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mercredi 7 juin 2017

Deux autres fausses idées sur le « marché du travail « et la dérégulation (2)

La dérégulation du travail a été un succès en Espagne et en Italie  Fake !


Les partisans de la loi Macron n’hésitent pas à faire référence à l’Espagne qui, « ayant adopté une loi similaire en 2012 (...) a connu un surcroît de 300 000 embauches en CDI dès l'année suivante ». Ce chiffre est une invention : selon Eurostat, 178 600 emploi ont étdétruits en Espagne au cours de l’année 2013 ; 77 600 emplois précaires (CDDet intérim) ont été créés, tandis que 256 200 CDI disparaissaient. Les courbes Eurostat pour l’Espagne et pour l’Italie sont quand même particulièrement nettes et sans discussion : la dérégulation du travail a entrainé une augmentation de l’emploi précaire et, loin de l’amélioration proclamée,  la situation est toujours dégradée.


Là où le fake devient un mensonge odieux, c’est lorsque les économistes libéraux expliquent que le chômage a reculé en Espagne, passant de 26,1 % à 20,4 % en 2015.
Mais il était de 11,3 % en 2008 ! La situation est toujours bien dégradée
Mais c’est encore pire. La baisse relative du chômage en Espagne est liée à deux phénomènes massifs : 1)  la population active a baissé de 435 000 personnes, qui ont renoncé à chercher un emploi ; 2) une émigration tout aussi massive : entre 2010 et la mi-2015, le solde migratoire net est de 577 000 personnes.


Non, la dérégulation du travail n’a été un succès ni en Espagne, ni en Italie. Matteo Renzi , le premier ministre blackboulé se vantait : « En Italie, je le dis aux jeunes Français, les choses ont fonctionné : 764 000 contrats signés en CDI », Faux, comme en témoigne la courbe Eurostat ci(jointe- finalement, c’est la France et son « emploi rigide qui s’en est mieux sortie !


NB : ces derniers graphiques et arguments sont tirés de l’excellent blog  de Michel Husson –Hussonet) (http://hussonet.free.fr/euroflx.pdf)

Le code du travail français fait plus de 3000 pages, le code du travail suisse 60 ! Faux, archi-faux


Cet argument a été largement diffusé par Pierre Gattaz et abondamment repris sans contrôle.  Or, le code du travail français est en fait un ouvrage annoté comprenant une très grande partie de jurisprudence. L’ouvrage de 60 pages n’est en fait que la loi suisse sur le travail. Si l’on veut la comparer au code français, il faut y ajouter l’équivalent. Par exemple, pour commenter les quatre dernières ordonnances fédérales sur l’emploi, le Secrétaire d’Etat à l’Economie a publié deux recueils, l’un de 384 pages, l’autre de 296 pages ! Le Commentaire du contrat de travail signé par 22 juristes, l’année dernière occupe 1300 pages ! A cela s’ajoute des réglementations propres à chaque canton !! ( Marianne, 26 mai 2017)


mardi 6 juin 2017

Deux fausses idées sur le « marché du travail « et la dérégulation

La dérégulation augmente la flexibilité et fait décroitre le chômage  Fake !

Trois études du FMI sont souvent citées en faveur des politiques de dérégulation du marché du travail. En observant un ensemble de 97 pays entre 1980 et 2008, Lorenzo Bernal-Verdugo, Davide Furceri et Dominique Guillaume ont suggéré que les gains dans la flexibilité du marché du travail se traduisent par une baisse du chômage total, du chômage des jeunes et du chômage de longue durée. Parmi les différents indicateurs de flexibilité du marché du travail qu’ils observent, les coûts d’embauche et les règles d’embauche et de licenciement semblent être les plus importants. Bernal-Verdugo et alii(2012b) constatent que les crises financières ont un impact largement négatif à court terme, mais ils suggèrent également que cet effet disparaît rapidement dans les pays disposant d’institutions du marché du travail flexibles, tandis que l’impact des crises financières est moins prononcé mais plus persistant dans les pays caractérisés par des institutions du marché du travail plus rigides. Enfin, à partir d’un échantillon de 167 pays pour la période s’écoulant de 1991 à 2009, Ernesto Crivelli, Davide Furceri et Joël Toujas-Bernaté (2012) suggèrent que les politiques structurelles visant à accroître la flexibilité des marchés du travail et des produits et à réduire la taille du gouvernement ont un impact fortement positif sur les élasticités de l’emploi : la dérégulation enrichirait la croissance en emplois.
Or ces études ont été sévèrement critiquées et même réduites à néant par une économiste expérimentée de l’OIT, Mariya Aleksynska (Deregulating labour markets: How robust is the analysis of recent IMF working papers? », Organisation internationale du travail, conditions of work and employment series, n° 47., 2014). Elle montre en particulier que les études s’appuient sur des données et un index de la Banque mondiale (World Bank Employing Workers Index (EWI)) qui est tellement douteux que celle-ci l’a retiré et a demandé qu’il ne soit plus utilisé !  (La Banque mondiale a demandé à  son personnel de cesser d’ « inclure des recommandations fondées sur l’EWI «  dans tous ses travaux et de refuser  toute nouvelle demande d’assistance technique sur les réformes du marché du travail basées sur l’EWI, ainsi que suspendre le débat politique en cours avec les gouvernements clients sur les réformes du travail fondées sur l’EWI »). On a rarement vu pareille et si douloureuse autocritique ! Soumis à une batterie d’experts, ceux-ci ont conclu que l’EWI reflète « les coûts de réglementation du marché du travail et pas les bénéfices » et  constaté qu’une approche plus globale était nécessaire.

 Qui plus est, partant de données reconnues inadéquates qui contenaient déjà la conclusion à laquelle ils voulaient arriver ( justifier les politiques d’austérité de de dérèglementation du FMI), les économistes du FMI les ont mal agrégées, : sur six critères théoriquement indépendant, la régulation des embauches et des licenciements figurait trois fois sous diverses formes, ce qui renforçait encore son importance. Enfin et surtout, les études du FMI ont utilisé des ruptures de tendance dans les séries de données pour identifier les réformes, or celles-ci étaient très souvent souvent dues à des changements de méthodologie statistique !  Une fois ces ruptures méthodologiques prises en compte, la majorité des réformes identifiées par les économistes du FMI ne peuvent simplement  être répliquées 45 sur 53 sont invalidées !)

Bref, il ne reste rien de l’argument selon lequel, en période de crise, la dérégulation du travail fait baisser le chômage. Rien ! Nada ! Et une fois de plus, les économistes du FMI peuvent préparer un sérieux mea culpa !

La protection de l’emploi et le niveau d’indemnisation du chômage sont défavorables à l’emploi Fake !

