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mardi 8 août 2023

Vers un renouveau nucléaire mondial WNO_mai 2023

 https://world-nuclear.org/information-library/current-and-future-generation/plans-for-new-reactors-worldwide.aspx

https://world-nuclear.org/information-library/country-profiles/others/emerging-nuclear-energy-countries.aspx

1) La capacité d'énergie nucléaire mondiale augmente régulièrement, avec environ 60 réacteurs en construction dans le monde


Aujourd'hui, il y a environ 440 réacteurs nucléaires en service dans 32 pays plus Taiwan, avec une capacité combinée d'environ 390 GWe. En 2021, ceux-ci ont fourni 2653 TWh, soit environ 10% de l'électricité mondiale.

Environ 60 réacteurs de puissance sont actuellement en construction dans 15 pays, notamment en Chine, en Inde et en Russie

Le « scénario STEPS»  (réaliste)  de l'AIE  prévoit une croissance de la capacité nucléaire installée de plus de 43 % entre 2020 et 2050 (atteignant environ 590 GWe). Le scénario prévoit une capacité de production totale de 19 792 GWe d'ici 2050, l'augmentation étant fortement concentrée en Asie, et en particulier en Inde et en Chine. Dans ce scénario, la contribution du nucléaire à la production mondiale d'électricité est d'environ 8,5% en 2050..

En construction ou début exploitation 2023: Bangladesh 2, (VVER1200) ; Chine 21 ( Hualongs, VVER, CAP1000), Corée 2 (APR1400), Turquie 4 (VVER), Emirats Unis 1, AP1400), USA 1 (AP1000), France 1 (EPR), Inde 6 (VVER, PHWR-700), Iran 1 (VVER), Slovaquie 1 ( VVER) , Russie 3 (VVER, BREST-300) , Argentine 1(Carem25), Brésil 1 ( PreKonvoi), UK 2 (EPR), Egypte 3 (VVER)

Environ 100 réacteurs de puissance d'une capacité brute totale d'environ 100 000 MWe sont en commande ou prévus, et plus de 300 autres sont projetés. La plupart des réacteurs actuellement prévus se trouvent en Asie, dans des économies à croissance rapide et une demande d'électricité en hausse rapide.

Environ 30 pays envisagent, planifient ou lancent des programmes d'énergie nucléaire :

Europe : Albanie, Serbie, Croatie, Portugal, Norvège, Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Irlande, Turquie.

Moyen-Orient et Afrique du Nord : États du Golfe, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Irak ; Yémen, Israël, Syrie, Jordanie, Égypte, Tunisie, Libye, Algérie, Maroc, Soudan.

Afrique de l'Ouest, centrale et australe : Nigéria, Ghana, Ouganda, Sénégal, Kenya, Tanzanie, Zambie, Namibie, Rwanda, Éthiopie.

Amérique centrale et du Sud : Cuba, Chili, Équateur, Venezuela, Bolivie, Pérou, Paraguay.

Asie centrale et du Sud : Azerbaïdjan, Géorgie, Kazakhstan, Mongolie, Bangladesh, Sri Lanka, Ouzbékistan.

Asie du Sud-Est et Océanie : Indonésie, Philippines, Vietnam, Thaïlande, Laos, Cambodge, Malaisie, Singapour, Myanmar, Australie.

Asie de l'Est : Corée du Nord.

2) Augmentations de capacité ; des capacités supplémentaires importantes sont obtenues par l’upgrade des centrales

De nombreux réacteurs de puissance aux États-Unis, en Suisse, en Espagne, en Finlande et en Suède, par exemple, ont vu leur capacité de production augmentée.

Aux États-Unis, la Nuclear Regulatory Commission a approuvé environ 165  upgrade totalisant plus de 7500 MWe depuis 1977, quelques-unes d'entre elles étant des « majorations étendues » allant jusqu'à 20%.

En Suisse, tous les réacteurs en exploitation ont connu des upgrade , augmentant leur capacité de 13,4%.

L'Espagne a mis en place un programme visant à ajouter 810 MWe (11%) à sa capacité nucléaire en modernisant ses neuf réacteurs La majeure partie de l’upgrade est déjà réalisée  Par exemple, la capacité de la  centrale nucléaire d'Almarez a été augmentée de 7,4% pour un coût de 50 millions de dollars.

La Finlande a augmenté la capacité de la centrale originale d'Olkiluoto de 29% à 1700 MWe. Cette centrale a démarré avec deux REB suédois de 660 MWe mis en service en 1978 et 1980. La  capacité de la centrale de Loviasi, avec deux réacteurs VVER-440, a été augmentée de 90 MWe (18%).

Les Suédois ont modernisé trois usines. La centrale de Ringhals a été augmentée d'environ 305 MWe entre 2006 et 2014. Oskarshamn 3 a été augmenté de 21% à 1450 MWe pour un coût de 313 millions d'euros. Forsmark 2 a connu un upgrade de 120 MWe (12 %) jusqu'en 2013.

3) Les programmes de prolongation de la durée de vie des centrales maintiennent la capacité, en particulier aux États-Unis. Nucléaire

À la fin de 2016, le NRC avait accordé des extensions de permis  d’exploiter à plus de 85 réacteurs, prolongeant leur durée de vie de 40 à 60 ans.

En France, il y a des examens décennaux périodiques des réacteurs. En 2009, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a approuvé le dossier de sûreté d'EDF pour  passer à 40 ans l’exploitation de ses unités de 900 MWe, sur la base d'une évaluation générique des 34 réacteurs. Il est prévu de porter la durée de vie des réacteurs à 60 ans, ce qui entraînera des investissements substantiels.

Le gouvernement russe prolonge la durée de vie de la plupart des réacteurs du pays de 30 ans à l'origine, pour 15 ans, ou pour 30 ans dans le cas des nouvelles unités VVER-1000, avec des améliorations significatives



dimanche 10 juillet 2022

Énergie nucléaire et sécurisation de la transition énergétique : des défis d’aujourd’hui aux systèmes d’énergie propre de demain

 Ou le scenario Net Zero Emission de l’AIE

https://www.iea.org/reports/nuclear-power-and-secure-energy-transitions/executive-summary

I) le constat : Une nouvelle aube pour l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire peut aider à rendre le secteur de l’énergie plus rapide et plus sûr pour s’éloigner des combustibles fossiles sans relâche. Dans le contexte de la crise énergétique mondiale actuelle, la réduction de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés est devenue la priorité absolue en matière de sécurité énergétique. La crise climatique n’est pas moins importante : atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle nécessite une décarbonisation rapide et complète de la production d’électricité et de chaleur.

