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vendredi 12 mai 2023

Autres conséquences environnementales des éoliennes off shore

 1) le Balsa et la déforestation en Amazonie

Certaines éoliennes, particulièrement off shore utilisent massivement du balsa Les trois pales de 81 mètres de long des éoliennes offshore de Siemens Gamesa contiennent au total près de 6 tonnes de balsa (approx. 40 m³). Cela correspond pour l’éolienne entière à environ 40 arbres !  D’autres constructeurs d’éoliennes utilisent également le balsa, mais en quantités moindres : environ 9  m³ pour Nordex et 2.5 m³ pour Vestas en 2021).

Et ça se voit : Le plus gros consommateur mondial de balsa est l’entreprise Siemens Gamesa. Le groupe éolien germano-espagnol a consommé près de 26 000 tonnes de balsa en 2021 (soit environ 150.000 arbres). Cette consommation massive de Bals par l’éolien s’accompagne d’exploitation sauvage et de déforestion en Amazonie

Pour aller plus loin,

https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1255/vos-eoliennes-contiennent-elles-du-balsa-damazonie#

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/10/du-balsa-dans-les-eoliennes-oui-et-pas.html


3) Eoliennes géantes, SF6 et réchauffement climatique

En marin, on recourt désormais aux turbines de type 4, dont la puissance atteint 10 MW, en attendant des turbines de 20 MW. Ces nouvelles turbines, généralement constituées d’un moteur synchrone à aimant permanent, sont très faciles à connecter au réseau, notamment parce qu’elles sont autonomes en énergie.

Pour gagner de la place, on recourt à des tableaux électriques appelés GIS (Gas Insulated Switchgear), dans lesquels un gaz spécial, le SF6 (hexafluorure de soufre, au fort pouvoir isolant) permet de raccourcir fortement ces distances. Or, le SF6 est le plus puissant gaz à effet de serre et son utilisation, après un premier moratoire obtenu par l’industrie éoleinne allemande, devrait  être interdit à partir de 2030.

Les mesures de l'air au-dessus de l'Allemagne ont déjà identifié le pays comme le pire contrevenant en Europe en ce qui concerne le SF6. Avec les 30.000 éoliennes allemandes, l´effet du SF6 qui s´en échappe est plus important que celui du trafic aérien intérieur de l´Allemagne.

Pour aller plus loin

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/les-eoliennes-vertes-voir-2-le-sf6.html

 


3) Eoliennes off shore et métaux rares

Les nouvelles turbines de forte puissance pour l’éolien off shore utilisent des aimants permanents et nécessitent donc des métaux rares. L’éolien off shore est de loin la technique de production d’électricité présentant la plus grande fragilité vis-à-vis de matériaux et métaux stratégiques, avec des dépendances stratégiques fortes pour le cuivre, le cobalt, certains métaux ( terres) rares (néodyme, dysprosium…) (Métaux pour une énergie propre: voies pour relever le défi des matières premières en Europe-KU Leuwen University, 2022). Christian Buch, PDG de Siemens Renouvelable affirmait en novembre 22 «N’oubliez jamais que les énergies renouvelables comme l’éolien ont besoin, en gros, de 10 fois plus de matériaux par rapport à ce dont les technologies conventionnelles ( dont le nucléaire)  ont besoin »

Cette frénésie de métaux pose de réelles questions sur la viabilité et la durabilité d’un développement massif de  l’éolien offshore, qui se verra confronter à de sérieux goulots d’étranglement physiques et économiques. Et aussi, bien sûr, l’explosion nécessaire des extractions minières dans des pays où la protection de l’environnement est pour le moins laxiste pose de sérieux problèmes écologiques

Guillaume Pitron : La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/05/rapport-rapport-rystad-energy-pour-wind.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/06/metaux-pour-une-energie-propre-voies.html

mardi 17 août 2021

Rapport de l’UNECE sur le nucléaire (UNECE Technological brief : Nuclear power)

 Cf. https://twitter.com/laydgeur/status/1425816691003600898?s=09, https://unece.org/sites/default/files/2021-08/Nuclear%20power%20brief_EN_0.pdf

UNECE : Commission économique pour l'Europe des Nations unies, établie en 1947 pour encourager la coopération économique ; C'est l'une des cinq commissions régionales du Conseil économique et social de l’ONU. Elle comporte 56 pays membres en Europe, Amérique du Nord et Asie. 70 organisations professionnelles internationales et organisations non gouvernementales participent à ses travaux.


1) Les Recommandations clés

1) Établir des règles du jeu équitables pour toutes les technologies à faibles émissions de carbone : la décarbonation de l’énergie est une entreprise importante qui nécessitera le déploiement de toutes les technologies à faibles émissions de carbone disponibles, y compris l’énergie nucléaire

2) Fournir des signaux stratégiques positifs à long terme pour un nouveau développement nucléaire Des politiques cohérentes et des cadres de marché clairs permettront d’investir dans de nouveaux projets d’énergie nucléaire et de soutenir des chaînes d’approvisionnement stables.

3) Accélérer le développement et le déploiement des SMR (Small Modular Reactors) et des technologies de réacteurs avancés. Le soutien technique, financier et réglementaire est essentiel pour le déploiement et la commercialisation de nouvelles technologies nucléaires.

4) L’harmonisation internationale des cadres d’octroi de licences devrait être encouragée.

5) Sécuriser l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes. L’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes permettra d’éviter des émissions de CO2 inutiles et de réduire les coûts de la transition énergétique. Cela doit respecter les paramètres de sécurité et économiques.

6) Évaluer les mérites d’un financement à faible coût des projets d’énergie nucléaire. Les classifications de la finance verte devraient être basées sur des méthodologies scientifiques et technologiquement neutres. Les banques multilatérales et les institutions financières internationales devraient envisager les projets nucléaires dans le cadre de leurs activités de prêt durables.

Quelques données et arguments

2) Un rôle majeur dans la prévention des émissions de CO2

"L’énergie nucléaire est une source d’énergie à faible émission de carbone qui a joué un rôle majeur dans la prévention des émissions de CO2. Au cours des 50 dernières années, l’utilisation de l’énergie nucléaire a réduit les émissions mondiales de CO2 d’environ 74Gt, soit près de deux ans d’émissions mondiales totales liées à l’énergie. Seule l’hydroélectricité a joué un rôle plus important dans la réduction des émissions historiques. Aujourd’hui, l’énergie nucléaire fournit 20 % de l’électricité produite dans la région de la CEE (figure 3) et 43 % de la production à faible émission de carbone."




3) Le nucléaire et le GIEC

Le rapport 1,5°C du GIEC publié fin 2018 présente 89 scénarios d’atténuation dans lesquels la production nucléaire croît en moyenne 2,5 fois par rapport au niveau d’aujourd’hui d’ici 2050. En outre, le scénario illustratif « au milieu de la route » – dans lequel les tendances sociales, économiques et technologiques suivent les modèles actuels et il n’y a pas de changements majeurs dans l’alimentation et les habitudes de voyage – voit la demande de production nucléaire multipliée par six d’ici 2050, la technologie fournissant 25 % de l’électricité mondiale. L’énergie nucléaire est une source d’électricité éprouvée et un outil vital pour aider le monde à atténuer avec succès les impacts du changement climatique. Les pays qui choisissent de le poursuivre devront donc accélérer considérablement le déploiement des réacteurs dans les années à venir pour aider à prévenir une augmentation de la température supérieure à 2 °C.

4) Innover sur le cycle du combustible. Retraitement et surgénérateurs (RNR)

Une caractéristique unique de la technologie nucléaire est que le combustible irradié peut être retraité pour récupérer les matières et fournir du combustible aux centrales nucléaires existantes et futures. Dans la CEE, la France et la Russie possèdent toutes deux des installations de retraitement industriel et offrent ces services de recyclage à l’échelle internationale, tandis que le Royaume-Uni possède des capacités de retraitement car il exploite des installations depuis plusieurs décennies. Il n’est actuellement possible de recycler que partiellement le combustible à l’échelle industrielle, ce qui se traduit par un gain énergétique d’environ 25 % par rapport à l’uranium extrait d’origine. Les réacteurs à neutrons rapides pourraient augmenter l’énergie produite à partir de l’uranium extrait jusqu’à 6 000 %, augmentant le courant au-delà de 4 000 ans.