Les employeurs auraient « peur d’embaucher » parce qu’il serait ensuite trop difficile ou coûteux de licencier, et qu’ils auraient donc à payer des salariés dont ils n’auraient plus besoin. Les économistes libéraux se sont échinés à démontrer  que les rigidités du marché du travail sont défavorables à l’emploi. Ils utilisent les indicateurs de « protection de l'emploi » (EPL : employment protection legislation) calculés par l’OCDE. Eh bien, même en utilisant ces indicateurs baisés qui suggèrent déjà que la protection de l’emploi serait par nature néfaste, de même d’ailleurs qu’une indemnisation trop « généreuse » du chômage, la démonstration est loin d’être convaincante comme le montre la courbe ci-dessous : il n’existe aucune liaison entre la rigidité du marché du travail ainsi mesurée et la variation du taux d’emploi (la proportion de la population en âge de travailler qui occupe un emploi) entre 2007 et 2014.
Des pays supposés « rigides » comme la France ou la Belgique ont des résultats analogues à ceux de pays très « flexibles » comme la Nouvelle-Zélande, lesEtats-Unis ou le Canada. En sens inverse, des pays dont le degré de « rigidité »est comparable peuvent avoir de bonnes performances (Pologne, Allemagne) ou de très mauvaises (Espagne, Grèce). on obtiendrait le même genre de graphique par tirage au sort.

NB : ces derniers graphiques et argument sont tirés de l’excellent blog  de Michel Husson –Hussonet) (http://hussonet.free.fr/euroflx.pdf)


dimanche 2 avril 2017

Perplexités présidentielles (4) – la question du travail



« Uberisation » Uber et Heetch le cas des transports urbains

On ne s’y attend pas forcément, mais c’est dans les Echos (16 mars 2017) que l’on peut trouver les arguments les plus convaincants contre l‘uberisation- ou, du moins, pour sa régulation. La tribune libre (Jean-Charles Simon, Facta) rend compte de la condamnation de Heetch, très lourde financièrement et interdisant pratiquement son activité en France pour trois chefs :  complicité d’exercice illégal de la profession de taxi, pratique commerciale trompeuse et organisation illégale d’un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non professionnels ; et il s’en réjouit.
Les arguments de M. Simon sont les suivants : il s’agit d’une distorsion grave de concurrence dans la mesure ou Heetch fournissait un service, qui, contrairement aux autres intervenants du secteur, ne faisait l‘objet d’aucun prélèvement obligatoire : impôt sur le revenu ou les sociétés, cotisations sociales, TVA.  Tous les pays ont jugé important de fixer des limites à l’exercice de la profession de taxi : véhicules répondant à des normes, chauffeurs formés, assurés, sûrs, sans casiers judicaires. Les autorités locales et nationales sont fondées à contrôler, par exemple par un système de  quota,  le nombre de ces usagers à grande fréquence des voies publiques, dont la multiplication anarchique aurait des conséquences en matière de pollution et d’encombrement. Enfin, l’Etat a le droit et même le devoir d’intervenir pour éviter la paupérisation de toute une profession. De fait, Uber POP a déjà dû s’arrêter de fonctionner, de gré ou de force dans la quasi-totalité des grandes villes où il fonctionnait ; et quant aux promesses d’enrichissement, on sait ce qu’elles ont donné pour de faux vrais salariés non déclarés, aux revenus de misère et contraint même, par leur voiture, de participer au capital de la société qui les exploite.
Alors non, l’uberisation tant vantée par certains candidats n’est certainement pas une solution aux problèmes du chômage et du travail. Elle est plutôt synonyme de déprofessionalisation, de déqualification et d’exploitation.   

Les changements du travail : le travail ne doit jamais manquer

Reste que les changements du travail, l’impact des pressions libérales (peut-être parfois justifiées) à la dérégulation, la concurrence accrue des travailleurs pour des emplois qui semblent de plus en plus rares, les conséquences des technologies numériques et robotiques imposent une réflexion en profondeur sur le travail et son avenir. Et il est assez étrange que le seul candidat qui propose cette réflexion et qui la porte dans le débat présidentiel, Benoît Hamon donc, soit en quasi–perdition et ceci bien qu’il représente théoriquement et schématiquement, le parti des salariés. C’est étonnant, et un peu désespérant.
 Il y a cependant quelques explications logiques. Même si Benoît Hamon s’y intéresse depuis longtemps, cette réflexion sur le travail et son futur  est apparue soudainement à la veille de l’élection, sans avoir été débattue dans la société,  par les partis politiques, les syndicats. Une des pistes proposées,  le revenu universel a été mal présentée, très contestée et ambigüe : s’agit-il d’un nouvel espace de protection sociale, d’une nouvelle liberté réelle permettant de remettre un peu d’égalité entre demandeurs et offreurs d’emploi, ou simplement d’un minimum social amélioré. Faute de débats et d’explications préliminaires, elle été ressentie comme utopique ou comme une renonciation : nous ne pouvons créer des emplois, nous donnerons un salaire de survie. Faute de préparation, son ambition a fondu comme neige au printemps, un printemps meurtrier pour le candidat socialiste.
Et pourtant, l’avenir du travail ne peut être laissé aux seuls libéraux , qui finiront par expliquer que, puisque le travail est devenu une ressource rare, il faudra payer pour avoir un emploi…Le travail n’est pas un marché, et une réflexion dont les partis politiques, surtout ceux de sensibilité social démocrate, les syndicats, la société sera nécessaire sur ce sujet…quel que soit le score de Benoît Hamon ; qu’il ne se décourage pas de porter ce débat.

Le positiviste que je suis ne peut que reprendre l’injonction d’Auguste Comte aux pouvoirs temporels (politique et patriciat industriel) : « le travail ne doit jamais manquer », des préconisations positivistes qui ont influencé le républicanisme en France, avec notamment le préambule de la Constitution de 1946 : "Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi". Reste à savoir, et, pour partie, à décider,  ce que deviendront dans nos sociétés en mutation le travail et l’emploi.

