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mardi 13 août 2019

No Fake Science ! Quelques réflexions

No fake science !

Merci aux initiateurs de la tribune la plus intelligente, la plus utile, la plus indispensable, la plus juste, la plus courageuse, la plus originale, la plus brillante, la plus vraie, la plus justement combattive en même temps qu’équilibrée que j’ai eu le plaisir de lire depuis longtemps. Merci au journal l’Opinion de l’avoir publiée alors que d’autres journaux que l’on qualifie parfois de référence n’ont pas souhaité le faire – sans doute se sentent-ils un peu coupables de souvent maltraiter voire manipuler la science !
C’est bien sûr de la tribune No fake science que je veux parler ! Extraits :
 « Nous, scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s, lançons un cri d’alerte sur le traitement de l’information scientifique dans les médias, ainsi que sur la place qui lui est réservée dans les débats de société. À l’heure où la défiance envers les médias et les institutions atteint des sommets, nous appelons à une profonde remise en question de toute la chaîne de l’information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s….
Il est urgent que la place de l’information scientifique dans nos médias et dans le débat public soit revue, pour éviter de creuser le fossé entre scientifiques et journalistes. Réfléchissons ensemble à la façon de rendre à la science la place qu’elle mérite. Pour un débat public apaisé et rationnel, pour le bien de notre vie politique, pour nos concitoyen·ne·s.. »
Bon, on passera sur une légère crispation sur l’écriture inclusive, c’est trop important. En plus de sa publication, la tribune a été ouverte aux signatures de ceux qui le souhaitent – allez-y https://nofake.science/tribune/ !!! et a donné lieu à de passionnants débats sur les réseau  sociaux.
Science, opinion, société- les problématiques et propositions positivistes.

Faut-il le dire, cette tribune recoupe précisément les préoccupations principales du positiviste que je m’efforce d’être ; Extraits et principes du grand Auguste :

1) la connaissance positive : La science, par ses méthodes,  permet d’arriver à des connaissances positives (scientifique) : « certaines, précises, relatives, organisatrices », qui permettent d’agir efficacement sur le réel : « savoir pour prévoir afin de pourvoir ! »
Un mot important est ici relative : d’une part, la science permet d’établir des relations entre des phénomènes, et non de connaître la nature intime de ceux-ci ( à supposer que cela ait un sens), d’autre part, les connaissances positives sont relatives à un certain domaine, par exemple la relativité Einsteinienne n’a pas rendue fausse la mécanique newtonienne, celle-ci rendant toujours d’importants services dans son domaine de validité.

2)  La science n’est donc pas une opinion comme une autre : « Il n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie, dans ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents »
Mais ! :
3) Autorité scientifique et non autoritarisme :  Dans la  science,  « l’autorité nait du concours et non le concours de l’autorité » (remplacer concours par consensus, si l’on préfère!)

4) Importance de l’opinion ; rôle et nécessité du pouvoir spirituel :
« Tout le mécanisme social repose finalement sur des opinions »
« L’irrésistible puissance de l’opinion publique constitue une force vraiment coercitive, puisqu’on s’y soumet sans être touché, ni convaincu des torts correspondants »
 « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation »

Compte-tenu de l’importance et de la  puissance de l’opinion, le positivisme pense nécessaire l’instauration d’un pouvoir spirituel :

« Il est nécessaire que le pouvoir spirituel  soit au plus haut degré une puissance d'opinion. Il agira sur l’opinion et par l’opinion »
 « L’action du pouvoir spirituel consiste essentiellement à établir par l’éducation les opinions et les habitudes qui doivent diriger les hommes dans la vie active »
« Le journalisme, nouveau pouvoir spirituel » ( si, si ! CPP, 57ème leçon, mais revu ensuite ; les journaux sont inévitablement trop liés à des pouvoirs temporels)
«  Les attributions du pouvoir spirituel positif seront au nombre de quatre : l'éducation, le conseil, la consécration et le jugement »

Les moyens du pouvoir spirituel sont l’admonestation privée, le blâme public puis l’excommunication sociale. Il peut aller jusqu’à prôner le refus de concours (grève, boycott), voire l’insurrection. Il peut aussi, mais c’est alors une forme d’échec, transmettre au bras séculier !

5) nécessité de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels :

Le pouvoir spirituel doit être complètement séparé du pouvoir temporel, sans quoi « il n’y a pas d’alternative entre la soumission la plus abjecte et la révolte directe ».
« L’asservissement général du pouvoir spirituel au pouvoir temporel, principale cause de la plupart des aberrations, pousse spontanément à remplacer la persuasion par la violence »
« Pour se borner à conseiller, il faut ne jamais commander, même par la richesse »
 « Si l’Etat n’a pas une religion propre, il ne doit pas davantage avoir une science à lui, ni une science privilégiée «  (Laïcité selon Julio de Castilho, chef du gouvernement positiviste du Rio Grande do Sul)

Les membres du pouvoir spirituel doivent « vivre au grand jour » (traduction : transparence sur les conflits d’intérêts, les choix idéologiques, politiques, religieux, tout ce qui susceptible d’interférer avec la fonction de conseil)

6) Incarnations modernes du pouvoir spirituel comtien- le GIEC.

Face à une menace qui concerne l‘ensemble de l’humanité, des experts scientifiques s’organisent et collaborent librement entre eux, arrivent à une connaissance positive (certaine, précise, organisatrice) concernant l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique, en tirent des conclusions qu’ils s’efforcent de faire partager aux dirigeants temporels (chefs d’Etats, chefs d’entreprises) (conseil privé), et agissent de manière plus contraignante par l’opinion publique. Nous avons là un exemple presque complet du pouvoir spirituel comtien – presque, car il lui manque la sanction ultime, l’excommunication sous une forme modernisée. Cela viendra peut-être.

