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samedi 8 juin 2019

Vers l’éradication de l’hépatite C : Merci Gilead et la recherche pharmaceutique

L'arrivée à partir de fin 2013 des premiers médicaments de Gilead capables de guérir l'hépatite C chronique avait déclenché une vive polémique en raison de leurs prix initiaux, jugés exorbitants pour la sécurité sociale: plus de 40.000 euros par patient. 

Le Sovaldi de Gilead était rappelons-le la première molécule à guérir, guérir vraiment l’hépatite C, et ceci en quelques semaines. Il s’agissait là d’une découverte remarquable, d’une immense avancée thérapeutique. Avant le Sovaldi (Sofosbuvir), il y avait aucune guérison de l’hépatite C, seulement des traitements en ralentissant l’évolution. Ces traitement de l’hépatite C reposaient sur l’interféron et la ribavirine et nécessitaient des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, agissaient sur environ la moitié des patients, mais provoquaient des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même à quarante mille euros, même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu qu’apporte le médicament de Gilad, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir à 40.000 euros était rentable pour la société, au moins pour les cas les plus graves.

Que n’avait-on pas alors entendu ? Certains ont voulu faire appel en justice contre le médicament à 84.000 dollars ... les clameurs anti-industrie pharmaceutique  ont été abondamment et complaisamment relayées par les « Hépatite C : le nouveau hold-up des labos », Hépatite C : le coût « exorbitant » de nouveaux traitements dénoncé  (Le Monde) ; appel de Philippe Even, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Nicolas Dupont-Aignan (jamais en retard d’une démagogie) à « légalement autoriser des laboratoires pharmaceutiques concurrents de Gilead « à produire des génériques du sofosbuvir  en leur accordant des licences » .( c’est quitter tout système de protection industrielle et la fin du progrès !- même l’Albanie ne fait plus ça !) etc., etc.

Ces déclarations  devraient faire honte à leurs auteurs !

Tous seront traités et espérons-le guéri !

En raison du prix élevé (mais répétons-le, parfaitement justifié quant au service médical rendu) le gouvernement français s avait d'abord réservé le traitement de Gilead aux patients les plus gravement atteints, chez lesquels il fallait absolument empêcher l’évolution vers le cancer. Peu à peu, les prescriptions se sont élargies.
Ce qui devait se passer est arrivé. L’invention de Gilead, une fois inventée ! et publiée comme il se doit dans un brevet pouvait assez facilement être transférée à d’autres molécules. Abbvie notamment a concurrencé Gilead. En mars 18, le gouvernement français est parvenu à un accord avec Gilead et Abbvie et les médicaments de Gilead (Sovaldi, Harvoni et Epclusa ainsi que son nouveau produit Vosevi, un traitement de réserve pour les patients n'ayant pas répondu favorablement aux autres traitements jusque là disponibles) et celui d’Abbvie  (Maviret) seront , en plus des hôpitaux, accessibles dans toutes les pharmacies de France, à un prix inférieur à trente mille euros.

Le traitement miracle s’est en sorte tellement banalisé que, début juin 2019, les généralistes pourront le prescrire. Tous les patients pourront être soignés plus facilement, partout en France.

L’éradication de l’Hépatite C devient un objectif possible. Pour la France, le Premier Ministre et le ministre de la Santé ont annoncé une  élimination d’ici à 2025 – c’’est désormais un objectif officiel L’hépatite C chronique, grâce à Gilead et à ses chercheurs,  infection silencieuse responsable de cirrhose et de cancers du foie, est aujourd’hui la seule maladie virale chronique à pouvoir être guérie. Environ 130.000 adultes restent infectés par le virus de l'hépatite C en France métropolitaine et environ 75.000 d'entre eux ignoreraient qu'ils le sont, selon des estimations citées par la Haute Autorité de santé (HAS) fin 2017. Cela devient maintenant le principal défi que de les identifier ( la question du dépistage plus ou mis systématique se pose) de façon à ce qu’ils puissent bénéficier e cett immense progrès.

Une ombre au tableau ? Ah oui, pour certains actionnaires de Gilead, le traitement marche trop bien et trop rapidement, ce qui diminue les profits. Pour certains, un médicament qui guérit, c’est pas très bon.

Merci à Gilead, à ses chercheurs, à l‘industrie pharmaceutique qui a fait magnifiquement son travail. Cela ne pourra continuer que si les avancées thérapeutiques réelles sont justement rémunérées.
Il nous une vraie politique du médicament qui favorise l’innovation et ne se limite à des baisses de prix ; et de préférence l’innovation en Europe, alors qu’une politique de dénigrement systématique et de baisse des prix aveugle conduirait, surtout en France, à la fin de la recherche thérapeutique – dans le pays de Pasteur et de Claude Bernard !  L’Europe, si elle veut redorer un blason bien terni, serait bien inspirée de s’occuper de politique de santé pour ce qui peut le plus efficacement être réalisé à son échelle .

Cf aussi : https://vivrelarecherche.blogspot.com/2014/04/medicaments-et-progres-therapeutique-le.html


vendredi 7 octobre 2016

Tous les médicaments ne sont pas du Solvadi-Sarepta

J’ai déjà eu l’occasion dans plusieurs  blogs de dire combien je trouvais injustifiées les attaques contre Gilead et son médicament contre l’hépatite C, le solvadi (sofosbuvir), et contre son prix, justifié quant au service médical rendu, et même d’un point de vue économique ; d’autant que de nombreuses firmes pharmaceutiques ont eu en main des molécules assez analogues et n’en ont rien fait car Gilead a inventé un double système de prodrogue très sophistiqué qui permet  d’assurer une concentration maximale du produit à son site d’action et constitue une véritable innovation qui permettra sans doute d’autres avancées.
Les contempteurs de l’industrie du médicament devraient réserver leur attention et leur hostilité à d’autres cas où effectivement certaines sociétés pharmaceutiques se comportent en véritables ruffians, manipulant des patients désespérés pour obtenir des avantages et des profits indus. C’est le cas notamment pour la firme Sarepta et son anticorps eterplisen