samedi 21 mai 2016

Loi El Khomri : Violence de la méthode gouvernementale

Changer de méthode ou changer de gouvernement

Commençons par là : les violences contre les policiers, qui les visent systématiquement, physiquement, dans le but  de blesser, voire de tuer et de créer les plus grands désordres sont insupportables et doivent être réprimées sans faiblesses ; inexcusables également, ces violences qui dévastent des centre villes, détruisent les biens de la communauté ou de particuliers. Le sang-froid, le professionnalisme, le dévouement de la police doivent être saluées, d’autant que les rares manquements sont recherchés et éventuellement sanctionnés ; le travail  des services d’ordre syndicaux doit être également salué, eux qui sont de plus en plus pris pour cibles par des minorités violentes et inexcusables.
Mais s’il est de la responsabilité politique de lutter contre la violence, en réprimant lorsqu’il faut en venir là,   il est encore davantage de sa responsabilité de ne pas créer volontairement cet engrenage de la violence. La gouvernance de Manuel Valls est ici clairement en cause, qui mélange autorité de l’Etat et violence politique.
Exemples : les manifestations contre le mariage pour tous. Quoi que l’on en pense sur le fond, un referendum aurait sans doute été le bienvenu pour trancher la question et apaiser les tensions – elle méritait incontestablement un débat,  débat qui n’a pas eu lieu. On a dit aux opposants : vous pouvez  dire ce que vous voulez, avancez tous les arguments, de toute façon, la loi sera votée parce que sommes majoritaires au Parlement. Et cette attitude arrogante et violente était voulue, il s’agissait de montrer, sur une réforme sociétale assez largement acceptée et qui n’aurait pas dû poser grands problèmes,  que cette majorité  était vraiment de gauche ??? !!! et que son chef avait des couilles, non d’un hidalgo !
Même cas de figure pour la loi El Khomri. Pour un projet aussi complexe, pour ne pas dire aussi mal fichu, une consultation approfondie des partenaires sociaux aurait été bien utile. Non, il fallait passer vote, en force ! Pas de débats dans la société, et, face à un parlement qui voulait faire son travail, pas de même de débats à l’Assemblée. Aux opposants, on dit : vous pouvez toujours débattre tant que vous voulez, le projet passera parce que nous sommes (de moins en moins !) majoritaires à l’Assemblée. Le gouvernement a évidemment joué le pourrissement des manifestations, et ce qui se passe est la récolte de ce qu’il a volontairement et indignement semé.
Brutalité, et imbécillité aussi, dans un autre domaine, lorsque le gouvernement a décidé, sans concertation, sans  consulter les socialistes locaux, d’imposer le retrait des listes socialistes dans les régions où le Front National était en tête. Brillante idée, qui fait que la gauche est totalement absente de deux régions françaises, PACA et Nord, regroupant plus de onze millions d’habitants, et le PS en capilotade dans deux régions où il fut naguère dominant (en abusant parfois, par trop de népotisme et de clientélisme), alors que Jean-Pierre Masseret, courageux et intelligent dans sa dissidence lorraine, menacé de poursuites par les apparatchiks du PS, démontrait que le pseudo danger FN était surestimé et sauvait les meubles. Et quand bien même, le FN aurait conquis une région, c’était le respect de la démocratie, et sans doute Marine Le Pen serait-elle aujourd’hui moins flamboyante ! Tandis que cette alliance des appareils politiques de gauche et de droite est le contraire de la démocratie et fait finalement le jeu du FN, trop heureux de dénoncer l’ex UMPS.
Oui vraiment, il faut changer de méthode ou il faut changer de gouvernement, et probablement les deux, sous peine de disparition totale d Parti Socialiste lors des prochaines échéances électorales.

Loi El Khomri ! Ni amendable, ni négociable, retrait !

Et revenons à la loi El Khomri ! J’ai déjà expliqué à quel point l’inversion de la hiérarchie des normes (accords d’entreprises primant sur les conventions collectives) constituait un recul social inouï et même une absurdité économique. Autre exemple : La Sécurité Sociale (l’Urssaf) poursuit Uber pour récupérer des cotisations sociales, considérant que les chauffeurs sont des travailleurs faussement indépendant, mais de vrais salariés (pour mention, une action assez similaire a été menée dans ce pays éminemment socialiste qu’est la Californie !). Or, un article 27 bis a été ajouté à la loi El Khomri sur les travailleurs utilisant une plate-forme numérique et qui précise que le code du travail ne leur est pas applicable- donc pas de cotisations sociales à verser pour l’employeur ! Et le gouvernement a le culot de faire valoir que la loi autorisera les chauffeurs d’Uber  constituer des syndicats ! Quelle réforme de gauche, autoriser des syndicats ! Sauf que certains chauffeurs n’en n’ont pas attendu l’autorisation et se sont déjà syndiqués. Ce gouvernement est violent, ce gouvernement se moque de nous, ce gouvernement se moque violemment de nous.
Autre absurdité, dans un sens inattendu : en 2014, la loi a imposé une durée minimale des contrats à temps partiel de 24 heures hebdomadaires-alors que dans le commerce de détail (les boutiques) des contrats à temps partiels plus faibles fonctionnaient parfaitement à la satisfaction des employeurs et des employés_ et cette nouvelle régulation a entrainé de nombreux licenciements dans cette branche !

Ni amendable, ni négociable, la loi El Khomri doit être retirée et remise à plat par les partenaires sociaux. Le gouvernement réussira peut-être dans sa stratégie du pourrissement des manifestations au risque certain d’une violence accrue. Mais la rage et le désespoir entraineront des conflits durs, paralysants et dommageables à l’économie dans les quelques bastions syndicaux qui restent. Le gouvernement aurait tort de penser qu’il gagnera facilement cette manche là. Et de toute façon, il le paierait ar une disparition du PS lors des prochaines élections. 

samedi 16 avril 2016

Loi El Khomri : Ni amendable, ni négociable, retrait !

Manif à Paris le 9 avril, et un grand succès, beaucoup de monde, malgré ce qu’en ont dit les media, une manif calme, déterminée, familiale, un peu gâchée à la fin par une très petite minorité de groupes violents et des incidents évidemment bien mis en avant par les chaines de télé. Un point est d’ailleurs particulièrement inquiétant : on voit très bien que le gouvernement et la presse du système en place cherchent à pousser les manifestant à la faute, laissant faire et mettant en avant des débordements pour discréditer des protestations justes qui ont le soutien de l’immense majorité des Français. En preuve cette question faussement innocente du Figaro : pensez-vous que les violences des manifestants vont discréditer le combat contre la loi El Khomri ?

L’inversion de la hiérarchie des normes : inacceptable  !

A part les syndicats, peu s’inquiètent d’un des aspects majeurs de la loi, qui est maintenu, celui de l’inversion de la hiérarchie des normes. Auparavant, les accords  collectifs prévalaient sur les accords d’entreprise et un accord d’entreprise ne pouvait offrir que des conditions plus favorables que celles de l’accord collectif ; demain si ce projet passe, par un référendum d’entreprise, un accord d’entreprise pourra imposer, en termes de salaires d’horaires ou conditions de travail, des conditions moins favorables si elles sont acceptées par in référendum d’entreprise. A signaler que des referendums pouvaient déjà revenir sur des dispositions en vigueur plus favorables que la convention collective.
C’est une rétrogradation sociale sans équivalent et scandaleuse, qui revient sur plus de cent ans de lutte syndicale. C’est aussi une absurdité économique qui récompense les plus mauvais patrons, en mettant en place une compétition insane au détriment des salariés qui se met en place ; l’entreprise la plus en difficulté d’un secteur, sans doute parce que la plus mal gérée, imposera à ses salariés des baisses de salaires ou augmentation de temps de travail assez facilement par un chantage à l’emploi,  et progressivement les entreprises du secteur seront contraintes à s’aligner sur elles.
On mesure facilement  quel point cette inversion des normes est dangereuses, et tout particulièrement en temps de crise économique et de chômage fort. Extrêmement dangereuse pour les salariés, elle l’est aussi néfaste pour l’ensemble de l’économie, en créant une spirale attirant l’ensemble d‘une branche vers des productions de faible valeur à faible coût, et de plus en plus de déqualification ; c’est une spirale infernale qui se met, en place, la compétitivité par les coûts et non par la qualité et l‘innovation, l’inverse de ce qu’il faut faire.
Comme le proclamait un des slogans les plus repris : Loi Khomri : Ni amendable, ni négociable, retrait !

Le démantèlement de la médecine du travail : inacceptable !

