Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est précarité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est précarité. Afficher tous les articles

dimanche 5 janvier 2020

Contribution à la Convention Citoyenne sur le Climat : Une transition énergétique juste doit d’abord s’appuyer sur une politique scientifiquement et technologiquement rationnelle- le rôle du nucléaire

Bon, avant que le délai n’expire, j’ai pensé utile d’apporter ma contribution à la Convention Citoyenne sur le Climat, comme le propose leur site- j’en trouve le principe vraiment intéressant tout en étant très réservé sur ses résultats. Me voilà donc vaillamment parti à rédiger un truc qui puisse tenir la route en 15000 signes…puis réalisant que ben, non, c‘était 1500. Elagage rapide pour laisser quand même un texte du coup très, très schématique…mais tout n’est pas perdu pour les lecteurs de ce blog. Ici la VO.

Alors qu’un réchauffement global de 1 degré est déjà effectif en 2019, la lutte contre le réchauffement climatique et les dégagements de gaz à effet de serre doit s’intensifier. Les enjeux du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources fossiles imposent à l’humanité une transition énergétique sans précédent, qui peut entrainer une déstabilisation radicale de nos sociétés et de nos civilisations. Elle exigera d’immenses efforts. Ceux-ci ne pourront être acceptables qu’à une condition préliminaire : Une transition énergétique juste dit d’abord s’appuyer sur une politique scientifiquement et technologiquement rationnelle.
Sur l’enjeu précis des modes de productions énergétiques, cela signifie forcément un recours accru au nucléaire – et non l’inverse

Le nucléaire est une énergie décarbonée – et la seule à permettre un combat efficace contre le dérèglement climatique : L’énergie électronucléaire n’émet quasiment pas de gaz à effet de serre (GES), cause du dérèglement climatique. Son bilan carbone sur l’ensemble du cycle de vie est en effet parmi les plus faibles des technologies bas carbone.
En France, il est même inférieur à celui du solaire mais aussi de l’éolien. Emissions de C02 correspondant à un kWh : nucléaire (12g au niveau mondial, 6g en France en raison du contenu carbone de l’électricité entrant dans les étapes industrielles du cycle) ; éolien (10g), solaire (32g), gaz (443g), fioul (778g) et charbon (1050g) (source GIEC et Ministère de la Transition écologique et solidaire 2019)

Le nucléaire est une  énergie pilotable- et la seule à permettre la sécurité d’approvisionnement  : l’énergie électronucléaire est une énergie « pilotable » et disponible à la demande ; sa disponibilité contribue hautement à la sécurité du système électrique et énergétique européen.

Ainsi,  le 10 octobre 2018 les dix principales associations de professionnels du secteur électrique, réunis à Berlin, ont tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué commun. Il anticipe, le cas échéant, la fin de la solidarité européenne si des pays comme l’Allemagne ne parviennent plus à assurer leurs propres pointes de consommation en raison du développement anarchique et irrationnel de l’éolien.
Et il y a aussi les pointes de production : les flux non planifiés et non planifiables  provoquent une l surcharge des transformateurs et le « danger bien réel » d’un effet en cascade en cas de déclenchement des dispositifs de protection. Belgique, France, Pologne, République tchèque, Suisse, Italie sont particulièrement menacés et doivent s’équiper de transformateurs spéciaux, qui diminuent les interconnections européennes et la sécurité quelles sont censées apporter.

Le nucléaire est une énergie abondante, et la seule à permettre la durabilité de nos civilisations : Le TRE (Taux de retour énergétique) est une donnée physique fondamentale  qui quantifie le rapport entre l’énergie effectivement apportée à la société et l’énergie investie pour récupérer cette énergie. 75 pour le nucléaire (réacteur à eau pressurisée), 30 pour le charbon, 4 à 16 pour l’éolien et 1,6 - 4 pour le photovoltaïque (PV). Pour ces 2 derniers, le chiffre le plus bas prend en compte le besoin de stockage associé à des sources intermittentes. On estime qu’un TRE de 7-12 est nécessaire pour soutenir notre société complexe qui est également peu rationnelle dans son utilisation de l’énergie.

Le nucléaire est une énergie géographiquement très concentrée, et  la seule qui permette de sauvegarder notre cadre de vie : La densité de puissance est une donnée physique fondamentale qui  quantifie la puissance produite (ou consommée) divisée par la surface requise pour l’infrastructure de production (ou consommation).  Elle est de l’ordre de 1000-4000 W/m2 pour le nucléaire, de 200-2000W/m² pour les centrales à gaz, de 1 à 10 W/m² pour le PV et autour de 1W/m² pour l’éolien ! En d’autres termes, pour subvenir aux besoins de Paris avec des panneaux solaires, il faut couvrir une surface entre 4,5 et 45 fois plus grande que celle de la ville elle-même ! Pour l’agglomération lyonnaise, une surface 7 fois plus grande que celle de la région doit être recouverte d’éoliennes pour fournir suffisamment d’énergie ! 



Le nucléaire est une énergie durable à la construction : Une étude du Department of Energy  donne 800 t/TWh de béton et 160 t/TWh d’acier pour le nucléaire, et 8000 t/TWh de béton et 1800 t/TWh d’acier pour l’éolien, soit un facteur 10 pour le béton et 11 pour l’acier, à l’avantage, très marqué, du nucléaire. Un ordre de grandeur calculé par Tristan Kamin pour l’EPR, centrale nucléaire optimisée du point de vue de la production et de la sécurité donne 8 fois moins de béton et 20 fois moins d’acier pour l’EPR que l’éolien.

Le nucléaire est une énergie sûre et très dépolluée : En plus d’être bas carbone, l’énergie électronucléaire présente divers avantages environnementaux établis comme la non émission de particules fines ainsi que de CO, de SOx ou de NOx. Le nucléaire évite ainsi les décès prématurés statistiquement provoqués par les émissions polluantes des combustibles fossiles (évalués annuellement  à 1,8 million dans le monde et 290 000 pour la France). Ainsi, l’abandon du nucléaire par l’Allemagne va causer plus de 1000 morts par an (remplacer le nucléaire par du charbon ou du gaz n’est ni bon pour le climat, ni bon pour la santé.

