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vendredi 25 janvier 2019

Pacta sunt servanda (1) Le traité d’Aix la Chapelle


Pourquoi Pacta sunt servanda ? Parce que ça fait deux fois en moins d’un mois qu’on nous fait le coup, avec le Traité franco-allemand d’Aix la Chapelle, objet de ce blog,  et avec le traité de Marrakech sur les migrations- tiens, un sujet pour un autre blog. Quel coup ? Et bien celui-ci : C’est un traité que nous signons, bon d’accord, il n’a pas été vraiment discuté, ni au Parlement, ni devant l’opinion publique, mais c’est pas bien grave, c’est un traité pour rien, un traité qui ne change rien, un traité qui n’engage à rien ! Vraiment ? Pacta sunt servanda, c’est l’ adage universel des relations internationales, les traités doivent être respectés. Alors, il est peut-être bon d’aller un peu voir ce qui se cache derrière – et rappeler qu’en tout état de cause, il est inadmissible de signer ainsi des traités engageant le pays en catimini- même Jupiter n’avait pas ce pouvoir !
Et il y a quand même des points assez inquiétants…
La défense européenne et l’armement nucléaire français… sous autorité de l’Otan.
« La «coopération» en matière de défense et le renforcement «de la capacité d'action autonome de l'Europe» sont cités comme objectif des relations franco-allemandes. Pour y parvenir, les deux pays réaffirment, dans le prolongement des accords de l'Alliance atlantique et du traité de l'Union européenne, leur clause d'assistance réciproque «par tous les moyens, y compris la force armée, en cas d'agression armée contre leurs territoires». Les deux pays «  s’engagent à renforcer la capacité d’action de l’Europe et à investir conjointement pour combler ses lacunes capacitaires, renforçant ainsi l’Union européenne et l’Alliance nord-atlantique ». La France et l'Allemagne s'engagent aussi à «instaurer une culture commune» entre leurs forces armées. Elles se fixent comme objectif de surmonter l'une de leurs divergences majeures: leur approche «en matière d'exportation d'armements». Pour piloter leurs engagements, le traité institue «un conseil franco-allemand de défense et de sécurité».
Commentaire : Revenons au précédent traité, le traité de l’Elysée signé entre le Général de Gaulle et Konrad Adenauer. En 1963, après le refus des États Unis de former un directoire occidental avec la France et le Royaume-Uni, le général de Gaulle tenta de détacher l'Allemagne de l'OTAN pour la ramener à elle et sortir ensemble de l'orbite américaine. La bombe nucléaire française permettait d’acquérir un nouveau statut militaire et d'en finir avec les seconds rôles joués sous la IVe République. Konrad Adenauer accepta de signer le traité, à l'Élysée, et ce traité, conformément aux intentions de De Gaulle, ne mentionne nulle part les États-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni l'OTAN, ni le GATT…
 Las, à Berlin, le  Bundestag refuse de ratifier le traité de l'Élysée en l’état et impose un préambule après avoir voté un préambule comprenant notamment les mentions suivantes : étroite association entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique »,« admission de la Grande Bretagne ( c’était bien la peine !) »,« défense commune dans  le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord  », « abaissement des barrières douanières avec la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique, ainsi que d’autres États, dans le cadre du GATT.
De Gaulle qualifia ce préambule d’ »horrible chapeau  et réagit ainsi :  « Les Américains essaient de vider notre traité de son contenu. Ils veulent en faire une coquille vide. Tout ça, pourquoi ? Parce que les politiciens allemands ont peur de ne pas s’aplatir suffisamment devant les Anglo-Saxons !... Déçu par le préambule qu’à imposé le  Bundestag. Déçu par la mécanique de la coopération franco-allemande… Si le traité allemand n’était pas appliqué, ce ne serait pas le premier dans l’Histoire.. »
Et voilà maintenant que le traité d’Aix La Chapelle reprend dans le corps même du traité la dépendance de l’alliance franco-allemande à l’Otan ! C’est une trahison de la position constante de la France, c’est l’enterrement de toute défense européenne autonome. Et ceci alors que l’Otan n’a plus la justification qu’elle pouvait avoir lorsque l’URSS occupait la moitié de l’Europe, et que le désintérêt américain pour l’Europe, qui ne date pas de cette présidence mais a pris un tour plus évident et baroque avec Trump, lequel, en gros, tous les jours nous explique que nous ne pouvons pas avoir confiance en lui, ni en les USA.. Eh bien, prenons le au mot, et organisons-nous notre défense sans lui !.
Mais non, on signe le Aix La Chapelle, qui en est l’exact contraire !
La dissuasion nucléaire. Pas un mot clair là-dessus, mais de multiples stipulations inquiétantes ( par exemple « Les deux États s’engagent à renforcer encore la coopération entre leurs forces armées en vue d’instaurer une culture commune et d’opérer des déploiements conjoints…Ils se consultent afin de définir des positions communes sur toute décision importante touchant leurs intérêts communs et d’agir conjointement dans tous les cas où ce sera possible…Ils instituent le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité comme organe politique de pilotage de ces engagements réciproques » qu’il faudrait urgemment préciser. La France garde-t-elle oui ou non une dissuasion nucléaire autonome ? Parce que, si l’interprétation du Traité est qu’il faudrait l’autorisation de l’Allemagne avant toute utilisation de l’arme atomique, alors, c’est a fin de la dissuasion française. Une dissuasion à deux boutons, ça n’existe pas !
La question se pose de façon suffisamment sérieuse pour que des experts tels Olivier Gohin, agrégé de droit public à l'université Paris II et membre du conseil d'administration de l'Association française de droit constitutionnel rappelle que la Constitution institue le Président comme « garant  de l'indépendance nationale » et s’inquiète des contradictions éventuelles avec la signature du Traité d’Aix La Chapelle.  Il a appelé à ce que le Traité fasse l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel «après sa signature, au plus tôt, et l'autorisation de sa ratification, au plus tard». Ce serait en effet de bonne précaution.
La politique économique et énergétique sous la coupe de l’Allemagne !
Les  deux États se fixent comme objectif «d'instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes». Pour y parvenir, «l'harmonisation du droit des affaires» est citée comme une priorité ».
Bon sang, l’Allemagne ne nous impose pas encore assez ses vues, pour la défense de ses intérêts en matière économique, à nous et à toute la zone euro ! Pas assez de politique austéritaire, de restriction monétaire, pas assez de 3% ( une politique qui convient très bien à ce pays en rapide déclin démographique) ?
Les deux pays veulent «des projets conjoints» en matière de transition énergétique. Le traité prévoit l'adoption d'un «programme pluriannuel de projets» communs. Une première liste sera présentée mardi avec la reconversion de la centrale nucléaire de Fessenheim
Merde ! L’Allemagne émet 10 fois plus de CO2 par kwh que la France (50g contre 500g), parce qu’elle a arrêté son nucléaire et qu’elle l’a remplacé par du charbon, l’Allemagne qui pollue toute l’Europe avec son lignite ( dont elle a encore augmenté l’exploitation cette année), l’Allemagne va nous aider gentiment à abandonner l’un de nos rares atouts compétitifs, l’énergie nucléaire, au surplus le plus écologique qui soit, et le seul à permettre de répondre au défi climatique. Traité de merde !