La loi  prévoit de mettre fin au dispositif actuel de visites médicales d’embauche et de visites bisannuelles, ainsi que de supprimer l’avis d’aptitude (ou d’inaptitude) au poste qui en débouchait. Désormais, le salarié aurait droit à une « visite d’information et de prévention effectuée après l’embauche » par un membre du service de santé au travail, même pas forcément médecin ! Puis, il ferait l’objet « d’un suivi individuel de [son] état de santé effectué par le médecin du travail » et par son équipe. Le rythme de ces rencontres de suivi n’est pas encore fixé, mais il pourrait être de cinq ou six ans !!!
Même la CFE-CGC a protesté contre ce texte. Bernard Salengro, président du syndicat des cadres CFE-CGC Santé au travail a déclaré que la loi El Khomry « va éloigner les salariés des médecins du travail. Ceux-ci ne pourront plus repérer les nouveaux maux tels que les risques psychosociaux, le burn-out, etc., ni proposer des solutions ou témoigner de ce qui se passe dans les entreprises ». Mais c’est sans doute ce qui est recherché, d’autant que le Sénat, qui en rajoute toujours dans la rétrogradation, a jugé inutile d’inscrire le burn-out dans les maladies professionnelles. Question supplémentaire : la médecine du travail démantelée, comment les dispositions sur le compte pénibilité ne seraient-elles pas une plaisanterie ?
De plus, l’’intersyndicale CGT, FO, Solidaires et SNPST estime que « sous prétexte de sécurité de tiers, le projet prévoit un avis d’aptitude sécuritaire, qui ne relève pas de la prévention en santé au travail, mais d’une médecine de sélection, étrangère à la médecine du travail ». Si une maladie risque de conduire le salarié à la perte de son emploi, « il la dissimulera au médecin du travail », prévient Jean-Michel Sterdyniak, secrétaire du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST), qui juge ce dispositif « monstrueux.

Merci donc à FO, à la CGT, à SUD et aux autres organisations qui ont organisé ces défilés, et aux nombreux délégués et syndiqués qui luttent maintenant depuis plus d’un mois.
 Une remarque : une affiche de la CGT : 4 millions d’adhérents en 1937, 2 millions en 1968 , 800.000 actuellement. Les salariés français ont besoin de syndicats forts. FO traditionnellement,  ne communique pas le nombre de ses adhérents (entre 300.000 et 500.000 ?). Il y eut autrefois des syndicats amis des yankees et d’autres amis des russkis, mais bon, il y a plus de vingt ans que le mur de Berlin est tombé, que l’Union soviétique a disparu ; alors il est peut être tant d’en finir, d’autant que les positions de FO et de la CGT sont souvent très proches
Face à une CFDT qui ne cesse de poursuivre une dérive incompréhensible, il serait peut-être temps d’offrir aux salariés français un syndicat puissant, capable de les défendre.





vendredi 15 avril 2016

Lester Thurow, économiste non conventionnel -2

L’économiste Lester Thurow, est mort, vendredi 25 mars 2016, à l’âge de 77 ans dans sa maison de Westport (Massachusetts). Cet ancien professeur et doyen du MIT consacré l’essentiel de sa carrière à étudier les conséquences de la mondialisation. Il  fut l’un des premiers à souligner l’importance grandissante  et néfaste  des inégalités de revenus et  un avocat infatigable de l’investissement dans la recherche pour stimuler la croissance et dans l’éducation afin d’anticiper l’adaptation aux ruptures économiques et technologiques et accordant un rôle important aux gouvernements
Dans un premier blogs, j’ai essayé de résumer les idées principales de ses premiers livres : Generating Inequality: Mechanisms of Distribution in the U.S. Economy (1955), ou comment l’économie libérale générait des inégalités croissantes à partir d’une “marche au hasard” et une compétition pour les emplois et The Zero-Sum Society: Distribution and the possibilities for economic change (1980), avec sa critique du caractère scientifique de l’économie et la prédiction de  l’accroissement des inégalités et de la paralysie des gouvernements. Maintenant, ses ouvrages plus récents :

Dangerous Currents: The state of economics (1983): l’état de la science économique : pas brilliant !

Plus technique, il s’agit d’une critique cinglante et systématique du caractère scientifique de l’économie qui recoure d’autant plus à une mathématisation et à des modèles sophistiqués qu’elle est mal assurée dans ses fondements.  Ainsi Thurow, dans le chapitre économétrie mentionne-t-il :  « lorsque nous examinons l'impact de l'éducation sur les revenus individuels, quoi d'autre devrait être maintenu constant:  le QI, l’effort de travail, les choix professionnel,  les antécédents familiaux ? La théorie économique ne le dit pas.  Pourtant, le processus dépend fortement de ce qu’’on fait si facilement rentrer dans « toutes choses égales par ailleurs…. » . En fait, pour Thurow, l’économie mathématique qu’on nous vend dans les prétendues bonnes facultés à Toulouse, par exemple) est « vague, ambiguë, incomplète et incapable de fournir une base pour la construction de modèles économétriques » ; et surtout, elle ne peut être utilisée comme source fiable de connaissance pour guider la décision politique..

The Zero-Sum Solution: Building a world-class American economy (1985) :

Thurow répond ici aux critiques de son Zero sum society, particulièrement ceux qui lui reprochaient d’énoncer des problèmes mais de ne pas proposer de solution. Il s’affirme comme un neo-keynesien : Pour lui, la révolution keynésienne signifie qu’il n’est pas nécessaire de tolérer des récessions prolongées », mais que « les vieux remèdes keynésiens  doivent être combinés avec autre chose pour permettre de diriger une économie sans inflation et de plein emploi ».  Quant à la politique d’économie de l’offre, elle lui a apparait tout simplement stupide.  Thurow considère qu’il existe une réelle crise économique due à un manque d’accroissement de la productivité (une thèse qui reprend aujourd’hui de la vigueur avec ceux qui soutiennent que nous allons vers une « stagnation séculaire » pour cette même raison : pas de révolution industrielle qui entraîne une explosion de la productivité, comme la vapeur ou l’électricité). L’Etat a à jouer un rôle important par une fiscalité favorable sur les salaires, une politique industrielle favorisant les secteur en pointe et ne soutenant pas les secteurs en régression, et surtout l’ accès pour tous à une éducation de qualité.