On peut prévoir, et ça sera une bonne chose, que naîtront des équivalents du GIEC pour la génétique, l’intelligence artificielle,…
Les comités d’éthiques, les agences de régulation (agence du médicament, de sécurité sanitaire, autorité de sécurité du nucléaire), les académies et sociétés savantes accomplissent parfois et partiellement des missions de pouvoir spirituel.
Et Wikipedia  ? sans doute aussi, et même un pouvoir spirituel de très bon aloi, plus performant qu’aucune encyclopédie du passé. Que les multiples contributeurs et éditeurs qui permettent son existence en soient remerciés !
Et les réseaux sociaux ? Un pouvoir spirituel à l’état sauvage alors ! Même si parfois, certains groupes, certains threads diffusent, autour de groupes ayant une compétence et une autorité scientifique, une information de qualité rendue plus accessible à tous !

 No Fake Science, l’opinion et les journalistes

Et maintenant, à chacun de se débrouiller avec tout ça ! Mais si vous n’êtes pas convaincu que No Fake Science et les débats qu’ils suscitent  recoupent en grande partie la problématique du pouvoir spirituel de Comte… je peux plus rien.

Typiquement, No Fake Science a rempli le rôle d’admonestation du pouvoir spirituel, et encore assez gentiment.  Il l’a fait en appelant à la conscience professionnelle des journalistes, et à leur réflexion. Et ce n’est pas simple : certains réflexes professionnels  des journalistes (la pratique du doute, la méfiance  érigée en système contre toute autorité (mais ici d’un type particulier), la confusion entre objectivité et  équilibrage des points de vue, l’absence de hiérarchisation des sources...) conduisent en effet à méconnaître la nature de l’activité scientifique  et à des biais de nature à entrainer confusion, désinformation, voire manipulation de l’opinion publique. S’y ajoutent parfois les manipulations effectives de certains lobbies (les plus efficaces ne sont pas sûrement pas les plus évidents), l’action des communicants, l’émotion devant certaines situations. Le métier n’est pas vraiment facile.

Mais l’appel à la responsabilité de No Fake Science était nécessaire, et devenait même urgent ! Une belle preuve en a été donnée, juste quelques semaines après la parution de la tribune dans l’Opinion, du délire et de la manipulation médiatique à propos du tritium dans les fleuves français.
(cf. sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/07/tritium-et-boule-de-gomme-les-marchands.html).

Dans ce cas d’ailleurs, l’association à l’origine de ce qu’il faut bien qualifier de véritable manipulation et les media qui l’ont relayé ont fait courir des risques à la santé publique, en conduisant certains, en période de canicule, à se priver d’eau  du robinet. L’admonestation aimable ne suffit visiblement déjà plus. La loi sur la propagation de fausses nouvelles, si elle doit être maniée avec beaucoup de prudence, est trop peu appliquée ; la notion de trouble à l’ordre public ou de mise en danger de la vie d’autrui pourrait également être évoquée.

Et tiens ! Festival au moment où j‘écris (12 aout 2019) Le matin, le Secrétaire Général des écolos Julien Bayou sur France Inter a lancé en une minutes quatre contre-vérités majeures sur le nucléaire ; sur le coût, sur la possibilité de remplacement par les énergies nouvelles (fatales !), sur le « succés » de la transition énergétique allemande, sur les fuites de tritium dans les fleuves français) sans que le présentateur ne tente de rétablir la vérité ; décidément, France Inter n’est pas No Fake Science ! Un concours avec Le Monde ?

Et le Parisien du même jour, à propos des batteries électriques : « Attention donc à ne pas répéter l'erreur consistant en France à construire 58 réacteurs nucléaires sans prendre en compte ni le stockage ni le retraitement des déchets. »
NB 1) avec Orano, la France est numéro un mondial du retraitement de déchets nucléaires ( pour l’instant…) 2) il existe un consensus international des experts sur l’enfouissement des déchets) cf therad de Tristan Kamin ou par exemple https://lenergeek.com/2019/08/02/alternatives-stockage-geologique-dechets-nucleaires-tristan-kamin/
 A la longue, c’est un peu lassant….

Adjoindre au CSA un haut conseil agissant au nom de la science ? Pour Stéphane Foucart, c’est non !

Dans le Monde du 6 juillet 2019, Stéphane Foucart se félicite que le CSA, saisit par plus de 500 plaintes,  ait refusé de rendre un avis défavorable à l’émission d’« Envoyé spécial », de France 2 (17 janvier 2019) consacrée au glyphosate et se moque de l’idée avancée par un certain nombre de scientifiques d’ « attacher au gendarme de l’audiovisuel un haut conseil à la science ».

Citation : « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a rendu, le 1er juillet, son avis sur le dossier glyphosate d’« Envoyé spécial », diffusé par France 2 le 17 janvier 2019. Il n’a rien à reprocher au magazine, malgré la virulence des critiques formulées à son endroit – souvent sur la foi de faits imaginaires. Insatisfaits, certains ont aussitôt dénoncé un manque de jugement du CSA et réactivent cette vieille idée des académies : attacher au gendarme de l’audiovisuel un haut conseil à la science, une sorte de « ministère de la vérité scientifique ». Il faudra, dans ce cas, bien choisir les « ministres ».

