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jeudi 26 janvier 2023

La Suède, plein feu vers le nucléaire

 La version suédoise de l’accélération du nucléaire

La Suéde se propose de supprimer la loi actuelle limitant le nombre de réacteurs en exploitation à dix, ainsi que de permettre la construction de réacteurs sur de nouveaux sites plutôt que  de se limiter aux sites existants. La loi actuelle autorise l’exploitation de 10 réacteurs sur trois sites seulement — Forsmark, Oskarshamn et Ringhals.

« Des changements législatifs sont en cours pour permettre la construction de nouvelles centrales nucléaires, notamment des processus d’autorisation plus courts et des procédures administratives accélérées », a déclaré le premier ministre M. Kristersson lors de la conférence de presse.

La ministre de l’Environnement Romina Pourmokhtari estime que la législation actualisée devrait également permettre la construction non seulement de réacteurs conventionnels à grande échelle, mais aussi de petits réacteurs modulaires (SMR). Elle espére pouvoir présenter un projet de loi au Parlement après l’été 2023 pour une entrée en vigueur en mars 2024. https://tinyurl.com/43rutz79



La France considérée plutôt favorablement : accord Fortum-EDF

Fortum, groupe énergétique majeur à l'international dont le siège se situe en Finlande a engagé une étude de faisabilité sur deux ans pour explorer les prérequis à la construction de nouvelles capacités nucléaires en Finlande et en Suède, avec des réacteurs conventionnels et des petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR).

EDF et Fortum annoncent la signature d’un accord de coopération. Cet accord marque l’intention d’EDF et de Fortum d’étudier les opportunités de coopération autour du développement de nouvelles centrales nucléaires en Finlande et en Suède, sur la base d’EPR et de petits réacteurs modulaires (SMR NUWARD™).

 “Nous sommes très heureux de coopérer avec le leader du nucléaire en Europe tant dans le cadre de notre étude de faisabilité récemment engagée pour la construction de nouveaux réacteurs en Scandinavie, que dans l’objectif de bénéficier de la solide expertise d’EDF dans la gestion d’une flotte” a déclaré Petra Lundström, Vice-Présidente chez Fortum, chargée des services d’ingénierie nucléaire et des actifs en copropriété.

https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/journalistes/tous-les-communiques-de-presse/edf-et-fortum-signent-un-accord-de-cooperation-pour-le-developpement-de-nouveaux-projets-nucleaires-en-finlande-et-en-suede


lundi 20 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 10 : Gros mensonges sur l’emploi


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Rarement, on vit pareille inflation. En mai 2015, Ségolène Royal annonce la création de 100 000 emplois sur 3 ans dans les filières « vertes « ; Certains organismes, proches du pouvoir politique, sans étayer leurs prévisions, s’enflamment. L’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE) pronostique « la création de 330 000 emplois en 2030 et 825 000 en 2050 ». Selon Benoit Hamon  et Julien Bayou, le porte-parole d'Europe Ecologie les Verts, le renouvelable permet de créer 4 à 6 fois plus d'emplois que le nucléaire ( soit 220000 donc allez, 1 millions d’emplois !!!). Ces chiffres sont souvent repris sans critiques, or ils sont tout simplement faux. Et ils ne parlent pas des destructions d’emplois !! , ni du type d’emplois.

L’histoire des 4 à 6 fois plus d’emplois dans le nucléaire a été débunkée par Géraldine Woessner sur Europe. Elle provient d’« une vieille étude que tous les spécialistes ont abandonnée : des chercheurs américains avaient tenté d’établir, en 2010, le nombre d’emplois créés pour chaque gigawatt-heure d'électricité produite. Il en fallait 14 dans le nucléaire, 17 dans l’éolien terrestre, et 87, donc 6 fois plus, dans le photovoltaïque. Sauf QUE : ils prenaient tout en compte. La construction, comme l'exploitation. Ils ne se demandaient pas où se trouveraient ces emplois, et les coûts des énergies renouvelables depuis, ont considérablement baissé, de même que le nombre d’emplois qui leur sont associés. Les chercheurs se sont tellement trompés que peu se risquent, aujourd'hui, à des prévisions…

Les professionnels de la filière photovoltaïque, par exemple, promettaient 100.000 emplois d’ici 2020. Il y a eu moins de 4.000. Parce que la France n’a pas développé d’industrie, on achète nos modules en Chine… On se souvient des 230.000 jobs promis en 2007 au moment du Grenelle de l’environnement. On le sait aujourd'hui : il y en a eu 10 fois moins »

 Dans son rapport sur les ENR de 2018, la Cour des Comptes taclait sévèrement l’Ademe  qui estimait à 79 000 le nombre d’emplois directs liés aux marchés des EnR hors biocarburants sur le territoire national en 2016. Soit une hausse de 30 % par rapport à l’année 2006. Le problème ; seuls 15 % (12 000) relèvent toutefois de la fabrication d’équipements et de l’assemblage et peuvent ainsi être considérés comme des emplois industriels. Le reste relève essentiellement de la maintenance-exploitation (35 à 45 %) et de l’installation (25 à 30 %)”, précise de son côté la Cour des comptes.Elle ajoute que “les projections du nombre d’emplois attendus du développement des énergies renouvelables sont très variables”. D’autres sources estiment que la moitié des emplois que ventent les margoulins de l’éolien sont aussi intermittents que les éoliennes eux-mêmes, car liés aux phases de construction, d’installation des systèmes, qui par définition, ne vont pas durer

