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vendredi 5 mai 2023

Rapport Rystad Energy pour Wind Europe De son propre aveu, l’industrie éolienne européenne est en bonne voie pour se crasher !

 Ou Eoliennes, les Industriels Européens tirent la sonnette d’alarme face à la Chine ( Les Echos, 3 mai 2023)

https://fr.businessam.be/eolien-europe-industrie-chaine-approvisionnement-dependance-chine/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

The State of the European Wind Energy Supply Chain, Rystad Energy report in cooperation with WindEurope, april 2023

Contexte : un rapport demandé par le lobby de l’éolien Wind Europe… conclut à la quasi impossibilité de réussite des plans très ambitieux de Wind Europe pour l’éolien terrestre et surtout l’éolien maritime. Et la plupart de la valeur…risque de partir en Chine.

NB :en France, le pacte pour l’éolien en mer signé en 2022 prévoit 40 milliards d’euros d’investissements sur les 15 prochaines années et 20000 emplois nouveaux

Wind Europe 2030 : un scénario très ambitieux 30 GW  terrestre, 30 GW offshore

Ce n’est pas un problème d’accélération des procédures, mais de goulots d’étranglements physiques    

Certaines des principales initiatives politiques pour l’énergie éolienne en 2022 visaient à relever les objectifs et à les soutenir en raccourcissant les procédures d’autorisation, ce qui a été identifié comme le principal obstacle à la réalisation de nouvelles ambitions. Au cours des derniers mois, nous avons également vu plusieurs pays européens mettre de nouveaux domaines à la disposition de l’énergie éolienne, ce qui vise à soutenir la construction massive nécessaire. Cependant, l’accent a maintenant été mis sur la capacité de la chaîne d’approvisionnement à soutenir une augmentation aussi rapide du niveau d’activité. 

Pour la chaîne d’approvisionnement éolienne européenne, le défi peut sembler trop important à relever. Les fabricants d’éoliennes font état de faibles marges et de mauvais résultats financiers depuis plusieurs années, ainsi que de nombreuses autres entreprises le long de la chaîne de valeur... Des turbines plus grandes améliorent l’économie du cycle de vie total, et cela a conduit à une course entre les équipementiers pour fournir les turbines les plus grandes et les plus efficaces. Cela s’est fait au prix de budgets de R&D importants parmi les fabricants de turbines. 

De plus, l’inflation due à la pandémie de COVID 19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie continuent de remettre en question les marges déjà sous pression. La tendance des turbines vers le gigantisme crée de nouvelles contraintes sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Des composants tels que les fondations et les câbles interréseaux, doivent être modifiés et les capacités de manutention et de levage doivent être mises à l’échelle pour s’adapter à la taille croissante des aérogénérateurs. Cela ajoute au défi de la croissance pure de l’activité… 

Notre analyse montre que l’Europe n’a pas beaucoup  de temps devant elle – si l’on veut atteindre des objectifs de capacité éolienne ambitieux. La croissance rapide de l’activité nécessaire pour atteindre les objectifs nécessitera, dans certains segments, d’importantes expansions de la chaîne d’approvisionnement et, si ce n’est pas le cas, des goulots d’étranglement pourraient déjà apparaître d’ici 2024/2025. (Pour éviter cela, les fournisseurs doivent prendre la décision de se développer cette année (2023) ou la prochaine. Cela signifie que pour ces fournisseurs, un signal d’investissement fort doit être donné aujourd’hui, et que le moment est venu d’agir.) ( NB : le rapport a été commandé par Wind Europe) 

L’éolien offshore devrait connaître une augmentation plus forte vers 2030, avec une augmentation rapide de la taille des turbines. Cela devrait exercer une pression importante sur la fabrication de turbines de plus de 12 MW, de monopieux de grand diamètre et de fondations flottantes. 

Plusieurs autres parties de la chaîne d’approvisionnement au sens large seraient soumises à des pressions si l’on voulait atteindre les objectifs : les infrastructures de transport et de réseau seront sous pression, en plus des autres ENR à intégrer et d’une électrification générale du système énergétique ; la main-d’œuvre qualifiée pourra constituer un goulot d’étranglement pour des parties spécialisées de la chaîne d’approvisionnement éolienne; des activités navales, comme l’installation de fondations et de câbles, les navires d’exploitation de service (SOV) et les navires de ravitaillement de remorqueurs de manutention d’ancres (AHTS) pour l’éolien flottant, devraient nécessiter des expansions de la flotte; les ports ont besoin d’être modernisés pour soutenir la construction à grande échelle de l’éolien offshore et l’industrialisation de l’éolien flottant L’éolien flottant nécessitera aussi une augmentation significative de la fabrication de lignes d’amarrage. La demande matérielle devrait être multipliée par près de quatre d’ici 2030 si l’on veut atteindre les objectifs. Évalués en fonction de leur importance relative dans l’industrie éolienne, de la trajectoire de croissance attendue vers 2030 et du score relatif sur la fiabilité des approvisionnements, la possibilité de se les procurer et leur soutenabilité, l’acier, le cuivre et les minéraux des terres rares sont considérés comme les plus importants sur le plan stratégique. Ces deux derniers sont considérés comme les plus à risque, en raison de la croissance rapide de leur demande, de la dépendance relativement élevée de l’Europe à l’égard des importations de ces matériaux et de leur rôle essentiel dans les câbles et les turbines, respectivement.