La commercialisation et la disponibilité à grande échelle de réacteurs rapides auraient de profondes implications à la fois pour les besoins en matière d’extraction d’uranium et pour la gestion des déchets radioactifs. Plusieurs pays de la région de la CEE s’intéressent actuellement à des réacteurs rapides. La Russie a mis en service deux réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium et prévoit également de développer un réacteur refroidi au sodium de 1 200 MW (BN-1200) ainsi qu’un réacteur refroidi au plomb de 300 MW (BREST-300). Il y a également un nouveau développement de réacteurs rapides aux États-Unis, où le financement public de TerraPower et du réacteur rapide Natrium refroidi au sodium de GE Hitachi a récemment été annoncé. D’autres pays ont également construit et exploité des réacteurs rapides dans le passé.

5) De nouveaux réacteurs pour de nouveaux usages

Les centrales nucléaires produisent à la fois de l’électricité et de la chaleur à faible émission de carbone, ce qui ouvre, au-delà de l’électricité, des possibilités de décarbonisation de secteurs pour lesquels il n’existait pas de solutions. Les utilisations non électriques potentielles du nucléaire comprennent la production d’hydrogène, la chaleur industrielle, le chauffage urbain, le dessalement de l’eau de mer, la production de combustibles synthétiques et de produits chimiques, le refroidissement et la réfrigération, ainsi que les applications de cogénération… Les SMR en particulier possèdent des propriétés  (possibilité de fonctionner à températures élevées, souplesse, co-implantation avec des installations industrielles) qui permettraient d’ouvrir véritablement ouvrir ces marchés).

C’est notamment le cas pour la production d’hydrogène selon différentes techniques : électrolyse à basse température de l’eau, électrolyse à haute température, utilisant la chaleur et l’électricité des réacteurs nucléaires (à 600 °C),  production thermochimique à haute température (800-1000°C).

Dans le domaine industriel, la production nucléaire trouverait son utilité dans  des industries à forte intensité énergétique telles que la chimie, la fabrication de pâtes et papiers, la sidérurgie.

De nombreux pays envisagent les SMR pour le chauffage urbain. La Russie, plusieurs pays d’Europe de l’Est, la Suisse et la Suède ont tous des projets plus ou moins avancés de  systèmes de chauffage urbain nucléaires. En 2020, la Chine a débuté un premier projet commercial de chauffage urbain qui fournira de la chaleur à 700 000 mètres carrés de logements. (Réacteur Linglong One, 125 MWe, dans le Hainan) 





5)L’importance du coût du financement. La LCOE seule ne permet pas de comparer le nucléaire et les autres sources d’électricité, en particulier intermittentes !

Les coûts de financement (souvent représentés par les taux d’actualisation ou le coût du capital) sont influencés par les taux d’intérêt, la répartition des risques pendant la construction, la présence de garanties, le taux de croissance de l’économie, la structure sous-jacente du marché, la présence de tout accord d’achat d’électricité et d’autres facteurs. Ces facteurs relèvent principalement de la sphère d’influence du gouvernement. Lorsque les coûts de financement sont élevés, ils ajoutent considérablement au LCOE de l’énergie nucléaire. L’accès à un financement à faible coût est donc essentiel à la viabilité du projet. Dans de nombreuses régions du monde, l’énergie nucléaire est l’une des options les plus compétitives en termes de coûts pour la production d’électricité.


Mais attention à la LCOE !

6) Les coûts totaux de l’énergie : Le LCOE compare tous les coûts au niveau de la production  mais ne tient pas compte de la valeur de l’électricité générée, ni  des coûts indirects pour l’ensemble du système et il ne permet pas de comparer des technologies qui fonctionnent différemment comme  les énergies renouvelables variables et les énergies pilotables. Les coûts des sources d’énergie renouvelables variables (ERV) diminuent rapidement, mais ces technologies imposent également des coûts de système supplémentaires qui augmentent considérablement avec le taux de pénétration  des ENR. Et évidemment, ces coûts supplémentaires du système augmentent le coût global de l’électricité. 


L’ajout au système énergétique d’une production de base pilotable à faible émission de carbone – comme les centrales nucléaires, l’hydroélectricité et les centrales fossiles avec CSC – réduit les coûts globaux de la décarbonisation tout en maximisant les chances d’une transition réussie. Pour de nombreux pays, il est clair que l’énergie nucléaire fera partie d’une voie de décarbonisation optimisée, la plus rapide, la moins coûteuse et la moins risquée.

Enfin, les centrales nucléaires donnent également lieu à d’importantes externalités positives qui ne sont pas prises en compte par les marchés. Ils offrent une résilience accrue contre les chocs graves qui affectent périodiquement le système énergétique, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes. Par exemple, lors des récentes pannes d’électricité hivernales au Texas (février 2021), les centrales nucléaires ont été la forme de production la moins touchée.

7) Recettes pour faire baisser le coût du nouveau nucléaire

Les pays qui ont maintenu un programme cohérent de construction nucléaire, comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Fédération de Russie, ont réussi à faire baisser le coût des nouvelles constructions nucléaires.  Par conséquent, il existe un potentiel important de réduction des coûts de construction à court terme pour les projets dans d’autres pays.

En tirant parti des leçons tirées des récents projets de construction du monde entier, en accordant la priorité à la maturité de la conception et à la stabilité réglementaire, en mettant en œuvre un programme de réacteurs standardisé et en suivant les recommandations sur les meilleures pratiques, les pays peuvent s’attendre à réduire considérablement le coût des projets de centrales nucléaires au cours de la prochaine décennie. Combiné à l’accès à un financement à faible coût, cela réduira considérablement le LCOE de l’énergie nucléaire, ce qui contribuera à réduire les coûts globaux de la décarbonisation et de la transition énergétique à faible intensité de carbone.

Les SMR offrent des voies supplémentaires de réduction des coûts pour les technologies nucléaires. , des coûts d’investissement plus faibles, une construction plus courte  et modulaire.


NB : on trouvera un certain nombre de données proches dans le rapport ersion intégrale (Possible role of nuclear in the dutch energy mix in the future 1st September 2020)

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/role-possible-du-nucleaire-dans-le.html

 

8)Le nucléaire peut faire du suive de charge ( et c’est l’exemple de Golfech qui est pris)

Aujourd’hui, la plupart des centrales nucléaires dans le monde fonctionnent en mode « charge de base ». Les faibles coûts variables de l’énergie nucléaire, associés à des structures de marché qui ne paient que pour chaque unité d’électricité produite, incitent les opérateurs à maximiser leur production. Les centrales nucléaires les plus performantes atteignent régulièrement des facteurs de capacité annuels moyens supérieurs à 90 % - les centrales nucléaires existantes peuvent être utilisées comme une source précieuse de flexibilité du système, parallèlement au stockage de l’énergie, à la gestion de la demande et aux variations des ERV ( Energies renouvelables variables).

9) Nucléaire, santé et dommages environnementaux

L’un des défis sanitaires et environnementaux les plus importants auxquels le monde est confronté est la qualité de l’air. L’Organisation mondiale de la santé rapporte que la pollution de l’air ambiant est responsable de 4,2 millions de décès dans le monde chaque année et qu’une grande partie de cette pollution est associée à la production et à l’utilisation de l’énergie. La pollution domestique sous forme d’exposition à la fumée dans les feux de cuisson cause 3,8 millions de décès par an. Les centrales nucléaires ne contribuent pas à la pollution de l’air, et l’utilisation historique de cette technologie aurait contribué à sauver plus d’un million de vies. Les centrales nucléaires contribuent également sans équivoque à réduire les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

Le GIEC reconnaît que les émissions de gaz à effet de serre de l’énergie nucléaire tout au long du cycle de vie sont sur un pied d’égalité avec les sources d’énergie renouvelables. Une centrale nucléaire peut produire plusieurs gigawatts à partir d’un seul site concentré. En termes de matériaux structurels, une centrale nucléaire n’est principalement que de l’acier et du béton, mais elle en nécessite environ dix fois moins que les énergies renouvelables telles que l’éolien et l’hydroélectricité selon le département américain de l’Énergie.

