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dimanche 6 août 2023

Changement d’état d’esprit dans la finance : la finance verte deviendrait vraiment verte en devenant nucléaire ?

 Naguère : l’industrie du greenwashing !

Naguère se jouait un compagnonnage détestable et dangereux entre certains milieux financiers et écolos bigots, les premiers recherchant un verdissement hypocrite de leurs activités et de nouvelles sources de profits appuyées sur de grasses et garanties subventions, les seconds obtenant un semblant de crédibilité financière pour des projets parmi les plus vaseux.

Il y a eu d’excellents exemples de cela, par exemple avec la plate-forme sur la finance durable de l’UE qui a tenté de s’opposer à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie et le label français Greenfin censé garantir la qualité verte des fonds d’investissement et qui excluait l’ensemble des activités de la filière nucléaire (y compris les sociétés réalisant plus de 33% de leur chiffre d’affaires dans le nucléaire). On ajoutera par exemple à ceci la communication alambiquée de la banque Lazard qui produit depuis 2007, une analyse comparée des coûts des différentes sources d’énergie basée sur les LCOE et régulièrement brandies par les dirigeants écolos alors que la seule prise en compte des LCOE pour comparer des systèmes de productions aussi différent que le nucléaire et les Energies Variables Intermittentes relève, soit de l’incompétence crasse, soit de la mauvaise foi insigne.

Cf sur ce  blog

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/03/la-finance-le-nucleaire-et-des.html, https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/05/greenfin-ou-le-coup-de-poignard-dans-le.html

Le contexte semble décidément changer avec la publication de Mac Kinsey : « Yes, nuclear can help answer the climate and energy security challenge »

Extraits

Un nouveau contexte pour le nucléaire

« Nous pensons que l'énergie nucléaire peut être un moyen important de combler les lacunes sur la voie souhaitée vers un avenir sûr, économiquement soutenable et axé sur l'énergie propre. L'énergie nucléaire ne produit aucune émission, est une technologie bien établie qui, avec les bonnes approches, peut répondre à l’ampleur des défis et compléter les sources d'énergie telles que l'éolien et le solaire, et peut générer de l'énergie propre directement dans des secteurs critiques tels que les transports et les bâtiments. Non seulement elle a un rôle important à jouer dans la transition énergétique, mais son potentiel est réalisable – si l'industrie se met en bon ordre de marche.”

« McKinsey estime qu'environ 1 000 milliards de dollars par an d'investissements en capital seront nécessaires pour que les États-Unis puissent réaliser la transition énergétique d'ici 2050. Cela représente environ 4% du PIB des États-Unis en moyenne. »

« Le secteur de l'électricité doit se décarboniser – à l'heure actuelle, il représente environ 30 % des émissions mondiales et la demande d'électricité pourrait tripler d'ici 2050, sous l'effet de l'électrification croissante et de la croissance économique »

« Contrairement aux énergies renouvelables qui offrent un approvisionnement énergétique intermittent, le nucléaire a déjà démontré qu'il peut fournir une énergie fiable et flexible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tout en utilisant beaucoup moins de terres que de nombreuses énergies renouvelables… C'est également la seule option zéro carbone qui fonctionne pour les processus industriels à haute température, tels que la production d'acier ou de ciment. »

« Dans ce contexte, construire plus de centrales nucléaires pour fournir une production d'électricité fiable, toujours active et zéro émission peut sembler une décision simple. Pourtant, sur de nombreux marchés importants, dont l'Europe, le Japon et les États-Unis, le scepticisme et l'hostilité du public à l'égard de cette démarche demeurent. La grande majorité des nouvelles constructions nucléaires ont lieu en Asie, en particulier en Chine, en Inde et en Corée. La Russie et la Turquie construisent également plusieurs usines »

« Bien que la perception du public représente un obstacle à la construction de nouvelles centrales nucléaires, nous croyons que la responsabilité de répondre à ce moment de besoin dans la transition énergétique incombe à l'industrie elle-même. »

Les recommandations de Mac Kinsey

Les défis

« L'ensemble des principaux défis que l'industrie doit relever est le suivant :

1) La complexité et la variation de la conception des réacteurs, de sorte que chaque centrale est une « première en son genre », avec peu de répétition des conceptions standard pour saisir les améliorations de projet en projet. Remarque : en voie de résolution avec l’industrialisation des EPR2

