2) Une concertation « peu propice à créer les
conditions de confiance » très suspecte de manipulation et à l’issue
évidente
« Une
difficulté fut le contenu de la saisine portant sur un projet qui pouvait aller
de 500 MW à 2 GW, donc potentiellement et caricaturalement de 35 éoliennes sur
60 km2 à 140 éoliennes sur 240 km2, alors que la zone d’étude proposée par
l’État n’était que de 300 km2. Même si cette zone d’étude s’inscrivait dans une
zone potentielle d’implantation beaucoup plus large, les publics ont pu
comprendre, à tort ou à raison, que l’État avait déjà choisi la zone.
De
fait, cette imprécision sur l’ampleur du projet, la restriction de la zone
privilégiée par l’État et plus encore la proposition initiale d’une zone
entièrement classée parl’État « Natura 2000 », c’est-à-dire stratégique pour la
biodiversité, étaient peu propices à créer les conditions de confiance dans les
responsables du projet »
« Comme
pour le débat public en Méditerranée, et dans une moindre mesure en Normandie,
la transparence des intentions de l’État est questionnée : « quel est le coup
d’après ? ». Cette demande de visibilité, à 20 ou 30 ans, des projets de parcs
éoliens par espace maritime est commune à tous les débats publics récents.
Cette demande est exacerbée par l’annonce du Gouvernement d’un objectif de 50
parcs éoliens en mer d’ici 2050 »
« Ce
projet semble avoir hérité du cumul des erreurs passées. Comme en Sud Bretagne, la concertation préalable de l’État avec les
acteur.rice.s locaux pour identifier une zone préférentielle a conduit le
public à s’interroger sur l’utilité du débat public. La taille très limitée de la zone
préférentielle au regard de l’ampleur des projets potentiels annoncés, son positionnement au sein d’une aire marine
protégée, la faiblesse des études
environnementales disponibles, la confusion
quant au nombre de parcs éoliens envisagés et finalement l’absence de
consensus entre acteur.rice.s autour de la zone initiale, ont abouti à une
opposition des personnes qui se sont exprimées telle que la commission particulière ne considère pas faisable le projet envisagé
dans la zone initiale » (Constatations
de la Présidente de la CNDP)
« Les
publics ont lu la saisine comme un imbroglio. En effet, celle-ci fait état
d’une zone de 120 km2 issue des concertations de 2015 et 2017, elle-même située
dans une zone d’étude spécifique à ce projet de 300 km2 qui est une partie de
la zone potentielle d’installation de parcs éoliens définie par le Document
stratégique de façade (DSF). La question soumise au débat consiste à demander
aux publics de localiser plus précisément un parc éolien dont la puissance
installée peut elle-même varier de 500 à 1 000 MW, autrement dit de « poser un
confetti sur un grain de riz ».
Cette question est assortie « éventuellement »
d’une autre : les publics peuvent se prononcer sur l’opportunité d’un deuxième
parc d’éoliennes posées (« deuxième », pas second) d’une puissance installée
cette fois fixée à 1 000 MW, dans la même zone d’étude ou en dehors. »
(Rapport aux maîtres d’ouvrage)
3) L’utilité même de l’éolien en mer et les sacrifices qu’il impose
fortement questionnés
« Le
débat public a fortement questionné l’opportunité du projet dans la zone
envisagée. Il l’a questionné quant au choix de la zone mais également quant à
sa capacité à atteindre les objectifs « zéro carbone » en 2050. Plus inquiétant
est le questionnement de la crédibilité même de ces objectifs que certains ont
qualifié d’irréalistes. Les termes employés dans le compte rendu sont
significatifs :«Il ne restait rien de
l’héritage prétendument consensuel » (Constatations de la Présidente
de la CNDP)
« Par comparaison avec l’éolien, le nucléaire dont
l’actualité a été ravivée par la prospective de l’énergie réalisée par RTE
rendue publique en cours de débat est présenté comme une énergie abondante et
pilotable par ses fervents défenseurs très actifs sur la plateforme
participative »
4)
Les pécheurs non pris en compte et sacrifiés :
« le choix de la zone préférentielle est vécu comme un casus belli »
« Le 2 décembre, en cours du débat, la ministre de
la Transition écologique annonce un élargissement de la zone d’étude.