L’énergie nucléaire, avec sa capacité de 413 gigawatts (GW) dans 32 pays, contribue à ces deux objectifs en évitant 1,5 gigatonne (Gt) d’émissions mondiales et 180 milliards de mètres cubes (bcm) de demande mondiale de gaz par an.

Alors que l’éolien et le solaire photovoltaïque sont souvent cités en priorité pour remplacer les combustibles fossiles, ils doivent être complétés par des ressources pilotables. En tant que deuxième source d’énergie à faibles émissions après l’hydroélectricité, avec son caractère pilotable et son potentiel de croissance, le nucléaire – dans les pays où il est accepté – peut aider à assurer des systèmes électriques sûrs et diversifiés à faibles émission.

Les économies avancées ont perdu leur leadership sur le marché nucléaire

Bien que les économies avancées détiennent près de 70 % de la capacité nucléaire mondiale, les investissements sont au point mort et les derniers projets dépassent largement le budget et ont pris beaucoup de retard. En conséquence, les pipelines de projets et les conceptions préférées ont changé.

Sur les 31 réacteurs dont la construction a commencé depuis le début de 2017, tous sauf 4 sont de conception russe ou chinoise.

Atteindre la neutralité carbone à l’échelle mondiale sera plus difficile sans nucléaire

La prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires est un élément indispensable d’une trajectoire rentable vers la neutralité carbone d’ici 2050. Environ 260 GW, soit 63 %, des centrales nucléaires d’aujourd’hui ont plus de 30 ans et approchent de la fin de leur permis d’exploitation initial. Malgré les mesures prises au cours des trois dernières années pour prolonger la durée de vie des centrales représentant environ 10% du parc mondial, le parc nucléaire opérant dans les économies avancées pourrait diminuer d’un tiers d’ici 2030.

Dans le scenario Net Zero Emission de l’AIE, il est nécessaire de prolonger la durée de vie de plus de la moitié de ces centrales existantes, ce qui réduit de près de 200 GW le besoin d’autres options à faibles émissions. Le coût en capital pour la plupart des extensions est d’environ 500 à 1 100 USD par kilowatt (kW) en 2030, ce qui donne un coût actualisé de l’électricité généralement bien inférieur à 40 USD par mégawattheure (MWh), ce qui les rend compétitives même avec le solaire et l’éolien dans la plupart des régions.

L’énergie nucléaire joue un rôle capital dans la progression mondiale vers la neutralité carbone.

Dans le scénario Net Zero Emission de l’AIE, l’énergie nucléaire double, passant de 413 GW début 2022 à 812 GW en 2050. Les ajouts annuels de capacité nucléaire atteignent 27 GW par an dans les années 2030, soit plus que toute autre décennie auparavant.

Malgré cela, la part mondiale du nucléaire dans la production totale tombe légèrement à 8%. Les économies émergentes et en développement représentent plus de 90% de la croissance mondiale, la Chine devant devenir le premier producteur d’énergie nucléaire avant 2030. Les économies avancées voient collectivement une augmentation de 10 % du nucléaire, les arrêts étant compensés par de nouvelles centrales, principalement aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni et au Canada.

L’investissement mondial annuel dans l’énergie nucléaire passe de 30 milliards USD au cours des années 2010 à plus de 100 milliards USD d’ici 2030 et reste supérieur à 80 milliards USD jusqu’en 2050.

Moins d’énergie nucléaire rendrait les ambitions nettes zéro plus difficiles et plus coûteuses.

La variante Bas nucléaire  du  scénario NZE suppose l’échec de l’accélération de la construction nucléaire et de la prolongation des durées de vie et en mesure l’impact. Dans ce cas, la part du nucléaire dans la production totale passe de 10 % en 2020 à 3 % en 2050. Le solaire et l’éolien devraient combler le vide, repoussant les frontières de l’intégration de parts élevées d’énergies renouvelables variables. Davantage d’installations de stockage d’énergie et de combustibles fossiles équipées de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS) seraient nécessaires. En conséquence, la variante Bas nucléaire de la NZE nécessiterait 500 milliards de dollars d’investissements supplémentaires et augmenterait les factures d’électricité des consommateurs en moyenne de 20 milliards de dollars par an jusqu’en 2050.

Un rôle encore plus important pour l’énergie nucléaire nécessitera une baisse plus importante des coûts de construction.

Les centrales hydroélectriques, bioénergétiques et à combustibles fossiles équipées de CCUS sont les principales sources d’énergie à faibles émissions distribuables au nucléaire. Chacun d’entre eux fait également face à des défis pour leur développement. Les sites hydroélectriques et l’approvisionnement durable en bioénergie sont limités, tandis qu’il existe des obstacles économiques, politiques et techniques à l’expansion du CCUS. S’il existe un potentiel d’expansion de ces alternatives et que le CCUS est disponible sur le marché, les coûts de construction de l’énergie nucléaire devraient tomber à 2 000-3 000 USD / kW (en dollars de 2020) pour rester compétitifs

Nouvelles opportunités pour  l’électricité nucléaire : production d, hydrogène et de chaleur

L’expansion rapide de l’hydrogène à faibles émissions est un pilier clé du sceénario NZE, les investissements connexes passant de près de zéro aujourd’hui à 80 milliards de dollars par an jusqu’en 2040. Selon les projections de coûts de la NZE, la production d’hydrogène via le gaz naturel avec CCUS ou par électrolyse à l’aide d’énergies renouvelables sont les options les moins chères. Pour que le nucléaire puisse concurrencer ces alternatives, les coûts d’investissement devraient être réduits à 1 000-2 000 USD/kW. L’économie serait plus favorable si le réacteur nucléaire était colocalisé avec un utilisateur d’hydrogène, évitant ainsi les coûts de transport. Le NZE estime que l’électricité nucléaire en surplus pourrait être utilisée pour produire environ 20 millions de tonnes d’hydrogène en 2050.

Il existe également des possibilités de cogénération de chaleur à partir de centrales nucléaires pour remplacer le chauffage urbain et d’autres utilisations à haute température, bien que l’échelle potentielle de ce marché soit limitée et que les coûts de construction devraient tomber à 2 000-3 000 USD ...