 Les points critiques de la chaine de valeur


Les industries éoliennes en Europe

Les pays européens importants pour les chaînes d’approvisionnement éoliennes comprennent l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark, qui ont tous une activité importante de production des principaux composants des éoliennes – pales, nacelles et tours. Ces dernières années, la France est également devenue l’un des pays clés, avec de nouvelles usines de fabrication de pales et de nacelles. Pour les fondations éoliennes offshore, les principaux producteurs sont les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark. Sans surprise, ces pays figurent également parmi les leaders en termes de capacité installée pour l’éolien offshore en Europe..

L’ inflation dans l’industrie éolienne : touché, coulé ? 

Au sein de l’industrie éolienne, tous les secteurs ont été fortement touchés par l’inflation : turbines, câbles, fondations et sous-stations. Les fabricants d’équipements éoliens ont dû faire face à la hausse des prix des matières premières et à la volatilité des prix de l’énergie, mais aussi à des tarifs d’expédition élevés au cours de la dernière année. Les composants de turbines ont été parmi les plus touchés par l’inflation, suivis les câbles et les monopieux. En outre, l’inflation n’a pas seulement affecté les matériaux et composants clés, mais aussi les taux de main-d’œuvre et les coûts d’installation.

Remarque : selon ma remarque du PDG de Siemens Renouvelable en novembre 2022,  les ENR comme l’éolien ont besoin de 10 fois plus de matériaux par MW.h que les techniques comme le nucléaire. Elles sont donc beaucoup plus sensibles à l’inflation.

D’autres données confirment ces résultats

https://www.energymonitor.ai/tech/renewables/data-insight-the-cost-of-a-wind-turbine-has-increased-by-38-in-two-years/ 

Le coût d’une éolienne a augmenté de 38% en deux ans

Le prix moyen des principaux minéraux critiques nécessaires à la construction d’une éolienne a grimpé de 93% depuis la période pré-Covid avce des pointes impressionnantes pour le molybdéne (265%), les Terres rares (128%), le cuivre (47%)

Résultats financiers des fournisseurs d’énergie éolienne : en forte chute, et ça va pas s’arranger 

La spirale à la hausse des prix des matières premières a fortement retenti sur les marges bénéficiaires des fabricants d’éolienne. La taille croissante des turbines augmente l’utilisation de matériaux par turbine, ce qui rend l’inflation des matières premières encore plus impactante. Si l’on considère les revenus cumulés des trois fournisseurs européens d’éoliennes cotés (Vestas Wind Systems, Nordex SE et Siemens Gamesa), on observe une baisse de 11% de leurs revenus au T2 2022 et une baisse de 16% au T3 2022. Les revenus du secteur éolien terrestre se sont avérés plus résilients que ceux du secteur éolien offshore ces derniers mois. En outre, les marges des fournisseurs ont également été durement touchées par l’inflation et l’instabilité de la chaîne d’approvisionnement. Fondamentalement, alors que les prix des intrants montaient en flèche, les marges ont souffert du blocage des prix des produits finis. 

L’EBITDA combiné des trois fournisseurs européens d’éoliennes est devenu négatif au cours des trois premiers trimestres de 2022, ce qui s’est traduit par une marge négative de 6% au premier trimestre. Au cours du dernier trimestre de l’année, les revenus et les marges des fournisseurs ont commencé à revenir à des niveaux positifs. Cependant, les résultats financiers annoncés pour l’année entière seront négatifs

Green Deal Industrial Plan – vers une souveraineté européenne ? 

L’Europe semble prendre conscience de ces difficultés, notamment à travers le Green Deal Industrial Plan. Les politiques récentes ont pris la forme de trois propositions principales: la réforme de l’organisation du marché de l’électricité de l’UE, la loi sur les matières premières critiques et la loi sur la neutralité industrielle nette. Les propositions doivent encore être approuvées par le Conseil européen et le Parlement, ce qui pourrait entraîner des changements et répondre à certaines des préoccupations soulevées par l’industrie..

La place de l’Europe dans la production mondiale de matériaux 

En moyenne, la part de la Chine dans la production mondiale de matériaux est trois fois supérieure à celle des réserves chinoises, ce qui illustre à la fois la croissance économique rapide de la Chine et ses investissements dans son secteur minier, ainsi que le potentiel d’une plus grande diversification de la chaîne d’approvisionnement mondiale. La Chine contrôle plus de la moitié du processus de production éolienne, y compris la production de matières premières et la fabrication de composants individuels. Cette domination peut être nuancée car la demande intérieure chinoise répond à la majeure partie de la capacité de production éolienne de la Chine.

Cependant, alors que la domination de la Chine pour  le silicium polycristallin de la Chine a été la plus préoccupante jusqu’à présent en raison de l’énorme demande mondiale de panneaux solaires photovoltaïques, les problèmes géopolitiques potentiels en Chine pourraient également affecter fortement l’équilibre de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’énergie éolienne. La Russie reste un producteur important de certains des matériaux analysés, tels que l’acier, l’aluminium, le nickel ou le silicium. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a donc eu un impact significatif sur les flux commerciaux de matériaux. En réponse à l’invasion, environ 45 pays ont ajouté des sanctions ciblées contre la Russie ou se sont engagés à une combinaison de sanctions américaines et européennes. Parmi les matériaux sanctionnés pour l’industrie éolienne figuraient les combustibles fossiles, l’acier, le ciment et les plastiques. En outre, les États-Unis ont ajouté un droit de douane supplémentaire de 35 pour cent sur les importations de métaux, notamment le cuivre, l’aluminium, le plomb, l’argent, le fer et l’acier. Ces sanctions illustrent les perturbations potentielles qui pourraient affecter le tableau actuel de l’approvisionnement mondial en matériaux.