2) Base industrielle limitée pour les matériaux, les systèmes et les composants, ainsi que les besoin de procédés de fabrication spécialisés et de matériaux rares. Remarque : ce fut tout l’enjeu de Flamanville que de remettre en marche toute une filière qui était en voie de disparition fautes de constructions, et c’est pour cela que nous devons développer un programme EPR ambitieux ( au moins 14 pour commencer)

3) La pénurie de travailleurs qualifiés et de travailleurs salariés possédant l'expertise requise, aggravée par une main-d'œuvre vieillissante de professionnels expérimentés du nucléaire; Remarque : de nombreuses initiatives en ce sens en France

4) Capacité d'exécuter la construction de manière efficiente et efficace, sans reprises, afin d'assurer une livraison à temps et dans les limites du budget, et qui réponde à des normes de qualité rigoureuses Remarque : en bonne voie  grâce au retour d’expérience de Taishan, d’Olkiluoto, de Flamanville, d’Hinkley point.

5) Les partenariats et les contrats de construction qui ne reflètent pas l'étendue des risques du projet inhérents à la complexité de la technologie;

6) Des exigences réglementaires complexes et changeantes qui ne sont pas uniformes d'un gouvernement à l'autre

Les recommandations

1) Accès au capital : Réaffecter agressivement les capitaux publics et privés au secteur nucléaire. La transition vers la carboneutralité représente la plus importante réaffectation de capital jamais réalisée. Le nucléaire devrait recevoir sa part appropriée dans toutes les sources, y compris le capital-investissement, la dette et les investisseurs institutionnels, tout en poursuivant avec audace des partenariats public-privé pour réduire les risques. Le financement sera essentiel pour relancer l'industrie; Nous estimons que les coûts d'investissement pourraient s'élever à environ 500 milliards de dollars par an pour soutenir le développement de nouvelles technologies, la mise à l'échelle de la base industrielle et la construction de nouveaux réacteurs. Quelles que soient les sources d'investissement, la gestion des risques liés aux coûts sera impérative, ce qui pourrait nécessiter un soutien politique pour rendre supportable le risque financier à mesure que le secteur se développe..

2) Innover ! Innover plus rapidement. Il y a une émergence de start-up dans le domaine nucléaire axées sur l'innovation à la fois dans la conception traditionnelle des réacteurs à eau légère dans le cadre des technologies Gen-III+ et sur l'intégration de nouvelles conceptions, parfois uniques en leur genre, Gen-IV. L'industrie a l'occasion d'accélérer ces nouvelles conceptions en tirant parti des leçons tirées d'autres start-up et de leur écosystème nord-américain, et peut-être du secteur public et privé de la défense, du système universitaire..

3) L’emploi : « Comblez le manque de main-d'œuvre dans les secteurs de la fabrication, de la construction et des opérations. À l'heure actuelle, l'industrie nucléaire aux États-Unis et au Canada fournit environ 130 000 emplois directs et 470 000 autres emplois indirects. Notre analyse suggère que cette main-d'œuvre à elle seule devrait atteindre plus d'un million de personnes – et plus de cinq millions dans le monde – pour que l'industrie augmente sa capacité à 50 GW par an.. »

4) « Créer une base industrielle qui renforcera la compétitivité des pays dans la transition énergétique... Un plus grand nombre de nouveaux programmes de construction soutenus par les gouvernements pourraient renforcer la confiance des investisseurs dans la mise en place de chaînes d'approvisionnement pour ces composants. Les acteurs de l'industrie pourraient établir des centres d'excellence pour développer des procédés de fabrication et aider à qualifier davantage de fournisseurs de composants afin de répondre aux normes de performance et de qualité. »

5) Rationalisez et accélérez les processus d'octroi de licences à l'échelle mondiale. Les leaders de l'industrie, les régulateurs et les décideurs pourraient utiliser un consortium industriel pour définir les exigences mondiales en matière de licences et travailler avec les gouvernements pour planifier la mise à l'échelle.

6) Devenir le meilleur de sa catégorie dans l'exécution de mégaprojets. Remarque : naguère, les ingénieurs français et leur formation particulière avaient plutôt bonne réputation pour cela, ça peut revenir, le renouveau du succès des études d’ingénieurs est plutôt encourageant

https://www.mckinsey.com/capabilities/sustainability/our-insights/yes-nuclear-can-help-answer-the-climate-and-energy-security-challenge?cid=soc-web


 L’IBNI, un game changer pour le financement du nucléaire ? Rendez-vous à la COP28 !

