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dimanche 19 mai 2019

Anti-vert !: Pour (ne pas) en finir avec le glyphosate ! Chronique du triomphe de l’ignorance (2)


A peine annoncé dans mon blog précédent

que ce serait ma dernière chronique sur le glyphosate, allez, je repique, tant la montée de l’ignorance et du fanatisme anti-science, anti-progrès, anti-humanité me met en colère.

Donc, remarquable tribune de M. Jean-Louis Bernard, vice-président de l’Académie d’Agriculture sur https://www.lopinion.fr intitulée

«En quarante ans, on n’a rien trouvé de plus efficace que le glyphosate» :

Comment expliquer le règne sans partage du glyphosate parmi les herbicides ?

Le glyphosate a rencontré le succès dès sa mise sur le marché en 1974 car il avait des qualités uniques par rapport à ses compétiteurs. C’est, tout d’abord, un produit systémique : il a une largeur de spectre inégalée. La plupart des végétaux le captent sur la surface de leur feuille, puis il est entraîné par la sève et se dirige vers les zones en croissance pour dérégler le métabolisme de la plante et la faire disparaître. Le tout, sans toucher aux semences qui sont en terre. De plus, il est très peu cher.

Ce que l’on recherche avec le glyphosate, c’est un allègement de la charge de travail. Avant qu’il existe, il fallait, pour créer un lit de semences, procéder à des passages d’outils croisés après le labour. On utilisait une herse, puis un disque, puis à nouveau une herse, dans un sens puis dans l’autre afin d’ameublir la surface du sol. Cela impliquait la destruction des semences en cours de germination. Peu de gens le font encore, car cela demande énormément de temps. Et le matériel s’use vite. Le glyphosate permet de se limiter à un passage. En somme, il simplifie le travail et limite les coûts de production. (NB et épargne les sols !)

Les cultures les plus dépendantes sont celles qui se développent sur des terrains fragiles : des terrains pente ou caillouteux, par exemple. Pour supprimer l’herbe, un herbicide non sélectif et non résiduel comme le glyphosate est beaucoup plus pratique que de revenir au travail du sol. Les grandes cultures comme les céréales ou le colza sont également très dépendantes. Se passer du glyphosate gonflerait leur coût de production. A moins que l’on trouve des solutions mécaniques. Ce qui signifie acheter de nouvelles machines, dont les agriculteurs se sont délestés.

Existe-t-il des herbicides équivalents à ce jour ?

On comptait quatre herbicides à spectre large comme le glyphosate il y a vingt ans. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un. A ma connaissance, il n’existe aucune molécule qui puisse le remplacer. Lorsque le glyphosate est apparu sur le marché, tous ses compétiteurs ont lancé des lignes de recherche pour le concurrencer. Mais en quarante ans, on n’a rien trouvé de plus efficace. Il est certain que nous ne trouverons pas d’équivalent dans les années qui viennent.

Nous ne pourrions pas nous adapter à une interdiction pure et simple. Si on le supprime, on doit revoir tout le système de production agricole. Il n’y a pas de méthode alternative. Il faudrait revenir à des pratiques d’il y a vingt ou trente ans : le travail du sol systématique. On perdrait toute compétitivité face à nos voisins européens. Enfin, je m’interroge sur la raison scientifique d’une telle interdiction : le CIRC est bien seul pour qualifier le glyphosate de cancérogène probable.

(Oui, en effet ; il n’y a aucune preuve de toxicité du glyphosate, ii y a accumulation de preuves qu’il n’est pas ou très peu toxique…)

Glyphosate, une interdiction politique sans fondement scientifique

Le Président Macron s’est fait le héraut inattendu du combat contre le glyphosate. Sous la pression française, le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe, initialement prévu  pour 15 ans a été ramené le 27 novembre 2017 à 5 ans … et à 3 ans pour la France !