La rémunération de la contribution du nucléaire aux systèmes d’énergie sûrs et à faibles émissions est souvent inadéquate

Les conceptions actuelles du marché de l’électricité ne permettent pas de rémunérer de manière adéquate deux avantages de la production d’énergie nucléaire. L’énergie nucléaire est une ressource pilotable qui est capable de délivrer du courant pendant les périodes de stress du système, lorsque la charge approche du niveau de capacité d’approvisionnement disponible. Cela contribue au fonctionnement sécurisé du système, évitant ainsi des pannes coûteuses qui causent des dommages économiques et sociaux. Ce service pourrait être rémunéré soit par un paiement de capacité distinct, soit par des accords de tarification du marché sans entrave qui tiennent pleinement compte de la capacité des ressources à se protéger contre le délestage, parfois appelé « tarification de la rareté ». Cependant, la plupart des marchés limitent aujourd’hui les prix par le biais de plafonds de prix, et sans mécanisme de capacité de soutien, privent les opérateurs de capacité pilotable (i.e. du nucléaire) de revenus.

La plupart des marchés de l’électricité ne parviennent pas non plus à récompenser le caractère bas carbone de la production nucléaire

Le défi de la neutralité carbone stimule une explosion du développement des technologies des petits réacteurs modulaires.

 Dans la NZE, la moitié des réductions d’émissions d’ici 2050 proviennent de technologies, y compris de petits réacteurs modulaires, qui ne sont pas encore commercialement viables. Les SMR, généralement définis comme des réacteurs nucléaires avancés d’une capacité inférieure à 300 MW, bénéficient d’un fort soutien politique et institutionnel, avec des subventions substantielles aux États-Unis et un soutien accru au Canada, au Royaume-Uni et en France. Ce soutien permet d’attirer des investisseurs privés, d’amener de nouveaux acteurs et de nouvelles chaînes d’approvisionnement dans l’industrie nucléaire.

Leur plus petite taille constitue un atout certain des SMR.  La réduction des coûts en capital, les attributs inhérents à la sécurité et à la gestion des déchets et la réduction des risques des projets peuvent améliorer l’acceptation sociale et attirer des investissements privés pour la recherche et le développement, la construction de démonstrateurs.

Des décisions doivent être prises maintenant pour que  les  SMR puissent  jouent un rôle significatif dans la transition énergétique. Bien que seul un petit nombre d’unités soient susceptibles de commencer à fonctionner cette décennie, avec l’élan récent, les SMR  pourraient commencer à jouer un rôle important dans les transitions énergétiques dans les années 2030, à condition que les décisions réglementaires et d’investissement soient prises dès maintenant et que la viabilité commerciale soit démontrée. Cela est vrai à la fois pour les petits réacteurs évolutifs qui pourraient atteindre plus facilement la compétitivité économique, mais aussi pour les modèles de réacteurs avancés (surgénérateurs)

Les principales recommandations

- Prolonger la durée de vie des réacteurs existants. Autoriser la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes afin qu’elles puissent continuer à fonctionner aussi longtemps que possible en toute sécurité.

- Faire en sorte que les marchés de l’électricité valorisent la capacité de production de base à faibles émissions. Concevoir des marchés de l’électricité pour garantir que les centrales nucléaires sont justement rémunérées de manière compétitive et non discriminatoire pour rémunérer justement les services qu'elles fournissent : éviter les émissions de gaz à effet de serre,  assurer la disponibilité de la capacité et le contrôle des fréquences.

- Promouvoir une réglementation de la sécurité efficiente et efficace. Veiller à ce que les organismes de réglementation de la sécurité disposent des ressources et des compétences nécessaires pour entreprendre en temps opportun des examens des nouveaux projets et des nouvelles conceptions, élaborer des critères de sécurité harmonisés pour les nouvelles conceptions et collaborer avec les promoteurs potentiels et le public pour s’assurer que les exigences en matière de permis sont clairement communiquées.

-  Mettre en œuvre des solutions pour l’élimination des déchets nucléaires. Impliquer les citoyens dans la priorisation de l’approbation et de la construction d’installations d’élimination des déchets de haute activité dans les pays qui n’en disposent pas encore.

- Accélérer le développement et le déploiement de petits réacteurs modulaires (SMRs). Identifier les opportunités où les PRM pourraient être une source rentable d’électricité, de chaleur et d’hydrogène à faibles émissions. Soutenir les investissements dans les projets de démonstration et dans le développement des chaînes d’approvisionnement.

-  Réévaluer les plans en fonction des performances. Conditionner le soutien à long terme à la réalisation de projets sûrs par l’industrie respectant mieux délais et budget.

3) Quelques graphes

Limitation des émissions : le nucléaire est toujours leader

Emissions de CO2 par source d’énergie

L’énergie nucléaire a largement contribué à ralentir l’augmentation des émissions mondiales de CO2 depuis les années 1970. Environ 66 Gt de CO2 ont été évités dans le monde entre 1971 et 2020.3 Sans la contribution de l’énergie nucléaire, les émissions totales provenant de la production d’électricité auraient été presque 20 % plus élevées et les émissions totales liées à l’énergie 6 % plus élevées au cours de cette période.


Les investissements ont commencé à se redresser, principalement grâce à la Chine et à la Russie

Un changement de politique, ça se ressent finalement assez vite : l’ exemple de la Corée


Et pour mémoire, l'effet falaise qui est devant nous :



vendredi 24 juin 2022

Métaux pour une énergie propre: voies pour relever le défi des matières premières en Europe-KUL

 Rapport commandé par Eurométaux à la KU Leuwen University, 2022

Contexte : Dans le Sustainable Development Scenario (SDS),  de l’AIE, les défis du marché liés à la transition énergétique sont irréalisables  pour certains produits de base : cuivre, nickel, lithium, cobalt et quelques  terres rares. La demande prévue pour 2030 dépasserait la capacité d’offre de l’ensemble des ressources annoncées.

Dans le scénario plus conservateur Stated Policies (STEPS) de l’AIE, il reste une forte demande sur ces métaux, mais les contraintes d’approvisionnement peuvent être résolues, principalement par le biais d’incitations financières pour accélérer l’exploration et le développement de projets. Les changements réglementaires, qui peuvent combiner des normes de durabilité avec un processus de développement plus rapide, pourraient potentiellement apporter des incitations supplémentaires. L’innovation est un autre levier important qui peut jouer un rôle désengorgeant.