L'énergie électronucléaire, comparée aux autres sources de production d'électricité matures et commercialement viables, est l'une des technologies générant le moins de décès rapportés au kWh d’électricité produite. La mortalité due à l'électricité nucléaire est de 90 décès par billion (= mille milliards) de kWh, 100 000 pour le charbon (toujours par billion de KWH.), 36 000 pour le pétrole, 4.000 pour le gaz naturel, 1 400 pour l'hydroélectricité, 440 décès pour le solaire photovoltaïque 150 décès pour l'éolien.

Ces chiffres expertisés et validés (Kharecha et Hansen 2013, Environ Sci Technol; Gibon & al. 2017, Enviro. Res. Lett ; Barry W. Brook and Corey J. A. Bradshaw 2014,Conserv Biol; Prof A.Markandya,P. Wilkinson 2007, The Lancet) prennent en compte notamment l’ensemble des effets et situations accidentelles (Tchenobyl, mais aussi les immenses catastrophes hydroélectriques Morvi, Banquiao, Malpasset, bien oubliées), les morts dans les mines, les effets de la pollution etc.). Et, ce qui est scientifiquement pertinent, ils sont ramenés à la quantité d’énergie produite.



Le nucléaire est l’énergie la plus économique et la plus socialement juste– la seule à permettre la durabilité de nos sociétés.

Nucléaire historique :33-40€/MWh ,Photovoltaïque : 62-99€/MWh,Eolien : 60-65€/MWh ,Eolien marin : 200-220/MWh, EPR:+110€/MWh
Mais auxquels il faut ajouter les subventions publiques : Nucléaire : 25€/MWh , Eolien: 476 €/MWh, Photovoltaïque :+500 €/MWh.
L’absurdité économique de la politique énergétique française a été dénoncée par la Cour des Comptes dans son rapport sur le financement des énergies renouvelables de 2018.

Ainsi, l'État doit ainsi payer chaque année 2 milliards d'euros pour produire par le solaire... 0,7 % du mix électrique français !!!. Soit, d'ici à 2030, la bagatelle de 38,4 milliards d'euros, pour une goutte d'eau énergétique. (NB : Soit déjà 3 EPR tarifs Flamanville -et on peut faire beaucoup moins cher !).

Ainsi, les six parcs Eoliens off shore d'ores et déjà attribués au large des côtes françaises devraient coûter 2 milliards d'euros par an sur 20 ans, soit un montant total de 40,7 milliards, pour une part de 2% du mix énergétique (NB soit allez, encore 3 ou 4 EPR)

Ainsi, la CSPE (Contribution au service public de l'électricité) initialement créée pour lutter contre la précarité énergétique  coûtait en 2016 7 milliards, dont seulement 29 % allaient à la solidarité : tout le reste, ce sont des subventions à l'électricité d'origine renouvelable et à la cogénération. La CSPE n’aide plus la précarité électrique, elle subventionne grassement les nécessiteux producteurs d’ENR ! Il s’agit d’un véritable détournement de l’argent de la solidarité !

Le nucléaire permet de conserver prospérité économique et justice sociale.

L’industrie nucléaire européenne emploie actuellement plus d’un million de personnes dans l’UE (155000 directs et 100.000 induits en  France), y compris dans les pays non dotés de capacité de production nucléaire, et a un impact social majeur. Parmi les différentes technologies à faibles émissions de GES disponibles en Europe, le nucléaire crée le plus grand nombre d’emplois par GW de capacité installée (3 fois plus que l’éolien par exemple). Investir dans le nucléaire génère des emplois qualifiés et de la croissance économique en Europe, ainsi que des emplois indirects dans des territoires éloignés des grandes métropoles pour lesquels les emplois industriels sont rares. Contrairement à l’éolien et au solaire, le nucléaire a un potentiel important de croissance d’emplois industriels qualifiés et bien rémunérés en Europe et singulièrement en France.

Par ailleurs, le nucléaire est un atout considérable en matière d’indépendance énergétique, qui permet de s’affranchir de la dépendance stratégique des énergies fossiles. Cet atout, bien oublié depuis la crise pétrolière des années 70, redevient d’une extrême importance avec la raréfaction de l’énergie !

La nécessité du nucléaire est prouvée a contrario par la catastrophe de l’energiewende allemande.

Catastrophe écologique et climatique : Malgré les centaines de milliards déjà mis sur la table (depuis 2010 plus de 30 milliards par an et l’on prévoit une facture globale de plus de 500 milliards à l’horizon 2025 –pour partie constituée de subventions et crédits publics, pour le reste financé par les ménages et les entreprises sous forme de hausse de prix. Une étude chiffre même à plus de 3.000 milliards d’euros le coût final si l’Allemagne continue sur la même lancée), les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009. L’Allemagne s’est certes hérissée d’éoliennes, mais en  2018, le charbon (lignite et houille réunis) compte toujours pour près de 38% de la production allemande d’électricité. Avec son Energiewende tout renouvelable, l’Allemagne n’a en valeur absolue pas  baissé d’un pousse ses émissions de CO2 par habitant qui restent supérieures d’un tiers à celles de la France. Quant aux émissions de CO2 pour la production électrique, elles sont 8 à 10 fois supérieures à celles de la France !

Catastrophe économique : Les ménages allemands sont les Européens qui paient leur électricité le plus cher après le Danemark (qui suit la même politique) : 0,30 €/kWh au 1er semestre 2018 selon les dernières données d’Eurostat, soit 70% de plus qu’en France. L’industrie allemande du solaire s’est complètement effondrée, et les subventions européennes créent des emplois et de la recherche…en Chine. Afin la fin d’un régime de subvention très favorable, l’éolien prend le même chemin, avec des faillites d’entreprises allemandes en série.

