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vendredi 21 août 2020

Canicule, Covid, ENR et nucléaires, qqs nouvelles d’aout 2020 1)- Le contre exemple californien


Les canicules ne sont pas favorables aux ENR

On le sait, les périodes de canicules ne sont pas favorables aux ENR. D’abord, la consommation d'électricité augmente sensiblement en période de températures caniculaires, à cause notamment des climatiseurs et ventilateurs, et ces épisodes sont sans doute destinés à devenir de plus en plus fréquents, causant des pointes de consommation estivales.

Ensuite, si, comme souvent la canicule est liée à la présence d’un anticyclone, il y a absence de vent et les éoliennes ne tournent pas. Et quand on dit ne tournent pas, c’est nib de nib, typiquement moins de 5% de la puissance du parc pendant plusieurs jours. Et cela sur l’ensemble de l’Europe, les anticyclones ne connaissant pas les frontières.

Et c’est parfois pire. Ainsi, le 22 juillet 2019, les huit mille éoliennes françaises ne fournissaient quasiment plus d’électricité ; alors que la barre des 34°C a été localement dépassée sur une partie sud du pays, les éoliennes destinées à produire de l’électricité au réseau n’ont fourni que 607 MW soit 1% du total (Fédération Environnement Durable -FED). Dans un communiqué, la FED précise :

« Ces chiffres montrent l’inutilité de ces machines pharaoniques et l’erreur de vouloir poursuivre leur implantation alors qu’elles sont incapables de produire de l’électricité lorsque les consommateurs en ont besoin….La production intermittente des éoliennes dépend uniquement du bon vouloir du vent et non pas de leur gigantisme ou de leur nombre. Elles ne peuvent faire face ni aux vagues de froid, ni aux vagues de chaleur, c’est-à-dire au moment critique ou l’électricité d’un pays devient vitale. Un blackout est considéré comme une catastrophe potentielle nationale mettant en danger la sécurité des citoyens. »

Les panneaux solaires ne sont pas du tout flambards : ils ont trop chaud ; c'est un paradoxe, les panneaux solaires aiment le soleil, mais pas la chaleur ! Leur température idéale de fonctionnement est de 25 degrés. Au-delà, ils perdent jusqu'à 25 % de leur production.
Et ça a des conséquences.

Canicule 2020  en Californie : coupures de courant.



Donc, en pleine crise Covid et pic de chaleur, la Californie a  coupé le courant à plus de trois millions de Californiens.- des coupures tournantes qui  se sont étalées sur 4 jours. Que s’est il passé ?

« Vendredi 14 août, la Californie a ordonné des coupures de courant, alors qu’une vague de chaleur a mis à rude épreuve son système électrique. Alors que la Californie vivait une journée de canicule avec des températures atteignant 44°C (110 °F), en rentrant du travail vers 17 heures, les Californiens ont tous branché leur climatisation augmentant soudainement la demande d’électricité. En même temps alors que le soleil commençait à se coucher, la capacité solaire a perdu près de 1GW de puissance. Parallèlement, comme c’est souvent le cas en pleine canicule, il n’y avait pas un souffle de vent ce qui a privé les californiens de leur électricité éolienne. Moralité l’opérateur a d’abord demandé aux usagers de réduire leur consommation puis a dû couper l’électricité à près de 500 000 foyers durant une partie de la nuit. En pleine pandémie du COVID 19 qui sévit toujours en Californie, on ne connait pas les conséquences notamment sanitaires de ce blackout »

Ceci s’est passé dans un climat d’impréparation qui a suscité l’indignation des Californiens. Moins d'une heure avant les coupures tournantes le gestionnaire de réseau avait affirmé qu'elles ne seraient pas nécessaires, et s’était contenté d’un courrier appelant à couper les  climatisations et autres gros appareils électriques, à fermer les rideaux, etc.  Puis, l’agence qui gère le réseau électrique de l’État a  affirmé que des coupures de courant seraient finalement nécessaires pour équilibrer l’offre et la demande. Le  gouverneur s’est indigné que les régulateurs n’étaient pas préparés à cette situation….Bilans : coupures tournantes sur 4 jours !