Saviez-vous  que des institutions multilatérales comme la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement excluent le financement du nucléaire ?  De même pour la banque Européenne d’investissement dont l’un des dirigeants français (Grégoire Chauvière Le Drian)  déclarait en 2022 « Financer le nouveau nucléaire tricolore sera très difficile pour la Banque européenne d’investissement… en cause : les dissensions entre Etats européens, déjà apparues lors des débats sur l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte ».

Alors une banque vient de se créée, IBNI soit l’ International Bank for Nuclear Infrastructure qui dera regrouper une coalition de pays d’ici fin 2023 et lever des fonds en 2024. IBNI serait une institution financière internationale multilatérale visant à financer l’expansion de l’énergie nucléaire parmi les pays développés et en développement.

L’BNI  fournira une gamme complète d’outils de financement, allant des prêts commerciaux à faible coût, aux marges de crédit, des capitaux propres, des garanties et des instruments de couverture, éventuellement d’autres solutions d’assurance et de gestion des risques — des produits de financement qui ne sont pas actuellement présents sur le marché. L’ IBNI vise à combler les lacunes existant dans le financement du nucléaire, au-delà de ce les Etats font déjà,  jusqu’à ce que les marchés financiers mondiaux soient en mesure de fournir ces services. 

La composante commerciale de la banque nécessiterait une contribution de 50 milliards de dollars de la part d’une coalition de 30 pays membres ou plus.  La composante subvention nécessiterait environ 5 milliards de dollars de financement de donateurs gouvernementaux provenant d’un sous-ensemble de sept pays ou plus, et devrait permette d’obtenir un effet de levier de l’ordre de grandeur de 25 milliards de dollars.


La création de l’IBNI vise à contourner les difficultés à changer les règles des institutions financières internationales actuelles concernant le financement du nucléaire:

 

Dixit l’un de ses fondateurs :

 

« En fait, j’ai créé  ce programme après plusieurs années d’une campagne pour changer la politique de la Banque mondiale. Ce que nous avons compris, c’est qu’il est très difficile de modifier les politiques de la Banque mondiale et d’autres institutions financières multilatérales parce qu’elles fonctionnent essentiellement par consensus; dans chacune d’entre elle, il y a des pays qui sont antinucléaires ou qui ne sont tout simplement pas favorables à un changement de politique pour diverses raisons, soit parce que vous avez un pays comme l’Allemagne qui est farouchement antinucléaire, soit parce que vous avez simplement des pays qui n’ont pas d’intérêt dans le nucléaire et qui ne vont pas se lancer dans le nucléaire »

 

« La plupart des gouvernements avec qui nous avons discuté  s’accordent sur le fait qu’il y a un grand écart dans leur capacité à financer l’énergie nucléaire, à se développer à la fois au niveau national mais surtout à des fins d’exportation, et cela inclut le gouvernement américain, qui a vraiment aujourd’hui aux États-Unis un soutien bipartite sans précédent pour le nucléaire et une législation importante maintenant adoptée pour soutenir le nucléaire.. »

 Je pense que nous avons fait valoir avec force pourquoi un mécanisme multilatéral serait plus efficace en termes de capacité à attirer des capitaux mondiaux et à atteindre un multiplicateur de capital très élevé pour chaque dollar de financement public.. »

Une déclaration conjointe avec des pays membres potentiels, dont les États-Unis, le Canada, la France, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis devrait êre annoncée lors de la COP 28, en décembre 2023 à Dubaï. A suivre !

Source https://www.energyintel.com/00000189-b310-dbd9-a9df-f75c1eb50000


NB Cela faisait un certain temps que les nuages s'accumulaients sur la finance verte ; A l'étranger, comme en Fance, où  avec la discussion sur le label ISR en France, c'est devenu unv rai champs de mine dans un tunnel obscur

"Alors que la finance « verte » était devenue en quelques années une évidence pour tous, elle a été victime tout le long de l'année 2022 d'un « ESG bashing » tous azimuts. Les premières attaques sont venues de « l'intérieur », d'éminents responsables ESG au sein de grandes institutions financières, qui ont commencé à émettre des doutes sur le sérieux de la finance durable, voire même son utilité.

