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samedi 11 novembre 2017

J.M. Blanquer, serial killer de l’enseignement de l’histoire. Pourquoi tant d’indulgence ?

Plus d’histoire en terminale S et simplification du bac : retour de la même politique

J’avoue ne pas comprendre pourquoi M. Blanquer bénéficie d’une telle indulgence de la part de personnalités qui n’ont cessé de s’indigner de la dégradation de l’enseignement en France, telle Natacha Polony à droite ou Jacques Julliard à gauche. Car enfin, M. Blanquer était directeur général de l’enseignement scolaire de 2009 à 2012, soit le numéro 2 de l’Éducation nationale auprès de Luc Chatel, à l’époque où a été mise en oeuvre cette géniale idée de supprimer l’enseignement de l’’histoire en terminale scientifique- lequel a été heureusement rétabli par François Hollande et Vincent Peillon, même si c’est de façon insatisfaisante (avec 2h30 en première et 2h en terminale au lieu de 6 heures avant 2010 !!!)
Et maintenant, M. Blanquer revient à la charge avec son projet de simplification du Bac qui serait réduit à quatre épreuves. On voit bien que la politique de M. Blanquer sous Macron est sur la même ligne que celle de M. Blanquer sous Chatel, encore aggravée. Au lycée français, comme en Angleterre les élèves obtiendront leur bac en quatre disciplines, deux majeures et deux mineures. Et ainsi l’on aura des scientifiques qui ne connaîtront pas un mot de l’‘histoire ou de la littérature de leur pays (pour ne pas parler de l’Europe et du monde), ou d’économie, et des littéraires qui ignoreront tout des sciences de leur époque. Brillant ! C’est tout simplement l’abandon de toute l’ambition éducative républicaine !

M. Blanquer et l’histoire ; un vieux conflit

Dans le remarquable n° de novembre 2017 de la Revue des Deux Mondes dont la thématique principale est l’enseignement de l’histoire, Laurent Wetzel rappelle sans complaisance ce que fut l’action destructrice de M. Blanquer en ce domaine  sous les différents ministres qui se sont succédés
Extraits : «  Au lycée, les programmes Blanquer demandent de mettre en œuvre une approche thématique, synthétisée, globale, conceptuelle et problématisée ( !!!) au détriment de tout parcours chronologique. Ainsi  Depuis 2011, en première, les lycéens des séries générales n’ont plus à étudier les grandes phases des deux conflits mondiaux et et l’étude de la grande guerre est limitée à celle de l’expérience combattante dans une guerre totale. L’historienne Annette Wieviorka s’est insurgée contre cette présentation des guerres sans chronologie ni contexte »
« Dans les programmes Blanquer pour la voie générale en première, le XXème siècle est appelé le siècle des totalitarismes, mais n’y figurent ni la Chine depuis 49, ni la Corée du nord, ni le Vietnam, ni Cuba, ni le Cambodge, ni le Laos »
« L’essentiel, c’est par exemple l’’affirmation de l’islamisme sous ses différentes formes comme fait majeur à partir de la fin des années 1970, question que M. Blanquer a fait disparaître en 2011 de tous les programmes de terminale et l’essentiel ce n‘est pas sport , mondialisation et géopolitique depuis les années 30, thème que M. Blanquer avait inscrit en 2011. »

La haine de l’élitisme, la fabrique de la docilité
Que veut-on à la fin ? Des scientifiques idiots manifestant  « une désastreuse indifférence pour le cours général des affaires humaines, pourvu qu’il y ait sans cesse des équations à résoudre et des épingles à fabriquer ». (Auguste Comte, fustigeant la « spécialisation dispersive ?). Des littéraires « se glorifiant systématiquement de leur ignorance scientifique et philosophique, qu’ils tentent vainement d’élever en garanties d’originalité  (Auguste Comte, encore !), incapables de comprendre les méthodes et résultats généraux des sciences et des techniques qui ont façonné et façonneront de plus en plus notre monde ?

C’est tout de même vider la république et la démocratie de toute existence réelle !

Voilà le programme Blanquer ! Au passage, il flatte le vieux ressentiment rassis de tous ceux qui depuis longtemps veulent la suppression de la section d’élite S anciennement C, où se rassemblaient les élèves excellent dans les matières scientifiques et littéraires et heureux de ne pas avoir à choisir trop précocement entre ces disciplines !

Ah oui, dirent Macron et Gattaz, c’est bien cela que nous voulons ! Que ces gens, formé selon le  programme Blanquer seront dociles, faciles à gouverner, ingurgitant sans esprit critique, sans recul, ce que nous voudrons leur faire accroire (comme par exemple que faciliter les licenciement c’est créer du travail, et que casser le code du travail, c’est ouvrir de nouvelles protections aux salariés)
.

Oui vraiment, M. Blanquer est bien macronien, et de droite, et de gauche. Et de droite, pour la soumission de l’‘intelligence à l’argent, et de gauche, de nouvelle gauche, pour le renoncement à l’élitisme pour tous, remplacé par la destruction de toute élite.

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jeudi 19 octobre 2017

Patrick Artus aux rendez-vous de l’Histoire de Blois : Euro ; par ici la sortie ?


Noir, c’est noir ?

Disons  tout de suite que le livre de Patrick Artus, économiste chez Natixis,  qui a fait l’objet d’une table ronde aux rendez-vous de l’Histoire de Blois coprésentée par Jean-Marc Vittori, se présente, malgré son titre, comme un plaidoyer et un espoir pour l’Euro.  

Sauf que, au fur et à mesure de la  conférence, le sentiment qui s’instaurait est qu’au contraire, l’euro est une voie sans espoir et qu’il faut en sortir le plus rapidement possible …

Compte rendu et commentaires :

L’impossible coordination

« Des pays qui n’ont pas la même monnaie n’ont pas besoin d’une forte coordination. Les politiques des salaires et politiques fiscales différentes sont corrigées par des dévaluations proportionnelles des monnaies. Des pays qui ont la même monnaie ont au contraire besoin de se coordonner puisque en cas de déficit d’un pays, tous les autres en subissent les effets.

Entre les pays de la zone euro, tout ce qui crée de l’hétérogénéité est mauvais. Sans avoir les mêmes règles fiscales et sociales, il y a un réel problème de dumping. Mais comment harmoniser les marchés du travail ? On a pris des pays qui ont des salaires 4 fois plus bas que nous… on n’aurait pas du. Et le tir va être difficile à corriger c’est certain…

 C’est pourquoi les progrès institutionnels doivent concerner la zone euro si on veut que ça marche. Une union économique et monétaire a beaucoup d’inconvénients : même taux d’intérêts, impossibilité de dévaluer… ce qui aboutit à une perte considérable des libertés des politiques économiques. Elle a en revanche un avantage économique : grand marché intérieur avec des grandes entreprises plus concurrentielles (car économies d’échelles) dans le reste du monde. »

Commentaire :  Ben oui, Il  y a qu’à. Sauf que quand l’Allemagne l’a proposé (de manière tellement utopique avec un espèce de gouvernement franco allemand que l’on peut douter de son sérieux), la France n’en a pas voulu .. Et maintenant, la France revient sur le sujet, mais l’Allemagne n’est plus d’humeur à… Ni aucun autre pays d’ailleurs, surtout ceux qui craignent un condominium franco-allemand

L’impossible convergence, la spécialisation contrainte

Mais dans quelle mesure le marché unique a-t-il vraiment stimulé les échanges intérieurs ? Les études d’économistes montrent qu’en fait c’est surtout l’Allemagne et l’Angleterre qui ont profité du marché unique (la France assez peu). Dans le domaine des énergies renouvelables nous avons été incapables de créer une grande entreprise européenne, et ce sont les chinois qui l’ont fait.