La crise de 2020 n’est pas sans précédent et est le résultat d’une longue évolution

C’est que depuis des années, la Californie est en état total de déni quant à son système électrique. et la crise de 2020, particulièrement malheureuse par temps de Covid et de canicule, n’est que la conséquence d’une évolution catastrophique depuis la politique de libéralisation du pseudo »marché de l’électricité » des années 90.  Cet Etat qui se clame la 5ème puissance économique mondiale se rapproche dans son système électrique du tiers monde…Et aussi  de l’endroit où nous amène la politique énergétique (et en fait anticlimatique) de la Commission européenne.

La crise de 2020 : un mix électrique toxique : trop d’énergies intermittentes, pas assez de pilotables !

Intermittence de l’éolien et du solaire – lequel, contrairement à ce que l’on pense n’est pas forcément adapté aux contrées très ensoleillées…

« Faute de vent dans l’Etat samedi, l’énergie produite par les éoliennes a chuté dramatiquement. Une seconde centrale à gaz n’a pas été suffisante pour compenser et obtenir la production nécessaire. L’État est confronté à un problème fondamental: la Californie est fortement tributaire de l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie renouvelables, et le soir, l’énergie solaire disparaît, alors même que plus  de clients allument leur climatisation. »

Fier de sa transition énergétique, la Californie produit aujourd’hui un tiers de son électricité à partir d’énergies renouvelables intermittentes. On aurait tendance à dire un tiers heureusement. On a peine à imaginer ce qui se serait passé si l’état le plus peuplé des US produisait la moitié voire la totalité de son énergie à partie des ENR intermittentes. De nombreux experts et observateurs alertent depuis des années sur le risque de dépasser le seuil de 30% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique sans prévoir en back-up des unités pilotables capables de prendre le relais. »

 « Les énergies renouvelables, solaire et éolien pour l’essentiel sont intermittentes. En France, le soleil ne brille en moyenne que 1000 heures par an (soit 12% du temps) et le vent ne souffle que 2000 heures par an (soit un peu plus de 20% du temps). En moyenne, un mix 100% solaire ce serait accepter de l’électricité un jour sur dix et un mix 100% éolien ce serait en accepter un jour sur cinq. Par contre les énergies pilotables (charbon, gaz, nucléaire) sont capable, à la maintenance près, de fournir de l’électricité 100% du temps. Mais, en dehors de cette notion d’intermittence, l’éolien et surtout le solaire dépendent des aléas climatiques. Ainsi, si l’efficacité d’une cellule solaire s’accroit avec l’ensoleillement (durée et intensité), elle décroit avec l’accroissement de température. Ainsi, des cellules photovoltaïques placées en plein désert ne pourront être efficaces qu’à condition d’être réfrigérées. Mais, l’antipathie de la nature vis-à-vis du solaire ne s’arrête pas aux canicules. Là où il a de l’espace et du soleil (le désert) il y a aussi malheureusement…du sable. Les grands projets solaires émiratis et chiliens se sont ainsi cassé le nez face aux tempêtes de sable qui rendent les panneaux solaires inopérant en les couvrant de sable. Les nettoyer est un casse-tête : les balayer à sec griffe les panneaux, les nettoyer à l’eau de mer les couvre d’une croute de sel. Quant à l’eau douce tout le monde conviendra qu’elle n’est que très peu disponible…dans le désert. Aussi les émiratis ont mis la pédale douce sur leurs projets solaires pharaoniques et se sont tournés vers le…nucléaire. »


Trop de solaire et d’éolien, pas assez de pilotable : entre 2010 et 2018, 14500 MW de solaire et éolien non pilotable installée. 5400 MW de production pilotable fermée.
Et c’est pour 1.000 mégawatts manquants que le black-out a eu lieu pendant quelques heures !

Ben comment dire, c’est la recette pour une catastrophe !


Un mix électrique pathologique.



La production nette des centrales électriques californiennes s'élevait en 2018 à 197 227 GWh, en recul de 4,3 %, soit 4,7 % de la production totale des États-Unis : 4 177 810 GWh ; s'y ajoute la production estimée des petites installations photovoltaïques : 13 046 GWh, portant la production totale nette à 210 273 GWh.