Voici ce qu’a déclaré le CSA : « En premier lieu, le CSA estime que le but du documentaire était de “présenter les pratiques de la société Monsanto en matière de recherche scientifique et d’études relatives au glyphosate” et non “d’apporter un éclairage scientifique sur la dangerosité” de cet herbicide. “Dans la plupart des sujets, il était rappelé l’absence de consensus scientifique sur le caractère cancérogène du glyphosate”

Eh bien, on se dit que le CSA aurait effectivement besoin de conseils scientifiques. On a en effet bien compris que le but d’Envoyé spécial n’est pas d’apporter un éclairage scientifique  sur quoi que ce soit, mais de faire de l’audience en dénonçant des scandales, même lorsqu’ils n’existent pas, en présentant des faits détournés de leur contexte, en mettant sur le même plan toutes les opinions, quels que soient les méthodes qui ont permis de les obtenir. Il existe un test assez efficace de mesurer ce qu’apporte cette émission : lorsque vous suivez un reportage sur un sujet que vous ne connaissez pas professionnellement, vous ne pouvez manquer de vous indigner- ils sont vraiment efficaces. Lorsqu’il s’agit d’un sujet que vous connaissez…eh bien, vous vous indignez aussi tant les faits  sont distordus et les conclusions controuvées… Ceci dit, il y a temps en temps de véritables scandales dénoncés…

Sur le fond, cette vérité scientifique rappelée dans la tribune No Fake Science : « Aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent improbable qu’il présente un risque cancérigène pour l’humain »
On peut même être plus précis : il n’ y a actuellement aucune preuve ni biologique, ni épidémiologique, pour une molécule maintenant massivement utilisée depuis plus de 40 ans
(cf. par exemple https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/04/le-glyphosate-et-les-proces-de.html)

Donc, oui le CSA n’a pas joué son rôle et cela est dommage et même dommageable : que dire si demain une émission oppose à part égale vaccins et anti-vaccins et pointe des pratiques qui peuvent être parfois contestables de l’industrie pharmaceutique sans mentionner les immenses services qu’ont rendu les vaccins à l‘humanité ?

Les sociétés savantes, les académies sur ce sujet, et sur bien d’autres semblent assez inaudibles. La société manque d’un pouvoir spirituel organisé, selon les conceptions positivistes.

Bizarrement, dans la suite de son article, Stéphane Foucart abandonne le sujet glyphosate et passe au climatoscepticisme. C’est peut-être qu’il se sent un peu…comment admonester gentiment ? un peu coupable. Car il sait très bien, et l’a lui-même avoué, ce que vaut toute la Fake Science mobilisée à propos de la toxicité du glyphosate- pas grand-chose, et que si le glyphosate a été ainsi soumis à de véritables procès de sorcières, c’est en raison de son utilisation couplée à des OGM ( en particulier proposée par Monsanto). C’est l’hostilité aux OGM et leur intérêt agricole et économique qui est le véritable moteur de la diabolisation du glyphosate ; et c’est un tout autre problème !

Donc, le grand spécialiste écolo du Monde délaisse le glyphosate et passe au réchauffement climatique et au climatoscepticisme. Suivons-le… pour voir !

Climatoscepticisme et Fake science : comment faire ? La tribune retirée de l’Actualité Chimique.
Donc Stéphane Foucart :

« Au cours des derniers mois, L’Actualité chimique (la revue de la société savante des chimistes français) a, par exemple, publié plusieurs chroniques climatosceptiques – l’une allant jusqu’à mettre sur un pied de quasi-égalité le mouvement antivaccinal et la mobilisation contre le réchauffement. En mai, sous les protestations, la publication a retiré l’un des textes litigieux.
Ce genre de situation n’a rien d’exceptionnel. Un regard rétrospectif sur la manière dont s’est propagée la vulgate climatosceptique ces dernières années suggère que ce sont des scientifiques, bien plus que des journalistes, qui en ont été les principaux moteurs. Sur le réchauffement, les tribunes ou les ouvrages les plus trompeurs ont été publiés sous d’éminentes signatures issues des sciences économiques, de la géologie, de la géographie, de la microbiologie, de la physique des semi-conducteurs, des mathématiques, de la chimie… Forts de leurs titres académiques, des scientifiques s’exprimant hors de leur champ de compétence ont largement contribué à tromper le public et les décideurs sur l’une des plus graves questions de notre temps.
En France, le principal bastion climatosceptique n’était ni une sombre église obscurantiste ni un mouvement d’homéopathes radicalisés : c’était l’Académie des sciences »

Stéphane Foucart aurait quand même pu rappeler le rôle du CEA et des climatologues français dans le GIEC et dans l’établissement de la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique : Claude Lorius, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte…

Je n’ai pas pu lire la tribune de l’Actualité Chimique à laquelle M. Foucart fait allusion…puisqu’elle a été retirée sous un torrent de protestations éclairées ( ?). Pour information, 25 chimistes membres de l’Académie des sciences, dont deux Prix Nobel ( Jean-Marie Lehn, Jean- Pierre Sauvage) ont protesté contre ce retrait.

Avant (et afin) de parvenir à une vérité scientifique (positive), il est normal que différentes hypothèses soient confrontées et que des débats aient lieu. Le principe positiviste doit s’appliquer sans restriction : « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation ! »

Une fois une connaissance positive établie, eh bien , la beauté de la science est qu’elle n’a rien à craindre d’une critique, même mal fondée,  absurde ou malhonnête. Celui qui l’émet prend le risque du ridicule et de la marginalisation, voire de difficultés professionnelles à moins qu’il n’ait de solides arguments, et cela est juste et bon. Comme l’écrivent les Académiciens dans leur tribune : « C’est la pratique quotidienne des chercheurs, celle des séminaires dans les équipes de recherche, celle des conférences, celles des rapporteurs d’articles dans les journaux scientifiques. Nous en connaissons les règles : celui qui se permet d’émettre des doutes sur un travail sans argument ou avec des approximations évidentes peut s’attirer les remarques acerbes de ses collègues, mais il peut répondre à ses pairs, échanger avec eux. Par contre, tout argument mettant en évidence une faille dans le raisonnement va permettre immédiatement de revoir une idée, un concept, une expérience. C’est ainsi que la science avance depuis toujours. »

Donc, là encore,  aucun risque et que des avantages au principe « Liberté, liberté totale d’exposition, de discussion, d’appréciation ! », surtout concernant une publication comme l’Actualité Chimique ( sans les vexer, pas vraiment un media grand public !-NB je la lis avec plaisir, et même j’y ai publié !)