Face à cette catastrophe, l’Allemagne retarde indéfiniment sa sortie du charbon. Remplacer le nucléaire par de l’éolien plus une puissance équivalente en charbon ou gaz pour en compenser l’intermittence est une catastrophe climatique, écologique, économique et sociale. (NB  Les dépenses déjà réalisées représente entre 60 et 70 EPR !).

Proposition : Une transition énergétique juste doit d’abord s’appuyer sur une politique scientifiquement et technologiquement rationnelle. La Conférence Citoyenne devrait, en l’état des techniques, affirmer le rôle essentiel du nucléaire dans la transition énergétique et marquer son opposition à la diminution du nucléaire dans le mix énergétique français prévu par la PPE. Aucun sacrifice demandé à l’ensemble de la population ne peut être juste ou acceptable s’il ne sert qu’à enrichir les profiteurs des ENR sans apporter de solution aux problèmes climatiques, écologiques, économiques et sociaux de la nécessaire transition énergétique.

La Convention Citoyenne pourrait proposer l’institution un  Conseil Scientifique de la Transition énergétique qui rédigerait un rapport public au moins tous les ans (NB sur le modèle du Haut conseil pour le climat, mais celui-ci ne prend pas suffisamment en compte l’ensemble des aspects économiques et sociaux de la transition- aurait-il évité la révolte des gilets jaunes ?)

jeudi 14 mars 2019

Assurance chômage : les cadres dans le collimateur macronien


Cynisme, mépris, manipulation pour un  échec provoqué

Décidément, il sera dit que la manipulation, le mépris, l’insulte et le plus bas cynisme seront la marque d’une présidence de moins en moins jupitérienne et de plus en plus ubuesque. L’échec des négociations paritaires syndicats de salariés- syndicat patronaux sur la réforme de l’assurance chômage était à peine acté que Macron triomphait : « On est dans un drôle de pays ! Chaque jour, dans le pays, on dit corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire. Et quand on donne la maoin, on dit «  mon bon monsieur, c’est trop dur reprenez-là. »

Quel cynisme ! Car en fait, c’est Macron qui a sciemment provoqué l’échec de ces négociations par une lettre de cadrage imposant 3 à 4 milliards d’euros d’économie en trois ans, que syndicats de salariés et syndicats patronaux jugeaient impossibles. Alors, le désaccord sur la pénalisation des contrats courts, chiffon rouge bien agité par Macron a exactement rempli son office : celui de mener droit à un échec prévu d’avance qui permettra au gouvernement d’imposer les réformes drastiques qu’il  souhaitait mettre en place.

Revenons un instant sur le diagnostic de cynisme et de manipulation, tellement évident qu’il est partagé par tous les syndicats. CGT : « Menteur, manipulateur « (simple et efficace : la CFE-CGC : « C’est en très grande partie la faute du gouvernement qui nous avait dressé un cadre dans lequel il était quasi-impossible de trouver un compromis » ; la très gentille CFDT : « La démocratie sociale a très souvent prouvé son efficacité et sa responsabilité lorsqu’elle n’est pas soumise à des lettres de cadrage impossibles, menant sciemment une négociation dans l’impasse ».
Et le Medef lui-même, qui fustige « la lâcheté de l’Etat qui fixe toutes les règles, mais veut aire endosser les décisions par les autres » 
Et c’est très exactement ce dont il s’agit ; en provoquant sciemment cet échec, Macon veut imposer une réforme ultra libérale, un véritable démantèlement de l’assurance-chomage, dont très démagogiquement, les cadres seront les premières victimes.

Les cadres et classes moyennes en ligne de mire.

Parmi les mesures que veut imposer le gouvernement, trois constituent d’ores et déjà une régression sans précédent des droits des assurés sociaux : le plafonnement des indemnités, leur dégressivité, la diminution de la durée d’indemnisation. Elles ciblent particulièrement las cadres; oui et non, tout le monde y perdra, pas de gagnants, mais ce seront sans doute les cadres qui y perdront le plus ; mais surtout c’est, comme il l’a fait de manière constante pour les lois travail, en attisant la division entre salariés, en dénonçant les pseudo privilèges de certains, ceux qui ont un peu plus (parce qu’ils cotisent plus que les autres),  ici des  cadres, que le gouvernement espère faire passer sa réforme.

Première cible, première démagogie : le plafond d’indemnisation maximal, ou le mythe du cadre au chômage qui se dore au soleil sur une plage tropicale. Seulement 900 personnes touchent l’allocation maximale (7 454 € brut par mois soit 6560€ net), cela représente 0,03 % des bénéficiaires en 2017 ! S’ils touchent beaucoup, c’est qu’ils ont beaucoup cotisé. En fait, 95 % des allocataires perçoivent une allocation de moins de 2 275 € brut par mois. Le taux de remplacement (3) pour une personne au SMIC est en moyenne de 79 % contre 64 % pour un salarié qui gagnait environ 3 000 euros net par mois (2016).

Deuxième cible, deuxième démagogie : les allocations dégressives, ou le mythe du chômeur, cadre ou pas, qui tient à profiter de son généreux chômage au maximum avant de ne rechercher un emploi que le dernier mois, juste avant la fin de son indemnisation. C’est quand même un pari singulièrement risqué, surtout pour des postes à responsabilité qui ne se trouvent pas en traversant la rue ! Et surtout, les expériences étrangères ont amplement démontré qu’elles n’avaient qu’un effet minime sur la durée du chômage (vous savez, oh macronistes bas de plafond, le facteur ultra prédominant dans la durée du chômage, surtout chez les cadres, c’est le nombre d’emplois disponibles !). En période de chômage élevé, elles ont même un effet pervers spécifique aux cadres, celui d’encourager à prendre un emploi sous-diplômé et peu satisfaisant…au détriment d’un chômeur moins qualifié qui, du coup, aura encore plus de difficulté à trouver un emploi…

Troisième cible, troisième démagogie, les durées d’indemnisation rallongées (2 ans et demi (30 mois) à partir de 53 ans, 3 ans (36 mois) à partir de 55 ans, ou le mythe du chômeur volontaire se faisant financer de bonnes années de retraite par l’assurance chômage. Les cadres sont là encore particulièrement visés, commençant plus tardivement leurs carrières, ils doivent travailler plus longtemps et, de plus en plus souvent, ne touchent pas de retraites complètes. Argument du gouvernement : le chômage des cadres est si faible qu’un cadre qui ne trouve pas un poste en deux ans, c’est qu’il y met de la mauvaise volonté. Ben voyons, oh macronistes bas de plafond (bis, parce que vraiment vous m’énervez), c’est facile pour un cadre de 55, 60 ans (mettons tiens un chercheur spécialiste d’un domaine pointu licencié lors de la reprise de sa start-up qui a trop bien réussie par un groupe étranger- le truc qui n’arrive jamais). Sans parler d’un cadre de 63, 64 ans qui doit travailler jusqu’à 67 ans pour toucher une retraite complète !