Par conséquent, le nucléaire est aussi champion en terme de dommages évités à la santé et à l’environnement



Données supplémentaires sur le LCOE du nouveau nucléaire (NB auqul il faut ajouter les coûts systèmes)

jeudi 1 avril 2021

Taxonomie européenne : rapport du Joint Research Comittee : Évaluation technique de l’énergie nucléaire en ce qui concerne les critères de réglementation « ne pas nuire de façon significative »

 Full report : https://lnkd.in/euD-fHb

 Autres informations d’intérêt

https://twitter.com/AStrochnis/status/1376834141384290304?s=09 ;https://nitter.tedomum.net/grunblatt/status/1376681091386445826#m

https://nitter.tedomum.net/fmbreon/status/1375744595980644352#m

Contexte : Taxonomie européenne, Green Deal, Déchets nucléaires, Critère DNSH,  groupe TEG, le groupe JRC

 

L’inclusion ou l’exclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie de l’UE a fait l’objet d’un débat tout au long des négociations sur le règlement sur la taxonomie. Bien qu’il y ait des références indirectes dans le règlement à la question de l’énergie nucléaire (y compris sur les déchets radioactifs), les colégislateurs ont finalement laissé l’évaluation de l’énergie nucléaire à la Commission dans le cadre de ses travaux sur les actes délégués établissant les critères techniques de sélection.

 

Le Groupe d’experts techniques sur le financement durable (TEG), chargé de conseiller la Commission sur les critères techniques de sélection des objectifs d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, n’a pas fourni de recommandation concluante sur l’énergie nucléaire et a indiqué qu’une évaluation plus approfondie des aspects de l’énergie nucléaire selon le critère DNSH (Do not significantly harm « ne pas nuire de manière significative » ) était nécessaire.

En tant que service scientifique et de connaissance interne de la Commission doté d’une vaste expertise technique en matière d’énergie et de technologie nucléaires, le Joint Research Committee a été invité à effectuer une telle analyse et à rédiger un rapport d’évaluation technique sur les aspects de l’énergie nucléaire concernant le critère DNSH, y compris les aspects liés à la gestion à long terme des déchets radioactifs de haute activité et du combustible nucléaire usé., conformément aux spécifications des articles 17 et 19 du règlement sur la taxonomie.

Conclusion du groupe TEG : Pas de problème pour l’atténuation du climat, les données manquent sur les aspects de la DNSH

La production d’énergie nucléaire entraine des émissions de gaz à effet de serre proches de zéro dans la phase de production d’énergie et peut contribuer aux objectifs d’atténuation du climat. L’examen de l’énergie nucléaire par le TEG du point de vue de l’atténuation du climat était donc justifié….

Le projet de règlement sur la taxonomie et donc la méthodologie de TEG pour inclure les activités dans la taxonomie comprend explicitement deux aspects tout aussi importants, contribution substantielle à un objectif environnemental et Ne pas nuire significativement (DNSH) à l’autre objectif environnemental...

Le TEG a reçu et examiné des preuves scientifiques évaluées par des pairs du risque de dommages importants à l’environnement  (pollution, atteinte à la biodiversité) de la chaîne de valeur nucléaire. Des données probantes concernant les procédures et règlements avancés de gestion des risques visant à limiter les dommages environnementaux ont également été reçues. Il s’agissait notamment de preuves de multiples mesures de protection conçues pour réduire les risques. Malgré ces données, il existe encore des lacunes empiriques dans les données sur des points importants

Par exemple, en ce qui concerne la gestion à long terme des déchets de haute activité  (HLW), il existe un consensus international selon lequel une solution technique sûre et à long terme est nécessaire pour résoudre une situation actuelle non soutenable. Une combinaison de stockage temporaire et d’élimination permanente dans la formation géologique est la plus prometteuse, certains pays uvrent la voie à la mise en œuvre de ces solutions. Pourtant, nulle part dans le monde un dépôt souterrain viable, sûr et à long terme n’a été établi. Il était donc impossible pour le TEG d’entreprendre une évaluation robuste de la DNSH, car il n’existe pas encore de site d’élimination opérationnel permanent à partir duquel des données empiriques, in situ, à long terme et suffisamment probantes pour permettre une telle évaluation de l’énergie nucléaire...

Compte tenu de ces limites, le TEG, ni ses membres, n’ont été en mesure de conclure que la chaîne de valeur de l’énergie nucléaire ne cause pas de dommages importants à d’autres objectifs environnementaux sur les échelles de temps en question. Le TEG n’a donc pas recommandé l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie à ce stade. En outre, le TEG recommande que des travaux techniques plus approfondis soient entrepris sur les aspects DNSH de l’énergie nucléaire à l’avenir et par un groupe ayant une expertise technique approfondie sur les technologies du cycle de vie nucléaire et les impacts environnementaux existants et potentiels dans tous les objectifs

Commentaire : L’exclusion de la taxonomie priverait tous les projets et producteurs  nucléaires de l’accès à un financement vert privilégié (et les entreprises travaillant en tant que fournisseurs d’entreprises nucléaires seraient privées du label financier vert). Étant donné que le coût en capital est une partie très importante du coût du nouveau nucléaire, par exemple 66 % à Hinkley Point), cela entraverait vraiment sérieusement le financement de projets nucléaires.


Principales conclusions du Groupe JRC

Conclusion 1) Les analyses n’ont révélé aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire nuit davantage à la santé humaine ou à l’environnement que les autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie en tant qu’activités soutenant l’atténuation du changement climatique.…

Conclusion 2 ) À l’heure actuelle, il existe un large consensus scientifique et technique selon lequel l’enfouissement des déchets radioactifs de haut niveau et de longue durée dans les formations géologiques profondes est considéré comme un moyen approprié et sûr de les isoler de la biosphère pendant de très longues périodes... Rappelons que la technologie de captage et de séquestration du carbone (CSC) est basée sur l’élimination à long terme des déchets dans les installations géologiques et elle a été incluse dans la taxonomie et a reçu une évaluation positive. Le Groupe d’experts en taxonomie estime donc que les défis de l’élimination sûre à long terme du CO2 dans les installations géologiques, qui sont similaires aux défis auxquels est confrontée l’élimination des déchets radioactifs de haut niveau, peuvent être gérés adéquatement.

Enfin, la Finlande, la Suède et la France sont à un stade avancé de mise en œuvre de leurs installations nationales d’élimination géologique profonde, qui devrait commencer à fonctionner au cours de la présente décennie.…

Focus spécifique sur les déchets nucléaires  et l’enfouissement géologique profond

L’objectif fondamental de sécurité applicable à toutes les installations et activités de manutention des matières radioactives est de protéger les populations et l’environnement contre les effets nocifs des rayonnements ionisants. Ainsi, l’objectif fondamental et primordial de la gestion des déchets radioactifs est de s’assurer que les déchets radioactifs sont contenus et séquestrés de la biosphère à toutes les étapes de la gestion des déchets.

Pour les déchets radioactifs de haute activité et le combustible usé, les communautés scientifiques, technologiques et réglementaires s’entendent généralement pour dire que l’élimination finale dans les dépôts géologiques profonds est la solution la plus efficace et la plus sûre possible qui puisse garantir qu’aucun dommage important n’est causé à la vie humaine et à l’environnement pendant la période nécessaire. L’élimination finale du combustible usé et des déchets radioactifs dans un dépôt prévoit son emplacement dans un système multi-barrières (artificiel et naturel) dans une formation géologique stable à plusieurs centaines de mètres sous le niveau du sol. La configuration spécifique du référentiel dépend des caractéristiques et de la teneur en radioactivité des déchets. La configuration multi-barrières du dépôt empêche les espèces radioactives d’atteindre la biosphère au cours de la période requise. En l’absence de rejets d’espèces radioactives dans la biosphère accessible, il n’y a ni pollution radiologique ni dégradation d’écosystèmes sains, y compris maritimes

 La sécurité des dépôts géologiques profonds pendant l’exploitation comprend une surveillance et un contrôle actifs. La sécurité à long terme des déchets radioactifs dans le dépôt géologique, surtout après sa fermeture, ne doit dépendre d’aucun contrôle institutionnel et doit être fondée sur des caractéristiques passives inhérentes. Les caractéristiques passives comprennent les barrières techniques et naturelles qui ne nécessitent pas d’approvisionnement continu en systèmes actifs (p. ex. électricité), entretien périodique, remplacement de pièces ou surveillance permanente. Dans le cas d’un dépôt géologique profond pour l’élimination finale du combustible usé et des déchets de haute activité, les structures de l’installation et les supports naturels doivent remplir leurs fonctions de confinement sans interventions externes aussi longtemps que nécessaire.