Face à une telle campagne mensongère, les syndicats ont commencé à réagir : la FNME-CGT a rappélé que,  selon l’Ademe, une capacité de production éolienne de 15 GW (celle actuellement installée en France) génère moins de 4 000 emplois, soit moitié moins que l’actuelle production d’électricité dans les centrales à charbon. Ce chiffre,  montre à quel point le développement des énergies renouvelables n’est pas le gigantesque gisement d’emplois souvent évoqué. Surtout, ces emplois sont très subventionnés : 71 milliards d’euros sur la durée de la PPE selon les chiffrages de FO Énergie et mines. De FO également ce commentaire :  « En attendant, la réalité du marché français de 2015 est plutôt celle-ci  : on trouve davantage d’offres d’emplois dans la pose de climatiseurs que dans les projets d’énergie « verte » ou de transport en commun « propre » de Véolia Environnement. Quant aux panneaux solaires, le marché est dominé par les industriels et les emplois chinois…Des demi-emplois pour de demi-garanties sociales en quelque sorte. Les emplois y seraient donc aussi « intermittents » que les éoliennes sont sujettes aux rafales du mistral ou de la tramontane. Un constat doit être établi. Dans l’analyse de l’impact des mutations en cours, les études manquent de rigueur, les chiffres sont approximatifs et pour tout dire, l’objectivité n’est pas toujours au rendez-vous ».

Quant au statut de ces nouveaux salariés, “il est évident que dans une grande entreprise publique, ou qui a été publique comme EDF, on n’a pas les mêmes conditions de travail que dans une coopérative de l’énergie renouvelable”, note Guillaume Durivaux, chargé de la politique énergétique à la Fédération syndicale européenne des services publics (Epsu). Ce qui amène la CGT Mines-Énergie à réclamer “les mêmes droits et garanties collectives” pour tous les travailleurs du secteur de l’énergie, à savoir “le statut de l’énergéticien”.

Les emplois créés ne sont pas là, mais les emplois perdus le seront

Dans aucune des mirifiques promesses d’emplois des ENR, on ne mentionne les emplois perdus. Au moment du débat sur la PPE, la CFE-CGC notamment a tenté d’alerter sur cette absurdité qu’est la PPE. Ainsi une syndicaliste de l’alliance UNSA/CFE-CGC (Mme Autissier), signe dans Le Monde du 25 novembre 2018 une tribune justement intitulée, « Non, tout le monde n’est pas d’accord pour réduire la part du nucléaire ». Citations : « Pour réduire la part du nucléaire à 50 % de la production totale à l’horizon de 2030, Ampère préconise la fermeture de 16 réacteurs entre 2020 et 2030, réduisant le parc nucléaire de 63 gigawatts (GW) à environ 50 GW. Pour arriver à 50 % d’électricité nucléaire en 2035, Volt préconise pour sa part la fermeture de 9 réacteurs et un parc nucléaire de 55 GW.

De tels scénarios conduiront inéluctablement à des arrêts d’activité dans nos régions et généreront des pertes d’emplois – avec leurs conséquences sur la vie locale. Le scénario Ampère entraînera la suppression de 70 000 à 120 000 emplois directs, indirects et induits, tandis que le scénario Volt ferait perdre entre 35 000 et 65 000 emplois. En outre, ces scénarios détruiront à terme la filière de recyclage de l’uranium, dont la France est l’incontestable leader, avec des conséquences désastreuses sur l’activité industrielle en Normandie et dans la vallée du Rhône. »

Effet de l’arrêt de 17 tranches nucléaires sur l’emploi

De son côté, selon la SFEN, des études approfondies ont montré que l’arrêt prématuré de la centrale de Fessenheim détruirait 2 200 emplois locaux, directs, indirects et induits. Si l’on extrapole là encore ces données à l’arrêt prématuré de 16 GW, ce sont près de 18 000 emplois locaux pérennes (directs, indirects et induits) qui seraient ainsi supprimées, dont plus des 2/3 à haute qualification et haute contribution économique.

Les filières éolien et photovoltaïque sont caractérisées par une absence de base industrielle en France pour la fabrication des composants principaux, qui sont importés en totalité. Il en résulte que les emplois créés le sont majoritairement dans le développement amont, les montages sur site et l’exploitation-maintenance, qui n’ont ni la qualification ni l’étendue d’emplois de développement et production de composants principaux sophistiqués. De plus, les montages sur site étant très rapides dans ces deux filières, les emplois associés sont nombreux mais éphémères : ils sont détruits dès que les investissements d’une année baissent. Quant aux emplois d’exploitation-maintenance, ils sont peu nombreux eu égard à la relative simplicité technologique des installations.  Sur la base des statistiques d’emploi publiées notamment par l’ADEME, ils peuvent être estimés en moyenne à 0,25 emploi (direct et indirect) par MW exploité. Ce qui, pour 50 à 58 GW de mix éolien + photovoltaïque, conduirait à la création d’environ 12 500 à 14 500 emplois pérennes. Qui sont donc à mettre en regard des 18 000 emplois pérennes détruits dans le nucléaire en exploitation-maintenance. 

Le bilan est donc clairement négatif au détriment des énergies intermittentes renouvelables et ne serait partiellement rééquilibré que très transitoirement par les emplois éphémères créés lors des activités de montages sur site, très brefs.
 En résumé : supprimer 16 GW de nucléaire détruirait de très nombreux emplois pérennes de très haute qualification, mais aussi des emplois locaux induits par les retombées économiques. Les filières éoliennes et photovoltaïques de remplacement créeraient numériquement moins d’emplois, surtout moins pérennes et moins qualifiés

La leçon allemande : écrasement en vol du solaire, écroulement brutal de l’éolien à la fin des subventions

L’inconvénient des emplois massivement subventionnés c’est qu’ils disparaissent massivement quand les subventions s’arrêtent. Et ce qui s’est passé en Allemagne dans l’éolien devrait servir de leçon.

