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samedi 30 mars 2024

L’éolien en mer, c’est du gazolien et c’est pas bon pour le climat !

 PIEBÎEM a insisté à plusieurs reprises sur l’inutilité, voire la nuisibilité climatique du développement de l’éolien en mer en raison de la nécessité d’un back-up fossile, en général gazier, pour compenser l’intermittence et la variabilité de cette source d’électricité. Nous souhaitons développer ce point qui est passé sous silence, voire contesté par les partisans de l’éolien. La conclusion, basée sur des exemples étrangers et l’analyse de la situation française :  plus nous développons d’éolien, plus nous aurons besoin de centrales à gaz pour assurer la sécurité d’alimentation que nous mettrons en péril. Le développement massif de l’éolien n’est pas bon pour le climat, il est l’assurance…que nous ne pourrons jamais nous passer de gaz, et de gaz dit naturel, le biogaz étant limité par les ressources agricoles et la compétition avec les ressources alimentaires.

1.    L’avertissement de Jean-Marc Jancovici

« En 2009, j’étais présent à la COP 15 à Copenhague. Le dimanche, il n’y avait pas de réunion de négociations, j’en ai profité pour assister par curiosité à un colloque organisé par les gaziers… Tous les dirigeants défilaient à la tribune pour dire l’éolien c’est génial…parce qu’il y a besoin de gaz pour compenser son intermittence » (Le Monde sans fin).

Dans les estimations d’ordre de grandeur, Jancovici parlait d’un GW de back-up gazier pour un GW d’éolien installé. Si nous reconnaissons que cette estimation est quelque peu approximative, on peut toutefois pour un ordre de grandeur, se baser sur les facteurs de charges. Si l’on prend un facteur de charge de 40% éolien à compléter par du gaz, le taux d’émission de CO2 est d’environ 300g CO2/KWh donc bien davantage que le mix électrique français (le nucléaire étant à 5 CO2/KWh environ).

1.    L’actualité gazolienne - les exemples étrangers, Royaume-Uni et Allemagne

Pour mieux comprendre ce qui nous attend, les exemples étrangers qui nous ont précédé dans le développement important de l’éolien en général et de l’éolien en mer en particulier sont riches d’information.

2. a - Royaume-Uni, mars 2023 : Le Royaume-Uni annonce la construction de nouvelles centrales à gaz

Le gouvernement de Rishi Sunak a annoncé en mars 2023 vouloir construire de nouvelles centrales à gaz pour s'assurer de ne pas manquer d'électricité à l'avenir. Londres s'engage « à soutenir la construction de nouvelles centrales électriques à gaz afin de maintenir une source d'énergie sûre et fiable pour les jours où les conditions météorologiques ne permettent pas d'alimenter » les éoliennes ou les centrales solaires, fait valoir le gouvernement dans un communiqué. Le gouvernement ne doit pas jouer avec la sécurité énergétique a fait valoir le premier ministre ! [1]

2. b - Allemagne, mars 2023 :  la Cour des Comptes Allemandes inquiète pour la sécurité d’alimentation et demande davantage de centrales à gaz

Si un exemple étranger s’avère particulièrement instructif sur la voix à ne pas suivre, celle de l’investissement massif dans les ENR, c’est bien celui de l’Allemagne.  En 2023, l’Allemagne a émis 360g de CO2 par kWh produit, la France 32g soit 11 fois moins (pour une moyenne de l’Union européenne à 260g environ). Et pourtant, l’Allemagne, après avoir investi plus de 1000 milliards d’euros, dispose fin 2023 d’une capacité totale d’ENRi 3,6 fois plus grande que la France….

La Cour fédérale des comptes Allemande dans son rapport de mars 2024[2] sur la transition énergétique rappelle cette vérité physique banale selon laquelle « l’approvisionnement en énergies renouvelables variables nécessite un effort particulier, car, contrairement aux centrales conventionnelles, elles sont soumises à des variations journalières et saisonnières ainsi qu’aux conditions météorologiques. Elles ne fournissent pas de puissance garantie (photovoltaïque) ou seulement dans une faible mesure (éolien) »


Par ailleurs, elle s’inquiète sur le fait que les dix centrales électriques au gaz prévues ne suffiront pas à garantir la sécurité d’approvisionnement. La Cour des Comptes se montre aussi extrêmement sévère envers le régulateur (l’équivalent de RTE). Elle estime que :

« Les hypothèses utilisées pour évaluer la sécurité d’approvisionnement sont irréalistes car le régulateur se base sur un « best case » improbable. Les auditeurs reprochent au Ministère Fédéral de l’Économie et au régulateur (l’Agence Fédérale des Réseaux) de faire preuve d’une irresponsabilité sans précédent…le ministère accepterait que les risques pour la sécurité d’approvisionnement ne soient pas détectés à temps ».

Enfin, la Cour des Comptes critique le fait que :

« Le ministère ne tienne pas compte d’autres coûts considérables liés à la transition énergétique. Il s’agit par exemple des coûts de distribution de l’électricité (y compris le développement des réseaux et les services système) et la construction de moyens pilotables supplémentaires. Il en résulte, en dehors du public spécialisé, une image erronée des coûts réels de la transformation énergétique. »

Ces critiques, la Cour des Comptes françaises pourra bientôt les reprendre… à son compte si nous continuons dans la même voix de promotion des renouvelables (et particulièrement des 45 GW d’éolien en mer).

