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lundi 1 juillet 2019

Tritium dans la Loire : information et désinformation


Degré de racolage modéré  à fort?

Le 20 juin 2019, la Nouvelle République titrait en très, très gros : Alerte sur les rejets de tritium dans la Loire et la Vienne.

Quelques réactions : « C’est bien la preuve que lorsque les autorités publiques nous disent que tout est parfaitement maîtrisé en matière de sécurité nucléaire, c’est faux. » Charles Fournier, vice-président de la région Centre-Val de Loire délégué à la transition écologique. « Plusieurs associations antinucléaires demandent une enquête après avoir relevé, en janvier 2019, un taux anormalement élevé de tritium dans les eaux de la Loire, au niveau de Saumur (Maine-et-Loire). Ils dénoncent, mardi 18 juin, une « contamination » radioactive « anormalement élevée » en aval de cinq centrales nucléaires. » (Nouvelle République).

« En France, les militants antinucléaires se disent inquiets, et pour cause. Des prélèvements effectués dans la Loire en janvier dernier ont affiché un taux de tritium largement supérieur à ce qui est normalement observé : 310 becquerels par litre au lieu de 20 becquerels en moyenne. » (Euronews).

« Le collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire et l’Acro alertent les autorités et demandent une enquête pour déterminer l’origine de cette valeur exceptionnelle », ajoutent les associations. La présence de tritium (hydrogène radioactif) y « est quasi systématique aussi bien dans le fleuve que dans les eaux de consommation. En janvier 2019, la concentration dans l’eau de la Loire a atteint 310 Bq/L » (Magcentre)

« Créée en 1986, au lendemain de l’accident nucléaire de la centrale de Tchernobyl, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro), basée dans le Calvados, a annoncé, ce mardi 18 juin, le résultat d’un prélèvement étonnant effectué en Loire près de Saumur (Maine-et-Loire). Inquiétant même, selon Guillaume Rougier, chargé d’étude au sein de son association agréée par l’Autorité de sûreté nucléaire, qui est en charge des centrales en France. » (Ouest-France).

 « Des risques pour les consommateurs : Beaucoup de communes du bassin de la Loire pompent leur eau de consommation dans le fleuve, notamment dans le Maine-et-Loire et en Loire-Atlantique. C'est pour cela que les chercheurs ont relevé des taux élevés de tritium dans l'eau courante.On retrouve encore du tritium dans l'eau du robinet à Nantes.Les doses observées dépassent rarement les 100 Bq/L, considérés par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) comme "un seuil qui, lorsqu'il est dépassé, entraîne une investigation complémentaire pour caractériser la radioactivité de l'eau Malgré tout, elles sont ingérées quotidiennement par les habitants de ces communes. Cela pourrait leur causer des problèmes de santé, notamment des cancers. Mais l'ACRO reste prudente. "On ne tient pas non plus à créer un mouvement qui inciterait tout le monde à acheter de l'eau en bouteille", précise Guillaume Rougier. » (France-Bleu)

Donc une couverture presse extrêmement large, avec même une reprise dans le 20H de TF1, dans une tonalité racoleuse de moyenne intensité (en général titres bien inquiétants, mais dans le corps de l’article, les informations de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire)  sont souvent correctement reprises. Si on ajoute à cela le fait que par un hasard malencontreux, c’est juste à ce moment qu’ appliquant la modification du règlement faisant passer de 10 à 20 km la zone de sécurité autour des centrales, la Préfecture a fait distribuer des dizaine de milliers de pastille d’iode, il y avait place pour une psychose majeure. Il y a tout de même eu quelques courriers angoissés à propos de la boisson ou des baignades dans la Loire.

Tonalité racoleuse modérée, oui mais la multiplication de ces titres angoissants (même si le corps de l’article la corrige souvent) crée quand même un climat de peur et de désinformation qui impressionne ceux qui n’ont pas les connaissances scientifiques et techniques spécialisées qui permettent de remettre l’information dans son contexte, et qui, titre après titre, journal après journal, facilite le travail des  trafiquants de peur. La presse et ses déontologues devraient y réfléchir sérieusement.