Un cadre de DWS, société de gestion d'actifs allemande, filiale de Deutsche Bank, accusa ainsi, fin 2021, sa direction d'avoir surestimé les encours ESG, ce qui provoqua un premier scandale sur les pratiques de greenwashing, une enquête de la justice allemande et la démission du patron de DWS."

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/la-finance-verte-a-connu-en-2022-sa-premiere-crise-de-croissance-946065.html

"Il y a d'abord eu la Virginie occidentale. Ce pays du charbon a retiré une partie de ses placements chez BlackRock en janvier 2022, et annoncé six mois plus tard qu'elle ne ferait plus affaire avec les banques Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley, Wells Fargo, US Bancorp. 

Puis en août, l'Etat du Texas a surenchéri en publiant une liste noire de dix banques (dont BNP Paribas) et 348 fonds d'investissement zélateurs des énergies renouvelables, auxquels les fonds de pension texans et les émetteurs d'obligations municipales ne peuvent plus faire appel."

https://www.lesechos.fr/finance-marches/gestion-actifs/la-finance-responsable-a-lepreuve-du-feu-1902031

« Il n’en peut plus. Larry Fink, président du plus grand gestionnaire d’actifs au monde (près de 10 000 milliards de dollars), n’utilise plus le célèbre acronyme ESG (environnement, social, gouvernance). Ce dernier étant aujourd’hui manié comme « une arme politique 

https://www.lopinion.fr/economie/le-president-de-blackrock-ne-veut-plus-parler-desg

« Côté face, les questionnements autour du « greenwashing » n’ont jamais été aussi nombreux. Le scandale qui a touché le groupe de maisons de retraite Orpea a notamment fait beaucoup de mal. La société, extrêmement bien notée sur le plan ESG par les agences de notation extrafinancière, se trouvait dans les portefeuilles de nombreux gérants se revendiquant de la finance durable quand elle a été accusée de maltraitance des pensionnaires et de détournement d’argent public.

La pertinence du label ISR (investissement socialement responsable) s’est érodée à mesure que ses encours ont crû.. 

https://www.lemonde.fr/argent/article/2022/09/12/placements-la-finance-durable-l-est-elle-vraiment_6141206_1657007.html

« Près de 18 mois ont été nécessaires pour la rédaction d'une proposition de 55 pages, soumise aux acteurs financiers avant de l'être, pour approbation, au ministère de l'Economie. Ce long processus n'est pas allé sans tensions, avec le désengagement fin mars du Forum pour l'investissement responsable (FIR), un acteur important de la place financière parisienne.

Sur le plan climatique, il ne sera plus possible d'obtenir le label si le portefeuille est composé d'entreprises dont 5% au moins de l'activité dépend du charbon ou des hydrocarbures non-conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux, exploration de l'Arctique...) ou qui investissent dans de nouveaux projets liés à ces secteurs.

Sont ainsi exclus de fait les grandes majors pétrolières, dont TotalEnergies, même si, investir dans le secteur des énergies fossiles conventionnelles n'est pas rédhibitoire »

https://www.linfodurable.fr/finance-durable/finance-durable-le-label-isr-se-reforme-pour-etre-plus-credible-38018

« Directives européennes, propositions d’évolution des textes, les prises de positions de nombreuses instances politiques et de régulation se multiplient en matière de finance durable. Mais « faute de nuance, elle pourrait embarquer moins d’acteurs… Le futur référentiel ISR risque ainsi de freiner l’incitation à la transition des acteurs les moins vertueux en matière d’environnement et de climat. Faute de nuance, la finance durable pourrait embarquer moins d’acteurs alors que les enjeux de durabilité nécessiteraient d’orienter massivement les flux financiers vers de nombreuses entreprises en cours de transformation et qui feront l’économie de demain. La réglementation devrait plutôt prévoir de servir toutes les stratégies et classes d’actifs, en poussant à la transparence plutôt qu’à la standardisation.

https://www.environnement-magazine.fr/politiques/article/2023/06/05/144533/tribune-refonte-label-isr-des-contraintes-renforcees-pour-gestion-durable


jeudi 17 février 2022

2022 année nucléaire

 2022 s'annonce intense et critique pour le nucléaire !