1.    La France aussi aura besoin de gaz si elle persiste à développer les ENR

3. a - Le pavé dans la mare de France Stratégie

France Stratégie dans son rapport de janvier 2021[1] sur la sécurité d’alimentation à l’horizon 2030 a jeté un beau pavé dans la mare. L’agence constate que la fermeture programmée en Europe de capacités pilotables doit être mieux prise en compte pour garantir la sécurité d’approvisionnement avant 2030. Ce seront plus de 110 GW de puissance pilotable qui seront retirés du réseau européen : 23 GW de nucléaire (13 GW en France, 10 GW en Allemagne), 70 GW de charbon/lignite (40 GW en Allemagne). Allemagne et France représentent les 2/3 de ces déclassements, le reste Belgique, Italie Espagne...

« Dès 2030 et vraisemblablement à une date plus rapprochée, si les tendances actuelles se maintiennent, les seuls moyens pilotables ne seront pas en mesure de satisfaire toutes les demandes de pointe moyennes.

La France, l’Allemagne et la Belgique présentent les plus forts déficits de puissance pilotable. Pour l’ensemble des 7 pays européens étudiés,  si aucun moyen pilotable autre que ceux déjà prévus n’est ajouté au réseau pendant cette période et si les objectifs de développement d’ENR sont respectés, les marges passent de +34 GW en 2020, à +16 GW en 2025 puis deviennent négatives à -7,5 GW en 2030 et -10 GW en 2035... En France, sous les mêmes conditions, ces marges deviennent négatives à environ -5 GW et -9 GW. « Notre pays devrait alors compter sur les importations, sachant qu’au niveau européen les marges sont également négatives, qu’il ne sera pas toujours possible... de compter sur les importations pour boucler l’équilibre offre-demande, et, faut-il le rappeler, que tous les pays ne pourront pas importer en même temps 100 % de leur capacité d’interconnexion ».

3.b - PNC : la France aura besoin de gaz pour gérer l’intermittence des ENR

PNC (Patrimoine Nucléaire et Climat) a de son côté alerté l’opinion publique par une tribune dans la presse[2] et par une étude poussée des conséquences du développement massif des ENR et de leur intermittence.

Coécrite par Bernard Accoyer, Jean-Pierre Chevènement et François Goulard, la tribune libre de PNC est particulièrement claire : « Pour éviter ruine ou black-out, nous allons hélas devoir construire des centrales à gaz » :

« Pour avoir délibérément sous-estimé l'évolution de sa consommation et avoir décidé en dix ans la fermeture de plus de 10 GWe de capacité de production électrique, la France se trouve aujourd'hui face à un « mur énergétique », selon l'expression de la ministre en charge de la transition énergétique, qu'il s'agisse du court, moyen ou long terme. La situation est grave, car nous manquons de moyens de production pilotables, et les conséquences industrielles, économiques, sociales et politiques, déjà lourdes, ne peuvent que s'aggraver…

Réseau de Transport d'Électricité (RTE) en première ligne, mais aussi la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) comme la Direction Générale de l'Énergie et du Climat (DGEC) restent obstinément dans le déni face aux besoins en électricité pilotable, encore plus considérables avec un objectif Net zéro. Feignant d'ignorer le besoin crucial à court terme de capacités de production pilotables, les autorités engagent notre pays dans une course effrénée au développement d'une seule production d'électricité non pilotable, éolienne et solaire, qui participe peu à l'équilibre et à la stabilité du réseau et qui a une faible probabilité d'être disponible aux heures de pointe de consommation….

La relance de la filière nucléaire, essentielle et réclamée dans le rapport d'Escatha-Billon d'il y a 5 ans, ne pourra raisonnablement pas répondre à ces besoins avant 2035-2040. D'ici cette échéance, l'exécutif sera contraint de reconstituer des moyens de production de pointe, pilotables, pour faire face à l'augmentation continue de la consommation électrique induite par l'électrification des usages ».

Par ailleurs, PNC explique que cette décision n’est pas catastrophique parce que ces centrales de pointe, dont le coût d'investissement est modéré, ne seront appelées qu'en cas de nécessité lors des pointes de consommation et pour compenser l'indisponibilité de l'éolien et du solaire. Leurs émissions de gaz à effet de serre seraient donc modestes et largement compensées par les économies globales d'émissions obtenues grâce à l'électrification de notre économie et de notre patrimoine industriel.



3. c - L’impossible défi de l’intermittence : « l’impact quotidien sur le fonctionnement des capacités pilotables ne sera pas gérable »

PNC dans une étude extrêmement fouillée[1], dénonce la légèreté de la présentation faite de la gestion de l’intermittence par RTE : une simple extrapolation à 2035 des productions actuelles aux capacités indiquées (122 GWe intermittents) montre la difficulté de la tâche, sauf à modifier très profondément les  conditions d’acceptation de ces productions sur les réseaux (des écrêtements massifs  seront indispensables, ce qui changera la rentabilité de ces sources et les règles de  marché).

Il est aisé, sur la base des données RTE téléchargeables sur le site Eco2mix, d’extrapoler les productions intermittentes en 2035. Ainsi :

En conditions hivernales, la fluctuation de puissance sur une journée pourra atteindre une cinquantaine de GWe et on pourra avoir sur des périodes de 2 à 3 semaines des taux de charge extrêmement faibles, oscillant entre 3 et 10 % seulement de la capacité installée. L’importance des déficits de puissance dépasse de loin les projections, optimistes, d’efficacité et de flexibilité de RTE !