 La disparition du risque de change permet une spécialisation des pays de la zone (chacun fabrique ce dans quoi il est le mieux placé). Cette disparition facilite aussi la circulation des capitaux et permet d’investir avec de l’épargne accumulée dans un autre pays. Mais ça c’est en théorie. Dans les faits les choses se sont un peu moins bien passées…

au début la spécialisation a l’air de fonctionner. Electronique : région Rhône Alpe/Autriche, agriculture : Espagne, France... Il serait inefficace aujourd’hui de se remettre à fabriquer de tout partout (quoi qu’en disent les catalans). De même l’épargne a beaucoup circulé : les excédents de l’Allemagne et des Pays Bas servaient à prêter de l’argent à la Grèce, l’Espagne… entre 99 et 2008 : l’Allemagne a prêté 3000 Milliards d’euros aux pays du Sud.

 Mais à la fin des années 2000 émergent les conséquences du 1er déficit de réflexion : si des pays se spécialisent à l’excès, leurs structures économiques deviennent très différentes. Cela entraîne une divergence des niveaux de revenus entre les différents pays… prévisible et inévitable ! Il était assez naïf de croire que du moment qu’on a la même monnaie on a la même économie… c’est une terrible erreur d’analyse de ne pas avoir réfléchit à l’hétérogénéité engendrée par la spécialisation des nations membres.

 Commentaire : Donc, le principal bénéfice attendu de l’euro, le marché unique, a très mal fonctionné, et seulement au profit de l’Allemagne. L’Euro, c’est comme l’Allemagne et le foot autrefois, tout le monde joue, à la fin c’est l’Allemagne qui gagne.

Patrick Artus, de mémoire, a même été plus sévère ; l’idée vendue par les promoteurs de l’euro que celui-ci entrainerait une convergence des économies n’était qu’une escroquerie, démentie par les théories économiques les plus solides. Une même monnaie pour des économies hétérogènes entraine au contraire une divergence et une spécialisation des économies. Donc ce qui était prévisible, avec l’Euro, l’Allemagne renforce son industrialisation, l’Espagne et l’Italie se désindustrialisent et se spécialisent… dans quoi : le tourisme et les primeurs et fruits à bas coût… Et la France dans quoi ? le tourisme, la viticulture, la gastronomie, quelques services publics, un peu d’agriculture.-(cf Houellebecq)

Ce n’est pas ce qui a été annoncé aux peuples européens, et ce n’est pas ce qu’ils veulent. Donc, dès qu’on leur donne la parole, ils ont dit, disent, et diront logiquement non. (Auguste Comte : si les peuples ne savent pas ce qu’il leur faut, ils savent parfaitement ce qu’ils veulent, et nul ne doit le vouloir pour eux- avis aux technocrates européens !)

 La solidarité nécessaire et de moins en moins acceptée

Pour remédier à l’hétérogénéité engendrée par la spécialisation des économies, il faut à l’intérieur d’une union monétaire une dose de fédéralisme, qui permet de transférer des fonds depuis les zones les plus riches vers les zones les plus pauvres, de façon automatique. Sous-entendu sans que les plus riches aient à donner leur accord à chaque fois puisque visiblement, la solidarité entre états n’est pas durable…

C’est exactement ce qu’on observe aux Etats-Unis où les transferts entre Etats sont énormes. Là-bas,  si un état perd un euro, le système fédéral lui rapporte 60 cents (en Europe, pour un euro perdu c’est un cent seulement…) ils sont en fait bien plus solidaires que nous. Il faut que la contribution des pays riches soit structurelle et que les zones riches transfèrent automatiquement des fonds vers les régions pauvres. Sinon, les pauvres le seront de plus en plus et les riches idem. Aux Etats Unis, malgré l’énorme budget fédéral, les disparités demeurent énormes. C’est la limite de la spécialisation.

Les politiques misaient tous sur le Bell out : si un des pays a un problème de dette, les autres pays de la zone viendront le renflouer… ce qui ne fut pas le cas, ou un temps seulement. De plus, si l’inflation a été uniforme dans toute la zone, du fait de l’hétérogénéité des économies, le niveau de vie se met à varier d’un pays à l’autre. Ce qui apparaît donc ici clairement comme frein à la prospérité de la zone euro, c’est l’égoïsme des nations les plus riches qui veulent pouvoir bénéficier des avantages du marché unique sans en subir les inconvénients. Ce manque de solidarité s’observe d’ailleurs au sein même des pays, l’actualité en Espagne en témoigne.

La grande crise pour l’Europe fut celle de 2011 à 2014, quand l’Allemagne a cessé de prêter au pays du Sud. De façon brutale, le déficit extérieur de ces pays n’a plus été financé, ce qui les a obligé à le réduire en contractant les dépenses intérieures. L’austérité est en fait une conséquence de l’arrêt brutal du financement Allemand.

 L’Europe a bien tenté quelques réactions défensives : création du Mécanisme Européen de Stabilité = fond qui peut prêter aux pays en difficultés pour éviter ce genre de crise + Politique économique ultra-expansionniste, avec des taux d’intérêts à zéro. Mais si on a développé ces mécanismes défensifs, on n’a pas réglé l’origine des crises en Europe.

Commentaires : pas vraiment  besoin. L’Espagne et la Catalogne, qui provoque des sueurs froides chez nos eurocrates,  ont bon dos, mais que je sache, l’Allemagne n’est pas non plus très partante. Pour que l’Euro fonctionne, il faudrait que l’Allemagne, continument, accepte de transférer aux autres pays européens plusieurs fois (2,3 ?) l’équivalent de l’effort consenti pour l’intégration de l’Allemagne de l’Est. Y-a-qu’à croire ! Et à prier pour que la Catalogne ne donne pas des idées à l’Ecosse, à la Padanie, à la Flandre, à la Bavière….

 Noir c’est noir, est l’euro c’est fichu ?

Et pourtant, M. Artus s’est montré assez méprisant vis-à-vis des partisans de la sortie de l’euro, sauf qu’il ne se donne pas la peine de leur opposer des arguments sérieux, répétant par exemple que la dette est en euro et non en monnaie, nationale, ce qui a été contesté ; que  « l’euro n’éclatera pas car les pays européens se sont imbriqués réciproquement par leurs dettes » ( tout en reconnaissant que la plus grande partie des dettes se compense- l’Espagne prête à l’Allemagne !, et que les dettes nettes ne représentent qu’une infime partie de la dette totale) et que la solution une monnaie commune et une monnaie nationale est baroque et extrêmement compliquée ( toute en reconnaissant que la Chine fonctionne , et pas trop mal , sur un mécanisme analogue..)