Le secteur de l'électricité en Californie se caractérise par une proportion importante d'énergies décarbonées : 53,9 % en 2018 (8,7 % de nucléaire et 45,2 % d'énergies renouvelables : hydraulique 12,4 %, géothermie 5,7 %, biomasse 2,7 %, éolien 6,5 %, solaire photovoltaïque 17,8 %, solaire thermodynamique 1,2 %), mais les combustibles fossiles ont encore une part élevée : 44,7 % (presque uniquement gaz naturel),

Plusieurs caractéristiques importantes.

- Le parlement californien a établi en 2002 le California Renewables Portfolio Standard (RPS), un programme qui impose aux « utilities » et autres fournisseurs d'électricité de porter la part des énergies renouvelables à 33 % de leurs fournitures totales en 2020.

Commentaire : En ben, ils y sont presque ( ça dépend comment on compte) et on voit déjà le résultat (solaire plus éolien 24,3% plus hydraulique  =36.7%- mais l’hydraulique est pilotable, sf. que –voir ci après)

- La Californie se classe au 1er rang parmi les États des États-Unis pour la production d'électricité à partir de biomasse, de géothermie et d'énergie solaire

- La Californie (5ème puissance mondiale) n’est pas autosuffisante, et de loin : : La production ne couvre que 72 % de la demande, le reste étant importé des États voisins et du Mexique.

- Toutes les renouvelables ne sont pas égales et la Californie a perdu de l’héyraulique pilotable au détriment de l’éolien et du soliare (fatals)- et cette perte peut être parfois brutale. La production des centrales hydroélectriques conventionnelles en Californie s'est élevée en 2018 à 25 898 GWh, en baisse de 38,9 % par rapport à 2017 du fait d'une sécheresse sévère ; La part des énergies renouvelables (EnR) n'a pas progressé de 1990 à 2018, la forte progression de l'éolien et du solaire ayant été presque compensée par l'effondrement de l'hydroélectricité due à une succession d'années de sécheresse.

Avec l’aggravation des sécheresses, l’hydraulique devient aussi difficile à piloter, et c’est un facteur de fragilité supplémentaire





-  La production des centrales nucléaires en Californie s'élevait en 2018 à 18 214 GWh en recul de 44 % par rapport à 1990 du fait de la fermeture de la centrale de San Onofre en 2013. La chute de la production nucléaire du fait de la fermeture de la centrale de San Onofre en 2014 a été compensée par une forte progression du gaz naturel. (non, SVP : fossile !)

Commentaire : Ben tiens, ils font comme les Allemands et c’est pas bon pour le climat…

Les précédent de 2018 et  2019 : 85 morts dans le Camp Fire, coupures électriques pour éviter les incendies

Les coupures électriques massives ne sont pas une nouveauté en Californie, elles tendent  à se répéter : 2020, après 2019 et 2018 après 2001

En 2018, la Californie a connu l’un de ses pires et plus violents incendies avec le « Camp Fire », le 8 novembre 2018, qui  a détruit la localité de Paradise et fait 85 morts, le bilan le plus lourd que l’Etat ait connu. Les experts l’avaient attribué à un défaut d’entretien des lignes électriques (un départ de feu sous l’une de ses lignes à haute tension)
Le mercredi 9 octobre 2019, 500 000 résidents de l’Etat qui a rang de cinquième économie du monde, se sont donc vus privés de courant, à titre préventif, principalement dans le nord de l’Etat, de Sacramento aux contreforts de la Sierra. 250 000 habitants de la baie de San Francisco devaient subir le même sort dans la nuit, les météorologues ayant annoncé des vents violents et décrété une « alerte rouge ». Vingt-neuf des 58 comtés californiens étaient affectés par la décision de PG&E de ne plus prendre le risque de servir ses clients pour éviter les risques d’incendies
Bilan : l’historique PG&E s'est mise en faillite en janvier, faisant face à des milliards de dollars de dettes potentielles en raison de sa responsabilité dans le «Camp Fire»,

Les coupures tournantes de 2001, brillant résultats de la politique de libéralisation du « marché » de l’électricité

En 1996, l’Etat de Californie, sous l’influence de l’idéologie libérale démantèle ses deux monopoles publics (Pacific Gas and Electric et Southern California Edison qui détenaient 80 % du marché) Ce fut un festival ! On sépara le réseau et l’on créa de deux marchés de gros, ce qui permettait plus d’occasion de spéculation.

