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jeudi 2 avril 2020

Ravages dans nos campagnes : après les margoulins de l’éolien, les arnaqueurs des méthaniseurs (1)


Et tout aussi inutiles que les éoliennes ! Là aussi, le lobby du gaz pousse à fond de façon à justifier qu’en injectant un peu de gaz  dans leurs tuyaux ils font du gaz vert ? La grosse différence est que cette fois, ils ont quand même Greenpeace et une partie des Verts  contre eux.

Des méthaniseurs pour pouvoir polluer plus !

Ben tiens justement, on peut commencer par un communiqué de Greenpeace : (: https://twitter.com/greenpeacefr/status/1230210007406391297?s=09)

La Bretagne est exposée chaque année aux algues vertes, conséquences de l'élevage industriel.  Mais les industriels s'entêtent et prônent une diversification des activités agricoles, poussant les exploitations à s'agrandir davantage. Destructeur non-sens.

A Lamballe, un méthaniseur encourage l’élevage de cochons en dépit des algues vertes !

Deux projets d’extension de porcheries dans cette région fortement touchée par les marées vertes font craindre une pollution accrue des sols et de l’eau ; dans l’air clair et froid d’un matin d’hiver, en contrebas d’un vallon boisé où se faufile le Gouessant avant que la petite rivière ne rejoigne les belles plages d’Hillion, dans les Côtes-d’Armor, André Ollivro piétine la vase de l’estuaire…C’est précisément à cet endroit, au fond de la baie de Saint-Brieuc, qu’un joggeur a trouvé la mort en septembre 2016 et que les cadavres de trente-six sangliers ont été ramassés durant l’été 2011. Et l’intoxication simultanée de deux chiens sur une plage voisine a semé l’émoi en juillet 2008.

En Bretagne, des décennies d’épandage massif de déjections issues des élevages hors sol des porcs et des poules ont laissé des traces. Spécialement à Hillion, où l’on a ramassé près de 10 000 tonnes d’ulves durant l’été 2019. Record battu.

Pourtant, comme si rien ne pouvait enrayer cette concentration, deux nouvelles extensions de porcherie sont en préparation dans la commune littorale de 4 200 habitants. L’exploitation Le Corguillé veut faire passer ses 1 276 emplacements actuels pour truies et cochons à engraisser à 2 482 ; l’exploitation La Roche-Martin voudrait s’agrandir de 2 602 à 2 882 places.

Donc le fameux méthaniseur qui fournit du gaz tout vert n’est qu’un prétexte pour obtenir des autorisations d’agrandissement d’exploitations concentrées et polluantes, et une tolérance pour  polluer plus.


Méthaniseurs et plan Biogaz  : la Bretagne, région sacrifiée ( comme les Hauts de Seine pour les éoliennes)

Tiens, pour continuer sur la Bretagne, le témoignage intéressant et assez poignant d’un élu écologiste, extrait de https://www.bastamag.net/methanisation-lobby-gaz-vert-biogaz-agriculture-energetique-alimentaire

« Il a d’abord cru à la méthanisation, avant de déchanter. René Louail, ancien conseiller régional écologiste en Bretagne, défend dès le début des années 2000 un projet du nom de Géotexia. Celui-ci est porté par une trentaine d’éleveurs soucieux de transformer le lisier en biogaz (nous vous en avions parlé dans ce reportage). « Un fiasco total alors que 17 millions d’euros ont été investis dans ce projet »
L’usine, surdimensionnée, condamnée en 2013 puis en 2015 à des amendes de 50 000 et 40 000 euros pour pollution, a été constamment en déficit structurel. L’unité, aujourd’hui en redressement judiciaire, pourrait être rachetée par un fonds de pension américain. Face à ce constat, René Louail plaide pour qu’un bilan économique, financier et environnemental de la méthanisation agricole soit réalisé et publié, redoutant une « fuite en avant coûteuse et irréversible pour d’autres projets ».

Sa crainte se fonde sur le « plan biogaz » récemment adopté par la région Bretagne, qui vise à construire des centaines de méthaniseurs d’ici 2025.