La mise en place d’un dépôt géologique profond pour s’assurer que les déchets radioactifs ne nuisent pas au public et à l’environnement est un processus en étapes, qui comprend une combinaison de solutions techniques et un cadre administratif, juridique et réglementaire solide. Chaque étape est prise sur la base d’un processus décisionnel documenté, dans lequel l’état scientifique et technique pertinent de l’art, l’expérience opérationnelle, les aspects sociaux et les mises à jour dans le cadre juridique et réglementaire sont incorporés…

À l’exception partielle des sites analogues dits naturels (c’est-à-dire des sites où des réacteurs nucléaires naturels ont fonctionné  il y a des milliards d’années), il n’existe aucune preuve empirique générée par une installation d’élimination des déchets radioactifs qui a franchi les étapes pré-opérationnelles, opérationnelles et post-fermeture pendant toute la période prévue (jusqu’à cent mille ans ou plus pour un dépôt géologique profond). Pour cette raison, la sécurité de l’élimination pendant la phase post-fermeture est démontrée par un processus robuste et fiable qui confirme que la dose ou le risque pour le public sont maintenus en deçà des limites établies en toutes circonstances pendant les échelles de temps d’intérêt et en l’absence de surveillance et de contrôle humains directs...

Divers outils et approches sont utilisés pour fournir des preuves scientifiques à l’appui de la sécurité de l’élimination des déchets radioactifs. Des échantillons représentatifs de déchets, y compris du combustible usé réel et des déchets vitrifiés de haut niveau, sont étudiés dans des laboratoires chauds afin de déterminer les propriétés et le comportement pertinents des déchets exposés à des combinaisons de caractéristiques environnementales simulées. Des analogues sur mesure sont utilisés pour étudier des effets et réactions simples. L’étude des analogues naturels peut fournir des informations très précieuses, par exemple, sur la migration des radionucléides à travers une formation géologique. Les expériences menées dans des laboratoires de recherche souterrains permettent d’acquérir des connaissances et des données sur les propriétés de la roche hôte et leur impact dans la migration des radionucléides.

Toutes les données et connaissances expérimentales sont utilisées pour développer et valider des modèles utilisant des codes de pointe. La modélisation est largement utilisée pour comprendre les comportements et les tendances observés expérimentalement et pour obtenir des capacités de prédiction pour des systèmes complexes.

L’élimination finale du combustible usé et des déchets de haute activité dans un dépôt géologique profond prévoit son emplacement dans un système multibarriée (conçu et naturel) dans une formation géologique stable à plusieurs centaines de mètres sous le niveau du sol. La configuration multi-barrières du dépôt empêche les espèces radioactives d’atteindre la biosphère dans le délai requis pour respecter les limites de dose strictes imposées par les règlements pertinents. Les propriétés individuelles et le comportement combiné des matériaux de barrière et de l’environnement de dépôt contribuent à retarder, bloquer et minimiser le rejet de radionucléides de l’emballage des déchets, retarder le transport à travers les barrières techniques, et éventuellement réduire et retarder davantage la migration à travers les médias géologiques (barrières naturelles).

Par conséquent, toutes les étapes de la gestion des déchets radioactifs, y compris l’élimination finale, ne causent pas de pollution radiologique et ne dégradent pas les écosystèmes sains, y compris l’eau et les milieux marins. L’évitement des dommages importants causés à l’homme et à l’environnement est finalement assuré par le respect des limites réglementaires fixées pour la contribution à la dose de radioactivité à la population non exposée professionnellement, qui est une condition préalable à l’autorisation et à l’octroi de licences à toute installation de gestion des déchets radioactifs.

La fonction protectrice du référentiel final contre les dommages causés par les radiations est définie par les règlements pertinents. Par exemple, l’échelle de temps pour l’évaluation de la sécurité du référentiel final suédois pour le combustible nucléaire usé devrait couvrir une période d’un million d’années après la fermeture. Le critère de risque établi par SSM en Suède en termes simplifiés indique que les personnes à proximité du dépôt ne peuvent pas être exposées à des risques plus élevés que l’équivalent d’un centième du rayonnement naturel de fond en Suède aujourd’hui. La loi nucléaire finlandaise stipule qu’un dépôt final dans le cadre d’opérations normales ne peut pas causer une dose au membre public le plus exposé supérieur à 0,01 mSv/an-

Il existe un consensus scientifique mondial selon lequel l’élimination du combustible usé et de la HLW dans des formations géologiques stables, y compris de multiples barrières techniques et naturelles contenant les déchets radioactifs, est la solution la plus efficace pour parvenir à l’isolement à long terme requis des substances radiotoxiques. Le consensus parmi les experts s’étend jusqu’à la conclusion que l’élimination dans un dépôt géologique profond est techniquement faisable et qu’une confiance suffisante dans la sécurité globale de l’élimination géologique du combustible usé et des déchet de haute activité a été atteinte pour commencer la mise en œuvre.

Un important effort de recherche a été consacré à maximiser la fraction du combustible nucléaire usé qui peut être recyclé dans les réacteurs nucléaires et à réduire la radiotoxicité à long terme de la HLW à éliminer dans le dépôt géologique. Ces deux objectifs sont pertinents pour l’objectif environnemental « Transition vers une économie circulaire, la prévention des déchets et le recyclage ». En raison du fait que les réacteurs rapides permettent de (re)cycler plusieurs fois des fractions de combustible / déchets non consommés / brûlés, le résultat final de l’itération de ce processus serait une utilisation presque complète du combustible et une fraction de plus en plus réduite des espèces à longue durée de vie (principalement en termes de teneur mineure en actinides) dans le combustible irradié. Bien que pratiquement toutes les étapes de ce processus, également connues sous le nom de partitionnement et de transmutation, aient été démontrées à l’échelle du laboratoire, le niveau de préparation technologique ne correspond pas encore à la maturité industrielle.

Commentaire : le problème du stockage en site géologique profond des déchets ultimes a déjà fait l’objet d’un remarquable rapport de la NAE/OCDE cf. https://www.oecd.org/publications/management-and-disposal-of-high-level-radioactive-waste-33f65af2-en.htm,

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/09/le-probleme-des-dechets-ultimes-du.html


Problématiques de sécurité et de santé

La sécurité est assurée ! La protection des personnes et de l’environnement dans les pays dotés d’installations nucléaires repose sur l’existence d’un cadre réglementaire solide qui supervise les impacts sécuritaires et environnementaux de ces installations... L’UE et ses États membres ont élaboré et établi un cadre réglementaire complet pour assurer la sûreté des installations nucléaires, conformément aux exigences internationales et aux recommandations visant à renforcer les systèmes de réglementation pour le contrôle des installations nucléaires tout au long de leur vie. En tant que parties contractantes à la Convention sur la sûreté nucléaire et à la Convention commune sur la sécurité de la gestion des combustibles usés et sur la sécurité de la gestion des déchets radioactifs, l’UE et ses États membres s’engagent à s’engager à un ensemble d’obligations et de sûretés à l’échelle mondiale, y compris celles relatives à leur cadre législatif et réglementaire et à leurs organismes de réglementation...

Santé et sécurité -Impact des rayonnements ionisants sur la santé humaine et l’environnement

Selon les études de la LCIA (Life Cycle Impact Analysis) analysées au chapitre 3.4, l’impact total sur la santé humaine des émissions radiologiques et non radiologiques de la chaîne de l’énergie nucléaire est comparable à l’impact de l’énergie éolienne offshore sur la santé humaine. L’exposition annuelle moyenne à un membre du public, en raison des effets attribuables à la production d’électricité à base d’énergie nucléaire est d’environ 0,2 microsievert, ce qui est dix mille fois inférieur à la dose annuelle moyenne due au rayonnement naturel de fond…. L’impact total sur la santé humaine de ces émissions radiologiques, ainsi que d’autres émissions non radiologiques de la chaîne de l’énergie nucléaire, sont comparables à l’impact sur la santé humaine de l’énergie éolienne offshore, selon la LCIA ... Le rayonnement naturel de fond est responsable de 2,4 mSv/an, soit environ 78 % de la dose effective annuelle moyenne totale au public de 3,05 mSv/an…

En outre, les doses radioactives supplémentaires causées par le cycle de vie de l’énergie nucléaire sont également extrêmement faibles par rapport aux variations du rayonnement naturel de fond dues à la vie dans différents endroits géographiques ... Les moyennes nationales vont d’environ 1,5 mSv aux Pays-Bas, à environ 6,2 mSv en Finlande, une variation de près de 5 mSv/an....