Contrairement à leurs engagements mais conformément à leur intérêt bien compris, les producteurs privés  n’ont entrepris la construction d'aucune des centrales qu'ils avaient pourtant dans leurs cartons et qu’ils s’étaient engagé à construire. Leur seule vraie crainte, la menace suprême pour eux, c’était la surproduction, et ils n’avaient aucun intérêt à investir et à augmenter une production… dont la rareté assurait leur profit – elle était la garantie pour eux de pouvoir imposer des tarifs élevés et maximiser leurs bénéfices sans investissements.  Mais dans le même temps, dans cette Californie avec ses industries dynamiques et ses ménages très consommateurs , la demande n'a cessé de croître. Affaires en or pour les centrales, catastrophes pour les particuliers et les industriels avec augmentations de prix et pannes.

Conclusion : envol exponentiel des prix de gros. Bon quais-exponentiel : les prix de gros de l'électricité, qui étaient à 30 $/MWh en avril 2000 , passèrent à 100 $/MWh, puis atteignirent en novembre 250 à 450 $/MWh, soit plus de 100% d’augmentation en 2001!  Mais dans le même temps, les autorités politiques craignaient l’effet des hausses massives du prix de détail sur les petits consommateurs (lesquels commençaient à se manifester bruyamment) et bloqua ceux-ci. Donc au début 2001, des coupures tournantes durent être organisées, puis les deux principales compagnies ex-publiques (PG&E, Pacific Gas and Electric Company et SCE, Southern California Edison) firent faillite, ainsi que quelques centaines de leurs fournisseurs dans leur chute. L’Etat fut contraint de les reprendre, ce qu’avait parfaitement anticipé cyniquement, le PDG d'Enron, Jeff Skilling,: «Quand les compagnies seront trop endettées, nous limiteront l'énergie livrée à la Californie et l'Etat sera contraint d'aider ces sociétés.»

Ah oui, car dans ce festival, il y a eu Enron, la plus gigantesque escroquerie de ces années ; Enron, qui gérait le Path 26, la seule connexion entre Californie du nord et Californie du Sud, Enron et ses congestions fantômes. Voilà ce qu’ils ont fait, expliqué à une Commission d’Enquête Sénatorial par un employé : « les courtiers d'Enron ont engorgé cette ligne artificiellement pour qu'ensuite, quand les gens auraient besoin de cette ligne, Enron fasse monter ses prix ». Ainsi, le 14 et 15 juin 2000, en pleine vague de chaleur, les courtiers d'Enron ont engorgé le «Path 26»,. Ils ont créé un goulot d'étranglement qui a bloqué la transmission de l'électricité vers «Path 15» en direction du nord de l'Etat. «On a surchargé la ligne qui nous appartenait chaque fois qu'il y avait une vague de chaleur, reconnaît maintenant un courtier. Résultats : des black-outs à San Francisco, Los Angeles et dans la Silicon Valley au cours des étés 2000 et 2001, jusqu’à ce que les autorités locales acceptent de payer à Enron le prix qu’ils exigeaient.

Et bien d’autres manœuvres encore, par exemple le «blanchiment de mégawatts». Comme les prix étaient plafonnés en Californie, Enron achetait du courant dans cet Etat, le transférait dans les Etats voisins et le revendait au prix fort en Californie. Un exemple d'escroquerie imité ensuite par d'autres compagnies. Et imy eut aussi le rackett :  La peur des black-out  a aussi forcé les entreprises à signer des contrats à long terme avec Enron pour plus d'un milliard de dollars. (cf. Quand Enron éteignait la Californie. Libération, Annette Lévy-Willard, 21 mai 2002)