Il en irait tout autrement si un media grand public reprenait cet article de l’Actualité Chimique et la présentait comme, non pas comme ce qu’il est, un élément de débat, mais comme une opinion majoritaire de nature à remettre en cause le rôle humain dans le réchauffement climatique, ou  mieux et plus vendeur, comme une opinion minoritaire empêchée d’expression et brimée par le lobby de je ne sais pas quoi, tiens des éoliennes au hasard ! Là, le pouvoir spirituel devrait intervenir !

Confrontée au problème, la BBC a pris une position intéressante et controversée. Contrairement à ce qui a été parfois annoncé, la BBC n’a pas « banni les climatosceptiques de ses antennes » (ce que visiblement souhaiterait M. Foucart ). Son directeur de l’information, dans une instruction interne publiée début septembre, n’ a pas écrit qu'il ne faut plus jamais leur donner la parole, mais seulement qu'on n'est pas obligé, au nom d'un « équilibre trompeur », de les inviter à chaque fois qu'il est question du climat. « De la même manière, vous ne voudriez pas que quelqu'un nie que Manchester United a gagné 2-0 samedi dernier. L'arbitre a parlé. »

Cette attitude me semble parait assez équilibrée, appropriée et responsable. Elle laisse tout de même la place à des critiques de l’arbitre ou de l’arbitrage, si des éléments nouveaux et sérieux sont découverts. Si d'aventure un scientifique révélait de nouvelles données ou de nouveaux modèles de prévision qui viennent secouer le  consensus actuel, ou certains de ses éléments, sans doute pourrait-il s’exprimer. Et, bien plus, si un nouveau consensus, modifié sur certains points ou plus radicalement émergeait, la BBC agirait en conséquence.

Une remarque de Stephane Osmont dans une tribune sur le blog du point :  https://www.lepoint.fr/debats/osmont-climatosceptiques-contre-climatostresses-03-10-2018-2259784_2.php :
« Une fois qu'on a dit ça, une question se pose néanmoins : faut-il réciproquement bannir des antennes de la BBC les climatostressés, ceux qui exagèrent à dessein l'imminence et la gravité du péril climatique ? …Un certain malaise finit par s'installer quand on comprend qu'eux aussi malmènent le « consensus scientifique » en ne retenant que les plus flippants des multiples scénarios des experts internationaux du GIEC. Une petite dose de doute méthodique leur serait profitable. »

En effet. Mais surtout , maintenant, pour être cohérente, la BBC devrait appliquer le même traitement à ceux qui prétendent que le glyphosate est toxique sans apporter de nouveaux arguments validés par la communauté scientifique. Non ? Ou pour les anti-vaccins ? Ou ceux prétendent qu’il n’y a pas de solutions pour le traitement des déchets nucléaires ? Oui qui parlent de fuites de tritium ?

Dominique Meda : Combattre la fausse science ( Le Monde, 13 juillet 2019)

Extrait : « La seule manière d’empêcher la production de « fausse science » est de disposer d’institutions scientifiques puissantes, totalement indépendantes, dotées d’important moyens de financement et de scientifiques indépendants et bien payés, capables de répondre aux questions des gouvernements, des parlementaires et des citoyens … Or, comme l’ont unanimement souligné les lauréats du Prix Nobel présents à l’Elysée lors du débat organisé par la Président de la République avec des intellectuels le 18 mars, l’attractivité des carrières scientifiques est en France de plus en plus faible, et les moyens destinés à la recherche, censés atteindre 3% du PIB , n’ont jamais dépassé 2.3% depuis trente ans. La seule recherche publique atteint péniblement 0.8% et les recrutements y sont en forte baisse »
O.K pour la deuxième partie, même si le ratio public/privé n’est pas le plus défavorable en France par rapport aux pays comparables… ; de toute façon, nous sommes loin des promesses de l’agenda de Lisbonne, de l’Europe de la connaissance et de ses 3% du PIB...
Mais prétendre lutter contre la fausse science en établissant un corps de scientifiques d’Etat, chargé de la pureté de la science, éloigné de toute compromission, vivant dans une tour d’ivoire… cela me semble un peu baroque, et loin des réalités de la science réelle. Et même dangereux !« Si  l’Etat n’a pas une religion propre, il ne doit pas davantage avoir une science à lui ».

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mardi 2 avril 2019

Le glyphosate et les procès de sorcières (2)


Glyphosate- études divergentes à qui faire confiance ?

En décembre 2017, la Commission Européenne a mis fin à deux ans de tergiversations chez les législateurs européens en autorisant l’utilisation du glyphosate pour 5 ans. L’autorité Européenne de sécurité des aliments (EFSA)  a estimé qu’elle ne disposait d’aucune preuve d’un éventuel caractère cancérogène. Pour davantage de sureté, la Commission Européenne a également demandé l’avis de l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA) , qui a également conclu à l’absence de preuve de danger du glyphosate. En mai 2016, un panel d'experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de l'Organisation mondiale de la santé a tranché de la même façon. L'Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et l'Office fédéral de l'agriculture ont observé le 30 juillet 2015 que « le CIRC ne disposait pas de nouvelles études reconnues au plan international pour sa décision de reclassifier le glyphosate comme carcinogène », et réitèré qu'ils « considèrent que les résidus de glyphosate provenant de l'utilisation de ce produit comme produit phytosanitaire sont inoffensifs pour la population ». Même position pour les agences canadiennes, australiennes, Etats-Uniennes…

Bref, la quasi totalité des agences de régulation dans le monde considèrent qu’il n’y a aucune preuve de toxicité ou de caractère cancérogène du glyphosate.