Après l’accident de Tchernobyl, des efforts internationaux et nationaux ciblés ont été déployés pour développer des centrales nucléaires de  génération III. Ces centrales ont été conçues en fonction d’exigences étendues liées à la prévention et à l’atténuation des accidents graves, par exemple elles garantissent la capacité d’atténuer les conséquences d’une grave dégradation du cœur du réacteur, si jamais un tel événement se produit. L’objectif principal de la conception était de s’assurer que, même dans le pire des cas, l’impact des rejets radioactifs dans l’environnement se limiterait à quelques kilomètres de la limite du site. Le déploiement de diverses conceptions de centrales de la génération III a commencé au cours des 15 dernières années dans le monde entier et maintenant pratiquement seuls les réacteurs de la génération III sont construits et mis en service. Ces derniers développements technologiques se reflètent dans le très faible taux de luxité de la conception epr gen III10-10 décès/GWh,. Les taux de létalité caractérisant les PNJ de la génération III à la fine pointe de la technologie sont les plus bas de toutes les technologies de production d’électricité..

Autres problématiques environnementales DNSH et pollution :  le nucléaire est meilleur

Conformément à l’article 17 du règlement taxonomie, une activité économique doit être considérée comme causant un préjudice important à la prévention et au contrôle de la pollution si :(i) cette activité entraîne une augmentation significative des émissions de polluants dans l’air, l’eau ou la terre, par rapport à la situation avant le début de l’activité..  En résumé, rien n’indique que l’énergie nucléaire nuit davantage à la transition vers une économie circulaire, y compris la prévention et le recyclage des déchets, que les autres technologies énergétiques incluses dans la taxonomie.

 - Les émissions moyennes de GES du cycle de vie déterminées pour la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire sont comparables aux valeurs caractéristiques de l’hydroélectricité et de l’énergie éolienne

 - Le nucléaire entraine de très faibles émissions de NOx (oxydes nitreux), SO2 (dioxyde de soufre), PM (particules) et NMVOC (composés organiques volatils non méthane), les valeurs sont comparables aux émissions de PV solaire et éolienne.

 - Si d’autres catégories d’impact sont envisagées (par exemple les potentiels d’acidification et d’eutrophisation), alors l’énergie nucléaire est à nouveau comparable à l’énergie solaire photovoltaïque et éolienne ; Il en va de même pour l’écotoxicité vis-à-vis de l’eau douce et de la mer; de l’appauvrissement de l’ozone et du POCP (potentiel de création oxydante photochimique)

Toutefois, en ce qui concerne spécifiquement les déchets radioactifs, il est clair que l’énergie nucléaire produit en de plus grandes quantités que les autres technologies de production. Pour les déchets radioactifs et sa gestion – voir la section précédente (ben oui !)






Consommation d’eau : « Bien que la consommation d’eau soit très faible pour le refroidissement une fois par le biais, les technologies utilisant le refroidissement par recirculation, les tours de refroidissement par évaporation ou le refroidissement des étangs consomment habituellement une quantité importante d’eau pour compenser les pertes dues à l’évaporation. La consommation d’eau caractérisant ces technologies de refroidissement reste comparable à la concentration de l’énergie solaire et du charbon, tant pour la recirculation que pour le refroidissement des étangs

Conclusion générale :

On peut donc conclure que tous les impacts potentiellement nocifs des différentes phases du cycle de vie de l’énergie nucléaire sur la santé humaine et l’environnement peuvent être prévenus et dûment évités. La production d’électricité à base d’énergie nucléaire et les activités connexes dans l’ensemble du cycle du combustible nucléaire (p. ex. extraction d’uranium, fabrication de combustible nucléaire, etc.) ne représentent pas un préjudice important à l’un ou l’autre des objectifs du TEG, à condition que toutes les activités industrielles spécifiques impliquées remplissent les critères de sélection technique connexes..

La production d’électricité à base d’énergie nucléaire peut être considérée comme une activité contribuant de manière significative à l’objectif d’atténuation du changement climatique. D’autres activités industrielles associées au cycle du combustible nucléaire (extraction et fraisage de l’uranium, fabrication de combustible nucléaire, retraitement du combustible nucléaire usé, élimination finale des déchets radioactifs de haut niveau, etc.) peuvent être traitées comme des activités permettant une utilisation sûre et durable de l’énergie nucléaire..Autres considérations :

Influence de l’exploitation minière : Si l’on considère l’ensemble du cycle de vie nucléaire, l’extraction de l’uranium a une contribution importante (de 32 %) au total des émissions de GES et domine les impacts suivants : SOx : 88 %, NOx :  78 %, pollution de l’eau : 91 % et utilisation des terres : 68 %. L’exploitation minière est presque exclusivement responsable à 99 % des impacts potentiels de l’écotoxicité et de la toxicité humaine et domine également l’acidification (82 %), la création d’ozone (86 %) et l’eutrophisation (53 %). L’exploitation minière n’a pas une part significative dans la consommation  et le prélèvement d’eau, ni dans l’impact des déchets... En raison de l’émission de radon, l’extraction de l’uranium est responsable d’environ 55 % des émissions radioactives gazeuses totales pendant l’ensemble du cycle de vie nucléaire.

La dernière partie énumérait les procédés industriels et les pratiques exemplaires qui sont régulièrement utilisés pour éliminer ou atténuer les impacts potentiellement nocifs de l’extraction et de l’usinage de l’uranium. Avec les meilleures technologies aujourd’hui disponibles et en appliquant des pratiques adéquates, les impacts peuvent être contrôlés et leur ampleur peut être maintenue bien en deçà des limites réglementaires applicables.

Influence of enrichment  : In general the enrichment phase has moderate contribution to the various impact indicators and it is not adominant contributor to any impact indicator …If the whole nuclear lifecycle is considered, then enrichment has negligible contribution ( <1%) to the water pollution, land use, water withdrawal, eco-toxicity and human toxicity. It has some contribution to the SOx  3% and NOx emission 4%, water consumption, 2% , technological waste 2%, acidification potential 4%, It has larger than 210% cotribition only to the total GHG emission GNH relase  12%) and the eutrophication potential 18%).

Retraitement du combustible nucléaire usé : Le retraitement à l’échelle commerciale du combustible nucléaire usé à des fins civiles est maintenant une technologie mature qui est pratiquée depuis plusieurs décennies. À la lumière de l’analyse ci-dessus, on peut conclure que les activités industrielles associées au retraitement du combustible nucléaire usé ne représentent pas un préjudice important pour la santé humaine ou pour l’environnement. Elles ne constituent pas un préjudice important à l’un ou l’autre des objectifs du TEG, à condition que les activités industrielles connexes satisfassent aux critères techniques appropriés.

Exploitation des centrales électriques : À condition que les centrales nucléaires soient construites, exploitées et mises hors service dans les limites fixées par la réglementation en vigueur, elles ne constituent un préjudice important à aucun des objectifs du TEG. À la lumière de l’analyse ci-dessus, on peut conclure que les activités d’exploitation des PNR ne représentent pas un préjudice irréprochable pour la santé humaine ou pour l’environnement. Elles ne constituent pas un préjudice important à l’un ou l’autre des objectifs du TEG, à condition que les activités industrielles connexes satisfassent aux critères technique appropriés.

Dépôt géologique profond : Aucune pollution, aucun  impact radiologique pour le public n’est attendu pendant la construction et l’exploitation du référentiel final. 

Impact d’accidents graves:

dimanche 19 avril 2020

Après les margoulins de l’éolien, les arnaqueurs des méthaniseurs (5): Verbatim de la Commission Aubert


Lors de son remarquable travail d’évaluation sur les énergies renouvelables, Julien Aubert a consacré une séance à la méthanisation et à ses problèmes


Intervenants : M. Daniel Chateigner, professeur des Universités, Mme Liliane Reveillac, membres du Collectif scientifique national méthanisation raisonnée (CSNM), de MM. Freddy Garcia, Sebastien Almagro et Mme Anne Danjou, membres du Collectif national vigilance méthanisation (CNVM).

« Plusieurs interrogations sur l’impact environnemental de la méthanisation sont apparues au fil de ces auditions, notamment celles portant sur la qualité des intrants, leur disponibilité, la concurrence éventuelle au détriment par exemple des surfaces destinées aux cultures alimentaires ou encore celles portant sur la prévention des nuisances qu’il s’agisse de la qualité de l’air, de l’eau ou des sols. »

1) Des installations dangereuses et non surveillées par l’administration.

