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mercredi 22 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 13 l'éolien offshore_Les pêcheurs sacrifiés. Paroles de pêcheurs



Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):
« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »
Commission Aubert : Audition, ouverte à la presse, de MM. Olivier Becquet, Julien Trehorel et Sylvain Gallais, artisans pêcheurs, de M. Philippe Gendreau, entrepreneur en conserverie, et de Maître Morvan Le Berre, avocat
Saint Brieuc : des dizaines d’année d’une gestion modèle de la pêche fichus en l’air, la pêche sacrifiée !
« M. Olivier Becquet, artisan pêcheur. Je suis gérant de la coopérative des pêcheurs du Tréport. Ce parc éolien a été mis en place en plein milieu de la baie de Saint-Brieuc où 290 bateaux travaillent. Cela représente 236 licences de coquilles Saint-Jacques. La baie de Saint-Brieuc est la plus grande baie de France où se reproduisent naturellement les coquilles Saint-Jacques. Nous avons également énormément d’activités autour du bulot, des araignées et du homard.
Lorsque ce parc a été installé à cet endroit-là, ils n’ont pas pensé aux conflits d’usage. C’est de l’éolien posé. Aujourd’hui, on n’a pas de place. On ne peut pas aller ailleurs car la baie de Saint-Brieuc est entièrement exploitée, que ce soit au filet, au chalut ou au casier. Si demain ce parc éolien devait se faire en baie de Saint-Brieuc, où vais-je aller avec mon matériel ? Soit nous allons gêner nos collègues de pêche et on va assister à un appauvrissement rapide des ressources, soit nous allons remettre en question la préservation de notre ressource mise en place depuis 1960 en réévaluant les tailles de capture. Nous savons pertinemment que lors de la phase de travaux tous ces efforts vont disparaître en raison de la mortalité des juvéniles.
On se dit que tout ce travail que nous faisons depuis des années, tout ce chiffre d’affaires qu’on remet à l’eau pour pouvoir mieux l’exploiter l’année suivante va nous être enlevé comme cela, d’un claquement de doigts. On aura l’interdiction de travailler dans la zone du parc éolien – la pêche est interdite dans tous les parcs dans le monde – et la courantologie ne nous permettrait pas d’y naviguer. De plus, les crustacés fuiront la zone, avec le forage les coquillages mourront et le juvénile met plusieurs années à se mettre en place. On voit notre gestion « partir en fumée ». On voit une entreprise s’installer et nous dire : « allez, poussez-vous de là, c’est à mon tour ». Or, nous sommes là depuis bien longtemps et personne, hormis un marin, ne connaît aussi bien les fonds marins que nous.
Aujourd’hui, les études d’impact qui sont faites dans la baie de Saint-Brieuc sont complètement à côté de la plaque. Par exemple, les filets à araignées sont immergés sur une longueur de 1,5 kilomètre pendant environ trois semaines avant d’être relevés. Ces études d’impacts prennent en considération des bouts de filets de 500 mètres relevés tous les trois jours. Donc comment pouvons-nous vraiment faire un état des stocks sur les fonds marins ? C’est impossible. On retrouve des études erronées également pour les bulots. Nous ne pourrons donc pas obtenir de compensations car les études sont basées « sur du vent » et sur quelque chose qui a été mal fait.
Nous vous demandons de nous entendre et de prendre en considération notre connaissance du milieu marin, afin que nous puissions pérenniser notre métier. Un emploi en mer, ce sont quatre emplois à terre. Économiquement, pour notre petite ville, ce projet va nous coûter très cher, aussi bien dans la restauration que dans la pêche. »
Noirmoutier : la pêche doit laisser la place à l’industrie éolienne ; 80% d’opposants, projet accepté !
Sylvain Gallais, artisan pêcheur. « Je suis patron pêcheur au port de L’Herbaudière sur l’île de Noirmoutier. Dans la zone où j’exerce mon activité, il est prévu deux projets éoliens plantés de 80 machines pour le projet de Saint-Nazaire et 62 machines pour le projet de Noirmoutier-Yeu. Chaque éolienne devrait mesurer la hauteur de la Tour Montparnasse. Je pratique la pêche artisanale côtière durable : elle se pratique uniquement dans les 20 milles de la côte avec de petits bateaux. Je représente les pêcheurs de Noirmoutier-Yeu c’est-à-dire environ 100 bateaux et 200 marins pêcheurs.
Selon la direction interrégionale de la mer (DIRM) Nord Atlantique Manche Ouest, un emploi en mer génère trois emplois à terre. Menacer la pêche côtière dans notre région, c’est menacer environ 80 emplois locaux existants et permanents. La pêche, sur nos îles, c’est un métier qui se transmet de père en fils depuis des générations. Il n’y a pas une famille de la région qui n’ait pas de pêcheurs : c’est l’histoire de nos îles, son patrimoine, notre Notre-Dame à nous. Ce sont les ports de pêche, les petites maisons de pêcheurs, les produits frais de la pêche consommés sur place qui font venir les touristes, qui risquent de partir avec nous si ces projets voient le jour. Aujourd’hui nos zones de pêche diminuent toujours un peu plus, laissant place à l’industrialisation de la mer. Nous sommes aussi de plus en plus à partager un même espace de pêche. Nos zones de pêche se réduisent comme peau de chagrin avec la taille de nos bateaux et les quotas. Il n’est pas possible de les remplacer par des zones plus au large ou ailleurs.
Nous avons exprimé notre opposition au projet dans une motion adressée en janvier 2018 à Nicolas Hulot, au député et sénateur de Vendée ainsi qu’à tous les élus locaux. 152 travailleurs de la mer l’ont signée dont – à une exception près – tous les patrons pêcheurs de Noirmoutier. La population nous a suivis lors de l’enquête publique sur le projet Noirmoutier-Yeu. Elle a recueilli 80 % d’avis défavorables. Pourtant, jusqu’à maintenant, nous ne sommes pas entendus.
Saint-Gille Croix de Vie : 30% de baisse des prises ! Nous ne sommes pas entendus !
Philippe Gendreau. « Je suis le dirigeant de la société Gendreau, qui est un groupe familial. C’est un groupe de 600 salariés. Nous sommes intervenants sur la conserverie Gendreau depuis 1903 à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, à une vingtaine de milles du projet éolien. Nous avons également deux sites de production à Saint-Gilles-Croix-de-Vie et un site à Boulogne-sur-Mer repris récemment. Nous sommes des vieux acteurs de la conserve de poisson, depuis 1903, depuis quatre générations, et nous employons à la conserverie Gendreau 300 salariés dont 150 travaillent uniquement la sardine. Saint-Gilles-Croix-de-Vie est l’un des tout premiers ports sardiniers français : 3 000 tonnes sont pêchées par an. C’est aussi un port sardinier qui a été inscrit en tant que site remarquable du goût pour la sardine en 1998 et qui est depuis 2018 inscrit au Patrimoine culturel immatériel de la France. La sardine, est un véritable emblème de la ville de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.
La pêche à la sardine se pratique par des chalutiers pélagiques de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Nous sommes directement impactés par ce projet de centrale éolienne car il intervient au milieu de la zone de pêche. Ce projet va également entraîner de graves perturbations au niveau de l’écosystème marin en raison des travaux. Les marins pêcheurs de Saint-Gilles estiment qu’à peu près 30 % des apports viennent de cette zone de 100 kilomètres carrés. Pour nous cela représente la menace de perdre 30 % d’approvisionnement et une baisse de notre activité de transformation qui impacterait nos 150 salariés qui travaillent directement de la sardine. C’est un projet mortifère pour la conserverie et pour les pêcheurs de Saint-Gilles que je représente à double titre : d’une part, en tant que client et, d’autre part, en tant qu’armateur.
M. le président Julien Aubert. Vos arguments semblent rationnels. Toutefois les projets se font. Comment l’expliquez-vous ? S’agit-il un problème d’organisation administrative ? Parlez-vous aux gens qui ne sont pas les décideurs ? S’agit-il d’une volonté politique transpartisane que vous n’arrivez pas à l’infléchir ? Est-ce que pour vous il y a un lobby qui serait plus puissant que le vôtre ? Pensez-vous que certains de vos arguments auraient été invalidés par la justice ou par l’administration ? Quelle est votre explication ?