Invité régulièrement par des collectifs de riverains opposés à des projets, René Louail constate que « la méthanisation agricole en Bretagne est utilisée dans la majorité des cas comme une "pompe" à subventions pour soutenir l’agriculture industrielle en crise structurelle ».
S’il y a bien « quelques réalisations vertueuses », il voit surtout défiler des dossiers pour des méthaniseurs adossés à des élevages industriels allant jusqu’à 40 000 cochons. « Ces exploitations incorporent dans leur méthaniseur du maïs subventionné par la Politique agricole commune, et bénéficient aussi du tarif de rachat d’énergie. Elles sont payées deux fois ! On garantit ainsi la pérennité d’élevages à bout de souffle. »

Et l’État subventionne surtout les grands projets de méthaniseurs »

Ponlat, où comment après les margoulins de l’éolien, les arnaqueurs des méthaniseurs écument les campagnes


“Le projet METHA 31210 concernant la construction d’un méthaniseur à la limite des communes de Ponlat et Franquevielle, mobilise une population en colère. Colère et peur sont intimement mêlées.
METHA 31210 impactera essentiellement les villages de Fanquevielle, Les Tourreilles, Loudet, Spéhis, Clarac et Ponlat Taillebourg. Les odeurs ne s’arrêtent pas à la frontière de ces communes et arroseront, selon les vents et leur puissance, d’autres villages. En plus des odeurs, pollution des cours d’eau, risque d’explosions, etc…

Nous ne sommes pas contre les agriculteurs », martèlent de concert Jean-Loup Gormand et Virginie Nicolas, maire de Franquevielle. « Ils souffrent, ils ont besoin d’aide, mais ces projets de méthaniseurs sont des leurres pour eux. On leur fait miroiter des retombées financières, ce n’est pas le cas car les investissements sont très importants."

Dans la salle, deux soutiens du projet METHA 31210, mais aucun des deux n’a souhaité prendre la parole. "Nous avons voulu voir le projet, mais c’est l’omerta la plus totale. Rien n’est divulgué", affirme le secrétaire de l’association.
On apprend ainsi que la Région, le PETR et la communauté de communes Cœur et Coteaux du Comminges sont favorables au projet et qu’il pourrait se construire quatre méthaniseurs en Comminges, subventionnés.

Jean-Loup Gormand insiste sur l’urgence de la mobilisation et des actions. Car il faut savoir qu’un tel projet ne requiert pas de permis de construire mais une simple déclaration en préfecture…

Questions / Réponses : A la fin de l’exposé, de nombreuses questions et des témoignages. Le public apprend qu’à Gramat dans le Lot, un méthaniseur rend la vie impossible aux riverains "qui ne peuvent plus manger dehors. Qui veulent vendre, mais les agences ne se déplacent même plus. »

Remarque : ben oui, grâce à un décret du pauvre Nicolas Hulot ( Pardonnez-lui, mais pas trop, il n’a jamais su ce qu’il faisait !) , le régime d’autorisation a été modifié et pour la méthanisation de la  matière végétale brute,  le seuil du régime d’autorisation passe de 60 à 100 tonnes/jour

Open bar pour des méthaniseurs géants, encore plus puants et polluants !

Et on termine par la pétition très argumentée du Collectif National Vigilance Méthanisation :

Méthanisation : DANGERS réels pour les populations et la nature (CNVM)


Extraits :
 « Depuis des années les médias, élus, énergéticiens, services de l'Etat, porteurs de projet, nous présentent la version « papier glacé » genre lisse et propre,  de la méthanisation .  « Un cercle vertueux et une économie circulaire » nous annoncent les documents édités par l’Etat (ADEME).

Le CNVM, Collectif National Vigilance Méthanisation, avec plus de 50 associations et collectifs adhérents sur toute la France peut témoigner que la version « papier glacé » n’a rien à voir avec la réalité terrain.

Cette pétition est la sonnette d’alarme que tire le CNVM  et qu’il vous invite à signer, nombreux, pour qu’enfin le gouvernement prenne la mesure de la gravité de la situation qu’il installe, et dont il sera responsable.

