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mercredi 9 mai 2018

Les cadres à la SNCF et ailleurs- malaise et colère- vers la révolte


La grosse colère de la CFE-CGC ferroviaire : défense du service public

Pour la première fois peut-être, la CFE-CGC de la SNCF sympathise nettement avec les grévistes et a fortement critiqué le rapport Spinetta. La colère est claire et nette  sur le thème de la défense d’un service public sans concurrence déloyale, renforcée par les mensonges et manipulations comme celui consistant à disqualifier la SNCF et ses personnels en leur jetant à la tête une dette…dont l’Etat est responsable. Ainsi, la CFE-CGC ferroviaire s’indigne-telle contre le rapport Spinetta et contre ce qu’on lui fait dire pour justifier la fin de la SNCF en tant que société nationale chargée du service public ferroviaire. Ils soulignent que  le rapport Spinetta et le système de libéralisation et de concurrence qui se met en place de par la volonté de la secte libérale au pouvoir à Bruxelles.

- entrainera le report des voyageurs et du frêt  du rail vers les routes et les autoroutes par la fermeture de milliers de kilomètres de lignes peu ou non  rentables, mais pourtant vitales au tissu économique des régions. Adieu le principe du développement durable ; du ferroutage, des engagements climatiques. Rappelons que la comparaison entre le rail et le transport routier est largement faussé par l’absence de pris en compte économique des externalités négatives de la route !

- fait croire que l’ouverture à la concurrence est un levier indispensable pour faire baisser le prix du transport ferroviaire- c’est faux, partout où elle est en œuvre, il a augmenté !

- Prétendre que changer les  Etablissement publics de la réforme pourtant très récente de 2014 en Société Anonyme améliorera le redressement des comptes- mais le vrai problème, c’est la dette d’équipement que l’Etat a refilé à la SNCF pour rentrer dans les critères de Maastricht. Aucune société ne peut vivre avec une dette de plusieurs milliards d’euros.

- Manipule la question du statut des cheminots, pour discréditer les actions syndicales en cours qui visent à défendre un service public ferroviaire- en aucun cas, le statut n’est responsable de la dette abyssale ! La fin du statut remet en cause la spécificité du ferroviaire et les contraintes de production. Rappelons par ailleurs que dans le privé, les conducteurs de train verront leur salaire multiplié par 1.5 ou 2.

- rappelle à M. Spinettta que le modèle du transport aérien n(est pas transposable au transport ferroviaire, beaucoup plus rigide par nature -  les trains circulent tous sur les mêmes voies !

- appelle à maintenir la notion d’un service public ferroviaire pour tous, garant de l’égalité territorial et du développement durable.

Pour une  série de tracts et de documents à la virulence peu commune , voire le site internet de la CFE CGC ferroviaire !

La CFE-CGC ou le miroir des cadres en colère

« C’est le titre d’un article de Guy Groux publié sur Telos (https://www.telos-eu.com/fr/societe/la-cfe-cgc-ou-le-miroir-des-cadres.html) Extraits
Lors des discussions sur la loi El Khomri ou les « ordonnances Macron », le discours de la CFE-CGC était presqu’aussi radical que celui de la CGT. Elle voyait dans ces textes et lois un démantèlement du droit du travail, une machine en faveur de la précarité ou une réponse purement libérale aux mutations de l’emploi qui favorisait le patronat. La CFE-CGC semblait ainsi passer du camp syndical réformiste à un « front du refus » incarné par la CGT et SUD. S’agit-il là d’errements de la part de la direction de ce syndicat tant il est vrai que l’opinion des cadres en général reste plutôt modérée ou favorable face aux réformes sociales faites depuis deux ans ? Ou d’une stratégie liée au projet de réforme du statut des cadres qui doit être négociée en 2018 ? Voire à la disparition annoncée du régime de retraites spécifique aux cadres, l’AGIRC ? »

Commentaire : bon constat ! mais pourquoi parler d’errements ? Qu’en sait-il que l’opinion des cadres est modérée voire favorable aux réformes en cours (  1) pas la mienne, ni l’un, ni l’autre en tous cas ! -2° n’ya-t-il pas surtout un très fort conformisme des cadres dans leur expression, mais pas sur le fond ?) Et pourquoi y voir une tactique face à des menaces catégorielles et spécifiques et non une révolte réelle ?

« Ruse de l’histoire ? En 1946, à la veille de la guerre froide, Roger Pascré, un ingénieur mais aussi militant communiste et dirigeant du Cartel confédéral des cadres de la CGT, écrivait : « Un nombre croissant d’ingénieurs et de cadres de plus en plus spécialisés dans une économie dirigée moins par des techniciens que par des financiers a conduit ces derniers à considérer l’ingénieur comme « masse » et non plus comme individualité et à voir en lui un élément compressible du prix de revient et non plus un des agents essentiels de la prospérité économique » (Travail et technique, organe du Cartel des cadres CGT, n°3, août-septembre 1946). Au moment où l’économie allait beaucoup s’appuyer sur les ingénieurs, les cadres et les couches moyennes salariées qui devaient amplement bénéficier des fruits de la croissance au niveau matériel comme dans l’éducation, l’analyse de Roger Pascré semblait relever de l’idéologie la plus pure »

Commentaire ; ben oui, et aujourd’hui ce constat, ce discours serait sans doute approuvé par une très large majorité de cadres y compris de la CFE-CGC.
Dans le public, ils n’en pleuvent plus de l’idéologie de la secte libérale qui déconsidère toute forme de service public, qui ment et calomnie, comme on le voit avec la SNCF et EDF, qui étouffe par le manque de moyen pour mieux dépecer ensuite, ne gardant que ce qui est rentable.
Dans le privé, ils sont écœurés de la financiarisation des entreprises, de la perte de pouvoir des ingénieurs et cadres au profit de managers mercenaires chargés de dégager le maximum de valeur pour l’actionnaire le plus rapidement possible, quitte à mettre l’entreprise en péril, au refus de considérer le long terme et des projets mobilisateurs au profit du court-termisme boursier .