On voit d’où vient la situation californienne actuelle et ses coupures à répétition. : libéralisation complètement ratée et scandaleuse sur bien des aspects,  un système électrique à l’abandon, incapable de fournir à la Californie l’électricité dont elle a besoin, des installations dégradées provoquant des incendies meurtriers, une centrale nucléaire fermée ( intéressant de savoir s la dernière, Diablo Canyon qui est bien présente et a  produit avec une belle stabilité sera elle aussi arrêtée comme prévu) ; une politique idéologique de promotion des ENR ,en particulier du solaire ( qui en fait ne décarbone rien car le nucléaire a été remplacé par du gaz qui reste la part la plus importante du mix californien (44%), mais qui, ne correspondant pas aux besoins (climatisation le soir, qd les californiens rentrent chez eux), entraine black-out sut black out


lundi 5 août 2019

Nucléaire et Canicule (2) : La disponibilité du nucléaire


Le marronnier du nucléaire par temps de canicule

Après un premier blog largement basé sur un article de M. Sylvestre Huet (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/07/le-nucleaire-et-la-canicule.html) et exposant comment la France, grâce à son nucléaire, protégeait le climat même en période de canicule (grâce au nucléaire, la France est l’un des pays les plus efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique, tandis que l’Allemagne, son Energiewende et ses quelques 33% de renouvelables qui ne sont jamais là quand on en a besoin, eh bien l’Allemagne, en abandonnant le nucléaire,  dégage 4 fois plus de CO2 par KWh et  se spécialise tout simplement dans ce qu’elle fait de mieux, le crime contre l’Humanité)…

Voici maintenant un retour sur un marronnier, la disponibilité du nucléaire par temps caniculaire. Exemple de titres lors de la canicule de mi-juillet 2019 :

La canicule donne un coup de chaud à l'option nucléaire – Libération
Comment la canicule met à mal les centrales nucléaires – Franceinfo
Canicule : EDF doit mettre à l'arrêt deux réacteurs nucléaires
Canicule : les centrales nucléaires en surchauffe ? – TF1
Canicule et refroidissement des centrales nucléaires : le pire est à venir, La Tribune
Canicule et chaleur : la menace nucléaire. EDF contraint de mettre à l'arrêt des réacteurs atomiques. (Coordination antinucléaire)

Et je vous passe les titres et communiqués des journaux et sites d’info antinucléaires…
Donc, déjà, une urgence, la plus utile, la plus indispensable : signez la tribune No Fake science sur le traitement de l’information scientifique par les media

La plupart des infos des infos qui suivent ont été récupérées sur les deux  fils twitter ci-joint (Tristan Kamin et buchebuche). Allez-y, consommez sans modération ….ils savent de quoi ils parlent…


Loin des propos alarmistes, la réalité !

Donc, la disponibilité du nucléaire : la troisième semaine de juillet 2019 a été marquée par une canicule importante sur toute l’Europe. En France, parmi les records de température, 40,1 °C à Rennes, 42,1 °C à Brive, 42,6 °C à Paris, 41,5 °C à Lille, où le dernier record datait de juillet 2018 avec 37,5 °C… Donc, du sérieux !

Mais du coup ... combien de réacteurs #nucléaires ont été touchés ? Combien de réacteurs étaient disponibles ? Combien ont produit ? Quelle puissance a t-on perdue ? A t-on frôlé un problème réseau ?
Déjà, en été comme la consommation d'électricité est plus faible, EDF y concentre les arrêts de réacteurs nucléaires pour entretien. A cette période, il y avait  16 tranches  sur 58 en arrêt estival, soit 44.6GW de dispo avec les 42 autres
Sur les réacteurs nucléaires restants, 13 tranches ont été impactées par la canicule et ont dû réduire leur puissance. Finalement, deux réacteurs, ceux de Golfech, sur la Garonne ont été complètement arrêtés. Et ça nous donne : au plus haut,  6 GW le 25 juillet vers 14h.

Pour fixer les idées, en comparant avec la puissance maximum disponible (sans suivi de charge ou réseau), et en comparant avec l'ensemble de la puissance du parc, l'impact est de l'ordre de 13,8% au plus haut !

Donc l'impact de la canicule sur la production nucléaire est pour le moins modéré ... négligeable non ... catastrophique, non plus ...