Au terme de cette conférence qui se voulait optimiste sur l’euro !!, la conclusion semble  s’imposer : noir, c’est noir, et l’euro c’est fichu. C’est parfaitement prévisible, il éclatera tout comme a éclaté le franc de l’Union latine,  et tout économiste sensé devrait se préoccuper de penser l’après euro, pour au moins garder une organisation européenne…

 
 

vendredi 14 juillet 2017

Taine _ L’ancien Régime_ les privilèges

Malgré la persistance des privilèges insupportables, qui ne sont plus justifiés, la noblesse aurait pu trouver un nouveau rôle ( Taine reprend ici une considération d’Auguste Comte : En Angleterre et aux Pays-Bas, le système féodal s’effondre en laissant la suprématie à l’aristocratie, « qui place la royauté sous une tutelle de plus en plus affectueuse » ; en France, la royauté « manifeste sa prédilection pour une noblesse complètement asservie ». En Angleterre, en Hollande, dans les Pays Nordiques, l’aristocratie et la bourgeoisie s’allient contre les rois, au pouvoir de plus en plus symbolique. En France, la royauté et la bourgeoisie s’allient pour réduire les aristocrates à l’état de courtisans. La conséquence logique d’une noblesse qui ne joue plus son rôle ancien et qui ne peut jouer un rôle nouveau, c’est sa disparition). L'autre conséquence sera la jacobinisme par lequel une fraction du peuple reprend la tradition centralisatrice monarchiste en éliminant les pouvoirs locaux.

"Intacte de l’autre côté du Rhin, presque ruinée en France, la bâtisse féodale laisse partout apercevoir le même plan. En certains endroits mieux abrités ou moins assaillis, elle a gardé tous ses anciens dehors. À Cahors, l’évêque-comte de la ville a le droit, quand il officie solennellement, « de faire mettre sur l’autel le casque, la cuirasse, les gantelets et l’épée   ». À Besançon, l’archevêque-prince a six grands officiers qui doivent lui faire hommage de leurs fiefs, assister à son intronisation et à ses obsèques. À Mende  , l’évêque, seigneur suzerain du Gévaudan depuis le onzième siècle, choisit les conseils, les juges ordinaires et d’appel, les commissaires et syndics du pays », dispose de toutes les places « municipales et judiciaires », et, prié de venir à l’assemblée des trois ordres de la province, « p.22 répond que sa place, ses possessions et son rang le mettant au-dessus de tous les particuliers de son diocèse, il ne peut être présidé par personne, qu’étant seigneur suzerain de toutes les terres et particulièrement des baronnies, il ne peut céder le pas à ses vassaux et arrière-vassaux », bref qu’il est roi ou peu s’en faut dans sa province. À Remiremont, le chapitre noble des chanoinesses a « la basse, haute et moyenne justice dans cinquante-deux bans de seigneuries », présente à soixante-quinze cures, confère dix canonicats mâles, nomme dans la ville les officiers municipaux, outre cela trois tribunaux de première instance et d’appel et partout les officiers de gruerie. Trente-deux évêques, sans compter les chapitres, sont ainsi seigneurs temporels, en tout ou en partie, de leur ville épiscopale, parfois du district environnant, parfois, comme l’évêque de Saint-Claude, de tout le pays. Ici la tour féodale a été préservée. – Ailleurs elle est recrépie à neuf, notamment dans les apanages. Dans ces domaines qui comprennent plus de douze de nos départements, les princes du sang nomment aux offices de judicature et aux bénéfices. Substitués au roi, ils ont ses droits utiles et honorifiques. Ce sont presque des rois délégués et à vie ; car ils touchent, non seulement tout ce que le roi toucherait comme seigneur, mais encore une portion de ce qu’il toucherait comme monarque  . Par exemple la maison d’Orléans perçoit les aides, c’est-à-dire les droits sur les boissons, sur les ouvrages d’or et d’argent, sur la fabrication du fer, sur les aciers, sur les cartes, le papier et l’amidon, bref tout le montant d’un des plus lourds impôts indirects. Rien d’étonnant, si, rapprochés de la condition souveraine, ils ont, comme les souverains, un conseil, un chancelier, une dette constituée, une cour  , un cérémonial domestique, et si l’édifice féodal revêt entre leurs mains le décor luxueux et compassé qu’il a pris aux mains du roi […]

Encore un trait pour achever de le peindre. Ce chef d’État, propriétaire des hommes et du sol, était jadis un cultivateur résidant sur sa métairie propre au milieu d’autres métairies sujettes, et, à ce titre, il se réservait des avantages d’exploitation dont il a conservé plusieurs. Tel est le droit de banvin, encore très répandu, et qui est le privilège pour lui de vendre son vin, à l’exclusion de tout autre, pendant les trente ou quarante jours qui suivent la récolte. Tel est, en Touraine, le droit de préage, c’est-à-dire la faculté pour lui d’envoyer ses chevaux, vaches et bœufs « paître à garde faite dans les prés de ses sujets ». Tel est enfin le monopole du grand colombier à pied, d’où ses pigeons par milliers vont pâturer en tout temps et sur toutes les terres, sans que personne puisse les tuer ni les prendre. — Par une autre suite de la même qualité, il perçoit des redevances sur tous les biens que jadis il a donnés à bail perpétuel, et, sous les noms de cens, censives, carpot, champart, agrier, terrage, parcière, ces perceptions en argent ou en nature sont aussi diverses que les situations, les accidents, les transactions locales ont pu l’être. Dans le Bourbonnais, il a le quart de la récolte ; dans le Berry, douze gerbes sur cent. Parfois son débiteur ou locataire est une communauté : un député à l’Assemblée nationale avait un fief de deux cents pièces de vin sur trois mille propriétés particulières  . Ailleurs, par le retrait censuel, il peut « garder pour son compte toute propriété vendue, à charge de rembourser l’acquéreur, mais en prélevant à son profit le droit des lods et ventes ». — Remarquez enfin que tous ces assujettissements de la propriété forment, pour le seigneur, une créance privilégiée tant sur les fruits que sur le prix du fonds, et, pour les censitaires, une dette imprescriptible, indivisible, irrachetable.

 — Voilà les droits féodaux : pour nous les représenter par une vue d’ensemble, figurons-nous toujours le comte, l’évêque ou l’abbé du dixième siècle, souverain et propriétaire de son canton. La forme dans laquelle s’enserre alors la société humaine est construite sous les exigences du danger incessant et proche, en vue de la défense locale, par la subordination de tous les intérêts au besoin de vivre, de façon à sauvegarder le sol en attachant au sol, par la propriété et la jouissance, une troupe de braves sous un brave chef. Le péril s’est évanoui, la construction s’est délabrée. Moyennant argent, les seigneurs ont permis au paysan économe et tenace d’en arracher beaucoup de pierres. Par contrainte, ils ont souffert que le roi s’en appropriât la portion publique. Reste l’assise primitive, la structure ancienne de la propriété, la terre enchaînée ou épuisée pour le maintien d’un moule social qui s’est dissous, bref un ordre de privilèges et de sujétions dont la cause et l’objet ont disparu   […]

Cela ne suffit par pour que cet ordre soit nuisible ou même inutile. En effet, le chef local qui ne remplit plus son ancien office peut remplir en échange un office nouveau. Institué pour la guerre quand la vie était militante, il peut servir dans la paix quand le régime est pacifique, et l’avantage est grand pour la nation en qui cette transformation s’accomplit ; car, gardant ses chefs, elle est dispensée de l’opération incertaine et redoutable qui consiste à s’en créer d’autres. Rien de plus difficile à fonder que le gouvernement, j’entends le gouvernement stable : il consiste dans le commandement de quelques-uns et dans l’obéissance de tous, chose contre nature.