Sarepta : la stratégie du margoulin

La myopathie de Duchenne, est une terrible maladie génétique, résultant de l’altération de la dystrophine, une protéine responsable de la force musculaire. L'incidence est estimée  à 1 sur 4000 - les garçons sont quasi exclusivement  atteints.  Les malades sont généralement en fauteuil roulant à partir de l'âge de 12 ans et  l'espérance de vie  est d’environ 25 ans, la principale cause de mortalité étant l’affaiblissement du muscle cardiaque.
Il n’existe aucun traitement et exploitant  la détresse des patients, la  firme Sarepta vient d’obtenir de la FDA l’autorisation de mise sur le marché de l’eterplisen, malgré l’opposition d’une grande partie des experts  de la FDA. Cet accord a été obtenu dans le cadre d’une procédure accélérée réservée aux maladies orphelines, ici détournée de son objectif. 
A l’appui de sa demande, Sarepta a présenté à la FDA un dossier d’étude clinique de huit ( !) jeunes garçons ; les niveaux de dystrophine des patients traités par l’eteplirsen étaient en moyenne  de 0,93 % celui de normal après 3 ans et demi, à peu près le même que dans les patients DMD non traités avec le médicament. Autrement dit, le pseudo médicament est inactif. Et non seulement, il est inactif, mais sa toxicité n’a pas été suffisamment évaluée.
En plus Sarepta a menti et l’un des directeurs de la FDA a eu ce commentaire inhabituellement sévère:  « Je manquerais à mon devoir si je ne faisais pas remarquer que le promoteur de l’étude a fait preuve d’une grave irresponsabilité en jouant un rôle dans la publication et la promotion des données sélectionnées lors de l’élaboration de ce produit. Non un article trompeur a été publié en ce qui concerne les résultats de l’étude 201/202147 – qui n’a jamais été rétracté — mais Sarepta a également publié un communiqué de presse en se fondant sur l’article trompeur et ses conclusions. »
« Accorder l’approbation accélérée ici sur la base des données présentées pourrait empirer la situation des patients souffrant de maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement — tant en décourageant les autres firmes pharmaceutiques de mettre au point des traitements efficaces pour la myopathie de Duchenne qu’en encourageant les autres compétiteurs à ’obtenir une autorisation pour qes affections graves avant qu’ils aient investi le temps et la recherche nécessaire pour établir si un produit a une action clinique bénéfique. Si nous devions approuver l’eteplirsen sans preuves substantielles nous pouurions rapidement nous retrouver en position d’avoir à approuver une myriade de traitements inefficaces pour les groupes de patients désespérés. »
Manipulant des patients désespérés et un bataillon d’avocats très chers et très puissants – au point qu’un responsable de la FDA a estimé que si Sarepta avait dépensé les mêmes moyens et la même énergie à étudier son produit, ils auraient déjà en main des résultats permettant de se prononcer valablement sur son intérêt-, Sarepta est cependant parvenu à obtenir un agrément de la FDA. L’argument du responsable qui a accordé l’autorisatuon contre l’avis de la plupart de ses collègues était curieux : il ne s’agissait pas de savoir si l’eteplirsen était efficace ( c’est un « placebo scientifiquement élaboré » selon l’avis de ceux qui ont étudié le dossier), mais de prendre en compte le fait que Sarepta devait être recapitalisé pour pouvoir continuer. Ceci au moins fut un franc succès, sur fonds de possibles conflits d’intérêts : l’après-midi même de l’annonce, l’action de Sarepta augmenta de 86%.



Et Sarepta annonce son intention de proposer son pseudo médicament sur le marché européen, où il faut donc s’attendre aux mêmes manœuvres de margoulins.
Espérons que les agences européennes auront le courage et la légitimité scientifique pour s’opposer à ce type de manœuvres qui risquent autrement de devenir de plus en plus communes. Ce n’est pas gagné, et c’est un combat qui devra être mené devant l’opinion publique.


vendredi 23 septembre 2016

Le Sovaldi accessible à tous les patients


Fin d’une absurdité

C’est une très bonne nouvelle : Marisol Touraine a annoncé ce matin, la fin des restrictions de traitements de l'hépatite C. De 150 à 180 000 nouveaux malades sont concernées et pourraient bénéficier d'ici à début 2017 du traitement par le Sovaldi (Sofosbuvir) des laboratoires Gilead

Le Sofosbuvir  constitue un progrès thérapeutique majeur particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C. La situation actuelle, qui réservait aux malades les plus gravement atteints par le virus de l'hépatite C (VHC) le droit de recevoir un traitement à base des nouveaux antiviraux pouvant guérir la majorité d'entre eux, pour des raisons budgétaires, devenait intenable. Les associations faisaient remonter des cas tragiques ou, dans un couple contaminé, la femme, malade, mais non dans un état critique, parce qu’elle avait suivi un régime approprié, se voyait refuser un traitement accordé à son mari qui avait continué à consommer de l’alcool en abondance. Certains médecins recommandaient même à leurs patients de modifier leur conduite de façon à aggraver leur état ; d’autres les envoyaient à l’étranger, d’autres enfin ne respectaient pas les consignes du ministère et l’arbitraire total régnait.

 Un progrès majeur

 Le Sofosbuvir est un nouvel antiviral, dont les premières études ont montré qu’il était particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C- guérison totale pour pratiquement tous les patients !   (cf par exemple New England Journal of Medecine par Sulkowski MS. et al., avec une association Daclatasvir + Sofosbuvir, chez les patients infectés par le VHC de génotype 1 en échec d'inhibiteur de protéase de première génération, aux stades de fibrose Fo-F2. Avant l’époque Sofosbuvir, le traitement de l’hépatite C était  reposait sur l’interféron et la ribavirine et nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, guérissait environ la moitié des patients, mais provoquait des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir est fortement  rentable pour la société.

Au terme de négociations avec Gilead, le comité économique des produits de santé (CEPS) avait  fixé le prix du médicament Sovaldi à 13 667€ HT par boîte de 28 comprimés, soit  41001€ pour un traitement. Ce prix devrait baisser sur la base d’accords prix volumes

 Une politique sérieuse du médicament

 Le Sovaldi, c’est la recherche thérapeutique à son meilleur, un progrès incontestable. Alors, les clameurs anti-industrie pharmaceutique qui ont accompagné son lancement devraient faire honte à leurs auteurs : « Hépatite C : le nouveau hold-up des labos », Hépatite C : le coût « exorbitant » de nouveaux traitements dénoncé  (Le Monde) ; appel de Philippe Even, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Nicolas Dupont-Aignan à « légalement autoriser des laboratoires pharmaceutiques concurrents de Gilead « à produire des génériques du sofosbuvir  en leur accordant des licences » ( c’est quitter tout système de protection industrielle et la fin du progrès !- même l’Albanie ne fait plus ça !) etc., etc.