Maintenant, pourquoi diminue-t-on ou arrête-t-on certaines tranches nucléaires en cas de canicules ? Pas parce qu’il y a un risque ! Pas parce que le nucléaire est en surchauffe ! Pas parce que le cœur est en train de fondre comme un bâtonnet chocolaté ! Pas parce que les atomes ont soif ! Non, pour des raisons écologiques, pour protéger la faune des cours d’eau (cela concerne quasi-exclusivement les centrales en bord de fleuve). La réglementation impose qu’en aval des rivières où l’on puise l’eau pour le refroidissement des échangeurs de chaleur, l’eau ne dépasse pas un seuil qui est généralement de 28°C. Golfech est particulièrement bien réfrigéré avec ses deux tours, et induit un réchauffement de quelques 10èmes de degrés. Mais lorsque l’eau en amont devient supérieure à la valeur réglementaire de 28°C, la réglementation étant la réglementation, Golfech a dû fermer…

Cette fermeture, encore une fois, n’a rien à voir avec la sécurité de la centrale ; et d’ailleurs, si elle implique des risques de coupure de courant, et pire, d’effondrement du réseau, des dispenses peuvent être accordées.

A noter : 1) Ce type de réglementation n’existe pas dans la plupart des pays. 2) Lorsque l’eau atteint la température de 28°C, les perturbations éventuelles de la faune sont déjà largement existantes, et ce n’est pas quelques dixièmes de degré en plus qui changeront grand-chose. Au contraire, on renforce le problème du réchauffement global en se privant d’une source d’énergie particulièrement décarbonée ; ce n’est pas très logique.. 3) Ces contraintes existent aussi pour les centrales thermiques classiques qui doivent être refroidies…

 Ce qui m’amène au second point :

Est-ce que le nucléaire a été le seul touché par les conditions météo ?

Les graphes suivants créés par Tristan Kamin sur ses fils twitter  montrent l’utilisation des différentes énergies  par rapport à leur maximum possible  (Attention, à l’échelle : c’est pas la même pour chaque énergie

Le gaz : c’est quand on veut. La pilotabilité ultime… Mais  à 450 gCO2/kWh. Donc on essaie de le limiter au minimum

Hydraulique : de l'hydraulique au fil de l'eau, et plein de variations très rapides et fréquentes par les barrages, pour suivre de très près la demande. La petite hydraulique limitée par des débits faibles des cours d'eau, et la grande hydraulique (les barrages) est économisée l'été, parce qu'on en dépend l'hiver.

Et les ENR ? Alors là, on commence à rigoler.

Le solaire peut produire pas mal (enfin max 9000 contre 80.000 pour le nuc !) mais jamais très longtemps consécutivement, et jamais à son maximum car les cellules photovoltaïques aiment le soleil mais pas la chaleur... ! Et pas pendant les orages !

Et l éolien : Ben,  quasiment inexistant en cette saison !

















Merci à Tristan Kamin pour les graphes - voir son thread.

https://twitter.com/TristanKamin/status/1153620090375589888


Bilan des courses :

Photovoltaïque : 6031MW sur 8614 MW ▶30% absents
Eolien : 2095MW sur 15474 MW ▶ 86,5% absents
Nuc : 14% absent.

Le nuc s’en sort le mieux, haut la main.

Le nucléaire souffre de la chaleur, oui mais c'est limité. Pour les mêmes conditions, le solaire peine et l'éolien est aux abonnés absents.

On peut aussi rappeler les chiffres donnés par RTE pour la première journée de canicule du vendredi 28 juin.: nucléaire 68%, hydraulique 11%, solaire 10%, gaz 7%  , éolien 2%....

Clair, Claro, Klaar !

Pendant cette semaine, un peu particulière, mais qui risque de devenir plus commune,  forte consommation (clim) et faible production,  on a fait un peu  tourner les centrales à gaz, comme le montrent les graphiques pendant la semaine ;: on a d’ailleurs, pour de très courtes périodes, préférer importer de l’électricité gazeuse étrangère, pour cause de coût.

C'est malheureux, hein ? Parce que ça amplifie plutôt le problème du réchauffement !

Conclusion : même en période de canicule, le nucléaire constitue la meilleure solution. On était encore assez large pour éviter  des pannes électriques, parce qu’on aurait pu accorer des dispenses au nucléaire (c’est prévu !), et faire donner un peu le gaz.