En fait d’histoire, il vaut mieux continuer que recommencer(…]


Les anciens chefs sont là, dans chaque canton, visibles, acceptés d’avance ; on les reconnaît à leur nom, à leur titre, à leur fortune, à leur genre de vie, et la déférence est toute prête pour leur autorité. Cette autorité, le plus souvent ils la méritent ; nés et élevés pour l’exercer, ils trouvent dans la tradition, dans l’exemple et dans l’orgueil de famille des cordiaux puissants qui nourrissent en eux l’esprit public ; il y a chance pour qu’ils comprennent les devoirs dont leur prérogative les charge. — Tel est le renouvellement que comporte le régime féodal. L’ancien chef peut encore autoriser sa prééminence par ses services, et rester populaire sans cesser d’être privilégié. Jadis capitaine du district et gendarme en permanence, il doit devenir propriétaire résidant et bienfaisant, promoteur volontaire de toutes les entreprises utiles, tuteur obligé des pauvres, administrateur et juge gratuit du canton, député sans traitement auprès du roi, c’est-à-dire conducteur et protecteur comme autrefois, par un patronage nouveau accommodé aux circonstances nouvelles. Magistrat local, représentant au centre, voilà ses deux fonctions principales, et, si l’on regarde au delà de la France, on découvre qu’il remplit l’une ou l’autre, ou toutes les deux.


samedi 13 mai 2017

Bullshits (conneries) contre mensonges

De Derida à Trump, la route du Bullshit

C’est le dernier débat à la mode chez certains de nos intellectuels, en particulier les historiens (notamment Patrick Boucheron sur France Inter), à qui Donald Trump donne des boutons Le Bullshit (entendre l’évident déni de réalité, la connerie monstrueuse- par exemple, il n’y a jamais eu autant de public qu’à mon investiture alors que la comparaison photographique avec Obama montre sans ambiguïté le contraire ) serait beaucoup plus grave que le mensonge.
Le sujet a  été abordé aux USA depuis 1986, avec le court essai devenu célèbre de Harry Frankfurt, professeur à l’Université de Princeton, On Bullshit, qui vient d’être traduit en français aux Editions Mazarines ( De l’art de dire des conneries). L’auteur y explique que le Bullshit ( l’art d’aligner les conneries) implique que le bonimenteur n’est intéressé que par ses propres objectifs, ignore et méprise la réalité, ne lui accorde aucune attention, tant et si bien qu’il perd et fait perdre à ceux qui l’écoute tout sens des réalités. Au contraire, un menteur a besoin de connaitre la réalité. « Le menteur est obligatoirement concerné par le souci de vérité,. Avant de concocter un mensonge, il doit chercher à déterminer ce qui est vrai. Et pour que son mensonge soit efficace, son imagination doit se laisser guider par la vérité ». Donc bonimenter (bullshiter) serait plus grave que mentir.
L’ironie est que ce texte ne vise pas Donald Trump ou ses émules…mais les déconstructeurs français tels Jacques Derrida, dont Harry Frankfurt considérait qu’ils avaient fait de Yale « la capitale mondiale du baratin ». Des brillants prophètes et adeptes de la « French Theory » à Trump, la route du bullshit est surprenante et devrait inciter à la modestie ceux qui n’ont pas su ou osé dénoncer une certaine déréliction intellectuelle française.

Rappels aux faits :  vrais mensonges et crime - Irak

La lecture d’un ouvrage remarquable (Or Noir, la grande histoire du pétrole, Mathieu Auzanneau , La découverte), passionnante de bout en bout, qui montre comment l’histoire est considérablement déterminée par les besoins en énergie de nos sociétés) et permet de découvrir bien des hommes et des faits considérables de l’histoire du pétrole, permet, à propos de la première guerre d’Irak, de se souvenir à quels points, contrairement aux buillshits, les vrais mensonges peuvent être tragiques et meurtriers.
Tout d’abord, l’auteur rappelle qu’Américains, branchés sur l’Arabie saoudite et Anglais, connectés à l’Iran du temps du Shah, avaient depuis très longtemps fait de l’Irak  une variable d’ajustement : lorsque saoudiens ou iraniens faisaient savoir qu’ils aimeraient augmenter leurs livraisons, c’est l’Irak qui était sommé de baisser sa production  et par conséquent ses revenus. D’où la volonté de Sadam Hussein d’échapper à ce système, par exemple en accordant une part importante de sa production à des pétroliers français.
Venons-en à l’époque de la grande guerre Iran Irak, mené par l’Irak appuyé par l’Occident et les monarchies pétrolières pour affaiblir l‘Iran. Citations
« L’Arabie saoudite et le Koweit…refusent d’effacer une partie de la lourde dette creusée par l’Irak, qui atteint près de 90 milliards de dollars après la fin de la guerre. Pire, le Koweit est accusé par Bagdad de subtiliser depuis des années le brut du champ de Rumaila… Le Koweit en a profité pour percer des forages horizontaux sous la frontière et aspirer indument l’or noir irakien. L’Irak prétend que le petit émirat lui a subtilisé pour  2.4 milliards de dollars de brut. En outre, le Koweit, ainsi que les Emirats arabes unis dépassent de près de 40% en 1990 leurs quotas de production fixés par l’Opep. Conséquence : un manque à gagner évalué par Bagdad à 14 milliards de dollars, bein plus que ce que le Koweit a preté à l’Irak pendant la guerre »
Bref le 2 aout l’armée irakienne envahit le Koweit…après que l’ambassadrice US en Irak ait affirmé à Saddam « qu’elle n’avait pas d’opinions sur ses conflits interarabes ». Citation :
« Le président Bush connait les objectifs de Bagdad et n’ignore pas qu’ils se limitent au seul Koweit. En échange de son retrait, Saddam Hussein prétend obtenir 4 milliards de dollars l’effacement de sa dette, et un réajustement de frontière  qui lui permettrait d’obtenir un accès la mer…Dès le 3 août, le président irakien a offert de retirer ses troupes et proposé de rencontrer les drirgeants arabes à Djeddah. Washington s’y oppose »

Premier mensonge donc : Saddam Hussein ne se proposait pas de conquérir tout le pétrole et n’avait en vue que des buts très limités et somme toute raisonnables, voire justifiés. Et manifestait son intention de se retirer