Le nombre de nouvelles turbines installées en Allemagne depuis le début de l'année 2019 est en recul de 82% sur un an, indique la fédération allemande du secteur (EBW). En 2018, l'Allemagne s'est dotée d'une capacité supplémentaire de production inférieure de moitié à celle de 2017.
Les appels d'offres pour attribuer de nouvelles capacités de production ne trouvent pas preneurs, une tendance jugée "inquiétante" par l'agence fédérale des réseaux.
Le retournement  s’est produit en  2016, lorsque le gouvernement, jugeant le secteur arrivé à maturité et les subventions trop lourdes pour le contribuable, a modifié ses aides. L'amendement à la loi énergétique allemande (EEG) a supprimé les revenus garantis, et favorisé la mise en concurrence via des appels d'offres. Il faut dire qu’auparavant, depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garantis…

Cette forte réduction des aides gouvernementales en 2016,  le gouvernement jugeant le secteur arrivé à maturité, a provoqué des faillites en chaine massives et la perte quasi-immédiate de 26.000 emplois, soit plus que dans le charbon. Parmi les gros disparus du secteur, signalons Senvion,  entreprise de 4.400 salariés, installée près de Hambourg, qui a annoncé fin août mettre la clé sous la porte, touchée de plein de fouet par l'effondrement du marché allemand en 2016, qui représentait 60% de ses revenus. Il y avait déjà eu la faillite en 2014 du fabricant d’éoliennes Prokon qui était financé par des « participations citoyennes ». Cette entreprise avait la particularité d’avoir été financé par 75 000 petits investisseurs privés. Elle les avait alléchés avec un investissement présenté comme « éthique », et accompagné d’intérêts élevés (de 6 % à 8 %). Ce dépôt de bilan s’est soldé par de très grosses pertes pour de nombreux petits épargnants et a poussé le gouvernement allemand à demander aux autorités des marchés financiers (Bafin) un contrôle plus strict de ce type d’investissement.


La débâcle de l’énergie solaire subventionnée en Allemagne :

Qui se souvient des promesses du Temple du Soleil ( non, ce n’est pas une secte !).  L’ex-Allemagne de l’Est était censée se transformer en  nouveau paradis du photovoltaïque en « Temple du Soleil » en lui apportant la prospérité économique grâce à une multitude d’emplois high-tech. À la belle époque de sa splendeur, pas une semaine ne passait sans que la presse ne mentionne de nouvelles innovations et leur cortège d’inaugurations en présence de politiciens trop heureux de se congratuler les uns les autres. D’après le journaliste allemand Dirk Maxeiner, le gouvernement allemand a déversé l’argent des contribuables par centaines de millions d’euros pour mettre tout cela en place : « On a vu affluer 142 millions d’euros dans le Brandebourg, 120 millions en Saxe-Anhalt et 143 millions en Thuringe. » L’idée, la vision, consistait à faire de ces régions la vitrine scintillante de l’avenir high-tech de l’Allemagne et à montrer au monde comment devenir le pays de l’écologie.

Mais le clash avec la dure réalité n’a pas tardé. En quelques petites années, les cellules photovoltaïques à bas prix importées de Chine ont inondé les marchés et les prix se sont écroulés à vive allure. Quelques mois plus tard, le Temple du Soleil n’était plus qu’un champ de ruines. Qui plus est, le niveau exorbitant des tarifs de rachat de l’énergie verte entraîna rapidement une montée en flèche des prix de l’électricité pour le consommateur. Le gouvernement fut donc obligé d’agir vite pour réduire les tarifs de rachat, ce qui eut pour effet de rendre l’énergie solaire encore moins intéressante. Le marché s’est retrouvé submergé de panneaux photovoltaïques et les producteurs allemands n’eurent plus qu’à mettre la clef sous la porte.

Grâce à la révolution énergétique subventionnée, les contribuables allemands ont créé des emplois non pas à Bitterfeld comme prévu, mais dans ces charmantes villes que sont Guangzhou, Hangzhou ou Xi’an.
Selon la Fondation Hans Böckler : « Au cours des dernières décennies, aucune autre industrie n’a connu une croissance aussi rapide que celle des panneaux solaires – et aucune ne s’est effondrée aussi rapidement. » Quinze ans ont suffi pour accomplir le cycle. La Fondation décrit comment de petites start-up se sont transformées en stars des marchés high-tech puis sont devenues insolvables les unes après les autres à partir de 2011. Des entreprises comme Solar Millennium, Q-Cells, Centrotherm, ou Conergy ont toutes fait faillite aussi rapidement qu’elles avaient surgi.

En une seule année, 30 000 emplois ont disparu et des dizaines de milliards en capital privé ont été détruits. Le seul désaccord des experts des marchés financiers porte sur le montant : parle-t-on de 30 ou de 50 milliards d’euros ?  
N.B : de la même façon la jadis pépite française (Photowatt)  a disparu. Ce sont les producteurs de panneaux chinois qui ont massivement profité des subventions allemandes et français, avec des productions de faible qualité dans des conditions sociales et environnementales critiquables
Commentaire : 1) c’est quand même curieux ces énergies soit disant super compétitives qui s’effondrent dès qu’elles ne sont plus massivement subventionnées !

2) Il n’y a pas qu’en France que sévissent les margoulins de l’éolien. Ces créations d’emplois massives que les partisans de l’éolien et du solaire nous promettent, ils omettent de dire combien elles sont fragiles et… essentiellement non durables car liées aux installations. Rien à voir avec les emplois du nucléaire qu’ils veulent faire disparaître !

Il  y a avec les ENR une véritable escroquerie à l’emploi.

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vendredi 17 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 9 : Le « Minority Report » de Julien Aubert


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Eléments de contexte. C’est toute une série de blogs que j’ai commencés par cette citation d’autant plus savoureuse qu’elle émane d’une députée LREM, rapporteure de la Commission impulsée par Julien Aubert, et de choix opposés, convaincue de l’intérêt des ENR, même électriques, et qui dévoile ainsi, comme la plupart des écolos tendance bigots, que son souci n’est pas du tout la lutte contre le changement climatique, ni la décarbonation, mais un antinucléarisme idéologique et irrationnel. Entre son président, Julien Aubert et la rapporteure, qui a donc eu la main finale sur le rapport, les désaccords quoique courtois, se sont accumulés au point que Julien Aubert et 8 parlementaires membres de la Commission ont eu une démarche assez inédite en France, amis commune dans les pays anglo saxons : publier un rapport dissident, un minority report affirmant leur désaccord avec le rapport officiel. 