Le siège permanent de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU. Marine Le Pen a raison !
Lorsque Marine Le Pen a affirmé que le Traité d’Aix La Chapelle pouvait remettre en question le siège permanent de la France au Conseil de Sécurité et imposer un partage de ce siège avec l’Allemagne, les beaux esprits (par exemple le Desintox d’Arte) ont hurlé, au choix, à la folie, au fake news, à la manipulation…
Ils se fichent vraiment de nous, et la colère contre ces media menteurs se comprend. Tout d’abord, un ministre allemand, et pas le moindre, le ministre des Finances Olaf Scholz, a suggéré que la France cède son siège permanent à l'Europe… L’idée leur trotte bien dans la tête.
Ensuite, le Traité précise que la diplomatie franco-allemande «fait de l'admission de l'Allemagne comme membre permanent une priorité» politique. Les deux pays se promettent «de coordonner étroitement leurs positions» au Conseil de sécurité. (Ca commence à ressembler à un partage, non)
Et puis ? Donc, notre représentant va aller voir les trois vrais grands, Trump, Xi Jinping et Poutine et leur expliquera que «  la France fait de l'admission de l'Allemagne comme membre permanent une priorité politique ». Bon courage ! Je vous fais la réponse de Xi Jinping, c’est le plus prédictible : «  Zêtes cinglés, non. Le prochain, c‘est le Japon ?). Pour Trump, c’est aussi non de toute façon, mais le détail est un peu plus difficile à prédire (No, et l’Allemagne, c’était bien mieux quand il y avait un mur, ils devraient le reconstruire !). Poutine ? (Niet, ou je veux aussi un siège permanent pour ma Crimée ?)
Et si on insiste, je suppose au la réponse pourrait être : Bof, si vous y tenez vraiment, vous avez cas partagez votre siège à vous avec l’Allemagne ?
Décidément ce Traité combine le ridicule, le très dangereux et frôle la trahison. (et quant aux commentaires des media officiels, ils ne font rien pour renforcer leur crédibilité !)
Et pourtant, il ne faut pas le prendre à la légère. Pacta sunt servanda
Bon maintenant, il y  a quelques trucs intéressants qui ont été discuté lors de la signature du pacte, comme comme la liaison ferroviaire Colmar-Fribourg…
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mercredi 9 janvier 2019