The Future of Capitalism: How today's economic forces shape tomorrow's world (1996)

Le  monde connaît trois révolutions simultanées : nouvelles technologies de production et troisième révolution industrielle, nouvelles technologies de la communication qui rendent possible une économie mondialisée, et mouvement mondial vers le capitalisme.
Une nouvelle économie s’impose, qui est une économie de la connaissance, largement immatérielle : « les vieilles fondations de la richesse sont détruites ; l’homme le plus riche du monde, Bill Gates, ne possède rien de tangible : ni terre, ni or, ni pétrole, ni usines. Pour la première fois dans l’histoire, l’homme le plus riche du monde ne possède que de la connaissance ».
Le mouvement de mondialisation est irréversible, et aucune entreprise ne survivra si elle n’y prend part. Pour réussir dans l'économie mondiale, les nations, comme les entreprises, ont besoin d'une stratégie technologique. Les Etats ont un rôle à jouer dans la définition de cette stratégie : «  les décisions d’investissement majeurs sont devenues trop importantes pour être laissées au secteur privé »« Cependant, Thurow identifie des  menaces sérieuses pouvant conduire à un effondrement du système : effondrement du dollar, absence de garanties internationales sur les droits de propriété intellectuelle, nécessaire  pour stimuler le développement technologique et manque de médicaments vitaux nécessaires au développement des pays plus pauvres.
Un autre problème majeur est que le capitalisme ( la « théologie du capitalisme ») écrit Thurow ne se préoccupe nullement du futur, ni même ne se donne la peine de tenter d’en avoir une vue claire. Qui va s’occuper  de l’éducation, des infrastructures, de la protection de l’environnement ? Dans les quarante dernières années, les investissements publics américains dans les technologies de l’information, l’Espace, le développement des études supérieures scientifiques etc ; étaient guidés ou motivés par des considérations de sécurité nationale ; sans ennemi ( le communisme s’est effondré, sans compétition nationale, que va-t-il se passer ? Pour suppléer à l’individualisme court-termiste,  les sociétés occidentales ont besoin d’un »communalisme » à long terme – là encore, Thurow était en avance sur les réflexions actuelles sur les « bien communs ».)
Et cette flèche, encore contre la prétention à la scientificité de certains économistes : « Les économistes sont toujours en train de recommander l’élimination de telle ou telle imperfection de marché ; je n’ai jamais entendu un astrophysicien recommander l’élimination d’une planète qu’il n’aime pas ! »

Building Wealth: The new rules (1999):

Règle n°1 : on ne s’enrichit plus en économisant de l’argent. L’enrichissement réel n’a que deux sources : l’accroissement de la productivité du travail ou de celle du capital. Si l’on sacrifie la consommation pour épargner et investir, ce sacrifice doit être soustrait de la création nette de richesse.  Aucune richesse réelle n’est créée lorsqu’on diminue simplement la consommation pour investir ; elle ne peut provenir que de l’accroissement de la productivité du capital.
Règle n°2 : Il faut parfois que les entreprises qui réussissent se cannibalisent elles-mêmes ; ainsi IBM a quasiment disparu face à Intel ou Microsoft parce qu’il n’a pas su  se détruire pour renaître.
Règle n°3 : Les changements sociologiques permettent de gagner de l’argent, mais ce sont des transferts de richesses sans réelle création. Par exemple, Starbuck a persuadé beaucoup de gens de remplacer leur café à prix modéré pris au zinc du coin par un café plus cher chez Starbuck ; c’est beaucoup d’argent pour les propriétaires de Starbuck, pas une création de richesse pour la société. La seule vraie création de richesse, c’est l’accroissement de la productivité.
Règle n°4 : il est beaucoup plus difficile de faire fonctionner le capitalisme dans un environnement déflationniste que dans un environnement inflationniste. Or une déflation systématique n’est pas certaine, mais hautement probable :  la mondialisation pousse les prix et les salaires à la baisse, les grandes indsuries pressurent leur fournisseurs en exigeant ,année après année, des prix plus bas etc. Surtout l’endettement devient beaucoup plus cher et plus risqué ; et lorsque la réduction de la dette devient la préoccupation n°1, plus personne n ‘investit dans le futur.
Règle n° 5 : il n’y pas de substituts institutionnels possibles aux entrepreneurs. La création de richesse est nécessairement un processus de destruction créatrice schumpetérien. Les sociétés doivent s’organiser pour favoriser la naissance de nouvelles entreprises, de nouveaux entrepreneurs, s’organiser pour que ce processus schumpétérien soit possible…ce qui est l’exact contraire d’un laissez-faire qui conduirait au chaos. La sociologie domine la technique : l’Europe a un niveau scientifique, un niveau de formation global au moins aussi bon que les USA, mais n’a créé aucune des grandes industries du XXIéme siècle. Les entrepreneurs européens qui devraient exister n’existent pas parce que la société européenne n’est pas organisée pour les faire surgie, le demande sociale pour l’innovation est trop faible. La Grèce antique connaissait déjà la vapeur utilisée pour animer  des jouets ; il a fallu attendre le XXVIIIème siècle pour que la révolution énergétique de la vapeur se fasse.
Règle n°6 : Aucune société qui place l’ordre au-dessus de tout ne pourra être créative, mais sans un certain degré d’ordre, la créativité disparait.  Ainsi la Russie impériale était-elle trop désorganisée et a-telle décroché de l’Occident, tandis que la Russie communiste, trop ordonnée n’a pas mieux réussi. Ordre et progrès résumait déjà Auguste Comte, ce qui suppose que la société soit un minium organisée pour permettre suffisamment de créativité
Règle n°7 : Pour réussir, une économie de la connaissance nécessite des investissements publics importants dans l’éducation, les infrastructures, la recherche et le développement. L’action des gouvernements est nécessaire et doit se concentrer sur  la recherche fondamentale ; c’est là où le privé investit peu, mais c’est aussi là que se produisent les innovations de rupture. C’est pourquoi, expliquait Thurow, les biotechnologies doivent bénéficier de l’aide des gouvernements. Aux US, elles ont bénéficié d’aides gouvernementales importantes et se sont développées ; en Europe, elles n’ont pas bénéficié d’une telle aide, et ne se sont pas développées ( NB ; en fait, c’est encore pire, en Europe, leur développement a été entravé !).
Règle n° 8 : Dans une économie de la connaissance, le grand problème, pour les individus, est de construire une carrière dans un environnement où il n’y a plus de carrières.
Les diplômés d’aujourd’hui reçoivent le message suivant : «  vous n’aurez pas une progression de carrière dans une seule compagnie. Il vous faudra apprendre à être le responsable de votre carrière et à la gérer ». Ce message n’est pas sans conséquences, d’autant que la stratégie de bâtir une carrière en changeant d’industrie… devient difficile après quarante-cinq ans, et quasiment impossible après cinquante ans. Il ne fait donc pas s’étonner de l’apparition d’un chômage important croissant avec l’âge et de pertes de revenus – bref l’inverse de ce qu’était une carrière ! Les gouvernements peuvent rendre le licenciement des salariés plus difficiles ne fonction de l’âge, mais cela ne peut fonctionner que dans des industries importantes.  Et Thurow vante la politique française qui incite les employeurs à investir dans la formation de leurs salariés par une taxe sur les salaires. ( ça, c’est vu de loin !)
La théorie économique classique sous-estime le besoin de sécurité économique. Lorsque qu’on demande aux salariés ce qui est le plus important pour eux, la sécurité économique vient largement avant la maximisation du salaire. Ce n’est pas la réponse attendue de  la part de l’Homo economicus des économistes classiques. Mais dans la réalité, les êtres humains aiment sentir sous eux un plancher économique solide.  Thurow prévient qu’avec le développement de l’insécurité économique, la motivation des employés trique de fléchir quelque peu. Il insiste par ailleurs sur le fait que la diminution des salaires de la classe moyenne et le développement des inégalités créent de réels défis, économiques et plus encore politiques : il devient vraiment difficile de parler d’égalité politique quand les inégalités économiques s’accroissent à ce point. Thurow était un précurseur des débats sur la flexisécurité.
Pour Thurow, les gagnants seront les nations qui investissent lourdement dans les infrastructures, dans l’éducation, dans la recherche et le développement. Pour les individus, il n’y a qu’un seul mot d’ordre : la compétence. Et il prévient que dans le monde où nous vivons, « ceux qui ont des compétences du niveau du tiers monde recevront un salaire du tiers-monde ».