-          En conditions estivales, les fluctuations de puissance des intermittentes varieront de 2 à 57 GWe avec des écarts matin et soir de 40 à 50 GWe, leur apport étant souvent proche de la puissance appelée en milieu de journée, mais très faible la nuit (de 2 à  10 GWe malgré 118 GWe installés). L’écart entre la consommation et la production évoluera chaque nuit entre 35 et 54 GWe.


L’impact quotidien sur le fonctionnement des capacités pilotables ne sera pas gérable, bien au-delà de ce qu’on pourra attendre de leur suivi de charge et des flexibilités ou effacements.

Par exemple, en été, l’analyse des variations de puissance horaire des capacités intermittentes montre qu’elles atteindront 10 à 14 GWe en une heure, deux fois par  jour à la hausse puis à la baisse, alors que la consommation est faible.

Conclusion de PNC :

 

« C’est toute l’organisation de l’accès au marché de l’électricité des moyens intermittents (qui devraient supporter les inconvénients de leur variabilité) et des moyens pilotables  (dont l’économie doit être impérativement préservée) qui devra être profondément  repensée, et ceci dès les prochaines années. » 

 

 

3. d - Intermittence et modulation du nucléaire : le nucléaire ne pourra pas assumer, ce sera du gaz !

Contrairement à un argument martelé par le lobby ENR, les ENR et le nucléaire ne font pas la paire, au-delà d'un certain pourcentage d'ENR, ils sont même tout simplement économiquement et techniquement incompatibles.

Et ce sera encore bien plus le cas avec 45 GW d'éolien en mer !

Dans la situation actuelle, les ENR sont inutiles au système électrique français : elles ne fournissent aucune puissance garantie pour le passage des pointes électriques et leurs excédents de production ne peuvent se substituer aux centrales thermiques dont la part dans la production électrique totale de 7% est techniquement quasi incompressible. Très flexibles et très réactives, les centrales thermiques servent toute l’année pour ajuster finement, à tout moment, la production à la consommation et, pour le reste, à fournir les derniers MWh lors des pointes hivernales. Au final, l’excès des ENR se substitue largement à la production nucléaire sans aucun bénéfice climatique ou économique, bien au contraire.

D’ailleurs, « du fait de l’interconnexion des réseaux européens, les énergies renouvelables produites en France viennent donc remplacer le plus souvent la production des centrales au charbon situées dans d’autres pays comme la Pologne ou l’Allemagne ».[1] Les éoliennes et leurs inconvénients sont en France, les bénéfices, lorsqu’ils existent, sont en Allemagne, laquelle mène une politique énergétique complètement irresponsable (arrêt du nucléaire, maintien du charbon, forte augmentation du gaz et des dépendances associées). Et encore cet “avantage” européen est-il destine à disparaître avec la poursuite du développement massif de l’éolien offshore en Europe du nord, où il est plus productif et plus éloigné des côtes.

Dans le futur, le développement massif des ENR, en particulier l’éolien offshore avec sa variabilité particulièrement importante, aura pour effet de rendre impossible et extrêmement ruineuse la modulation nucléaire. Le nucléaire est fait pour fournir une base, pas pour moduler comme un fou !

RTE, dans un groupe de travail sur les analyses de sécurité d'approvisionnement-(28 juin 2023) affirmait avec quelque cynisme : « EDF modulait ses réacteurs pour gérer son carburant, il modulera pour le suivi de charge des ENR ».

Sauf que les conséquences ne sont pas les mêmes, justes opposées. EDF modulant sa production nucléaire pour optimiser son carburant nucléaire, cela lui permettait notamment de mieux programmer les arrêts de tranche et d’assurer la sécurité d’alimentation en tenant compte aussi des contraintes et opportunités économiques ; EDF faisant du suivi de charge des ENR, c’est en fait les ENR qui imposent à EDF des externalités négatives alors que lesdites ENR ( plus exactement énergies variables intermittentes) sont incapables d’assurer une production de base relativement pilotable comme le nucléaire.

Ces aspects de modulation contrainte par les ENR ont été traitées extensivement par M. Jean-Jacques Nieuviaert, ancien Chef économiste de Union Française de l'Electricité[2] :

“Le développement accéléré et simultané des EnR non pilotables et du nucléaire va forcément entrainer un accroissement de la modulation, et dans certains cas (été, week-end) cela pourrait même conduire à exiger l’arrêt complet du parc nucléaire…

Cet accroissement risque de rendre inatteignable un objectif d’extension de la durée de vie des réacteurs à 80 ans du fait d’une usure prématurée, et il comporte donc le risque d’exposer le pays, non plus à un besoin de sobriété, mais carrément à une pénurie d’électricité…

Une modulation amplifiée est synonyme de hausse des coûts et de pertes massives de revenus pour EDF, ce qui est contradictoire avec les efforts attendus du groupe en termes de développement du nucléaire.”

L’article met aussi en avant une augmentation des « fortuits » de 25% en moyenne et des dégâts possibles sur la structure des cœurs (érosion, déséquilibre bore-lithium, fuite), le vieillissement du circuit primaire, notamment si le standard de deux mouvements par jour était dépassé...

La conclusion est que l’augmentation massive des ENR, avec notamment les 45GW d’éolien en mer, nécessitera, pour assurer la sécurité d’alimentation, un suivi de charge avec de telles variations que seules les centrales à gaz de dernière génération pourront l’accomplir. Ce back-up gaz important dégradera considérablement l’intérêt climatique et le bilan carbone de l’éolien (qui tournera autour de 300g CO2/KWh), dégradera aussi les aspects économiques et d’indépendance géostratégique du système électrique français. L’éolien, c’est du gazolien, et développer massivement l’éolien en mer est en fait l’assurance survie à long terme du gaz, ce pourquoi, comme le remarquait Jean-Marc Jancovici, il est si populaire chez les industriels du secteur. 