M. Julien Trehorel. Vous venez d’évoquer tous les problèmes que nous rencontrons au quotidien. Nous ne sommes pas entendus. Également, les consortiums continuent à imposer leur présence et achètent la faveur des gens. Les deux tiers de la population des Côtes-d’Armor sont défavorables à l’enquête publique.
M. Philippe Gendreau. Les chiffres sont à peu près les mêmes chez nous et un peu plus fort sur Noirmoutier : 76 % des avis émis lors de l’enquête publique ont été négatifs et contre le projet. C’est une question qui ne concerne pas exclusivement les marins pêcheurs et les filières qui en découlent. Elle concerne tous les habitants et pas seulement les professionnels.
Depuis le début, il y a une volonté très forte de l’État de combler son retard sur l’éolien marin. Le lobby de l’éolien pousse aussi très fort et c’est vrai que les professionnels n’ont pas été écoutés et entendus : 76 % d’avis défavorables émis par la population lors de l’enquête publique n’ont pas empêché le préfet d’émettre un avis favorable. Tout est fait pour que les choses se fassent et pour minimiser les avis contraires. On nous écrit que le poisson va disparaître pendant les travaux mais qu’il reviendra après. Les avis divergents sont négligés parce qu’effectivement cela ne va pas dans le sens du vent et on déroule le tapis parce qu’il y a du retard. Donc on nous dit « taisez-vous les gars, on ne veut pas vous entendre, il faut y aller ! ». Il y a un déni d’écoute et de démocratie qui aura des conséquences très négatives.
M. Emmanuel Maquet. Il y a un mois, nous recevions ici Jean-Louis Bal le président du Syndicat des énergies renouvelables, qui nous déclarait que le projet du Tréport est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Je crois que c’est bien l’illustration de l’aberration de ce projet. Je l’ai vécu de l’intérieur puisque j’étais à l’époque élu local au département et dans ma commune de Mers-les-Bains située face au parc. Ce projet se situe dans le périmètre du parc naturel marin situé entre les estuaires de la plaine de Picardie et de la côte d’Opale. Il s’agit d’une zone extrêmement riche en termes de biodiversité et un plan de gestion ambitieux – auquel Olivier Becquet a participé – a été mis en place pour la sauvegarder. Puis, on a nous a retiré le droit de veto pour le confier à l’Agence française pour la biodiversité (AFB) qui a validé ce parc alors que nous avions émis un avis défavorable. Cela a généré une crise de gouvernance puisque nous avons tous démissionné du parc marin à cette occasion-là.
C’est à la fois une zone riche en biodiversité dont l’État s’est contrefichu et une zone de pêche. Le parc a également un impact sur l’économie touristique puisque c’est la porte d’entrée de la baie de Somme, l’une des plus belles baies du monde, labellisée grand site de France. Ce rouleau compresseur de l’État écrase toutes les labellisations que l’État lui-même avait réussi à mettre en place et sur lesquelles on s’était mis d’accord.
Les marins pêcheurs du Tréport et de la zone de Dieppe sont extrêmement responsables et avaient proposé un autre site, la pointe d’Ailly, qui est une zone où il y a peu de pêche. Les deux ministres d’État en charge de ces sujets-là n’ont pas voulu nous entendre. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est un mauvais projet, mais on continue. Ne nous étonnons donc pas d’avoir des citoyens en colère sur nos giratoires quand on procède de cette façon-là dans la gouvernance publique.
M. Olivier Becquet. Nous nous exprimons pour le collectif des artisans pêcheurs et non pour le collectif PULSE. On trouve aberrant que des consortiums se rendent dans les écoles, pour voir les enfants, sur le temps des cours, pour faire la promotion de l’éolien. Une élève nous a rapporté que les questions étaient interdites et qu’il s’agissait d’un monologue.
Mme Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteure. De quel niveau de classe s’agissait-il ?
M. Olivier Becquet. C’est une élève de 15 ans, donc au collège. Mais dans l’Éducation nationale, on ne fait pas de cours sur la pêche. La pêche, c’est aussi une activité et là, on distribue des petites éoliennes aux enfants.Sur la façon de procéder des consortiums, on constate que plusieurs milliers d’euros sont distribués à l’école de voile du Tréport qui dispose d’un stand dédié aux éoliennes. C’est un peu fort de café ! Ces gens-là ont des moyens colossaux pour faire leur promotion qu’ils nous font peut-être payer avec la facture de la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Philippe Gendreau. Le consortium EMYN, qui est actif sur le projet de Noirmoutier, a financé le Vendée Globe en 2016 pour une somme de 500 000 euros. La force des lobbies nous a conduits à être censurés par le journal Ouest-France. Avant une manifestation qui avait lieu en 2018 à Noirrmoutier et qui a réuni 500 personnes, nous avions souhaité faire paraître une annonce dans ce journal. C’était une lettre ouverte adressée au Président de la République et aux ministres du Gouvernement. Trois heures avant le bouclage, nous avons été censurés au motif que le texte de notre annonce était contraire aux intérêts du journal. EMYN-Engie est en effet un annonceur important pour Ouest-France, qui n’a pas souhaité faire paraître un texte allant à l’encontre de leurs intérêts.
Nous sommes revenus en pleurant…
Julien Aubert : Êtes-vous allés voir d’autres parcs éoliens en mer dans d’autres pays et quelles conclusions en avez-vous tirées ?
M. Olivier Becquet. Nous avons organisé un voyage dans un parc éolien en activité bénéficiant de conditions similaires aux nôtres, avec une courantologie et des fonds marins comparables. En mars 2017, nous avons ainsi visité le parc de Thannet sur proposition de l’Institut maritime de prévention (IMP) et nous étions une dizaine de pêcheurs. Nous sommes revenus en pleurant : le port de pêche s’est vidé, il n’y a plus que du fileyeur, nous n’avons vu aucun bateau de pêche en activité. À Thannet, il y a seize marins pêcheurs qui travaillent sur cinq vedettes. Ces cinq bateaux consomment deux tonnes de gazole par jour et cela fait marcher leur petite coopérative, mais il n’y a plus de filière, plus de criée, plus de jeunes qui entrent dans ce métier. Il ne reste qu’un chalutier qui pêche à la côte des petits naissains de moules, qui sont revendus pour les bouchots. Les éoliennes qui ont été plantées dans un fond accidenté avec une granulométrie variée ont créé une dépression sur la zone de Thannet. Avec une telle turbidité, les espèces ne se reproduisent plus. Les fonds sont devenus plats….
Quand on installe une éolienne, on ne voit de l’extérieur qu’un mât qui sort de l’eau. Pour chaque éolienne, c’est quatre forages pour installer des pieux, c’est 38 tonnes de béton par pieu et ce sont des embranchements pour laisser passer les câbles électriques qui vont raccorder la centrale à la terre. L’impact sur l’écosystème est considérable et c’est pourquoi le CNPN a émis un avis défavorable…La prolifération de ces installations, c’est aussi la production de béton sur les fonds marins. Il s’agit d’impacts cumulés.
Emmanuel Maquet. Concernant l’impact sur la biodiversité, je vous conseille de reprendre le rapport qui avait été présenté devant le parc naturel marin des estuaires de la plaine picarde et la côte d’Opale concernant le projet du Tréport et qui avait motivé notre vote négatif sur l’acceptabilité. Nous avions étudié pendant plus d’un an, avec tous les techniciens et les scientifiques du parc, les conséquences de ce projet. C’est une mine d’informations qui vous démontrera que le projet n’est pas acceptable.
Mme Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteure. Et malgré tous ces avis négatifs, le projet est allé à terme ?
M. Emmanuel Maquet. Il y a eu un tour de passe-passe des services de l’État : il y a une dizaine d’années, on nous a vendu le parc en évoquant le fait que nous aurions un droit de veto quant aux installations qui figureraient dans le périmètre du parc et qui seraient incompatibles avec le plan de gestion que nous avions eu tant de mal à mettre en place. Puis, au moment où l’ordre du jour appelait à nous prononcer sur le projet du parc des éoliennes en mer, l’Agence française de la biodiversité a repris le droit de veto. Donc au lieu d’émettre un avis conforme, nous avons émis un avis simple et l’AFB a émis un avis conforme favorable au parc. Vous imaginez bien la colère qui s’en est suivie ! Cela a conduit à la démission collective….