Pourquoi le minority report ?

Explication de la démarche : « Le Président de la commission d’enquête Julien Aubert, ainsi que huit députés membres de celle-ci, ont décidé de s’associer afin de formuler des propositions de recommandations collectives, pour traiter des problèmes qui ne le sont pas suffisamment par les recommandations du Rapporteur.

Quoiqu’en accord avec certaines recommandations, nous estimons nécessaires de préciser certains points. Cela est le cas notamment pour le subventionnement des énergies renouvelables, pour lequel le Rapporteur préconise de poursuivre les subventions, tout en accentuant le soutien de l’État en amont sur le développement des projets, afin dans un deuxième temps de mettre fin aux subventions d’aval. Il ressort pourtant des auditions que le subventionnement aux énergies renouvelables coûte cher et qu’un grand nombre de filières sont aujourd’hui matures ou presque. Il convient donc d’agir de manière plus volontariste, de cesser toute politique de complément de rémunération pour les énergies renouvelables électriques matures (éolien terrestre et photovoltaïque) tout en rééquilibrant les aides d’amont. Sans cette mesure, le redéploiement des aides vers les autres filières n’est pas possible, sauf à augmenter la taxe carbone, ce qui n’est pas notre approche.

Par ailleurs, le Rapporteur propose de mieux prendre en compte les zones de pêches dans le développement de l’éolien en mer. Si nous considérons préférable le développement de l’éolien en mer, c’est surtout en direction de l’éolien flottant avec une interdiction absolue d’implanter des parcs dans des zones de pêche ou des parcs naturels marins. De plus, cette recommandation qui fait consensus ne se conçoit que dans un plan global visant à établir un moratoire partiel sur le déploiement de l’éolien terrestre ou posé, victime d’un vrai rejet massif des populations concernées.

Sur ce point, le Rapporteur recommande de « mieux répartir le déploiement des ENR électrique sur tous les territoires ». Même si une meilleure répartition est souhaitable pour favoriser l’acceptabilité sociale, nous considérons qu’elle n’est pas suffisante et qu’il faut imposer des limites au développement de l’éolien, notamment en proportionnant la hauteur des éoliennes, pâles comprises, à la distance aux premières habitations (et faire passer cette distance minimale à 1500 mètres, seuil préconisé par l’académie de médecine, pour toute éolienne dépassant 180 mètres pales comprises). Sur le démantèlement des éoliennes en fin de vie, celui-ci doit être obligatoire avec une remise en l’état des sols (sauf en cas de « repowering »).

 Par ailleurs, certaines recommandations formulées par le Rapporteur, méritent selon nous d’être précisées. Ainsi, sur la garantie de démantèlement des éoliennes, nous proposons l’obligation pour le promoteur éolien de provisionner chaque année, sur une période maximale de 15 ans, de quoi atteindre 50 000€ pour chaque MW d’éolien installé sur un compte de la Caisse des Dépôts et Consignations pour financer le démantèlement et le recyclage des éoliennes en fin de vie, et non 75 000 au total, ce qui semble insuffisant.
Le Rapporteur recommande de renforcer les liens entre la PPE, les SRADDET et les PCAET. Nous considérons que la programmation des éoliennes doit revenir dans les documents d’urbanisme au niveau de l’intercommunalité (plan local d’urbanisme) avec la zone de développement éolien (ZDE).

De plus, au niveau national, nous pensons que l’ADEME devrait être remplacée par un commissariat de la transition énergétique rattaché au Premier ministre qui pilotera l'aménagement du territoire en matière d’énergie. (N.B : on trouve aussi ceci : Remplacer l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) par une structure indépendante des opérateurs privés de l’énergie.)

Enfin, nous souhaitons faire part de notre scepticisme concernant certaines recommandations proposées par le Rapporteur. Sur le « Repowering » éolien par exemple, nous pensons au contraire que celui-ci doit respecter les documents d’urbanisme et les directives paysagères, tout comme une nouvelle installation. Le Rapporteur propose également de réaliser des sondages pour conclure la période de concertation avant l'implantation de projets éoliens. Nous considérons que cette mesure n’est pas de nature à favoriser l’acceptation d’un projet, et qu’au contraire il faut déclarer un moratoire sur tout projet éolien terrestre ou maritime posé qui ne fait pas l’objet d’un consensus politique local.

Les recommandations du minority report Aubert.

1) Mettre en place un moratoire sur l’éolien terrestre et maritime posé quand il n’y a pas de consensus politique local sur la commune impactée ou le territoire impacté.

2) Privilégier le développement de l’éolien flottant, hors des zones de pêche et parcs naturels marins.

3) Cesser toute politique de complément de rémunération aux énergies renouvelables électriques matures (éolien terrestre et photovoltaïque) et développer les mécanismes de soutien en amont (études, garantie aux investisseurs pendant la phase de faisabilité).  Rééquilibrer les crédits budgétaires consacrés aujourd’hui aux énergies renouvelables électriques matures vers les nouvelles filières énergétiques (par exemple l’hydrogène), ainsi que vers l’habitat et les transports.

4) Proportionner la hauteur des éoliennes, pâles comprises, à la distance aux premières habitations, comme le recommande le rapport de l’Académie de médecine du 3 mai 2017 (faire passer cette distance minimale à 1500 m pour toute éolienne dépassant 180 m pales comprises ou, à défaut, limiter les éoliennes à 150 m pales comprises).

5) Revenir à la programmation des éoliennes dans les documents d’urbanisme au niveau de l’intercommunalité (plan local d’urbanisme) avec la zone de développement éolien (ZDE).