Mme Anne Danjou : “Il y a deux raisons aux dérives de la méthanisation que nous voyons partout en France. D’une part, les unités de méthanisation sont en autosurveillance et peuvent ne faire l’objet d’aucun contrôle pendant des années. D’autre part, les services de l’État – directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), directions départementales de la protection des populations (DDPP) et autres – ferment les yeux au prétexte que – selon ce que nous a dit un ancien sous-préfet – « la méthanisation, c’est la politique de la France, il va falloir vous habituer ».

« À Soudan, en Loire-Atlantique, vingt-trois veaux sont morts dans les 48 heures suivant leur naissance. Le forage d’eau potable, à 47 mètres de profondeur, est contaminé par des coliformes, bactéries d’origine fécale qui passent dans le lait. En cause, un méthaniseur, ses jus et ses fosses. Les analyses de 2018, suite à la mort des veaux, présentaient un taux de coliformes inférieure à un. Un an après, en juin 2019, il y a quelques jours, malgré tous les travaux effectués en surface pour mettre fin à la pollution, les coliformes sont à huit. La nappe profonde est contaminée. »

M. Freddy Garcia : “Comment parler d’acceptation sociale quand le monde agricole lui-même est divisé sur l’avenir de la profession et de ses inégalités, lorsque les projets sont de plus en plus cachés et imposés contre l’avis de la population, parfois contre l’avis des maires, et des communautés de communes, lorsque ces usines s’installent à 50 mètres des habitations et des édifices publics comme les écoles, sur des zones karstiques et aquifères comme les nappes phréatiques, à 35 mètres des zones de captage d’eau potable et des cours d’eau allant jusqu’à 100 tonnes de déchets par jour avant que les enquêtes publiques et les études d’impact de sol ne surviennent ? Il est encore plus difficile de comprendre par exemple l’implantation de trois méthaniseurs au kilomètre carré, comme cela se passe dans certaines régions, sous couvert des lois et décrets »

« À ce sujet la base de données « Analyse, recherche et information sur les accidents » (ARIA) du Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (BARPI), bien qu’incomplète, recense de plus en plus d’accidents d’explosion et de pollution dues à la méthanisation et ce dans des proportions inquiétantes, avec un pic plus soutenu ces deux dernières années. En Lot-et-Garonne, un cordon de protection d’un rayon de deux kilomètres contre le risque d’explosion et le risque d’intoxication par les émanations de gaz a été mis en place pendant une semaine »

Mme Liliane Reveillac. « Je suis médecin, j’habite dans le Lot et je m’occupe deméthanisation depuis que je me suis rendu compte, il y a deux ans et demi, que celle-ci était néfaste à l’eau potable. Notre département est alimenté en eau potable uniquement par de l’eau souterraine. Ce sont des zones à préserver pour le futur mais qui sont déjà polluées par les lisiers et donc les digestats liquides vont venir augmenter les possibilités de pollution. Toutà l’heure, vous disiez que les coliformes étaient à 8 par milligramme chez vous : indépendamment du digestat, chez nous, ils sont au-dessus de 100. Toutes les eaux sont contaminées, y compris par des parasites, des bactéries et des virus….Les risques sanitaires sont majeurs pour les habitants et pour les animaux…

Je pense que ce risque sanitaire existe ailleurs qu’en milieu karstique. Il existe dans toute la France, car il est lié à la méthanisation et parce que les sols peuvent épurer mais pas n’importe comment. Il existe des méthaniseurs vertueux, comme celui d’Évian qui filtre même l’eau de pluie afin d’assurer une non-pollution complète de la source. Mais la goutte d’eau qui tombe sur le pluviome d’Évian met quinze ans pour arriver à la source, alors que chez nous elle met deux heures. C’est-à-dire que la pollution met deux heures pour arriver au captage. Donc la pollution est globale et on multiplie les surfaces avec les digestats. »

M. Daniel Chateigner. On ne peut pas confier à quatre ou dix agriculteurs qui vont avoir suivi une formation de quinze jours une usine de procédés industriels chimiques. Ce n’est pas possible ! Nous n’avons absolument pas peur des grosses usines : elles sont « blindées » d’un point de vue sécurité et cela marche très bien. Mettre entre les mains de personnes non expertes des usines de type Seveso, cela n’a pas de sens et c’est cela qui est le plus dangereux. Cette tranche intermédiaire de dimensionnement de méthaniseur qui est évoquée dans la PPE n’est donc pas une solution.

Commentaire : En tant que mélange potentiellement explosif, le biogaz nécessite des précautions mais peu d’accidents relatifs à son stockage sont survenus en France, précise l’Ademe. De 1992 à 2017, 18 cas d’incendie et 15 cas d’explosion ont été recensés en France par le ministère en charge de l’environnement, avec peu de conséquences pour les populations riveraines et pour l’environnement. Oui, mais jusqu’à présent, il n’ y avait que de petits méthaniseurs.

Oui, mais en Allemagne : des accidents chaque semaine en Allemagne, de grands risques en France (http://www.lafranceagricole.fr/actualites/methanisation-des-accidents-chaque-semaine-en-allemagne-de-grands-risques-en-france-1,0,14658554.html)

« Alors que la filière française de la méthanisation attend les nouveaux tarifs de soutien, l'Office franco-allemand pour les énergies renouvelables a fait le point, le mercredi 21 octobre 2015, sur la sécurité des installations dans les deux pays. Si la France reste relativement exempte d'accidents graves, selon Roland Fendler, de l'Office fédéral de l'environnement, l'Allemagne en connaît chaque semaine : « La filière manque de conscience et de responsabilité par rapport à la matière », déclare-t-il. Ecoulements, pollutions de ruisseaux, accidents du travail, incendies et explosions s'y succèdent ».

2) Des nuisances importantes et l’administration ne fait rien !

Mme Anne Danjou : « A Valdis à Issé en Loire-Atlantique : monsieur le maire fait part de sa déception concernant la méthanisation qui, lui, avait-on dit, ne devait pas engendrer de nuisances olfactives. Devant l’absence d’installation du biofiltre prévue dans l’arrêté, Mme Fadda, inspectrice des installations classées, rappelle que ces prescriptions incombent en priorité à l’exploitant, notamment au titre de l’autosurveillance. Le sous-préfet indique que l’autosurveillance est la règle générale en matière d’installation classée et qu’elle n’a pas à être assurée par les services de l’État. »

« Méta-Bio-Énergie pollue l’air de Combrée, Maine-et-Loire, depuis neuf ans. Qui le supporterait ? Le maire et la DREAL sont aux abonnés absents. Énième courriel de la présidente de l’Association des riverains de la forêt d’Ombrée et de ses environs (ARFOE) ce
week-end de la Pentecôte, qui signale, une fois de plus, des nuisances olfactives et sonores récurrentes, une odeur d’oeuf pourri, sulfure d’hydrogène (H2S), mais aussi des odeurs de gaz qui irritent les voies respiratoires.

Commentaire : le H2S, non seulement ça pue très fort, mais c’est aussi très dangereux. Cest lui qui lors du pourrissement des algues a causé la mort sur les plages bretonnes d’un joggeur, d’un employé municipal et d’un troupeau de sanglier

Mme Anne Danjou : « Les riverains des unités de méthanisation ne sont plus libres de partir vivre ailleurs simplement parce qu’ils ne peuvent plus vendre leur maison. Pour faire cesser ces situations, il faut imposer de grandes distances d’éloignement des habitations riveraines et des sanctions financières exemplaires à tous ceux qui enfreignent leur arrêté d’autorisation et ne respectent pas le code de l’environnement. Pollution de l’eau, de l’air, des terres nourricières : lorsque ces situations sont récurrentes, des fermetures de sites s’imposeraient. Des lois ou des décrets doivent aller dans ce sens pour permettre au gouvernement de prendre des mesures et d’exiger des préfets leur application. »

M. Daniel Chateigner: « Nous avons recensé aujourd’hui environ 50 000 signatures de pétitions sur le territoire français. Cela nous fait un réservoir d’environ 100 000 personnes mécontentes qui sont impactées directement par les méthaniseurs… 
Je pense qu’il faut aller vers un système où l’on aura naturellement beaucoup plus de contrôles – des contrôles indépendants et non pas des autocontrôles puisqu’aujourd’hui la plupart des incidents découverts le sont par les riverains et non par les instances qui nous surveillent ».

Concernant les odeurs, les nuisances et les pollutions, les riverains, représentés par le CNVM, sont souvent contredits. Or, il y a beaucoup de riverains qui sont capables de comprendre que lorsqu’on commence à sentir des odeurs d’oeuf pourri c’est qu’il y a du H2S et que c’est dangereux. Donc, légitimement, l’ensemble des populations s’inquiète.