Raisons de détester l’Eurokom-21 : pas de défense européenne !


Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

La farce malheureuse de l’armée européenne !

Macron à deux jours de la commémoration du 11 novembre 1918 « On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne […] Il faut nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis. »
Il y a déjà une certaine dose d’irresponsabilité à parler ainsi à la veille d’une prestigieuse et émouvante réunion internationale dans laquelle on aurait aimé entendre des paroles de paix plutôt que la mise en cause peu actuelle de pays qui ne nous menacent pas militairement. Nous n’avons jamais été en guerre avec les Etats-Unis et ceux-ci ont été des alliés précieux durant les deux guerres monstrueuses de ce demi-siècle de fer qui relie 1914 à 1945. S’ils font peser sur nous un impérialisme certain, celui-ci est de nature économique et politique, pas guerrier, et ce n’est pas avec des canons et des avions que nous pouvons y répondre…et d’ailleurs, nous n’y répondons pas. La Russie ne nous menace pas militairement, et elle aussi a payé un prix horrible, à nos côtés ; et la menace militaire russe ne sert guère plus qu’à justifier la sujétion à l’Otan.  La Chine ? Il ne faut pas avoir peur du ridicule pour ressusciter le péril chinois, militaire s’entend… car sur le plan économique, l’Europe a déjà capitulé, renonçant à bâtir des  champions européens au nom de sa doctrine de la libre concurrence absolue et renonçant à toute protection contre une concurrence déloyale au nom de sa religion de la concurrence libre et non faussée…en Europe

Mais bon, il fallait bien, en vue de prochaines élections européennes, essayer de rallumer le feu européen des Français par n’importe quel moyen !

N’importe quoi, en effet, comme on eut en juger par les réactions très prévisibles des autres pays européens !

Allemagne : « La création d’une armée européenne commune, idée prônée par Emmanuel Macron, peut permettre à l’UE de réagir plus rapidement en cas de crise, a indiqué la ministre allemande de la Défense interrogée par un média national. Néanmoins, l’Otan reste pour l’Europe la première instance en matière de défense». La chancelière allemande a soutenu l’initiative du Président Français  e »n faisant remarquer que cette armée complètera de façon très utile l'Otan ». Verstanden, coco ? L’armée indépendante qui nous protègera même des USA, c’est l’OTAN,

Espagne : La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles estime que l'idée de créer «une vraie armée européenne» récemment avancée par Emmanuel Macron répond aux besoins des pays de l'UE.
 «C'est une bonne nouvelle et très positive, la création d'une armée européenne, mais il doit s'agir d'un espace de collaboration, d'intégration et de coopération maximale entre l'UE et l'Otan». Entendido !

Suède : Tiens un ton vraiment différent : « Stockholm ne soutient pas les projets d’Emmanuel Macron de créer une armée européenne, a fait savoir le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist Pour nous, ce n’est pas d’actualité, nous ne pouvons pas le soutenir. Et d’ajouter qu’en Suède on percevait la question de la défense et de la composition des forces armées comme nationale. «Nous ne considérons pas que cela doit faire partie des tâches de l’UE». Le ministre a en outre rejeté la proposition de Merkel d’augmenter la flexibilité de l’UE par le biais de l’adoption de décisions dans le domaine de la défense votées à la majorité et non à l’unanimité. «La raison en est que ce n’est pas une fédération, mais une coopération entre pays. Tant que tel est le cas, il est nécessaire de coopérer sur la base du consensus », estime le ministre.
Pourquoi ? Ben c’est que contrairement aux autres pays, neutralité traditionnelle oblige, la Suède ne fait pas partie de l’Otan, n’entend absolument pas en faire partie et ne veut  pas que son armée puisse se trouver mobilisée au service de l’Otan via la communauté Européenne !