6) Le « Repowering » éolien doit respecter les éventuelles nouvelles contraintes instaurées dans les documents d’urbanisme

7) Prévoir l’obligation pour le promoteur éolien de provisionner chaque année, sur une période maximale de 15 ans, de quoi atteindre 50 000 euros pour chaque MW d’éolien installé sur un compte de la Caisse des Dépôts et Consignations, afin d’être utilisé pour le démantèlement et le recyclage de l’éolienne en fin de vie.

8) Prévoir l’obligation pour le promoteur éolien de provisionner chaque année, sur une période maximale de 15 ans, de quoi atteindre 50 000 euros pour chaque MW d’éolien installé sur un compte de la Caisse des Dépôts et Consignations, afin d’être utilisé pour le démantèlement et le recyclage de l’éolienne en fin de vie.
Prévoir le démantèlement automatique au bout de l’échéance de vie de l’éolienne, même sans changement de document d’urbanisme avec une obligation de remise en état des sols (retour à la terre) au moment du démantèlement (retrait complet des fondations en béton) , sauf en cas de repowering utilisant exactement les mêmes fondations.

9) Réformer le dispositif de l’ARENH en le réservant aux opérateurs disposant de leurs propres capacités de production.

10) Pour les propriétaires de terrain : aligner le coût de location du terrain au promoteur éolien au coût de revient de l’hectare exploité dans la Région (ex si dans la Beauce 2000 m2 produit 600 € de revenu (3000 € l’hectare) mais 2000 m2 de terrain loué pour de l’éolien produit 6000 € de revenu pour le propriétaire.

Commentaire : un mot sur le repowering : dans le cadre actuel, un promoteur éolien peut garder les anciennes éoliennes en fin de vie ou ce qu’il en reste sans rien démanteler et placer à côté de nouvelles éoliennes plus puissantes, sans avoir à se soumettre à de nouvelles autorisations.

L’éolien ne décarbone rien, bien au contraire. Son développement en France est climatiquement négatif !

C’est ce que rappelle aussi Julien Aubert dans un préambule assez musclé. Citation :

«  En 2018, les émissions de gaz carbonique ont représenté, en France, de l’ordre de 9 % des émissions de l’Union européenne et de 0,9 % des émissions mondiales. Plus de 30 % des émissions proviennent des transports routiers, transport individuel et de marchandises, plus de 20 % du bâtiment résidentiel et tertiaire. Pour sa part, la production d’électricité est responsable de 5 % des émissions »
Or, si l’on met la répartition par filière de l’aide publique à la transition énergétique en regard d’un tel constat, la conclusion apparaît tout autant dépourvue d’ambiguïté : une nouvelle transition électrique, visant à substituer au nucléaire des énergies alternatives électriques. Compte tenu des caractéristiques de notre bouquet électrique, de tels choix visent donc essentiellement à substituer une énergie décartonnée à une énergie déjà décartonnée

Si l’on veut être précis, l’argument de la décarbonations mériterait d’ailleurs d’être relativisé, lorsque l’on parle de développer la production électrique. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), un panneau solaire doit fonctionner en moyenne trois ans pour produire l’énergie qui a été nécessaire à sa fabrication, son impact carbone étant en moyenne de 55 grammes d’équivalent CO2/kWh. Les étapes de purification et de préparation du silicium nécessitent beaucoup d’énergie et passent encore par l’utilisation de produits chimiques comme l’acide sulfurique. Quant aux éoliennes, si elles n’émettent pas de gaz à effet de serre lors de leur production d’électricité, elles n’en demeurent pas moins une source globale d’émissions au cours de leur cycle de vie. Toujours selon l ADEME, l’analyse du cycle de vie d’une éolienne, qui prend en compte à la fois l’extraction et le traitement des matières premières mais aussi les processus de fabrication, le transport, la distribution, la réutilisation et le recyclage de certains composants, conduit à une émission en moyenne entre 12 et 15 grammes d équivalent CO2/kWh. Ce résultat s’explique en grande partie par la fabrication des composants qui représente 50 % de l’équivalent CO2 ainsi que par leur transport vers le site d’assemblage ou d’installation

Lors de son audition… M. Jean François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a ainsi convenu du fait que la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables électriques ne sont pas réalisés dans le but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre : « Il ne faut pas s’y tromper : grâce au mix énergétique décarboné, composé principalement de nucléaire et d’hydroélectrique, nous bénéficions déjà de faibles émissions de CO2 et d’un prix de l’électricité maîtrisé. Nous émettons six fois moins de CO2 que nos voisins allemands et le prix de l’électricité pour un consommateur résidentiel moyen est de l’ordre de 180 euros par mégawattheure contre 300 euros en Allemagne. Le développement des énergies renouvelables électriques ne sert donc pas à réduire les émissions de CO2. Il faut le rappeler, car on dit beaucoup de mensonges à ce sujet. Cela n’a aucun sens et procède d’une forme de populisme idéologique. »

NB :En fait, c’est encore pire ! En terme de cycle de vie, le Ministère de la Transition Energétique donne les chiffres suivants par kWh: 6g nucléaire, 10g éolien, 32 g solaire, 443g gaz,  solaire (32g), gaz (443g), fioul (778g) et charbon (1050g). Compte-tenu de l’intermittence (facteur de charge) de l’éolien, on vous vend quelque chose dont il manque les 3/4 pour que ça marche correctement…Donc de l’éolien, c’est en fait ¼ d’éolien et ¾ de gaz , et là c‘est beaucoup moins favorable : 6g/kW.h contre 330g/kw.h


mercredi 25 décembre 2019

Hinkley Point et les EPR en général, ce n’est pas si cher !

