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dimanche 12 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 5 : Plus absurde que l’absurdité, l’éolien offshore


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait.… »

Un pognon de dingue

On commence par un petit extrait de Jancovici, audition devant la Commission de  l'assemblée nationale sur l'impact des énergies renouvelables (Commission Aubert)

« L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, qui sont souvent des ruraux, souvent précaires. Qu’on augmente mon taux d’imposition pour ça, moi je veux bien ! Mais qu’on me prélève un centime de plus pour payer l’éolien offshore, ce truc de Shadock ;. »

La Cour des Comptes estimait elle en 2018 (Rapport sur le coût des ENR)  que les six parcs d'ores et déjà attribués au large des côtes françaises devraient coûter 2 milliards d'euros par an sur 20 ans, soit un montant total de 40,7 milliards, pour une part de 2% du mix énergétique !!!

Si l’éolien terrestre coûte cher, l’éolien en mer coûte un pognon de dingue. Soit 4 EPR. Tiens ben, justement, une comparaison

L’EPR de Flamanville coûtera 4 fois moins que les éoliennes en mer

Si on compare ces 12 milliards au coût des six champs d’éoliennes en mer qui démarrent en France, on voit que Flamanville, en dépit des flops du chantier, reste une excellente affaire… La comparaison est compliquée par le fait que le coût – le coût prévu – de ces éoliennes en mer est un secret d’Etat. Dans les dizaines d’articles dithyrambiques qui chantent la louange de ces monstres marins trois fois plus hauts qu’une centrale nucléaire, on cherche en vain une estimation du coût. Quand on aime, on ne compte pas. On peut cependant tenter une estimation. Ce qui est sûr en effet, c’est que l’Etat s’engage à faire acheter toute la production d’électricité de ces éoliennes (un marché garanti, de quoi faire baver d’envie tous les chefs d’entreprise), à un prix d’environ 140 €/MWh. Comme on connaît la puissance de ces éoliennes (3 GW), le nombre d’heures de fonctionnement par an (3200, c’est ce que l’on observe aux Royaume-Uni, où il y a beaucoup d’éoliennes en mer, et plus de vent qu’en France), et la durée de vie de ces éoliennes (généreusement estimée à 25 ans), on peut calculer le montant qui va être empoché par les multinationales de l’éolien : environ 34 milliards. Le coût de production de l’électricité éolienne (et nucléaire d’ailleurs) est principalement, mais pas uniquement un coût en capital. Soustrayons 20% du chiffre d’affaire pour le coût de fonctionnement, et 10% pour la marge bénéficiaire des financiers promoteurs. Cela nous fait un coût d’investissement d’environ 24 milliards. Le double du coût de Flamanville.

Mais, dira-t-on, ces installations éoliennes vont produire beaucoup plus d’électricité que la centrale de Flamanville ? Pas du tout, elles vont au contraire en produire moins, beaucoup moins. Il est facile de calculer que cet éolien en mer va fabriquer 240 TWh d’électricité (il suffit de multiplier la puissance par le nombre d’heures de fonctionnement). De son côté, Flamanville (d’une puissance de 1,65 GW, fonctionnant 7400 heures par an, pendant 50 ans) va fabriquer 610 TWh d’électricité.

 En simplifiant un peu, l’éolien en mer c’est relativement à l’EPR de Flamanville : (i) un coût d’investissement (et un coût tout court) deux fois plus élevé, (ii) deux fois plus de puissance, (iii) deux fois moins d’heures de fonctionnement par an, et (iv) deux fois moins d’années de vie, soit au total une électricité quatre fois plus coûteuse. Et qui plus est, une électricité intermittente et imprévisible ; même en mer, le vent souffle quand il veut, et pas nécessairement quand on a besoin d’électricité. »


Un exemple instructif- Saint Brieuc- magouilles, secrets et gros profits

Le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc, dont la construction est prévue entre 2021 et 2023, sera le plus cher de tous les parcs offshore français. C’est ce que révèle un document publié par la Commission européenne, le 12 août dernier. Elle a publié des données qui étaient restées confidentielles jusqu’alors : le prix d’achat de l’électricité ainsi que les montants des aides publiques de l’État.

L’électricité produite par le promoteur Ailes Marines (détenu par l’espagnol Iberdrola) sera vendue à la France 155 € le MWh. Pour les cinq autres parcs éoliens offshore construits dans la Manche et l’Atlantique par EDF et Engie, le prix d’achat oscille 131 € et 143,6 € le MWh. Ce tarif est celui qui a été renégocié par l’État en 2018 en raison de la baisse des prix du marché. Le gouvernement estime que le prix du marché est en moyenne de 51 €/MWh. La différence entre ce prix (51 €) et le prix d’achat par de l’électricité à Ailes Marines (155 €) est considérée comme une aide publique de l’État à l’industriel. Sur vingt ans, cette aide est estimée à 4,7 milliards d’euros. Au-delà, Ailes Marines vendra l’électricité au prix du marché.