La suite de cette présentation du non-traduit Thurow dans un prochain billet. 

lundi 7 septembre 2015

PS : Vers la débâcle


Année après année, on n’est jamais déçu, (pour ses adversaires), par les Universités d’été du PS, comme s’il s’agissait d’un rassemblement annuel de lemmings se préparant au suicide, auquel on assisterait mi inquiet, mi dégouté. En avant-première donc, le show Macron, puis celui des frondeurs, le code du travail,  puis autres sujets variés, dont une impéritie gouvernementale de plus en plus inquiétante, et qui ne pourra être que sanctionnée.
La valeur travail

Donc d’abord, le show de Macron sur la valeur travail qui n’aurait pas toujours été bien défendue par la gauche. Donc parlons de la valeur du travail, et en bon élève libéral, je la mesurerais par le salaire qu’il rapporte. D’où il ressort que celui qui paie un certain salaire pour trente-cinq heures respecte mieux la valeur travail que celui qui paie le même salaire pour quarante heures. Non ? Et infiniment mieux que ceux qui paient des salaires qui ne permettent pas même de vivre dignement, ceux qui rêvent de contrats zero heures comme en Angleterre, ou des enchères inversées, comme en Allemagne- le travail à celui qui l’assure pour le moins cher.

Ajoutons que revenir sur les trente-cinq heures est une ânerie qui  ignore les accords et la flexibilité en terme d’organisation du travail et d’horaire qu’ont accepté en échange les salariés de nombreuses entreprises. Et puis, il me semble encore la gauche, c’est plutôt le progrès social, et que le progrès social, c’est une tendance multiséculaire, c’est plutôt (entendons-nous, jusqu’à un certain point !) la réduction du temps de travail. On peut avoir la nostalgie du ministre du temps libre !
La valeur égalité

Renversant, et sur la même ligne, les propositions de Terra Nova sur le code du travail. Qu’il soit inutilement compliqué, parfois dissuasif et inefficace, d’accord, mais de là à le supprimer pour le remplacer par des conventions d’entreprises !

Il est assez surprenant, pour rester modéré, que des gens qui se disent de gauche manifestent une telle indifférence au goût des Français pour l’égalité, qui figure tout de même dans la devise républicaine ! La proposition d’un SMIC jeune, peut-être économiquement pas absurde, a été accueillie par un haut le cœur général de tout le pays. Alors que penser d’un SMIC par province, pour les personnes âgées ? d’une durée du travail par entreprise ? En cas de crises, les entreprises peuvent signer des AME (accords de maintiens dans l’emploi) dérogatoires ; on a du mal à croire qu’un think tank prétendu de gauche propose que ces accords qui, en cas de refus d’un salarié, peuvent entrainer le licenciement économique (avec indemnités)  soient maintenant imposés aux salariés, ceux qui les refusent pouvant être licenciés sans indemnités !!! Et de même, comment penser un seul instant qu’il serait acceptable que les indemnités de licenciement soit différentes selon la taille de la société ? –proposition loi Macron retoquée par le Conseil constitutionnel).

On peut demander beaucoup aux Français, mais à condition de respecter (suffisamment) la valeur égalité ; historiquement, ce sont souvent les atteintes à l’égalité qui ont entrainé les plus vives réactions politiques ; l’ignorer est une faute politique qui ne peut que mener à une catastrophe.

On a du mal à croire que ce concours Lépine antisocial soit de nature à simplifier quoi que ce soit en matière de droit du travail, au contraire ! Et en passant, le problème des trente-cinq heures, si problème il y a, ce n’est pas le manque de flexibilité, mais au contraire une trop grande flexibilité, qui a entrainé des disparités importantes selon les entreprises..
La gauche sociétale, pas sociale

On peut donc légitimement s’inquiéter et s’indigner ce certains discours et propositions ; encore conviendrait-il de le faire en proposant un programme sérieux ; il semble que plus les frondeurs s’expriment, plus Macron devient populaire ; il y a pour le moins un sérieux problème de crédibilité. Et le PS  afflige plus qu’’il n’attire en sifflant tel ou tel membre du gouvernement soutenu par lui et réservant ses acclamation à Mme Taubira, le symbole même d’une gauche qui a renoncé au social pour se limiter, avec morgue et mépris, au sociétal… à tel point que la révélation que le ministère de la justice emploie plus de quarante mille collaborateurs en toute illégalité, sans payer ni cotisation retraite, ni autres cotisation sociales la laisse aussi indifférente que ses prédécesseurs, et surtout sans plan sérieux pour sortir de cette situation inadmissible.
Dans ces conditions, les grandes déclarations pseudo généreuses sur l’accueil des immigrants risquent bien d’énerver un certain nombre de nos concitoyens. Seule Ségolène Royal semble s’en rendre compte, en affirmant que  « Schengen n'est pas un tabou et en évoquant sa possible suspension face à la crise migratoire ».
Et autres absurdités

Claude Bartolone vient de réaliser que la COP21 et son cortège d’embouteillages prévus risquent d’échauffer le climat électoral juste avant les régionales. C’est depuis des années que les conditions de transport, soit en voiture, soit en commun, ne cessent de se dégrader, avec des lignes de métro de plus en plus surchargées et incertaines ; et ceci après dix ans d’un Conseil régional socialiste et écologiste. Si Claude Bartolone veut avoir la moindre chance de l’emporter, il ferait bien de sortir un plan sérieux et conséquent d’amélioration des transports ; mais les conditions dans lesquelles il a été désigné ont laissé peu de places à la préparation d’un programme sérieux. La débâcle s’annonce !

D’autre part, qu’est-ce que c’est que ce gouvernement dont la lutte contre le chômage devrait représenter la principale préoccupation, et qui a nommé trois ministres du travail en trois ans, dont aucun n’a la moindre expérience du dialogue social, ni des syndicats, ni de l’entreprise, ni de la législation sociale, ni…  ; et qui après avoir laissé vacant le ministère (non, le secrétariat d’Etat) à la Recherche pendant plus d’un an a trouvé le moyen d’y nommer quelqu’un qui n’a jamais rien eu à voir, ni de près, ni de très loin avec la recherche… au nom de je ne sais quel équilibre politique. Il n’y a plus un seul chercheur proche du PS ?
Tout cela risque de se payer cher, et rapidement, la question ne sera plus de savoir si Marine Le Pen pourra être au second tour, mais si elle pourra être  élue présidente

lundi 3 août 2015

Médecine du travail ; pas de quoi pavoiser !

Une médecine sinistrée ?