Beaucoup de choses inexactes écrites sur le coût des EPR, nouveau cheval de batailles des antinucléaires, beaucoup de faussetés mal intentionnées, de comparaisons malhonnêtes avec les énergies nouvelles, qui ignorent tout simplement le principal point gênant : leur intermittence. Par exemple, sur la non pertinence des calculs classiques de LCOE dans des cas de projets comme les EP, cf. Les coûtslisses de l'électricité, Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.(https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-couts-lisses-de-l-electricite-774441.html)

Et sur ce blog

Et maintenant, du coté anglais – qui est quand même un peu concerné, un excellent article « The Hinkley Point C case: is nuclear energy expensive?)de Joris van Dorp, MSc.

Hinkley Point C : l'énergie nucléaire coûte-t-elle cher?

« Les discussions sur l'intérêt de l'énergie nucléaire dans le cadre de la solution au défi climat/énergie dérivent souvent sur les coûts perçus élevés de l'énergie nucléaire. L'animateur néerlandais Jeroen Pauw a déclaré avec désinvolture que l’énergie nucléaire  était « terriblement chère » dans son émission du 31 octobre et Pieter Boot, expert en énergie à l'Agence néerlandaise d'évaluation environnementale, a sanctionné l'exclusion de l'énergie nucléaire du klimaatakkoord (loi nationale néerlandaise sur la politique climatique) en ces termes : « L'énergie nucléaire est devenue trop chère ». Comme de nombreux opposants nucléaires, Boot pointe du côté du projet Hinkley Point C au Royaume-Uni, où deux centrales nucléaires sont en cours de construction dont les coûts sont plus élevés que prévu initialement. Dans cet article, nous allons examiner de plus près Hinkley Point C et la question de savoir si ce projet est vraiment aussi cher que ce qui est proclamé par les adversaires du nucléaire. Nous discutons d'abord de la nature et de l'origine du type de centrale nucléaire, puis de l'économie du projet et enfin de l'avenir du nucléaire... »

Ce que les Britanniques construisent : les EPR d’ Hinkley point

« Deux réacteurs nucléaires du type "EPR" (European Pressurized Reactor) sont actuellement en cours de construction à Hinkley Point. La conception a été développée par un consortium de la société française Framatome et l'allemand Siemens. Ces deux réacteurs sont la première partie d'un plan national, lancé en 2008, pour construire 16 000 MW de nouvelles centrales nucléaires en Angleterre pour soutenir la transition énergétique du Royaume-Uni vers un système énergétique propre, fiable et abordable, avec des émissions de CO2 considérablement plus faibles.

Deux EPR sont en construction pour 2 x 1600 MW). Par rapport aux conceptions antérieures, l'EPR comprend de nouvelles fonctionnalités pour répondre aux exigences strictes de sécurité du gouvernement allemand en particulier. Par exemple, il y a une double coque de construction en béton pour fournir une meilleure protection contre les aéronefs, et il n'y a pas moins de quatre types différents de systèmes de refroidissement indépendants autour de la zone définie au centre de l'usine où tous les processus nucléaires se produisent. Ces systèmes de refroidissement sont là pour prévenir les dommages accidentels au cœur du réacteur (et donc le risque d'évasion de matières radioactives dans l'environnement) en cas de catastrophe, de défaillance de l'équipement ou d'erreur humaine.

Malgré ces redondances technologique pour la sécurité, ses concepteurs ont conçu l’EPR pour qu’il soit plus économique dans la construction en série que ses prédécesseurs, pour les raisons suivantes :
- une production d'électricité et une fiabilité plus élevées, avec moins d'interruptions imprévues ;
- une gamme de contrôle large et rapide de la puissance fournie, pour fournir une charge prolongée mieux adaptés à la demande
- des coûts d'exploitation et d'entretien moins élevés et une durée de vie économique plus longue, ce qui permet à l'usine de continuer à fonctionner après la fin de la durée de vie de la conception, jusqu'à au moins 80 ans;
- et de vastes possibilités d'utiliser différents types de combustibles nucléaires, y compris des combinaisons d'uranium enrichi et non enrichi, de thorium, de plutonium et de «MOX», anticipant la fermeture du cycle du combustible au cours du 21e siècle. Il est prévu que les « déchets nucléaires » seront réutilisés comme combustible dans les deux réacteurs thermiques existants, tels que l'EPR, et dans les futurs réacteurs rapides, ce qui se traduira par plus d'énergie extraite de l'uranium (jusqu'à cent fois plus) tout en laissant moins  de " déchets nucléaires », et qui se désintègrent aussi plus rapidement.

Quant à la faisabilité, deux EPR sont  en exploitation (2 à 1600 MW) en Chine à Taishan. Des  EPR sont actuellement en cours de construction en Finlande, en France et en Angleterre. L'Inde négocie avec EDF la construction de six EPR et le gouvernement Français a également récemment décidé d'enquêter sur la construction de six autres EPR. »

Les coûts de Hinkley Point C.

« Après sept ans de négociations et de révisions, le gouvernement britannique a décidé en 2016 d'exécuter le projet Hinkley Point C. Les coûts ont été estimés à environ 20 milliards d'euros. Pour ce prix, les entreprises françaises et britanniques s'occuperaient de la construction, y compris le développement des chaînes industrielles nécessaires et de la formation du personnel au Royaume-Uni après trente ans de stagnation industrielle nucléaire dans le pays. L'estimation des coûts a depuis été ajustée jusqu'à 25 milliards d'euros. C'est beaucoup plus que les estimations initiales faites lors de la conception de l'EPR au tournant du siècle. La construction de deux EPR était estimée à l'époque à au plus 7 milliards d'euros…

Examinons brièvement les causes de l'augmentation des coûts chez HPC. Il s'agit notamment du départ de Siemens du consortium EPR, à la suite duquel des composants importants et du savoir-faire ont dû être conçus à nouveau; la série de nouvelles enquêtes et exigences en matière de sûreté à la suite de l'accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en 2011 à la suite du grand tremblement de terre et du tsunami du Tohoku ; la décision de divers gouvernements européens (dont celui des Pays-Bas) malgré la transition souhaitée vers un approvisionnement énergétique zéro carbone, non pas de construire de nouvelles centrales nucléaires, mais plutôt de construire de nouvelles centrales au charbon, au gaz et à la bioénergie (sic !)