Une vingtaine de scientifiques indépendants, toutes spécialités confondues, se sont intéressés de près à la méthanisation et ont rendu des conclusions très intéressantes (ils se sont réunis en Collectif Scientifique National pour une Méthanisation raisonnée).

La réalité terrain de la méthanisation, telle qu’autorisée  aujourd’hui, c’est :

- mise en danger puis disparition de la biodiversité (abeilles mellifères et autres insectes, faune) due aux émanations d’ammoniac et autres gaz  autour des unités de méthanisation, des zones de stockage de digestats et lors des épandages. GES, (gaz à effet de serre), particules fines et NOx, tant décriés, sont là avec tous leurs effets nocifs.

- aucun contrôle de la composition réelle des digestats (déchets de déchets),  épandus sur les terres nourricières et de leur innocuité. En effet, rares sont les digestats entièrement d’origine agricole. En fonction des intrants autorisés les analyses suivantes devraient être obligatoires : œstrogènes, antibiotiques, bactéries antibio-résistantes, biocides,pesticides, micro-plastiques, iode, perturbateurs endocriniens, auxiliaires technologiques etc. Une hygiénisation à 71° est insuffisante pour détruite toutes les bactéries, virus et toxines.

- danger sanitaire pour les animaux sauvages : épandage de digestats sur cultures ou prairies sans enfouissement dans le sol.

- disparition de la biodiversité du sol : Ph trop élevé du digestat liquide (solution ammoniacale), matière insuffisamment décomposable du digestat solide (C/N <2). Bilan des épandages de digestats : décroissance du Carbone Organique des sols (COS), moins de micro et macro organismes (disparition des organismes vivants du sol,  de sa flore et de sa faune, vers de terre, collemboles et autres),  terres infertilisées à long terme.

- pollution de la ressource en eau,  due à la partie liquide du digestat qui est hyper volatile et très lessivable. Pour les eaux souterraines, infiltration des digestats liquides dans les nappes phréatiques et pour les eaux de surface, ruissellement, lequel  entraîne la multiplication des algues vertes sur les côtes.

- pollution de l’air, danger pour la santé des populations riveraines des zones d’épandages (digestats liquides chargés en gaz et extrêmement volatiles), des zones de stockage ou de méthanisation, en raison des émanations de gaz ( CH4, CO2, H2S, NH3), dont certains promoteurs de particules fines, etc.  Aujourd'hui beaucoup de riverains sur tout le territoire, se plaignent et s’inquiètent d’irritations des voies respiratoires dont les mauvaises odeurs sont annonciatrices. Danger pour les plus faibles : enfants, personnes âgées, malades (insuffisants respiratoires, allergiques...).


- de plus, sous couvert de Transition Énergétique, c’est notre souveraineté alimentaire qui est mise en danger pour une souveraineté énergétique improbable. Une PPE à 10 %, la moyenne basse de l’ADEME, c’est l’équivalent de la surface totale de 6 départements français moyens, sans maisons, routes, forêts, fleuves, etc  qui servirait seulement à remplir le ventre des méthaniseurs.

- enfin, la croissance de grosses structures industrielles sous le faux prétexte "agricole" va à l'inverse de la pérennisation des agriculteurs bio, permaculteurs, petits et jeunes agriculteurs.

Nous demandons que des scientifiques du CSNM et des présidents du CNVM soient reçus par les ministres du gouvernement Macron en charge de : la Santé, l'Agriculture et l'Alimentation, la Transition énergétique, la Recherche et l'Innovation, tous concernés par le sujet.  Les membres des CSNM et CNVM pourront ainsi présenter suite à  leurs recherches,  leurs calculs, et leur expérience terrain,  les pollutions graves et les risques de santé publique imputables à la méthanisation.

Nous demandons que ces pollutions et risques, importants tant pour la nature: environnement et biodiversité, faune et flore, que pour les populations, soient pris en compte, afin de redéfinir le cadre des installations d’unités de méthanisation,  leur fonctionnement et l’usage de leurs déchets.