Le drame sans précédent provoqué par le pilote ultra dépressif de la German Wing qui a précipité son avion et ses 150 passagers sur une montagne des Alpes du Sud (Andreas Lubitz avait consulté plus de 40 médecins ces quatre dernières années) a fait l’objet d’un satisfecit français bien mal placé, sur le thème : cela ne pourrait pas arriver en France, avec notre médecine du travail. C’est peut-être vrai à Air France, où il semble que le suivi médical des pilotes soit sérieusement effectué ; mais ce ne l’est surement dans le pays en général. En fait, depuis plusieurs mois, les médecins du travail et leurs organisations préviennent, en particulier l’Association Santé et médecine du travail  : la médecine du travail est sinistrée.
Tout d’abord, le nombre de médecins du travail ne cesse de diminuer  (5.666  en 2013 contre 6 280 en 1992), pour l’ensemble des salariés ! Comme de toute évidence, ils ne peuvent fournir au travail, la visite annuelle périodique a été remplacée par une visite tous les deux ans pour les salariés non exposés à un environnement particulier (chimie, laboratoire..etc.) Malgré cela, un rapport de l’IFRAP estime que 30 à 60% d'entre elles ne sont jamais réalisées ! (l’Ifrap, organisme patronal militant propose en conséquence de passer à une périodicité de cinq ans !). Faudra-t-il en arriver à ce que des salariés poursuivent l’Etat ou leur entreprise pour ne pas avoir respecté la loi ?
Harcèlement et intimidation

Et quand ils exercent leur travail, les médecins du travail sont de plus soumis aux pressions des employeurs. Depuis deux ou trois ans les plaintes d’employeurs devant l’ordre des médecins se multiplient. Dominique Huez, médecin à la centrale nucléaire de Chinon explique : « les juristes des entreprises ont découvert qu’il existait une brèche juridique et ont pensé qu’ils pouvaient l‘utiliser pour nous discréditer ». En effet, un décret de 2007 permet aux employeurs de poursuivre les médecins en chambre disciplinaire – une sacrée entorse tout de même à leur indépendance. En ce qui concerne le Dr Huez, il lui reproché d’avoir manqué de « prudence et de circonspection » en établissant un lien entre une dépression et les conditions de travail. Devant la multiplication de ce type de procès, dont le point commun est que les entreprises reprochent aux médecins d’établir un lien entre les conditions de travail et l’état psychique de salariés, leurs organisations professionnelles protestent : «leur travail consiste bel et bien à «  éviter toute altération de la santé physique ou mentale des travailleurs du fait de leur travail » ; et ils rappellent que « la déontologie médicale n’est pas au service de l’employeur, mais avant tout fondé sur la protection de la santé des patients ». Et ils dénoncent dans des lettres et des appels une campagne organisée de harcèlement et d’intimidation.
Et ce n’est pas fini : la Caisse d’Assurance Maladie se lance à son tour dans une campagne d’intimidation à propos des arrêts maladies et envoient des lettres d’avertissement aux médecins qui prescrivent plus d’arrêts maladies que la moyenne. Et le ton est rien moins qu’aimable : « Pierre Fendu, directeur de la lutte contre les abus de la CNAM, explique comment l’Assurance maladie procède avec les médecins en dépassement : « Soit le médecin va dire, 'Oui je pense que je peux faire un effort', ou 'Non, je ne peux pas faire d’effort parce que j’estime que tous mes arrêts sont justifiés'. A partir du moment où le médecin dit non, le directeur de la Caisse peut parfaitement décider de le mettre sous accord préalable, cela veut dire que chaque arrêt de ce médecin va être contrôlé »
Le burn out non reconnu maladie professionnelle par le Sénat
Pour aggraver leur cas, certains médecins du travail  se sont lancés dans une campagne pour la reconnaissance du burn out (syndrome d’épuisement professionnel) comme maladie professionnelle. Dans une  lettre d'alerte adressée  aux ministres du Travail et de la Santé ils disent  constater une montée importante de ces cas et, dans une tribune dans l’Marianne posent la question : « combien de burn out se terminent par un licenciement pour inaptitude ou par un passage à l'acte suicidaire ? ».  Témoignage d’un médecin : « Cet été encore j'ai une dame qui me racontait avoir été à sa voiture, les clés en mains,  « et là, docteur, j'ai pas pu monter dans la voiture". Et là, j’ai dit : "maintenant c'est fini, j'arrête. Je suis remontée, j'ai enlevé mon manteau et mes chaussures, je me suis couché et j'ai dormi toute la journée »
Que croyez-vous qu’il arriva ? Les employeurs (au moins ceux d’entre eux qui ne sont pas en burn out, les autres n’ont pas le temps de mener des combats retardataires) sont vent debout et le Sénat a refusé pour l’instant la reconnaissance comme maladie professionnelle. C’est vrai qu’un train de Sénateur ne favorise sans doute pas la prise de conscience du burn out !
Merci aux médecins du travail qui se battent pour exercer le leur, dans un contexte jusqu’ici inédit d’intimidation, de déliquescence, voire même de liquidation, et qui sont trop peu entendus et trop peu soutenus.  La Médecine du Travail a été institutionnalisée en France en 1946 ; on sait que certains se sont donné pour but de déconstruire le programme du Conseil national de la Résistance ; il semble qu’ils agissent aussi sur ce terrain-là.
Le passionné d’histoire des sciences que je suis peut tout de même rappeler que la médecine du travail, et la chimie médicinale tout court, est née en France avec la traduction et l’enrichissement  par Fourcroy, le principal disciple de Lavoisier, d’un traité de Ramazzini en 1777 : «Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions ».  Et que ce sont des dentistes qui suivaient des ouvrières peignant les cadrans et aiguilles de réveil de solution de radium qui ont signalé les premiers le danger cancérigène des composés radioactifs.

Ho, ce n’est plus 1946 qu’on détricote, c’est Lavoisier !


 
 

 

mardi 9 avril 2013

Amiante – 3000 morts par an, pas de responsables

Le scandale français des maladies professionnelles

L’importance du scandale de l’amiante, les tragédies subies par les victimes et leurs familles, l’impossibilité de se faire rendre justice, la culpabilité des entreprises, l’inaction et donc la culpabilité de l’Etat français semblent laisser indifférent l’opinion publique. Celle-ci ne s’est inquiétée que lorsqu’elle a cru que l’amiante représentait un danger environnemental omniprésent qui pouvait menacer chacun d’entre nous. Depuis qu’il est clair que les principales victimes sont quasi-exclusivement les travailleurs de l’amiante (producteurs, utilisateurs et leurs familles), l’indifférence est revenue, soigneusement encouragée par l’inaction des pouvoirs publics et les entraves à la justice. En France, les maladies professionnelles mobilisent peu – la spécialiste de l’Inserm, Mme Thébaud-Mony, a tenté d’attirer l’attention sur cette partie du scandale en refusant la Légion d’Honneur offerte par Mme Duflot, sans grand écho – rien ne semble prévu pour enrayer le démantèlement de la médecine  du travail, et d’ailleurs aussi de la médecine scolaire.