Les patients méritent mieux que cela, une vraie politique du médicament qui favorise l’innovation ; et de préférence l’innovation en Europe, alors qu’une politique de dénigrement systématique et de baisse des prix aveugle conduit, surtout en France, à la fin de la recherche thérapeutique – dans le pays de Pasteur et de Claude Bernard !  L’Europe, si elle veut redorer un blason bien terni, serait bien inspirée de s’occuper de politique de santé pour ce qui peut le plus efficacement être réalisé à son échelle ; et, en France, il est aussi consternant de voir à quel point la politique de santé est absente de la campagne électorale qui s’annonce, alors que c’est un sujet de préoccupation important.

D’autant, qu’à l’inverse de Gilead et du Sofosbuvir, il y a des firmes pharmaceutiques qui ont un comportement de voyous, c.f.  Sarepta pour la myopathie de Duchenne, le sujet d’un blog à venir.
 
 

samedi 23 avril 2016

Cash investigation et l’industrie pharmaceutique

Cash investigation m’énerve souvent, avec son ton Michael Moore, mais sans l’humour, juste le ton inquisitorial, l’agressivité et parfois la mauvaise fois, la volonté de dénoncer un immense scandale à chaque reportage, même lorsqu’il n’existe pas (il faut rentabiliser les moyens de la chaine ? même dans le service public ?) mais aussi, il faut le reconnaître, de véritables enquêtes permettant de confronter des interlocuteurs à leurs mensonges ou de démonter leur discours fallacieux. L’émission du 9 février dans sa partie consacrée à l’industrie pharmaceutique, était assez exemplaire de ce point de vue, avec deux dossiers. L’un consacré au Sofosbuvir de Gilead et à son prix, était  traité de manière caricaturale, l’autre à GSK et à sa politique sur les vaccins pédiatriques dénonçait, en effet, un véritable scandale.

Gilead et le Sofosbuvir

Le Sofosbuvir  est un véritable miracle thérapeutique dont tout le monde devrait se réjouir, l’antiviral qui permet de guérir l’hépatite C, le premier médicament avec une telle efficacité. L’enquête de Cash investigation s’est focalisée sur le prix du Sofosbuvir (Sovaldi) : E n France, le prix d’une boite de 28 comprimés a été fixé à 13 667 € par un accord survenu entre le comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire Gilead. La cure de 12 semaines coûte ainsi 41 000 € par patient. L’ enquête de Cash investigation comparait le prix français au prix américain ( nettement plus élevé d’environ 25% ?)…et au prix du Bengladesh ( ridicule). Ridicule, aussi la comparaison !

Commentaires :

Cash investigation considérait le prix français comme scandaleux. Avant l’époque Sofosbuvir, le traitement de l’hépatite C était  reposait sur l’interféron et la ribavirine et nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines, guérissait environ la moitié des patients, mais provoquait des réactions indésirables fréquentes entrainant l’arrêt du traitement, et parfois engageant le pronostic vital. Ensuite, il ne restait que la greffe de foie et les traitements immunosuppresseurs à vie. Même en laissant de côté la guérison, le confort de vie, l’immense service médical rendu, même en se bornant aux simples considérations économiques, le traitement par le Sofosbuvir est rentable à terme pour la société.
D’autant que le prix par traitement devrait baisser, en raison d’un mécanisme intelligent d’accords prix volumes. Plus de patients sont traités, plus le prix par traitement diminue. Cela devrait permettre de traiter plus de patients à des stades moins avancés. Les malades et la société y gagnent, le laboratoire a une garantie sut son chiffre d’affaire.
Enfin, le prix du Sofosbuvir se justifie aussi par le fait qu’il s’agit de la première molécule de sa classe. La voix est maintenant ouverte pour des concurrents qui trouvent devant aux une nouvelle voie bien défrichée. Des molécules concurrentes, éventuellement meilleures devraient voir le jour rapidement et feront baisser le prix du traitement. Mais si le premier à inventer un traitement réellement innovant ne peut recevoir la juste rémunération de ses efforts et des risques qu’il a pris, alors il n’y aura plus de premier, ni par conséquent plus de deuxième ou troisième…
Le deuxième « scandale »  révélé par Cash investigation, c’était que les deux tiers des experts qui ont eu à évaluer le Sofosbuvir avaient travaillé avec le laboratoire Gilead lors des études cliniques. Vieux problème déjà mentionné cent fois : lorsque qu’une innovation thérapeutique de cette nature apparait, c’est tout à fait normal. Il est même étrange qu’un tiers des experts consultés n’aient pas travaillé avec la molécule ; à la limite, leurs patients devraient les poursuivre… Encore une fois, ce qui compte, c’est que chacun sache ce que chacun a fait et reçu (« vivre au grand jour, exigence portée par Auguste Comte  à la fonction d’expertise»). Des progrès en ce sens étaient nécessaires, pour l’essentiel, ils ont été faits.
« Troisième scandale », le prix au Bengaldesh, qui, selon Cash investigation, devrait représenter une référence pour le prix français. Alors là, les bras m’en tombent. Le Bengladesh produit le médicament en dehors de tout respect du système international de brevet ; il agit donc en passager clandestin, profitant des efforts de recherche financés par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux, sans y prendre sa part. Compte-tenu de sa situation économique et sanitaire, comment le lui reprocher ? Même la santé publique mondiale y gagne. (cf Lester Thurow et ses commentaires sur le système de protection intellectuelle)
Seulement, ce que Cash Investigation devrait constater, c’est que les dépenses de recherches financées par l’industrie pharmaceutique et les assurés sociaux des  pays occidentaux constituent l’une des aides plus utiles, les plus généreuses, les plus bénéfiques accordées aux pays en voie de développement… ce que personne ne semble remarquer