Pas beaucoup mieux au Tréport  où l’on prévoit un cout du mégawatt à 131 euros, soit  entre 3 et 4 fois le prix du marché. A ce tarif-là, les margoulins de l’éolien vont s’enrichir. Pour les autres parcs (Courseulles, Fécamp, Saint-Nazaire, Yeu/Noirmoutier et Dieppe), l’aide maximum ne dépasse pas les 3,7 milliards. Le document explique ces prix plus chers que dans le reste de l’Europe par « les particularités de la côte française : vents plus faibles et nature de sol plus complexe ». « L’addition est particulièrement salée pour les Français, pour une efficacité du projet qui reste à démontrer tant sur le plan énergétique que sur sa contribution à réduire les gaz à effet de serre », a commenté, hier, l’association Gardez les Caps.

On comprend mieux pourquoi les Ministères de l’Écologie successifs ont caché ce tarif à la société civile pendant 7 ans. »

Cerise sur le gâteau des margoulins de l’éolien ! : en juillet, le conseil d’État a considéré que le gouvernement avait commis une faute en sélectionnant Iberdrola sur un mauvais critère….


Alors, quand pour illustrer la compétitivité de la filière offshore, France Energie Eolienne fait référence aux tarifs proposés dans le cadre du dernier appel d'offres à Dunkerque, projet attribué pour « moins de 50 €/MWh » (soit moins cher que les 63 €/MWh pour les derniers appels d'offres relatifs à l’éolien terrestre ???!!!), il faut quand même un peu se méfier. Et, dans ce cas, pas de tarif garanti mais un Contrat pour Différence à 44€/MWh. Ce contrat éolien offshore, il est assez hors norme !

Tiens,  bizarrement c'est EDF NR qui pilote ! D'où un léger soupçon : EDF ne se serait pas un peu fait forcé la main sur le mode racket de vache à lait ?

Un autre facteur est important, une petite modification : le raccordement est a la charge RTE avec dédommagement en cas de retard. Estimé 0,8 G€/GW.

Eh oui, Mesdames et Messieurs, les margoulins de l’éolien ont obtenu ceci : le raccordement du parc sera « financé par RTE et refacturé à l’ensemble des consommateurs ».  Or, ce fut l’un des facteurs importants de coût (eh oui, l’énergie des éoliennes est très peu concentrée, il faut beaucoup plus de câbles et les câbles surtout sous-marins coûtent chers) et surtout  de dérapage imprévus des coûts importants en Allemagne. Les profits aux margoulins de l‘éolien, les risques au contribuable !

Nantes, île d’Yeu, Noirmoutier, les éoliennes de la discorde : le refus des éoliennes offshore

Petit récit d’une lutte en cours, l’Etat du côté des margoulins de l’éoliens contre les citoyens ! (cf. http://www.economiematin.fr/news-les-eoliennes-de-la-discorde)

Mépris et violence de l’Etat : Comment se comporte la Cour administrative de Nantes, désormais seul et unique recours concernant l’éolien offshore en France.

Le 6 décembre 2019, la cour administrative de Nantes déboutait une nouvelle fois les opposants aux projets éoliens en mer. Le jugement concernait un recours visant à annuler la concession d’utilisation du domaine public maritime accordée par l’État à la société « Éoliennes en mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier éoliens en mer.

Ce n’était pas la première fois que la cour de Nantes rejetait une demande des associations environnementales, collectifs citoyens et entreprises de pêche opposés aux éoliennes maritimes mais cette fois, la pilule était plus difficile à avaler. En effet, le dérapage verbal de l’un des membres de la commission d’enquête chargée d’évaluer le recours avait mis à mal son impartialité et menaçait donc l’intégrité de toute la procédure. Ce dernier avait insulté par mail les opposants au projet, les traitant de « personnes sans scrupules et au QI qui n’est pas celui du géranium ». Une saillie a priori risible mais grave dans le cadre d’une procédure judiciaire devant statuer sur le bien-fondé de la construction de 62 éoliennes en mers près des côtes de l’île d’Yeu et de Noirmoutier.

Pour Jean-Louis Butré, président de la Fédération Environnement Durable (FED), « l’enquêteur n’a pas été exclu et la Cour a estimé que ce n’était pas grave. Pour nous, c’est un déni de justice ». L’avocat des opposants, Maître Francis Monamy se dit stupéfait : « On ne peut être plus partial que l’a été la commission d’enquête. En effet, elle a ouvertement jeté son mépris à la face de la population. La cour de Nantes a considéré qu’il ne s’agissait que de « propos regrettables ». Je pense que nous sommes bien au-delà du regrettable. Quand on injurie les citoyens avec une pareille méchanceté, je ne vois pas comment on pourrait être regardé comme impartial. Il fallait annuler la concession pour rappeler fermement l’administration à ses obligations ». L’avocat a donc bon espoir de voir son pourvoi en Cassation

En France, le sujet des éoliennes maritimes est une affaire sensible.