Et, tous les sondages le montrent, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas adhérer à la stratégie de leur entreprise, à en être écœurés voire à se révolter contre elle. Cette révolte prend pour l’instant plus souvent la forme d’un épuisement psychologique que d’une action ouverte- jusque quand ? Le résultat inattendu du sondage d’Air France ayant abouti à la démission du président devrait faire réfléchir….


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dimanche 13 mars 2016

Réforme du code du travail : non au projet El Khomri


La hiérarchie des normes
Il existe une multitude de raison (presque autant que d’articles, mieux vaudrait supprimer tout le projet) pour s’opposer au projet Valls El Khomri de réforme du code du travail. L’un des plus flagrants, mais aussi me semble-t-il l‘un des moins discutés est l’inversion de la hiérarchie des normes : auparavant, les accords  collectifs prévalaient sur les accords d’entreprise et un accord d’entreprise ne pouvait offrir que des conditions plus favorables que celles de l’accord collectif ; demain si ce projet passe, par un référendum d’entreprise, un accord d’entreprise pourra imposer, en termes de salaires d’horaires ou conditions de travail, des conditions moins favorables si elles sont acceptées par in référendum d’entreprise.

C’est assez désespérant, mais cette primauté des accords collectifs sur les accords individuels fut un combat syndical centenaire, pour une raison bien simple : s’il est possible de déroger aux accords collectifs, alors c’est une compétition insane au détriment des salariés qui se met en place ; l’entreprise la plus en difficulté d’un secteur, sans doute parce que la plus mal gérée, imposera à ses salariés des baisses de salaires ou augmentation de temps de travail assez facilement par un chantage à l’emploi,  et progressivement les entreprises du secteur seront contraintes à s’aligner sur elles.

On mesure facilement  quel point cette inversion des normes est dangereuses, et tout particulièrement en temps de crise économique et de chômage fort. Extrêmement dangereuse pour les salariés, elle l’est aussi néfaste pour l’ensemble de l’économie, en créant une spirale attirant l’ensemble d(‘une branche vers des productions de faible valeur à faible coût, et de plus en plus dé déqualification ; c’est une spirale infernale qui se met, en place, la compétitivité par les coûts et non par la qualité et l‘innovation, l’inverse de ce qu’il faut faire.

Le Cercle des Prolétaires Positivistes : vive les conventions collectives
J’en reviens à ma doctrine favorite, la Positivisme. On l’ignore généralement mais le Positivisme a généré en France un mouvement ouvrier non négligeable, au début du XXème siècle, avec des figures comme Auguste Keufer, (1851-1924), fondateur de la CGT du livre t et premier trésorier de la CGT. Voici donc la position du Cercle des Prolétaires Positivistes, dont il fut le principal animateur lorsque, entre 1906 et 1908, fut discuté la création du code du travail et la possibilité de signer des accords collectifs d’entreprises (aujourd’hui accords de branche ) : « Le projet de loi sur le contrat de travail déposé le 2 juillet 1906 sur le bureau de la Chambre des députés est l’un des plus ,importants de la présente législature. Il invite le législateur à fixer légalement la définition, la validité, les effets et les preuves juridiques, la formation et la rupture du contrat individuel qui lie l’employeur et l’employé, ces deux derniers termes embrassant le premier, tous les patrons, et le second, tous les salariés. Le projet porte inévitablement sur les règlements d’atelier, les amendes, le délai-congé et enfin sur la grève et  lock out. Il se propose en outre de donner une valeur légale et juridique au contrat collectif de travail vers lequel s’achemine l’industrie moderne, bon gré, mal gré sous la pression des travailleurs syndiqués

Examinant le contrat collectif, ou plus exactement la convention collective relative aux conditions de travail, le Cercle des Prolétaires Positivistes met en lumière ses trois principaux avantages pour le bon ordre de la société économique.

Le contrat collectif est seul propre à établir un certain équilibre entre l‘employeur qui fournit le travail, et l’employé qui  doit travailler pour assurer son existence et celle des siens. Il peut largement moraliser la concurrence entre employeurs, en c sens que, grâce à lui, cette concurrence ne peut plus s’exercer avec autant d’intensité sur la salaire et sur l’ensemble des conditions de travail, et qu’ainsi, le meilleur patron n’a plus à pâtir du plus mauvais. Le contrat collectif enfin, les faits le prouvent, est surtout propre à maintenir ou à rétablir l’accord entre employés et patrons.

Projet de Loi El Khomri : désordre et régression

Le Positivisme a la conviction qu’il est possible de déterminer des lois de l’organisme social, comme il y a des lois physiques et biologiques. Son slogan le plus connu est « Ordre et Progrès ». Un Positiviste sait  reconnaître une mesure qui favorise le progrès et l’ordre social de son inverse, il dispose de lois pour cela. Or, toute la connaissance positive et historique de l’ordre social ne peut aboutir qu’à ceci : ce projet de loi, ce n’est pas ordre et progrès, mais désordre et régression. Dans l’intérêt de tous, et aussi pour le respect de la mémoire de tous ceux les travailleurs qui, positivistes on non, ont lutté pour l’établissement du droit du travail, ce projet doit être combattu aux côtés de tous les syndicats qui exigent son retrait.