Tiens, au fait, le député Mathieu Orphelin a demandé une enquête…qui aura de toute façon lieu.

Et quand même : « La présence quasi systématique de tritium dans les eaux en aval des centrales nucléaires nous inquiète. Les consommateurs devraient avoir droit à une eau non contaminée », mardi 18 juin 2019, Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire.

Décidément, un peu de démago,  les écolos n’y échappent pas !

Les faits : 15 millièmes de dose-équivalent-banane par litre.

Les faits : le rapport de l'ACRO, qui a servi de source aux annonces depuis hier, concerne des mesures réalisées entre décembre 2017 et mai 2019. On court donc sur 18 mois de données, sur toute cette période, sur la Vienne et la Loire (deux cours d'eau, 5 centrales, 14 réacteurs), ils ont eu UNE mesure dépassant 60 Bq/L, atteignant 310 Bq/L

Donc, ça va plutôt bien, à l’exception d’une mesure qu’il faut comprendre.

Et qu’il faut aussi relativiser ….


« Pour le tritium, l’Union Européenne  fixe en effet une référence de qualité de 100 Bq/L. De quoi légitimer les inquiétudes du collectif ? Les choses ne sont peut-être pas aussi simples. Car il est bon de rappeler que ce niveau d'alerte ne correspond en aucun cas à une limite sanitaire. Il s'agit simplement d'un niveau à partir duquel il est bon de commencer à se poser des questions. Le niveau habituel ne dépassant pas les quelques becquerels par litre, voire quelques dizaines de becquerels par litre en aval des centrales nucléaires qui produisent du tritium au cœur de leurs réacteurs. »

« Rappelons d'abord que le tritium est un isotope radioactif de l'hydrogène. Il n'émet pas de rayons gamma, mais un rayonnement bêta - soit un électron - de très faible énergie : moins de 6 keV en moyenne. Son parcours dans la matière se limite donc à quelques microns seulement.
La demi-vie est d'environ 12 ans. Et il a tendance à se combiner à l'oxygène pour former de l'eau tritiée (3H2O). De quoi faciliter sa pénétration dans les organismes. Mais aussi... son élimination. Sa période biologique n'est que d'environ 10 jours et il est finalement assez rare qu'un noyau de tritium se désintègre durant son parcours dans un organisme. Ainsi la radiotoxicité du tritium reste très faible. D'ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé fixe le seuil de potabilité de l'eau à quasiment 10.000 Bq/L ! »

« Les facteurs de dose permettent d’évaluer la radiotoxicité d’un élément. Pour l’eau tritiée, le facteur de dose pour un adulte est de l’ordre de 6 picosieverts par becquerel (pSv/Bq). Un chiffre à comparer à celui du potassium 40, par exemple. Son facteur de dose est d’environ 2 nanosieverts par becquerel (nSv/Bq), ce qui en fait un élément de l’ordre de 1.000 fois plus radiotoxique que l’eau tritiée.
Notez par ailleurs que la radioactivité d’une banane due au potassium 40 est d’environ 20 Bq, soit l’équivalent de 20.000 Bq d’eau tritiée, en termes de radiotoxicité. »

« Ainsi pour qu’une eau tritiée mesurée disons à 500 Bq/L provoque sur un adulte les mêmes « dommages » qu’une seule banane, il faudrait en boire quelque… 40 litres ! »

Donc finalement, c'est une confirmation d'une situation parfaitement normale sur tout 2018 et le premier semestre 2019, à l'exception d'une mesure plus élevée en janvier dernier, qui interroge. Rien de plus.« S’agit-il d’un incident particulier sur lequel nous serions tombés, s’interroge Jean-Yves Busson de SdN Maine-et-Loire ? L’autre possibilité serait que nous serions tombés sur un lâcher régulier qui n’avait pas encore été dilué. »

Sur tous ces sujets, cf aussi les tweet de Tristan Kamin, par exemple :

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mardi 19 mars 2019

Pourquoi détester l’Eurokom ? Carlos Tavares et la politique automobile européenne