3) La folle ronde des intrants

Mme Anne Danjou « Concernant les intrants, il y a toutes sortes d’abus. Entre ceux qui viennent de l’Allier ou du Haut-Rhin – 1 700 kilomètres aller-retour – de Rungis – 600 kilomètres aller-retour – ou les hectares de maïs irrigués qui finissent dans un méthaniseur en pleine période de sécheresse. »

M. Sébastien Almagro : « Un méthaniseur agricole génère le passage de 13 000 camions par an »

M. Freddy Garcia. Les termes « agricole » ou « à la ferme » sont trompeurs. Aujourd’hui, une méthanisation agricole, c’est ramener 50% d’intrants des élevages ou des cultures. Les autres 50 % viennent d’où on veut. Chez nous, par exemple, à Gouy-sous- Bellonne, on va chercher des fientes de volailles en Belgique. Cela n’a aucun intérêt. On voit donc arriver des produits très odorants, ou bourrés de métaux ou d’antibiotiques, avec des législations qui ne sont pas celle de la France… ». Quand on parle de méthanisation agricole on ne parle pas de méthanisation à la ferme. À la ferme, on parle effectivement des déchets qui sont sur place… »

« Dans le Pas-de-Calais, la chambre d’agriculture, vient d’annoncer que dans quatre à cinq ans, cela serait la guerre des intrants. Aujourd’hui déjà, la Belgique et l’Allemagne achètent des intrants en France. Cette guerre d’intrants va être catastrophique pour l’agriculture française parce qu’il y aura des dérives.. . ».

« Concernant les distances, je pense qu’il faut prendre en compte la capacité du méthaniseur et celle des infrastructures routières. Dans le village de la Marne où j’habite, un poids lourd passe toutes les une minute treize. La nuit ou le dimanche soir, c’est un toutes les deux minutes dix. Il faut absolument réfléchir en termes d’infrastructures routières, de présence de la population et de tonnage. Plus les méthaniseurs sont gros plus il faudra les éloigner, réfléchir à l’application de la norme IED (directive sur les émissions industrielles). Il existe des possibilités de se rapprocher mais elles coûtent très cher. Il faudra mettre en balance le bien-être des citoyens et la rentabilité de ces structures. »

M. le président Julien Aubert. Généralement, plus vous faites quelque chose de gros, plus vous avez besoin d’espace, plus vous vous éloignez des habitations. Expliquez-moi pourquoi à partir du moment où on a fait des structures plus grosses, on a décidé de les rapprocher des habitations ?
M. Freddy Garcia. Plus vous avez de gros méthaniseurs, plus vous devez faire venir des intrants, qui sont généralement stockés à l’air libre. …La bouche des raccordements est à 50 ou 100 mètres. C’est purement économique et c’est ce qui explique la proximité des installations et des habitations. Aujourd’hui, on ne se déplace plus sur le terrain : on regarde cela sur papier, cela colle avec la loi et alors les méthaniseurs s’installent à 50 mètres des populations. » M. Sébastien Almagro. La distance légale est de 50 mètres. Il y a des préfets qui commencent depuis peu à refuser des méthaniseurs à 60 mètres. Pourquoi met-on des méthaniseurs près des villages ? Quand on se promène dans nos campagnes, on constate que, souvent, les villages sont au niveau des noeuds routiers. Donc, si vous voulez être proche de plusieurs sources d’intrants qui viennent de loin, vous vous installez près des noeuds routiers….

4) Manger ou produire du biogaz, il va falloir choisir ! Les scénarios fous de l’Ademe

M. Daniel Chateigner : « Le jour où nous commencerons à utiliser le carbone organique du sol comme carburant nous appauvrirons les sols et c’est ce qui est en train d’être fait lorsque l’on pousse la méthanisation. Appauvrir le sol, c’est enrichir son infertilité, c’est le rendre infertile. Et rendre infertile un sol, c’est perdre la souveraineté alimentaire d’un territoire. Et aujourd’hui, nous allons dans ce sens. En plus de l’agriculture intensive qui est néfaste pour les sols, on rajoute de la méthanisation qui continue de pomper du carbone organique au sol. C’est ce qui est le plus dérangeant car nous allons tout droit vers un appauvrissement catastrophique du sol. Nous ne pourrons pas respecter la limitation à 4‰ de la dimiution de la matière organique dans le sol, qui avait pourtant été signée par le ministère sous M. Le Foll…

Si nous allons à l’encontre de cela, nous perdrons notre souveraineté alimentaire pour un gain énergétique modeste. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) nous indique que la méthanisation a réalisé 25 % de l’objectif d’il y a cinq ans. C’est-à-dire qu’on annonçait il y a cinq ans une efficacité quatre fois supérieure à ce que l’on constate sur le terrain avec les meilleurs méthaniseur. Appauvrir l’alimentation du territoire pour gagner en énergie de manière très modeste est donc quelque chose qui doit nous interpeller tous et qui doit nous refaire voir la nouvelle PPE. »

« On peut assez facilement imaginer que l’ensemble des méthanisations, telle qu’elle est prévue dans les scénarii de la PPE, va conduire à l’occupation d’environ six départements français couverts d’agriculture uniquement pour méthaniser. Tout cela pour 7 % à 10 % de remplacement du gaz naturel fossile ! Si vous voulez remplacer totalement le gaz naturel fossile en 2050, il va vous falloir 60 départements ! C’est impossible. Ce constat réalisé il y a huit mois par les scientifiques du CSNM n’a pas été contredit pour l’instant…

Vous avez une surface qui est allouée et que l’on peut cultiver : elle fait 290 000 kilomètres carrés. Dans les scénarios de l’ADEME, ou dans ce qui est repris dans la PPE, on imagine 1000 ou 2 000 méthaniseurs à l’horizon 2023. Avec 1 000 méthaniseurs pour 290 000 km2 on tombe à un méthaniseur tous les 5 kilomètres…

La biodiversité des sols va aussi être impactée par la méthanisation et aucune mesure de cette biodiversité n’apparaît dans les 670 projets que nous avons pu analyser.

Commentaire : Cette concurrence des productions alimentaires est déjà une réalité forte en Allemagne. Il faut à tout prix à éviter le modèle allemand, insiste Daniel Chateigner. Le pays a fortement développé la méthanisation au point d’avoir 10.000 unités aujourd’hui. Mais ils sont alimentés avec des cultures dédiées. Du maïs essentiellement. » L’effet pervers est le même que pour les biocarburants : l’accaparement des terres agricoles pour la production d’énergie plutôt que l’alimentation. Près de 7 % de la surface agricole allemande était dédiée à la méthanisation en 2014, indiquait Alternatives économiques en décembre 2017. La situation est devenue tellement critique que l’Allemagne a mis un frein brutal au développement des méthaniseurs lorsqu’elle s’est aperçue qu’elle avait perdu son autosuffisance alimentaire en matière de céréales.

Mais, même, en France, la question commence à se poser ! « En décembre dernier, la Confédération paysanne, syndicat agricole qui milite pour une agriculture paysanne, manifestait dans la Sarthe devant ce qu’elle considère comme un premier signe d’un accaparement des terres pour la méthanisation. « Un silo de maïs à ciel ouvert, entassé là dans l’attente de l’arrivée prochaine d’un méthaniseur dans la région, détaille Laurent Leray, porte-parole du syndicat. Cela représentait l’équivalent de deux années de récolte de maïs sur environ 80 hectares. C’est autant de maïs qui ne seront pas vendus aux éleveurs pour nourrir leurs animaux. Une insulte au monde paysan après les sécheresses de cet été. »

5) Oui à la méthanisation à la ferme, non à la méthanisation agricole !