Deuxième mensonge : l’importance des forces irakiennes au Koweit, selon le Pentagone et ce menteur en série que se révélera  Dick Cheney entre 250.00 et 500.000 hommes. Citation :
« Au mois d’août 1990, un journal japonais , puis la chaine américaine ABC soumettent à un expert militaire américain réputé des clichés satellites russes pris au-dessus du Koweit. Cet expert, Peter Zimmerman montre à son tour les clichés à plusieurs autres experts. Verdict. Nous étions tous d’accord pour dire qu’on ne voyait rien qui ressemblait à une activité militaireZimmerman déclare que ce qu’il voit n’atteint pas le cinquième des chiffres avancés par Dick Cheney. … Evoquant un ennemi fantôme, le quotidien new-yorkais Newsday rapportera la déclaration suivant d’un haut gradé américain : « il y a eu une grande campagne de désinformation autour de cette guerre » »

Enfin, le plus beau ou le plus ignoble, comme on voudra, les couveuses. Citation
« 70% des Américains penchent en faveur de la poursuite des négociations, et rejettent le recours à l’option militaire. Mais le 16 octobre, une Koweitienne de quinze ans fournit devant le congrès américain un témoignage bouleversant qui va faire basculer l’opinion américaine. Devant le groupe parlementaire sur les droits humains, cette Koweitienne prénommée Nayirah pleure en racontant qu’elle a vu dans une maternité de Koweit-city des soldats irakiens arracher des bébés de leur couveuse et les jeter par terre pour les laisser mourir sur le sol glacé. Le récit est repris en boucle dans les media occidentaux.  George Bush l’évoque à de nombreuses reprises et ne se prive pas d’invoquer l’holocauste…On découvrira après la guerre que l’histoire des couveuses est une pure fiction, montée de toute pièce par Hill et Knowlton , et que la jeune Nayira n’est autre que le fille de l’ambassadeur du Koweit aux Etats-Unis »

Et je ne parle ici que des mensonges pour la première guerre d(Irak, pas même ceux sur ‘implication de l’Irak dans les attentats du 11 septembre ou sur les armes de destruction massives que l’on cherche toujours… »

Il faut vraiment être un curieux intellectuel, un bizarre historien, un baroque philosophe pour prétendre que les bullshits (conneries, vantardises) d’un Trump auxquelles personne ne croit ( car enfin qui méprise autant le peuple que de penser qu’il peut y croire) sont plus dangereuses que les mensonges d’état meurtriers aux conséquences gravissimes des Bush.