De manière générale, ces choix énergétiques qu’il nous faut faire engageront plusieurs centaines de milliards d’euros (plus d’un millier de milliards !)  et auront un impact majeur sur notre souveraineté électrique et aussi sur notre pouvoir d’achat futur et sur la viabilité de notre industrie. Ils nous concernent tous. Il est capital qu’ils soient faits non par idéologie ou par mimétisme, mais à l’examen de données factuelles et, en particulier, en tenant compte des enseignements que peuvent apporter la politique énergétique d’autres pays.  C’est ce que les Français doivent exiger de ces débats- et ce n’est pas ce qui se passe !



[1] RTE, bilan électrique 2019, p. 57

[2] La modulation nucléaire : un risque majeur, 09.02.2023, https://www.lemondedelenergie.com/[1] PNC France : un bilan prévisionnel 2035 de RTE préoccupant malgré la reconnaissance du rôle du nucléaire, 30 / 09 / 2023


[1] https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2021-na-99-approvisionnement-electricite-janvier.pdf


[1] https://www.lefigaro.fr/flash-eco/le-royaume-uni-annonce-la-construction-de-nouvelles-centrales-au-gaz-20240312


mardi 15 août 2023

Les plans fous que l’Allemagne veut imposer à l’Europe pour l’hydrogène !

 1) l’Allemagne manipule l’Europe avec son plan hydrogène

Remarquable article de Michel Gay : https://www.contrepoints.org/2023/08/09/461428-lallemagne-manipule-leurope-avec-son-plan-hydrogene

Extraits : L’Allemagne annonce la construction de presque 24 gigawatts (GW) de centrales « à hydrogène » qu’elle veut faire subventionner par l’Union européenne.

Après avoir supprimé environ 20 gigawatts (GW) de nucléaire bas carbone (17 réacteurs), l’Allemagne comptait sur les énergies renouvelables intermittentes (EnRI) pour les remplacer. Mais les productions fatales de ces dernières étant insuffisantes, ce pays a conservé son parc pilotable au gaz et au charbon qui reste indispensable en soutien 

« Pour masquer l’échec de sa transition énergétique (Energiewende) et obtenir en plus des subventions de l’Union européenne, l’Allemagne a donc imaginé ce projet ubuesque de 24 GW de centrales électriques, dites « à hydrogène ».

En réalité, ce sont des centrales à gaz capables de brûler aussi de l’hydrogène, mais qui doivent être subventionnées, car leur fonctionnement intermittent en complément des productions elles-mêmes intermittentes des EnRI, va limiter leur rentabilité. »

NB : là-dessus, ne pas hésiter à aller sur le compte parodique RACG @charbongaz   (il faut bien préciser parodique parce qu’ils ont eu des problèmes) qui traite très bien de cette problématique

 

« Dans cet objectif, l’Allemagne prévoit, dès 2024, de  lancer des appels d’offres pour près de 9 GW de nouvelles centrales à gaz censées fonctionner dès le départ à l’hydrogène. »

Et quand bien même ces centrales hydrogen ready fonctionneraient à l’hydrogène, la question à plusieurs milliards reste :

« Et d’où viendrait l’hydrogène consommé dans ces centrales « à gaz » ?

Selon l’Allemagne, l’électricité requise serait majoritairement produite par des éoliennes en mer…

McKinsey estime à 30 GW au moins le manque de moyens pilotables en Allemagne à l’horizon de 2030. Ce cabinet d’experts doute que les conditions pour la construction des nouvelles centrales soient remplies en temps voulu. Notamment, la bascule vers un hydrogène « vert » à un prix raisonnable reste incertaine, voire illusoire.

 

La capacité nationale de production d’énergies éolienne et solaire (estimée à environ 100 TWh en 2030) ne suffira pas à couvrir le besoin d’électricité pour la production d’hydrogène dont les importations seront indispensables, comme les importations de gaz méthane aujourd’hui.


Ben c’est pas grave et c’est là que c’est rusé ; parce qu’en attendant Godot  hydrogène vert, ces centrales hydrogène ready pourront très bien fonctionner… et même se rentabiliser  au gaz classique…tout en étant financée au nom de la transition écologique et par des crédits verts. Rusé !

D’où le titre de l’article de Michel Gay : « l’Allemagne manipule l’Europe avec son plan hydrogène » : 

« Si les subventions pour ces centrales à gaz « dites à hydrogène » sont attribuées par l’Europe, il s’agira de la deuxième arnaque du siècle réussie par l’Allemagne, après avoir fait croire que les énergies éolienne et solaire pouvaient assurer son avenir énergétique !

Pendant ce temps, la France bataille pour que l’Union européenne l’aide financièrement à prolonger ses centrales nucléaires (émettant moins de carbone (4 g CO2/kWh) que l’éolien ou le solaire), et à en construire de nouvelles. »

 

Pas mieux !

 

Quasi-simultanément, Jean-Marc Jancovici publie un post linked dans lequel il critique un rapport de Deloitte, très proche de la vision allemande :  L’hydrogène vert : un accélérateur de transition vers la neutralité carbone Analyse mondiale du marché de l’hydrogène vert à horizon 2050.