mardi 21 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 11 : Une certaine odeur de corruption


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Ben oui, et des raisons de colères, de vent de colère puissant, il n’y a pas que celle-ci. La déposition devant la Commission Aubert de M. Fabien Bouglé jette un éclairage cru sur les magouilles, les pratiques douteuses des margoulins de l’éolien, et même la corruption, ainsi que l’attitude sur ordre des commissaires enquêteurs. Extraits :

Corruption, financement des associations et enquêtes publiques

« La question de la corruption et des tarifs de rachat sont au cœur de la notion d’acceptabilité car un tarif de rachat hors norme d’électricité donne aux promoteurs éoliens les marges de manœuvre financières pour créer les conditions, pourrait-on dire, d’acceptation d’un projet éolien, créant une nette opposition entre, d’une part, les populations victimes des éoliennes ; d’autre part, les personnes financièrement intéressées, comme les propriétaires terriens, les élus, les associations locales ou même les commissaires enquêteurs, financièrement rémunérés par les promoteurs éoliens.
C’est une population démunie, rurale ou littorale, qui est confrontée à des rouleaux compresseurs financiers et marketings, soutenus par une administration soumise aux objectifs définis par le Gouvernement.

C’est ainsi que grâce aux retours de la France entière, j’ai pu mettre en lumière trois grands phénomènes qui entachent la filière éolienne dans ses pratiques et participent à la remise en cause de l’acceptabilité sociale de ses machines : la corruption, le financement des associations et les enquêtes publiques – pratiques structurellement favorables à l’éolien et peu respectueuses de la démocratie.