Considérée comme trop limitée, elle passe de 300 à 743 km2…
Du côté des pêcheurs, réaction de rejet face à
l’argument que cette extension « ouvre la possibilité de mieux concilier
le projet avec les activités de pêche en recherchant des zones de moindre
impact situées plus au large » (Communiqué de presse 03/12.). « Les pêcheurs
n’ont jamais dit que c’était une zone de moindre contrainte » (Le
représentant du Comité régional des pêches, Saint-Pierre d’Oléron 07/12). »
« Mal cernée également par la maîtrise
d’ouvrage, l’intensité de l’activité halieutique. Les données de pêche qui
alimentent le dossier du maître d’ouvrage sous-estiment grandement, dénoncent
les pêcheurs, le niveau élevé de leur activité car elles ne prennent pas en
compte les bateaux de petite dimension qui constituent la plus grande part de
la flotte….
La position du Comité régional des pêches de
Nouvelle-Aquitaine est tranchée « Il n’y a pas de zone de moindre contrainte au
regard des activités de pêche dans la zone soumise au débat. » (Compte-rendu
de la Commission particulière du débat public)
« Le choix de la zone préférentielle est vécu comme
un casus belli : c’est la zone où la pêche est la plus intense qui est
concernée par la zone préférentielle. Celle-ci abrite un riche écosystème permettant
une pêche artisanale à haute valeur ajoutée. Comme le font observer les comités
des pêches de Nouvelle-Aquitaine et de Charente-Maritime (tant l’implantation
du parc, voire de deux parcs, que les zones pressenties pour leur raccordement,
au nord et au sud, mettent en péril des
zones de frayère et de nourricerie…
La zone préférentielle serait aussi « le pire endroit »
pour la pêche en Charente-Maritime, celle-ci étant entièrement
comprise en-deçà des 20 miles nautiques (37 km), la limite règlementaire pour
les bateaux de moins de 12 m qui constituent l’essentiel de la flotte locale.
Les
zones de raccordement chevaucheront, pour celle du nord, une zone de frayère de
seiche, et pour celle du sud, une zone de frayère de maigre. Cette zone est
également à cheval sur des zones de nourriceries dont celle du merlu, du bar de
la sole, du céteau (seule région française où il est exploité), de la dorade
grise (...). » (Rapport aux
maîtres d’ouvrage)
5) Et en plus, on se moque
d’eux : la parole de l’Etat n’inspire pas confiance !
On se moque
d’eux en leur promettant qu’ils pourront
pêcher dans le parc éolien !
« Les
pêcheurs ne croient pas à l’intérêt et à la possibilité de pêcher dans les
parcs éoliens marins. Selon les pêcheurs, les retours d’expérience que nous
avons montrent qu’il n’y a plus rien à pêcher ; que pêcher dans des parcs
éoliens est dangereux et dissuade de s’y aventurer ; que les contraintes
nouvelles qui en résulteraient, au nom de la sécurité, compliqueraient à
l’excès les pratiques de pêche ; que la parole de l’État, de ses services, entendue
au fil des différents débats publics, n’inspire pas confiance car elle ne
garantit pas formellement les conditions dans lesquelles la pratique de la
pêche et de quelle pêche serait imposée aux industrie.
Faut-il
se réjouir de créer 300 emplois dus aux éoliennes si on détruit 10% des emplois
(1000) d’une filière pêche qui pèse 10 000 emplois, soit 700 emplois nets
détruits dans ce cas ? ! » (CA n°23, NEMO) » (Compte-rendu de la Commission
particulière du débat public)
Une position originale en Europe ??? :
« Un deuxième point de désaccord, récurrent d’un débat éolien à l’autre,
concerne la compatibilité entre les parcs éoliens et les pratiques de pêche. Le
maître d’ouvrage annonce une position presque originale en Europe, consistant à
prévoir que la pêche, sous certaines conditions, sera possible dans les parcs
éoliens qui devront s’y adapter techniquement (disposition des éoliennes,
ensouillage des câbles de raccordement, etc.).
Mais
les pêcheurs se montrent plus que dubitatifs. Au-delà des interrogations sur ce
qu’il resterait à pêcher dans les parcs (des craintes étant exprimées sur
l’évolution de la population de poissons), la profession ne croit pas que
pêcher sera possible en raison de contraintes nouvelles dont le maître
d’ouvrage ne dit rien, et de règles de sécurité qui pourraient être revues. Les
retours d’expérience des pratiques de pêche dans des parcs éoliens sont rares,
car la plupart des parcs existants en Europe du Nord sont interdits à la pêche.