Le principe de précaution l'impose, nos politiques sont élus pour le faire respecter et la vie saine de nos enfants en dépend. »

Remarques :

1)  une fois de plus, l’Ademe est sévèrement et justement mise en cause pour des dossiers et des études complètement bidons, voire stupides. Cette agence gouvernementale n’a rien de scientifique, il faut le savoir, c’est purement et simplement une officine de propagande des ultra verts. Cf.aussi https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/02/les-clowneries-de-lademe.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/fake-science-fake-news-et-energies.html

2) Il est urgent de demander une commission d’enquête parlementaire sur la méthanisation, comme il en y a eu une sur les éoliennes et la photovoltaïque (Commission  dirigée par Julien Aubert, qui a fait un excellent travail).


Topic · Methanisation · Change.org

mardi 15 août 2017

Taine _ La Révolution- La conquête jacobine_69_ Les massacres de septembre

Les massacres de septembre dégénèrent en vol, sadisme et folie ; le massacre des femmes et des enfants ; hystérie, fatigue, hébètement des tueurs : ils frappent en automates.  Six jours et cinq nuits de tuerie non interrompue. Les vols généralisés.  La faction s’est ancrée au pouvoir, on ne l’en arrachera plus. Par la terreur improvisée, les Jacobins ont maintenu leur autorité illégale ; par la terreur prolongée, ils vont établir leur autorité légale. La Convention élue pendant les massacres sans secret du vote.
NB : encore cette innovation destinée à un triste avenir : les ouvriers de la municipalité ont travaillé- comprendre massacré !

Folie et sadisme : Mme de Lamballe,  Mme Desrues, de La Leu, les enfants de Bicêtre