Le diktat de l’Europe -  Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants

Interview au Figaro du 3 mars 2019: extraits :

Carlos Tavares fustige le diktat de l’Europe, la décision du Parlement de Strasbourg de réduire de 40% les émissions de CO2 quand les constructeurs plaidaient pour 20%. Compte-tenu des amendes prévues, les entreprises seront confrontées à un enjeu vital, donc elles le feront. Mais cela implique un changement de cap total pour nos sociétés pour lequel les responsables politique ne les préparent nullement…

Depuis deux mois, l’industrie automobile européenne a annoncé la suppression de plus de 20.000 postes. La volonté d’imposer la correction de trajectoire de l’industrie a parfaitement  réussi. Veut-on aller plus loin encore ? Très bien, les entreprises s’adapteront. Mais cela met en risque les treize millions de personnes qui travaillent dans notre industrie et cela déstabilisera nos sociétés européennes.

Comment débattre quand on n’est pas écouté ? Nous sommes enfermés par cette surdité. Je peux en témoigner comme président de l’ACEA, associations européennes des constructeurs automobiles ; la Commission Européenne n’a jamais donné le moindre signe de vouloir engager une discussion constructive. L’Union européenne nous a totalement ignoré : elle était y elle-même ulcéré par l’affront de la tricherie d’un constructeur, ce qui l’a conduite à faire l’amalgame avec tout le secteur. Le vote du Parlement est un vote contre toute l’industrie européenne. Si être prémonitoire, c‘est faire du chantage, alors ne disons-rien et attendons que les choses se produisent.
La société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose. Mais le problème, c’est que les émissions de CO2 augmentent. Donc, on nous dit de passer à l’électrification. Très bien ? Mais comment nos concitoyens pourront-ils disposer dans des conditions économiques raisonnables d’une pleine liberté de mouvement ? Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants.

L’électrification n’est-elle pas la solution ? Je ne dis pas cela. Mais je ne voudrais pas que dans vingt ans mes petits-enfants me disent : papy, quand vous avez décidé le tout électrique, vous n’avez pas tout bien regardé ! » Il faut une vision à 360 degrés. Nous avons besoin d’un pilotage stratégique. Les constructeurs ont les produits. Mais il faut penser à la production de l’énergie propre qui propulsera les véhicules, l’empreinte carbone de la production et du recyclage des batteries, les conditions d’extraction des terres rares qu’elles contiennent, le dimensionnement du réseau de chargement, le devenir des 414 milliards de recettes fiscales en Europe sur les carburants, le financement… Comment les Etats, exsangues, au bout de leurs capacités d’endettement, de déficit et de pression fiscale, trouveront-ils l’argent pour financer les réseaux de chargement ? Je constate que l’automobile est en position de  fusible entre les ministères de l’industrie et de l’Environnement ? Il y a treize millions de salariés qui sont les otages de ce débat de société. Cela mérite au minimum une approche professionnelle et scientifique de la question posée.

Vous êtes sévère sur le pilotage stratégique ! Mais, pour le coup, la question de la production des batteries est posée ? Participerez-vous au projet d’ Airbus des batteries ? Je salue l’initiative de la France et de l’Allemagne. De grands acteurs comme Bosch, ont regardé le dossier et considéré que ce n’était pas rentable. Nous avons étudié le sujet. Le capital initial est colossal. Ce projet n‘est possible que s’il est considéré comme hautement stratégique et qu’à ce titre, il ne soit pas étouffé par les règles qui contraignent les aides d’Etat. L’Union européenne sera-t-elle capable de s’élever à ce niveau de vision stratégique, au-delà des simples règles de concurrence intracommunataires ? Sera-t-elle capable de se débarrasser de son carcan technocratique pour permettre que l’on localise l’industrie de la batterie vers l’Europe ? Bref pouvons-nous faire confiance à l’Europe ?