Les métaux joueront un rôle central dans la construction réussie des chaînes de valeur des technologies propres en Europe et dans la réalisation de l’objectif de neutralité climatique de l’UE à l’horizon 2050. À la suite des perturbations de l’approvisionnement causées par la pandémie de COVID-19 et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le manque de résilience de l’Europe pour ses besoins croissants en métaux est devenu une préoccupation stratégique. Cette étude évalue comment l’Europe peut atteindre son objectif de « parvenir à la sécurité des ressources » et de « réduire les dépendances stratégiques » pour ses métaux de transition énergétique, grâce à une évaluation de la demande, de l’offre et de la durabilité du pacte vert de l’UE et de ses besoins en ressources.

Sa conclusion est que  l’Europe dispose d’une fenêtre d’opportunité pour jeter les bases d’un niveau plus élevé d’autonomie stratégique et de durabilité pour ses métaux stratégiques grâce à un recyclage optimisé, à des investissements dans la chaîne de valeur nationale et à une stratégie d’ approvisionnement mondial plus active. Mais une action ferme est nécessaire rapidement pour éviter les goulets d’étranglement pour plusieurs matériaux qui risquent d’être en pénurie mondiale à la fin de cette décennie.

 Commentaire : cette conclusion optimiste est largement battue en brèche par le corps du document

Quelques données :

La production de voitures électriques est le principal moteur de la demande de métaux de transition énergétique (responsable de 50 à 60% de l’ensemble), suivie des réseaux électriques et du solaire (35 à 45%), puis d’autres technologies les 5% restants.

Le lithium, le cobalt, le nickel, les éléments des terres rares et le cuivre seront les métaux les plus demandés et qui connaîtront la plus forte accélération de la demande. L’iridium, le scandium et le tellure sont les produits à faible demande mais qui sera impactée par la transition énergétique.

Les plans de l’Europe visant à établir une production nationale pour les technologies d’énergie propre augmenteront sa demande pour un large éventail de métaux. Cela comprend la croissance des marchés des métaux de base matures (aluminium, cuivre, nickel) et l’ouverture de nouveaux marchés de matières premières (lithium, éléments de terres rares).

Commentaire : En ce qui concerne la voiture électrique, le problème était déjà pointé dans lun rapport de l’Académie des Sciences et de l’Académie des technologies (Stratégie d’utilisation des ressources du sous-sol pour la transition énergétique française, Les métaux rares, Rapport des Académie des sciences et de l’Académie des technologies, 2018). Le programme de véhicules électriques français examiné (2 millions de véhicules par an à partir de 2040) fait appel à des quantités de lithium et de cobalt très élevées, qui excèdent, en fait et à technologie inchangée, les productions mondiales d’aujourd’hui, et ce pour satisfaire le seul besoin français ! L’analyse économique montre que le flux financier annuel global pour les seuls véhicules électriques à batteries est du même ordre de grandeur que celui des importations actuelles de pétrole pour assurer l’approvisionnement en carburant. »

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/08/les-energies-renouvelables-sont-elles.html

 Demande mondiale de métaux


Donc, je traduis : demande Lithium *21, Dysprosium *43 , Coballt*42  Tellure *27, Scandium *20, Nickel *17, praséodyme * 11, Gadolinium*7.7, Néodyme * 6.6, Platine*6.4, Silicium *6.3, Cuivre *5.1 Aluminium *4.3 etc.

Demande Européenne de métaux

En ce qui concerne l’Europe , les demandes de  lithium, cobalt, terres rares, nickel connaitront les plus fortes croissances.








La demande de cuivre est centrale compte-tenu de ses  rôles multiples notamment dans  le  déploiement rapide de véhicules électriques, l’expansion du réseau etc.

Commentaire : J’ai du mal à croire que cette demande de cuivre est durable !




Et de fait,

“La pénétration des technologies à faible émission de carbone dans les secteurs des transports et de l’énergie (véhicules électriques et technologies de production d’énergie à faible émission de carbone) devrait augmenter considérablement la demande de cuivre d’ici 2050. Les résultats montrent que, dans le scénario le plus rigoureux, la demande cumulative de cuivre primaire entre 2010 et 2050 s’est avérée être de 89,4 % des ressources en cuivre connues en 2010.

Copper at the crossroads: Assessment of the interactions between low- carbon energy transition and supply limitations, Resources Conservation and Recycling. 163. 10.1016/j.resconrec.2020.105072.

Pour le nickel, des taux de croissance élevés ont été possibles dans le passé, mais en utilisant de la fonte brute de nickel, un produit de nickel de pureté inférieure. Le nickel de classe 1 requis pour les batteries nécessite un traitement plus intense, ce qui complique la situation.

 La demande de terres rares peut devenir critique si l’Europe, comme elle en a proclamé l’intention,  parvient à établir une industrie des aimants permanents.

 La demande de silicium doublera d’ici 2050  si l’Europe parvient à relancer la production de cellules solaires photovoltaïques et à lancer des anodes de batterie utilisant du silicium.

Pour le lithium, au cours des 30 prochaines années, une croissance moyenne de 8 à 11 % est prévue, avec un taux de croissance maximal de 20 % au cours de la décennie 2020-2030. Il s’agit d’une accélération significative par rapport au taux de croissance moyen de 8% du lithium au cours de la dernière décennie. Le lithium, c’est donc critique à très court terme.

 Le  cobalt pose un problème spécifique car il est un sous-produit, généralement extrait avec le cuivre et le nickel comme produits primaires. Leurs taux de croissance projetés de 3 à 4 % par an sont plus lents que ceux requis pour le cobalt, ce qui crée un décalage et un fort problème potentiel.

Un tableau récapitulatif montre l’ampleur inquiétante du problème dans les années qui viennent 

Et que l’on compare les ENR au nucléaire :


https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-clean-energy-technologies-compared-to-other-power-generation-sources

https://www.sfen.org/rgn/mineraux-transition-energetique-tension/

https://www.iea.org/reports/the-role-of-critical-minerals-in-clean-energy-transitions

 Les trois phases de la transition énergétique :

Pour les experts de KU Leuwen, il existera trois phases :

2020-2030: − La transition énergétique accélérée de l’Europe augmentera considérablement les besoins en métaux, qui seront satisfaits soit par des importations plus élevées, soit par de nouvelles activités minières et raffinées nationales (et le recyclage pour les marchés matures des métaux de base).  