Pour favoriser le développement de ces projets, l’État a octroyé des subventions, facilité des autorisations et procédé à des simplifications administratives au premier rang desquelles, l’organisation des contentieux. Tous les contentieux concernant les projets éoliens maritimes en France sont ainsi centralisés à la cour administrative d’appel de Nantes avec la suppression d’un niveau de juridiction, le tribunal administratif. Cette cour devenue exceptionnelle ne permet pas de procédure en appel. En cas de rejet, la seule possibilité offerte aux perdants est de porter leur recours devant le Conseil d’État qui statue en dernière instance.

Depuis une dizaine d’année, les opposants se battent contre tous les projets de parcs éoliens maritimes, à Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Courseulles, Fécamp, les îles d’Yeu-Noirmoutier et à Dieppe-Le Tréport. Ils ont au total déposé 18 recours. Ces recours concernent les concessions d’occupation du domaine public maritime, les autorisations d’exploiter, les autorisations de la loi sur l’eau, les arrêtés d’approbation des concessions et les dérogations à la destruction des espèces protégées. Sur les 18 recours, 10 n’ont pas abouti et 8 sont toujours en cours de jugement…
L’opposition de la population, loin de s’émousser, semble au contraire s’amplifier. Jean-Louis Butré de la FED précise qu’il « ne conteste pas la volonté de la France de développer une industrie performante dans l’éolien. Mais ce n’est pas normal de tordre les lois pour contrer les gens qui ont quelque chose à dire. Ils (l’État et les promoteurs) veulent passer en force quelle que soit la contestation ».

Déni de justice , malgré des nuisances bien réelles- la survie des pêcheurs en cause

Pour les pêcheurs artisans, le sujet est encore plus sérieux. C’est une question de survie. En effet, sur Dieppe-Le Tréport par exemple, la construction des éoliennes est prévue au milieu de leur zone de pêche, sur une surface de 110 km2, l’équivalent de la superficie de la ville de Paris. Le port de pêche du Tréport est le premier port de poissons de Seine Maritime, celui de Dieppe est le premier port pour les coquilles Saint Jacques. Olivier Becquet porte-parole du collectif Pêcheurs Artisans, explique : « un port comme Le Tréport, c’est 200 marins, il est fréquenté par 75 navires de pêche sur l’année et représente un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Lorsqu’on nous a présenté le projet, nous avons tout de suite compris que s’ils mettaient les éoliennes là, nous signions notre arrêt de mort. Uniquement avec le chantier nous serions obligés d’arrêter de travailler pendant 2 ou 3 ans. »

Le problème est identique du côté de Saint-Brieuc comme l’explique Katherine Poujol présidente de l’association « Gardez les Caps » : « La pêche en baie de Saint-Brieuc, c’est 300 bateaux et plus de 1000 emplois directs. L’Europe donne des subventions à la pêche industrielle pendant que l’industrie éolienne chasse les pêcheurs artisans de leur zone alors qu’il s’agit de la pêche la plus respectueuse de la ressource et la mieux gérée qui soit. Il y a des quotas, les contrôles de l’Ifremer, les comités des pêches. Ce sont des petits bateaux, c’est une pêche côtière et on veut mettre des éoliennes au cœur de leur zone, c’est fou. »

Entre 2017 et 2018, devant les nombreuses impasses des procédures engagées en France et l’absence de concertation effective, des pêcheurs concernés par les différents projets éoliens sur les côtes françaises ont décidé de déposer des plaintes auprès de la Commission européenne contre les aides publiques à ces projets. Toutefois, ces plaintes sont, pour l’essentiel, non contraignantes pour la Commission, notamment au niveau du calendrier de traitement.

Les associations se sont donc retrouvées devant un nouveau mur administratif, cette fois au niveau européen. Comprenant le degré d’inertie auquel ils risquaient d’être une nouvelle fois confrontés, le Collectif des Pêcheurs Artisans a décidé de donner une résonance politique à sa démarche. Au mois de septembre 2019, le Collectif a déposé une pétition au Parlement européen afin que l’organe législatif de l’Union se saisisse du sujet. Ce faisant, le Collectif des Pêcheurs Artisans a été rejoint par d’autres associations de pêcheurs portugais, belges, néerlandais et allemands également inquiétés par les projets éoliens.

Devant cette révolte des pêcheurs, la commission pêche du Parlement européen s’est saisi du sujet et a décidé d’examiner l’impact de l’éolien en mer sur l’environnement et sur la pêche afin d’adopter une position politique. Face au mécontentement, le Parlement organisera d’ailleurs un colloque sous l’égide de cette commission parlementaire le 22 janvier prochain réunissant des scientifiques, les principaux contestataires et les députés sensibilisés au dossier.