 

2) Le rapport de Deloitte : L’hydrogène vert : Analyse mondiale du marché de l’hydrogène vert à horizon 2050

 

Extraits

 

« La demande européenne en hydrogène décarboné pourrait atteindre jusque 95 millions de tonnes en 2050. A cet horizon, l’Europe serait le quatrième marché régional de l’hydrogène en valeur, générant presque 200 milliards de dollar de revenus par an. »

 

« L’Europe pourra s’appuyer sur ses propres ressources pour produire des volumes conséquents d’hydrogène décarboné, en particulier pour les usages en hydrogène pur, plus difficile à transporter sur de longues distances. Deloitte estime que la production européenne pourrait atteindre 55 millions de tonnes par an d’ici à 2050. Du fait de ses caractéristiques géographiques, il lui sera cependant difficile de satisfaire l’intégralité de sa demande à un coût abordable. L’Europe pourrait ainsi s’appuyer sur des partenaires nord-africains, du Moyen-Orient, d’Afrique sub-saharienne, ou nord-américains pour fournir jusqu’à 40 % de sa demande globale. »

 

« D'ici à 2050, les principaux exportateurs devraient être l'Afrique du Nord (110 milliards de dollars par an), l'Amérique du Nord (63 milliards de dollars), l'Australie (39 milliards de dollars) et le Moyen-Orient (20 milliards de dollars). »



https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/sustainability-services/articles/hydrogene-vert-accelerateur-de-transition-vers-neutralite-carbone.html

 

3) La réponse de Jancovici : il manque le principal : faire quelques règles de trois


https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7095161561777848320/

 

Extraits : « Deloitte publie un rapport sur "l'hydrogène vert, qui est repris par Les Echos avec un titre très emphatique. Exit le pétrole, voici l'hydrogène vert !... »

 

« Le travail de Deloitte évoque une production de 600 millions de tonnes d'H2 vert en 2050. Le contenu énergétique de l'hydrogène est de 33 kWh par kg. 600 millions de tonnes d'H2 ont donc un contenu énergétique de 20.000 TWh (1 TWh = 1.000.000.000 kWh). C'est le contenu énergétique de 40% de la production mondiale actuelle de pétrole, ou 50% de celle de gaz. Là ca semble déjà plus impressionnant ! »

 

Le rendement de l'électrolyse est d'environ 70%. Pour produire ces 600 millions de tonnes d'H2 il faut donc environ 28.000 TWh d'électricité, soit... la totalité de la production électrique mondiale actuelle, ou environ 3,5 fois la production ENR actuelle en incluant l'hydro (et bien évidemment si on prend cette électricité pour faire de l'hydrogène, elle n'est plus disponible pour ses usages actuels). »

 

« Parlons argent : le rapport évoque un marché de 280 milliards de dollars pour les exportateurs de cet hydrogène vert. Au vu du contenu énergétique évoqué ci-dessus… ca semble peu. Accessoirement se risquer à évoquer un prix à la tonne dans 27 ans me paraît un poil osé…


Si l'on se limite à parler coût de revient, il faut alors "prévoir" le coût futur des dispositifs solaires et éoliens qui seront mobilisés. Or, les coûts actuels de production de ces dispositifs sont obtenus dans un monde où l'industrie est extraordinairement productive grâce aux combustibles et les transports très faciles grâce au pétrole.

Que restera-t-il de cette "productivité" dans un monde dépourvu de combustibles fossiles, ce qui est l'hypothèse implicite légitimant de produire de l'hydrogène “vert” ? »

 

« Autre question : pourquoi les pays d'Afrique du Nord ou d'Amérique du Sud affecteraient en priorité leurs ENR à fournir en H2 des européens ou des asiatiques ne souhaitant pas devenir sobres, plutôt qu'à leur propre décarbonation ? » (cf ci -après l'écocolonialisme)

 

« Deloitte évoque 3 points de vigilance pour les pouvoirs publics. Il me semble qu'il manque le principal : faire quelques règles de trois et se poser quelques questions avant de prendre nos paris ! La production électrique a certes un peu plus que doublé sur les 27 dernières années. Mais.... cela s'est surtout fait avec du charbon et du gaz ! »

 

Sur ce point de l’hydrogène et de sa bulle éventuelle, un auteur est particulièrement intéressant à suivre : Samuele Furfari

, cf. par exemple

 

4)S. Furfari :  Hydrogène vert, un siècle et toujours du vent. L’écocolonialisme.

 

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/hydrogene-vert-un-siecle-et-toujours-du-vent-950641.html

https://www.science-climat-energie.be/2021/11/07/lecocolonialisme-au-pays-du-surrealisme/

 

Extraits

 

« Les sympathiques idées de John Haldane le sont toujours après un siècle, de sorte que l'hydrogène restera toujours l'énergie du futur. L'hydrogène est indispensable à la vie d'une société moderne. Il n'est pas du tout nécessaire pour la politique énergétique. Il restera l'éternelle utopie. » ( JBS Haldane, généticien et biologiste britannique qui s’est risqué en 1923 dans un discours à Cambridge à prédire une socitété basée sur l’hydrogène renouvelable) »

  

« Parler de l’hydrogène est la dernière trouvaille des politiques pour faire croire qu’ils maîtrisent la technique en promouvant un produit propre « dont la combustion ne produit que de l’eau » suivant le slogan d’un constructeur automobile ; cette référence est particulièrement déplacée, dans la mesure où le rendement énergétique d’une voiture électrique à batterie est trois fois supérieur à celui d’une voiture à hydrogène. »

 

«  On aimerait connaître le prix de l’hydrogène produit en Namibie ; dans plusieurs publications récentes, avec mon collègue italien Alessandro Clerici, nous montrons dans un article publié par Science-climat-énergie que la production d’hydrogène dit vert est une aberration économique, car le coût de production est exorbitant. Même à partir de solaire dans les Émirats arabes unis le coût de production en 2030 serait de 2 €/kg avec un très haut rendement d’électrolyse de 69 %, un discounted rate de 8 % et un CAPEX de 450 €/kW. »

 

On aimerait savoir quel est le coût de l’hydrogène rendu au port d’Anvers, le pôle pétrochimique qui a bien besoin de cette molécule noble. …transporter de l’hydrogène ce n’est pas comme transporter du gaz naturel. C’est bien plus compliqué à cause de la nature chimique de la molécule.