GSK et les vaccins pédiatriques

Depuis quelques temps, il est impossible de trouver en France un vaccin pédiatrique autre que le vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, méningite, hépatite) produit par GSK.- alors que seuls diphtérie, tétanos, polio sont obligatoires, coqueluche et méningite fortement recommandés et hépatite recommandée, mais plus discutée). L’explication fournie par les producteurs de vaccins, (qui, en passant, se mettent en infraction avec leurs obligations les plus élémentaires et le plus fondamentales) consiste en une pénurie de vaccins contre la coqueluche (extrêmement important, des foyers infectieux réapparaissent un peu partout en France) provoqués par des changements de législations dans différents pays. Curieusement, il se trouve aussi que le vaccin hexavalent coûte près de  40 euros contre près de 26 euros pour l'Infanrix Penta, et 15 euros pour l'Infanrix Tétra ; et que les autres vaccins sont si peu chers qu’ils ne sont plus commercialement très intéressants.
Cash investigation s’est intéressé à ce dossier. Un scientifique de GSK justifiait la situation en affirmant que, puisque pénurie il y a, il valait mieux privilégier le vaccin hexavalent en raison de ses avantages en matière de santé, puisqu’il permet de préserver en une seule fois contre coqueluche et méningite, ce qui représente effectivement un progrès réel ; et également l’hépatite B. L’homme était surement sincère et légitimement fier de la mise au point de ce vaccin hexavalent ; simplement, il est inadmissible que des alternatives parfois nécessaires ne soient plus disponibles.
Mais l’équipe de Cash investigation, et c’est là qu’elle est à son meilleur,  a déniché le discours d’un patron de GSK lors de la remise d’un prix de management ou de stratégie, discours dans lequel il se vantait d’avoir racheté tous les brevets concurrents de vaccin contre l’hépatite B en France, puis imposé le vaccin hexavalent, qui puisqu’il comprenait le vaccin contre l‘hépatite B donnait à GSK , le quasi monopole des vaccins pédiatriques en France, avec de plus le prix le plus élevé. La stupéfaction des scientifiques de GSK devant ce discours cynique de leur patron avait quelque chose de gênant.  Il n’est peut-être pas indifférent de noter que GSK est également en train de fermer son centre de recherches en France (aux Ulis) et qu’il a été parmi les laboratoires les plus sanctionnés par la Chine pour ses pratiques de quasi-corruption auprès des médecins ; il semble décidément y avoir un problème d’éthique dans cette firme.

Le pire est encore que des comportements de ce genre fournissent des prétextes aux adversaires des vaccinations et mettent en danger une couverture vaccinale pourtant indispensable. Ceux qui ont vu des enfants atteints de poliomyélites, heureusement quasiment disparue dans nos contrées et qui sera peut-être un jour éradiquée comme la variole (nous n’en sommes pas loin), le comprendront sans peine, et les vaccins contre la méningite constituent aussi un progrès réel. Il faudra saisir l’occasion de la conférence mise en place par Mme Touraine pour redéfinir la politique vaccinale française (ce qui est obligatoire, conseillé) et pour qu’elle soit effectivement respectée par les industriels opérant en notre pays. 




samedi 4 avril 2015

Pleading for therapeutic research


What is a fair price for the sofosbuvir?
In April of this year, the New England Journal of medicine  announced a major, long-awaited therapeutic breakthrough.  In association with another antiviral - but without interferon, a new molecule, Sofosbuvir, allowed cure rates of hepatitis C from 93 to 99% after 24 weeks of treatment in patients infected with HCV genotype 1 in failure of protease inhibitor in the fibrotic stages. The good news quickly became subject of controversy; developed by Gilead, the treatment should be proposed to 60.000 euros for twelve weeks,  600 eur par  tablet. In France, the number of patients at all stages is of about 250.000. The cost would be truly unbearable if we treated all patients – though, however, they probably could  all benefit from it.
This kind of problem can be addressed by negotiations and usually price/volume agreements- more sales, lower price. But it is worrying that for most of  public opinion and health officials, Sofosbuvir appears as an economic problem rather than a major therapeutic breakthrough- whereas, leaving apart the patient life and life quality (!!!), it is also a major economic progress if you compare to rather inefficient  interferon (70.000 euros), not to speak of  liver transplant
A more pertinent question perhaps is this: Why do France and Europe invent us less and less drug in France and Europe, why do not we have success stories like Gilead? Gilead, founded in 1987 by Michael Riordan, a 29-year-old doctor infected by the virus of dengue on a humanitarian mission and wanting to devote himself to antiviral research, has developed and put on the market within a few years  many truly innovative drugs, among other  (anti-parasitic) Ambisome, (antiviral) Tenofovir, Cayston (antibiotic), the Emptricitabine (antiviral), the Flolan (Antithrombin), the Volibris (endothelin antagonist, first treatment for pulmonary hypertension), Macugen (synthetic protein derived from VEGF, against macular degeneration due to age), the famous Tamiflu, anti-viral flu A and B and first class of inhibitors neuramidinase.
Long live  the pharmaceutical industry !
Perhaps this is because we have become accustomed to consider drug as a cost, everywhere easy victim of ministers looking for savings, and not as a progress, pharmaceutical companies as profiteers, and not as entrepreneurs who take risks (cf. the mortality rate of the biotechs!) to invent remedies ; because drugs are seen as social expenses and not as patient benefit. I have always had difficulty to understand why when the French buy fewer cars, this is a national tragedy,  to be  remedied with subsidies, whereas if they buy drugs for their health, it is anti-civic behavior to punish! (And, by the way, yes, it may be justified to prescribe an antibiotic for a viral infection - almost all of the 50 to 100 million victims of the Spanish flu died of secondary bacterial infections, not the virus!)
So, remember. In 1967 appeared beta blockers. It was the first effective treatment against this 'silent killer' –hypertension- and dozens of years of life gained for many. They were followed in 1981 by inhibitors of the enzyme conversion, by antagonists of angiotensin (1995), becoming increasingly specific and safe. By the way, this success is the illustration of the need for several drugs targeting the same pathologies and also the same mechanisms to cover the variety of individual situations. I 1977, there were the first antiulcer medicines, antihistaminics; peptic ulcer and its unbearable pain, and its dangers that have long poisoned the life of our parent or grandparents has  gradually ceased to be a surgical indication and is well and safely treated by these antihistamines, and antibiotics, and Proton pump inhibitors (1989). In 1980, the therapeutic entered the era of genetic engineering with the production of the first recombinant interferon that allowed to treat previously untreatable viral diseases, with also insulin recombinant production (1980), and then growth hormone (1985) and many others, that will treat all patients without restriction, more easily and avoiding horrendous problems with viral contamination of natural hormones. In 1983, it was the discovery of the first anti-rejection drug, cyclosporine; without this new therapeutic class, the extraordinary adventure of transplants of all kinds would have been simply impossible, despite the ingenuity and technical prowess of surgeons. In 1985 was released the first antiviral drug active against HIV/AIDS, first of a long series; never any threatening and deadly epidemic for humanity was fought as quickly. In 1988, a new class of drugs, Statins could effectively treat this second silent killer that is the 'bad cholesterol '. From 1994, triptans could relieve migraine sufferers-only migrainous can understand what it means. In 1998, a antibody obtained by genetic engineering to effectively address the pain and disability caused by rheumatoid arthritis. In 2001 appeared Gleevec, first anticancer targeted drug, which acts directly on the proteins altered in some cancers (and not killing the cells in a quasi-indifferenciate manner); This was the first of the kinase inhibitors, a class in continuous expansion ; there will be no "magic bullets" against cancer, but more and more drugs tailored to each type of cancer - it comes out almost every year. New antidiabetic agents (a disease in expansion and still badly treated), the gliptines, appeared in 2006. And progress continues ; for example, new treatments, simple small chemical molecules have appeared against the terrible cystic fibrosis...
I am rather proud to work in pharmaceutical research, in an industry that saves, heals, improves the lives of humans. And yes, there should be aggressive, wise, encouraging policy for therapeutic progress in Europe to ensure there will still be in next future a pharmaceutical industry in France and Europe ; otherwise we will have to buy new expensive drugs elsewhere, or do without.
 