Danemark : là aussi, assez simple. Lors de son adhésion à la Communauté Européenne, le Danemark a obtenu un traitement spécial d’opt out concernant toute politique de sécurité et de défense commune. Punkt !

Alors, entre ceux qui n’imaginent une défense européenne que dans le cadre de l’Otan, et qui ne veulent que le matériel et l’engagement  américain ( pourtant assez peu sûr…), et ceux qui veulent une défense européenne indépendante (qui, à part la France ?), avec l’Angleterre, seul autre pays européen avec la France qui ait fait l’effort d’entretenir une puissance militaire et qui a fait le choix de quitter l’Europe institutionnelle, avec une brigade franco-allemande qui n’a jamais fonctionné, avec ceux qui refusent de payer l’impôt du sang, ou tout simplement tout impôt que ce soit pour une armée et pas même pour une défense européenne… les déclarations de Macron sur l’armée européenne ne sont que ce qu’elle sont, de mirifiques coups de com électoraux.
Au surplus, Macron n’a pas eu le courage de mentionner ce qui constitue pour l’instant le seul danger militaire, qui jour après jour provoque la mort de Français dans un vrai conflit militaire, l’intégrisme islamique et la déstabilisation des pays du sud, avec toutes ses conséquences.
Alors on a bien compris que si la nécessité d’empêcher la chute d’un pays comme le Mali et l’établissement d’un nouvel Etat islamique, eh bien la France, avec ses impôts et ses soldats, sera encore seule en ligne.

L’Otan, l’Otan, l’Otan !

« La France  se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». De Gaulle.
Après l’effondrement du bloc communiste, on aurait pu se dire que l’Otan, ayant accompli son œuvre, allait disparaitre. C’est le contraire qui se produisit, et l’Otan connut une extension considérable, incorporant la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie l'Albanie,  la Croatie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque (Groupes de Visegrad et de Vilnius), au mépris des engagements des USA de Reagan envers Michael Gorbachev. Et c’est aujourd’hui l’Ukraine et la Georgie qui ont plus ou moins, selon les gouvernements, demandé leur intégration.

Mais où va l’Otan et pourquoi faire ?

L’OTAN a lancé en novembre 2018 en Norvège ses plus grandes manœuvres militaires depuis la Guerre froide. L’exercice Trident Juncture 18 rassemble des troupes des 29 pays membres, rejointes par celles de la Suède et de la Finlande soit 50.000 militaires, parmi lesquels 13.000 représentaient les pays d'Europe du Nord, dont la Finlande. Ces exercices ont également vu se déployer 250 aéronefs et 65 navires. Indépendamment de Trident Juncture 18, les États-Unis et la Grande-Bretagne intensifient les déploiements dans le pays scandinave pour acclimater leurs troupes au grand froid. À terme, 700 US Marines devraient se succéder par rotation sur le sol norvégien…

La menace vient du froid ? Des inuits ? Mais où va l’Otan et pour quoi faire ? Pendant ce temps, l’Otan a toujours en son sein la Turquie de M. Erdogan qui joue un jeu extrêmement suspect avec les mouvements islamistes terroristes.

Pas d’armée européenne, et même pas de défense européenne !

On a bien compris que l’armée européenne n’est qu’un gadget macronien fantaisiste et d’ailleurs assez dangereux. Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS démine ainsi les propos jupitèriens nacroniens :  Si Emmanuel Macron parle d’armée européenne, c’est qu’il n’y a pas de terme explicite et approprié  compréhensible par l’opinion publique pour mentionner la construction européenne en matière de défense. Il est évident que, pour le grand public, le terme d’armée européenne signifie quelque chose alors que ce ne peut être le cas pour « la coopération structurée permanente » ou « l’initiative européenne d’intervention ». Il faut un langage simple et compréhensible : l’Europe veut assurer sa défense elle-même.
Naturellement, nous n’allons pas créer une armée européenne avec des contingents intégrés. Toutes les armées des pays membres de l’Union européenne (UE) ne parlent pas la même langue d’une part, et ne fonctionnent pas de la même manière d’autre part. Ce n’est donc pas une armée européenne au sens technique du terme dont il est question ici. En revanche, ce que la France et la plupart des pays européens veulent développer c’est une plus grande autonomie de l’UE en matière de défense, afin que celle-ci puisse déjà assurer les missions inhérentes à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC).
Et Macron, dans un entretien à CNN, revenait à une conception plus réaliste : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de la défense pour acheter des armes américaines ou autres, ou des matériels issus de votre industrie », affirme en anglais le président français dans un extrait de cet entretien enregistré samedi : « Si nous augmentons notre budget, c'est pour bâtir notre autonomie. »