Les cadres dans le viseur du gouvernement à propos de l’assurance chômage, c’est d’autant plus injuste qu’ils sont contributeurs nets, et pas de peu. Ainsi,  le taux de chômage des cadres était de 3,3 % en 2017 ; ils ne représentaient que 7 % des allocataires indemnisés en 2016. En 2015, les cotisations des cadres apportent 42 % des cotisations chômage (33,4 milliards en tout) soit 14,1 milliards et perçoivent 15 % des allocations c’est-à-dire 4,7 milliards. Ce qui veut dire qu’il y a environ 10 milliards des contributions des cadres qui financent la solidarité.

Ce qu’ils veulent : la fin de l’assurance chômage

Nous avons donc un système assurantiel, et en même temps, solidaire. De l’assurance, les cadres attendent ceci, clairement mis en avant par F. Hommeril, leader de la CFE-CGC : « Mon combat est simple, ma vision de la justice: Qu’un cadre, licencié à 50 ans, ne soit pas obligé de vendre sa maison pour continuer à payer les études de ses enfants. Et ce alors qu’il aura cotisé toute sa carrière pour s’assurer contre ce risque. » Et cette remarque d’un de ses membres : « j’ai cotisé des années à une assurance et aujourd’hui à 50 ans , licencié je comptais ( faute de ne pas retrouver de travail) comme bcp de cadres me « lancer «,  mais comment assumer le début d’une activité si l’on nous ampute des allocations (taxées à l’impôt sur le revenu d’ailleurs) ? »

François Hommeril, lors de son entrevue avec la ministre du travail, après l’échec programmé des négociations paritaires : « Dans un système assuranciel comme l’assurance chômage, il y a une logique de répartition entre les niveaux de cotisations et d'allocations. Rompre ce principe serait scandaleux et inefficace … Aujourd’hui, 42 % des ressources du régime sont assurées par des cotisations sur les salaires des cadres qui ne reçoivent que 15 % des allocations. C’est grâce aux cadres et à leurs 10 milliards d’euros de contributions nettes que l’on peut verser des allocations aux personnes éloignées de l’emploi et préserver un haut niveau de solidarité inter-catégorielle auquel nous sommes attachés. »

En effet, c’est comme cela que cela fonctionne, et plutôt pas trop mal. Si les cadres cotisent à une assurance, la moindre des choses, c’est le jour où l’on en a besoin d’avoir une couverture en rapport avec la dite cotisation. Mais à travers les cadres, la volonté du gouvernement est claire : supprimer l’assurance chômage pour la remplacer par un filet minimal de solidarité, comme en Angleterre. Ceux qui voudront réellement s’assurer devront le faire avec des assurances privées ; et pas de doute, c’est un marché qui intéresse beaucoup les assureurs. A ce nouveau régime, comme le montrent les chiffres, tout le monde y perdra, et les cadres, et les autres, et la société française sera encore plus fracturée !

Ceci encore : rappelons que la Cour des comptes évalue à 1,031 milliard d'euros l'indemnisation des salariés du spectacle et de l'audiovisuel. Autrement dit, le système d’assurance chômage sert à subventionner massivement la brillante politique culturelle. C’est peut-être à cela qu’il faut mettre fin, mais là, il y faudrait un vrai courage politique.

La CFE-CGC s’annonce fortement mobilisée : « La CFE-CGC assumera ses responsabilités et répondra présente en cas de concertation organisée par le gouvernement. Elle sera particulièrement vigilante et veillera à ce que la population qu’elle représente ne soit pas une variable d’ajustement pour trouver des ressources supplémentaires en baissant ses droits. Ce sont en effet les cadres et les membres de l’encadrement qui financent l’équilibre du régime d’assurance-chômage… A ce sujet, la CFE-CGC réitère par ailleurs que la piste un temps évoquée par le gouvernement d’une dégressivité des allocations chômage pour les cadres constitue une ligne rouge absolue, rappelant que ce sont bien les cotisations assises sur les salaires des cadres et de l’encadrement qui permettent de verser des allocations à ceux qui n'ont pas de travail. Et donc de préserver un haut niveau de solidarité intercatégorielle »

La suite (le mois de mai ?) sera-t-il chaud, chaud, chaud, et pas simplement à cause du réchauffement climatique ? Les macroniens seraient peut-être bien avisés de ne pas trop se mettre à dos un électorat qu’ils pensent captif et qui jusqu’à présent a voté massivement pour eux.

Car, c’est une loi : l’écrasement  des classes moyennes provoque des monstres politiques !
Cadres et gilets jaunes, même combat ?


Résultat de recherche d'images pour "assurance chomage CFE CGC"

vendredi 9 février 2018

Transition énergétique-PPE : la trajectoire du fou

La loi de transition énergétique, déjà idiote, scandaleuse, a été encore aggravée par les déclarations récentes du ministre Hulot précisant la PPE (Programmations pluriannuelles de l’énergie), envisageant la mise à l’arrêt de 17 tranches de 900 MW d’ici 2025, ce qui conduirait à effacer environ 16 GW de puissance nucléaire. C’est véritablement suicidaire pour plusieurs raisons : la sécurité d’approvisionnement, l’effet sur le réchauffement climatique,  l’effet sur le prix de l’énergie pour les consommateurs et la compétitivité de la France, l‘effet sur l’emploi.