 

Cette question du transport de l’hydrogène en mer a déjà été étudiée sur toutes ses facettes par les fonctionnaires européens dans les recherches mentionnées ci-dessus. Par exemple, afin d’importer dans l’UE de l’hydrogène qui aurait dû être produit par l’abondante hydroélectricité du Québec, un protocole d’accord entre le ministère des Ressources naturelles de la province canadienne et la Commission européenne a été signé en 1988. Les calculs ont montré que les solutions envisagées étaient impraticables : 54 % de perte d’énergie à cause de la transformation chimique du toluène en méthylcyclohexane dans le sens Canada UE, et inversement. De plus, transporter à vide 92 kg de toluène pour transporter 2 kg d’hydrogène est bien évidemment une aberration.

 

« La ministre explique que la moitié de l’hydrogène restera sur place en Namibie. Si c’est pour l’utiliser à la production d’engrais pour donner à manger à la population on peut s’en réjouir, puisque c’est là un usage incontournable de l’hydrogène. Mais ils pourraient très bien aussi le produire à moindre coût à partir de gaz naturel… »

 

« Lorsque les chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission Européenne ont travaillé sur l’hydrogène, c’était pour le faire à partir de l’électricité nucléaire, la bête noire de la ministre belge. Mes calculs avec Alessandro Clerici publiés par Science-climat-énergie ont montré que la seule façon de limiter les coûts de la production d’hydrogène – mais toujours plus cher qu’à partir du gaz naturel  – est avec l’électricité produite par les centrales nucléaires existantes »

 

« Dernier point, gardé pour la fin, car il est le plus honteux. En 2019 d’après la Banque mondiale 55 % de la population de la Namibie est connectée au réseau électrique. Et comme partout en Afrique, le système électrique est très instable ce qui occasionne des coupures d’alimentation récurrentes (la principale source pour la production d’électricité pour les personnes nanties en Afrique est le diesel qui alimente les groupes électrogènes domestiques). »

 

 « Comment peut-on seulement penser à aller produire de l’hydrogène pour un souci de pays surréaliste, en l’occurrence la Belgique, dans un pays pauvre ? Cela est aussi indigne que l’idée saugrenue allemande du projet Desertec pour produire de l’électricité dans le Sahara à transporter en Allemagne. L’échec éthique et économique de ce projet n’a pas suffi à l’Allemagne qui envisage à présent de produire de l’hydrogène au Maroc. Est-ce parce que la Namibie est son ancienne colonie que l’Allemagne laisse la place à la Belgique ? « 

 

« La Commission européenne ― toujours prête à copier l’Allemagne ― dans sa stratégie hydrogène du 7 juillet 2020 a osé proposer l’écocolonialisme par l’hydrogène en Afrique, mais heureusement le Conseil européen du 11 décembre 2020 a refusé d’entériner cette faute éthique. »

 

« Si l’on veut que l’Afrique se développe, une chose est à faire en premier : doter le continent d’une production d’énergie abondante et bon marché. Un article du 5 novembre 2021 qui me cite lors du colloque «Le paradoxe africain», tenu le 10 juin dernier à l’École militaire de Paris, rappelle fort opportunément que « nous autres Européens consommons 6 100 kWh/an par personne, et les Africains 530 kWh/an par personne, soit 12 fois moins. De plus, nous savons que si la population africaine va augmenter de façon importante dans les prochaines années, elle aura besoin d’encore plus d’énergie ».


"La Belgique surréaliste préférerait ainsi capturer l’électricité des Africains en situation de pauvreté énergétique. . L’écocolonialisme est-il le nouveau colonialisme à la belge? »



jeudi 25 mai 2023

Quelques petits problèmes sur la consultation CNDP Débat Penly

 Certaines voix (et certaines vraiment inattendues) semblent mettre en cause l’attitude des pronucléaires dans  le debat Penly de la CNDP, à propos de la programmation de 6 EPR2. Alors, on refait, non pas le match ( c’est fichu et bien saboté !), mais le point.



1) Les déclarations de Chantal  Jouanno  avant et au début du débat

Le Monde , 18 octobre

« Faut-il blâmer le public qui a constaté que les enseignements du débat de 2005 avaient été ignorés dans la loi du 28 juin 2006 sur la gestion des matières et déchets radioactifs, qui écartait toute autre solution que l’enfouissement en couches géologiques profondes ? Ou ne faudrait-il pas plutôt pointer du doigt les responsables politiques qui sont restés sourds aux enseignements du débat public ? »

« Le débat public de 2005 sur la gestion des déchets radioactifs a démontré que le seul compromis possible pour traiter les déchets radioactifs était de maintenir ouvertes toutes les solutions possibles, et pas uniquement l’enfouissement en couches géologiques

« Le débat public n’est plus une succession de grandes réunions où la parole est séquestrée par les plus forts »

Or, le débat public sur les déchets (PNMGDR)  a été un échec. De multiples réunions ont été profondément perturbées, celle de Lille, la plus centrale,  a dû être annulée . Et les affirmations ci-dessus sont essentiellement fausses

Interview  dans le très antinucléaire Reporterre, 17 janvier 2023

 « En raison de frais financiers plus lourds sur l’investissement nucléaire, les sources renouvelables sont beaucoup plus intéressantes que les EPR. »

Le moins qu’on puisse dire est que ces déclarations pouvaient inquiéter sur l’impartialité de la CNDP et la qualité du débat qu’elle organisait. Les militants du Voix du Nucléaire qui ont alerté sur les réseaux sociaux étaient parfaitement fondés à le faire. Pour ma part, je considère que Mme  Jouanno aurait dû démissionner. 