La décision sur Alsthom Siemens peut nous rendre soit pessimiste, soit optimiste, si elle sert d’électrochoc. Mais il faut faire vite. Nous avons des échéances pour 2020, pour 2025, pour 2030. A ces dates, si les constructeurs ne vendent pas assez de voitures électriques, ils seront ruinés par des amendes. Dans le monde réel, nous chefs d’entreprises, devons prendre des décisions et réserver des volumes de batteries auprès de fournisseurs asiatiques qui nous voient arriver avec un grand sourire, pendant que la paperasserie européenne suit son cours. Ils sont ravis de cette contrainte qui pèse sur nous, et leur permet de négocier de bons prix.

La décision du parlement européen est tout simplement en train d’obliger le secteur automobile européen à exporter 40% de la valeur des automobiles vers l’Asie . Est-ce pour cela que les citoyens européens ont voté ? Les élus qui ont pris des décisions jusqu’au-boutistes avaient-ils ce mandat-là ?

« Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant. Je ne voudrais pas que dans 30 ans on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que ça en a l’air, sur le recyclage des batteries, l’utilisation des matières rares de la planète, sur les émissions électromagnétiques de la batterie en situation de recharge ? ». Je m’inquiète en tant que citoyen, parce qu’en tant que constructeur automobile, je ne suis pas audible. Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels. »

Un peu de techniques : la voiture électrique est-elle écologique ? Ben, pas tellement !

Note de l’Ademe de 2013 : La fabrication des batteries est tellement émettrice de CO² qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO² qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !

Bon, les chiffres sont déjà assez anciens, ils se sont peut-être améliorés, mais les ordres de grandeur restent les mêmes. Sachant que ces voitures servent essentiellement à des trajets courts, il est probable que le kilométrage nécessaire pour s’estimer « vertueux » ne sera jamais atteint. De plus, tout le CO² émis par une voiture électrique est envoyé dans l’atmosphère avant même que ne soit parcouru le moindre kilomètre, alors qu'il est partout prétendu que la voiture électrique n’émet pas de particules fines. Mais, comme le signale le magazine Science et Vie (janvier 2015), « les pneus, les freins et l’usure des routes émettent presque autant de microparticules que le diésel ». Alors, la voiture électrique émet certes moins de particules que la voiture thermique, puisqu'elle ne dispose pas d’un pot d’échappement, mais elle possède bien des freins, des pneus, et roule sur le goudron !

Au final, on peut avoir de sérieux doutes sur le caractère écologique de  la voiture électrique. Or, l’argent public consacré à son développement est considérable. Un compte rapide :  

Le gouvernement a lancé un plan d’installation de 7 millions de bornes de rechargement à environ 10 000 euros pièce, soit un cout d’environ 70 milliards d’euros. Il est d’ailleurs poignant de voir les élus de petites communes, croyant faire un geste pour l’environnement, casser la tirelire municipale pour s’offrir une borne ;

Le bonus «écologique» à l’achat d’une voiture électrique dépasse 10 000 €par véhicule, souvent complété par une prime de la région. La quasi-totalité des acheteurs sont des ménages aisés, car ces véhicules sont très chers : une fois de plus, l’argent de tous est offert aux plus privilégiés. (cf. Stephane Lhomme, Directeur de l’Observatoire du nucléaire, pour qui  la promotion de la voiture électrique cache en en fait la défense et la promotion du nucléaire).

Tiens, et autre chose en passant : il n’y a pas que l’automobile. En considérant la taille des moteurs et la qualité du carburant utilisé, les 40 plus gros navires-cargos du monde polluent autant que l’ensemble des 760 millions d’automobiles de la planète. Et Ces 40 navires font partie d’une flottille de 3.500, auxquels il faut ajouter les 17.500 tankers qui composent l’ensemble des 100.000 navires qui sillonnent les mers…

Tiens, une dernière citation de Carlos Tavares : Ce magnifique instrument de liberté qu’est l’automobile… Elle permet à nos concitoyens une liberté de mouvement  sans égale.

Ca va être dur de s'en passer....