Strictement politique et symbolique, cette décision se désolidarise des choix européens, va à l’encontre des avis des agences d’évaluation française (ANSES), européennes (EFSA, ECHA) et internationales et s’éloigne une fois de plus de  l’expertise scientifique.

S’attaquer en priorité au glyphosate s’avère surprenant s’agissant d’un désherbant rendant de nombreux services aux agriculteurs. Le plus utilisé et le plus étudié au monde, il est connu pour son efficacité, sa polyvalence, son faible prix et son bon profil toxicologique et écotoxicologique.

Alternatives au glyphosate : retour au travail du sol ; trente ans en arrière !

Le Président Macron a déclaré imprudemment «dans 3 ans, dans au moins 90% voire 95% des cas on aura trouvé une alternative au glyphosate ? ». On en a pris l’habitude : c’est n’importe quoi !

Le rapport de l’INRA de novembre 2017 sur les alternatives au glyphosate illustre les difficultés  et les nombreuses impasses techniques auxquels les agriculteurs seraient confrontés.

En fait, pour quiconque sait lire, il constitue un désaveu complet des positions présidentielles.

C’est le retour au travail du sol qui serait la principale alternative, que ce soit pour détruire  l’enherbement et les couverts végétaux avant semis, pour désherber vignes et vergers ou pour rénover des prairies.
Un travail mécanique plus exigeant en main d’oeuvre, en carburant, plus onéreux, émetteur de CO2, peu favorable à la structure du sol et difficile voire impossible à effectuer en diverses situations (sol humide, terrains pentus ou caillouteux, vergers avec système d’irrigation au sol, …).

Les hypothétiques alternatives au glyphosate, reposant essentiellement sur le travail mécanique, consommateur de carburant et émetteur de CO2, marquent un net recul sur le plan environnemental.

Pire, les techniques de conservation des sols - combinant abandon du labour (semis direct) et couvert végétal en interculture qui nécessitent, certes, l’emploi d’une faible dose de glyphosate - seront condamnées, alors qu’elles concilient bénéfices économiques (réduction des coûts de mécanisation), agronomiques (activité biologique et fertilité des sols améliorées, érosion réduite) et écologiques (séquestration du CO2 atmosphérique dans le sol, abri et nourriture pour la faune sauvage).
Par cette décision, les méthodes agronomiques qui satisfont le mieux la transition écologique en agriculture sont condamnées alors qu’elles devraient être promues !!!

Eh oui, le glyphosate est aussi une molécule écologique !

Et la meilleure ( la pire) ? Didier Guillaume !

Interviewé jeudi 16 mai sur Europe 1, le ministre de l’agriculture , Didier Guillaume a eu à confirmer sa position à l’égard de l’usage du glyphosate par les agriculteurs. « L’OMS, l’organisation mondiale de la santé, a classé le glyphosate comme probablement cancérogène. Est-ce que cela suffit pour décider d’en interdire l’usage ? », lui demande la journaliste.
« Oui, ça suffit ! C’est le principe de précaution. À partir du moment où c’est probablement cancérogène, le Gouvernement et moi-même sommes là pour défendre et protéger la sécurité et la santé de nos concitoyens », a-t-il répondu.

1) Non, aucune agence compétente ne classe le glyphosate comme cancérigène
2° Non, ce n’est pas du tout, du tout, le principe de précaution, qui imposerait de continuer des études sur la toxicité du glyphosate,..par ailleurs, déjà l’une des molécules les plus étudiées.

Là, je craque :Imbécile ! incompétent, démagogue, lâche, ignorant, scientifiquement inepte, tuer d’agriculteur, bigot, rétrograde, adversaire du progrès et de l’humanité affameur des peuples,
Macronien ! (Sa seule excuse, son prédécesseur Stéphane Travers a payé sa compétence et son opposition aux fanatiques écologistes …)

Et j’arrête sur le glyphosate, il est décidément  néfaste à ma santé tellement le flot d’ignorance crasse et de manipulation me met en fureur.
Cette haine de soi, cette haine de la science, cette haine du progrès, cette haine de l’humanité risque bien de tout emporter. Jamais, du moins dans l‘histoire récente, on a vu un tel obscurantisme se répandre et menacer l'avenir de l’Humanité et des populations à venir qu’il faudra nourrir !