Cependant la boucherie continue et se perfectionne. À l’Abbaye  , « un tueur se plaint de ce que les aristocrates meurent trop vite et de ce que les premiers ont seuls le plaisir de les frapper » ; désormais on ne les frappera plus qu’avec le dos des sabres, et on les fera courir entre deux haies d’égorgeurs, comme jadis le soldat qui passait par les baguettes. S’il s’agit d’un homme connu, on s’entend encore plus soigneusement pour prolonger son supplice. À la Force, les fédérés qui viennent prendre M. de Rulhières jurent avec « d’affreux serments de couper la tête à celui d’entre eux qui lui donnera un coup de pointe » ; au préalable, ils le mettent nu, puis, pendant une demi-heure, à coups de plat de sabre, ils le déchiquettent tout ruisselant de sang et le « dépouillent jusqu’aux entrailles ». – Tous les monstres qui rampaient enchaînés dans les bas-fonds du cœur sortent à la fois de la caverne humaine, non seulement les instincts haineux avec leurs crocs  , mais aussi les instincts immondes avec leur bave, et les deux meutes réunies s’acharnent sur les femmes que leur célébrité infâme ou glorieuse a mises en évidence, sur Mme de Lamballe, amie de la reine, sur la Desrues, veuve du fameux empoisonneur, sur une bouquetière du Palais-Royal qui, deux ans auparavant, dans un accès de jalousie, a mutilé son amant, un garde-française. Ici à la férocité s’adjoint la lubricité pour introduire la profanation dans la torture et pour attenter à la vie par des attentats à la pudeur. Dans Mme de Lamballe tuée trop vite, les bouchers libidineux ne peuvent outrager qu’un cadavre ; mais pour la Desrues  , surtout pour la bouquetière, ils retrouvent, avec les imaginations de Néron, le cadre de feu des Iroquois  . — De l’Iroquois au cannibale la distance est courte, et quelques-uns la franchissent. À l’Abbaye, un ancien soldat, nommé Damiens, enfonce son sabre dans le flanc de l’adjudant général de la Leu, plonge sa main dans l’ouverture, arrache le cœur, « et le porte à sa bouche comme pour le dévorer ». « Le sang, dit un témoin oculaire, dégouttait de sa bouche et lui faisait une sorte de moustache  . » A la Force on dépèce Mme de Lamballe ; ce qu’a fait le perruquier Charlot qui portait sa tête, je ne puis l’écrire ; je dirai seulement qu’un autre, rue Saint-Antoine, portait son cœur et « le mordait   ».
Ils tuent et ils boivent ; puis ils tuent encore et ils boivent encore. La lassitude vient et l’hébétement commence. Un d’eux, garçon charron, en a expédié dix-sept pour sa part ; un autre « a tant travaillé la marchandise, que la lame de son sabre y est restée » ; « depuis deux heures, dit un fédéré, que j’abats des membres de droite et de gauche, je suis plus fatigué qu’un maçon qui bat du plâtre depuis deux jours   ». Leur première colère s’est usée, maintenant ils frappent en automates  . Quelques-uns dorment étendus sur des bancs. D’autres, en tas, cuvent leur vin à l’écart. La vapeur du carnage est si forte, que le président du comité civil s’évanouit sur sa chaise  , et les exhalaisons du cabaret montent avec celles du charnier. Une torpeur pesante et morne envahit par degrés les cerveaux offusqués, et les dernières lueurs de raison s’y éteignent une à une, comme les lampions fumeux qui brûlent alentour sur les poitrines déjà froides des morts. À travers la physionomie qui s’abêtit, on voit, au-dessous du bourreau et du cannibale, apparaître l’idiot. C’est l’idiot révolutionnaire, en qui toutes les idées ont sombré, sauf deux, rudimentaires, machinales et fixes, l’une qui est l’idée du meurtre, l’autre qui est l’idée du salut public. Solitaires dans sa tête vide, elles se rejoignent par une attraction irrésistible, et l’on devine l’effet qui va jaillir de leur rencontre. « Y a-t-il encore de la besogne ? » disait un tueur dans la cour déserte. – S’il n’y en a plus, répondent deux femmes à la porte, il faudra bien en faire  . » Et naturellement on en fait.
Puisqu’il s’agit de nettoyer les prisons, autant vaut les nettoyer toutes, et tout de suite. Après les Suisses, après les prêtres, après les aristocrates et les « messieurs de la peau fine », il reste les condamnés et les reclus de la justice ordinaire, les voleurs, assassins et galériens de la Conciergerie, du Châtelet et de la tour Saint-Bernard, les femmes marquées, les vagabonds, les vieux mendiants et les jeunes détenus de Bicêtre et de la Salpêtrière. Tout cela n’est bon à rien, coûte à nourrir  , et probablement a de mauvais projets. Par exemple, à la Salpêtrière, la femme de l’empoisonneur Desrues est certainement, comme lui, « intrigante, méchante et capable de tout » ; elle doit être furieuse d’être en prison ; si elle pouvait, elle mettrait le feu à Paris ; elle doit l’avoir dit ; elle l’a dit   : encore un coup de balai. – Et le balai, pour cette besogne plus sale, entre en mouvement sous de plus sales mains ; il y a des habitués de geôle parmi ceux qui empoignent le manche. Déjà à l’Abbaye, surtout vers la fin, les tueurs volaient   ; ici, au Châtelet et à la Conciergerie, ils emportent « tout ce qui leur paraît propre à emporter », jusqu’aux habits des morts, jusqu’aux draps et couvertures de la prison, jusqu’aux petites épargnes des geôliers ; et, de plus, ils racolent des confrères. « Sur 36 prisonniers mis en liberté, il y avait beaucoup d’assassins et de voleurs ; la bande des tueurs se les associa. Il y avait aussi 75 femmes, en partie détenues pour vol ; elles promirent de bien servir leurs libérateurs » ; effectivement, plus tard, aux Jacobins et aux Cordeliers, elles seront les tricoteuses des tribunes  . – A la Salpêtrière, « tous les souteneurs de Paris, les anciens espions,... les libertins, les sacripants de la France et de l’Europe se sont préparés d’avance à l’opération » et le viol alterne avec le massacre  . — Jusqu’ici du moins le meurtre a eu pour assaisonnement le vol et la débauche ; mais à Bicêtre il est tout cru ; il n’y a que l’instinct carnassier qui se gorge. Entre autres détenus, 43 enfants du bas peuple, âgés de douze à dix-sept ans, étaient là, placés en correction par leurs parents ou par leurs patrons   ; il n’y avait qu’à les regarder pour reconnaître en eux les vrais voyous parisiens, les apprentis de la misère et du vice, les futures recrues de la bande régnante, et la bande tombe sur eux à coups de massue. Rien de plus difficile à tuer ; à cet âge, la vie est tenace, il faut redoubler pour en venir à bout. « Là-bas, dans ce coin, disait un geôlier, on avait fait de leurs corps une montagne. Le lendemain, quand il a fallu les enterrer, c’était un spectacle à fendre l’âme. Il y en avait un qui avait l’air de dormir, comme un ange du bon Dieu ; mais les autres étaient horriblement mutilés  . » – Cette fois, on est descendu au-dessous de l’homme, dans les basses couches du règne animal au-dessous du loup : les loups n’étranglent pas les louveteaux.