Enfin, mentionnons l'incertitude découlant de l'exclusion systématique de l'énergie nucléaire de divers traités internationaux d'organismes tels que les Nations Unies (voir par exemple le Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto) et des mécanismes de soutien dans le contexte politique climatique et le développement durable. Par exemple, la Banque mondiale accorde des prêts aux pays en développement pour les combustibles fossiles, mais pas pour l'énergie nucléaire, et alors que les pays européens ont de fortes subventions et mandats pour l'énergie verte, l'énergie nucléaire est taxée; l’affaiblissement de l'industrie nucléaire européenne en raison de carnets de commandes vides, … et de l'exode de personnel spécialisé vers les retraites, d'autres secteurs ou des projets nucléaires en dehors de l'Europe.

Pour construire HPC en dépit des obstacles susmentionnés, il a été convenu que le gouvernement britannique garantirait un prix de l'électricité CfD de 11,3 cents /kWh (dans les prix courants) pour 35 ans ajusté pour l'inflation. Cette allocation est beaucoup plus élevée que l'estimation initiale de la compagnie d'électricité Français EDF, à savoir 5,5 centimes /kWh (aux prix actuels). En outre, il est plus élevé que le prix actuel de l'électricité sur le marché de gros, qui est seulement 5 cents / kWh. À cet égard, nous pourrions conclure que HPC semble en effet être « terriblement coûteux ». Mais …

Les bénéfices de Hinkley Point - pas si mal !

« Pour savoir si HPC à 25 milliards d'euros est réellement coûteux, nous devons comparer les coûts avec les avantages. HPC se compose de deux EPR d'une capacité nette de 1600 mégawatts chacun. Sur une base annuelle, ils fourniront ensemble 26 milliards de kWh au réseau électrique britannique. C'est assez d'électricité pour près de 9 millions de ménages. (Aux Pays-Bas, HPC pourrait donc fournir à tous les ménages de l'électricité sans CO2.) HPC a une durée de vie de conception de 60 ans, avec la possibilité de l'étendre à au moins 80 ans. HPC fournira plus de 1500 milliards de kWh d'électricité pendant 60 ans. Cela donne un coût de construction par kWh de 1,6 cents.

Les coûts d'exploitation après la mise en service de l'usine sont estimés entre 1,5 et 2,5 cents /kWh. Cela comprend tous les coûts de fonctionnement pendant l'exploitation, y compris les coûts de personnel, les coûts du carburant, les permis, l'assurance, l'entretien, les taxes et les primes au fonds de déclassement et le traitement et l'élimination finale des déchets nucléaires. Les coûts de construction et les coûts d'exploitation sont donc au plus 4,1 cents /kWh. Ce n'est en aucun cas le prix d'impact CfD de 11,3 cents que le propriétaire de HPC obtiendra. Qu'advient-il de la différence de 7,2 cents/kWh ? Eh bien, ce sera versé sous forme de prime (intérêt, dividende ou autres formes de distribution de bénéfices) aux investisseurs et aux prêteurs de HPC, à savoir les fonds (de pension) et les participations (étatiques) de l'Angleterre, de la France et de la Chine qui sont les propriétaires du projet. Si le prix de 11,3 cents continue d'être réalisé même après l'expiration de la CfD de 35 ans, les propriétaires gagneront 100 milliards d'euros (7,2 cents x 1500 milliards de kWh) sur les 60 ans d’exploitation.

. Par rapport à d'autres options — en particulier d'autres options stables zéro carbone — HPC est « terriblement bon marché.

HPC est-il « terriblement cher » ? Cela dépend de la perspective que l'on prend. Du point de vue des investisseurs, on pourrait dire que HPC est en effet cher par rapport à d'autres projets nucléaires récents. Après tout, HPC coûte près de 8 milliards d'euros par GigaWatt, tandis qu'en Chine, en Russie et en Corée du Sud, un projet comparable coûte moins de 3 milliards par GW. Pourtant, malgré le coût relativement élevé de la construction, les coûts totaux par kWh pour les investisseurs sont encore faibles. Ce 4,1 cents / kWh est comparable aux coûts d'une centrale à énergie fossile et beaucoup plus faible que les coûts de l'équivalent le moins cher (stable, indépendant) par  combinaison de panneaux solaires et d'éoliennes ainsi que le stockage avec des batteries et de l'hydrogène, dont les coûts peuvent aller jusqu'à 50 cents / kWh . Par rapport à d'autres options — en particulier d'autres options stables zéro carbone — HPC est « terriblement bon marché ».

Même en supposant une « transformation radicale » du système énergétique en énergies renouvelables à 100 % dans le cadre d'hypothèses très favorables (telles que la réduction continue des coûts des éoliennes, des panneaux solaires et des systèmes de stockage, la construction d'un réseau électrique international à l'échelle continentale et la disponibilité d'une surface terrestre bon marché pour tous les équipements), les opposants à l'énergie nucléaire prévoient un coût d'approvisionnement stable qui n'est pas inférieur à 5 cents /kWh en 2050.(NB très optimiste, suppose résolu beaucoup de problèmes pour lesquels il n’y a pas l’ombre d’une solution technologique viable !)

À côté du point de vue de l'investisseur, il y a aussi le point de vue des consommateurs et de la société dans son ensemble. Pour les consommateurs d'électricité — tous les ménages, institutions et entreprises qui reçoivent une facture d'énergie chaque mois — le prix du HPC est relativement élevé : comparable au coût de l'électricité solaire sur le toit (qui coûte au moins 11 cents /kWh, mais qui semble bon marché pour les propriétaires parce qu'elle les exempte de payer des taxes élevées sur l'énergie au détail et des suppléments d'une valeur allant jusqu'à 14 cents / kWh). Mais le coût sociétal de HPC est faible parce que les coûts que la société éprouve sont exclusivement les coûts pour la construction et l'exploitation de l'usine, pas les intérêts et les dividendes parce que ceux-ci sont retournés à la société.