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jeudi 17 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom -23 : La PAC démantelée, l’euthanasie des paysans


Europe et Eurokom : Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations de l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

« Il y a un peu plus de 60 000 éleveurs laitiers ; dans quinze ans, à mon avis, il en restera 20 000. Bref, ce qui se passe avec l’agriculture en France, c'est un énorme plan social, mais un plan social secret, invisible, où les gens disparaissent individuellement, dans leur coin, sans jamais donner matière à un sujet pour BFM. » Michel Houellebecq, Serotonine

Merci au monde paysan, de tous pays !

Se souvient-on de cette longue sortie de guerre, et de combien les Français ont eu faim, des tickets de pain, du café inabordable remplacée par la chicorée, les pommes des terres remplacées par les topinambours (sur lesquels les bobos ne s’extasiaient pas encore !), des ersatz très douteux. Et des tickets de rationnement dont les derniers n’ont disparu qu’en 1949 !

En 2015, la production agricole française s’élevait à 74,1 milliards d’euros, soit 18 % de la production globale des 27, selon une publication de l’Insee, du 5 juillet 2018, consacrée à la place de l’agriculture française en Europe. La France est au premier rang pour la production de céréales, de plantes fourragères, de vin, de pommes de terre, de bétail et de volailles. Rien que pour les céréales, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert aime à rappeler que, avec70 millions de tonnes produites par an, leurs exportations représentent deux Airbus par semaines !
Bravo et Merci les paysans français !

Et tant qu’à ne pas être chauvin, à tous les paysans de tous les pays. De 1900 à 1909, 27 millions d’êtres humains ont succombé aux famines. De 1920 à 1960, chaque décennie, c’étaient 15 millions de morts par famine. De 1950 à 1980, la population mondiale a doublé, passant de 2.5 à 5 milliards. Les malthusiens de l’époque s’affolaient : des centaines de millions d’être humain vont mourir de faim dans les années 70-80. La bataille menée pour nourrir la totalité de l’humanité a eu lieu, nous en sommes au dénouement (Paul Ehrlich, la bombe P, 1968) Dans quinze ans, les famines seront catastrophiques (Famine 1975, Paul Paddock).

C’est le contraire qui s’est produit et les famines, fléaux immémoriaux,  ont aujourd’hui quasiment disparu de la surface du globe, sauf perversité humaine (guerres). Merci aux paysans de tous pays !
Merci donc, mais qu’il a un goût amer et scandaleux ce merci. Chaque année maintenant, le chiffre reste stable : un agriculteur se suicide tous les deux jours ! Ce taux de mortalité par suicide des agriculteurs français est supérieur de 20% à celui de la population générale et de 30 % pour la seule catégorie des éleveurs de vaches laitières ! La cause est aussi bien connue : des revenus agricoles insuffisants pour vivre. Une enquête réalise dans l’Ouest en 2017 a montré que plus de 30 % des agriculteurs gagnent moins de 350 € par mois et que les deux tiers d’entre eux étaient en-dessous du seuil de pauvreté ! (L’enquête indiquais également que le plus grand nombre de suicides  a été observé pendant les mois où les prix du lait ont atteint leur record le plus bas, ce qui bien sûr n’a aucun lien avec la suppression des quotas laitiers, chers ultra-libéraux de Bruxelles !!!). Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), plus de la moitié des paysans français gagnent moins de 354 euros par mois. Ils n'étaient que 30 % dans ce cas-là en 2015 et 18 % en 2014. En 2016, les revenus ont diminué de 26% ! Conséquence de cette paupérisation rapide : les fermetures d'exploitations se multiplient : 1.281, (soit 3.5 exploitations par jours !) entre septembre 2016 et septembre 2017 ! Un chiffre en hausse de 6,7% par rapport aux douze mois précédents ! En 2017, 300 fermes de bovins ont fait faillite,  chiffre en très nette augmentation de 19% sur un an et 69% sur quatre ans. Au-delà des faillites, 70% des agriculteurs sont dans le rouge, selon la Coordination rurale. Ils travaillent énormément et ne peuvent pas se payer. Comment en est-on arrivé là ?