Les témoignages de pêcheurs anglais et écossais sollicités par la commission ne
rassurent pas les pêcheurs français sur la possibilité de pêcher dans des parcs »
(Rapport aux maîtres d’ouvrage)
Commentaire : En effet, même lorsque
c’est autorisé, les assurances refusent de les assurer…
6) La solution de l’éloignement
« La commission a acquis la conviction que l’espoir
d’un « consentement sous conditions » rassemblant les publics ne peut
s’imaginer sans le glissement plus loin en mer du projet actuel ». La CNDP a,
sur proposition de la commission particulière, fait expertiser le scénario d’un
parc posé à plus grande profondeur permettant ainsi d’éloigner le projet de
parc des côtes » (Constatations de la Présidente de la CNDP)
« Auditionnés par la commission au cours d’un
webinaire public le 22 février, les experts confirment la faisabilité technique
d’un projet de parc posé à forte profondeur hors du Parc Naturel Marin. Du posé
grande profondeur d’abord au flottant ultérieurement : une solution certes plus
chère mais que viendraient compenser les bénéfices d’un plus grand consentement…
L’éloignement des côtes au-delà des 50 m de profondeur
est une tendance actuelle de fond en Europe pour des raisons techniques
(captation d’un vent de meilleure qualité) et politiques (insertion dans un
espace moins anthropisé).« Ce qui est vraiment une tendance mondiale, c’est de
s’éloigner des côtes pour des raisons d’acceptabilité sociale » (Expert,
Webinaire 22/02)…
Le posé pourrait être complété à terme par du flottant, à
partir d’une certaine limite, probablement située autour de 70 m. L’horizon
d’atteinte d’un tel scénario pourrait se situer entre 2030 et 2035. L’électricité
ainsi produite serait sûrement plus chère que les prix envisagés pour les
projets actuels mais devrait rester dans le même ordre de grandeur. Surtout,
elle offrirait une solution de stabilisation des prix, face à la très forte
volatilité des énergies fossiles.
Ces différentes considérations incitent à penser que du
point de vue technique un projet de parc posé à forte profondeur (entre 60 et
70 m pour certaines éoliennes) en dehors du Parc naturel marin est faisable
Ne pourrait-on pas considéré ce surcoût comme la
condition de sa réalisation ? N’est-ce pas le « prix à payer pour limiter le
risque de possibles retards ? « [ç]a va coûter plus cher, mais la chute de la
biodiversité nous coûte encore plus cher » (Saint-Georges-d’Oléron,
24/01) » (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public)
« La Commission a fait expertiser le scénario d’un
parc posé à plus grande profondeur. Les experts consultés par la commission
tiennent à rappeler qu’en matière d’éolien en mer, on parle d’une technologie
qui n’aura cessé d’évoluer durant les six à huit années qui séparent le projet
de sa réalisation. Il apparaît dès aujourd’hui
que l’on ne peut repousser l’idée de réaliser un parc posé par des profondeurs
de 60, 65 voire 70 mètres, ni pour les fondations des éoliennes ni pour la
station de raccordement en mer, tout en restant dans des prix de production de
l’électricité comparables à l’objectif issu de la PPE de 2019….
Au-delà, encore plus au large, le changement de
technologie est indispensable : seul l’éolien flottant est envisageable. Mais ce dernier apparaît aux experts
consultés comme une solution technique et économique viable dans des conditions
de prix pas si éloignées de l’éolien posé de 2022 dès la décennie 2030-2040.
Elle pourrait être envisagée pour un deuxième parc si les projets sont
poursuivis (voir sur le site du débat public le compte rendu de l’expertise
complémentaire
Sur la côte ouest-américaine qui comprend plutôt des
champs à plus grande profondeur, on voit qu’il y a des spots qui commencent à
apparaitre aux alentours de 60, 65, 70 mètres…La limite aujourd’hui pour
l’éolien posé est plutôt en train de se décaler de 50 mètres en faisabilité à
70-80 mètres. (Un expert, réunion thématique du 22 février 2022) »
En conclusion « A émergé un scénario de compromis
selon certains participants : un parc posé d’un GW situé en dehors du Parc
naturel marin et en dehors de la zone de pêche côtière (au-delà des 20 miles
dans la limite de 70 mètres de profondeur) et un deuxième plus à l’ouest dans
une zone plus éloignée avec un raccordement mutualisé » (Rapport aux
maîtres d’ouvrage)
7)
Et l’opposition des porteurs du projets : « faisant fi des
argumentations développées »
Certains ont bien compris l’enjeu : « Il faut
accepter de payer le prix d’une implantation plus au large pour gagner des
zones de moindre conflictualité. Un industriel, La Rochelle, 14/01 » (Compte-rendu
de la Commission particulière du débat public)
Mais pas
tous :
« Après cinq mois de débat public, faisant fi
des argumentations développées sous
toutes les formes par tous les publics pour démontrer à l’État maître d’ouvrage
l’inopportunité de la zone géographique mise en débat, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et la Fédération des
énergies éoliennes (FEE), entre autres, proposent dans leurs propres cahiers
d’acteur de revenir au projet de 2015 : le premier parc dans la zone
d’étude initiale (300 km2) avec un raccordement en courant alternatif «
répondant à une nécessité de mise en service à plus brève échéance, et un
second projet principalement ou en totalité au sein de la nouvelle zone d’étude
(743 km2) » pouvant atteindre deux gigawatts. La commission s’étonne que les
syndicats professionnels, en fin de débat, justifient cette position en «
s’appuyant sur le soutien réitéré au projet historique des élus locaux et des
collectivités territoriales » (Cahier d’acteur FEE).