Dépendance européenne à l’égard des importations de matériaux : Quand c’est pas la Chine, c’est pas mieux ! 

La Fig17 illustre certaines des matières premières ayant un impact sur l’industrie éolienne et considérées par l’UE comme critiques ou stratégiques. Pour la plupart de ces matières, le taux de dépendance à l’égard des importations est supérieur à 50 %, ce qui définit le risque d’approvisionnement pour l’UE. Bien que la Chine soit le plus grand fournisseur mondial des matières premières les plus critiques, l’analyse de l’approvisionnement primaire de l’UE (c’est-à-dire la production intérieure plus les importations) raconte une histoire différente. Les matières premières sélectionnées proviennent d’un large éventail de pays, mais pour la plupart d’entre eux, l’Europe est fortement dépendante des importations, souvent de fournisseurs de pays tiers quasi monopolistiques.


Offre et demande européenne de matériaux

Parmi les matériaux qui devraient connaître la plus forte croissance de la demande relative vers 2030 figurent le plomb, le cuivre et les terres rares, principalement en raison de la croissance prévue de l’éolien offshore. Étant donné que la demande de matériaux provenant de l’industrie éolienne européenne devrait augmenter rapidement si l’Europe veut atteindre ses objectifs ambitieux, il est important d’évaluer l’état de l’offre et de la demande de ces matériaux. 

Le fer et l’acier, la fibre de verre, le cuivre, le silicium, le nickel et les terres rares sont les matériaux qui, selon cette évaluation, présentent des risques substantiels associés, et dont l’industrie éolienne européenne devrait être consciente. Trois de ces matériaux sont mis en évidence plus loin dans ce rapport : le cuivre et les terres rares, en raison de leur criticité et de leur importance stratégique, et l’acier en raison de son utilisation répandue dans la fabrication de composants éoliens.. 

Offre et demande européenne d’acier 

Pour les tôles d’acier, l’Ukraine a été un producteur important et, en 2021, le pays a fourni près de 50 % des importations de tôles de l’UE. En raison de l’invasion russe de l’Ukraine en février de l’année dernière, le plus grand producteur ukrainien de tôles fortes Metinvest a perdu le contrôle de ses deux usines de tôles à Marioupol, entraînant une baisse de la production de tôles de plus de 70% en 2022. Par conséquent, des pays comme l’Inde, l’Indonésie, le Japon et même la Turquie, qui n’ont qu’une seule usine, ont considérablement augmenté leurs exportations de tôles fortes vers l’UE. Jusqu’à présent, la Russie et l’Ukraine ont également été les plus grands fournisseurs de tôles de l’UE, exportant 93 % des importations de l’UE en 2021. 

Diverses usines dans la région, en particulier en Italie, dépendent entièrement des importations de tôles . La rupture d’approvisionnement s’est poursuivie tout au long de 2022, lorsqu’en septembre, la Corée du Sud, un grand producteur de tôles d’acier lourdes, a été frappée par un typhon causant d’importants dommages à plusieurs installations de fabrication appartenant au plus grand producteur d’acier du pays, POSCO.

Offre et demande européenne de cuivre 

L’année dernière, la production totale de cuivre dans le monde était d’environ 22 millions de tonnes métriques, selon le US Geological Survey, le Chili, le Pérou et la Chine étant les trois plus grands producteurs. L’Europe produit environ 1,8 million de tonnes métriques (en 2021) hors recyclage, où la Russie représente près de 50% de ce total. Bien que la majeure partie de la production mondiale se fasse en dehors de l’Europe, la production de cuivre est bien diversifiée à l’échelle mondiale, ce qui explique pourquoi le métal ne figure pas au seuil de la liste des matières premières critiques de la Commission européenne.. 

Dernièrement, des grandes mines de cuivre au Pérou ont été arrêtées ou fermées en raison de troubles politiques et, avec le confinement de la Chine en 2022 en raison de Covid-19, la production de cuivre a considérablement diminué. En outre, les stocks sont à des niveaux très bas, ce qui se traduit par un marché mondial du cuivre actuellement tendu. Les confinements dans le monde entier au début de 2020 en raison du Covid-19 ont considérablement limité l’offre mondiale et poussé les prix du cuivre à la hausse. Le cuivre est produit dans de nombreux pays en développement et les organisations de défense des droits de l’homme ont lancé des avertissements sur les pratiques de travail illégales, en particulier dans les pays africains. Les travailleurs du cuivre des multinationales sont contraints à des conditions dangereuses avec peu de précautions de sécurité et de bas salaires.