Vive la vieille PAC, qui fut un succès !

Prévue par le traité de Rome du 25 mars 1957 et entrée en vigueur le 30 juillet 1962, la politique agricole commune (PAC) est une des plus anciennes et jusqu'à peu la plus importante des politiques communes de l’UE (environ 35 % du budget européen). Ses grandes lignes ont été définies à la conférence de Stresa (du 3 au 12 juillet 1958) et elle a été mise en place en 1962. Ses objectifs étaient d’accroître la productivité de l’agriculture ; d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ; de stabiliser les marchés ; de garantir la sécurité des approvisionnements ; d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Depuis, s’y sont ajoutés les principes de respect de l’environnement et de développement rural. La section Garantie du Fonds européen d'orientation et de garantie agricole (FEOGA) finançait le soutien des marchés.

Lorsque la PAC fut lancée, la France, seule parmi les pays fondateurs,  arrivait juste à l’autosuffisance alimentaire. Cette vieille PAC avait une orientation résolument productiviste, car il fallait augmenter la production agricole, et protectionniste, car la construction d’une union douanière nécessitait une protection aux frontières. Il s'agissait alors de rendre la Communauté auto-suffisante, plus solidaire et de moderniser un secteur agricole encore très disparate selon les pays. Elle a été une incontestable réussite: modernisation de l'agriculture, développement de la production, immenses gains de productivité qui ont fait de l’Union le 2e exportateur mondial, autosuffisance et sécurité alimentaire garantie. Si l’évolution des techniques et la concentration des exploitations faisaient diminuer naturellement la population paysanne (qui pouvait alors contribuer à l’industrialisation), cela allait de pair avec l’augmentation du niveau de vie des paysans.   Les écueils rencontrés (crises liées à la surproduction de nombreux produits, aux variations de change des monnaies, à l'entrée de nouveaux membres) ont été surmontées par des adaptations intelligentes avec notamment en 1984 la résorption des excédents, avec la mise en place de quotas de production, notamment dans le domaine laitier, et une politique de réduction des prix de soutien.

On sait comment par une malédiction incompréhensible, l’Eurokom des fanatiques libéraux s’acharne à détruire les rares succès de la politique européenne. C’est exactement ce qui arriva avec la PAC !

La nouvelle PAC et le règne du marché.

La préférence communautaire permettait d’isoler l’agriculture européenne des variations des prix mondiaux en lui accordant des avantages en matière de prix par rapport aux produits importés et les agriculteurs bénéficiaient d’aides indirectes, les « prix garantis », qui leur assuraient un prix minimum pour leurs productions.

Cette disposition est actuellement en quasi désuétude et les réformes de 1992 et 1999 ont eu pour but de rapprocher l’agriculture européenne du marché (du dieu marché !) en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes, disposition aggravée en 2003 ; désormais, les aides ne sont plus liées à la production. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare, à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. La régulation du marché est abandonnée et les quotas sont progressivement supprimés (2015 pour le lait, 2017 pour le sucre).

Et il s’est produit ce qui était parfaitement prévisible. En ce qui concerne les quotas laitiers, la production  maintenant  libre, l'agriculture européenne affronte la concurrence sans filet de sécurité. Dans un premier temps, la production a augmenté… et les prix d'achat aux agriculteurs ont baissé - le prix payé est inférieur en 2016 et début 2017 au prix de production ! Selon des chiffres de l'Insee publiés en décembre 2016, le revenu moyen d'un chef d'exploitation agricole diminue de 26,1% en 2016 par rapport à 2015 !