samedi 10 octobre 2015

Vichy, une histoire qui ne passe pas : Hoffmann, Aron, Lottman, Paxton

Mort ce mois-ci de Stanley Hoffmann, historien franco américain né à Vienne en 1928, études à Sciences Po et avec Raymond Aron. Stanley Hoffmann a préfacé La France de Vichy de Paxton en ces termes : « sur deux points capitaux, l'apport de Paxton est révolutionnaire » : il n'y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n'a pas joué l'effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français ». D’autre part, Onfray, dans sa dernière série de cours de l’Histoire de la Philosophie consacrée notamment à Jankelevitch, Misrahi, Dufreigne cite à plusieurs reprises l’historien Herbert Lottman, auteur d’une superbe biographie de Camus, de Modigliani, et également Pétain (Fayard, 1984), L'Epuration (Fayard, 1986), La Chute de Paris, juin 1940 La Fabrique, 2013), La Dynastie Rothschild (Le Seuil, 1995) ou encore De Gaulle/Pétain: règlements de comptes. Et surtout peut-être La Rive Gauche (Le Seuil, 1981)), superbe histoire des intellectuels français du Front populaire à la guerre froide, que j’ai eu le bonheur de relire cet été. Donc trois historiens, Robert Aron, Paxton, Herbert Lottman (1927-2014), qui ont écrit de histoires de Vichy bien différentes, à partir des mêmes témoignages, des mêmes archives, et des conclusions assez antagonistes ; l’occasion d’une réflexion sur l’histoire et les historiens.
Paxton contre  Aron
Donc, pour Paxton, le supposé double jeu de Vichy n’a jamais existé.  Au contraire, Pétain, Laval et Darlan ont toujours recherché la collaboration avec l'Allemagne nazie, et multiplié les signes et les gages de leur bonne volonté à s'entendre avec le vainqueur, allant souvent spontanément au-devant des exigences allemandes. Loin d'avoir protégé les Français, le concours de Vichy a permis aux Allemands de réaliser plus facilement tous leurs projets — pillage économique et alimentaire, déportation des Juifs, exil forcé de la main-d'œuvre en Allemagne. Avec leur peu de troupes, de policiers et de fonctionnaires, jamais les Allemands n'auraient pu gérer un pays développé aussi vaste sans le concours actif du gouvernement, de l'administration et de la police. Les rares contacts officieux et sans suite avec Londres, fin 1940, démesurément gonflés et surinterprétés après la guerre par les partisans de Vichy, ne pèsent rien au regard de la réalité de la Collaboration, indéfectiblement poursuivie jusqu'à l'été 1944 inclus. »
Les historiens Henry Rousso et Jean-Pierre Azéma ont défendu, face aux attaques de Paxton, la remarquable Histoire de Vichy de Raymond Aron. Pétain aurait bien joué un rôle de  bouclier des Français, et  aurait su jouer double jeu avec Hitler. Ils mettent notamment l'accent sur la conclusion de Robert Aron : « négociations secrètes, télégrammes clandestins, mesures dilatoires, impossibles à percevoir par l’opinion, ne cessent de réduire la collaboration proclamée ». Plus sévère encore, Marc Ferro a critiqué les chiffres et la méthode de Paxton. Ainsi, selon Paxton : « Environ 45 000 volontaires s'engagent en 1944 dans l'odieuse Milice, en partie peut-être pour échapper au STO, en partie par fanatisme, en partie aussi pour aider à défendre « l'ordre public ». Si l'on y ajoute les effectifs de police et la garde militaire, il est vraisemblable qu'en 1943-1944 il y a autant de Français travaillant à écraser le désordre que de résistants ». Et Ferro de faire remarquer : « Laissons ces chiffres, pris aux Archives, mais qui n'ont aucun sens : tous les Français qui résistent ne résistent pas nécessairement dans un réseau ou une unité enrégimenté... Un paysan ou un fonctionnaire qui aide des résistants ne figure pas sur les rôles des réseaux ni des unités militaires de la Résistance. Surtout, ce que la plupart redoutent, ce n'est pas la révolution : c'est d'être fusillés par les Allemands… « . Et ce jugement sévère de Ferro sur Paxton : «  Il fait des erreurs d'appréciation », « son analyse se base sur des chiffres tirés des archives et interprétés sans tenir compte du contexte. ».
Plus sévère encore,  l'historien Pierre Laborie avance que Paxton a « minimisé le poids de l'Occupation ». et que son 'argumentation repose sur des erreurs grossières  : « Dans l'édition de 2005 de La France de Vichy, page 12, Paxton écrit que jusqu'en 1943, il n'y a eu que 40 000 soldats allemands (des « vieux ») ; les forces nouvelles seraient arrivées plus tard, et elles auraient été placées sur les côtes. C'est une grossière erreur, gênante en raison du commentaire qui l’accompagne, et malheureusement répétée au cours des éditions, en dépit des démarches effectuées pour attirer l’attention de l’éditeur sur la bévue. Les seules troupes de sécurité (maintien de l’ordre) représentaient 100 000 hommes fin 1941, 200 000 en 1943. À leurs côtés, les troupes d’opérations comptaient 400 000 hommes en 1942-43 et ces effectifs seront portés à environ un million d’hommes au début de 1944. On peut regretter que le respect légitime ( ??) à l’égard du grand historien de Vichy conduise à rester silencieux devant un point contestable de son travail et à lui attribuer une sorte de statut de « vache sacrée » qu’il n’a certainement jamais revendiqué ».
Enfin,  les historiens Léon Poliakov, Gerald Reitlinger et Alain Michel considèrent, contrairement à Pacxton,  que le régime de Vichy, bien qu'antisémite, a cherché à amortir l'impact de la déportation des Juifs de France, et réussi à le faire.
Et, en effet, il faut bien que le masochisme français soit bien ancré pour que Paxton et ses épigones aient bénéficié d’une telle audience ; sans compter le terrorisme de certains groupes d’intellectuels pour qui s’opposer à Paxton, c’est collaborer avec les nazis français et allemands…
Avec Herbert R. Lottman (1927-2014), nous avons encore quelque chose de tout à fait différent. Que ce soit dans ses livres littéraires, notamment  sur Camus, ou historiques (Pétain (Fayard, 1984), L'Epuration (Fayard, 1986), La Rive Gauche (Le Seuil, 1981), nous avons beaucoup mieux qu’une « minutie toute anglo-saxonne », comme l’a écrit je ne sais plus quel critique ; nous avons une accumulation étonnante de faits et de témoignages, tous vérifiés, certifiés,  mais tous organisés et interprétés par une connaissance véritable du contexte et des mentalités, et une véritable empathie pour ses sujets, en particulier la France et les Français. Et bien que Lottman ne dissimule pas ses sympathies politiques (socialistes et démocratiques), l’ensemble forme un tableau sans doute le plus proche possible de ce que peut être une vérité historique et permet à chacun de se faire sa propre idée, même si Lottman donne la sienne ; sur l’Epuration par exemple : « les Français n’ont pas à rougir de leur épuration » ;  ça peut se discuter dans le détail ( relire Aron et Amouroux !) ; si l’on compare en d’autres temps ou en d’autres lieux, pourquoi pas ?
Lottman, un grand monsieur, ou Lottman plutôt que Paxton
Avec sensiblement  les mêmes archives et les mêmes témoignages, Aron, Paxton et Lottman ne lisent pas la même chose ; là où le premier interprète faits, discours et archives en tenant compte de l’action qu’il a vécu au plus près, que le troisième se rapproche du premier par un travail acharné et une véritable empathie, il semble que le second ne comprenne pas ce qu’il lit ou trouve, faute de l’interpréter, ou, pire,  ne comprenne que ce qu’il a  décidé de comprendre selon une opinion prédeterminée. Ainsi sans doute en va-t-il en tous domaines ; et reprenant la conception d’Auguste Comte sur l’opposition / conciliation entre la spécialisation dispersive des érudits et l’esprit de généralité nécessaire à ceux qui veulent avoir une vue philosophique de leur discipline, on pourrait distinguer les généralistes qui veulent trancher de tout sans savoir grand chose (guère dangereux, car faciles à démonter), les érudits incapables de comprendre leur sujet en raison de leurs œillères (plus dangereux car crédibles), et les érudits capables de s’élever à une véritable connaissance et de la transmettre, grâce à une expérience vécue ou des vertus d’empathie.
Bref, pour donner envie de lire Lottman plutôt que Paxton,
Quelques extraits de La Rive Gauche, à propos d’un personnage cité à plusieurs  reprises par Onfray lors de ses cours de l’Université Populaire de l’été 2015, le lieutenant Heller, patron de la censure allemande en France pendant l’Occupation :
« Heller n’affronta de danger réel qu’à son retour en Allemagne, après la libération de Paris…Il apprit par un ami à Berlin que quelqu’un, au ministère de la Propagande, l’avait dénoncé comme défaitiste. Il s’était en effet opposé, en aout 44, à un projet qui tendait à rassembler en Allemagne des otages français. Il avait vu une liste d’écrivains français connus pour leur hostilité au Reich – des noms connus comme ceux de Mauriac et d’Eluard,- à l’Institut Allemand et au quartier général du SD, avenue Foch, et il était parvenu à s’emparer de ladirte liste, et à la détruire dans les deux cas. A présent, un rapport circulait sur Heller, rapport des plus sévères.. »
« Il éprouvait une gratitude particulièrement vive envers Paulhan : » c’est par lui que je suis devenu un autre homme ». Il se souvient d’avoir, craignant pour la sécurité de l’écrivain, fait les cent pas sous les fenêtres de ce dernier, rue des Arènes, pour être là en cas d’incident. De temps en temps, il jetait un coup d’œil sur une maison toute proche, où habitait Jean Blanzat, l’un des plus proches amis de son protégé, et où se cache quelques temps Mauriac »
«  Céline arriva un jour au bureau  de Heller à l’Institut Allemand, et griffonna un NRF sur la porte. « Voyons, déclara-t-il, tout le monde sait que tu es un agent de Gallimard et le secrétaire particulier de Jean Paulhan ». Céline tira deux lunettes de motocyclistes de sa poche, donna l’une à Heller et l‘autre à Marie Louise, la future Mme Heller, en leur disant «  elles vous rendront bien service quand les villes allemandes s’en iront en flammes et en fumées ».
Une dernière à propos de l’intervention d’un Pasternak, déjà en disgrâce en URSS, et intervenant au Congrès International des écrivains pour la défense de la culture, organisé par les communistes en 1935 à Paris. Donc, Pasternak, expédié à Paris sur ordre exprès de Staline : « Je comprends qu’il s’agit ici d’un rassemblement d’écrivains en vue d’organiser la résistance au fascisme. Je n’ai qu’une chose à dire : ne vous organisez pas ! L’organisation est la mort de l’art. Seule compte l’indépendance personnelle. En 1789, en en 1848, en 1917, les écrivains n’étaient organisés ni pour, ni contre. Ne le faites pas, je vous en supplie, ne vous organisez pas »… Selon Malraux, son intervention se résumait à peu près en ceci : « Parler politique ? futile, futile…Politique ? Allez campagne, mes amis, allez campagne cueillir fleur des champs »
Editeurs, rééditez Lottman plutôt que Paxton !
 
 

jeudi 9 juillet 2015

L’ Ecole Polytechnique détruite ? Le rapport Attali


Alors qu’un projet aberrant vise à bouleverser de fond en comble  la prestigieuse Ecole Polytechnique (voir notamment pour le détail des mesures absurdes Rapport Attali: ou comment tuer l'École polytechnique, Thierry Berthier, http://www.huffingtonpost.fr/thierry-berthier/rapport-attali-ou-comment_b_7559320.html); j’ai pensé intéressant de rappeler les circonstances de la création de l‘Ecole.

On peut se demander quelle rage, folie, saisit une partie de nos élites, des fonctionnaires de l’Education Nationale, apparemment écoutés par ce gouvernement, de détruire ce qui fonctionne encore bien dans notre enseignement  au lieu de s’attaquer à ce qui ne fonctionne pas ; désir de terre brûlée, égalitarisme néo montagnard, simple bêtise, le classement de Shangai qui rend fou ? Que l’on compare en tous cas avec le prestige et la considération  accordés, dans leurs pays respectifs,  à ces vieilles institutions, Oxford, Cambridge, Harvard, Princeton, le MIT, l’institut Lomonossov…Qui aurait l’idée d’un rapport Attali pour Harvard ?
 