Enfin, au mois de novembre 2019, des entreprises de pêche impactées par les différents projets éoliens en préparation en France ont déposé un recours devant le Tribunal de la Cour de justice de l’Union européenne contestant les aides octroyées par la France à la production éolienne en mer. Le recours vise à l’annulation de la décision de la Commission européenne du 26 juillet 2019 validant les aides du gouvernement français aux projets éoliens de Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire, Dieppe-Le Tréport et Yeu-Noirmoutier. Si ce recours aboutit, ce sont tous les projets éoliens maritimes qui pourraient être remis en cause.

Selon maître Morvan Le Berre, avocat des Pêcheurs Artisans à Bruxelles, « en France le plan de développement de l’éolien offshore annonce 30 projets supplémentaires sur la façade atlantique et en Méditerranée, ces affaires vont donc durer. »
Pour le député Maquet (Les Republicains, Somme), « l’Europe doit se saisir du dossier à la fois sur les restrictions des zones de pêche induites par ces projets mais également sur les tarifs de rachat de l’électricité produit, ils doivent être fixés avant que les concessions soient accordées. »

Olivier Bequet du collectif Pêcheurs Artisans ne voit aucune conciliation possible : « en l’état, ces projets ne sont pas acceptables, la seule solution envisageable est leur abandon. »

Katherine Poujol de « Gardez les Caps » conclut en se référant au rapport du député Aubert : « pas d’éoliennes dans les zones de pêches artisanales et une distance d’éloignement minimale de 50 km en mer. » Une distance qui, au demeurant, en ferait de vrais projets offshores.

Alors l’éolien offshore, ce truc de shaddock qu’il faut arrêter tout de suite (Jancovici), ce truc ruineux, sans intérêt pour la génération d’électricité, ce truc qui enlaidit nos paysages maritimes, qui ruine les pêcheurs, qui ruine aussi les riverains ( combien un appartement ou une maison avec vue sur éolienne perd-elle de sa valeur), ce truc de dingue pour lesquel les margoulins de l’éolien ont obtenu, non seulement de grasses subventions, mais un traitement de faveur juridique exorbitant..

Stop ou encore ?
Stop évidemment, Mme Borne !

Et quand est-ce qu’on les construit les 6 EPR ?

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mercredi 1 mai 2019

Jours de Colère Mai 2019 – l’incendie de Notre Dame n’est pas un accident


Un accident à répétition n’est plus un accident mais une négligence coupable

Oh ben là, il y en a tellement que ça va pas tenir en un seul blog.  L’Incendie de Notre Dame, pour commencer !
Et tiens, une réaction, venue de très loin :

« A notre avis, l’incendie de Notre-Dame n’aurait pas dû arriver. (…) On dit que le feu aurait pu être causé par un court-circuit sous le toit. Si des vestiges culturels sont dévastés pour cette raison, c’est impardonnable… Notre-Dame est un héritage culturel de l’humanité et la France a le devoir de le protéger. Il y a beaucoup de monuments historiques de classe mondiale en France. Il est difficile d’être rassuré quant à leur protection à l’égard de désastres. Les dirigeants chargés [de ce patrimoine] devraient être tenus responsables de l’incendie. Nous croyons avoir le droit moral d’en faire la requête. »
Un peu vachard, mais combien vrai, fier et droit, et de juste et saine colère. Qui ? Global Times, quotidien semi- officiel chinois. Merci ! Et continuez quand même à venir nous voir !

D’autant que l’incendie de Notre Dame n’est pas un accident !

Un accident, c’est ce qui arrive…par accident. Or les incendies sur les chantiers patrimoniaux, en France, n’ont plus rien d’accidentel.  Ainsi, presqu’en face de Notre Dame, l’hôtel Lambert, joyau du XVIIe siècle, a été en 2013 pendant de longues heures le proie des flammes, alors qu’un chantier contesté était mené par ses nouveaux propriétaires qataris. L’origine précise de l’incendie n’est toujours pas connue, mais des associations avaient dénoncé la multiplication des câblages et autres circuits techniques dans les charpentes… tiens, tiens,

Le 15 juin 2015, un feu ravage la toiture de la basilique Saint-Donatien, à Nantes. En moins d’une demi-heure, il ne reste presque plus rien de la charpente. Les expertises menées sur la basilique s’accordent sur le fait que des travaux de maintenance sont bien à l’origine du sinistre, probablement des opérations de soudure. Quatre ans après, les travaux sont toujours en cours et devraient coûter 9 millions d’euros.

Dans la nuit du 22 juillet 1997, un spectaculaire incendie dévaste une partie de la toiture du Palais de Chaillot, place du Trocadéro, à Paris. L’aile Est, touchée par les flammes, abritait le musée des Monuments français et le musée du Cinéma. Des travaux de soudure et de couverture de la toiture avaient été réalisés quelques heures plus tôt. Les pièces de collection ont pu être préservées. Le 19 janvier 2016, un feu ravage le dernier étage et la toiture de l’hôtel Ritz, encore en travaux,

Le 11 mars 2016, le feu s’est déclaré en début de soirée au premier étage de la cathédrale Saint-Etienne, à Auxerre, suite à des travaux de zinguerie, effectués un peu plus tôt dans la journée….