Une seule agence notable liée à l’ONU fait exception, le CIRC. En 2015, le CIRC a considéré le glyphosate comme « cancérigène probable, catégorie 2A)

La classification CIRC  - curieuse ?

Le CIRC a tout de même une curieuse méthode de classification. Le glyphosate se retrouve ainsi dans le même groupe  que le bromure de vinyle et les N methyl et ethyl nitrosourées, que tout chimiste classerait sans hésiter dans les cancérogènes certains. C’est que le CIRC estime ( et je trouve cela en l’espèce vraiment contestable) un risque global tenant compte de la cancérogénicité « intrinséque » et de l’exposition au produit de la population : ainsi s’explique que des produits fortement cancérigènes mais très peu utilisés se retrouvent dans la même catégorie qu’un produit extrêmement utilisé mais dont la cancérogénicité intrinsèque est non démontrée- comme le glyphosate.

Dans cette classification du CIRC, le glyphosate se retrouve finalement assez logiquement dans la même catégorie que la consommation de viande rouge  et le travail de nuit. Va-t-on pour autant interdire le travail de nuit ? Bien sûr que non ; simplement, on serait bien inspiré de mettre en place un meilleur suivi sanitaire des travailleurs de nuit.

Eh ben, pareil pour le glyphosate !

Une autre différence importante est que les agences de régulation telles l’EFSA se fonde sur les études réglementaires effectuées par les industriels que les agences exigent avant la mise sur le marché d’un phytosanitaire. Au contraire, le CIRC n’utilise que les publications universitaires.

Quelles études, pour faire quoi ?

Maintenant, à quoi faites-vous davantage confiance ? Aux tests réalisés par les industriels conformément aux exigences réglementaires ou aux tests décrit dans les publications universitaires et effectués par des chercheurs libres de tout conflit d’intérêt ?
Eh bien, choc des chocs, scandales des scandales,  abomination et pic et pic et colegram. Evidemment aux tests réglementaires pratiqués par les industriels ! Ils sont standardisés, calibrés, parfaitement reproductibles, leur interprétation est immédiate, leur pertinence quant aux effets biologiques certaine et universellement reconnue.
Les chercheurs eux testent des protocoles, nouveaux, originaux, que seuls de petites équipes maitrisent. Leur pertinence quant aux effets toxiques chez l’homme est incertaine, pas encore reconnue…. Ce n‘est pas un vain mot : les instances universitaires se trouvent confrontées à une très sérieuse crise de la reproductibilité.

Ainsi, précisément dans le domaine de la biologie du cancer, des chercheurs de Bayer et d’Amgen ont passé un an à tenter de reproduire des expériences critiques : pour les premiers, 21% seulement  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; pour les seconds, seulement 11 expériences sur 53. Dans cette crise de la reproductibilité, il y a là une part intrinsèque à l’activité de recherche (surtout lorsqu‘elle utilise des matériaux biologiques de plus en plus complexes et artificiels), il y a aussi malheureusement une part due au publish or perish - la pression pour publier très vite très souvent-. Et enfin une part liée aux biais de publication, à la politique éditoriale : un article mettant en cause Monsanto trouvera plus facilement preneur qu’un article confirmant les résultats de ses chercheurs…

Il est donc quand même assez étrange que le CIRC ne prenne pas en compte les tests les plus validés  et les plus pertinents…

Est-ce à dire que les tests réglementaires auxquels sont soumis les industriels sont suffisants et que la recherche est inutile ? Bien sûr que non ! Ils fixent l’état des connaissances certaines à un instant donné. Les résultats de la recherche, lorsqu’ils seront certains, suffisamment reproductibles pour donner lieu à des protocoles précis et que leur pertinence biologique sera reconnue par consensus de la communauté des experts ont vocation à améliorer, compléter ou remplacer les tests existants.

Dans le cas des études de toxicité, en tout état de cause, l’affaire du glyphosate appelle certainement à des améliorations des process actuels, notamment en ce qui concerne la publication de toutes les études de toxicité et d’écotoxicité menées par les industriels, soit dans des publications scientifique, soit par dépôt  obligatoire auprès des agences réglementaires des données et d’un résumé.

Il faudrait aussi imposer des études sur les formes effectivement commercialisées et utilisées et non simplement sur les principes actifs purs, et tenir compte aussi des conditions réelles d’utilisation : le produit et le mode d’utilisation par un professionnel ne sont pas les mêmes que pour un jardinier amateur. Il vaut mieux éviter de confier une grue à un automobiliste lambda…

Reste aussi que pour le glyphosate, utilisé maintenant depuis plus de 40 ans,, nous pouvons disposer d’études épidémiologiques, avec, compte-tenu de sa popularité, des populations conséquentes d’utilisateurs et des durés suffisantes pour voir apparaitre d’éventuels cancers, même tardifs.