La construction de 6 nouveaux réacteurs était actée dans la PPE de 2018, mais n’avait reçu  aucun début d’exécution, aucun signal positif. Pour fixer les idées, 6 EPR2 permettent d’atteindre 26% de production nucléaire en 2050 ; 14 EPR2 ne permettraient que  d’atteindre entre 36 et 50% de nucléaire en 2050 (selon que l’on ferme les réacteurs existant comme prévu, ou au contraire sous des hypothèses volontaristes  de prolongation des centrales existantes, y compris pour certaines au-delà de 60 ans). Et encore sous des hypothèses très optimistes de demande énergétique, qui laissent peu de place à la réindustrialisation.

Le nucléaire a trop souffert depuis trop longtemps des à-coups, décisions contradictoires, procrastination des dirigeants politiques. Il a besoin de décisions rapides, de continuité, de prévisibilité.

Je souhaite vous informer d'une initiative, d'une pétition que j'ai lancée en faveur de la reprise d'un programme nucléaire conséquent.

Elle s'appuie fortement  sur l'avis de juin 2021 de l'Académie des Sciences sur le rôle du nucléaire dans la transition énergétique et est plus particulièrement destinée aux ingénieurs, techniciens scientifiques..

Pétition

https://www.change.org/ingénieurspourlenucléaire

Si vous en partagez les vues, n’hésitez pas à signer et à faire circuler !

Texte de la pétition :

Les ingénieurs et élèves ingénieurs de France s’engagent pour le nucléaire et le climat !

Nul ne peut plus ignorer que le réchauffement climatique d’origine anthropique fait peser une menace existentielle sur nos civilisations et sur l’existence même de l’humanité, ainsi d’ailleurs que la surconsommation et l’épuisement des combustibles fossiles. Nos sociétés ne survivront que par une transition énergétique climatiquement efficace, économiquement soutenable et socialement acceptable permettant une diminution drastique de nos émissions de gaz à effet de serre et de l’utilisation des énergies fossiles.

En Europe même, certains choix énergétiques ne vont pas du tout dans ce sens, notamment les politiques de sortie du nucléaire, qui conduisent fatalement à une augmentation des émissions de CO2. Sur fond d’ignorance scientifique, d’obscurantisme, de manipulation des peurs, des initiatives voire des décisions néfastes pour le climat sont prises : tentative au Parlement Européen d’imposer la sortie du nucléaire pour tous les pays de l’U.E.[1],  exclusion en l’état du nucléaire de la taxonomie financière européenne et de l’accès au financement via les green bonds etc. D’autre part, la fermeture programmée dans toute l’Europe de capacités pilotables, en particulier  nucléaires, et la dépendance accrue à des énergies variables intermittentes mettent sérieusement en péril la sécurité d’approvisionnement, en particulier lors des pointes hivernales, comme cela a été signalé par France Stratégie[2].

Comme l’a souligné récemment le Président de l’Autorité de Sureté Nucléaire devant le Senat,  « tous les sujets abordés sur l’énergie nucléaire en France ont un point commun : ils ont tous fait l’objet d’études approfondies et l’heure a sonné pour le gouvernement et les politiques, aujourd’hui, qui doivent prendre des décisions. Autrement dit, l’absence de décision et d’anticipation en matière de politique énergétique, l’absence de choix concernant l’énergie pilotable qui intégrera le paysage français demain, l’indécision sur le nouveau nucléaire, sur les solutions relatives aux déchets, l’absence de visibilité pour le tissu industriel français, etc., auront très clairement des conséquences irréversibles d’ici 2035/2040 »[3]

Le nucléaire sous ses différentes formes actuelles (GEN III, EPR) et à venir ( GEN IV, petits réacteurs modulaires-SMR) constitue la seule source d’électricité décarbonée pilotable, à part l’hydraulique, capable de fournir par tous temps une électricité abondante et bon marché[4].