Une corruption endémique

Premier point : la corruption. En juillet 2014, dans son rapport d’activité, le Service central de prévention de la corruption a dénoncé la multiplication des prises illégales d’intérêts dans l’éolien, évoquant un phénomène d’ampleur. On y lit : « Le développement de l’activité éolienne semble s’accompagner de nombreux cas de prises illégales d’intérêts impliquant des élus locaux. » Il ajoute : « Les élus visés sont attirés par les revenus substantiels tirés de l’implantation d’éoliennes sur des terrains leur appartenant et par un régime fiscal favorable. »

Il émettait ensuite une alerte : « Le Service central de prévention de la corruption appelle donc l’attention des pouvoirs publics sur la gravité de ce phénomène et rappelle qu’il est impératif d’empêcher la confusion entre intérêts publics et intérêts personnels des élus. Il existe un risque de développement d’atteinte à la probité beaucoup plus grave, comme celui de la corruption. Ce phénomène a déjà pu être constaté dans certains pays européens, dans lesquels serait impliquée la criminalité organisée. » Le service central de prévention de la corruption faisait ainsi référence à ce qui se passe en Italie et à l’infiltration de la mafia dans le secteur éolien.
Deux ans et demi après, le Service central de prévention de la corruption sera dissous et mes contacts mutés. »

Commentaire : Comme c’est étrange ! le SCPC s’était vraiment engagé sur la question, (cf. notamment, Martine Kis, la corruption, un risque bien réel pour les collectivités territoriales). Il semble que l1Agence Française Anticorruption qui en a pris le suite ne montre pas le même zèle, ou, du moins, que la période transition ait amené une certaine tranquillité pour les margoulins de l’éolien.

« En quelques années, ce sont plus de 200 plaintes qui ont été déposées et de nombreuses condamnations qui continuent de pleuvoir régulièrement. La plus récente date d’un mois. Il s’agit d’un maire et agriculteur du Pas-de-Calais qui a perçu plus de 400 000 euros de loyer éolien d’une filiale d’Engie et qui a été condamné le 3 juin à 30 000 euros d’amende par la cour d’appel de Douai. L’une des premières condamnations pour prise illégale d’intérêts a concerné des élus de Laramière : six élus ont été condamnés, dont le maire. Plus tard, une conseillère municipale de Mélagues dans l’Aveyron a été condamnée à la privation de ses droits civiques, civils et familiaux. Son mari, touchait 36 000 euros par an de loyer issu de l’éolien.

Une affaire plus grave reste cependant en suspens : le maire de Lacaune, dans le sud de la France, voulant installer des éoliennes sur ses terres, a, en 2008 et 2009, rencontré, avec son député, des membres du cabinet du ministère de la Défense parce qu’un couloir aérien militaire empêchait l’installation d’éoliennes sur ses terres. Après deux rendez-vous, il a obtenu gain de cause et une dérogation autorisant cette installation proche d’un couloir aérien militaire, alors même que les membres du cabinet du ministre étaient informés que les éoliennes seraient implantées sur les terres du maire. Il a été mis en examen en décembre 2015 pour prise illégale d’intérêts et mis sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction de Castres. À ce jour, il n’a toujours pas été renvoyé devant le tribunal correctionnel. »

« Je finirai sur la question de la corruption en rappelant que, le 8 décembre 2014, le syndicat France Énergie éolienne a écrit une lettre à cinquante députés pour suggérer une réforme de la prise illégale d’intérêts, délit qui était, selon ce syndicat, instrumentalisé par les écologistes anti-éoliens, qualifiés de « militants anti-républicains ». L’Assemblée nationale a refusé de donner suite à cette demande, alors que le délit de prise illégale d’intérêts était en cours de réforme, mais cet épisode a mis au grand jour les méthodes des promoteurs éoliens. »

Commentaire : Ben oui, tiens, pourquoi se gêner ?

Comment manipuler un conseil municipal ? Les baux emphythéotiques.

Les opposants aux projets d’éoliennes ne découvrent qu’au moment de l’autorisation d’exploiter, c’est-à-dire des années après, les prises illégales d’intérêts de certains élus. L’opacité est totale. Nous ne disposons d’aucune information tant que nous ne disposons pas du dossier administratif du préfet qui nous a consultés ; nous n’en disposons qu’une fois l’autorisation d’exploiter délivrée. Ce n’est qu’une fois le dossier administratif en main que l’on a découvert la situation de M. Onillon. Cela met du temps, à tel point que les infractions sont parfois prescrites. Auparavant, le délit était prescrit après trois ans ; aujourd’hui, après six ans. C’est ainsi que de nombreuses personnes impliquées dans des affaires de prise illégale d’intérêts n’ont pas été condamnées.

Mme Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteure. J’entends votre position. Quelles recommandations feriez-vous pour que les situations soient plus transparentes ? Les déclarations d’intérêts devraient-elles intervenir en amont ? S’il est connu et encadré, un intérêt peut être accepté.

M. Fabien Bouglé. Je suis favorable à une publicité dès le début des promesses de baux emphytéotiques. Pourquoi ces informations ne seraient-elles pas rendues publiques par le promoteur éolien ? Au début du projet, intervient ce que l’on appelle la maîtrise foncière. Les promoteurs éoliens demandent aux commerciaux de trouver des terres, lesquels contactent préférentiellement les élus ou les membres de leur famille. Ensuite, la mairie vote une délibération rendant un avis favorable à l’engagement d’une étude de faisabilité de la centrale éolienne sur le territoire du village. À ce moment-là, le promoteur éolien pourrait afficher les promesses de baux emphytéotiques qu’il a signées avec tel ou tel élu.
Dans un village, en Normandie, je crois, le préfet a envoyé une lettre de mise en garde à la mairie car un certain nombre d’élus étaient personnellement intéressés par le projet de centrale éolienne. Lorsque je parle d’intérêt, il s’agit d’un intérêt personnel, l’argent que touche un élu à titre personnel.  Le préfet a donc relevé que plusieurs élus avaient un intérêt personnel, direct ou indirect. Lorsque lesdits élus ont quitté la salle de délibération, les élus qui restaient ont voté contre le projet. On voit bien que l’acceptabilité du projet change selon que l’on implique ou non les élus intéressés.