Les propriétaires de HPC gagneront beaucoup d'argent bien qu'ils doivent attendre longtemps pour cela. Ces propriétaires comprennent les fonds de pension britanniques et les avoirs de l'État. La plus grande partie de l'argent que les consommateurs britanniques paieront pour l'électricité de HPC — environ les deux tiers — leur revient directement sous forme de pensions et de prestations sociales. Seulement un tiers va à la construction, l'exploitation, le ravitaillement et, éventuellement, le déclassement de la centrale nucléaire HPC. (voir le graphique à secteurs en bas de la page).

Cher pour les consommateurs, mais bon marché pour la société: tel était l'essentiel de la conclusion de la Cour des comptes britannique. Dans son audit du projet HPC, le Bureau national de vérification (ONA) a conclu que jusqu'à six EPR auraient pu être construits pour les 11 cents / kWh du HPC, si l'État britannique avait financé le projet lui-même avec des obligations d'État bon marché. »

En  fait, le coût principal de ce type de projet est l’investissement en capital, et celui-dépend étroitement des conditions de financement, et notamment de l’octroi de garanties gouvernementales ou non (NB en fait, comme des infrastructures comme le tunnel sous la Manche). Le graphique en camembert ci-joint montre la répartition des coûts. Le coût du nucléaire de troisième génération (EPR) résulte essentiellement des coûts de construction et de financement. En fonction du taux d’actualisation retenu (le coût du prêt), les dépenses de construction représentent entre 50 et 75 % du coût total de production de l’électricité sur la durée d’exploitation de l’installation. Un rapport de la Cour des comptes britannique montre la sensibilité du prix de l’électricité au taux de rendement attendu du projet. Ainsi, le coût du kilowattheure de l’EPR d’Hinkley Point double quand le taux d’actualisation passe de 3 % à 10 % (le taux retenu par EDF pour ce projet est de 9 %. L’autre graphique montre la sensibilité  du coût final en fonction du coût du capital.


. Conclusion

« Ainsi, HPC est avantageux pour la prospérité nationale, malgré l’importance de l'investissement et le prix élevé CfD. Cela explique pourquoi le gouvernement britannique veut utiliser l'énergie nucléaire dans le cadre de son climat / énergie. En outre, les Britanniques bénéficieront d'une électricité à faible coût, stable et sans carbone, sans pollution atmosphérique. Les Etats membres d'Europe de l'Est veulent également utiliser l'énergie nucléaire pour cette raison, et s'opposent donc aux tentatives de l'Allemagne, de l'Autriche et des Verts d'exclure l'énergie nucléaire de la politique européenne climat/énergie…

Le gouvernement britannique sait que, malgré l'importance de l'investissement initial, chaque centrale nucléaire deviendra tôt ou tard une énorme vache à lait et que la réalisation d'une société sans fossiles et sans énergie nucléaire n'est pas crédible. C'est pourquoi il voudra probablement s'appuyer sur l'expérience avec HPC et s'assurer que le capital humain et les chaînes d'approvisionnement industrielles qui sont enfin en cours de construction ne seront pas perdus à nouveau, mais seront encore développés et employés pour servir les gens et répondre au défi climatique. Bon nombre des coûts pour HPC — la mise en place des chaînes de construction requises et la formation d'une nouvelle génération de techniciens et d'ingénieurs — sont one shot. Plus il y a de centrales construites, plus les coûts diminuent, tout comme c'était le cas lorsque la première vague de centrales nucléaires a été construite dans les années 60 et 70, et  comme c’est le cas avec toutes les activités industrielles que l'humanité développe tant qu'elles ne font pas l’objet de ce qu’il faut bien appeler un sabotage » continu et conscient de nature idéologique.

Un modeste programme européen de construction utilisant les EPR pour remplacer le parc actuel de réacteurs nucléaires suffirait, selon la Commission européenne, à réduire de moitié les coûts moyens de construction des centrales par rapport au prix global de HPC, à savoir moins de 4 milliards par Gw. Dans son rapport de vérification pour HPC, le BAN a également émis des suggestions sur la façon dont le gouvernement pourrait s'y prendre pour transférer une plus grande partie des avantages des futurs projets d'énergie nucléaire des investisseurs aux consommateurs. Par exemple, le prix de l'électricité peut être abaissé en transférant une partie du risque du projet de l'entrepreneur à la société, ce qui entraîne une baisse des coûts en capital (intérêts et dividendes). Étant donné que le risque de construction de nouvelles centrales nucléaires est principalement politique, ce ne serait pas illogique… »

« Comme ailleurs en Europe, la controverse et la confusion sur le climat et la politique énergétique prévalent également en Angleterre. Il est à noter que l'industrie fossile travaille en collaboration avec le mouvement environnemental par intérêt financier pour contrecarrer le développement de l'énergie nucléaire. Après tout, tant que les activistes du climat continueront à se concentrer sur le vent et le soleil, refusant de tenir compte des institutions scientifiques publiques qui soutiennent qu'une expansion de l'utilisation de l'énergie nucléaire est nécessaire pour éviter un coût de l'énergie considérablement plus élevé à l'avenir, la construction de nouvelles centrales nucléaires en Europe sera entravées. En conséquence, l'industrie fossile et le mouvement environnemental sont satisfaits de ce chaos et de l'arrêt et du remplacement continus des centrales nucléaires en exploitation par des centrales à combustibles fossiles subventionnées suppléant à l’intermittence de l'énergie verte. Et les succès du développement nucléaire en Russie et en Chine sont totalement ignorés »

Ajoutons pour terminer qu'une des spécificités britanniques, qui va nous manquer, est que les deux principaux partis, conservateurs et travaillistes, sont favorables au nucléaire