Eh bien, même cela, il ne l’obtiendra pas !

Pologne, mars 2018 : Après les missiles antimissiles Patriot (10,5 milliards de dollars), la Pologne pourrait poursuivre ses emplettes d'armements auprès des Etats-Unis. Varsovie a demandé à Washington de lui vendre des services de soutien et de maintien pour sa flotte de F-16, dont les moteurs, pour un montant évalué à 200 millions de dollars. La Pologne souhaite à nouveau acheter des missiles air-air Advanced Medium Range Air-to-Air Missiles (AMRAAM) fabriqué par Raytheon. Varsovie pourraient acheter jusqu'à 150 missiles AIM-120C-7 AMRAAM pour un coût estimé à 250 millions de dollars… Lors d’un déplacement à Washington, le 18 septembre 2018, le président polonais, Andrzej Duda, a dit son souhait de voir les États-Unis implanter une base militaire permanente en Pologne, en plus de la présence d’un bataillon multinational sous commandement américain, déployé dans le cadre de l’Otan. Pour cela, Varsovie propose 2 milliards de dollars pour financer les coûts d’une telle installation.
Et le président de la Pologne de préciser : «  L’OTAN est indéniablement perçue comme la seule garantie véritable de notre sécurité militaire ».

Belgique, novembre 2018 : La décision du gouvernement belge d'acquérir le F-35 pour remplacer le F-16 vieillissant a suscité pas mal de vagues tant en Belgique qu'à l'étranger. Rarement un marché de l'armement aura provoqué une telle polémique. Ce gouvernement a lancé en mars 2017 une procédure par appel d'offres public adressée à cinq agences étatiques afin d'objectiver le choix d'un nouveau chasseur-bombardier permettant de classer les candidats selon des critères les plus transparents possibles. Seuls deux soumissionnaires ont finalement répondu intégralement aux 164 questions - publiques - du Request for Governmental Proposal (RfGP) : le Royaume-Uni (pour l'Eurofighter-Typhoon) et les États-Unis (pour le F-35). Après les retraits de Boeing et de Saab, la France décide de son côté de ne pas répondre au RfGP mais propose, en échange du Rafale, un "partenariat stratégique" dépassant largement le cadre du marché… la Belgique a décidé de ne pas prendre en compte l'offre française !
Et le gouvernement belge d’afficher fièrement « Un contrat du siècle transparent », et de préciser cruellement : « Pour couronner le tout, le F-35 affiche le prix le plus bas. Les retours sociétal et industriel vont pouvoir être maintenant négociés très concrètement entre l'avionneur et les acteurs institutionnels et industriels belges. Ils s'annoncent d'ores et déjà prometteurs ».

Alors question ? Dans le projet de budget communautaire 2021-2027, le Fonds européen de défense atteindra sa vitesse de croisière avec 13 milliards d’euros consacrés à la défense sur 7 ans.

Pour faire quoi ?

Il faut sortir de cet Eurokom-là.



mercredi 2 mai 2018

Détester l'Eurokom-1 Macron et les truqueurs


Le langage des truqueurs- l’Europe et l’Eurokom

La campagne européenne commence bien, c’est-à-dire n’importe comment. En meeting à Epinal le 15 avril, Emmanuel Macron a répondu ainsi à l’interpellation  d’un homme qui se plaignait « qu’avant l’euro le Picon coûtait 5 francs au comptoir et maintenant trois fois plus » : « l’Europe nous a évité de nous refaire la guerre depuis soixante-dix ans, ce qui n’était jamais arrivé. Rappelez-vous cela face à votre Picon la prochaine fois ».

Bravo pour l’argument , car enfin, quelle condescendance et quelle ineptie! Si l’interpellateur a sans doute quelque raison de se plaindre du prix du Pïcon bière, la réponse de M. Macron est inepte pour une foultitude de raisons.