Les études épidémiologiques 

Débutée dans les années 90, l'Agricultural Health Study a suivi plus de 50.000 agriculteurs et épandeurs américains en Iowa et en Caroline du Nord et dont 80% utilisaient du glyphosate. Près de 6.000 cas de cancer ont été observés au cours de ce suivi. Verdict de l'analyse : le glyphosate n'est pas significativement associé à une augmentation du risque de cancer, quelle que soit sa localisation. Toutefois, parmi les épandeurs qui ont été le plus exposés au glyphosate, les chercheurs constatent un risque accru de leucémie aiguë myéloïde par rapport aux autres utilisateurs, qui augmente avec la durée d'exposition et devient statistiquement significatif au-delà de 20 ans.
En 2005 déjà, les premiers résultats issus de l'étude prospective Agricultural Health Study, incluant des hommes et des femmes suivis sur plusieurs années, ne montraient déjà pas d'association statistiquement significative entre l'utilisation du glyphosate et le risque de cancer à l'exception d'un risqué augmenté mais non significatif de myélome multiple.

En 2019, une meta analyse reprenant l’étude de l’AHS (Zhang et al. 2019, Mutation Research) a  sélectionné le groupe de participants avec une exposition la plus haute (niveaux et durées d’exposition importants, temps de latence important). Dans ces conditions, apparait une association statistique entre une exposition cumulée élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens (LNH). Il ne s’agit pas de faits nouveaux mais d’une réanalyse soutenue par le seul Dr Zhang, et non les autres  auteurs de l’article original qui ont travaillé sur les mêmes données. Sur la signification exacte et l’incertitude des chiffres obtenues après une telle sélection drastique dans l’étude originale (856 études exclues sur 866 !), alors là, c’est vraiment une discussion de spécialistes. (cf par exemple https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/

Le 18 mars 2019 paraissait dans l’International Journal of Epidemiology une étude menée sur des cohortes d’agriculteurs de France (cohorte AGRICAN), de Norvège et des États-Unis  montrant un risque accru de 36 % du lymphome non hodgkinien le plus fréquent, à savoir le lymphome diffus à grandes cellules B –il n’était pas significatif dans AGRICAN. Les chercheurs ont procédé à un effort de synthèse inédit, en exploitant les informations de trois grandes cohortes constituées en France, en Norvège et aux Etats-Unis, rassemblant ainsi les données de plus de 315 000 agriculteurs suivis en moyenne pendant plus de dix ans. Ils ont évalué l’exposition des fermiers à 33 pesticides différents selon une classification binaire. Trois substances sont pointées: deux insecticides, le terbuphos et la deltamethrine, et un herbicide, le glyphosate.

Les antiglyphosates ont relayé triomphalement ces études. En ce qui concerne la méta-étude du Dr Zhang, elle ne convainc pas grand monde parmi les spécialistes, et notamment n’a pas convaincu le CIRC de changer la classification du glyphosate en cancérigène certain. Les promoteurs de la seconde étude se sont eux-mêmes montré très prudents : comme ils n'ont pas évalué le degré d'exposition des agriculteurs, classant ces derniers en seulement deux catégories : «utilisateurs» et «non utilisateurs» ; ils indiquent en conséquence qu'il « est nécessaire de disposer de «données plus précises» sur cette question, avant de formuler des conclusions ».

En effet, plusieurs études ont montré avec certitude une augmentation des lymphomes non hodgkinien chez les agriculteurs (19% dans l’Agricultural Health Study (57000 agriculteurs, Iowa et Caroline du Nord entre 1993 et 1997). Elles ont abouti à un résultat : le lymphome non hodgkinien a été ajouté en juin 2015 à la liste des maladies professionnelles. L’implication de plusieurs pesticides a été clairement démontrée : lindane, insecticides carbamates, insecticides organo-phosphorés – ces derniers maintenant interdits en France et aux USA notamment. Prouver un effet propre du glyphosate suppose d’éliminer avec certitude l’exposition à ces molécules connues depuis longtemps comme toxiques…Pas facile dans des études rétrospectives…

Une certitude : il est temps enfin de suivre correctement l’état de santé des agriculteurs, et plus généralement, des salariés – et cela ne va pas dans le sens du démantèlement progressif de la médecine du travail sous les coups de boutoir continus des idéologues ultra-libéraux et des dernières décisions gouvernementales

Enfin le glyphosate serait impliqué dans l’explosion de maladies rénales chroniques observées dans les rizières, particulièrement au Sri Lanka vers 2015. Le nom donné à cette maladie (maladie rénale chronique d'étiologie incertaine, chronic kidney disease of uncertain etiology) montre le degré d’incertitude et jusqu’à présent rien ne permet d’y impliquer le glyphosate. La présence en forte concentration dans l’eau des rizières de métaux tels que le plomb, l'arsenic et surtout au cadmium fournissent des coupables potentiels bien plus convaincants, surtout que jusqu’à présent aucune étude n’a laissé entrevoir un lien entre glyphosate et pathologie rénale. Peut-être aurait-il pu jouer un rôle adjuvant en complexant ces métaux ?

En tout état de cause, cette maladie rénale chronique d'étiologie incertaine a été signalée à de multiples endroits au cours du siècle dernier, beaucoup de cas étant antérieurs à la découverte et à l'utilisation du glyphosate (1974).

Après l‘avoir interdit, le gouvernement Sri Lankais a réautorisé le glyphosate en 2019.

Les « pisseurs involontaires ». Du glyphosate dans les urines ?

Depuis la très contestable émission d’Elise Lucet sur le glyphosate, où un certain nombre de personnalités s’étaient fait tester pour la présence de glyphosate dans leurs urines et montraient leur affolement devant un résultat qui ne donnait ni valeurs, ni incertitudes,  (pauvre Julie Gayet, c’est honteux de la paniquer comme ça !), le mode des pisseurs involontaires de glyphosates s’est étendue et du glyphosate, on en trouve partout et chez tout le monde à des taux ahurissants !