Terres rares- offre et demande 

Selon la Commission Européenne, l’Europe importe actuellement 98 % de ses terres rares de Chine. En tant que tel, il existe des préoccupations quant aux goulots d’étranglement directs de la chaîne d’approvisionnement, également en termes de tensions géopolitiques. La plus grande menace pour l’approvisionnement en terres rares de l’industrie éolienne européenne est la dépendance à l’égard de la Chine pour la production. Par conséquent, dans une large mesure, la Chine contrôle également les prix des terres rares. Les Terres rares  se présentent généralement comme un mélange de plusieurs éléments et, en raison de leurs caractéristiques similaires, Le processus de séparation est complexe. En plus d’extraire la majeure partie du minerai, la Chine possède également le plus grand nombre d’installations de traitement et de raffinage, ce qui signifie que même si l’Europe et le reste du monde augmentaient leur capacité minière, le traitement aurait probablement lieu en Chine. L’Europe est donc contrainte de construire l’ensemble de la chaîne de valeur pour réduire sa dépendance. La Commission européenne a commencé son premier travail de cartographie des matières premières critiques pour de multiples industries en 2011.



Fabrication et exportation d’éoliennes : la Chine monte, monte, surtout sur les turbines les plus puissantes

Nous estimons que la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes est d’environ 166 GW, soit environ 8% de plus qu’en 2021. L’Europe a contribué à environ 16 % de la capacité de production mondiale en 2022. L’année dernière, de fortes augmentations  ont été observées en Europe et en Chine, plusieurs fournisseurs chinois dévoilant leur capacité à fabriquer des éoliennes offshore de l’ordre de 12 à 16 MW. En Europe, Siemens Gamesa a ouvert sa base française de fabrication de turbines au Havre en mars 2022. Pendant ce temps, plusieurs entreprises en Chine, telles qu’Envision, CSSC Haizhuang Windpower, Shanghai Electric, MingYang et Windey, ont augmenté leurs capacités de fabrication avec de nouvelles installations, totalisant plus de 8 GW. La plupart de ces expansions chinoises concernent des éoliennes offshore, avec des capacités allant de 10 à 13 MW.

Les cinq principaux fabricants d’éoliennes représentent plus de la moitié de la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes. Vestas est en tête avec plus de 20 GW de capacité de fabrication, tandis que le plus grand fabricant d’éoliennes chinois Goldwind occupe la deuxième position avec environ 18 GW. Les concurrents occidentaux de Vestas, dont General Electric et Siemens Gamesa, occupent respectivement la troisième et la quatrième place, avec une capacité de production combinée de plus de 30 GW. Un autre fabricant chinois, Envision, occupe la cinquième position avec près de 14 GW. En dehors de Goldwind et Envision, d’autres équipementiers chinois tels que MingYangandWindey figurent parmi les dix premiers fabricants mondiaux d’éoliennes. En ce qui concerne les exportations , Vestas est en tête avec plus de 13 GW de turbines expédiées l’année dernière, suivie de Goldwind et Envision, qui ont expédié plus de 20 GW d’éoliennes combinées l’année dernière. Siemens Gamesa a livré plus de 8 GW de turbines, tandis que GE n’a livré qu’environ 7,5 GW de turbines l’année dernière, soit une baisse de 45%

Capacité mondiale de fabrication de pales et de nacelles : domination insolente de la Chine 

Nous estimons que la capacité mondiale de fabrication de pales s’élevait à 166 GW à la fin de l’année dernière. La Chine détient la majeure partie de la fabrication de pales, représentant plus de 60%, tandis que l’Europe suit avec environ 15%. L’Inde et les États-Unis ont également contribué de manière significative à la fabrication mondiale d’éoliennes, bien que les deux produisent principalement des éoliennes terrestres plus petites. Le marché des pales d’éoliennes dépend en grande partie de producteurs de pales indépendants, tels que TPI Composites et d’autres fabricants chinois de pales de premier plan, notamment LZ Blades, Zhuzhou Times New Material et Sinoma. Nous estimons que TPI est le plus grand fabricant de pales au monde, de nombreux fabricants occidentaux s’approvisionnant chez lui.

NB : Et pour les pales reste le problème du Balsa et de la déforestation de l’Amazonie pour fabriquer des pales en Chine et les réexporter en Europe cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/10/du-balsa-dans-les-eoliennes-oui-et-pas.html

La Chine domine également le marché des nacelles, représentant près de 60% de la capacité de fabrication mondiale. Rystad Energy estime que la contribution de l’Europe à la fabrication mondiale de nacelles était d’environ 17% en 2022. On estime que Vestas, Goldwind et Envision sont les trois premiers fabricants de nacelles au monde..

Équilibre entre l’offre et la demande européennes de turbines : goulot dès 2026 ! Et même pour des fournissseurs européens, pas sûr que la fabrication se fasse en Europe 

Rystad Energy estime que le marché européen de l’éolien pourrait être confronté à un goulot d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement pour la fabrication d’éoliennes dès 2026. Sur la base du scénario d’objectifs 2030 de WindEurope, les ajouts annuels de capacité éolienne en 2026 s’élèvent à 34 GW, soit environ 5 GW de plus que la capacité de fabrication de nacelles et de pales prévue en Europe la même année. Dans un scénario où la demande européenne ne doit être satisfaite que par l’offre européenne, la demande devrait dépasser l’offre d’ici 2026, en particulier pour les pales. À l’approche de 2030, les niveaux actuels de capacité d’offre représentent environ la moitié de la demande prévue en Europe, le secteur éolien offshore contribuant à la majeure partie de la demande en 2030.