Etc, etc…Un accident qui se répète n’est plus un accident !

Qui seront les prochains ? A La Madeleine, à Paris, diverses autorités n’ont cessé de signaler des branchements électriques aberrants et dangereux ; Dans l’ Yonne (avec Sens, la « mère de Notre Dame de Paris) le vicaire général Joël Rignault lance un cri d'alarme pour que les systèmes électriques soient refaits. « Dans nos deux cathédrales à Auxerre et à Sens, l’électricité est ancienne. Sans doute, faudrait-il urgemment regarder l’état de santé de tout le dispositif car les installations ont été réalisées au cours du temps et il n’y a pas forcement de vision générale. Or, on le sait, le danger vient souvent de ces installations anciennes. Il y a urgence. Nous lançons ces appels depuis très longtemps sans réponse pour l’instant et cela me semble inquiétant » poursuit le vicaire général. 
Et plus grave encore, ceci que révèle Le Canard Enchainé : la Sainte Chapelle, oui la Sainte Chapelle, gravement menacée, depuis que  le Palais de Justice qui l’entoure a été désaffecté et  peu surveillé, alors que des pièces abandonnées sont remplies de débris mobiliers hautement inflammables.. Si la Sainte Chapelle flambe, dira-t-on encore que c’est un accident ?

On le sait, tous ces chantiers patrimoniaux de réfection sont à très haut risques d’incendie. On discutera probablement longtemps de l’origine exacte ( points chauds non surveillés après soudure , électrification en dehors de toute procédure de sécurité et même de tout bon sens de certaines cloches…), la moindre des choses auraient été d’assurer la surveillance du chantier par un nombre suffisant de vigiles, et assez longtemps après la fin journalière des travaux. De multiples boutiques de luxe, en pleine crise rampante des gilets jaunes n’hésitent pas à louer les services de vigiles samedi après samedi ; une solution éminemment  abordable pour protéger des boutiques ne l’a pas  été pour Notre Dame !

Cet incendie de Notre Dame, au moins provoqué une saine réaction… en Espagne : la sécurité électrique de tous les monuments sera revue a annoncé le ministre de la culture José Guira.

Après l’incendie, les Vandales ?

Macron intervenant pendant l’incendie a eu des propos justes et sensibles, pour remercier les pompiers, pour évoquer notre destin commun, notre histoire qui ne s’arrête jamais…allez 1 minute de dignité. Puis très vite après le macronisme : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore, et je veux que cela soit achevé d'ici cinq années » ! Et Anne Hidalgo d’enchainer : oui, il faut que ce soit fini pour les Jeux Olypiques »
Ben voyons ! A l’ enfant qui serre les poings en crient je veux, ma grand-mère répondait : « le roi disait : nous voulons »

Puisqu’il en est incapable, reprenons à Natacha Polony dans Marianne (25 avril 2019) les paroles que l’on aurait aimé entendre : « Cela prendra le temps qu’il faudra, quarante, cinquante ans, si nécessaire, nous y mettrons notre ardeur et notre savoir-faire , et nous rebâtirons ». Nous aurions aimé que ce chantier dépasse le temps d’un mandat, pour que l’annonce soit pleinement désintéressée, qu’elle appartienne on à un homme politique qui joue les prochaines élections, mais au Président de la république française »

En effet. Mais non ! . Un projet de loi spécial Notre-Dame de Paris a été présenté mercredi 24 avril en conseil des ministres. Celui-ci donne « la possibilité au gouvernement de prendre par ordonnance les mesures d’aménagement ou de dérogation nécessaires pour faciliter la réalisation des travaux » de l’édifice », autrement dit de s’affranchir des procédures en vigueur en matière de monuments historiques, et en particuliers des avis et conseils des architectes du patrimoine.
Même le gentil Stéphane Bern s’en est inquiété : « une loi d’exception, cela nous inquiète. Le risque est de créer des précédents. Il y a beaucoup de précipitation. Les lois d’exception, ça m’angoisse toujours », Même le très courtisan Jack Lang ( il tient à ses postes) a réagi : « Nous avons, par le passé, mené à bien des chantiers d’ampleur sans avoir besoin d’une telle disposition,. En neuf mois, nous avons redoré ainsi le dôme des Invalides en 1988, et, en quatre ans, nous avons restauré la totalité du palais du Louvre sans aucune dérogation. De même la cathédrale de Strasbourg et beaucoup d’autres chantiers. »
Avant l’annonce de ce projet de loi, la Fédération des professionnels de la conservation-restauration (FFCR) avait regretté mercredi être exclue du débat sur la restauration de Notre-Dame. « Nous avons constaté l’absence totale du terme conservation-restauration au sein des débats, [alors] qu’en matière de préservation, de conservation ou encore de reconstruction seuls le temps long et la concertation garantissent une prise en compte globale, réfléchie, harmonieuse et pérenne des enjeux », déplorait un communiqué de la profession.