Les contraintes d’approvisionnement mondial pour plusieurs métaux augmenteront le risque de hausses de prix ou de perturbations qui compliqueront le déploiement de technologies ENR.

2030-2040:  La demande de métaux en Europe atteindra un sommet entre 2030 et 2040 (selon le produit), car les chaînes de valeur de la production d’énergie propre ont achevé leur montée en puissance.

L’approvisionnement devra en grande partie provenir de sources primaires, car les flux de recyclage ne pourront  devenir importants à mesure que les véhicules électriques et les technologies d’énergie renouvelable commencent à avoir besoin d’être remplacés.

Les importations atteindront également un pic au cours de cette période, à moins que l’Europe n’ait augmenté plus tôt sa propre capacité de production de métaux primaires.

2040-2050: − L’approvisionnement secondaire en métaux de batterie et en éléments de terres rares deviendra beaucoup plus important.

« Les principaux défis de l’Europe en matière d’approvisionnement apparaîtront au cours de la période 2020-2030, les marchés européens étant exposés aux marchés mondiaux en raison de la dépendance à l’égard des importations ». Les contraintes potentielles de l’offre mondiale de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt et d’éléments de terres rares auront des impacts forts et différents sur les approvisionnements européens. »

Commentaire : le développement des ENR ne se fera surement pas au rythme annoncé et il aura pour effet  de remplacer une forte dépendance pétrolière par une forte dépendance en métaux.

 Et la production Européenne ? Ben comment dire, c’est pas ça qui sauvera les ENR !

« Les annonces de projets miniers européens pour la prochaine décennie indiquent que la croissance potentielle la plus importante, mais incertaine, de l’approvisionnement de l’Europe concerne le lithium et les éléments de terres rares. « 

« Pour les marchés des métaux matures (cuivre, zinc, nickel), des projets sont en cours de planification qui compenseraient l’épuisement mais n’apporteraient pas de nouvelle croissance majeure. Les projets miniers en Europe présentent un niveau d’incertitude élevé par rapport à d’autres dans le monde. Il y a plusieurs raisons à cela, y compris la faible acceptation sociale parmi les communautés locales, la nécessité de prix incitatifs plus élevés pour justifier économiquement l’exploitation des minerais à faible teneur, et de nouvelles technologies à développer  dans certains projets de lithium. »

« L’Europe n’exploite actuellement que de faibles volumes de lithium, pour des applications céramiques et en verre, au Portugal. Plus de 10 nouveaux projets européens d’extraction de lithium ont été annoncés, en Autriche, en République tchèque, en Allemagne, en Finlande, au Portugal, en Espagne et en Serbie, avec un pipeline total de projets de 130 kt d’ici 2030. Aucun de ces projets n’a suffisamment progressé pour les considérer dans une perspective de scénario de référence, bien que cela puisse changer en fonction d’un certain nombre de facteurs. Plusieurs projets font l’objet d’une opposition de la communauté locale »

« Il n’est pas possible d’élaborer des perspectives d’approvisionnement européennes détaillées au-delà de 2030, étant donné le manque de visibilité pour les nouveaux projets après cette décennie….

Il existe un risque légitime d’épuisement minier après 2030. La production minière actuelle de cuivre et de zinc en Europe diminuerait de près de 50 % d’ici 2040 sans que de nouveaux projets ne soient mis en service.

Comme analysé dans les perspectives de l’offre pour 2030, l’Europe ne dispose actuellement pas d’un climat d’investissement positif pour de nouveaux projets miniers et métallurgiques. Dans de nombreux États membres, la base de soutien public local pour le développement de nouveaux projets miniers est très limitée. L’économie par rapport aux concurrents mondiaux est également mise en question par la hausse des prix de l’électricité en Europe, des coûts de main-d’œuvre et des réglementations environnementales et sociales légitimes. Pour les mines européennes, la taille et la qualité moyennes des réserves/ressources ne sont pas non plus en concurrence avec celles des autres régions. »

Les niveaux et les budgets d’exploration ne sont pas analysés en détail dans le rapport, mais la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement minier après 2030 dépendra également d’une exploration et d’une planification de projet suffisantes. Actuellement, le budget d’exploration de l’UE est faible par rapport aux autres régions du monde »

NB : sur le sujet, on peut aussi regarder deux rapports de l’Ademe :

Le photovoltaïque : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles, Ademe 2020

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/06/le-photovoltaique-choix-technologiques.html

qui identifie six matières à risque  : le silicium métal, l’argent, le cadmium, le tellure, le plomb et le cuivre

Les réseaux électriques choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/01/les-reseaux-electriques-choix.html

Problèmes massifs sur le cuivre et l’aluminium  !

samedi 13 février 2021

Rapport IEA/RTE : Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l‘horizon 2050

La publication du rapport conjoint IEA/RTE a été saluée avec un enthousiasme bien orchestré par certains qui ont claironné un peu rapidement qu’il démontrait  « la faisabilité technique d'un mix 100% ENR ». Bien loin de parvenir à ce résultat, le rapport montre surtout des étapes à franchir, dont les possibilités même de réalisation restent extrêmement hypothétiques.

Le rapport affirme que quatre ensembles de conditions doivent être remplis pour rendre techniquement possible l’existence d’un mix électrique reposant intégralement sur les énergies renouvelables : 1) la stabilité du réseau, 2) la sécurité d’alimentation, 3)les réserves opérationnelles censées couvrir les aléas survenant dans la production ou la consommation, et enfin 4) le développement des réseaux, qui devraient être renforcés et restructurés afin de gérer une part beaucoup plus importante d’énergies renouvelables.

 Or, les contraintes techniques inhérentes aux énergies renouvelables laissent penser qu’il est très peu probable que cet alignement miraculeux  de conditions se produise. De plus, le rapport repousse à une étape ultérieure l’examen des conséquences économiques, sociales, et environnementales de ces conditions- ce ne sont juste que  les trois piliers du développement durable !