Les enquêtes publiques manipulées par les commissaires enquêteurs, au service des lobbys éoliens

« Avant même toute décision d’accord ou de refus d’un parc éolien, trois acteurs clés – le commissaire enquêteur, le promoteur éolien et le tribunal administratif – sont en lien pour la rémunération du commissaire enquêteur, qui ne sera d’ailleurs jamais connue et qui restera opaque, au point de ne jamais être mentionnée dans les rapports d’enquête publique. L’opacité sur la rémunération des commissaires enquêteurs est totale et n’est pas dévoilée dans le cadre des enquêtes publiques.
Nous avons découvert que des formations destinées aux commissaires enquêteurs étaient réalisées par les promoteurs éoliens eux-mêmes. Je dispose de slides de formations et un programme de formation de 2013, organisée avec le concours de tribunaux administratifs et de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), des cours étant dispensés aux commissaires enquêteurs par des promoteurs éoliens pour leur expliquer comment organiser une enquête publique. Cette connivence, pour ne pas dire cette collusion, se traduit sur le terrain par des résultats édifiants.

Pour les éoliennes d’Arromanches, par exemple, l’enquête publique avait démontré une opposition de 67 %. L’avis du commissaire-enquêteur fut favorable. À Noirmoutier, une opposition de 76 % avec une forte mobilisation et plus de 1 700 contributions. L’avis des commissaires enquêteurs fut favorable à l’unanimité.
Pour le terrestre, les exemples sont très nombreux. Je ne dispose pas de listes à vous fournir, mais je peux vous livrer quelques exemples. À Brignac, dans le domaine rural, au nord-ouest du Morbihan, sur 89 contributions, 5 étaient favorables et 84 opposées. L’avis du commissaire-enquêteur était pourtant favorable.

Partout, des témoignages édifiants sont remontés de citoyens, choqués par l’attitude des commissaires enquêteurs, souvent très favorables à l’éolien, dissertant dans les rapports sur la piètre culture écologique et environnementale des participants ou de leur tropisme « not in my back yard ». Le mépris et le dédain de certains commissaires enquêteurs sont souvent ressentis par les citoyens participant sincèrement à ces enquêtes publiques. On est loin de la convention internationale d’Arrhus traduite dans la charte environnementale, en son article 7, qui exige la participation des citoyens aux décisions ayant un impact sur leur environnement. La convention ne demande pas un avis, elle « exige » que le citoyen soit acteur de la décision. Manifestement, par leur attitude, les commissaires enquêteurs prennent en otage la souveraineté populaire issue des valeurs de la République en donnant leur opinion, ce qui est totalement contraire à la convention.

Je finirai cet exposé en rappelant que le 1er mai 2018, Jacques Turpin, commissaire enquêteur du projet de Noirmoutier, dans un mail envoyé par mégarde aux opposants et devenu emblématique, traitait les opposants « de personnes sans scrupule et au QI qui n’est pas celui du géranium. » Il a réagi ainsi après que les opposants se sont offusqués que la permanence des commissaires enquêteurs présentait les affiches, les tracts, les logos commerciaux des promoteurs éoliens et même le registre dématérialisé avec le logo du promoteur éolien. Un commissaire enquêteur devant témoin a confirmé avoir distribué des tracts commerciaux du promoteur éolien…Pour rappel, cette enquête ne sera pas suspendue par le préfet, le commissaire enquêteur ne sera pas radié sur-le-champ et ni le préfet de Vendée ni le président du tribunal administratif de Nantes n’ont procédé à des sanctions administratives de ce fait, et un avis favorable sera donné pour l’enquête publique, avec la signature du commissaire enquêteur insultant… »

Et autres stratégies d’influences

« Outre les prises illégales d’intérêts, nous avons découvert que les promoteurs éoliens finançaient les collectivités locales. La mairie de Noirmoutier a reçu environ 3 000 euros par an au prétexte d’activités culturelles du promoteur éolien et le conseil départemental de Vendée, via la structure du Vendée Globe, a reçu 500 000 euros. Ces deux collectivités ont exprimé leur avis favorable lors de l’enquête publique de Noirmoutier en 2018. Une enquête préliminaire pour corruption a d’ailleurs été ouverte par le procureur des Sables-d’Olonne. »

 « Je vais vous faire part d’un exemple dans l’Orne, en Basse-Normandie. Une institutrice de bonne volonté – il ne s’agit nullement de remettre en cause le travail formidable des enseignants – avait, à la demande du promoteur éolien, organisé un concours de dessin parmi les enfants du primaire. Le gagnant devait recevoir une éolienne en plastique. Dans l’école de ce petit village, cela a engendré un chaos entre les enfants des opposants aux éoliennes et les enfants des parents qui avaient des éoliennes sur leurs terres. Le conflit larvé du village s’est reporté sur l’école. »

Financement d’associations. Il est très difficile d’avoir des éléments prouvant que des sommes d’argent transitent entre les promoteurs éoliens et les associations qu’ils financent. C’est par des faisceaux d’indices que nous pouvons voir qu’il existe des partenariats financiers. Je précise qu’il n’est pas juridiquement interdit à un promoteur éolien de financer une association environnementale, mais cela nous paraît particulièrement douteux pour l’objectivité de cette association lorsqu’elle est confrontée à une enquête publique au cours de laquelle elle doit se positionner sur le sujet.

Nous avons découvert qu’il existait des liens financiers entre certains promoteurs éoliens et la Fondation du patrimoine. Un communiqué de presse conjoint du 21 novembre 2011 fait état d’un partenariat financier dans le cadre d’une convention triennale entre la Fondation du patrimoine et la société Éole RES, devenue RES. Nous rappelons que les statuts de la Fondation du patrimoine prévoient dans son objet la sauvegarde des patrimoines architecturaux et paysagers.

L’association de défense de la nature WWF est partenaire du promoteur éolien Boralex. Le site internet de WWF affiche clairement qu’elle a signé un partenariat qui repose sur le développement des énergies renouvelables, en particulier l’éolien.

La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a organisé, en novembre 2017, avec le soutien des syndicats des énergies renouvelables et de France Énergie éolienne, un colloque sur le thème « Éolien et biodiversité ». Il se dit, par ailleurs, que des associations locales de la LPO seraient financées pour participer aux études d’impact des éoliennes sur les oiseaux et pour ramasser les oiseaux morts, à proximité des machines. Même si cela n’est pas interdit, cela explique la timidité de certaines structures dans le cadre des enquêtes publiques. La fédération France nature environnement et ses associations auraient également signé des partenariats de ce type.