Les manifestations pour le climat

Prenons les manifestations pour le climat ; si consensuelles tant qu’on ne parle pas de solutions concrètes, pratiques et acceptables. Prenons les propos de l’ égérie suédoise Greta Thunberg, partie en train à Davos (ça prend du temps, mais il faut reconnaître que c’est cohérent ): «   Je ne veux pas de votre espoir. Je veux que vous paniquiez, que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours et que vous agissiez. »

Eh bien non, justement. La panique, c’est un très mauvais plan, et le plus sûr moyen de faire n’importe quoi, comme de décréter des objectifs absurdes et démagogiques  sans souci de leur faisabilité technique et de leur soutenabilité sociale- juste comme l’a fait le Parlement Européen, comme le dénonce très courageusement Carlos Tavares.

Il  justement  temps  de quitter le mode panique , qui semble se développer dangereusement, pour revenir en mode technique. Ce qui se passe n'est pas très étonnant. Certains penseurs écologistes, adversaires idéologiques du progrès, l'ont théorisé : la peur est pour eux le seul moyen qui permettra d'imposer les changements radicaux de comportement qu'ils pensent nécessaires pour sauver l'humanité. Une posture dangereuse d'autant qu’ils sont aussi prêt à balancer par dessus bord rationalité technique, démocratie, problèmes sociaux et finalement toute une partie de l’humanité qui ne mériterait pas d'être sauvée.

Nous avons connu les épisodes tragiques des gardes rouges, il ne faudrait pas que l’appel à la panique et à la peur de l’apocalypse engendre des gardes verts. Or, déjà, les attaques de boucherie et d’agriculteurs au travail se développent….

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jeudi 7 décembre 2017

Glyphosate : la raison l’emporte en Europe, la démagogie en France

Etude épidémiologique : pas de confirmation de caractère  cancérigène du Glyphosate

Alors que l’Union européenne doit décider, le 27 novembre, du sort du glyphosate, le Journal of the National Cancer Institute (JNCI) publie quelques jours avant  dans sa dernière édition les données d’une grande recherche épidémiologique visant à mettre en évidence les effets des pesticides sur les travailleurs agricoles. Il s’agit de la plus grande étude épidémiologique à ce jour sur ce sujet. Débutée dans les années 90, l'Agricultural Health Study a suivi plus de 50.000 agriculteurs et épandeurs américains en Iowa et en Caroline du Nord et dont 80% utilisaient du glyphosate. Près de 6.000 cas de cancer ont été observés au cours de ce suivi. Verdict de l'analyse : le glyphosate n'est pas significativement associé à une augmentation du risque de cancer, quelle que soit sa localisation. Toutefois, parmi les épandeurs qui ont été le plus exposés au glyphosate, les chercheurs constatent un risque accru de leucémie aiguë myéloïde par rapport aux autres utilisateurs, qui augmente avec la durée d'exposition et devient statistiquement significatif au-delà de 20 ans.

En 2005 déjà, les premiers résultats issus de l'étude prospective Agricultural Health Study, incluant des hommes et des femmes suivis sur plusieurs années, ne montraient déjà pas d'association statistiquement significative entre l'utilisation du glyphosate et le risque de cancer à l'exception d'un risqué augmenté mais non significatif de myélome multiple. Luc Multigner, médecin épidémiologiste à l'Inserm et spécialiste de l'effet des substances chimiques environnementales sur la santé commente, dans Science et Avenir  : " Peut-être que dans un avenir proche, ce suivi montrera un risque plus important mais ma conviction est qu'il sera modeste si cela était le cas ».
C’était plutôt une bonne nouvelle qui invitait à relativiser les déclarations d’un CIRC (Centre International de Recherche) sur le caractère cancérogène probable ( et seulement probable) du glyphosate spécialisé dans les alertes tonitruantes  confirmait ce que le Ministre M. Hulot reconnaissait déjà, à savoir que le glyphosate est certainement le plus efficace et le moins toxique des herbicides.