Bref, si Notre Dame survit à l’incendie, elle risque de ne pas survivre au vandalisme macronien !

Réaction sur twitter : « Ha bah oui,  le chiffre rond du monsieur, c'est quand même plus important que les règles de sécurité, de protection de l'environnement, d'étude du matériel archéologique et ce qui aurait pu être un chantier modèle pour démontrer les avancées techniques en restauration scientifique !
En effet, cette restauration à l’identique aurait pu être un sacré défi pour démontrer le savoir faire de nos artisans et spécialistes du patrimoine !

Sur les donations effectuées : « Où sont tous ceux qui se scandalisent des dons des mécènes pour Notre-Dame pour s'indigner de la défiscalisation massive pour des Jeux Olympiques à plus de 6 milliards ? Notre-Dame de Paris est donc beaucoup moins importante que cet événement éphémère et ruineux ?
Ou si l’on veut en unités Neymar, c’est deux Neymar…

La Charpente :

Dans le dernier Kaufmann (comme d’habitude instructif et agréab) : Venise à double tour : « Rien de plus admirable que la charpente d’une église. Dans ma vie, j’en ai exploré deux : la Cathédrale Saint-Etienne de Bourges et l’Eglise Saint Sulpice de Paris. C’est dans les combles que bat le cœur de ces immenses constructions. Leur principe de vie. On y entend nettement le pouls, cette circulation de soufflerie continue et régulière qui s’insinue entre poutres et solives.. »

En bois et à l’identique !


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mardi 22 août 2017

Taine _ La Révolution- Le Gouvernement révolutionnaire_106_ la répression sous la Terreur (2)

La Terreur Jacobine _ Les massacres extra judicaires : 500,000 dans les départements de l’Ouest ; Le pillage généralisé et la gabegie financière ; La répression touche aussi les classes populaires - l’opération révolutionnaire est une coupe sombre, conduite à travers le peuple comme à travers les autres classes ; L’élite intellectuelle spécialement visée

Les massacres extra judicaires : 500,000 dans les départements de l’Ouest

De ce dernier genre sont d’abord des fusillades de Toulon, où le nombre des fusillés dépasse de beaucoup 1 000   ; les grandes noyades de Nantes, où 4 800 hommes, femmes et enfants ont péri   ; les autres noyades  , pour lesquelles on ne peut fixer le chiffre des morts ; ensuite, les innombrables meurtres populaires commis en France depuis le 14 juillet 1789 jusqu’au 10 août 1792 ; le massacre de 1 300 détenus à Paris en septembre 1792 ; la traînée d’assassinats qui, en juillet, août et septembre 1792, s’étend sur tout le territoire ; enfin, l’égorgement des prisonniers fusillés ou sabrés sans jugement à Lyon et dans l’Ouest. Même en exceptant ceux qui sont morts en combattant et ceux qui, pris les armes à la main, ont été fusillés ou sabrés tout de suite et sur place, on compte environ 10 000 personnes tuées sans jugement dans la seule province d’Anjou   ; aussi bien les instructions du Comité de Salut public, les ordres écrits de Francastel et Carrier, prescrivaient aux généraux de « saigner à blanc » le pays insurgé  , et de n’y épargner aucune vie : on peut estimer que, dans les onze départements de l’Ouest, le chiffre des morts de tout âge et des deux sexes approche d’un demi-million  . – À considérer le programme et les principes de la secte jacobine, c’est peu : ils auraient dû tuer bien davantage. Malheureusement, le temps leur a manqué ; pendant la courte durée de leur règne, avec l’instrument qu’ils avaient en main, ils ont fait ce qu’ils ont pu. Considérez cette machine, sa construction graduelle et lente, les étapes successives de sa mise en jeu, depuis ses débuts jusqu’au 9 Thermidor, et voyez pendant quelle brève période il lui a été donné de fonctionner. Institués le 30 mars et le 6 avril 1793, les comités révolutionnaires et le tribunal révolutionnaire n’ont guère travaillé que dix-sept mois. Ils n’ont travaillé de toute leur force qu’après la chute des Girondins, et surtout à partir de septembre 1793, c’est-à-dire pendant onze mois. La machine n’a coordonné ses organes incohérents et n’a opéré avec ensemble, sous l’impulsion du ressort central, qu’à partir de décembre 1793, c’est-à-dire pendant huit mois. Perfectionnée par la loi du 22 prairial, elle opère, pendant les deux derniers mois, bien plus et bien mieux qu’auparavant, avec une rapidité et une énergie qui croissent de semaine en semaine.
– A cette date et même avant cette date, les théoriciens du parti ont mesuré la portée de leur doctrine et les conditions de leur entreprise. Étant des sectaires, ils ont une foi ; or l’orthodoxie ne peut tolérer l’hérésie, et, comme la conversion des hérétiques n’est jamais sincère ni durable, il faut supprimer les hérétiques, afin de supprimer l’hérésie. « Il n’y a que les morts qui ne reviennent pas », disait Barère, le 16 messidor. Le 2 et le 3 thermidor  , le Comité de Salut public envoie à Fouquier-Tinville une liste de 478 accusés, avec ordre « de mettre à l’instant les dénommés en jugement ». Déjà Baudot et Jeanbon Saint-André, Carrier, Antonelle et Guffroy avaient évalué à plusieurs millions le nombre des vies qu’il fallait trancher  , et, selon Collot d’Herbois, qui avait parfois l’imagination pittoresque, « la transpiration politique devait être assez abondante pour ne s’arrêter qu’après la destruction de douze à quinze millions de Français ».