L’Ecole Polytechnique : “Pour la Patrie, la Science et la Gloire” (Extrait de l’Empire des Sciences, Napoléon et ses savants, Poche Ellipses, 2015)
 Un complot des savants

En mars 1794 certains membres du Comité de Salut Public s’inquiétèrent. Comment former les officiers dont les armées révolutionnaires avaient besoin ? Les prestigieuses et efficaces écoles militaires de l’Ancien Régime avaient été fermées. L’enseignement révolutionnaire de l’Ecole de Mars, puis de l’Ecole Normale, ils n’y croyaient pas beaucoup. Il fallait autre chose. Par exemple, recréer Mézières, l’Ecole militaire d’élite par excellence. La future Ecole Polytechnique aura trois parrains politiques qui, tour à tour, la protègeront et veilleront avec constance et persévérance à sa survie et à son développement. Ils s’appellent Carnot, Prieur de la Côte d’Or et Fourcroy. Tous trois furent membres du Comité de Salut Public ; deux d’entre eux,  Carnot et Prieur, avaient étudié à l’Ecole du génie de Mézières. Auprès d’eux agissait “ un congrès de savants”, écrivit A. Fourcy, le premier historien de l'Ecole ; on dirait aujourd’hui un lobby. Y figuraient , au premier plan, Monge, ancien enseignant à Mézières et ancien examinateur de la Marine, et Laplace ; et aussi les chimistes Guyton de Morveau, Berthollet, Vauquelin, le physicien Hassenfratz, l’ingénieur Lamblardie, patron des Ponts et Chaussées. Les chimistes étaient particulièrement influents. Grâce aux procédés mis au point par le pauvre Lavoisier et par Berthollet, les armées françaises ne manquaient pas de poudre, malgré l’arrêt de l’importation des salpêtres indiens- alors que,  naguère, le manque de poudre avait mis fin à la guerre de Sept Ans.

Mieux que Mézières
Donc recréer Mézières, et même mieux.  Le projet pédagogique des fondateurs est ambitieux : il s’agît de fonder une Ecole d’un type nouveau, une école généraliste où l’on apprendrait les bases scientifiques fondamentales communes à tous les métiers techniques. “Ils virent que la science d’un bon ingénieur se compose de notions générales, communes à tous les genres de services, et de détails pratiques propres à chacun d’entre eux. Parmi les premières et au premier rang sont les mathématiques élevées qui donnent de la tenue et de la sagacité à l’esprit. Viennent ensuite les grandes théories de la chimie et de la physique. Celles-ci, fondées sur des définitions moins rigoureuses, mais procédant comme les mathématiques, développent cette sorte de talent qui sert à interroger la nature et montre les ressources qu’elle peut fournir. Enfin, on doit y comprendre les principes généraux de toutes les espèces de construction, dont la connaissance est nécessaire pour rendre l’ingénieur indépendant des circonstances et des localités. On eut donc dans la nouvelle école des cours de mathématiques pures et appliquées, des leçons de géométrie descriptive, de fortification, de dessin et d’architecture civile, navale et militaire. Quant aux détails pratiques, on les renvoya aux anciennes écoles, qu’on laissa subsister en élevant toutefois leur enseignement.” (Biot)

Pour Fourcroy, il faut donc prévoir une formation générale de trois ans au moins qui permette ensuite de suivre facilement les cours des écoles spécialisées : génie, artillerie, marine, topographie, Ponts et Chaussées… Pas question d’adopter le mode de recrutement de l’Ecole Normale : recrutement proportionnel à la population (un candidat pour 20.000 habitants), sélection des candidats par un jury populaire sur des critères moraux . Non, une solution sûre, éprouvée : le concours, comme celui que pratiquaient les examinateurs royaux Monge et Laplace, comme celui qu’ont brillamment réussi Carnot et Prieur. Devant la Convention, Fourcroy annonce carrément : “On veut appeler ceux qui sont déjà les mieux préparés pour que la République puisse jouir plus tôt de l’exercice de leurs talents… La seule manière de les reconnaître est de les faire passer à travers un examen qui donne la mesure précise de l’intelligence et des dispositions de chacun d’eux.” Alors qu’aux tribunes de la Convention, on glorifie le culte de l’égalité et on rejette avec violence tout ce qui ressemble à la reconstitution de castes privilégiées, ce discours témoigne d’une réelle conviction et d’un vrai courage politique.
Une naissance difficile

En juillet 1794, la Convention se révolte contre Robespierre, brutalement décrété d’arrestation puis exécuté. L’Ecole Centrale des Travaux Publics, projet défendu par le jacobin Fourcroy, va-t-elle être emportée par la haine du dictateur et le soulagement de ceux qui l’avaient acclamé à proportion qu’ils le craignaient ? Fourcroy monte à la tribune et se livre à un beau numéro d’opportunisme. Robespierre, Couthon et Saint-Just, explique-t-il, étaient hostiles à la science, ils s’opposaient à son projet. Ils menaient “une véritable conjuration contre les progrès de la raison humaine, voulaient anéantir les sciences et les arts pour marcher à la domination”. Une première fois, l’Ecole est sauvée.
En octobre 1794 se déroule le premier concours. Certains examinateurs n’ont pas bien compris les vues de Fourcroy, n’ont pas saisi le cours nouveau des choses. A Paris, l’examinateur “au moral”, montagnard fanatique, insiste pour qu’aucun élève ne soit autorisé à subir les épreuves scientifiques s’il n’a pas été auparavant admis par lui. Aucun repêchage ne doit être possible et l’examinateur entend s’opposer à la “compensation sacrilège des vertus par les talents”. Il recale derechef les quarante premiers élèves qu’il examine : “La manifestation de leur patriotisme a été nulle » On décida rapidement d’éliminer l’examinateur...