Mais demain ? Si on est au bord de l’effondrement du réseau en hiver, et aussi en été, et s’il n’est plus possible de concentrer l’entretien des centrales sur l’été, et si, comme prévu, la consommation électrique augmente considérablement ( la Commission européenne prévoit d’ici à 2050 une augmentation de la consommation électrique en moyenne de 40 à 60 %, voire plus, pour se placer dans une trajectoire permettant de passer sous les 1,5 °C.)

Eh ben, il faut 4-6 EPR de plus ! Et il faut les commencer maintenant !

Pour le fun, un autre graphe tiré des tweet de M. Tristan Kamin. La comparaison sur une semaine caniculaire des productions nucléaires et éoliennes. (Attention l’échelle du nucléaire est environ 9 fois plus grande !)

Vous voyez un problème ?




vendredi 12 juillet 2019

Le nucléaire et la canicule


Excellente lecture d’été et de chaleur de la part du non moins excellent Sylvestre Huet, sur son blog du Monde :

L’électricité pendant la canicule

Extraits : « Quelles sont les moyens de production d’électricité décarbonés les plus adaptés à une période de canicule ? L’épisode que vient de vivre la France permet d’apporter quelques réponses, valables uniquement pour son système électrique…
Les données en temps réel de RTE permettent de visualiser l’origine de l’électricité toute la journée du pic de canicule, le vendredi 28 juin. Production à 15h : nucléaire 68%, hydraulique 11%, solaire 10%, gaz 7%  , éolien 2%.

L’hydraulique ? L’hydroélectricité dépend du débit des rivières et des fleuves, et du stock des lacs artificiel. Si le premier est utilisé comme un moyen « fatal », le second est géré en fonction de prévisions de court et long terme visant à utiliser ce stock de la façon la plus efficace possible. Durant cet épisode de canicule, les débits étaient… de saison. Assez faibles sur les cours d’eau alimentés par les pluies, plutôt plus élevé que la moyenne en cette saison sur le Rhône en raison de fonte des neiges tardives. Gérée habilement, l’hydraulique a non seulement fourni de 5 700 MW à 11 475 MW, soit de 11% à 17% de la production mais aussi assuré l’essentiel du réglage fin de l’équilibre entre production et consommation, gage de la qualité de l’électricité dont la tension demeure ainsi très stable. Un rappel salutaire au moment où la menace d’une vente à l’encan de l’usage des barrages à de multiples producteurs sous prétexte de concurrence ne pourrait se traduire que par une sous-optimisation de leurs usages (pour l’électricité, l’agriculture, les loisirs…).

 L’éolien ? Cela va dépendre de la configuration météo. Si la canicule provient du passage d’une masse d’air très chaud – comme pour celle de la semaine dernière – il y aura donc du vent. Pas nécessairement beaucoup, puisque les éoliennes ont produit entre 800 et 5600 MW de mercredi à samedi dernier (sur une puissance installée de 15 475 MW , soit entre 2 et 10% de la production totale.  Au pic de la canicule, le vendredi 28 juin, la production éolienne fut particulièrement médiocre, environ 1500 MW à 15h. Ajouter des éoliennes n’aurait pas changé grand chose aux productions les plus basses. En revanche, si c’est l’installation d’un anti-cyclone qui est la cause de cette canicule, inutile de compter sur elles. Elles seront pour la plupart paralysées, faute de vent, et sur une surface d’autant plus vaste que la canicule sera forte et de longue durée. Ce fut le cas en 2003 en Europe.

Le solaire ? Les panneaux solaires aiment le Soleil, bien sûr… mais pas la température. Leur température idéale de fonctionnement c’est 25°C. La production du parc solaire français, d’une puissance théorique maximale de 8612 MW, ne fut que d’environ 6200 MW à midi heure solaire lors des jours de canicule. Pour tomber à zéro une fois l’astre du jour passé de l’autre côté de la Terre. Mais la longueur du jour en juin fut tout de même très favorable à cette technologie qui a pu contribuer jusqu’à 10% de la production française entre 11h et 16h.