vendredi 14 novembre 2014

Politique du médicament : bon anniversaire au CEPS !


C’était beaucoup plus mal avant !
Peu de gens connaissent le CEPS, et pourtant il joue un rôle essentiel dans notre système de santé. Le CEPS, c’est le Comité Economique des Produits de Santé, et c’est lui qui a la responsabilité de fixer le prix des médicaments, des dispositifs médicaux et de toutes les prestations prises en charge par l’assurance maladie obligatoire. Le CESP existe depuis vingt ans, et à l’occasion de son rapport annuel, propose un bilan de son action.
Qu’existait-il avant le CEPS ? Eh  bien, c’était tout simplement la préhistoire, et un état qu’aujourd’hui même le tiers monde ne nous envierait pas ! Les prix étaient fixés par une Direction dépendant du Ministère de la Santé, et le ministre de la Santé, ou des affaires sociales, dépendait, lui, de ses électeurs. Par transitivité, le prix du médicament dépendait de l’électeur du  ministre, et souvent, de la construction d’une usine dans la bonne circonscription. Au gré des changements ministériels et des différentes interventions, on a ainsi vu des projets d’implantation d’usine faire le tour de France, de la Normandie à la Loire-Atlantique, aux Vosges pour arriver en Corrèze. Pour faire bonne mesure, on frappait par surprise les firmes pharmaceutiques d’une « contribution exceptionnelle » arbitraire, lorsque les comptes de la Sécu dérivaient un peu trop.
Vingt ans seulement ! Le CEPS est né de la révolte d’un certain nombre d’acteurs du système de santé et de hauts fonctionnaires pour sortir d’un système injuste, arbitraire, inefficace, qui conduisait la Sécu à la ruine et l’industrie pharmaceutique à sa disparition – parmi lesquels son premier directeur, Jean Marmot, issu de la Cour des Comptes. Le rapport lui rend un hommage mérité en ces termes : « Jean Marmot, premier président du CEPS, à l’époque Comité économique du médicament, a jeté les bases de son fonctionnement institutionnel et de la relation conventionnelle avec l’industrie pharmaceutique. Ce dispositif original, qui porte incontestablement sa marque est d’abord né de la conviction que les méthodes de tarification des médicaments précédemment pratiquées faisaient courir des risques importants, en termes de sécurité juridique et politique. Il fallait une évolution radicale, et le Comité en a été l’instrument : il est devenu une instance de concertation interinstitutionnelle, où l’on décide réellement des prix des produits de santé, sur la base d’un pouvoir réglementaire autonome…loin de considérer le Comité comme une simple « machine à tarifer » et procurer des économies pour l’assurance maladie, Jean Marmot avait d’emblée pressenti qu’il pouvait, grâce à la politique conventionnelle, être considéré comme un vecteur d’une régulation plus large du secteur des produits de santé ». Jean Marmot est également l’auteur d’un rapport important sur la politique du médicament.