Le glyphosate est toxique : il rend fou…les écolos et les éditorialistes

Il est curieux, mais pas inattendu, que cette bonne nouvelle ait déclenché une véritable hystérie chez les écologistes fanatiques. Stéphane Foucart, dans Le Monde, d’habitude beaucoup mieux inspiré tenta d’expliquer  que l‘étude était douteuse puisque le glyphosate était tellement répandu qu’il était impossible de déterminer des groupes exposés et non exposés. Cette notion curieuse n’a pas eu grand succès mais Le Monde, suivit d’un certain nombre de journaux, dénonça alors un scandale incroyable : le rapport d’expertise de l’agence européenne, sous-traité aux allemands, reprenait des passages complets des études menées par Monsanto. Ben oui, si les industriels font des études, autant qu’elles servent à quelque chose, et je ne vois pas pour quels motifs elles ne devraient pas être prises en considération – si elles sont mal faites ou insuffisantes, que les autorités publiques le disent
Autre remarque, précisément en matière de cancer ; c’est la reproductibilité et la qualité  des résultats publiés par les laboratoires publics qui est maintenant davantage sujet à caution, puisque moins du tiers d’entre elles peuvent être reproduite ; les raison : pressions à la publication intégrité scientifique en baisse…

Commentant la décision finale européenne de prolonger l’autorisation du glyphosate pour cinq ans (au lieu de 10 ans comme initialement envisagé et de trois ans comme le souhaitait MM. Macron et Hulot, Marianne (1er décembre 2017)  rajoute plusieurs couches. C’est « une humiliation pour la France » ( enfin pour la démagogie de ses dirigeants, pas pour les agriculteurs ni la plupart des scientifiques) ! Le « Parlement européen est bafoué » (Quelle est sa compétence scientifique ?). « Où est la rigueur scientifique lorsque les experts recopient les travaux de Monsanto « ? ( Ben davantage dans les travaux de Monsanto que dans bien des équipes universitaires ou organes internationaux en manque de publicité et de crédits). » Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert a affiché une position notoirement alignée sur celle de l’agrobusiness » (tiens donc, les agriculteurs, pourtant les premiers et à vrai dire les seuls exposés ne seraient pas d’accord pour l’interdiction ?). « La ministre de la santé, Mme Agnès Buzyn, cancérologue professionnelle, n’a pas daigné mobiliser ses homologues ? » (Ben justement, elle sait peut-être de quoi elle parle…)

Tiens, au fond ils ont raison, le glyphosate est dangereux, il rend fou.

Les alternatives au Glyphosate Un rapport pas très encourageant

Donc finalement le glyphosate reconduit pour cinq ans, fureur écologiste et  Macron cédant à la démagogie écologiste (curieusement, Hulot apparait presque modéré) pour annoncer qu’en France ce sera trois ans (difficile à faire, la FNSEA se chargera de lui expliquer) et le ministre de l’agriculture et le premier ministre disant trois ans, sauf si pas d’alternatives meilleures d’ici là.
Et des alternatives justement, un rapport de l’INRA (Usages et alternatives au glyphosate) sort au bon moment La bonne presse (Le Monde, …) triomphe. Sauf que les conclusions sont rien moins qu’encourageantes : « Sortir du glyphosate en particulier, des pesticides en général, passe et passera par des changements profonds ». Les solutions : désherbage mécanique et travail superficiel du sol, labour, couverts intermédiaires et gel hivernal ou hachage. Bref peu enthousiasmantes.  Impossibilité d’alternative pour l‘agriculture de conservation, pour les terrains difficiles, pour la production des semences, pour celles des légumes de frais et de conserve, la culture du lin, celle des fruits à coquescerise sur le gateau l’INRA prévient : utilisation ciblée d’autres herbicides homologués (mais qui peuvent avoir des profils tox/écotox plus défavorables que celui du glyphosate), pourra être nécessaire pendant une période de transition ( de combien ?)

Et ceci encore : « L’évaluation du surcoût économique est délicate… l’impact économique sera d’autant plus marqué que la diversification des cultures est faible, qu’il n’y a pas d’élevage, que le secteur concerné touche des marchés très concurrentiels au sein de l’Union Européenne. C’est-à-dire qu’on est en France dans le cas le plus défavorable ! : Les principaux blocages peuvent être de nature biotechnique ou résulter de notre trajectoire agricole ayant conduit i) à des exploitations de grande taille, ayant peu recours à la main d’œuvre, ii) à la spécialisation des territoires qui limitent les utilisations alternatives des terres et favorisent la sélection d’une flore adventice difficile, iii) à des standards de marché et des cahiers des charges ».