Six jours et cinq nuits de tuerie non interrompue  pour instaurer la Terreur

Six jours et cinq nuits de tuerie non interrompue  , 171 meurtres à l’Abbaye, 169 à la Force, 223 au Châtelet, 328 à la Conciergerie, 73 à la tour Saint-Bernard, 120 aux Carmes, 79 à Saint-Firmin, 170 à Bicêtre, 35 à la Salpêtrière, parmi les morts 250 prêtres, 3 évêques ou archevêques, des officiers généraux, des magistrats, un ancien ministre, une princesse du sang, les plus beaux noms de la France, et d’autre part un nègre, des femmes du peuple, des gamins, des forçats, de vieux pauvres : à présent, quel est l’homme, grand ou petit, qui ne se sente pas sous le couteau ? – D’autant plus que la bande s’est accrue. Fournier, Lazowski et Bécard, assassins et voleurs en chef, reviennent d’Orléans avec leurs 1 500 coupe-jarrets   ; en chemin, ils ont égorgé M. de Brissac, M. de Lessart et 42 autres accusés de lèse-nation qu’ils ont arrachés à leurs juges, puis par surcroît, « à l’exemple de Paris, » 21 détenus qu’ils sont allés prendre dans les prisons de Versailles ; maintenant, à Paris, ils sont remerciés par le ministre de la justice, félicités par la Commune, fêtés et embrassés dans leurs sections  . – Quelqu’un peut-il douter qu’ils ne soient prêts à recommencer ? Peut-on faire un pas dans Paris ou hors de Paris sans subir leur oppression ou le spectacle de leur arbitraire ?...– Si l’on reste, on est assiégé d’images funèbres : c’est dans chaque rue le pas accéléré des escouades qui mènent les suspects au comité ou en prison ; c’est autour de chaque prison un attroupement qui « vient voir les désastres » ; c’est la criée établie dans la cour de l’Abbaye pour vendre à l’encan les habits des morts ; c’est le bruit des tombereaux qui, jour et nuit, roulent sur le pavé pour emporter 1 300 cadavres ; ce sont les chansons des femmes qui, montées sur la charrette pleine, battent la mesure sur les corps nus  . Est-il un homme qui, après une de ces rencontres, ne se voie en imagination, lui aussi, au comité de section devant la table verte, puis dans la prison sous les sabres, puis sur la charrette dans le monceau sanglant ?
Sous une pareille vision, les courages s’affaissent ; tous les journaux approuvent, pallient ou se taisent ; personne n’ose résister à rien. Les biens comme les vies appartiennent à qui veut les prendre. Aux barrières, aux Halles, sur le boulevard du Temple, des filous parés du ruban tricolore arrêtent les passants, saisissent les marchandes, et, sous prétexte que les bijoux doivent être déposés sur l’autel de la Patrie, prennent les bourses, les montres, les bagues et le reste, si rudement, que des femmes ont les oreilles arrachées faute d’avoir décroché leurs boucles assez vite  . D’autres, installés dans les caves des Tuileries, y vendent à leur profit le vin et l’huile de la nation. Quelques-uns, élargis huit jours auparavant par le peuple, flairent un plus grand coup, s’introduisent dans le Garde-Meuble et y volent pour 30 millions de diamants..