Cependant, il est également important de noter que les principaux fabricants de turbines occidentaux, tels que Vestas, Siemens Gamesa, GE, Nordex et Enercon, détiennent des capacités de fabrication importantes en dehors de l’Europe, y compris l’Asie du Sud-Est, la Chine, l’Inde et les États-Unis, ce qui rendrait possible un approvisionnement supplémentaire à l’Europe à partir de ces bases. Néanmoins, cela pourrait être difficile, car ces régions devraient également connaître une augmentation de la demande intérieure, tirant sur leurs bases d’offre intérieures respectives


Équilibre entre l’offre et la demande en Europe pour différentes tailles de turbines ; c’est pire pour les plus grandes éoliennes

La figure 26 compare la capacité européenne actuelle de fabrication de turbines et la demande prévue pour différents groupes de tailles de turbines. Seules quelques bases européennes peuvent actuellement produire des turbines de plus de 12 MW, notamment GE à Cherbourg, les installations d’Aalborg et de Hull de Siemens Gamesa et Nakskov de Vestas – ces trois dernières n’étant pas encore entrées en production en série. Nous estimons que la capacité de production actuelle d’éoliennes de plus de >12 MW en Europe est inférieure à 2 GW, nettement inférieure à la demande en 2026 et 2030 d’environ 12 GW et 29 GW, respectivement. Comme il faut 2-3 ans pour construire une base de fabrication majeure et 1-2 ans pour réutiliser une base, des expansions sont nécessaires pour être lancées dès 2024 pour éviter une sous-offre pour ces grandes turbines en 2026

Équilibre entre l’offre et la demande européennes pour les tours

Etant donné que les tours sont fabriquées principalement en acier et que leur  hauteur varie considérablement selon la taille des turbines, les capacités de fabrication sont exprimés  en tonnes métriques d’acier

À la fin de 2022, la capacité de fabrication des tours européennes était estimée à environ 2,1 millions de tonnes métriques d’acier. Les expansions annoncées devraient porter ce total à près de 2,3 millions de tonnes métriques d’ici 2024. Avec les perspectives actuelles de capacité d’offre, la demande d’acier pour les tours devrait dépasser l’offre en 2026, car la demande annuelle cumulée d’acier pour l’éolien terrestre et offshore devrait dépasser 2,5 millions de tonnes métriques. Nous nous attendons à ce que ce décompte atteigne plus de 4 millions de tonnes métriques d’ici la fin de la décennie en 2030. 

Offre – demande européenne de câbles

La demande de câbles éoliens terrestres inter-réseaux devrait augmenter de 45% vers 2030 dans le scénario des objectifs 2030, par rapport à des niveaux déjà élevés. La demande de transport terrestre dépend fortement de la proximité d’un projet éolien au réseau et est donc difficile à quantifier. La demande de câbles inter-réseaux éoliens offshore devrait être multipliée par près de sept, car l’activité pour l’éolien offshore devrait augmenter plus rapidement par rapport à l’éolien terrestre. Alors que les turbines plus grandes réduisent le nombre de turbines (et de câbles réseau) nécessaires pour atteindre les cibles, la distance entre les turbines augmentera également, compensant quelque peu cet effet. 

La demande de câbles d’exportation pour l’éolien offshore devrait être multipliée par plus de 14 d’ici 2030, stimulée par la croissance rapide de l’activité et par les distances croissantes jusqu’à la côte. La demande de câbles d’énergie éolienne européenne devra concurrencer les autres secteurs mentionnés ci-dessus, et la forte croissance attendue des énergies renouvelables européennes et de l’électrification des systèmes énergétiques devrait exercer une pression à la hausse sur la demande.


Moteurs de la demande pour l’éolien offshore européen : des zones plus éloignées des côtes, des éoliennes plus hautes et plus puissantes, plus de câbles  !

L’augmentation rapide de la taille des turbines signifie une augmentation de la hauteur des moyeux et des tours de turbine plus grandes, ainsi qu’un besoin de fondations plus grandes, telles que des monopieux de plus grand diamètre. Les composants plus gros nécessiteront à leur tour un équipement de manutention amélioré, tel que des navires d’installation avec des grues plus grandes et une plus grande capacité de levage. Dans les régions éoliennes offshore établies, les zones proches de la côte et avec des eaux peu profondes commencent à être peuplées, ce qui signifie que les nouveaux développements devront se déplacer plus loin de la côte et potentiellement dans des eaux plus profondes. Cela devrait entraîner la nécessité de câbles d’exportation plus longs et un passage à des monopieux plus larges, à des gaines ou à des solutions flottantes. Le scénario des objectifs à l’horizon 2030 inclut également les pays ayant communiqué des ambitions éoliennes offshore et principalement des profondeurs d’eau adaptées aux solutions éoliennes flottantes. Des pays comme le Portugal, l’Espagne, la Norvège et l’Italie, entre autres, devraient stimuler la demande croissante de fondations flottantes, comme le montre la figure 3


Offre et demande européennes de fondations flottantes : accroissements importants mais incertains, besoin d’aménagement des ports peu prédictible. 