« La réflexion sur la transition vers la sortie du glyphosate doit donc se faire sur une échelle de temps qui prend en compte la mise en œuvre de ces techniques alternatives. ». Compte-tenu de la tonalité du rapport, à vue de nez,  c’est bien  plus de dix ans !
Bon autrement dit, si des journalistes et commentateurs ont trouvé ce rapport encourageant, moi, je veux bien, mais c’est tout de même le lire de manière assez curieuse.
Finalement, la seule solution, celle  du Président Mao, l’envoi massif à la campagne des écologistes pour désherber, sarcler etc. Why not ?

Face aux  professionnels de l’intimidation

On peut s’étonner du silence général d’une communauté scientifique et des experts et des  professionnels. Mais c’est qu’il y a  un lobby de gens  fanatisé, rétrograde, idéologues de l’anti-science, persuadés de lutter pour le bien contre le mal et les méchants, et devenus des professionnels de l’intimidation bien relayés par des medias qui ont renoncé à tout travail d’éducation, à toute liberté d’exposition, de discussion, d’appréciation. Un lobby grassement subventionné et devenus des professionnels de l‘intimidation.

Contre ces professionnels de l’intimidation et de la désinformation, il faudra réagir. Cela ne pourra se faire que par un effort de transparence et de discussion accrues : par exemple, (une solution que ne refuserait pas Stéphane Foucart) : comme en matière de santé, la publication obligatoire  de toutes les études de toxicité et d’écotoxicité menées par les industriels, soit dans des publications scientifique, soit dépôt  obligatoire auprès des agences réglementaires des données et d’un résumé.

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lundi 18 septembre 2017

Le jacobinisme, de nos jours

Les deux Jacobinismes : France insoumise, France en marche

Fin des vacances, fin des devoirs de vacances. Vous trouverez sur ce site ce à quoi je m’étais engagé, les « bonnes feuilles » de l’histoire de la France Contemporaine, d’Hyppolite Taine-  soit quand même 108 blogs concernant l’Ancien Régime, la Révolution- l’Anarchie, la Conquête Jacobine- j’ai laissé de côté le Régime Moderne, qui vaut bien le reste, mais dépasse le cadre que je m’étais fixé, celui de Taine comme le premier analyste, bien que le nom ne soit jamais prononcé, du totalitarisme, de ce premier phénomène totalitaire qu’a été le jacobinisme, des circonstances qui le font naître et le favorisent, de son idéologie, de ses méthodes d’action, de l’élimination de tous les corps intermédiaires,  de la psychologie de ses militants, des sentiments qu’il mobilise et détourne, dont celui de la démocratie…. Pour mémoire, ce devoir de vacances, je me l’étais donné après la lecture de l’ouvrage de Michel Onfray,  Décoloniser les Provinces, l’un des plus intéressants et les plus politiques parmi les derniers ouvrages de M. Onfray plaidoyer anti-jacobin pour le girondisme, le communalisme libertaire, le pouvoir de parlements régionaux, l’autogestion, l’autorité consentie… Donc, au cas où ça ne serait pas clair , si je vous ai mis en appétit, lisez Taine et Onfray.
De fait, je crois qu’ Onfray a touché ici un point important de notre histoire et de notre avenir, qui s’annonce bien sombre tant que nous resterons coincés entre deux jacobinismes. L’un est assez identifiable, celui de la France insoumise, avec son éloge de Robespierre, du pouvoir de la rue contre les corps constitués, son centralisme démocratique au profit d’un leader, son contrôle permanent des élus par des comités révolutionnaires, son culte de l’égalité au détriment des libertés qu’on méprise en les appelant formelles. Il est tellement reconnaissable, l’histoire nous a tellement montré dans quels massacres il s’achevait (au besoin, relisez Taine !) qu’il est probablement peu dangereux, sauf s’il parvient à s’imposer comme ma seule alternative à l’autre jacobinisme, plus insidieux, celui de la secte libérale,  la France en marche.
Il existe  un contresens total à faire disparaître, qui voudrait que jacobinisme et libéralisme soient antagonistes. Les Jacobins sont philosophiquement des libéraux, des hommes de la doctrine du contrat, hostiles à tout corps intermédiaires, à toute régulation économique, ou professionnelle (qu’on supprime les diplômes de docteur en médecine ou d’enseignant, le peuple se déterminant librement saura bien  reconnaitra les bons médecins et les bons professeurs. Que leur pratique, en raison d’un état de crise largement suscité par leur propre politique, ait  été différente ne change rien au principe, et, au contraire, montre bien la complicité profonde et nécessaire des deux jacobinismes.