Si nous ne sommes pas fait la guerre en Europe, en effet, le France a cependant connu la guerre d’Indochine (47 674 morts, et les prisonniers 10. 000 à Dien Bien Phu, traités dans des conditions criminelles-seulement 4000 reviendront de captivité). Et la guerre d’Algérie (30,00 victimes). Ce n’est pas que je sache l’Europe qui nous a sorti de ces guerres. Si nous ne sommes pas fait la guerre, la France fait toujours la Guerre au Mali, en Irak, en Syrie, et elle est bien seule ; ce n’est pas l’Europe, pourtant tout entière menacée par l’intégrisme islamique, qui l’aide beaucoup.

Si nous ne sommes plus fait la guerre en Europe, c’est quand même beaucoup grâce aux Russes et aux Américains qui ont permis la défaite nazie, pas grâce à la Commission de Bruxelles.  Si nous ne sommes pas fait la guerre en Europe, c’est quand même beaucoup grâce à Patton et à Churchill qui ont très vite compris le danger stalinien, grâce à Truman et à sa réponse au blocus de Berlin qui marque un coup d’arrêt à l’expansionnisme stalinien. Pas grâce à la Commission de Bruxelles !

Si nous ne sommes plus fait la guerre en Europe, c’est grâce à la politique de réconciliation franco allemande menée par de Gaulle et Adenauer, pas grâce à la Commission de Bruxelles ! C’est aussi grâce au fait qu’il est extrêmement rare que 1° des démocraties ; 2° en déclin démographique se fassent la guerre.

Alors il faudrait quand même à la fin distinguer entre l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), voués uniquement à construire un grand marché selon les conceptions et les recettes du libéralisme le plus fanatique, selon le dogme d’une véritable secte libérale ; car enfin il est trop facile de jouer sur les mots et  de confondre sans cesse sciemment les deux : vous vous opposez à la politique de la communauté Européenne devient vous vous opposez à l’Europe ! Puisqu’apparemment c’est trop exiger de nos politiques truqueurs que de dire Communauté Européenne, proposons un nouveau vocable. Il y aurait l’Europe réelle des peuples et des nations et puis l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Les raisons de détester l’Eurokom- début d’une série

Et comme décidément les truqueurs me chauffent de plus en plus, il n’est pas impossible que je me décide à recenser les nombreuses raisons de détester l’Eurokom. Et puisqu’on parlait de guerre :

Raison n°1 : la faillite de l’Eurokom en Yougoslavie-150.000 morts

Car enfin l’Europe de ces dernières années a toute de même connu une guerre en Yougoslavie (dix ans de 1991 à 2001,  150 000 morts !!!! dont deux tiers de civils,  4 millions de personnes déplacées). Alors certes, le conflit n’a pas dégénéré en guerre mondiale (était-ce seulement concevable !) mais il s’agit tout de même d’un échec sanglant de l’Eurocom, qui aurait pu dès le début, à peu de frais, par une politique ferme dissuader Milosevic de se lancer dans l’aventure. Au lieu de cela, de nombreux Serbes sont toujours persuadés que par impuissance ou, sciemment, par calcul, on a laissé dégénérer la situation pour permettre à une Otan qui n’avait plus aucune utilité ni justification de se remettre en selle et de perdurer.

Raison n°2 : le fiasco du tribunal international sur l’ex-Yougoslavie

Rappelons - la mort en détention du dirigeant Serbe plusieurs fois élus président, Milosevic, après que sa santé n’ait pas permis la tenue d’un procès en bonne forme, et que ses demandes de soins en Russie aient été plusieurs fois refusée. Presque un assassinat légal donc, et ceci alors que finalement la Serbie a été jugée non coupable de génocide et qu’il fut reconnu  « qu’il n’y a pas suffisamment de preuves dans ce dossier pour constater que Slobodan Milošević avait donné son accord au plan commun qui visait à expulser définitivement les Musulmans et les Croates de Bosnie du territoire revendiqué par les Serbes ». Déjà au moment du procès, l’hebdomadaire britannique Sunday Times estimait  que « plus de 80 % des déclarations de l’accusation auraient été rejetées par un tribunal britannique comme étant de simples ouï-dire ».