J’ajoute que le livre de Thibault Kerlizin, Greenpeace, une ONG à double-fond(s), va même plus loin puisqu’il explique que l’ONG Greenpeace serait particulièrement intéressée au développement des éoliennes, étant elle-même actionnaire d’une société Greenpeace Énergie, propriétaire de centrales éoliennes.

Il est intéressant de noter que, dans le cadre de l’enquête publique concernant le dossier des éoliennes entre Yeu et Noirmoutier, les opposants avaient demandé aux cinq commissaires enquêteurs d’interroger le promoteur éolien afin qu’il fournisse la liste exhaustive des sommes payées par la société Éoliennes en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier (ENYM) aux collectivités locales ainsi qu’aux associations.
Dans le rapport, les commissaires enquêteurs n’ont jamais répondu à cette question. Aujourd’hui, en contradiction totale avec la convention d’Aarhus et la charte environnementale, le préfet ne fournit pas à nos avocats les éléments sur le dossier. Pourquoi une telle opacité sur ce sujet ? »



dimanche 12 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 5 : Plus absurde que l’absurdité, l’éolien offshore


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait.… »

Un pognon de dingue

On commence par un petit extrait de Jancovici, audition devant la Commission de  l'assemblée nationale sur l'impact des énergies renouvelables (Commission Aubert)

« L’éolien offshore aujourd’hui, c’est 25 milliards d’euros qui vont partir dans ce dispositif qui a encore moins d’intérêt que l’éolien terrestre. S’il y a un truc qu’il faut arrêter tout de suite, c’est bien ça ! Avec ces 25 milliards d’euros vous avez de quoi payer 6000 euros de prime de conversion du fuel en pompe à chaleur aux quatre millions de ménages français qui sont chauffés au fuel, qui sont souvent des ruraux, souvent précaires. Qu’on augmente mon taux d’imposition pour ça, moi je veux bien ! Mais qu’on me prélève un centime de plus pour payer l’éolien offshore, ce truc de Shadock ;. »

La Cour des Comptes estimait elle en 2018 (Rapport sur le coût des ENR)  que les six parcs d'ores et déjà attribués au large des côtes françaises devraient coûter 2 milliards d'euros par an sur 20 ans, soit un montant total de 40,7 milliards, pour une part de 2% du mix énergétique !!!

Si l’éolien terrestre coûte cher, l’éolien en mer coûte un pognon de dingue. Soit 4 EPR. Tiens ben, justement, une comparaison

L’EPR de Flamanville coûtera 4 fois moins que les éoliennes en mer

Si on compare ces 12 milliards au coût des six champs d’éoliennes en mer qui démarrent en France, on voit que Flamanville, en dépit des flops du chantier, reste une excellente affaire… La comparaison est compliquée par le fait que le coût – le coût prévu – de ces éoliennes en mer est un secret d’Etat. Dans les dizaines d’articles dithyrambiques qui chantent la louange de ces monstres marins trois fois plus hauts qu’une centrale nucléaire, on cherche en vain une estimation du coût. Quand on aime, on ne compte pas. On peut cependant tenter une estimation. Ce qui est sûr en effet, c’est que l’Etat s’engage à faire acheter toute la production d’électricité de ces éoliennes (un marché garanti, de quoi faire baver d’envie tous les chefs d’entreprise), à un prix d’environ 140 €/MWh. Comme on connaît la puissance de ces éoliennes (3 GW), le nombre d’heures de fonctionnement par an (3200, c’est ce que l’on observe aux Royaume-Uni, où il y a beaucoup d’éoliennes en mer, et plus de vent qu’en France), et la durée de vie de ces éoliennes (généreusement estimée à 25 ans), on peut calculer le montant qui va être empoché par les multinationales de l’éolien : environ 34 milliards. Le coût de production de l’électricité éolienne (et nucléaire d’ailleurs) est principalement, mais pas uniquement un coût en capital. Soustrayons 20% du chiffre d’affaire pour le coût de fonctionnement, et 10% pour la marge bénéficiaire des financiers promoteurs. Cela nous fait un coût d’investissement d’environ 24 milliards. Le double du coût de Flamanville.

Mais, dira-t-on, ces installations éoliennes vont produire beaucoup plus d’électricité que la centrale de Flamanville ? Pas du tout, elles vont au contraire en produire moins, beaucoup moins. Il est facile de calculer que cet éolien en mer va fabriquer 240 TWh d’électricité (il suffit de multiplier la puissance par le nombre d’heures de fonctionnement). De son côté, Flamanville (d’une puissance de 1,65 GW, fonctionnant 7400 heures par an, pendant 50 ans) va fabriquer 610 TWh d’électricité.

 En simplifiant un peu, l’éolien en mer c’est relativement à l’EPR de Flamanville : (i) un coût d’investissement (et un coût tout court) deux fois plus élevé, (ii) deux fois plus de puissance, (iii) deux fois moins d’heures de fonctionnement par an, et (iv) deux fois moins d’années de vie, soit au total une électricité quatre fois plus coûteuse. Et qui plus est, une électricité intermittente et imprévisible ; même en mer, le vent souffle quand il veut, et pas nécessairement quand on a besoin d’électricité. »


Un exemple instructif- Saint Brieuc- magouilles, secrets et gros profits

Le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc, dont la construction est prévue entre 2021 et 2023, sera le plus cher de tous les parcs offshore français. C’est ce que révèle un document publié par la Commission européenne, le 12 août dernier. Elle a publié des données qui étaient restées confidentielles jusqu’alors : le prix d’achat de l’électricité ainsi que les montants des aides publiques de l’État.