Le jacobinisme de la secte libérale

Venons-en au jacobinisme, le moins évident, celui de la secte libérale, de Macron et de ses marcheurs, et pour cela, Taine est un guide utile, qui permet de pointer les caractères profondément jacobins des macroniens :

Le culte de l’Etat et le refus des corps intermédiaires : « Au nom de la raison que l’État seul représente et interprète » (et ici, la raison, la doctrine, c’est celle de la secte libérale), on chamboulera toute la société, avec le mépris le plus profond pour son histoire, un fatras irrationnel de droits, non pas acquis, mais conquis.
« Pas de corps organisés qui ferait concurrence à l’Etat , C’est pourquoi, si l’on veut que les hommes restent égaux et deviennent citoyens, il faut leur ôter tout centre de ralliement qui ferait concurrence à l’État ». Voire comment Macron considère les syndicats.

Le refus de la délibération (que de temps perdu pour ceux qui ont la foi libérale !) : Taine le rappelle , la démocratie c’est d’abord la possibilité de délibérer, et c’est un marqueur de l’esprit totalitaire que de chercher à empêcher la délibération. « Nos délégués ne sont là que pour exécuter nos ordres ». On reconnaitra ici la gestion du Parlement par les ordonnances et le gestion des parlementaires godillots du groupe Macron.

L’idéologie (ici libérale) au mépris des faits : croire que « la société humaine n’existe pas et que le législateur  est chargés de la faire ». Taine : « les systèmes politiques puisés dans un livre ne sont bons qu’à être reversés dans un autre livre »

Disqualification de l’adversaire comme ennemi de la société. « Le parti (ici libéral) a pour lui la théorie régnante, et seul il est décidé à l’appliquer jusqu’au bout » (Taine). Il est donc seul conséquent. S’opposer à lui est contraire à la saine raison et à l’intérêt de la société dans son ensemble. Irréfutable ! de là, la dénonciation des fainéants, les cyniques, les extrêmes.

Le jusqu’au boutisme : le rejet des réformes limitées, des transformations graduelles. Taine :  « Selon eux, leur droit et leur devoir sont de refaire la société de fond en comble. Ainsi l’ordonne la raison pure » qui a découvert les lois du contrat.

L’organisation sectaire : Les Marcheurs constituent une élite qui a le monopole de la compréhension de l’histoire :  Taine :  par la communauté du but, ils sont une faction ; par la communauté du dogme, ils sont une secte, et leur ligue se noue d’autant plus aisément qu’ils sont à la fois une secte et une faction. Qui n’a été frappé par le caractère sectaire des meetings de Macron et de son ton si proche de celui des télévangélistes américains.

La démagogie égalitaire et l’uberisation : C’est peut-être l’aspect le moins connu du jacobinisme, le mépris des qualifications et des diplômes : que les médecins, les instituteurs, les hommes de loi puissent s’installer librement, sans garantie de diplôme, le peuple ( le consommateur) saura bien reconnaître les bons et choisira librement ! Et c’est ainsi que Marat fut un grand médecin…

Bref, le Jacobinisme, version libérale Macron ou robespierriste est dangereux, et doit être combattu. Lisez Onfray et Taine !