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur la sécurité d’alimentation-hiver comme été

Compte tenu de l’incapacité de l’électricité intermittente à fournir une puissance garantie lors de ces périodes critiques, l’arrêt de 16 GW de nucléaire serait d’autant plus problématique que l’attrition du parc thermique à combustibles fossiles fera perdre 8 GW d’ici 2022 par rapport à la situation des derniers hivers (5 GW de centrales au fioul, dont il ne reste que 0,7 GW jusqu’en avril 2018, puis 3 GW de centrales au charbon d’ici 2022).

Il faudrait donc construire en urgence 20 GW de moyens de secours au gaz pour éviter de mettre une partie de la France dans le noir 3 à 4 fois par hiver, perspective à l’évidence totalement inacceptable. C’est un sujet majeur : fermer inconsidérément des capacités nucléaires dans les années à venir ferait courir des risques extrêmement importants à la sécurité d’alimentation du pays.
Et il n’ y a pas que l’hiver ! En fait, en été aussi, mais pour des raisons différentes   : les risques d’instabilité instantanée du réseau lors des périodes de très faible consommation d’été.  Les réseaux sont d’autant plus sensibles aux déséquilibres introduits par l’électricité intermittente (éolienne et photovoltaïque) que la consommation est faible, la cause profonde étant une réduction de l’inertie mécanique des machines qui y sont raccordées. Cette étude montre notamment que les réseaux deviennent instables dans ces circonstances dès que le taux de pénétration instantané d’électricité intermittente atteint environ 25 %.
Pour la stabilité du réseau, nous avons besoin de moyens pilotables, de préférence  pas (ou peu) émetteurs de CO2. L’hydraulique y participe, mais  La seule autre énergie pilotable non émettrice ET non limitée en puissance est le nucléaire.

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur nos engagements climatiques : carbone en hausse

Grâce à la combinaison de nucléaire (77 % du mix en énergie) + d’hydraulique (12 % du mix, les autres énergies renouvelables comptant pour environ 6 %), les émissions de CO2 du secteur électrique français sont très faibles en année normale (21 Mt pour la moyenne 2014 - 2015, ce qui qualifie la France comme le grand pays développé le moins émetteur par MWh produit). C’ est un énorme avantage pour nous ; du point de vue climatique nous sommes exemplaires.
Le remplacement de  17 tranches de 900 MW nucléaire par du gaz augmentera considérablement notre bilan carbone- sur le modèle de l’ « Energiewende »  allemand, avec son arrêt criminel du nucléaire.

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur le prix de l’électricité. Pharamineux !

 Il faudrait donc construire en urgence 20 GW. Des investissements supplémentaires extrêmement lourds (de 52 à 63 Mds € selon les options de la PPE) devraient être consentis
En dépit de leur importance, ces investissements ne permettraient pas de retrouver la production de 16 GW de nucléaire : il y manquerait entre 9 et 12 % (selon option PPE) de production annuelle. Ce qui mettrait fin aux exportations annuelles nettes d’électricité (10 % de la production annuelle environ). D’où une perte de rentrées pour le commerce extérieur de l’ordre de 1 à 1,5 Md €/an. Mais nous avons un commerce extérieur tellement florissant que l’on peut s’en passer…
 Si l’on y ajoute l’importation des parties « nobles » des éoliennes terrestres et du photovoltaïque, toutes construites à l’étranger par absence de base industrielle nationale, et les importations supplémentaires de gaz pour alimenter les moyens d’appoint/secours, le déséquilibre global de la balance commerciale du pays serait aggravé d’environ 5 Mds €/an.
Les investissements très importants cités ci-dessus se traduiraient par une production d’électricité très chère, dépassant les 100 €/MWh (coûts d’appoint/secours inclus) à comparer aux 33 €/MWh du nucléaire prolongé.

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur le prix payé par le consommateur

Les consommateurs d’électricité subventionnent déjà massivement les énergies intermittentes au titre des engagements déjà pris à ce jour, pour un montant total qui devrait dépasser 100 Mds €. La mise en œuvre de la PPE renouvelables 2018-2023 (prolongée jusqu’en 2025) rajouterait à ce montant entre 36 et 62 Mds € environ, portant le total entre près de 140 et plus de 160 Mds €, en ordre de grandeur. Ce qui apparait comme très difficilement soutenable à la fois pour les consommateurs domestiques et professionnels et la compétitivité du pays. Dans ce contexte, les pouvoirs publics ne pourront plus continuer à cacher cette réalité aux consommateurs et devront les informer clairement de ce qui les attend si on va jusqu’au bout des prévisions de la PPE actuelle
Ces chiffres sont validés par  la situation allemande et la véritable catastrophe qu’elle a provoqué.  Les taxes sur les renouvelables payées par les consommateurs allemands au titre de la loi EEG ont atteint 125 Mds € pour la période 2000-2015 et devraient encore augmenter de 283 Mds € entre 2016 et 2025 ! Pour atteindre plus de… 400 Mds €, à rapporter à une puissance installée en éolien et photovoltaïque d’environ 95 GW en 2017. C’est l’une des électricités les plus chères au monde.

Résultat les consommateurs allemands payent leur électricité deux fois plus cher que les français, et c’est cette voie qui nous attend avec l’arrêt de 17 tranches.  Ca, c’est lutter contre la précarité énergétique !