La fabrication de fondations flottantes, en revanche, n’en est qu’à ses balbutiements. Une forte augmentation prévue de la demande vers la fin des années 2020 exercera une pression sur l’expansion de la chaîne d’approvisionnement, avec une sous-offre attendue à partir de 2025, comme le montre la figure 38. Par rapport aux niveaux actuels et annoncés de fabrication de fondations flottantes, les capacités doivent être multipliées par cinq à six vers 2030 pour répondre à la demande prévue. Pour la fabrication de fondations flottantes, il existe un grand potentiel de hausse parmi les chantiers traditionnels, où une partie des zones pourrait être réutilisée pour l’éolien flottant. Cependant, les besoins en espace pour le stockage humide et sec sont élevés pour l’éolien flottant et nécessiteraient d’importants investissements en capital. Couplé à des perspectives encore incertaines pour une construction d’éoliennes flottantes à grande échelle, le signal d’investissement peut encore manquer pour ces chantiers.




dimanche 22 novembre 2020

Eolien en Mer : les pêcheurs se battent, et ils ont raison

 Pour contexte, Cf. aussi blog précédent :

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/10/eolien-maritime-la-mer-nest-pas-vide-et.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/08/les-plans-delirants-dune-lunion.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=paroles+de+p%C3%AAcheurs

La parole rare de deux armateurs de Saint-Brieuc

Ils étaient silencieux sur le sujet depuis de longues années. Les deux armateurs Jean Porcher et Émile Éouzan se sont déclarés, ce mardi, fermement opposés au projet éolien en baie de Saint-Brieuc

« Ces éoliennes, on n’en veut pas. C’est tout ! C’est une aberration écologique, proche de la zone Natura 2000, sous le Cap Fréhel. Ça fait 60 ans que la baie est protégée. Ça fait 60 ans que les pêcheurs font leur part, entre les quotas et les zones à respecter. Pour exemple, au Sud-Ouest immédiat des travaux prévus, on a 250 tonnes de raies brunes qu’on n’a pas le droit de toucher. On n’y touche pas ! »

« Ce parc, entre les emplois en mer et ceux qui travaillent à terre, ça va toucher 1 800 personnes. Dont la moitié va rester sur le carreau », estime-t-il. Pourquoi ? Comment ? « Parce qu’on ne pourra plus y pêcher. C’est une petite baie et on l’a vu quand il y a eu les essais de forage : les bateaux rentraient à vide. La ressource s’était enfouie plus profondément qu’à l’habitude. Ou était partie. On ne sait pas. Mais ce qu’on sait, c’est que quand les nuisances sonores et les vibrations se sont arrêtées, tout est rapidement rentré dans l’ordre… »

« Nous, nos gens ne demandent pas d’argent. Juste de pouvoir garder leur travail ! » Dans une zone en marge - et il faut aussi le noter - de la zone britannique des Anglo-Normandes, dans un contexte de Brexit à l’issue toujours aussi flou »

(https://www.letelegramme.fr/bretagne/baie-de-saint-brieuc-deux-armateurs-vent-debout-contre-le-parc-eolien-17-11-2020-12658182.php)

Témoignages devant la Commission Aubert

M. Olivier Becquet,  « Ce parc éolien a été mis en place en plein milieu de la baie de Saint-Brieuc où 290 bateaux travaillent. Cela représente 236 licences de coquilles Saint-Jacques. La baie de Saint-Brieuc est la plus grande baie de France où se reproduisent naturellement les coquilles Saint-Jacques. Nous avons également énormément d’activités autour du bulot, des araignées et du homard.

Lorsque ce parc a été installé à cet endroit-là, ils n’ont pas pensé aux conflits d’usage. C’est de l’éolien posé. Aujourd’hui, on n’a pas de place. On ne peut pas aller ailleurs car la baie de Saint-Brieuc est entièrement exploitée, que ce soit au filet, au chalut ou au casier »

« On se dit que tout ce travail que nous faisons depuis des années, tout ce chiffre d’affaires qu’on remet à l’eau pour pouvoir mieux l’exploiter l’année suivante va nous être enlevé comme cela, d’un claquement de doigts »

« En mars 2017, nous avons ainsi visité le parc de Thannet sur proposition de l’Institut maritime de prévention (IMP) et nous étions une dizaine de pêcheurs. Nous sommes revenus en pleurant : le port de pêche s’est vidé, il n’y a plus que du fileyeur, nous n’avons vu aucun bateau de pêche en activité… Il n’y a plus de filière, plus de criée, plus de jeunes qui entrent dans ce métier. Il ne reste qu’un chalutier qui pêche à la côte des petits naissains de moules, qui sont revendus pour les bouchots. Les éoliennes qui ont été plantées dans un fond accidenté avec une granulométrie variée ont créé une dépression sur la zone de Thannet. Avec une telle turbidité, les espèces ne se reproduisent plus. Les fonds sont devenus plats »

https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=paroles+de+p%C3%AAcheurs

La justice française inepte

Et pourtant les pêcheurs français ne parviennent pas à se faire entendre des juridictions françaises. Ainsi : « Ce jeudi, à Paris, l’Association pour la protection des sites d’Erquy a une nouvelle fois tenté de faire annuler l’arrêté préfectoral autorisant le projet éolien devant le Conseil d’État. Sans convaincre le rapporteur public.