La Convention élue pendant les massacres par un vote public. Par la terreur improvisée, les Jacobins ont maintenu leur autorité illégale ; par la terreur prolongée, ils vont établir leur autorité légale

– Comme un homme frappé d’un coup de masse à la tête, Paris, assommé, se laisse faire, et les auteurs du massacre ont atteint leur objet : la faction s’est ancrée au pouvoir, on ne l’en arrachera plus. Ni dans la Législative ni dans la Convention, les velléités des Girondins ne prévaudront contre son usurpation tenace. Elle a prouvé par un exemple éclatant qu’elle est capable de tout, et elle s’en vante ; elle n’a pas désarmé, elle est toujours là debout, anonyme et prête, avec son principe meurtrier, avec ses procédés expéditifs, avec son personnel de fanatiques et de sicaires, avec Maillard et Fournier, avec ses canons et ses piques. Tout ce qui n’est pas elle ne vit que sous son bon plaisir, au jour le jour et par grâce. On le sait, l’Assemblée ne songe plus à déloger des gens qui répondent aux décrets d’expulsion par le massacre ; il n’est plus question d’examiner leurs comptes ou de les contenir dans les limites de la loi. Leur dictature est incontestée, et leurs épurations continuent. En onze jours, quatre à cinq cents nouveaux prisonniers, arrêtés par l’ordre de la municipalité, des sections, d’un Jacobin quelconque, sont entassés dans les cellules encore tachées du sang répandu, et le bruit court que, le 20 septembre, les prisons seront vidées par un second massacre .

 – Que la Convention, si elle veut, s’installe pompeusement en souveraine et fasse tourner la machine à décrets ; peu importe : régulier ou irrégulier, le gouvernement marchera toujours sous la main qui tient le sabre. Par la terreur improvisée, les Jacobins ont maintenu leur autorité illégale ; par la terreur prolongée, ils vont établir leur autorité légale. À l’Hôtel de Ville, dans les tribunaux, à la garde nationale, aux sections, dans les administrations, les suffrages contraints vont leur donner les places, et déjà ils ont fait élire à la Convention Marat, Danton, Fabre d’Eglantine, Camille Desmoulins, Manuel, Billaud-Varennes, Panis, Sergent, Collot d’Herbois, Robespierre, Legendre, Osselin, Fréron, David, Robert, La Vicomterie, bref les instigateurs, les conducteurs, les complices du massacre  . Rien n’a été omis de ce qui pouvait forcer et fausser le vote. Au préalable, on a imposé à l’Assemblée électorale la présence du peuple, et à cet effet on l’a transférée dans la grande salle des Jacobins sous la pression des galeries jacobines. Par une seconde précaution, on a exclu du vote tout opposant, tout constitutionnel, tout ancien membre du club monarchique, du club de la Sainte-Chapelle et du club des Feuillants, tout signataire de la pétition des 20 000 ou de la pétition des 8 000, et, quand des sections ont protesté, on a rejeté leur réclamation comme le fruit d’une « intrigue ». Enfin, à chaque tour de scrutin, on a fait l’appel nominal, et chaque électeur a dû voter à haute voix ; on était sûr d’avance que son vote serait bon : les avertissements qu’il avait reçus étaient trop nets. Le 2 septembre, pendant que l’assemblée électorale tenait à l’évêché sa première séance, les Marseillais, à cinq cents pas de là, venaient prendre les vingt-quatre prêtres de la mairie et dans le trajet, sur le Pont-Neuf, les lardaient déjà à coups de sabre. Toute la soirée et toute la nuit, à l’Abbaye, aux Carmes, à la Force, les ouvriers de la municipalité ont travaillé, et, le 3 septembre, quand l’assemblée électorale s’est transportée aux Jacobins, elle a passé sur le Pont-au-Change entre deux haies de cadavres que les tueurs apportaient du Châtelet et de la Conciergerie.