L’électricité produite par le promoteur Ailes Marines (détenu par l’espagnol Iberdrola) sera vendue à la France 155 € le MWh. Pour les cinq autres parcs éoliens offshore construits dans la Manche et l’Atlantique par EDF et Engie, le prix d’achat oscille 131 € et 143,6 € le MWh. Ce tarif est celui qui a été renégocié par l’État en 2018 en raison de la baisse des prix du marché. Le gouvernement estime que le prix du marché est en moyenne de 51 €/MWh. La différence entre ce prix (51 €) et le prix d’achat par de l’électricité à Ailes Marines (155 €) est considérée comme une aide publique de l’État à l’industriel. Sur vingt ans, cette aide est estimée à 4,7 milliards d’euros. Au-delà, Ailes Marines vendra l’électricité au prix du marché.

Pas beaucoup mieux au Tréport  où l’on prévoit un cout du mégawatt à 131 euros, soit  entre 3 et 4 fois le prix du marché. A ce tarif-là, les margoulins de l’éolien vont s’enrichir. Pour les autres parcs (Courseulles, Fécamp, Saint-Nazaire, Yeu/Noirmoutier et Dieppe), l’aide maximum ne dépasse pas les 3,7 milliards. Le document explique ces prix plus chers que dans le reste de l’Europe par « les particularités de la côte française : vents plus faibles et nature de sol plus complexe ». « L’addition est particulièrement salée pour les Français, pour une efficacité du projet qui reste à démontrer tant sur le plan énergétique que sur sa contribution à réduire les gaz à effet de serre », a commenté, hier, l’association Gardez les Caps.

On comprend mieux pourquoi les Ministères de l’Écologie successifs ont caché ce tarif à la société civile pendant 7 ans. »

Cerise sur le gâteau des margoulins de l’éolien ! : en juillet, le conseil d’État a considéré que le gouvernement avait commis une faute en sélectionnant Iberdrola sur un mauvais critère….


Alors, quand pour illustrer la compétitivité de la filière offshore, France Energie Eolienne fait référence aux tarifs proposés dans le cadre du dernier appel d'offres à Dunkerque, projet attribué pour « moins de 50 €/MWh » (soit moins cher que les 63 €/MWh pour les derniers appels d'offres relatifs à l’éolien terrestre ???!!!), il faut quand même un peu se méfier. Et, dans ce cas, pas de tarif garanti mais un Contrat pour Différence à 44€/MWh. Ce contrat éolien offshore, il est assez hors norme !

Tiens,  bizarrement c'est EDF NR qui pilote ! D'où un léger soupçon : EDF ne se serait pas un peu fait forcé la main sur le mode racket de vache à lait ?

Un autre facteur est important, une petite modification : le raccordement est a la charge RTE avec dédommagement en cas de retard. Estimé 0,8 G€/GW.

Eh oui, Mesdames et Messieurs, les margoulins de l’éolien ont obtenu ceci : le raccordement du parc sera « financé par RTE et refacturé à l’ensemble des consommateurs ».  Or, ce fut l’un des facteurs importants de coût (eh oui, l’énergie des éoliennes est très peu concentrée, il faut beaucoup plus de câbles et les câbles surtout sous-marins coûtent chers) et surtout  de dérapage imprévus des coûts importants en Allemagne. Les profits aux margoulins de l‘éolien, les risques au contribuable !

Nantes, île d’Yeu, Noirmoutier, les éoliennes de la discorde : le refus des éoliennes offshore

Petit récit d’une lutte en cours, l’Etat du côté des margoulins de l’éoliens contre les citoyens ! (cf. http://www.economiematin.fr/news-les-eoliennes-de-la-discorde)

Mépris et violence de l’Etat : Comment se comporte la Cour administrative de Nantes, désormais seul et unique recours concernant l’éolien offshore en France.

Le 6 décembre 2019, la cour administrative de Nantes déboutait une nouvelle fois les opposants aux projets éoliens en mer. Le jugement concernait un recours visant à annuler la concession d’utilisation du domaine public maritime accordée par l’État à la société « Éoliennes en mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier éoliens en mer.

Ce n’était pas la première fois que la cour de Nantes rejetait une demande des associations environnementales, collectifs citoyens et entreprises de pêche opposés aux éoliennes maritimes mais cette fois, la pilule était plus difficile à avaler. En effet, le dérapage verbal de l’un des membres de la commission d’enquête chargée d’évaluer le recours avait mis à mal son impartialité et menaçait donc l’intégrité de toute la procédure. Ce dernier avait insulté par mail les opposants au projet, les traitant de « personnes sans scrupules et au QI qui n’est pas celui du géranium ». Une saillie a priori risible mais grave dans le cadre d’une procédure judiciaire devant statuer sur le bien-fondé de la construction de 62 éoliennes en mers près des côtes de l’île d’Yeu et de Noirmoutier.

Pour Jean-Louis Butré, président de la Fédération Environnement Durable (FED), « l’enquêteur n’a pas été exclu et la Cour a estimé que ce n’était pas grave. Pour nous, c’est un déni de justice ». L’avocat des opposants, Maître Francis Monamy se dit stupéfait : « On ne peut être plus partial que l’a été la commission d’enquête. En effet, elle a ouvertement jeté son mépris à la face de la population. La cour de Nantes a considéré qu’il ne s’agissait que de « propos regrettables ». Je pense que nous sommes bien au-delà du regrettable. Quand on injurie les citoyens avec une pareille méchanceté, je ne vois pas comment on pourrait être regardé comme impartial. Il fallait annuler la concession pour rappeler fermement l’administration à ses obligations ». L’avocat a donc bon espoir de voir son pourvoi en Cassation

En France, le sujet des éoliennes maritimes est une affaire sensible.

Pour favoriser le développement de ces projets, l’État a octroyé des subventions, facilité des autorisations et procédé à des simplifications administratives au premier rang desquelles, l’organisation des contentieux. Tous les contentieux concernant les projets éoliens maritimes en France sont ainsi centralisés à la cour administrative d’appel de Nantes avec la suppression d’un niveau de juridiction, le tribunal administratif. Cette cour devenue exceptionnelle ne permet pas de procédure en appel. En cas de rejet, la seule possibilité offerte aux perdants est de porter leur recours devant le Conseil d’État qui statue en dernière instance.