Le nucléaire !!! Les réacteurs nucléaires, eux, n’ont pas vraiment souffert de la canicule. Et fournit l’essentiel de l’électricité demandée par les usagers domestiques, professionnels ou industriels, entre 38 200 MW et 43 200 MW, et entre 64% et 78% de la production. Avec la souplesse due à la capacité à monter ou descendre la puissance des réacteurs en « suivi de charge », tant pour s’accommoder des variations de la consommation que pour compenser les hausses et les baisses des énergies intermittentes et non pilotables, solaires et éoliennes. Il est vrai que les ingénieurs d’EDF ne sont pas restés inertes après la canicule de 2003. Un plan « grands chauds » a été élaboré pour renforcer la résistance aux températures élevées de tous les équipements qui le nécessitaient. La capacité de refroidissement des aéroréfrigérants (les « tours » qui accompagnent certaines centrales) a été renforcé pour leur permettre de remplir leur office en consommant moins d’eau. Les mesures de l’effet de réchauffement du cours d’eau en aval de la centrale ont été renforcées pour s’assurer qu’aucun problème ne surgissait pour la faune et la flore. Et EDF a eu aussi un peu de chance météo pour la vallée du Rhône, le retard à la fonte de neiges en mai a fait que fin juin le fleuve était encore alimenté en eau de fonte bien fraîche. Il ne faut d’ailleurs pas exagérer les problèmes rencontrés, entre 2000 et 2017 les pertes de production d’électricité nucléaire dues aux canicules ne représentent que 0,18% du total en moyenne annuelle et 1,2% en 2003. (NB : le problème n’est pas limité au nucléaire ; les centrales thermiques, il faut aussi les refroidire..)

Une précision s’impose sur l’usage de l’eau par les réacteurs nucléaires. Pendant la canicule, des ONG, Greenpeace par exemple, présentent l’utilisation d’eau pour refroidir les centrales nucléaires comme le principal usage de l’eau en France. Une présentation carrément trompeuse. En réalité, plus de 98% de l’eau prélevée… est renvoyée immédiatement dans la rivière,  un peu plus chaude. Il est d’ailleurs à noter que, même en 2003, aucune conséquence négative pour la flore et la faune n’a été observée, même pour les réacteurs qui avaient obtenu une dérogation temporaire pour relâcher l’eau en dépassant un peu la limite réglementaire. Cela provient du fait que la part du débit du cours d’eau déviée pour refroidir les réacteurs est assez faible au regard du débit total. En général, les valeurs observées de réchauffement à l’aval de la centrale sont modestes, moins de 1,5°C pour celle du Bugey, mais on peut observer 6°C durant trois jours par an en moyenne. Enfin, les centrales de bord de mer n’ont pas d’effet thermique observable sur la flore et la faune marines.
Au total, si l’on ajoute l’apport marginal des bioénergies,  le système de production d’électricité de la France métropolitaine a encaissé sans aucun problème la canicule, a contribué à une politique climatique sérieuse puisqu’il est resté décarboné autour de 95% en permanence, et exporté une électricité tout autant décarbonée aux voisins qui en avaient besoin. »

Marci ! M. Huet !

Ca, c’est pour les Français. Voyons maintenant en Europe !

Début de canicule : l'Allemagne fait tourner son charbon et son gaz et est le plus  gros pollueur européen en valeur absolue (en intensité énergétique %CO2 produit parMWh) ...ca monte, ça monte, ça monte !
Et vous voyez la petite courbe rouge en bas, eh ben c’est nous, c’est la France



Et durant la semaine : ben, c’est de pire en pire ! Ca explose carrrément ! L’Allemagne réchauffe la Terre !
Et nous, la France ben on est toujours tout en bas. A vue de nez, 4 fois moins de CO2 que l’Allemagne par kwh !!!! Grâce au nucléaire.

Merci aux teets de Tristan Kamin et à son réseau pour ces courbes !

Et voilà pourquoi grâce au nucléaire, la France est l’un des pays les plus efficaces dans la lutte contre le réchaufffement climatique, tandis que l’Allemagne, son Energiewende et ses quelques 33% de renouvelables qui ne sont jamais là quand on en a besoin, eh bien l’Allemagne, en abandonnat le nucléaire, se spécialise tout simplement dans ce qu’elle fait de mieux, le crime contre l’Humanité