Et pourtant, le scandale de l’amiante c’est, selon les autorités sanitaires, 3000 morts par an actuellement et  100 000 décès probables d'ici à 2025 en France, et d’autres centaines de milliers de victimes qui souffrent et voient leur qualité de vie irrémédiablement atteinte. L’exposition à l’amiante entraîne des fibroses pulmonaires (asbestose) assez caractéristiques (présence de plaques pleurales), avec pour conséquence des capacités pulmonaires fortement réduites et une importante surcharge cardiaque. Le délai d’apparition est long (quinze à vingt ans en moyenne). La situation clinique  peut évoluer vers deux types de cancer : cellules du poumon, ou cellules de la plèvre (double enveloppe du poumon ou du péritoine- mésothéliomes, très caractéristiques.
La prise en charge comme maladie professionnelle du mésothéliome a été effectuée en 1975, il a fallu attendre 1985, pour celle des cancers broncho-pulmonaires, à condition que le lien avec l’amiante soit « médicalement caractérisé »
En France l’industrie de l’amiante se développe au début du XXème siècle autour de Condé-sur-Noireau (Calvados). Dès 1906, après la mort d’une cinquantaine d'employés de la région de maladie pulmonaire, un inspecteur du travail de Caen rédige un rapport sur les dangers de l'amiante. Les premières dispositions réglementaires pour protéger les salariés de l'amiante datent de 1931 en Grande-Bretagne, de 1946 aux Etats-Unis.
En France, il faut attendre l'année 1977 pour la première circulaire visant à protéger les ouvriers !
Les procès en cours concernent principalement trois sociétés Eternit (Vitry en Charolais, Thiant-Valenciennes, Caronte- Martigues, Albi, Canari, Saint-Grégoire (Ille et Vilaine),  Amisol (près de Clermont-Ferrand) et Ferrodo-Valéo à Condé sur Noireau.
Pour Amisol, les témoignages parlent d’une « entreprise baignant dans un nuage d’amiante » et des conditions de travail dénoncées par l’inspecteur du travail et même par la chambre syndicale de l’amiante (les industriels) qui ont publiquement critiqué cet « univers à la Zola ». En 1971,  des cas d’asbestoses et de cancers de la plèvre étaient discuté au comité d'hygiène. L'année suivante, l'inspection du travail mettait le PDG d'Amisol en demeure de faire cesser les infractions liées aux poussières industrielles, sans effet. Les pouvoirs publics connaissaient bien la situation : « Sur le plan du risque professionnel, cette entreprise a depuis longtemps été un objet de préoccupation », insiste le directeur régional de la sécurité sociale dans un courrier de mars 1975 adressé au ministre du travail. « Il s'agissait d'une entreprise à haut risque et dont les gestionnaires, dont on ne saurait dire qu'ils ne pouvaient en avoir conscience, n'ont jamais pris des mesures de prévention véritablement efficace ».
A Condé sur Noireau,  « On était couverts de poussière d'amiante. Parfois, je ne voyais pas mon voisin assis à un mètre de moi !...Quand venait un inspecteur du travail, on devait nettoyer à la main toutes les machines. Fallait que cela brille ! Pour être propre, c'était propre ! En apparence seulement... Car, dès qu'on levait les yeux vers le plafond, toute la pièce apparaissait comme noyée dans une brume d'amiante ». La circulaire de 1977 n'est pas appliquée, quelques masques sont distribués, limités à certains postes.  La plupart des médecins ne disent rien, voire mentent carrément. «Le médecin avait dit à mon mari qu'il n'avait pas d'amiante dans ses poumons, s'emporte la femme d'une victime. Alors pourquoi est-il mort d'un mésothéliome ?»

L’impossibilité de rendre justice ?

Cela fera 17 ans cette année que des victimes de l’amiante et leurs associations ont déposé plainte, rappelle l’ANDEVA, 17 ans d’errements judiciaires. Dans tous les dossiers, les mises en examen sont annulées  et des non-lieux demandés par le parquet, et pas seulement celui très médiatisé de Martine Aubry. En Italie, un procès de l’amiante a eu lieu, à Turin, et entraîné la condamnation de deux hauts dirigeants d’Eternit International à 16 ans de prison. En France, le dossier Eternit traine indéfiniment, et c’est l’avocat des victimes, Maître Teissonnière, qui se retrouve poursuivi par Eternit pour diffamation.
Dans l’affaire Amisol, la Cour  d’Appel affirme que « Les faits commis en 1974 ne peuvent être appréciés avec les exigences de santé publique apparues depuis », ce qui est pour le moins étonnant et en contradiction avec le dossier d’instruction. Même en 1974, on, savait qu’il ne fallait pas travailler dans un nuage d’amiante, et les conditions de travail criminelles dans cette usine étaient connues et dénoncées par l’inspection du travail, sans effet apparent.
Pour l’avocat de l’Andeva, le parquet demande l’annulation des personnes mises en examen, avec des arguments ahurissants qui, « s’ils devaient être retenus, signifieraient qu’aucun procès de responsable de catastrophe sanitaire ne peut avoir lieu : le parquet soutient en effet que du fait que les mis en examen n’avaient pas de pouvoir propre en matière réglementaire, ils ne peuvent être considérés comme pénalement responsables ! »
En effet, cela signifierait qu’on ne peut condamner les industriels mis en cause, parce que l’administration, l’Etat, n’a pas agi à temps pour leur imposer une règlementation suffisamment contraignante, et que d’autre part, l’Etat ou ses représentants ne peuvent être condamnés, parce qu’ils n’ont pas eu l’intention délibérée de nuire !

Dans ce scandale meurtrier de l’amiante (3000 morts par ans !) est pourtant évident un comportement criminel de certains industriels de la médecine de travail, et pour, le moins,une inaction coupable de l’Etat, pendant plusieurs années, et à tous les niveaux, du ministère aux inspections locales du travail. Martine Aubry avait été mise en examen, en tant que Directrice des Relations du Travail entre 1984 et 1987, pour avoir tardé à transposer une directive européenne de 1983 sur la protection contre l’amiante, la juge Bertella-Geffroy l’accuse aussi d’avoir été trop influencée par le Comité Permanent Amiante, structure de lobby mise en place par les industriels pour promouvoir l’usage contrôlé de l’amiante. Martine Aubry peut se sentir injustement mise en cause, mais il semble difficile que ce dossier avance sans mise en cause des pouvoirs publics.
 Ces décisions, ainsi que la mutation réglementaire (au bout de dix ans dans le même poste) suscité la révolte des victimes. Mme Bertella-Geffroy a fait régulièrement l’objet de critiques malveillantes, alors qu’elle a porté ce dossier complexe quasi-seule au milieu de chausse-trappes invraisemblables, et que les victimes et leur défense ont plutôt apprécié son engagement – elle aurait d’ailleurs transmis des éléments utilisés par la justice italienne dans le procès de Turin, ce qu’on lui a même reproché. Une dérogation pour  qu’elle puisse continuer à s’occuper du dossier de l’amiante a été refusée par le ministère de la Justice

A Condé sur Noireau, «Pour dire les choses sans fard, ici, on porte en terre au moins un camarade par semaine», assène François Martin, responsable de l'association locale des victimes de l'amiante. «C'est comme ça, soupire Maurice Renouf, on ne peut plus rien faire.» (Libération) .Il faudra pourtant que justice soit rendue, et qu’on tire les conclusions de ce qui s’est passé pour éviter que de tels scandales se reproduisent.