Le fonctionnement du CEPS
Comment le CEPS définit-il son rôle ? « Lieu d’échange et de découverte entre administrations et entreprises, le Comité a permis de prendre et tenir des engagements réciproques durables. Du côté de l’Etat, il s’agissait, et il s’agit encore de donner aux entreprises un interlocuteur unique, disposant de la capacité de décider, décidant de manière suffisamment prévisible – c'est-à-dire s’appuyant sur une doctrine et des critères clairs, la stabilité du Comité, de son fonctionnement et des règles qu’il applique est certainement un élément constitutif important- sans être évidemment le seul - d’un environnement administratif favorable aux industries de santé en France et répondant à l’évolution des besoins des patients mais également des établissements de santé. »
Concrètement, le CEPS conclut avec l’industrie pharmaceutique des accords par produits, souvent du type prix-volume, mais aussi sur le respect des posologies de l’AMM (autorisation de mise sur le marché) ou le coût de traitement journalier moyen. Dans un accord prix volume, le prix est fixé en fonction du nombre de patients attendus; si le nombre de prescriptions est supérieur, le prix est revu à la baisse. Les engagements de type prix/volume représentent 75% des remises dues, soit 546M€ pour 2013. Elle sont concentrées sur un petit nombre de médicaments, fortement innovants et de firmes  :  Novartis avec le Lucentis (dégénerescence maculaire) et le Glivec (leucémie) ; Abbvie avec Humira (polyarthrite rhumatoïde) ; Pfizer (Ambrel, polyarthrite rhumatoïde) ; Astra Zeneca ( symbicort, asthme), BMS (Avastin, cancer, Yervoy, mélanome). Ces remises reflètent la difficulté à prévoir le succès et le juste prix d’un médicament très innovant (ASMR  amélioration du service médical rendu- supérieure à III) et la nécessité d’ajuster en fonction des résultats cliniques.
Il existe aussi une régulation financière collective liée au respect global par l’industrie pharmaceutique de l’objectif de croissance des ventes des médicaments remboursables. Elle comporte une part assise sur le chiffre d’affaires total de l’entreprise (10% du dépassement au-delà d’un seuil prévu dans la convention) et des remises quantitatives fonction de la place de l’entreprise dans les segments de marché par pathologie. Le Chiffre 2013 de consommation de médicament est de 24,7 milliards d’euros, et il est en baisse depuis deux ans (il n’ y a plus de remises pour clauses collectives).
Les pratiques du CEPS
Le CEPS revendique « une doctrine et des critères clairs, et offrant certaines garanties de visibilité sur un voire deux exercices annuels ». Voyons quelques exemples de la doctrine du CEPS :
Fixation du prix des médicaments innovants : depuis très longtemps, il était en effet tacitement admis, dans la plupart des pays, qu’un médicament apportant un progrès notable pouvait prétendre à un avantage de prix par rapport au médicament de comparaison, comme le code de la Sécurité sociale l’autorise en France. Dans certaines classes, en particulier les anticancéreux, dans lesquelles les innovations se sont succédées à un rythme assez soutenu, ce mécanisme a pu aboutir à des prix correspondant à des coûts de traitement considérables : jusqu’à environ 50 000 € par an et par patient pour certains produits. Le comité considère qu’à ces niveaux de prix l’accès au marché français constitue un avantage suffisant pour les innovateurs.
Pour les médicaments d’ASMR IV (forte amélioration du service médical rendu), la discussion du prix tient compte des caractéristiques de la population traitée. Par exemple, lorsque le médicament a la même population cible que son comparateur, le comité estime volontiers qu’un bénéfice suffisant de l'innovation pour l'entreprise consistera dans l'accroissement de ses parts de marché, sans qu'il y ait lieu d'y ajouter un avantage de prix. Il peut en aller différemment lorsque l'ASMR résulte d'un avantage spécifique pour une population plus restreinte.
Fixation du prix des génériques : la décote des génériques par rapport au prix du princeps, a été portée en 2012 de 55% à 60% pour les brevets échus à compter de janvier 2012. Lorsque du fait de la faible taille du marché concerné, du coût de production du générique ou du faible niveau de prix du princeps lié à son ancienneté, la mise sur le marché d’un générique ne peut se faire avec une décote de 60% par rapport au prix fabricant HT du princeps, le comité peut accepter d’appliquer une moindre décote.
Dans les classes pharmaco-thérapeutiques homogènes disposant d’une substitution générique importante, le coût de traitement des génériques d’un côté et celui des princeps de l’autre, est aligné vers les prix les plus bas. Le prix princept baisse donc lors de ‘introduction d’un générique
Politique de mee too : Le CEPS, contrairement parfois à la Commission de transparence (qui évalue le service médical rendu) ne  considère pas  des molécules différentes comme des mee-too, mais comme des médicaments différents, même s’ils ont des mécanismes d’action très voisins. Ils sont le fruit de recherches indépendantes et les risques courus à cette occasion par les entreprises sont analogues. « Il ne s'agit donc pas de "me-too" mais de concurrents arrivés sur le marché à des dates diverses. Le comité considère qu'il n'y aurait que des inconvénients à limiter a priori le nombre et la diversité de ces concurrents, tant pour des raisons de coûts (les nouveaux apportent, conformément au code de la sécurité sociale, une économie dans le coût de traitement) que pour des raisons médicales (même sans ASMR, une nouvelle molécule peut constituer un meilleur choix pour une partie des patients). Egalement parce que limiter l'accès au marché au premier ou au petit nombre de premiers arrivés, si tous les systèmes de santé en faisaient autant, ferait peser un risque insupportable de tout ou rien sur la recherche des entreprises. »
Alors, le CEPS a-t-il une doctrine sûre et fiable ?  Il a en fait mieux que cela, une démarche rationnelle et scientifiquement bien informée, médicale et économique au service des patients de façon à leur permettre l’accès aux médicaments au prix le plus juste possible, en tenant le cap entre les stratégies sophistiquées des entreprises et les pressions du gouvernement pour faire baisser les dépenses de santé : « Le Comité a assuré et assure toujours l’accès de tous les malades qui en relèvent, aux produits de santé nouveaux et innovants. Contrairement à d’autres Etats qui sont conduits à limiter cet accès, d’une manière souvent opaque, la France peut, de ce point de vue afficher des résultats remarquables, par exemple dans les domaines de l’oncologie ou des maladies rares. À ce jour, aucune innovation confirmée ne manque à l'arsenal thérapeutique des médecins traitants, et le nombre de médicaments orphelins disponibles y est l'un des plus élevés d'Europe ».
Le prix des médicaments
Le rapport du CEPS s’est enrichi d’une comparaison internationale du prix des médicaments, exercice qui n’a rien de facile en raison de systèmes très dissemblables (pour la méthodologie, cf annexe 8du rapport). Pour les prix des médicaments brevetés (coût d’un panier représentatif de médicaments), l’étude la plus complète est canadienne et donne : Canada 1 (référence), France 0.76, Italie 0.80, Allemagne : 1.11, Suède 0.90, Suisse : 1.01, Royaume-Uni : 0.80, USA : 2.02. La France a donc les prix le moins chers du panel, ce qui est remarquable comparé par exemple au Royaume Uni, où un système national  de santé (NHS) en pleine déliquescence restreint, voire interdit, l’accès à certains médicaments innovants d’une façon qui nous paraitrait insupportable- et que les Britanniques supportent de moins en moins.
Pour les médicaments génériques, l’étude la plus homogène avec la même méthodologie (panier type) est suisse et donne les résultats suivants : Suisse 100 (référence), France 81, Autriche 65, Danemark 38, Allemagne 47, Royaume-Uni 40, Pays-Bas 32. A noter qu’une étude par unité standard (médicament par médicament, sans tenir compte du volume de consommation) donne des résultats assez différents, selon lesquels la France est dans la moyenne basse européenne (enquête Gemme 2010 : France : 0.18, Port : 0.27, Belg. : 0.27, Allemagne : 0.24, Italie : 0.20, Royaume-Uni : 0.20, Espagne 0.18, Finlande : 0.18, Pologne : 0.11)
Donc, contrairement peut-être à l’opinion admise, les médicaments sous brevet sont peu chers en France, les génériques sont plus chers, mais pas à l’unité, essentiellement en raison de la structure volume prix : plus de consommation de génériques moins chers au Royaume-Uni et en Allemagne, par rapport à la France, ou, autrement dit, les génériques les plus consommés en France sont plus chers. Il y a peut-être là une piste d’amélioration, il semble qu’une politique généreuse de prix pour inciter les compagnies à mettre des génériques sur le marché ait été, justement,  un peu trop  généreuse, ; ce qui, par parenthèse, peut aussi décourager l’innovation.
En perspective sur vingt ans, le rapport du CEPS fait remarquer que le marché pharmaceutique a radicalement changé de physionomie. « Les brevets des blockbusters des années 90 sont pour leur grande majorité tombés dans le domaine public. Copiés, ils ont largement alimenté le développement du marché des médicaments génériques. L’innovation se concentre sur des domaines thérapeutiques plus ciblés : les médicaments orphelins, les médicaments de « niche » en oncologie, les thérapies ciblées constituent les secteurs d’innovation principaux. Sans être négligées, les grandes pathologies chroniques ne voient pas poindre d’innovations radicales. Le domaine de la virologie, après le traitement du SIDA, paraît être, avec les nouveaux antiviraux indiqués dans l’hépatite C, un secteur d’innovation majeure. »
Quelques questions cependant :