 « Le rapport n'examine pas la question de savoir si ces scénarios sont socialement souhaitables ou attrayants ni celle de leur coût et de leur viabilité financière. Ces points seront abordés ultérieurement, sur la base des études menées par RTE en concertation avec les parties prenantes. Même si un ou plusieurs scénarios peuvent sembler techniquement réalisables, toute conclusion sur leur opportunité socioéconomique nécessitera donc une analyse plus approfondie »

 Restons donc pour l’instant sur le plan technique, et il y a déjà beaucoup à dire !

 Condition n°1 : La stabilité du réseau

Dans la configuration actuelle, les ENR n’assurent pas les services systèmes essentiels au réseau, en particulier les contrôles de fréquence et de tension assurées par les générateurs synchrones et l’inertie des rotors. Une augmentation significative du taux de pénétration des ENR nécessitera de passer à un système complètement différent où ces services seraient assurés par de l’électronique de puissance.

Or le rapport note 1) que « les technologies actuelles des onduleurs ne contribuent pas à l'inertie et ne peuvent participer pleinement à la stabilité du système » 2) que « les solutions techniques sur lesquelles reposerait cette stabilité pour un système exploité à grande échelle comme la France ne sont pas aujourd’hui disponibles sur le plan commercial »  et reconnait que certaines  des plus critiques n’ont été testées qu’en laboratoire ou sur des micro-réseaux.

Ajoutons un point soulevé par l’Ademe dans son rapport de 2020 intitulé  Les réseaux électriques choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles. « La capacité de l’électronique de puissance à remplacer intégralement les machines tournantes ne fait pas consensus ; certains experts estiment en effet qu’il existe un seuil minimal de machines tournantes en dessous duquel la stabilité de la fréquence sur le réseau électrique ne pourra plus être assurée . De plus,  l’Ademe considère « que l’on manque actuellement de données sur cette électronique de puissance et bien plus encore sur les vulnérabilités matière que cela entrainerait  et susceptibles de concerner le tantale, le gallium, le germaniun »

Il s’agit quand  même là de services systèmes essentiels, notamment le contrôle de fréquence, dont le défaut a déjà  failli provoquer un black out sur la plaque de cuivre Européenne récemment par trois fois (10 janvier 2019, mars 2018, 8 janvier 2021) pour d’obscurs problèmes au Kosovo ou en Croatie…

Condition n°2 : la sécurité d’alimentation

Le rapport note que « la capacité d'un système électrique à approvisionner la consommation en permanence — peut être garantie, même dans un système reposant en majorité sur des énergies à profil de production variable comme l’éolien et le photovoltaïque, si les sources de flexibilité sont développées de manière importante, notamment le pilotage de la demande, le stockage à grande échelle, les centrales de pointe, et avec des réseaux de transport d’interconnexion transfrontalière bien développés ».

Le point central est  ici la flexibilité de la demande, les capacités d’effacement, le pilotage « intelligent » de la consommation : il faudra  « une flexibilité considérable du côté de la demande : les installations dans les bâtiments et les usines devront avoir la faculté de répondre automatiquement en fonction des prix de marché ou des demandes explicites des gestionnaires du système électrique ».

Or le corps du rapport lui-même, en légère contradiction avec la tonalité plus optimiste de ses conclusions montre que cela ne sera guère facile :  « Puisque la faculté d’atteindre à terme une très haute pénétration d’énergies renouvelables dans le mix repose sur les batteries, les technologies numériques pour la gestion intelligente de la demande et/ou de la production, et de stockage de combustibles synthétiques comme l’hydrogène, il est nécessaire de s’intéresser à la maturité de ces solutions et de vérifier qu’elles ont le potentiel d’être déployées à grande échelle dans les délais escomptés. Cet examen ne doit pas porter uniquement sur les coûts prévisionnels : l’analyse doit également recouvrir une dimension proprement industrielle, et se pencher sur les enjeux que revêt l’accélération du rythme de déploiement d’un bouquet de technologies dont les niveaux de maturité demeurent hétérogènes… Enfin, ces flexibilités soulèvent elles-mêmes des enjeux environnementaux (par exemple, sur l'utilisation des sols et la criticité des matériaux qu’elles utilisent), et sociétaux (en particulier sur leur acceptabilité, que ce soit pour la généralisation de flexibilité de la demande au sein des logements ou pour le déploiement d’infrastructures comme les électrolyseurs et les interconnexions). »

Pour la flexibilité, RTE compte beaucoup sur « l'utilisation massive des batteries des véhicules électriques équipés de systèmes de charge intelligents », dont on sait trop comment elle pourrait fonctionner et comment elle serait acceptée. Ajoutons que le lourd bilan environnemental des millions de tonnes de batteries nécessaires à la réussite de ce scénario, batteries dont la durée de vie est limitée, viendra écorner l’image d’un mix électrique « tout-vert ». Quant au stockage via « power to gas », technique permettant de transformer l’électricité en hydrogène ou en méthane, il est encore balbutiant et il apparait aventureux de se reposer sur lui.

Toujours dans son rapport de 2020 sur les réseaux électriques l’Ademe s’est intéressé au cas particuier des smarts grids : « la transition numérique du réseau (« smart-grids »), en permettant une gestion optimisée des infrastructures est la pierre angulaire de l‘adaptation des réseaux aux énergies renouvelables. Pourtant, les connaissances semblent lacunaires, à la fois sur la quantité d’équipements nécessaires et sur le contenu en matières premières des différents équipements…

L‘analyse approfondie des vulnérabilités liées aux matières contenues dans les « smarts grids n’est pas possible alors qu’elles sont potentiellement fortes. L‘analyse partielle effectuée dans cette étude a cependant permis de détecter une importante vulnérabilité du continent européen concernant les composants électroniques de base.  Ces derniers étant produits pour la grande majorité en Asie et en particulier en Chine, la chaîne de valeur de la filière électronique peut subir, lors d’évènements exceptionnels des ruptures d’approvisionnement.  La résilience du réseau électrique face à de tels évènements n‘est pas certaine en l’état actuel  des connaissances. »

Bref, cela fait beaucoup d’inconnues et beaucoup de ces si avec lesquels on peut mettre la mer en bouteille pour quelque chose d’aussi essentiel que la sécurité d’approvisionnement. Ce qui est proposé est un changement  complet de paradigme : c’est dans une très large mesure la consommation qui devra désormais s’adapter à la production, et non l’inverse ! Et le grand régulateur RTE sera amené à agir de façon de plus en plus inquisitoire et  directive, voire autoritaire dans la vie quotidienne de chacun. Pas sûr que ce soit une évolution sociétale que beaucoup choisiraient si les enjeux en étaient loyalement expliqués !