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires ; en plus il va falloir indemniser

Suite à la publication de la loi LTECV, le Conseil constitutionnel a confirmé sans ambiguïté la légitimité du gouvernement à décider de l’arrêt prématuré d’un ou plusieurs réacteurs nucléaires. Mais a rappelé que tout arrêt non motivé par une raison de sûreté, par décision de l’exploitant et/ou à la demande de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), ou encore par une décision de l’exploitant pour des raisons de rentabilité, devait donner lieu à indemnisation.
En résumé : toutes ces indemnisations seraient à la charge des contribuables… D’abord ceux des générations actuelles pour l’indemnisation à court terme, ensuite ceux des générations futures pour les indemnisations différées, entre 2041 et 2050 environ… Les pouvoirs publics devront là encore expliquer aux contribuables français, qui possèdent de facto près de 85 % des centrales concernées, que l’on va en arrêter le quart en leur demandant de payer pour cela près de 5 Mds € immédiatement et mettre à la charge de leurs enfants ou petits enfants des sommes indéterminées qui pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les années 2040 ! Cet arrêt prématuré d’installations en parfait état de marche ayant par ailleurs comme conséquence d’augmenter fortement leurs factures d’électricité… L’incompréhension risque d’être massive, d’autant plus que cela augmenterait la dette du pays à long terme de montants inconnus mais potentiellement très élevés.

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur l’emploi

Des études approfondies ont montré que l’arrêt prématuré de la centrale de Fessenheim détruirait 2 200 emplois locaux, directs, indirects et induits. Si l’on extrapole là encore ces données à l’arrêt prématuré de 16 GW, ce sont près de 18 000 emplois locaux pérennes (directs, indirects et induits) qui seraient ainsi supprimées, dont plus des 2/3 à haute qualification et haute contribution économique.

Les filières éolien et photovoltaïque sont caractérisées par une absence de base industrielle en France pour la fabrication des composants principaux, qui sont importés en totalité. Il en résulte que les emplois créés le sont majoritairement dans le développement amont, les montages sur site et l’exploitation-maintenance, qui n’ont ni la qualification ni l’étendue d’emplois de développement et production de composants principaux sophistiqués. De plus, les montages sur site étant très rapides dans ces deux filières, les emplois associés sont nombreux mais éphémères : ils sont détruits dès que les investissements d’une année baissent. Quant aux emplois d’exploitation-maintenance, ils sont peu nombreux eu égard à la relative simplicité technologique des installations.  Sur la base des statistiques d’emploi publiées notamment par l’ADEME, ils peuvent être estimés en moyenne à 0,25 emploi (direct et indirect) par MW exploité. Ce qui, pour 50 à 58 GW de mix éolien + photovoltaïque, conduirait à la création d’environ 12 500 à 14 500 emplois pérennes. Qui sont donc à mettre en regard des 18 000 emplois pérennes détruits dans le nucléaire en exploitation-maintenance. 

Le bilan est donc clairement négatif au détriment des énergies intermittentes renouvelables et ne serait partiellement rééquilibré que très transitoirement par les emplois éphémères créés lors des activités de montages sur site, très brefs.

 En résumé : supprimer 16 GW de nucléaire détruirait de très nombreux emplois pérennes de très haute qualification, mais aussi des emplois locaux induits par les retombées économiques. Les filières éoliennes et photovoltaïques de remplacement créeraient numériquement moins d’emplois, surtout moins pérennes et moins qualifiés.

Cette loi de transition énergétique et cette PPE Programmations pluriannuelles de l’énergie) sont une pure folie, une trajectoire du fou.  C’est dangereux pour la sécurité d’approvisionnement, c’est néfaste pour le climat et revient à renier nos engagements en ce domaine, c’est aggraver la précarité énergétique, dégrader la compétitivité de la France et renoncer à l’un de nos rares avantages, c’est destructeur pour l’emploi.

Et merde , chaque centrale nucléaire en état de marche que vous fermez, c’est le patrimoine des Français que vous dilapidez, ce sont mes impôts, et tout cela pour me faire payer l’électricité deux fois plus cher et  renier nos engaments contre le réchauffement climatique !    

  

mercredi 18 octobre 2017

Les ordonnances scélérates : le CPE pour tous

Remarquable article sur le site de Marianne : avec ses ordonnances travail, Macron a réussi à nous refourguer… le CPE jeune  pour tous, jeunes et moins jeunes… Par Thomas Vampouille, Marianne, 29/09/2017 

Deux ans d'un CDI particulièrement précaire… comme le CPE Villepin

Deux ans, donc, Deux ans durant lesquels le salarié qui signe désormais un CDI saura que son employeur peut le virer du jour au lendemain et, en cas de condamnation pour licenciement abusif aux prud'hommes, sans devoir lui verser plus de deux mois de salaire en dommages et intérêts. Ce n'est qu'après ces deux ans que le plancher passe à trois mois de salaire, les plafonds augmentant progressivement. Les ordonnances prévoient donc bien deux années à part, deux ans d'un CDI particulièrement précaire, qui résonnent dans l'histoire sociale récente du pays : c'était la durée du fameux CPE.
Souvenez-vous, en 2006, ce fameux Contrat première embauche que le Premier ministre de droite de l'époque, Dominique de Villepin, avait tenté de mettre en place. L'idée était celle-ci : le salarié qui signerait ce CDI d'un nouveau genre se verrait, après sa période d'essai classique de trois mois, plongé dans une période dite "de consolidation" qui devait durer… deux ans. Dans ce délai, si son employeur le virait sans motif, le salarié bénéficiait d'une indemnité de rupture de 8% (du montant total de sa rémunération brute due pour la durée du contrat).
Concrètement, voici ce que cela signifiait : 8% de la rémunération brute sur 24 mois, pour un salarié payé au Smic d'aujourd'hui, cela représenterait 2.842 euros. Si le CPE était en vigueur, un salarié smicard qui l'aurait signé et qui serait viré après 18 mois dans l'entreprise toucherait donc ces 2.842 euros d'indemnités. Mais la rue ayant fait reculer Dominique de Villepin, le CPE a été enterré.