Il ne faut évidemment attendre de critiques fortes du rapport qu’un organisme fait sur lui-même. Encore une fois, le rôle du CEPS dans la santé publique française est de première importance, bien qu’assez ignoré, et un Parlement qui ferait sérieusement son travail l’examinerait et le discuterait de près avant de fixer l’ONDAM (Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie) à pile ou face et de pleurer chaque année sur sa dérive. Il me semble que le  CEPS, sur les vingt ans, a plutôt bien fait le job, et qu’hommage doit être rendu à ceux qui l’ont fondé et présidé (Jean Marmot, Jean-François Bénard, Noël Renaudin, Gilles Johanet, Dominique Giorgi…, et à ceux qui y ont plutôt bien travaillé, pris entre l’enclume des industries et le marteau des pouvoirs publics.

La baisse de dépense des médicaments en 2012 et 2013 traduit-elle l’efficacité de la régulation, ou un début de renonciation à des soins pour cause de crise ? Le CEPS par définition ne s’occupe des produits déremboursés, il serait quand même intéressant d’avoir des études sur l’incidence économique et en matière de soin des déremboursements.

En lien avec cette question, une étude d’IMS Health France démontre que 60% des patients ne suivent pas complètement leurs traitements (87% des asthmatiques, 64% des insuffisants cardiaques, 63% des diabétiques,  60% des hypertendus). Ce manque d’observance a des conséquences graves pour les patients et pour l’économie de la santé : une hypertension mal soignée peut conduire à un AVC (coût direct 4 milliards d’euros par an), un diabète mal régulé entraine un recours plus rapide à l’insuline, assez couteux) et un risque accru de cécité ou d’amputation. Une meilleure observance des traitements conduirait à une consommation accrue de médicaments, mais à l’évitement de nombre de drames et finalement à une économie. Le CEPS doit donc intégrer, même si ce n’est pas sa mission première, la question de l‘observance des traitements. S’agit-il d’un problème de remboursement, de pédagogie, de médicaments possédant encore trop d’effets secondaires ?

Comment le CEPS traitera-t-il le cas, qui risque de se reproduire, du Sofosbuvir, ce médicament miracle contre l’Hépatite C de Gilead (le coût de traitement d’environ 60.000 euros, le nombre de malades de l’hépatite C est d’environ 200.000 en France ? (NB : Même à ce coût, il est nettement  moins cher qu’une greffe de foie pour les plus malades et médicalement , en terme de service médical rendu, incomparable). Mais pour l’instant, la politique semble être de le réserver aux plus atteints, alors qu’il est bénéfique pour les patients même à des stades plus précoces. Nous ne sommes pas loin ici de que le CEPS a jusqu’à présent évité, la restriction économique des soins et le droit, non pas à la santé, mais à être soigné pour tous.

Peut-on encore avoir une politique des prix des médicaments par nation dans l’espace européen ? Le système français est plus satisfaisant que beaucoup d’autres, comment le préserver ?

samedi 12 avril 2014

Médicaments et progrès thérapeutique_ le Sofosbuvir


Miracle thérapeutique, cauchemar financier ?

Le Sofosbuvir des laboratoires Gilead arrive en France (et en Europe), et il s’agit d’un progrès thérapeutique majeur dont se réjouit notamment le site  VIH.org. Le Sofosbuvir est un nouvel antiviral, dont les premières études ont montré qu’il était particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C.  Les résultats semblent impressionnants, par exemple ceux publiés le 16 janvier dans le New England Journal of Medecine par Sulkowski MS. et al., avec une association Daclatasvir + Sofosbuvir, chez les patients infectés par le VHC de génotype 1 en échec d'inhibiteur de protéase de première génération, aux stades de fibrose Fo-F2. Le Sofosbuvir permet de se passer d’interféron, pas toujours efficace, ni bien toléré ; lors de son autorisation temporaire d’utilisation en France (précédent l‘autorisation de mise sur le marché), son indication a été étendue aux patients en état de  fibrose avancée, cirrhose, liste d’attente de greffe du foie et post-greffe, sans alternative thérapeutique ; si les résultats sont conformes aux prévisions, c’est une sorte de miracle thérapeutique.

Miracle thérapeutique dont tout le monde devrait se réjouir, mais qui provoque en fait un cauchemar financier. C’est que le coût de traitement selon les prix accordés par les principaux pays, et par l‘Europe devrait être entre  55 000 et 65 000 euros (56000 euros en France, 666 euros le comprimé).  En France, la prévalence de l’hépatite C est estimée à 0,84 %, soit 370 000 porteurs d'anticorps du VHC dont environ les deux tiers sont malades et seulement la moitié (57,4 %) connaît son statut – trop souvent encore, l’hépatite C est diagnostiquée trop tardivement, à des stades déjà avancés. La tentation va être forte de la part d’un gouvernement à la recherche d’économies dans la santé qui touchent toujours  principalement le domaine du médicament  (c’est moins périlleux électoralement que les professions de santé) de limiter l’accès au Sofosbuvir, et un gigantesque bras de fer  s’annonce avec Gilead, accompagné de fortes précipitations de coups fourrés, manipulations et opérations de communication sophistiquées.

A court terme, la demande de certaines association que le médicament soit remboursé à son coût de production ( le Sofosbuvir est une petite molécule et non un anticorps) est évidemment inacceptable ; car, contrairement aux interférons, ce n’est pas la production qui coûte cher, mais les efforts de recherche accomplis depuis des années par Gilead dans le domaine des rétroviraux ; alors la situation est simple : ou le prix des médicaments permet de rentabiliser ces efforts de recherche, ou les progrès thérapeutiques s’arrêteront. Le PDG de Sanofi, Chris Viehbacher affirme déjà qu’un euro investi en recherche lui en rapporte 0.8  (mais il est vrai que la manière dont il dirige une recherche à laquelle il ne croit guère semble loin d’être la plus efficace). A moyen terme, la situation devrait évoluer favorablement, parce qu’il est possible (obligatoire !) de négocier des accords prix volume (plus le Sofosbuvir sera prescrit, plus son prix diminuera) ; d’autres, part, des concurrents devraient bientôt apparaître. Dans les cas les plus graves,  le coût du traitement est moindre que celui des alternatives actuelles (interféron), et il semble éradiquer complètement le virus ; si la prescription à des stades moins avancés est justifiée (et il semble que cela soit le cas), le prix devra diminuer en fonction du nombre de prescription.