Le pillage généralisé et la gabegie financière

En revanche, dans la quatrième et dernière partie de leur œuvre, ils sont allés presque jusqu’au bout ; tout ce qu’on pouvait faire pour ruiner les individus, les familles et même l’État, ils l’ont fait ; tout ce qu’on pouvait prendre, ils l’ont pris. – De ce côté, la Constituante et la Législative avaient commencé la besogne par l’abolition, sans indemnité, de la dîme et de tous les droits féodaux, par la confiscation de toute la propriété ecclésiastique ; cette besogne, les opérateurs jacobins la continuent et l’achèvent : on a vu par quels décrets, avec quelle hostilité contre la propriété collective et individuelle, soit qu’ils attribuent à l’État les biens de tous les corps quelconques, même laïques, collèges, écoles, sociétés scientifiques ou littéraires, hôpitaux et communes, soit qu’ils dépouillent les particuliers, indirectement, par les assignats et le maximum, directement par l’emprunt forcé, par les taxes révolutionnaires  , par la saisie de l’or et de l’argent monnayé et de l’argenterie, par la réquisition de toutes les choses utiles à la vie, par la séquestration des biens des détenus, par la confiscation des biens des émigrés, des bannis, des déportés et des condamnés à mort. – Pas un capital immobilier ni mobilier, pas un revenu en argent ou en nature, quelle qu’en soit la source, bail, hypothèque ou créance privée, pension ou titre sur les fonds publics, profits de l’industrie, de l’agriculture ou du commerce, fruits de l’épargne ou du travail, depuis l’approvisionnement du fermier, du négociant et du fabricant jusqu’aux manteaux, habits, chemises et souliers, jusqu’au lit et à la chambre des particuliers  , rien n’échappe à leurs mains rapaces : dans la campagne, ils enlèvent jusqu’aux grains réservés pour la semence ; à Strasbourg et dans le Haut-Rhin, toutes les batteries de cuisine ; en Auvergne et ailleurs, jusqu’aux marmites des pâtres. Tout objet de valeur, même s’il n’a pas d’emploi public, tombe sous le coup de la réquisition : par exemple, le comité révolutionnaire de Bayonne   s’empare d’une quantité de basins et de mousselines, « sous prétexte d’en faire des culottes pour les défenseurs de la patrie ». – Notez que souvent les objets requis, même quand ils sont utiles, ne sont pas utilisés : entre leur saisie et leur emploi, le gaspillage, le vol, la dépréciation et l’anéantissement interviennent. À Strasbourg  , sur l’invitation menaçante des représentants en mission, les habitants se sont déshabillés et, en quelques jours, ont apporté à la municipalité « 6 879 habits, culottes et vestes, 4 767 paires de bas, 16 921 paires de souliers, 863 paires de bottes, 1 351 manteaux, 20 518 chemises, 4 524 chapeaux, 523 paires de guêtres, 143 sacs de peau, 2 673 draps de lit, 900 couvertures, outre 29 quintaux de charpie, 21 quintaux de vieux linge et un grand nombre d’autres objets ». Mais « la plupart de ces objets sont restés entassés dans les magasins : une partie y a pourri, ou a été mangée par les rats ; on a abandonné le reste au premier venu. Le but de spoliation était rempli ». – Perte sèche pour les particuliers, profit nul ou minime pour l’État, tel est, en fin de compte, le bilan net du gouvernement révolutionnaire. Après avoir mis la main sur les trois cinquièmes des biens fonciers de France, après avoir arraché aux communautés et aux particuliers dix à douze milliards de valeurs mobilières et immobilières, après avoir porté, par les assignats et les mandats territoriaux  , la dette publique, qui n’était pas de 4 milliards en 1789, à plus de 50 milliards, ne pouvant plus payer ses employés, réduit, pour faire subsister ses armées et pour vivre lui-même, aux contributions forcées qu’il lève sur les peuples conquis, il aboutit à la banqueroute, il répudie les deux tiers de sa dette, et son crédit est si bas que ce dernier tiers consolidé, garanti à nouveau par lui, perd le lendemain 83 pour 100 : entre ses mains, l’État a souffert autant que les particuliers.