Comme l’a rappelé, ce jeudi, à Paris, le rapporteur public du Conseil d’État, Olivier Fuchs, le projet éolien de la baie de Saint-Brieuc, est « l’un de projets majeurs offshore de notre pays pour rattraper le retard de la France sur les pays nordiques » Le Télégramme, 12 novembre 2020)

Commentaire : De quel retard s’agit-il ? La Commission Européenne a validé en juillet 2019 des tarifs compris entre 131 et 155 € par MWh pour les parcs éolines français (sauf Dunkerque  (44 € par MWh) . La Commission justifie ainsi ces prix particulièrement élevés :

"Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises : des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux). »

Bon ben si les côtes françaises ne sont pas adaptées à l’éolien off shore, eh ben, il ne faut pas en faire !!Non ?

Mais surtout au nom de quoi, de quelle compétence la justice française se permet-elle de se prononcer sur le fond de la politique énergétique et sur la pertinence climatique et économique de l’éolien (qui rappelons-le augment et non dilinue les émissions de C02 par rapport au mix existant, au rebours de tous les experts sérieux, tels Jean-Marc Jancovici ?

Mais il y a bien longtemps que personne ne peut plus prononcer sans rire « J’ai confiance en la justice de mon pays »… De là à la mépriser, il n’y a pas loin.

Faute de se faire entendre au niveau français et face à une telle menace de destruction de leur métier et de leur cadre de vie, les pêcheurs et population  font flèche de tout bois et tentent de se faire entendre ailleurs .Ainsi :

Eolien en mer : les pêcheurs du Tréport portent plainte à Bruxelles

En mai 2019, la coopérative des artisans pêcheurs du Tréport (CAPA) a porté plainte auprès du Parlement européen. A ses côtés, deux autres associations de pêcheurs normands et ligériens ont également porté plainte. Les artisans pêcheurs dénoncent notamment les projets de parcs éoliens concernant Dieppe-Le Tréport, Fécamp, Courseulles, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire et Yeu-Noirmoutier. « Tous ces projets français d’éolien en mer sont envisagés en plein cœur de zones dynamiques de pêche côtière » résument les pêcheurs dans leur communiqué et selon eux, ces projets risquent de détruire les écosystèmes. : « Les marins-pêcheurs français rappellent à leurs élus que l’implantation d’un parc éolien en mer signifie la destruction définitive des fonds marins, l’asphyxie de la vie marine, une pollution chronique à l’aluminium, une pollution sonore permanente, la propagation d’infrasons, de basses fréquences, la création de champs électromagnétiques, des centaines de kilomètres de câbles électriques, des empilements de roches, etc ».

Donc, le Collectif  Pêcheurs Artisans ont déposé un recours devant le Tribunal de l’Union européenne demandant l’annulation de la décision de la Commission européenne du 26 juillet 2019 autorisant 20 milliards d’euros d’aides à ces six projets. Pendant toute la durée de ce recours, l’engagement des travaux de construction de chacun des six projets est illégal.

Le Collectif rappelle que « par ailleurs, il est aujourd’hui incontesté que ces six projets d’éolien en mer côtière ne contribueront pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils ne serviront pas non plus à lutter contre le réchauffement climatique. »


Le colloque au Parlement Européen, « Les pêcheries et l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » (22 janvier 2020)

Le Collectif Pêcheurs Artisans s’est regroupé avec des leurs homologues belges, allemands, néerlandais du collectif EMK et a réussi à monter un colloque européen sur le théme « Les pêcheries et l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » sous le patronage du vice-président de la commission Pêche, le député européen Peter van Dalen (NL-EPP).

Témoignages de pêcheurs déjà confrontés aux parcs éoliens  :

Job Shot , président d’EMK : « Des éoliennes néerlandaises, allemandes et britanniques nous chassent du sud de la mer du Nord. (…) Ils prétendent que la zone autour des éoliennes crée une sorte de paradis de la biodiversité. C'est exactement le contraire. Ce sont des zones mortes…

Avec ce qui est construit ou décidé en Mer du Nord, 25% des zones traditionnelles de pêches sont déjà occupées…Il faut comprendre que nous sommes chassés de la mer. Il ne nous reste presque rien au sud de la mer du Nord. Ce sont des espaces où nous avons toujours pêché de génération en génération. Pendant combien de temps encore pourrons-nous déguster du poisson frais dans notre assiette ? »

 

Jaap à Stellendam « Nous sommes en train de nous faire exclure de la mer. Le domaine dans lequel nous pouvons travailler devient de plus en plus petit. Nous pouvons tous voir ce qu'il advient du poisson lorsque les éoliennes sont en place ; »

Steve à Ramsgate « Pour une raison quelconque, je ne sais pas ce que c'est, mais il n’y a pas de poissons dans le parc éolien. Cette zone est pratiquement stérile. (…) La région était autrefois un lieu de pêche privilégié. »

 

Olivier Becquet, Le Tréport: «  L’expansion actuelle des parcs éoliens extracôtiers ne devrait pas se poursuivre avant que la recherche n’ait permis de trouver des réponses aux nombreuses lacunes en matière de connaissances. »

 

Commentaire : ben oui, c’est quand même curieux ces écologistes qui envoient balader le principe de précaution

Avis des experts :