M. Daniel Chateigner. « La méthanisation à la ferme ne pose pas de problème. Et il y en a des méthaniseurs à la ferme, il y en a beaucoup d’ailleurs ! Mais à partir du moment où vous créez une usine en réunissant 10, 20 ou 120 agriculteurs au même endroit pour pouvoir injecter du méthane, vous allez avoir des pertes. Et cela, c’est le type d’usine qui n’est pas acceptable. Non seulement l’agriculteur perd son caractère d’agriculteur – il devient énergiculteur, il a les mains dans l’engrenage – mais en plus vous générez de nombreuses
pertes. En station d’épuration ou en industrie agroalimentaire, il y a des gens compétents qui savent faire de la chimie et il n’y a aucun problème. Cela se fait depuis longtemps, cela marche et il n’y a pas d’accident, ou très peu. Mais si on ne met pas un personnel compétent dans un contexte où beaucoup de gens vont ramener n’importe quoi, on prend des risques. Or,
c’est ce qui est promu dans la PPE. »

Mme Anne Danjou. « J’habite à côté de deux méthaniseurs agricole. Un qui existe depuis déjà cinq ans : l’agriculteur fait son « business » avec ses propres intrants. Il alimente une chaufferie pour sécher du bois et il n’y a aucun souci. Lorsqu’un agriculteur travaille correctement et fait attention il n’y a pas de problème.
Cela devient dangereux lorsque l’agriculteur veut faire plus de « business » pour payer de gros emprunts, parce que sa culture de l’année est insuffisante ou parce que les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE) sont moins nombreuses et qu’il doit chercher un autre gisement. L’autre jour, alors que je participais à un séminaire de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), un agriculteur nous expliquait qu’il avait investi, avec quatre autres agriculteurs, dans un méthaniseur. Dès lors, il a dû embaucher quelqu’un pour s’occuper de sa ferme et sa principale préoccupation est de capter des intrants pour son méthaniseur. Ce n’est plus un agriculteur. »

Mme Liliane Reveillac. « Une vache pollue autant que dix habitants. Cela veut dire que 800 vaches, cela fait 8 000 « équivalents habitants ». Donc, pour cette ferme, il faudrait une station d’épuration pour 8 000 équivalents habitants. Malheureusement, dans des villages de 100 habitants, il n’y a pas de station d’épuration. »

Commentaire : ce qui est visé ici, c’est que la méthanisation agricole, en fait industrielle, provoque une industrialisation de l’agriculture qui engendre des nuisances extrêmement concentrées et non plus dispersées)

M. Freddy Garcia. Je défends la vraie méthanisation à la ferme. Là, on aide véritablement l’agriculteur à utiliser son énergie et à éliminer ses déchets. Je dis bien « à la ferme ». Je ne dis pas «agricole ».

6) le problème des digestats

Mme Anne Danjou « Autre exemple de dérive, les digestats, dont les agences de l’État et les sociétés de conseil disent et écrivent qu’ils ne sentent rien, qu’ils sont inertes et stables, sans gaz, alors que partout en France du nord au sud, de l’est à l’ouest, les populations voisines de méthaniseur, zones de stockage, zones d’épandage s’en plaignent fortement mais ne sont jamais entendus. Dans certaines unités, les déchets ne restent que trente à quarante jours dans le méthaniseur quand d’autres unités les laissent jusqu’à 14 jours. Le digestat n’est pas mature à 50 jours : il est encore chargé en gaz. Si l’on veut protéger les populations et l’environnement, il faut imposer une durée de séjour des déchets longue et obligatoire pour tous les méthaniseurs. C’est une mesure de santé publique. »

M. Daniel Chateigner. « À la sortie du méthaniseur vous avez le digestat. Cela représente 90% de la masse entrante. Les 10 % restant sont effectivement du gaz qui contient à peu près 60 % de méthane. Finalement, le système est très peu efficace. Donc si vous avez 10 000 tonnes d’intrants, vous avez 1 000 tonnes de gaz et 600 kilogrammes de méthane.
C’est une moyenne qui dépend des intrants. Les 90 % restants, c’est le digestat. Cela représente 9 000 tonnes de digestats. C’est énorme et il faut savoir quoi en faire. Dans ces 9000 tonnes de digestat, vous avez à peu près 1 000 tonnes de digestat solide et qui est aujourd’hui ce qu’on nous vend comme un très bon fertilisant.

Le digestat qui reste, les 8 000 tonnes, c’est du digestat liquide, principalement de l’eau ammoniacale à faible concentration, mais avec un pH de 8,5 ou 9, trop élevé pour que n’importe quel micro-organisme puisse y vivre correctement. Et ce digestat liquide, on va l’épandre. Cette eau ammoniacale est constituée d’ions à base d’azote que l’on nous vend comme un bon substituant aux engrais chimiques.

Ce n’est pas vrai, pour deux raisons : d’abord c’est un engrais chimique, ce n’est donc pas un substitut. Ensuite, c’est un mauvais engrais parce qu’il est – Sandrine Le Feur le disait bien – très lixiviable. En réalité, si vous voulez « booster » le métabolisme de la croissance des plantes il faut amener à la fois des ions ammonium, que l’on trouve dans le digestat liquide, et des ions nitrates. Là, la plante en profite. N’importe quel bouquin de première année d’université peut vous le montrer. Dans le digestat liquide, il n’y a que l’ammonium et il a tendance d’une part à s’évaporer fortement et d’autre part à filer dans les nappes. Il est très peu retenu par les plantes s’il est tout seul.

Et en même temps, il a participé à tuer une certaine partie de la faune du sol qui aurait pu permettre une décomposition et une absorption par les plantes : ce sont des bactéries ou des champignons. Donc le digestat liquide, si on l’épand, il tue la faune, la microfaune du sol même la macrofaune et il s’infiltre. S’il s’infiltre, il va s’oxyder à terme dans les nappes phréatiques et il créera des nitrates comme on le voit en Bretagne maintenant de plus en plussouvent et de plus en plus tôt dans la saison.

Le reste va s’évaporer en créant des particules fines, des NOx – celles émises par les diesels et que l’on souhaite éviter – et il va aussi créer du N2O par oxydation dans l’air. Ce N2O a un pouvoir de réchauffement global qui est 300 fois plus fort que celui du CO2. Donc une partie infime d’évaporation de ce digestat liquide que l’on a épandu rend la balance très négative d’un point de vue environnemental.

7)  Un bénéfice climatique qui va de l’incertain au catastrophique

M. Sébastien Almagro :  « Le taux de méthane dans notre atmosphère bat un record vieux de 800 000 ans, et cela au cours de la dernière décennie… il faut bien comprendre que le méthane est un gaz à fort effet de serre, environ vingt-cinq fois plus impactant que le dioxyde de carbone. À une époque où le taux de méthane ne fait que s’accroître dans l’atmosphère, est-il bien raisonnable d’aller produire du méthane…à des échelles encore jamais atteintes sur le territoire ?...
Quand on produit du méthane, il peut y avoir des fuites sur le méthaniseur, et la présence d’hydrogène sulfuré dévore l’inox. Un méthaniseur s’use très vite. S’il y a 1 % de fuite dans un méthaniseur, cela équivaut à 25 % du dioxyde de carbone qui aurait été produit. À 4 % de fuite, vous perdez tout le bénéfice environnemental du méthaniseur. D’autre part, l’apport, notamment au niveau des digestats, d’un grand nombre de bactéries méthanogènes va peut-être contaminer les sols avec des bactéries qui vont produire encore plus de méthane qui augmentera dans l’atmosphère. Enfin, des véhicules qui circuleraient au biogaz, vont produire du méthane en le brûlant. »

Et n’oubliant pas les digestats épandus qui génèrent des oxydes d’azotes d’effet de serre 300 fois plus fort que celui du CO2

« Les projets sont fortement subventionnés par l’État et des collectivités territoriales, à hauteur de 15 % à 20 %, et sans contrepartie du type actionnariat par exemple. Par ailleurs, les collectivités locales, le plus souvent, ont des portefeuilles relativement minces et doivent s’occuper par exemple de l’entretien des voiries.
Un méthaniseur agricole génère le passage de 13 000 camions par an. Pour les subventions, c’est 1,7 million d’euros de subvention pour 2,5 emplois créés. Quelle est la retombée locale d’une telle industrie sachant que la plupart des communes ne sont pas connectées au réseau de gaz car trop petites ? »

8) Beaucoup de promesses et une équation économique très incertaine

M. Daniel Chateigner  Il faut investir 1,2 million d’euros pour créer deux emplois directs. Sur ces 670 méthaniseurs, nous avons estimé entre 500 000 et 1 million d’euros la dépense par emploi direct créé. Ce n’est pas avec cela que l’on va résorber le chômage !

Mme Anne Danjou. Nous avons deux inquiétudes concernant la méthanisation. On propose aujourd’hui aux agriculteurs un modèle qui n’est pas fiable : on les encourage à faire de très gros emprunts qu’ils auront du mal à rembourser. Il y a, j’en ai discuté avec un président de chambre d’agriculture, 94 % d’aléas dans les business plans prévisionnels pour un méthaniseur. Cela conduit 70% des agriculteurs à avoir de grosses pertes financières. »