Et déjà se met en évidence un défaut majeur de la CNDP, sur laquelle elle ne veut rien entendre : la connaissance scientifique n’est qu’une opinion parmi d’autres.

2) Pour la CNDP, seules les organisations militantes antinucléaires sont légitimes ?

Comme organisations militantes, seules les organisations militantes antinucléaires (Negawatt, Greenpeace, Sortir du nucléaire, RAC , Global Chance), étaient invités par la CNPD. Ni Les Voix du Nucléaire, ni Patrimoine nucléaire et climat, ni Sauvons le climat, ni le Cérémé, ni Ecologistes pour le Nucléaire, etc.  n’étaient  invités. Ni d’ailleurs des autorités scientifiques indépendantes comme l’Académie des Sciences et l’Académie des Technologies qui se sont exprimées clairement sur le sujet.

Il a fallu beaucoup insister, mais de manière très officielle et très correcte, pour que les Voix du Nucléaire puissent intervenir, et en  "portion » très  congrue par rapport aux organisations anti nuc. (on doit pouvoir trouver des décomptes)

Ceci pose d'ailleurs un vrai problème :  alors que l'opinion française est majoritairement favorable au nucléaire, n’est-ce pas accorder un poids excessif à un point de vue minoritaire mais très militant, ce qui fausse le débat ?

De façon plus générale, au sein de beaucoup d’instances officielles, cette visibilité, cette surreprésentation accordée à certaines ONG au détriment d’autres ou de partenaires plus institutionnels a  été critiquée par certains syndicats lors de la Commission Schellenberger ( réunion n°30, 25 janvier 2023)

Le caractère déséquilibré  des invités et des interventions au profit d'organisations antinucléaires a pour effet que le débat devient une source  de  fake news ahurissantes comme l'eau de refroidissement des centrales restituée "dans des conditions de dégradation impossibles" qui ne sont pas démenties en direct.

3) Et après la partialité, la malhonnêteté

Lors d’un débat ( 12 janvier 2023) organisé en zoom uniquement (compte-tenu de la dégradation des conditions du débat) sur les conséquences sur le travail et l’emploi, l’intervenant expert  chargé des emplois était M. Quirion présenté comme expert CNRS/CIRAD.  Il a fallu s’y reprendre à trois fois sur le chat ( et être menacé de déconnexion)  en demandant que soit également précisée sa qualité de président du très anti-nucléaire Rassemblement Action Climat. L’organisateur a bien pris la parole pour indiquer que M. Quirion était également président du RAC  (Rassemblement Action Climat)  sans indiquer qu'il s'agissait d'une organisation anti-nucléaire et a précisé qu’il parlait en tant qu’expert CNRS. Vu la divergence de ce qu’il présentait avec d’autres données, on peut en douter…mais rappelons que la CNDP a mordicus refusé tout idée de fact checking, que ce soit en ligne ni  a posteiori.

Rebelotte quelques jours plus tard avec une réunion consacrée au financement. L’organisation  Global Chance, dont l'une des vedettes est l'inénarrable B. Laponche) a été présentée comme experte sur les problèmes de financement sans préciser qu’elle est une organisation militante anti nucléaire revendiquée. Global Chance  a pu aligner ses allégations présentées comme des expertises  sans aucun avertissement (cette fois, les interventions sur le chat n’ont été suivies d’aucun effet).

Est-ce cela que la CNDP juge comme des incorrections ? Nous n’en aurions alors pas vraiment la même définition.

4) Des conditions du débat

A Paris, par exemple, le 8 novembre, il fallait, pour pénétrer dans la salle, franchir un comité d’accueil aimablement composé par les collectifs anti-Bure, anti- Piscine La Hague, Sortir du Nucléaire. Les mêmes ont pénétré dans la salle et exigé un temps de parole au début de la réunion qui leur a été accordé. Lors de la réunion, certains se promenaient dans la salle et plaquaient violemment sur les tables des paquets de tracts. Au moins, la réunion a-t-elle pu se tenir .

Ca ne semble pas beaucoup gêner M Michel Badré qui a déclaré : « Le chahut au cours de réunions, comme lors du débat sur le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR), dont j’ai été membre de la CPDP, ça fait partie du droit de manifester, tant qu’on n’en vient pas aux mains. »

https://www.lagazettedescommunes.com/831161/nucleaire-ou-pas-il-y-a-toujours-plusieurs-reponses-possibles-a-une-question/

Pour le PNGMDR, lors des réunions les plus importantes, aucune présentation n’a pu avoir lieu normalement, aucun partisan du nucléaire n’a pu avoir droit à la parole sans craindre pour sa sécurité.

Cette  conception du débat est assez curieuse et problématique, tout le monde n’est pas à l’aise pour s’exprimer dans ces conditions. Il me semble qu’au contraire les organisations qui se livrent à ces agissements devraient a minima être bannies de débats futurs…

 Est-il utile de mentionner que c’est toujours le même côté ( antinucléaire) qui est en cause, et que je mets quiconque au défi de trouver une réunion de la CNDP qui ait été si peu que ce soit perturbée par des militants pronucléaires, ou a fortiori empêchée ?