Un licenciement abusif coûte le même prix qu'une rupture de CPE

Qu'en est-il depuis le 24 septembre ? Eh bien l'employeur peut de nouveau prévoir de virer un salarié sans raison puisque, grâce au plafonnement des indemnités prud'homales, il sait désormais exactement quelle somme provisionner si le salarié se retourne contre lui. Et en-dessous de deux ans d'ancienneté, les conditions sont particulièrement favorables. Devinez par exemple combien cela représenterait pour notre smicard viré au bout de 18 mois ? 2.960 euros. Maximum. Soit presque exactement ce que prévoyait l'indemnité du CPE. Et encore, dans le nouveau système, faut-il que l'employé ait la ressource d'attaquer son employeur devant les prud'hommes, que ceux-ci lui donnent raison, et qu'ils lui accordent l'indemnité maximum ! Autant dire que tout le monde ne sera pas concerné… Avec le CPE, au moins, la somme était assurée au salarié, sans démarche judiciaire.
Alors, bien sûr, avant d'aller éventuellement aux prud'hommes, le salarié d'aujourd'hui touchera une indemnité légale de licenciement. C'est celle-là que le gouvernement a augmentée de 25% (dans la limite des 10 premières années d'ancienneté) pour faire passer la pilule de ses ordonnances. Elle se monte désormais à 25% de mois de salaire par année d’ancienneté et se déclenche au bout de 8 mois d'ancienneté. Concrètement, donc, notre smicard viré après 18 mois dans l'entreprise touchera 370 euros.
Mieux que le CPE, qui ne donnait pas droit à cette indemnité de licenciement ? Même pas, puisque celui-ci prévoyait en revanche une allocation forfaitaire de 490 euros par mois pendant deux mois. Soit 980 euros. Finalement, le salarié d'aujourd'hui viré comme un malpropre touchera de facto moins que s'il avait signé un CPE. Ce n'est que s'il se retourne vers les prud'hommes qu'il pourra espérer toucher autant, dans le meilleur des cas.

Les ordonnances Macron pire que le CPE Villepin : pas de malus

Vous l'aurez compris, le calcul est surtout gagnant pour l'employeur. Car un dernier détail différencie les deux systèmes. Quand Dominique de Villepin a mis le CPE sur la table, son gouvernement a tout de même reconnu qu'il s'agissait d'une précarisation du salarié en prévoyant que l'employeur qui l'utiliserait verserait aussi 2% du salaire brut aux Assedic. Soit, pour un smicard, 710 euros sur deux ans. Alors que dans le système actuel, le CDI reste classique et n'impose pas ce versement supplémentaire. Les 370 euros d'indemnité légale de licenciement versés à notre smicard coûtent donc deux fois moins cher à l'employeur que les Assedic du CPE. Dans le même temps, il aura provisionné une somme équivalente en vue du licenciement sauf que cette fois, il n'est même pas sûr d'avoir à la payer si le salarié se décourage avant d'aller aux prud'hommes.


Finalement, l'argument qui avait mobilisé en 2006, à savoir que "le CPE équivaut à une période d'essai de deux ans", vaut aujourd'hui pour les ordonnances Travail. En pire, même, puisque cette fois le dispositif ne concerne pas seulement les moins de 26 ans (comme c'était le cas du CPE) mais tous les nouveaux CDI signés ! On en connaît qui seraient descendus pour moins que ça dans la rue. Le CPE a en effet été la première mobilisation de nombreux jeunes socialistes aujourd'hui trentenaires… Au nombre desquels figurait, comme l'a rappelé un article du JDD début juillet, un certain Stéphane Séjourné, qui organisait les assemblées générales anti-CPE à la fac de Poitiers. C'est là qu'il a rencontré un certain Sacha Houlié, alors lycéen, qui se vante encore aujourd'hui d'avoir été "à la pointe du mouvement contre le CPE". Lequel était le colocataire du président de l'Unef Pierre Person, qui a connu son premier engagement politique à 16 ans… dans les manifestations contre le CPE. Dix ans plus tard, deux sont députés La République en marche, Séjourné est conseiller d'Emmanuel Macron à l'Elysée, et tous s'apprêtent donc, lors du vote de ratification des ordonnances à l'Assemblée, à donner valeur de loi à un CPE pour tous.


mercredi 7 juin 2017

Deux autres fausses idées sur le « marché du travail « et la dérégulation (2)

La dérégulation du travail a été un succès en Espagne et en Italie  Fake !


Les partisans de la loi Macron n’hésitent pas à faire référence à l’Espagne qui, « ayant adopté une loi similaire en 2012 (...) a connu un surcroît de 300 000 embauches en CDI dès l'année suivante ». Ce chiffre est une invention : selon Eurostat, 178 600 emploi ont étdétruits en Espagne au cours de l’année 2013 ; 77 600 emplois précaires (CDDet intérim) ont été créés, tandis que 256 200 CDI disparaissaient. Les courbes Eurostat pour l’Espagne et pour l’Italie sont quand même particulièrement nettes et sans discussion : la dérégulation du travail a entrainé une augmentation de l’emploi précaire et, loin de l’amélioration proclamée,  la situation est toujours dégradée.


Là où le fake devient un mensonge odieux, c’est lorsque les économistes libéraux expliquent que le chômage a reculé en Espagne, passant de 26,1 % à 20,4 % en 2015.
Mais il était de 11,3 % en 2008 ! La situation est toujours bien dégradée
Mais c’est encore pire. La baisse relative du chômage en Espagne est liée à deux phénomènes massifs : 1)  la population active a baissé de 435 000 personnes, qui ont renoncé à chercher un emploi ; 2) une émigration tout aussi massive : entre 2010 et la mi-2015, le solde migratoire net est de 577 000 personnes.


Non, la dérégulation du travail n’a été un succès ni en Espagne, ni en Italie. Matteo Renzi , le premier ministre blackboulé se vantait : « En Italie, je le dis aux jeunes Français, les choses ont fonctionné : 764 000 contrats signés en CDI », Faux, comme en témoigne la courbe Eurostat ci(jointe- finalement, c’est la France et son « emploi rigide qui s’en est mieux sortie !