Luca van Duren, Deltares : Il insiste sur le fait qu’il existe un « effet Chaine » dans les perturbations, eu que ce n’est pas du tout la même chose d’avoir une éolienne isolée ou d’immenses parcs à proximité les uns des autres. : « Le développement de l’éolien à grande échelle impose de comprendre les effets des changements dans la physique des écosystèmes. Les turbulences importantes produites par les éoliennes entraînent des changements de vent provoquant des modifications dans la vitesse et la direction des vagues. Dans les parcs éoliens allemands, on observe une diminution de la stratification de la colonne d’eau et une augmentation de la turbidité entraînant une diminution de la production d'algues etc. Il est indispensable de développer des programmes internationaux pour réduire les incertitudes de ces effets à long terme. »

Thierry Ruellet , GEMEL, Chercheur en écologie littorale et biodiversité marine : « Remaniement des fonds, panaches turbides, anodes sacrificielles, champs électromagnétiques créés par les câbles, autant d’impacts et d’effets sur les poissons, les mammifères marins, les invertébrés qui demandent à être documentés. » L’impact des anodes superficielles notamment est largement ignoré (valeur typique : 39 tonnes de métaux divers dissous par an pour un parc de 60 éoliennes)




Les autres parties prenantes

Giles Dickson, WindEurope (lobby des producteurs éoliens) : Pour répondre aux plans européens, il évalue la puissance à installer sur le littoral français à 57 GW alors que l’ADEME, dans son rapport de 2017, évalue la puissance installable à 30 GW !  Ainsi la vision de la Commission européenne, assise sur les recommandations de WindEurope, se situe au double des capacités estimées du littoral français par l’ADEME. Pour la France, cette organisation envisage d’installer 57 GW en 2050 soit 7600 éoliennes d’une puissance nominale de 7,5 MW !!

On devine que cela n’a vraiment pas rassuré les pêcheurs présents !

Conclusions :

 - Il manque de nombreuses connaissances au plan environnemental sur les impacts effectifs de l’éolien sur les fonds marins et les écosystèmes. Ces impacts sont différents selon qu’il s’agit de fonds sablonneux, rocheux ou autres, selon qu’il s’agit de zones d’alimentation, de reproduction …

Les études menées à ce jour n’ont pas été exhaustives, ainsi n’en existe-t-il aucune sur les invertébrés sans intérêt commercial direct qui cependant constituent un maillon essentiel de la chaîne alimentaire.

-  Sur de tels projets, la phase la plus impactante semble celle de l’implantation : cependant, la phase préalable a déjà de gros impacts comme on le mesure au Tréport.

Les opérateurs rechignent à se faire imposer quelques solutions techniques élémentaires amoindrissant les impacts telles que : renoncer au battage de pieux (effets dévastateurs sur les vessies natatoires de certaines espèces), renoncer aux anodes sacrificielles, ou implanter des rideaux de bulles.

- Tout donne à penser que, sur un site éolien en exploitation, il se crée un mélange des strates d’eau marine et donc une nouvelle distribution des nutriments, de nouveaux habitats et un avantage donné à des espèces opportunistes.

Quant à l’effet récif avancé par les opérateurs, il n’est pas toujours vérifié. Par contre, la constante toujours vérifiée, c’est une raréfaction grave de la ressource autour des sites éoliens et une baisse drastique des flottes de pêche cf. exemple de Ramsgate (UK).

Le seul point malheureusement déjà documenté au vu de l’expérience, c’est l’ingérence de l’éolien offshore dans l’espace économique et la diminution de la ressource. A quoi s’ajoute le constat que même les solutions techniques amoindrissantes (ex, les rideaux de bulles) sont insuffisantes.

- Il faudrait aussi apprendre à tenir compte des effets cumulés, vue la densité attendue par les pouvoirs publics ou par les opérateurs.

- Les débats dans le cadre des conseils maritimes de façade ont été jugés par de nombreux participants comme étant tout au plus un moyen pour les politiques de gagner du temps et, au bout du compte, de passer en force

Conclusion par le Président Van Dalen : La discussion d’aujourd’hui est le lancement d’un processus. Ma conclusion est que nous avons beaucoup de travail devant nous. Dans ce contexte, Van Dalen a annoncé sa désignation comme rapporteur du Rapport d’Initiative sur « L’impact des parcs éoliens en mer sur les pêcheries » (2019/2158(INI)) en préparation en 2020

Chiche. Nous verrons si les pêcheurs seront mieux entendus au niveau européen. Il le faudra car sans cela, l‘éolien en mer aura disparaitre la pêche côtière.

Or le lobby de l’éolien est extrêmement agressif  cf.Wind europe : “Nous allons devoir approcher différemment la planification de l’espace maritime. Les zones aquatiques doivent pouvoir faire l’objet d’usages multiples…. Pour faciliter le développement des parcs offshore, la Commission Européenne va donc devoir résoudre ce problème en priorité. »

Commentaire : l’éolien off shore, sponsorisée par le lobby gazier aura priorité et on enverra valdinguer protection des paysages, conservatoires du littoral et les autres activités, telles la pêche, le tourisme, la plaisance, les nécessités militaires.

NB : on peut aussi voir Le VENT DU MENSONGE, un film du réalisateur belge Pascal Yernaux, qui illustre le sacrifice de la mer et de la petite pêche côtière sous le couvert de l’écologie et de la transition énergétique en prenant l’exemple du projet éolien d’Engie au Tréport.