Bah c’est quand même très très très très  étrange. Le glyphosate est un produit phosphaté très simple qui se dégrade rapidement en AMPA, un phosphate omniprésent dans la nature… et qui provient aussi des phosphates utilisés dans les lessives. Certains esprits critiques en ont conclu un peu rapidement que « les pisseurs de glyphosates étaient en fait des pisseurs de lessive ».

Oui, mais non. C’était peut-être le cas avec les tests plus anciens mesurant indifféremment  la présence de glyphosate et d’AMPA dans l’eau, et montrant une forte corrélation avec l’introduction de certaines lessives, mais les tests urinaires utilisent des anticorps anti glyphosate et ne sont pas sensibles à l’AMPA. Les sites de Counterchecking se sont fait une joie de le faire remarquer, traitant les douteurs de suppôts de Monsanto. Mais ce qu’ils n’ont pas dit, c’est que ces tests ont été validés pour mesurer le glyphosate dans l’eau, et pas dans l’urine, où des molécules phosphatées naturelles variées  sont présentes en quantité importantes et peuvent peut-être interférer avec le test.

C’est aussi étrange compte-tenu de la faible rémanence du glyphosate, qui ne fait vraiment un produit miraculeux : le glyphosate fut un des premiers herbicides permettant de semer directement après usage et sans effet sur la culture suivante ; l'effet désherbant apparaît uniquement en cas de pulvérisation sur les feuilles de la plante. La possibilité de planter vite juste après un désherbage efficace était une vraie rupture à l'époque de sa mise sur le marché.

Devant des résultats aussi étonnants, il convient certainement de mettre d’abord en cause le test. Lorsque dans un appareil d’optique vous voyez un ciel gris alors qu’en le regardant vous le voyez d’un bleu superbe, il faut peut-être revoir les réglages…

Les décisions judicaires : inadmissibles procès de sorcières

Le groupe de produits phytosanitaires Bayer-Monsanto a perdu mercredi son deuxième procès lié au Roundup aux Etats-Unis. La justice américaine a donné raison au retraité Edwin Hardeman, estimant que Monsanto avait mis sur le marché un produit présentant « un défaut de conception ». Le point sur les nombreuses procédures en cours ou à venir. En août dernier, un premier procès a conclu que les herbicides de Monsanto avaient causé le lymphome non hodgkinien du jardinier Dewayne Johnson et n’avait pas suffisamment averti des risques. Le groupe de produits phyto a été d’abord condamné à verser 289 millions de dollars, une peine réduite ensuite à 78 millions.
Au terme du procès Hardeman, la condamnation s’élève à près de 81 millions de dollars. « Le verdict rendu dans ce procès n’a aucune conséquence sur les futurs procès et affaires, étant donné que chaque procès repose sur des faits et des circonstances légales qui lui sont propres », a réagi jeudi le groupe dans un communiqué. Dans les deux cas, Bayer a fait appel de la décision.
Dans son dernier rapport annuel, Bayer disait faire face, au 28 janvier dernier, à des procédures lancées par « approximativement 11 200 plaignants » exposés à des produits Monsanto à base de glyphosate aux Etats-Unis. Le groupe s’attend à faire face à d’autres procédures.

Compte-tenu de ce qui précède, je crois que la conclusion s’impose. Qu’est-ce qui permet aux juges d’aller au-delà des préconisations des agences de régulation ? Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer la responsabilité du glyphosate dans les cancers des malheureux plaignants ? D’où tiennent-ils la compétence scientifique de trancher des débats à le place des experts ?
Oui ou non Monsanto s’est-il soumis aux législations en vigueur ? A-t-il (comme certains constructeurs automobiles…) triché sur ces tests ?
Non !
Disposait-il de données reconnues irréfutables pouvant impliquer le glyphosate dans des cancers ? Les a-t-il dissimilées ? Non !

La vérité est que Monsanto est victime d’un véritable procès de sorcières obscurantistes et rétrogrades qui lui reprochent moins le glyphosate (de nombreux pesticides dont la toxicité est bien prouvée ne suscitent pas autant de réactions…) que les cultures OGM (génétiquement modifiées)  résistantes au glyphosate, et d’avoir été un véritable précurseur dans un nouveau mode d’agriculture  qui risque fort d’être le seul à permettre de nourrir une population en augmentation. Et que certains juges, par ignorance, compassion ou lâcheté s’en sont fait les complices.

Aucune bonne justice ne peut être rendue contre les connaissances scientifiques, en l’état où elles sont. Que l’on y prenne garde ! Demain, le procès de sorcière contre Monsanto pourra s’étendre aux vaccins, aux médicaments, aux ondes électromagnétiques des linky par exemple….


mercredi 1 novembre 2017

Glyphosate _faux et vrai scandale

Disons-le tout de suite pour éviter de mauvaises surprises à certains lecteurs, mais le vrai scandale est celui qui mènerait, par idéologie rétrograde, ignorance ou bêtise à interdire le plus efficace et le moins toxique des désherbants… de l’ aveu même de Nicolas Hulot

La grave crise de crédibilité… des publications de la recherche universitaire et publique