Depuis une dizaine d’année, les opposants se battent contre tous les projets de parcs éoliens maritimes, à Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Courseulles, Fécamp, les îles d’Yeu-Noirmoutier et à Dieppe-Le Tréport. Ils ont au total déposé 18 recours. Ces recours concernent les concessions d’occupation du domaine public maritime, les autorisations d’exploiter, les autorisations de la loi sur l’eau, les arrêtés d’approbation des concessions et les dérogations à la destruction des espèces protégées. Sur les 18 recours, 10 n’ont pas abouti et 8 sont toujours en cours de jugement…
L’opposition de la population, loin de s’émousser, semble au contraire s’amplifier. Jean-Louis Butré de la FED précise qu’il « ne conteste pas la volonté de la France de développer une industrie performante dans l’éolien. Mais ce n’est pas normal de tordre les lois pour contrer les gens qui ont quelque chose à dire. Ils (l’État et les promoteurs) veulent passer en force quelle que soit la contestation ».

Déni de justice , malgré des nuisances bien réelles- la survie des pêcheurs en cause

Pour les pêcheurs artisans, le sujet est encore plus sérieux. C’est une question de survie. En effet, sur Dieppe-Le Tréport par exemple, la construction des éoliennes est prévue au milieu de leur zone de pêche, sur une surface de 110 km2, l’équivalent de la superficie de la ville de Paris. Le port de pêche du Tréport est le premier port de poissons de Seine Maritime, celui de Dieppe est le premier port pour les coquilles Saint Jacques. Olivier Becquet porte-parole du collectif Pêcheurs Artisans, explique : « un port comme Le Tréport, c’est 200 marins, il est fréquenté par 75 navires de pêche sur l’année et représente un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Lorsqu’on nous a présenté le projet, nous avons tout de suite compris que s’ils mettaient les éoliennes là, nous signions notre arrêt de mort. Uniquement avec le chantier nous serions obligés d’arrêter de travailler pendant 2 ou 3 ans. »

Le problème est identique du côté de Saint-Brieuc comme l’explique Katherine Poujol présidente de l’association « Gardez les Caps » : « La pêche en baie de Saint-Brieuc, c’est 300 bateaux et plus de 1000 emplois directs. L’Europe donne des subventions à la pêche industrielle pendant que l’industrie éolienne chasse les pêcheurs artisans de leur zone alors qu’il s’agit de la pêche la plus respectueuse de la ressource et la mieux gérée qui soit. Il y a des quotas, les contrôles de l’Ifremer, les comités des pêches. Ce sont des petits bateaux, c’est une pêche côtière et on veut mettre des éoliennes au cœur de leur zone, c’est fou. »

Entre 2017 et 2018, devant les nombreuses impasses des procédures engagées en France et l’absence de concertation effective, des pêcheurs concernés par les différents projets éoliens sur les côtes françaises ont décidé de déposer des plaintes auprès de la Commission européenne contre les aides publiques à ces projets. Toutefois, ces plaintes sont, pour l’essentiel, non contraignantes pour la Commission, notamment au niveau du calendrier de traitement.

Les associations se sont donc retrouvées devant un nouveau mur administratif, cette fois au niveau européen. Comprenant le degré d’inertie auquel ils risquaient d’être une nouvelle fois confrontés, le Collectif des Pêcheurs Artisans a décidé de donner une résonance politique à sa démarche. Au mois de septembre 2019, le Collectif a déposé une pétition au Parlement européen afin que l’organe législatif de l’Union se saisisse du sujet. Ce faisant, le Collectif des Pêcheurs Artisans a été rejoint par d’autres associations de pêcheurs portugais, belges, néerlandais et allemands également inquiétés par les projets éoliens.

Devant cette révolte des pêcheurs, la commission pêche du Parlement européen s’est saisi du sujet et a décidé d’examiner l’impact de l’éolien en mer sur l’environnement et sur la pêche afin d’adopter une position politique. Face au mécontentement, le Parlement organisera d’ailleurs un colloque sous l’égide de cette commission parlementaire le 22 janvier prochain réunissant des scientifiques, les principaux contestataires et les députés sensibilisés au dossier.

Enfin, au mois de novembre 2019, des entreprises de pêche impactées par les différents projets éoliens en préparation en France ont déposé un recours devant le Tribunal de la Cour de justice de l’Union européenne contestant les aides octroyées par la France à la production éolienne en mer. Le recours vise à l’annulation de la décision de la Commission européenne du 26 juillet 2019 validant les aides du gouvernement français aux projets éoliens de Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire, Dieppe-Le Tréport et Yeu-Noirmoutier. Si ce recours aboutit, ce sont tous les projets éoliens maritimes qui pourraient être remis en cause.

Selon maître Morvan Le Berre, avocat des Pêcheurs Artisans à Bruxelles, « en France le plan de développement de l’éolien offshore annonce 30 projets supplémentaires sur la façade atlantique et en Méditerranée, ces affaires vont donc durer. »
Pour le député Maquet (Les Republicains, Somme), « l’Europe doit se saisir du dossier à la fois sur les restrictions des zones de pêche induites par ces projets mais également sur les tarifs de rachat de l’électricité produit, ils doivent être fixés avant que les concessions soient accordées. »

Olivier Bequet du collectif Pêcheurs Artisans ne voit aucune conciliation possible : « en l’état, ces projets ne sont pas acceptables, la seule solution envisageable est leur abandon. »

Katherine Poujol de « Gardez les Caps » conclut en se référant au rapport du député Aubert : « pas d’éoliennes dans les zones de pêches artisanales et une distance d’éloignement minimale de 50 km en mer. » Une distance qui, au demeurant, en ferait de vrais projets offshores.

Alors l’éolien offshore, ce truc de shaddock qu’il faut arrêter tout de suite (Jancovici), ce truc ruineux, sans intérêt pour la génération d’électricité, ce truc qui enlaidit nos paysages maritimes, qui ruine les pêcheurs, qui ruine aussi les riverains ( combien un appartement ou une maison avec vue sur éolienne perd-elle de sa valeur), ce truc de dingue pour lesquel les margoulins de l’éolien ont obtenu, non seulement de grasses subventions, mais un traitement de faveur juridique exorbitant..

Stop ou encore ?
Stop évidemment, Mme Borne !

Et quand est-ce qu’on les construit les 6 EPR ?

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