            - Ante Gotovina, un général croate accusé de crimes contre l'humanité sur les Serbes de Croatie, qui dans un premier temps fut condamné à 24 ans de prison, puis  libéré en appel, en novembre 2012 - ce qui ressemblait davantage à une loterie qu’à une justice à vrai dire impossible.

-la libération de Ramush Haradinaj,  un des principaux chefs militaires des albanais du Kosovo qui est libéré car les neuf témoins dont trois protégés par la mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) qui devaient comparaître contre lui ont été assassinés ou sont morts dans des conditions suspectes. Carla Del Ponte, ancien procureur auprès du tribunal : « certains juges du Tribunal pour l'ex-Yougoslavie avaient peur que les Albanais viennent eux-mêmes s'occuper d'eux

- et, pour terminer, le jour même de la fermeture du tribunal, de la fin du dernier procès, le suicide en plein tribunal, le 29 novembre 2017  du Croate  lobodan Praljak

La conclusion factuelle et modérée de la page Wikipedia résume bien « Le tribunal aura donc échoué dans son objectif principal :  réconcilier les Serbes, Monténégrins, Croates, Bosniaques et Albanais ». 
Chers hauts fonctionnaires, chers hauts dirigeants de l’Eurokom, une simple vérité à l’épreuve de l’histoire, que connaissent tous les dirigeants politiques dignes de ce nom :  lorsqu’on veut réconcilier, on ne fait pas des tribunaux, on fait des lois d’amnistie ou de prescription  

Cette remarque encore d'Hubert Védrine : nos relations avec la Russie sont plus froides que froides, je veux dire plus froides qu'en pleine guerre froide, à la grande période de l'URSS, qui occupait toute de même la moitié est de l'Europe.

Faut le faire, non ?

Décidément, il faut sortir de cet Eurokom !

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samedi 3 décembre 2016

Défendre l’Europe ? Moi, je veux bien, mais est-elle défendable (2) ?

De mauvais relents

Pour une fois, ce n’est pas la commission européenne qui est en cause, mas les Etats.  Le Monde du 25 novembre 2016 nous apprend qu’après  l’élection de Donald Trump, Berlin s’oblige à jouer un plus grand rôle international ; et que Merckel veut désormais consacrer  2% de son PIB à la défense.. Cela reviendrait à doubler (pas immédiatement, la chancelière le reconnaît) les dépenses militaires de l’Allemagne et à en faire la première puissance militaire d’Europe. Parallèlement, le Japon, avec des comptes publics japonais en lourds déficits et une dette qui représente l’équivalent de 245% de son PIB, augmente lui aussi ses dépenses militaires, pour la cinquième année consécutive ; avec un budget de 4.980 milliards de yen (soit 36 milliards d’euros), elles auront atteint leur plus haut niveau depuis la fin de Seconde Guerre Mondiale.

Que l’Allemagne augmente sa part dans la défense de l’Europe n’est pas forcément un mauvais signe, si cela permettait la construction d’une défense européenne, avec une industrie militaire européenne, et une certaine unité, qui ferait par exemple que les pays  européens, lorsqu’ils en ont la possibilité, achète préférentiellement du matériel militaire européen. Mais en fait, il s’agit de renforcer l’Otan, au cas où le gouvernement américain, comme le nouveau président l’a annoncé, exigerait davantage de ses alliés.  Dans le même numéro du Monde, il est assez intéressant d’entendre l’amiral Harry Harris, commandant de la zone pacifique énoncer les quatre principales menaces, que tout président américain considérera, dans cet ordre : «  Russie, la Chine, la Corée du Nord, le terrorisme ». C’est vraiment le bon ordre ?

Il me semblait portant que Juncker avait un grand plan d’investissement pour l’Europe : on pouvait penser que c’était plutôt dans les infrastructures informatiques, ou de transports, dans les nouvelles sources d’énergie, la santé et ses terribles défis, les promesses de la biologie, la protection du climat, la construction basse énergie…


Il m’ avait échappé que ce serait dans les dépenses militaires. Pourtant, si la Communauté Européenne a un bilan à défendre, ce sont bien les soixante-dix années de paix qui ont régné dans cette partie du contient, qui n’avais dans toute son histoire, jamais connu cela.  (l’éclatement de la Yougoslavie, que je n’oublie pas, a certes provoqué son cortège d’horreurs, mais n’a pas entrainé  l’Europe et le monde dans une nouvelle guerre)