La répression touche aussi les classes populaires

Sur les listes de guillotinés, de détenus et d’émigrés, les hommes et les femmes de condition inférieure sont en nombre immense, en plus grand nombre que leurs compagnons de la classe supérieure et de la classe moyenne mises ensemble. Sur 12 000 condamnés à mort dont on a relevé la qualité et la profession, on compte 7 545   paysans, laboureurs, garçons de charrue, ouvriers des différents corps d’état, cabaretiers et marchands de vin, soldats et matelots, domestiques, filles et femmes d’artisans, servantes et couturières. Sur 1 900 émigrés du Doubs, plus de 1 100 appartiennent au peuple. Vers le mois d’avril 1794, toutes les prisons de France s’emplissent de cultivateurs   ; dans les seules prisons de Paris, deux mois avant le 9 Thermidor, il y en avait 2 000  . Sans parler des onze départements de l’Ouest, où quatre à cinq cents lieues carrées de territoire ont été dévastées, où vingt villes et dix-huit cents villages ont été détruits  , où le but avoué de la politique jacobine est l’anéantissement systématique et total du pays, bêtes et gens, bâtiments, moissons, cultures et jusqu’aux arbres, il y a des cantons et même des provinces où c’est toute la population rurale et ouvrière que l’on arrête ou qui s’enfuit : dans les Pyrénées, les vieilles peuplades basques, « arrachées à leur sol natal, entassées dans les églises, sans autres subsistances que celles de la charité », au cœur de l’hiver, si bien que 1 600 détenus meurent, « la plupart de froid et de faim   » ; à Bédouin, ville de 2 000 âmes, où des inconnus ont abattu l’arbre de la Liberté, quatre cent trente-trois maisons démolies ou incendiées, seize guillotinés, quarante-sept fusillés, tous les autres habitants expulsés, réduits à vivre « en vagabonds dans la montagne et à s’abriter dans des cavernes qu’ils creusent en terre   » ; en Alsace, 50 000 cultivateurs qui, pendant l’hiver de 1793, se sauvent, avec femmes et enfants, au-delà du Rhin  . – Bref l’opération révolutionnaire est une coupe sombre, conduite à travers le peuple comme à travers les autres classes, à travers le taillis comme à travers la futaie, souvent de manière à faire place nette et à raser jusqu’aux plus bas buissons.

L’élite intellectuelle spécialement visée

Mais, dans cette coupe à blanc étau, les notables du peuple, proportion gardée, ont plus à souffrir que les simples gens du peuple, et, manifestement, le bûcheron jacobin s’acharne, avec insistance et choix, sur les vétérans du travail et de l’épargne, sur les gros fermiers qui, de père en fils et depuis plusieurs générations, tiennent la même ferme, sur les ouvriers-patrons qui ont un atelier bien monté et une bonne clientèle, sur les boutiquiers estimés et achalandés qui n’ont pas de dettes, sur les syndics de village et de métier ; car ils portent tous, plus profondément et plus visiblement que les autres gens de leur classe, les cinq ou six marques qui appellent la hache. – Ils sont plus à leur aise, mieux fournis des choses nécessaires ou commodes, et cela seul est un délit contre l’égalité…

Robespierre,... avec un art atroce, déchirait, calomniait, abreuvait de dégoûts et d’amertumes tous ceux qui s’étaient livrés à de grandes études, tous ceux qui possédaient des connaissances étendues ;... il sentait que jamais les hommes instruits ne fléchiraient le genou devant lui... On a paralysé l’instruction, on a voulu brûler les bibliothèques... Faut-il vous dire qu’à la porte même de vos séances on met partout des fautes d’orthographe ? On n’apprend plus à lire et à écrire. » — A Nantes, Carrier se glorifiait d’avoir « dispersé les chambres littéraires », et, dans son dénombrement des malintentionnés, il ajoute, « aux négociants et aux riches », « les gens d’esprit   ». Parfois, sur les registres d’écrou, on lit qu’un tel est détenu « pour avoir de l’esprit et des moyens de nuire », un tel « pour avoir dit aux municipaux : Bonjour, Messieurs   ». – C’est que la politesse, comme les autres marques d’une bonne éducation, est devenue un stigmate : le savoir-vivre est considéré, non seulement comme un reste de l’ancien régime, mais comme une révolte contre les institutions nouvelles ; on s’insurge contre le régime établi quand on répugne à la camaraderie brutale, aux jurons familiers, aux locutions ordurières de l’ouvrier et du soldat. – Au total, le jacobinisme, par ses doctrines et ses actes, par ses cachots et ses bourreaux, crie à la nation qu’il tient sous sa  férule   : « Sois grossière, pour devenir républicaine ;…