NB : ces derniers graphiques et arguments sont tirés de l’excellent blog  de Michel Husson –Hussonet) (http://hussonet.free.fr/euroflx.pdf)

Le code du travail français fait plus de 3000 pages, le code du travail suisse 60 ! Faux, archi-faux


Cet argument a été largement diffusé par Pierre Gattaz et abondamment repris sans contrôle.  Or, le code du travail français est en fait un ouvrage annoté comprenant une très grande partie de jurisprudence. L’ouvrage de 60 pages n’est en fait que la loi suisse sur le travail. Si l’on veut la comparer au code français, il faut y ajouter l’équivalent. Par exemple, pour commenter les quatre dernières ordonnances fédérales sur l’emploi, le Secrétaire d’Etat à l’Economie a publié deux recueils, l’un de 384 pages, l’autre de 296 pages ! Le Commentaire du contrat de travail signé par 22 juristes, l’année dernière occupe 1300 pages ! A cela s’ajoute des réglementations propres à chaque canton !! ( Marianne, 26 mai 2017)


mercredi 2 mai 2012

Recherche Publique : Bilan, Perspectives, Idées

Recherche Publique : Bilan, Perspectives, Idées


Autonomie des Universités : une bonne idée sabotée

Donner plus de liberté et de responsabilité aux Universitaires dans la gestion et les orientations de leur université, permettre à chaque Université de mieux s’insérer dans le tissu économique de sa région était une réforme qui n’aurait pu être utile si elle n’avait pas été sabotée par un manque de concertation et de transfert de moyens. Ainsi, huit universités, dont l’une des plus importantes dans la recherche scientifique, l’Université Pierre et Marie Curie ont été placées sous tutelle budgétaire rectorale. Les financements de l’Etat et de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) ne paient pas les dépenses de personnel non chercheur et de fonctionnement des laboratoires, qui en viennent à consommer toutes les ressources financières.
L’ « autonomie » des Universités ainsi réalisée les place en fait, en matière de recherche, en situation de pénurie et de dépendance totale vis-à-vis de l’ANR ou de contrats privés.
Dans ces conditions, fusionner le corps des directeurs de recherche du CNRS et celui des professeurs d’Université, comme le proposent l’UMP et Terra Nova, est un piège grossier qui vise à faire prendre en charge par des organismes de recherche, déjà bien dépourvus, le financement du personnel universitaire, version même pas très sophistiquée du déshabiller Pierre pour habiller Paul.
Oui, donner d’avantage d’autonomie aux Universités est une bonne idée, une idée nécessaire, mais une idée sabotée qui reste à réaliser.

Autonomie de la recherche : débureaucratiser !

En matière de recherche, le gouvernement sortant a fait exactement le contraire de l’autonomie. Il a combattu constamment, avec persévérance et  violemment ce qui était à la fois une tradition et une force réelle, l’indépendance des grands organismes de recherche et de la recherche universitaire envers les ministères et le pouvoir politique. Le bras armé de cette politique a été l’Agence Nationale de la Recherche devenu un monstre bureaucratique « gérant » 9000 projets ; les chercheurs passent un temps considérable à chercher des… financements, à remplir d’innombrables dossiers dont beaucoup seront rejetés par des examinateurs moins compétents qu’eux. C’est un gaspillage incroyable de temps et d’énergie, bien moins efficace que l’ancien système qui donnait aux Universités et aux organismes de recherche la responsabilité de leur budget, sans compter que les chercheurs ont été transformés en mendiants perpétuels.
Il faut redonner la responsabilité de leur budget aux chercheurs et l’ANR jouera un rôle utile en se consacrant à faciliter et financer les collaborations entre instituts sur les grandes thématiques jugées prioritaires par le gouvernement par exemple Alzheimer, nanotechnologies, énergies nouvelles, toxicité environnementale – cette dernière bien négligée par l’actuel gouvernement…)
De même pour l’Aeres et la folie de l’évaluation que ce gouvernement a imposé. L’Aeres, autre « monstre bureaucratique qui se mêle de tout », selon l’ancien président de son comité des experts, le mathématicien espagnol Francisco Marcellan, qui  n‘apporte rien à la recherche et doublonne les évaluations menées par les recherches et les Universités. C’est une bonne idée que d’appeler des experts étrangers à donner leur opinion sur la recherche française, mais encore faudrait-il les écouter. L’Aeres ne doit pas se mêler de l’évolution des chercheurs et des laboratoires faites par les Universités et les Organismes de recherche, simplement valider leurs procédures internes propose Marcellan. En revanche, elle peut jouer un rôle utile en tant qu’instance de réflexion et de conseil sur l’organisation générale de la recherche, sur la politique de recherche et ses orientations, notamment grâce à des experts étrangers régulièrement renouvelés.

Carrière des chercheurs : mettre fin à la montée de la précarité !

Il a fallu qu’une étude syndicale estime entre 45000 et 50000 le nombre d’emplois précaires dans l’enseignement supérieur et la recherche pour que le ministère publie enfin une estimation : 37.000, soit un salarié sur 5 sont des précaires ! Cette explosion de la précarité est principalement due à la montée en puissance des financements ANR sur contrat à durée déterminés, au détriment du recrutement et du financement des grands instituts de recherche ( CNRS, INSERM, CEA…) . Ajoutons à cela la situation scandaleuse des thésards condamnés à enchaîner post doc sur post doc, dans des conditions quasi esclavagistes.
Au fait où en est la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives du privé et les grilles salariales du public ? Au point mort, et depuis des années !  C’est une justice élémentaire envers ces étudiants qui ont consenti des efforts particuliers, c’est en plus  un préalable essentiel à la société de l’innovation et de la connaissance, permettant d’irriguer toutes les fonctions de l’entreprise et de l’Etat de personnels formés à la recherche !
Cette précarité insupportable menace la qualité de la recherche par la course à la publications frénétiques de travaux peu aboutis et peu novateurs, par la multiplications de recherches sans risques. Plus grave encore, elle menace l’avenir. Comment s’étonner que les élèves des Ecoles d’Ingénieurs, que les meilleurs étudiants ne soient plus attirés par la recherche ?  Comment accepter des situations temporaires, précaires, exigeantes,  mal payées, un quasi-esclavage au service de mandarins – et ceci jusqu’à 30-35 ans ?
Pendant ce temps, l’Inde et la Chine font revenir massivement leurs post-doc en leur offrant des postes permanents, des laboratoires bien équipés, des rémunérations conséquentes. On parie sur l’avenir ?