Le temps n’est plus de la procrastination, de l’irrationalité, de la démagogie, de la lâcheté. S’appuyant sur  l’expertise de nombreuses sociétés savantes (AIE, NEA-OCDE, UNSCEAR, Autorités de Sureté Nucléaire, SFEN, Centre Commun de Recherche de la Commission européenne…), partageant l’avis de l’Académie Française des Sciences de juin 2021[5] et reprenant ses recommandations, les ingénieur.es et élèves ingénieur.es de France demandent aux dirigeants politiques de ce pays un engagement ferme dans le nucléaire, notamment sur les points suivants :

conserver la capacité électronucléaire du bouquet énergétique de la France par la prolongation des réacteurs en activité, quand leur fonctionnement est assuré dans des conditions de sûreté optimale, et par la construction de réacteurs de troisième génération, les EPR, dans l’immédiat ; 

- assurer au nucléaire un accès équitable aux financements publics et privé, basé sur la neutralité technologique et économique, en tenant compte de l’ensemble des coûts et bilan carbone associés à toutes les technologies ;

 initier et soutenir un ambitieux programme de R&D sur le nucléaire du futur afin de préparer l’émergence en France des réacteurs à neutrons rapides (RNR) innovants de quatrième génération (Gen IV), qui constituent une solution d’avenir et dont l’étude se poursuit activement à l’étranger ;

- prendre en compte dans ce programme tous les aspects scientifiques du recyclage du combustible associés aux réacteurs, incluant la gestion des déchets radioactifs, en particulier, après plus de cinquante ans d’études, la reconnaissance par toutes les autorités de sureté des pays concernés de l’enfouissement géologique profond comme meilleure solution pour les déchets de haute activité et à vie longue ;

 maintenir des filières de formation permettant d’attirer les meilleurs jeunes talents dans tous les domaines de la physique, la chimie, l’ingénierie et les technologies nucléaires pour développer les compétences nationales au meilleur niveau ;

informer le public en toute transparence sur les contraintes des diverses sources d’énergie, l’analyse complète de leur cycle de vie et l’apport de l’électronucléaire dans la transition énergétique en cours ;

Confiants dans la rationalité scientifique et technique qui constitue le cœur de leur métier, confiants aussi dans la capacité de l’humanité à résoudre les problèmes auxquels elle a à faire face, les ingénieur.es et élèves ingénieur.es de France s’engagent pour le nucléaire et suivront de près les intentions, les discours et les actes des différents candidats aux plus hautes responsabilités politiques.

Eric Sartori, ESPCI(97)

#IngenieursPourLeNucléaire



[1] Parlement Européen, Résolution sur la COP 25, amendement 56, présenté le 28 novembre 2019, par le SPD allemand et adopté par la Commission ENVI

[2] Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?, France Stratégie, 15 janvier 2021

[3] Audition  devant le Sénat du Président de l’ASN, Bernard Doroszczuk. le 7 avril 2021.

[4] 6g CO2/kWh en France, 12g CO2/kWh (moyenne mondiale) contre 440 g CO2/kWh pour le gaz, 800 à 1000 g CO2/kWh pour le charbon, 13 g CO2/kWh pour l’éolien terrestre, 14-17 g CO2/kWh pour l’éolien maritime posé, 24-47 g CO2/kWh pour l’éolien flottant, 56 g CO2/kWh pour le photovoltaïque,

[5] L’apport de l’énergie nucléaire dans la transition énergétique, aujourd’hui et demain, Académie des Sciences, 8 mai 2021

mardi 2 mai 2017

Les Ecoles d’ingénieurs saisies par la débauche

Explosion des frais de scolarité

Ne fantasmons pas, précisons : par la débauche financière auxquelles les Ecoles de Commerce sont depuis longtemps habituées.

Le branle a été donné par l'initiative prise en 2014 par le ministère de l'Industrie, autorisant ses écoles à passer leurs droits de 850 € à 1.850 €. Soit 1.000 euros d'augmentation. Soit plus de 217% !
Une autre étape a été franchie en 2015 lors de la création de CentraleSupélec. L'établissement, sous double tutelle Enseignement supérieur et Industrie, exige 2.200 € par an (2.500 € en 2017), contre 615€ auparavant pour Centrale. Soit 357% !

Dans les écoles privées, la barre des 10.000 € se rapproche. Entre 2012 et 2015, les écoles de statut privé ont augmenté leurs frais d'inscription de 520 €. À la rentrée 2015, le coût pour une année de scolarité en école d'ingénieurs privée est en moyenne de 6.513 €. Les moins chères se situent à 4.800 € annuels, quand une poignée flirte désormais avec les 10.000 €, à l'image de l'Epita, l'ESME Sudria ou encore l'ECE.