La
recherche d’alternatives potentielles a pourtant donné aux participants, et
notamment à des industriels, l’occasion de dessiner deux espaces réellement
hors zone d’étude de la maîtrise d’ouvrage. Au-delà des limites du Parc naturel
marin et de la zone Natura 2000 « habitats », au-delà de la limite des 20
milles nautiques (37 km) mais pour l’un dans une profondeur d’eau inférieure à
70 mètres, pour l’autre bien plus au large, moyennant un changement de
technologie, passant d’éoliennes posées à des éoliennes flottantes aptes aux
grandes profondeurs » (Rapport aux maîtres d’ouvrage
8)
Autres problématiques
Biodiversité : « Une
nouvelle fois, la faiblesse des études environnementales disponibles sur la
zone proposée est soulignée, faiblesse d’autant plus critiquée que cette zone
est identifiée depuis 2015. » (Constatations de la Présidente de la CNDP)
Nécessité de la planification : « la
CNDP appelle à une planification spatiale à 20 ou 30 ans des projets envisagés,
suffisamment précise pour offrir de la visibilité aux acteurs locaux sur les
différents usages de la mer. Les Documents stratégiques de façade ne semblent
pas répondre à ces objectifs » (Constatations de la Présidente de la CNDP)
Tourisme :
Alors que les partisans du projet font valoir la possibilité de « développer
une nouvelle offre autour des éoliennes (tourisme industriel, musée, balades en
mer…), des impacts très négatifs sont anticipés par d’autres, habitants et élus
locaux. L’évolution du paysage maritime entraînerait selon eux mécaniquement «
une perte d’attractivité du territoire » (Avis 6) : « L’impact
sur le tourisme sera désastreux, nos commerces, nos artisans
d’art, les hôtels et restaurants, les campings, les gîtes et résidence
de tourisme sont tous menacés. L’image sur l’ostréiculture aussi… » (Avis
148) » (Compte-rendu de la Commission particulière du débat public)
Commentaire :
de fait, un certain nombre d’organismes comme les Gites de France ôtent leur
label e cas de visibilité d’éolienne
9)
Conclusion : pas de consensus
« La
commission n’a pas recherché de consensus et, eu égard aux positions qui se
sont affrontées, ne l’a pas non plus espéré. La commission a acquis la conviction que l’espoir d’un « consentement
sous conditions » rassemblant les publics ne peut s’imaginer sans le glissement
plus loin en mer du projet actuel. Il n’en demeure pas moins que de
multiples questions soulevées par les contributeurs au débat public sont encore
aujourd’hui sans réponses. » (Rapport aux maîtres d’ouvrage)
Addendum juillet 2022 : NB : Finalement, le Débat et le travail de la Commission n'auront pas été tout à fait inutiles puisque fin juillet 2022, le Minsitère de la Transition Ecologique annonçait que "face à un mélange d'incompréhension et de colère", le parc serait finalement déplacé à plus de 35 km des côtes"
Cette solution cependant se heurte toujours à la colère et à l'incompréhension des associations de protections des animaux, puisque le parc mord sur une zone Natura 2000 et se situe en plein dans un tracé migratoire intercontinental de nombreuses espèces d'oiseaux, "un des plus importants au monde! L’État a déterminé ces
zones sans même achever les études environnementales et socio-économiques qui
auraient pu l’aiguiller"(Dominique
Chevillon,vice-président de la LPO qui envisage un contentieux.)
Et les pêcheurs trouvent que l'on se moque d'eux puisque le parc se situerait désormais dans l'une des zones les plus productives di Goilfe de Gascogne, qui attire des centaines de bateaux. Et l'on se moque effectivement d'eux, puisque le Préfet et l'Eta, contre toute évidence, "s’engage à autoriser les activités de pêche dans les
parcs éoliens en mer, dans des conditions compatibles avec les règles de la
sécurité maritime". C'est évidemment impossible, sutout s'il s'agit d éoliennes flottantes !
Pas dupe, le Président du Comité régional des Pêches, Johny Wahl, rappelle : le débat public a été clair, tout le monde a dit non, s'il le faut, on ira au contentieux !
Pour Oléron coimme pour Bretagne Sud, une seule solution, l'arrêt du projet !