5) Le dérapage complet : quand la CNDP sabote son propre débat

Le 18 janvier 2023, le Sénat introduisait un article dans la loi accélération du nucléaire supprimant le plafond de 50% de nucléaire dans le mix électrique. La CNDP réagissait par un communiqué très vif signé de Chantal Jouanno et Michel Badré :

« Une telle mesure, anticipant de quelques mois un débat relevant du projet de loi de programmation énergétique, ne change rien aux délais de réalisation éventuelle d’un programme de relance du nucléaire: les enjeux d’ingénierie, de formation et d’emploi ou de mise en place du financement, sans aucun doute les plus déterminants sur le calendrier de réalisation, ne relèvent en rien de cette anticipation mineure. Elle revient en revanche à considérer comme sans intérêt pour définir la stratégie énergétique les interrogations, les remarques et les propositions faites lors du débat public en cours. »

https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2023-01/230118-CP-PJL-CNDP.pdf

Une telle réaction a été évidemment comprise par tous les groupements antinucléaires comme une légitimation de leurs actions et de leurs méthodes pour s’opposer au débat ou s’en retirer pour ceux qui l’avaient accepté et voyaient, séances après séances, que leurs arguments ne portaient pas.  A signaler que le vice- président EELV de la communauté urbaine de Lyon, M.  Philippe Guelpa-Bonaro, appelait à manifester contre le débat prévu à Lyon le 2 février.  Etrange attitude pour un élu face à un débat public institutionnel, non ?https://twitter.com/FilGB/status/1620707270228348928.

De fait, aucune des réunions programmées ensuite n’a pu se tenir, à commencer par celle de Lille du 26 janvier. A noter l’étrange passivité de Mme Jouanno et M Badré, qui n’ont pas dénoncé ce qui constituait quand même des atteintes aux libertés fondamentales d'information, d'expression et de consultation des citoyens et ont réservé leur ire aux Sénateurs ; ce qui interroge sur leur conception de la démocratie et de l’organisation des  pouvoirs (Auguste Comte, Comte, « pour conseiller, il faut ne pouvoir jamais commander »)

6) Le bilan interdit et pourtant indispensable

Le 27 février 2023, la CNDP clôturait le débat par en quelque sorte, un débat sur le débat, ce qui était plutôt intelligent et aurait pu être utile.

Aurait pu, si1) curieusement, il n’avait pas  été annoncé à tous les participants par vidéo qu’aucune mise en cause de la présidente de la CNDP ne serait toléré (ce qui limitait  quelque peu les débats et si 2)   l’on n’avait pas assisté à un déni de la Présidente Mme  Jouanno , voire à des mensonges caractérisés sur le thème  le débat se déroulait sans problème majeur jusqu’au 24 janvier, après c‘est la responsablité du Sénat s’il a dérapé.

« je le répète, le débat public n’a été ni interrompu, ni suspendu ».

Et ceci : « certaines personnes ont souhaité que le débat soit arrêté. Elles ont argumenté qu’il ne servait à rien, que manifestement le public n’avait pas les compétences pour traiter un sujet aussi technique, que seuls les contestataires s’exprimaient et qu’il aurait fallu utiliser la force pour les évacuer. Il n’a jamais été question d’interrompre le débat. Il n’a jamais été question de laisser la force, quelle qu’elle soit, confisquer le débat. »

Non Madame Jouanno, ce ne sont pas les pronucléaires que vous semblez viser qui ont empêché la poursuite du débat, ce ne sont pas eux qui ont perturbé, puis empêché les réunions, ce ne sont pas eux qui ont employé la force, la violence verbale et parfois physique pour intimider leurs opposants, ce ne sont pas eux qui ont mis fin aux débat ! Et il est regrettable que vous ne vous soyez pas interrogée sur votre propre responsabilité

Il est dommage que non seulement vous ayez été incapable de tenir ce débat sur les six nouveaux réacteurs, mais que vous ayez été aussi en quelque sorte interdit ce débat sur le débat qui aurait pu être utile.

A votre décharge, ce n’était pas facile, et, contrairement à ce que vous avez pu laissez penser, le problème n’est pas spécifique au nucléaire. Il est impossible actuellement de tenir un débat utile et informé sur les nanosciences, sur les OGM, sur le glyphosate, sur la politique de l’eau et les bassines, sur les phytosanitaires et plus généralement la politique agricole.

Il y a fondamentalement un problème d’ignorance de la science, de la démarche scientifique même, de ses méthodes et de ses  résultats, des statuts respectifs de la connaissance scientifique et de l’opinion  ( et la fameuse méthode des controverses du très relativiste Latour  que vous vous vantez d’utiliser est quelque peu problématique). D’interaction aussi entre la science et la société, de vulgarisation des connaissances scientifiques, du rôle et de la formation des journalistes scientifiques, de l’information des décideurs .

 Aller, deux pistes de réflexions

 « Le public ne sait pas ce qu’il lui faut, mais il sait parfaitement ce qu’il veut, et personne ne doit s’aviser de le vouloir pour lui » ( Auguste Comte )

« L’air du temps, en accusant la science de n’être qu’un récit parmi d’autres, l’invite à davantage de modestie. On la prie de bien vouloir gentiment "rentrer dans le rang" en acceptant de se mettre sous la coupe de l’opinion…

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. » (Etienne Klein, le goût du Vrai)