À la rentrée 2017, intégrer l’école des Mines ParisTech coûtera à l’année 3.186 euros, 2.150 euros pour l’Institut Mines-Télécom Lille-Douai. Des chiffres en augmentation comparés à 2016 : la rentrée dernière, il fallait débourser 2.590 euros pour la première, 1.850 euros pour la seconde.  La nouvelle est tombée le 28 mars dernier, au travers de 2 arrêtés publiés au Journal Officiel. Elle traduit un phénomène plus général dans les écoles d’ingénieur françaises, à savoir l’augmentation récurrente de leurs droits de scolarité.

C’est une évolution qui avait été annoncée en mars 2015 par un rapport du  Cgefi (Contrôle général économique et financier) pour le compte de Bercy,  qui avançait douze propositions chocs pour «  améliorer l’efficience des écoles d’ingénieurs !! » , notamment :   Passer les frais de scolarité des écoles d'ingénieurs à 2.570 euros, généraliser la ponction sur les fonds de roulement, fusionner... Rappelons que les Ecoles dépendant du Ministère de l’enseignement supérieur ne demandaient qu’environ sept cents euros de frais de scolarité !

Cela ne touche pas que les Ecoles d’ingénieur nationales. Ainsi, la fameuse Ecole Supérieure de Physique et Chimie de la ville de Paris prévoyait-elle cette année un triplement des frais de scolarité. Devant la grogne de l’Association des Anciens Elèves, arguant de travaux importants et que l’augmentation des frais de scolarité aurait été difficile à justifier dans un environnement peu favorable et que de plus, elle aurait eu un effet négatif sur l'attractivité de l'École, la Direction a reculé. Pour l’instant.

Un autre pan de la république s’écroule !

Le paysage des Ecoles d’Ingénieurs est assez morcelé : Formation payante, gratuite ou donnant même lieu à une solde... Dans les écoles d'ingénieurs, les stratégies en matière de frais de scolarité sont aussi hétérogènes que les statuts des établissements et dépendent des ministères de tutelle. Nous avions même une tradition bien française: plus le niveau de sélection est élevé, moins l’école est chère jusqu’à même payer ses élèves (Ecole Polytechnique, Ecoles  normales..). Incompréhensible pour un anglo-saxon ! Mais c’est qu’il s’agissait d’une tradition républicaine et égalitaire, celle qui permit longtemps aux fils, puis - trop tardivement- aux filles des familles les plus modestes d’accéder à l’enseignement le plus élitiste, pourvu qu’ils le méritent par leurs dons et par leur travail, au terme d’une sélection rigoureuse et juste.

Et c’est cette tradition qui est en train de s’effondrer sous l’action des forces  conjuguées, comme d’habitude, de la démagogie faussement égalitaire (et pourquoi les élèves des Grandes Ecoles ces privilégiés ne devraient-ils pas payer plus pour leurs études ?) et du libéralisme anglo saxon pour qui seul comptent les privilèges de l’argent.(on va quand même pas mélanger nos enfants avec n’importe qui)

Cette course, sous les meilleurs prétextes évidemment, à l’augmentation des droits d’inscription comme au rétablissement de la pantoufle à Polytechnique, nous savons qu’elle va au rebours de notre modèle républicain, de la sélection par le mérite  et non par la naissance. Nous savons qu’il devient de plus en plus difficile aux enfants du petit peuple d’intégrer les écoles d’ingénieur, parce que l’école ne leur fournit plus les connaissances et les méthodes nécessaires  qu’il faut alors aller chercher dans l’environnement familial ou dans des cours privés.

Avec cette politique impulsée par Bercy, c’est un pan supplémentaire de la République qu’in abat. Généralement, les Associations d’Anciens Elèves, attachés à cette justice, à ces possibilités de promotions sociales qu’elles ont connu et qu’elle souhaitent préserver pour les jeunes générations tentent de s’y opposer, mais elles sont bien seules dans l’indifférence générale.

Un autre pan de la République s’écroule avec ces places fortes du savoir, de la méritocratie et de l’égalité républicaine qu’étaient les Ecoles d’Ingénieurs voulues par les Monge, les Laplace, les Chaptal…

Faudra-t-il appeler aussi ce mouvement macronisation ? Nous verrons