Signalons également une évolution dont nous pouvons apercevoir ici et là certains prémices : la sécurité d’approvisionnement sera garantie à ceux qui pourront se la payer par des contrats spécifiques, les autres n’auront qu’à s’adapter à la production. Ce sera la fin définitive de la péréquation tarifaire.

Condition n°3 : les réserves opérationnelles censées couvrir les aléas de production ou de consommation

Là encore, le rapport note loyalement que l’on avance un peu à tâtons : « Bien que le dimensionnement des réserves opérationnelles et la responsabilité d’équilibre soient des enjeux bien identifiés dans le débat actuel sur l’architecture de marché, ce point n'a pas suscité une forte attention dans le cadre des travaux prospectifs sur les scénarios de long terme. Ainsi, l’effet de l'éolien et du photovoltaïque sur les réserves opérationnelles n'est généralement pas pris en compte dans les publications académiques sur le déploiement à grande échelle des EnR »

De fait le rapport envisage une solution disons, assez originale : Les ENR sources du problème, deviendraient la solution en faisant partie de la réserve : « Ces unités répondraient alors à des obligations plus strictes, comme celles actuellement imposées aux moyens de production conventionnels »

Si les ENR devenaient pilotables, c’est un peu comme si ma tante en avait, on l’appelerait mon oncle non ?

Il faudrait simplement pour cela une transparence et une prévisibilité sur la production dont on n’a aucune idée du moyen de l‘obtenir. Compte-tenu des pratiques actuelles, c’est loin d’être gagné ! Ainsi une centrale solaire de 230 MWc normalement tenue de publier sa disponibilité est couramment découpée en 25 centrales de 9.2 MW au même endroit ; de cette façon, elle passe sous le seuil de 200 MW du règlement européen REMIT obligeant à la transparence sur la disponibilité et la production à J+5 !

Condition n° 4) le développement des réseaux

« Pour atteindre de hautes parts d’énergies renouvelables dans le mix électrique, les réseaux électriques devront être développés et adaptés de manière importante »

Là encore, le corps du rapport appelle finalement à une très grande prudence, basée sur un retour d’expérience assez réaliste et inquiétant  : « Leur acceptabilité par les riverains et leur impact sur les coûts seront des facteurs clés dans la mise en œuvre des évolutions structurelles du réseau de transport d’électricité. Un système électrique avec une part très élevée d'énergies renouvelables s’accompagnerait d’une plus grande empreinte territoriale des réseaux (s’ajoutant à celle des unités de production), alors que la résistance locale aux adaptations du réseau de transport d'électricité est parfois forte, même lorsque la part d’éoliennes est faible et que les renforcements du réseau sont moindres au regard de ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs de la transition énergétique »

En effet, et on peut ajouter de l’anxiété à l’inquiétude en observant nos voisin allemands et le déroulement de l’Energiewende. En Allemagne, sur 3600 km de réseau supplémentaire prévus pour  2015, seuls 17% étaient réalisés en 2019 ; or l’Energiewende complète exigerait 11.000 km ! En réponse, la loi a été modifiée pour limiter les recours des riverains… En attendant l’éolien du nord ne parvient toujours pas aux centres industriels du sud et ses débordements menacent la stabilité des réseaux électriques des pays voisins.

Quant au coût de l’adaptation du réseau aux ENR, après avoir estimé il y a deux ans à 52 milliards d’euros pour l‘Energiewende allemande, Allemagne et France convergent maintenant vers 100 milliards d'euros (en France, pour RTE et Enedis). Si pour le « Grand Carénage » (prolongation des réacteurs nucléaires), on parle d’un mur d’investissement de 55 milliards, que faut-il dire ici ? un Burj Khalifa ? 

En fait, aucune des quatre conditions essentielles identifiées par RTE n’a de solution autre que fortement hypothétique ! 

Une simple lecture un peu précise du rapport suggère donc en fait le contraire de ce qui a été souvent retenu sur la base de conclusions exagérément optimistes et sans doute délibérément biaisées par complaisance politique : face aux contraintes techniques, l’idée d’un mix électrique intégralement composé d’énergies renouvelables paraît chimérique. Elle reviendrait à se priver d’une énergie décarbonée, le nucléaire, à l’origine de plus de 70 % de l’électricité produite en France en 2019 et émettant 6 grammes de CO2 par KWh (comme l’hydraulique et un peu moins que l’éolien), pour la remplacer par des énergies renouvelables au caractère écologique et à l’efficacité discutables.

Il ne s’agit pas pour autant de condamner le développement des énergies renouvelables. Favoriser leur déploiement vers le transport ou le bâtiment, qui demeurent les principaux consommateurs d’énergies fossiles, pourrait permettre de lutter plus efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais on ne peut pas compter sur une forme de miracle technologique perpétuel pour assurer la stabilité du réseau et  la sécurité d’approvisionnement d’un système électrique à fort pourcentage ENR. L’enjeu en terme de sécurité et de survie même de la société est trop important pour être laissé au soin de la récitation de mantras idéologiquement marqués par l’ignorance ou l’irrationnalité scientifique et technique.

Au-delà, on peut également s’inquiéter de la démarche elle-même. Après tout, RTE est en ce domaine juge et partie, et ne peut que voir avec beaucoup d’intérêt un projet qui impliquerait des investissements particulièrement conséquent dans les réseaux dont il a la charge. Il s’agit là de la conséquence parfaitement prévisible et profondément malheureuse, sous la pression conjuguée d‘ultra libéraux et d’écologistes dogmatiques, de la désintégration et de la désoptimisation du système électrique. Chacun joue désormais sa partition sans que personne n’ait plus en charge l’intérêt commun, par manque de motivation ou plus gênant encore, par manque de vision globale et de compétence pour la traduire en actes ;

 Ce qu’implique passer à un réseau 100 %ENR :

(source https://lenergeek.com/2021/01/21/scenario-renouvelables-previsions-rte-realistes/ Scenario RTE : passer à un mix électrique 100% renouvelables est-il réaliste ?

