scandales ne serait pas que le droit de savoir pour les patients se transforme en obligation de déclaration à des assurances, par exemple, à l’occasion d’un prêt…  avant que le CCNE n’ait accordé ce droit..
Et ce n’est pas tout…
 

vendredi 18 juillet 2014

Human Brain, tempête sous un crâne


Big science ne signifie pas automatiquement bons projets

Début 213, l’Union Européenne a annoncé le lancement du Human Brain Project, un projet sur dix ans, de 21.2 milliards d’euros impliquant 120 laboratoires européens. Le but est de parvenir à modéliser le fonctionnement d’un cerveau entier de souris en 2020 (71 millions de neurones), et un cerveau humain (86 milliards) en 2024, en prenant en compte toutes les échelles de fonctionnement, du gêne à la cognition.

L’argument de départ était médical : disposer d’un modèle de cerveau permettant de faire des expériences virtuelles, manipuler à loisir certains paramètres pour observer les réactions, notamment l’apparition de maladies mentales, dont on espère ensuite mieux comprendre les causes et pouvoir en proposer de nombreux traitements. Le coordinateur principal du projet Henry Markram, de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, affirme « que c’est parce qu’on ne comprend pas le fonctionnement du cerveau qu’il faut le modéliser ». Il espère élaborer des neurones virtuels (« des puces neuromorphiques ») qui reproduiraient les règles de fonctionnement des neurones réels, par exemple, le fait qu’un gêne donné est exprimé dans une conditions particulières, qu’un type de neurones n’est activable que dans certaines conditions etc.

La Commission Européenne voulait son grand projet scientifique à l’américaine, pourquoi pas ? Seulement, Caramba, c’est encore raté ! (tiens au fait, que devient de programme Iter sur la fusion nucléaire, lui aussi géré par l’Union ?) Dans une pétition, plus de deux cent soixante scientifiques ( et parmi eux,nombre de leaders reconnus des neurosciences en Allemagne, en Suisse, au Royaume Uni, en France) alertent la Commission Européenne sur un risque d’échec majeur, qui représenterait un gaspillage énorme au vu des sommes en jeu.

Deux reproches principaux  me semblent émerger. L’un est que l’approche du bas vers le haut, du neurone vers les fonctions mentales a été exclusivement privilégiée ; ainsi, des domaines tels que la psychologie et plus généralement les neurosciences cognitive telles qu’étudiées par les équipes de Stanislas Dehaene, (Collège de France, CEA, Inserm) ont été écartées alors qu’elles étaient présentes dans le projet initial – en gros, la démarche consiste à partir des processus mentaux et à utiliser les techniques les plus avancées d’imagerie pour les comprendre – on peut ainsi mettre en évidence des circuits neuronaux, chez l’homme et certains animaux, codant la notion de nombre. Par ailleurs, il existe un doute sérieux sur la possibilité même d’expliquer utilement le fonctionnement du cerveau par une démarche aussi réductionniste que celle privilégiée par Human Brain. Enfin, il existe aussi un petit mais fondamental problème épistémologique souligné par exemple par Yves Frégnac (CNRS) : si le modèle devient aussi complexe que la réalité, il ne nous apprend plus rien. Le Prix Nobel Torsten Wiesel, spécialiste de la neurologie de la vision, et membre du Comité consultatif externe de Human Brain a   sans doute vendu la mèche : dès le début, Human Brain a été bien davantage conçu comme un programme d’intelligence artificielle que comme un programme de biologie et de médecine !

Il y a peu de doute que Human Brain nous apprendra à concevoir des robots aux capacités inouïes, mais beaucoup sur ce qu’il apportera en biologie et en médecine. Dans ces conditions, il y a un peu tromperie sur la marchandise !

Alzheimer : une certaine indécence

Pendant que les chercheurs se déchirent autour de Human Brain, de ses programmes et de ses milliards, qu’on parle d’une ambiance délétère et paranoïaque, on apprend que la totalité des essais cliniques concernant la maladie d’Alzheimer ont échoués. Ce n’est pas faute de chercher ou de vouloir, mais les firmes pharmaceutiques se désengagent de cette aire de recherche, pourtant prometteuse en termes de profits. C’est que nous n’avons rien sur les causes réelles de la maladie, sur son déclenchement, aucune piste valable à suivre, aucun modèle animal satisfaisant, aucun gène, aucune cible thérapeutique. Même les approches que l’on pouvait penser les plus pertinentes, telles les inhibiteurs de BACE, enzyme impliqué dans la formation des plaques amyloïdes, n’ont mené à rien. Nous n’avons simplement aucune des connaissances fondamentales qui nous permettraient d’avancer !

Alors, je trouve un peu indécent ces déchirements autour de Human brain de ses milliards, et, une fois de plus, inadéquat et inacceptable le mode de fonctionnement de l’Union Européenne En bon positiviste, je me permettrais de rappeler que la science est au service de l’Humanité et non l’inverse. Nous savons bien l’importance de la recherche de la recherche fondamentale, que l’on n’invente pas la lampe à incandescence en perfectionnant la bougie, ou comme le rappelait souvent Auguste Comte, que les marins doivent leur sécurité à des spéculations mathématiques désintéressées développées il y a plusieurs millénaires. D’ accord ! Mais je sais aussi que cela marche en sens inverse, et que la thermodynamique est née du désir et du besoin de comprendre, d’améliorer et de renforcer la sécurité de la machine à vapeur.

Il est inconcevable qu’un programme comme Human Brain ait pu être lancé sans des débats transparents et publics, et non d’obscurs conciliabules en petits comités. Il est inconcevable qu’il ait pu être lancé sans que scientifiques et décideurs, une fois d’accord ou d’accord sur leurs désaccords, soient venus devant l’opinion publique en expliquer les enjeux, les méthodes, les résultats attendus.

Pouvez-vous m’expliquer en quoi Human Brain aidera à résoudre le défi que nous pose la maladie d’Alzheimer ? Sinon, Messieurs, revoyez votre copie, ou appelez votre programme Robot Brain, ce sera plus franc.