Le 1er nivôse an II (21 décembre 1794) eut lieu le premier cours de l’Ecole Centrale des Travaux Publics. Le Représentant Fourcroy y arriva en grande tenue et donna une conférence de physique. A Fourcroy succèdèrent Monge, Chaptal, Hachette, Hassenfratz. Dans l’assistance figurait un autre Représentant, Prieur de la Côte d’Or. Malgré la qualité du corps enseignant, l’Ecole connût des débuts difficiles. En Floréal (mai) 1795, la moitié des élèves n’assistaient plus aux cours. Les uns, mal nourris, mal logés, épuisés par les privations, étaient malades ; les autres ont abandonné et sont retournés chez eux. Les soldes en assignat ne leur permettaient plus de vivre à Paris. Les logeurs désignés par l’administration de l’Ecole (les “pères de famille”) trouvaient les pensions insuffisantes et renvoyaient les élèves. Les élèves qui restaient à l’Ecole manifestaient une vive hostilité envers la Convention et sympathisaient avec les muscadins contre-révolutionnaires.
 L’Ecole menacée par les tribulations politiques
Les 1er et 2 Prairial 1795 (20 et 21 mai), les sections parisiennes favorables aux montagnards se révoltent. L’hiver a été rude et les quartiers populaires ne supportent plus les rationnements alors qu’un marché libre bien approvisionné  permet aux plus riches de vivre luxueusement. La Convention est envahie, un député assassiné. Les sections du centre de Paris, refusant le retour des tragiques journées révolutionnaires, soutenues par l’armée et les muscadins, rétablissent l’ordre. Monge, suspect de sympathies jacobines, est décrété d’arrestation, ainsi que son assistant Hachette et Hassenfratz. Même les élèves les plus favorables aux royalistes se révoltent alors contre l’arrestation de Monge. A la Convention, Carnot, Prieur et Fourcroy veillent. Ils obtiennent le maintien de l’Ecole, et, bien mieux, ils font voter un secours immédiat pour les élèves les plus pauvres et une augmentation du traitement pour tous. Lagrange entre dans le corps enseignant et donne le cours d’analyse le plus avancé du monde. Monge, bientôt libéré, reprend aussitôt son enseignement. Prieur et Carnot viennent visiter l’Ecole et s’assurent que les élèves ont bien repris les cours. Fourcroy continue à travailler la Convention et obtient un cadeau incroyable pour son école, le “privilège”. Désormais, aucun élève ne pourra être reçu dans les écoles d’ingénieurs de la marine, du génie, de l’artillerie, des Ponts, de topographie s’il n’a auparavant suivi les cours de l’Ecole. L’Ecole Centrale des Travaux Publics devient l’Ecole polytechnique….
Au printemps 1797, le régime subit l’une des plus grandes défaites électorales de l’histoire de France : 17 députés favorables au Directoire sont réélus, contre 170 royalistes et 45 indécis. Barras, à nouveau, sauve son pouvoir par un coup d’Etat, le 18 fructidor (5 septembre). Les soldats d’Augereau, envoyés par Bonaparte, occupent Paris. Les Conventionnels favorables à Barras s’indignent de l’attitude des élèves de l’Ecole Polytechnique, “clychiens et réactionnaires”. “L’aristocratie s’est réfugiée dans l’Ecole” entend-on à la tribune de la Convention. Alors paraît un Conventionnel incontestable, Prieur de la Côte d’Or. Il admet benoîtement : “On ne peut douter que quelques élèves ne soient infectés de ce vice, mais il y aurait de l’exagération à trop généraliser ce reproche”. Quelques jours plus tard, Prieur explique encore : “Les élèves une fois admis, il n’y a plus aucun moyen de les réprimer”.

Les élections ont été annulées, 198 députés sont invalidés et 53 déportés en Guyane. Le Directeur royaliste, Barthélemy, est, lui aussi, condamné à la déportation ; Carnot, Directeur favorable au respect du résultat des élections échappe au sort de Barthélemy en courant à la frontière suisse. Mais, pour Prieur, on ne peut prendre aucune sanction contre les élèves de l’Ecole…Les parrains de l'Ecole la défendent bien.
Bonaparte découvre Polytechnique : le rêve Egyptien

Alors que le Directoire de fructidor continue à brimer l’Ecole, rognant les crédits de fonctionnement, les pensions des élèves, retardant la construction des laboratoires de chimie et supprimant même le “privilège” durement gagné par Prieur, le futur Empereur s’y crée au contraire une clientèle d’admirateurs. Il a pour eux un grand projet.
Ce grand projet, c’était l’Expédition d’Egypte. Trois membres du corps enseignant (Monge, Berthollet et Fourier) et trente-neuf élèves issus des premières promotions y participèrent ; huit y laissèrent la vie. Napoléon eut l’occasion d’apprécier l’intelligence et l’activité des Polytechniciens et l’excellence de leur formation, leurs capacités en tous domaines. On sait le rôle politique important que tint Fourier en Egypte. La Description de l’Egypte et la représentation de ses fascinantes antiquités doit autant, sinon plus, aux cours de géométrie de Monge et aux relevés des Polytechniciens qu’au coup de crayon de Denon (“Denon n’a donné que des croquis et des vues sans lever aucun plan, ni prendre aucune mesure” expliquait Villiers).
Le mirage égyptien, héritage de l’épopée napoléonienne, hanta durablement Polytechnique. Ceux qui y participèrent planifièrent, à l’Institut d’Egypte, la mise en valeur du pays. Certains collaboreront aux ambitieux programmes de développement de Mohamed Ali. Les Saint-Simoniens des promotions des années 1810 rêvaient d’un mariage mystique entre Orient et Occident en Egypte. Prosper Enfantin y fit de longs séjours. Charles Lambert fonda et dirigea l’Ecole Polytechnique de Boulak. Ce n’est pas un hasard si le projet du canal de Suez naquit dans les milieux Saint-Simoniens du Second Empire…
Qu’enseigner à l’Ecole ?“Les sciences dans leur état le plus récent“

Entre Fourcroy, Monge, Laplace et Prieur, l’accord était total : L’Ecole devait enseigner les méthodes les plus générales, les plus théoriques, les plus récentes. Elle devait donner le dernier état de la science, amener ses élèves au niveau de la recherche scientifique. C’est pour cette raison que Fourcroy avait plaidé, lors de la création de l’Ecole, pour une scolarité en trois ans. Cela parut démesuré pour former de simples officiers de l’artillerie et du génie, et les Montagnards, opposés à toute renaissance d’une élite, les Idéologues, qui voulaient le monopole de l’enseignement de haut niveau, suspectèrent la manœuvre. “Sous couleur de préparer des officiers instruits et des ingénieurs capables, ils (Fourcroy, Carnot, Prieur, Monge) travaillent à constituer un centre de hautes études désintéressées” entendit-on à la tribune de la Convention…Devant les attaques du corps législatif, Monge avoua carrément ce que fut “le complot des savants” : “Lorsqu’on a créé l’Ecole, on voulait, à la vérité, préparer des officiers et des ingénieurs, mais on avait un but bien plus vaste et bien plus élevé, celui de stimuler tout d’un coup le génie français prêt à s’endormir, de rappeler l’attention vers les sciences, de ranimer l’amour de l’étude et de rendre à la France un éclat non moins solide que celui de nos armées…, de tirer la nation française de la dépendance où elle a été, jusqu’à présent, de l’industrie étrangère”. Ce programme, Napoléon l’accepta, et Arago put se moquer de ces généraux, “très braves canonniers mais nullement artilleurs” qui harcelaient l’Empereur de leurs doléances sur ce qu’ils appelaient les tendances trop scientifiques des officiers sortis de l’Ecole. La vocation de l’Ecole à conduire une recherche de haut niveau fut confirmée en 1808, après la découverte du potassium par l’Anglais Davy, grâce à la pile de Volta. Napoléon finança, pour la somme alors considérable de 20.000 francs, la construction d’une pile gigantesque, qui fut installée à l’Ecole et confiée au Polytechnicien Gay-Lussac.
Entre les cours de géométrie et d’algèbre de Monge, le calcul différentiel de Lacroix, la chimie de Fourcroy et de Haüy, sans compter les dessins de géométrie descriptive, d’imitation libre et les comptes-rendus d’opérations chimiques, l’enseignement était effectivement de haut niveau et ardu…

Et c’est cela que l’on veut détruire ?