L’intermittence des énergies renouvelables et leur difficile pilotabilité entraînent un accroissement des coûts nécessaires à leur intégration au système électrique, mais suppose aussi l’installation d’innombrables unités de production supplémentaires, ceci afin de parvenir, toutes sources d’énergies vertes confondues, à une capacité installée de 196 GW. Pour le seul éolien, il faudrait ainsi passer d’une puissance installée de 15 gigawatts (GW) en 2018 à 96 GW d’ici 2050. Or, rappelle Bertrand Cassoret, Maître de Conférences à l’Université d’Artois, « on a installé en France environ 1,5 GW par an ces dernières années et la durée de vie d’une éolienne est probablement inférieure à vingt-cinq ans.

Il faudrait donc, en vitesse de croisière, tripler la cadence d’installation, donc disposer de trois fois plus de capacités de fabrication, de personnels qualifiés, de grues…Il a été estimé que, rien que pour la PPE (horizon 2030) , il falliat au moins 6000 éoliennes supplémentaires (il y en avait 8000 en 2018) et pour 2060, L’ADEME, dans sa « Trajectoire de référence 2020-2060 », prévoit au total l’implantation de 86 GW d’éoliennes en 2060, soit sur les bases techniques actuelles (puissance unitaire moyenne 1,87 MW)  un total de 46 000 machines après repowering. (L'Ademe a aussi une trajectoire faibale acceptabilité des éoliennes qui prévoit  l’implantation de 63 GW d’éoliennes en 2060, soit sur les bases techniques actuelles et après repowering  un total de 34 000 machines)

 Philippe Hansen (Sauvons Le Climat) estime que pour atteindre 100% d’énergies renouvelables au sein de notre mix électrique, il faudrait installer en France un parc éolien tous les 6 km : un tel développement ne pourrait que susciter une exacerbation des difficultés déjà ressenties aujourd’hui : nuisances lumineuses ou sonores, modification des paysages, artificialisation des sols … comme le montre, dans le domaine du photovoltaïque le projet géant de panneaux solaires près de Bordeaux qui se traduit par la destruction de 1000 hectares de forêt.

Cela entrainerait aussi une augmentation de 30 % le prix de l’électricité, qui passerait de 91 euros le mégawattheure (MWh) à 119 euros. Le déploiement des énergies renouvelables repose aujourd’hui sur des mécanismes de soutien publics, nécessaires à leur développement. Mais dès 2018, dans un rapport intitulé Le soutien aux énergies renouvelables, la Cour des comptes dénonçait la faible efficacité des énergies renouvelables au regard des subventions qui les soutiennent. Il est donc à craindre que ce rapport coût/efficacité demeure défavorable dans un contexte de plus large développement des énergies renouvelables.



Réaction de la SFEN : Décryptage : enseignements du rapport RTE-AIE sur la faisabilité technique des scénarios 100 % ENR

 https://www.sfen.org/rgn/decryptage-enseignements-rapport-rte-faisabilite-technique-scenarios-100-enr

Des technologies non matures : « l’AIE estime que plus de 90 % des technologies nécessaires pour atteindre la neutralité carbone sont actuellement au stade de R&D ou de démonstrateur et ne sont pas matures industriellement (ex. : stockages massifs, pilotage de la demande, ou réserves tournantes synthétiques) »

Une flexibilité énorme :

 « . Du côté du stockage inter-saisonnier, le rapport rappelle que ces besoins sont aujourd’hui couverts à près de 50 % par... le parc électronucléaire. RTE estime ainsi qu’au moins 80 GW de flexibilité saisonnière seraient nécessaires (soit plus que la puissance installée actuelle des centrales nucléaires et fossiles en France) ; besoins qui seraient assurés principalement via le développement de vecteur hydrogène et les couplages sectoriels. Là encore, il s’agit de solutions en partie encore au stade de la R&D »

Le rappel du Directeur de l’AIE

 L’AIE est cosignataire du rapport avec RTE;, et la SFEN ne se prive pas de rappelr la mise en garde de son directeur général, l’AIE, Fatih Birol : « L'énergie nucléaire est un atout national pour la France. Ces dernières décennies, son développement a été une des composantes de la croissance économique française et sur le plan technique, elle a prouvé qu'elle fonctionne à grande échelle …Nous n'avons pas le luxe de nous priver de l'une ou de l'autre des énergies propres. Pour la France, le nucléaire et les énergies renouvelables sont complémentaires ».

[3] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/le-casse-tete-de-la-montee-en-puissance-des-energies-renouvelables-1284839

 Réaction de Dominique Louis, PDG d’Assystem

« le rapport montre que fonctionner avec 100% d’énergies renouvelables (ENR) est possible (en théorie), mais impossible dans la vraie vie, en raison d’obstacles insurmontables d’ordres techniques et financiers… Un des principaux obstacles est la variabilité des ENR et l’absence de solution crédible de stockage….

Prenons le cas d’ l’hydrogène dont on parle beaucoup : ce système de stockage de l’énergie a un rendement catastrophique : il faut 8 kWh d’éolien pour fabriquer 1 kWh d’électricité « hydrogène ». Bref, la seule solution permettant de pallier l’absence de vent et de soleil (si on refuse le nucléaire) serait le gaz. Nos voisins Allemands sont d’ailleurs arrivés à cette conclusion.

Un autre problème se trouve dans les réseaux de distribution : aujourd’hui, nous avons des centres de production de masse (les centrales) qui alimentent au plus près les centres de consommation (les villes). Si on part sur une solution de production d’électricité à partir d’éolienne off-shore, il faudra relier tout ce petit monde (26 000 éoliennes) aux consommateurs. Un réseau est donc à construire qui ressemblerait à une véritable toile d’araignée aux multiples connections. Le coût, bien entendu, serait exhortant. Les difficultés liées à l’acheminent sous-marin de l’électricité serait aussi un véritable obstacle technique.

100 % renouvelables ? Yes we can ! Mais à condition (sans parler des coûts) d’accepter de se laver les mains quand il pleut et de se chauffer ou de se soigner que lorsqu’il y a du vent. Sinon, on tombe dans le paradoxe consistant à faire tourner des centrales au gaz et donc d’augmenter nos émissions de CO2. Par ailleurs, le problème va être accru avec l’électrification souhaitée des transports, du chauffage et de l’industrie

https://www.lepoint.fr/sciences-nature/100-d-electricite-renouvelable-en-2050-la-fin-d-une-illusion-04-02-2021-2412607_1924.php