En 2011, la firme pharmaceutique Bayer s’est posée quelques questions sur le taux d’échec de ses projets de chimie médicinale. Trois chercheurs ont été mobilisés à plein temps pendant un an pour examiner 67 projets de recherche dans le domaine de l’oncologie, de la gynécologie et des maladies cardiovasculaires qui ont échoué, et ils ont tenté de reproduire les expériences fondamentales décrites dans la littérature scientifique qui avait incité Bayer à se lancer dans ces projets. Résultats : seulement 21%  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; en d’autres termes, les deux tiers de ces expériences n’ont absolument pas pu être reproduites. Peu après, des chercheurs d’Amgen ont effectué le même type d’analyse sur 53 expériences ayant servi à lancer des recherches précliniques dans le domaine du cancer : seulement 11 ont pu être reproduites.
De sorte que les firmes pharmaceutiques pourraient à bon droit poursuivent un certain nombre d’Universités ou centres publics de recherche !
Il existe donc une véritable crise de reproductibilité et de confiance dans les publications issues du domaine public et l’on en connait les raisons : la pression du publish or perish , pour obtenir des crédits ou une bonne évaluation, les faibles chances de se faire prendre, la faiblesse des sanctions, l’affaiblissement du niveau général d’éthique face à la valorisation du profit rapide et immédiat. Il faudra vraiment s’y attaquer, « on ne se contentant pas d’épingler tel ou tel thèsard ou jeune chercheur, car la responsabilité est bien plus haute et systémique, qui consiste à mettre en place un management par objectifs basé sur des indices, qui ne peut être qu’une véritable incitation à la triche, avec une compétition de plus en plus acharnée dans la triche, intrinsèquement pervers, et dont la perversité intrinsèque s’apparente de très près aux fameux objectifs des ex gosplan de l’ex-URSS.
A l’inverse, les expériences décrites par les industriels du médicament, reprises dans les dossiers d’autorisation de mise sur le marché sont heureusement  beaucoup plus fiables et soumise à des critères statistiques de significabilité. Pour une raison simple : toute triche, même simple « oubli » de résultats défavorables peut leur coûter très cher, et cela s’est déjà produit.

Un cancérigène assez improbable sauf pour la communication du CIRC

Alors lorsqu’on m’explique que c’est un scandale que les études des scientifiques de  Monsanto sur le glyphosate  soient reprises dans le dossier d’évaluation de l’Agence Européenne, non, mille fois non, il n’y a rien là de scandaleux. Il suffit simplement de savoir si elles ont été menées selon les bonnes pratiques en viguier, et si elles sont pertinentes. Si oui, il est normal qu’elles soient reprises dans le dossier d’évaluation.
Un autre problème est de savoir si elles sont suffisantes. Et là, c’est le rôle des agences  d’évaluation, des pouvoirs publics, des experts de le dire, et de déterminer quelles études complémentaires sont éventuellement nécessaires.
Une agence de l’OMS, le CIRC, a classé le glyphosate en cancérogène probable. Probable, ce n’est pas avéré, et compte-tenu du fait que le glyphosate est utilisé depuis longtemps, le moins qu’on puisse dire est que sa toxicité est loin d’être établie. Mais il y a aussi ceci : le CIRC est particulièrement connu pour ses déclarations fracassantes  (la viande rouge comme probablement cancérogène). En bref, comme la NASA et beaucoup d’agences publiques avant chaque  renouvellement de leur budget, le CIRC annonce se doit de faire une annonce spectaculaire qui fera grand bruit.
En France, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), et malgré toute la pression médiatique, le moins qu’on pusse dire est qu’elle prende quand même ses distances avec le CIRC : « L'analyse a été menée pour tenter d'expliquer les conclusions divergentes du BfR et de l’EFSA avec celles du CIRC. Ces divergences s’expliquent en termes de critères de sélection des études retenues et de méthodologie d’établissement du niveau de preuve final… le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme est considéré comme relativement limité et ne permet pas de proposer un classement 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l'être humain) dans le cadre de l’application des critères du règlement(CE) n° 1272/2008 (CLP) ; au vu du niveau de preuve limité, la classification en catégorie 2 (substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, CLP) peut se discuter, sans que l’Agence ne puisse se prononcer en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études. » Par ailleurs, l’ANSES pointe un risque possible lié à la combinaison du glyphosate avec certains  co-formulants tels la tallowamine.

Le glyphosate. Pouquoi s’en passer ?

Poursuivons donc des études si elles apparaissent utiles, ou imposons-les à Monsanto ( dont le comportement mentionné par les Monsanto papers peut apparaître détestable ( mais Le Monde du 5 octobre qui leur consacre une double page se discrédite en tentant de réhabiliter le Pr Séralini).
Il y a eu peu d’écho à l’interview pourtant décapante de Nicolas Hulot dans Le Monde du 28 octobre « Il faut que l’on se fixe l’objectif de sortir du glyphosate durant ce quinquennat. Il n’y a pas d’alternatives chimiques, car il n’y a pas pour l’instant de molécules qui soit aussi efficace et moins toxique que le glyphosate. Les alternatives, ce sont le biocontrôle (en recourant à des organismes vivants) et le choix de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement »
M. Hulot, merci de cet aveu. Le glyphosate est l’instrument de contrôle des mauvaises herbes (les pestes !) le plus efficace et le moins toxique. Malgré toutes les études qui ont été menées, malgré une utilisation massive et s’étalant sur une longue période, rien n ‘a pu mettre en évidence sa toxicité, et même l’organisme le plus enclin à la publicité tapageuse ( le CIRC) n’a pu le ranger que dans la catégorie des « cancérogènes probables » ( et plutôt improbables pour l’instant). Tout remplacement par une substance existante serait un retour en arrière qui mettrait davantage en danger la santé des agriculteurs et des consommateurs et réduirait encore plus les cultivateurs à la misère ( eh oui, l’efficacité du glyphosate fait la différence entre une exploitation bénéficiaire ou en déficit.

Et c’est par idéologie, la plus rétrograde, la plus bête, la plus inapte scientifiquement), par la manipulation des peurs que certains voudraient imposer un retour en arrière sans précédent. Eh bien tiens ! C’est Mao qui avait raison ! pour tous les écolos qui veulent la fin du glyphosate, et ceux qui les suivent par bêtise ou ignorance, séjour obligatoire à la campagne à la campagne pour désherber à la main

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