Reste qu’on peut aussi se demander pourquoi la France et l’Europe sont incapables de faire naitre des nouveaux Gilead, et pourquoi nous en sommes réduits à l’alternative de  payer très cher des médicaments inventés ailleurs ou à nous en passer

Miracles thérapeutiques ou recherche et stratégie efficaces !

Le Sofosbuvir miracle ? ; oui, mais de ces miracles qui n’arrivent qu’aux entreprises et aux chercheurs les ayant très activement et intelligemment recherchés. Gilead a été fondé en 1987 par Michael Riordan, un médecin de 29 ans doublement diplômé de John Hopkins School of Medecine et de Harvard Business School, avec une mise départ de 2 millions d’euros de Menlo Venture (pour la petite histoire, Warren Buffet déclina l’offre qui lui était faite de participer, eh oui, l’oracle se trompe parfois). Gilead se donna pour vocation d’inventer de nouveaux antiviraux et certainement le fait que Michael Riordan avait été frappé par le virus de la dengue lors d’une mission humanitaire, et que DuBose Montgomery, le PDG de Menlo Venture avait été lui-même victime d’une grave infection virale n’est pas étranger à leur motivation.

En quelques années, Gilead a lancé l’Ambisome (anti-parasitaire , produit naturel découvert par le Squibb Institute), le Tenofovir (Viread,  dérivé nucléotidique anti-HIV, inhibiteur de la reverse transcriptase), inventé par Gilead et présent dans de nombreuses combinaisons parmi les plus utilisées (Truvada, Atripla) ; l’antibiotique Cayston, inventé par Gilead, le premier approuvé pour le traitement des infections opportunistes de la mucoviscidose ; l’emptricitabine, autre dérivé nucléotidique anti-HIV, acquis par Gilead de Research Triangle pour être utilisé en combinaison avec Viread ; le Flolan, un dérivé antithrombotique des prostaglandines synthètisé par John Vane ;  Hepcera, autre dérivé nucléotidique anti-viral inventé par une université  tchéque, qui échoua en tant que traitement anti-Sida, mais fut repris et développé par Gilead contre l’Hépatite B ; le Volibris (Ambrisentan, antagoniste de l’endotheline), premier traitement contre l’hypertension pulmonaire, avec un statut de drogue orpheline), en collaboration avec GSK ; Lexican ( un dérivé de l’adénosine développé avec Astellas pour les examens cardiaques) ; le Macugen (Pegatabnib), protéine synthétique dérivée du VEGF, utilisé contre la dégénérescence maculaire due à l’âge, acquis via la société Nextar, qui a aussi eu un statut de médicament orphelin ; le Ranolazine, un anticalcique contre l’angine de poitrine, acquis via CV therapeutics ; le célèbre Tamiflu, autre dérivé nucléotidique, inventé par Gilead, antiviral contre la grippe A et B et premier de la classe des inhibiteurs de neuramidinase.

Mais comment font-ils ?

Impressionnante, admirable réussite donc qui a mis à la disposition de millions de patients des médicaments essentiels et innovants. Mais comment ont-ils fait ? Gilead  et Michael Riordan ont commencé par se tromper (Riordan pensait développer comme anti-viraux des séquences de l’ADN  (ADN antisens), issus des laboratoires universitaires où il s’était formé ; ce fut un échec, mais  du coup Gilead acquit une bonne connaissance de la chimie et de la pharmacologie des dérivés des nucléotides – des molécules synthétiques plus simples, qui lui vaudront ses premiers succès. Riordan avait une vraie vision, dès le départ, révélé dans la lettre qu’il écrivit à Warren Buffet après son refus de participer à l’aventure Gilead :

« Nous développons une vaste et nouvelle génération de produits thérapeutiques pour traiter plusieurs maladies mortelles. Il s'agit d'un événement majeur en médecine. Et cela coûte beaucoup d’argent. Par conséquent, les finances, tout comme la recherche, la production et le développement clinique, constituent un ingrédient essentiel dans la construction de notre société. Comme membre du Conseil ou investisseur nous aidant dans l'élaboration de notre stratégie de financement, vous apporteriez quelque chose de spécial à une entreprise spéciale. »

Gilead a donc beaucoup dépensé et  s’est parfois trompé, et la liste de ses échecs est au moins aussi longue que celle de ses succès, mais a réussi à inventer de nouveaux médicaments essentiels ; son bilan est impressionnant et sa réussite éclatante, dans un contexte où les firmes pharmaceutiques, même bien établies  sont loin d’avoir fait aussi bien. Riordan a su s’entourer de scientifiques expérimentés (les prix Nobel Harold Varmus et Jack Szostak, Peter Dervan, Doug Melton, Harold Weintraub) et d’administrateurs efficaces et aux précieuses relations gouvernementales (dont Donald Rumsfeld, avant qu’il ne soit ministre de la Défense) ; il a aussi bénéficié d’une aide confortable de l’Etat américain pour le développement du Tamiflu  (un milliard) contre la grippe aviaire ; mais surtout Gilead a surtout très bien articuler recherche interne et opportunités d’acquisition, et pris des risques pour innover.

Une des premières molécules candidates identifiées par Gilead venait d’une Université tchèque – pourquoi aucune firme européenne ne l’a développé ? Et pourquoi sommes-nous incapables de créer des Gilead en France et en Europe ? Ou pourquoi considérons nous qu’il est bon que les Français achètent des voitures et qu’on est prêt même à accorder des subventions, alors qu’on considère comme mauvais qu’ils se soignent et que l’Etat cherche à diminuer les dépenses de médicaments et ne cesse de s’en prendre aux firmes pharmaceutiques ?

Reste simplement ceci : ou nous aurons, en France et en Europe, une politique du médicament favorisant la recherche et l’innovation thérapeutique, ou bien il faudra payer très cher les nouveaux médicaments à des firmes étrangères… ou s’en passer