Cette PAC est devenue complètement absurde, et la Cour Européenne des comptes vient d’y consacrer un rapport au vitriol, dénonçant un système inégalitaire selon lequel  les petits se paupérisent quand les plus gros s’enrichissent. La répartition est tellement injuste…qu’elle est secrète.  En avril 2009, on a pu connaître les montants reçus au titre du premier pilier pour tous les bénéficiaires de la PAC en France (le prince de Monaco figurait au premier rang…) ; alors un arrêt de la Cour de Justice de l'UE, consécutive à une démarche luxembourgeoise, a invalidé en 2010 la réglementation de l'Union sur la publication des informations relatives aux bénéficiaires de fonds européens agricoles. Beaucoup d’États membres (dont la France) ont alors retiré l'accès public aux informations nominatives !

Cette PAC est tellement juste et efficace qu'elle doit être secrète

Et surtout, l’effort global en faveur de l’agriculture, le montant global de la PAC diminue considérablement. La Commission européenne envisage une enveloppe de 265 milliards d’euros pour 2021-2027 soit une diminution  de 12% en euros constants. Les exploitants agricoles français vont perdre près de 5 milliards d’euros d’aides directes sur toute la période et les revenus des agriculteurs européens diminueront de 8 %, selon le cercle de réflexion Farm Europe. Toujours selon FARM Europe, la valeur des aides directes devrait baisser de 15 %, et elles seront, par ailleurs, plus compliquées à obtenir. Les paiements du premier pilier seront soumis à des exigences environnementales. Leur montant sera dégressif à partir de 60 000 euros et plafonné à 100 000 euros par exploitation.

Tiens, pour ajouter la connerie à la bêtise, nous apprenons début 2019 que Bruxelles a alloué à la France 700 millions d’euros pour le développement de projets ruraux, à dépenser entre 2014 et 2020. A un an de l’échéance, seulement 3% de l’enveloppe a été dépensé… (Europe1)

D’où une spirale infernale. La concurrence mondiale tire les prix vers le bas et les prix agricoles sont trop bas et parfois deviennent même inférieurs aux coûts de production ! Des mises aux normes incessantes viennent augmenter encore les coûts de production. Et parfois stupides : que nous coutera l’abandon unilatéral  du glyphosate, le plus efficace et le plus sûr pour la santé des herbicides ?

On veut une agriculture écologique et vertueuse, mais on ne fait rien pour se protéger des produits importés qui ne respectent aucune norme, et, au nom du libre échange, on « négocie » des traités comme le Ceta. La production agricole sera exposée à ce qui se fait de pire au Brésil ou au Canada, par exemple de la viande produite avec un cahier des charges largement différent du nôtre. Dans ces conditions, pourquoi lutter contre le glyphosate et le poulet aux hormones chez nous ? En France, on produit avec une meilleure qualité: il faut l'assumer, en être fiers, en revalorisant notre processus de production. Ce qui impliquerait en premier lieu de mettre des clauses dans les traités de libre-échange qui, sur le modèle de l'exception culturelle, instituerait une exception agricole.

Mais ça, ce n’est pas dans le logiciel de la Commission Européenne.

L’Agriculture, un marché pas comme les autres

Vivent les marchés, donc ; et pourtant, partout dans le monde, au nom de la sécurité alimentaire, au nom de la lutte millénaire contre les famines, au nom des traditions locales, partout l’agriculture est aidée : 190 euros par habitant en Europe, 389 aux USA, 434 au Japon, 228 au Canada, 629 en Suisse, 957 en Norvège.

L’Union Européenne, une fois de plus, l’idiote du libre-échange !

Michel Houellebeck, Serotonine « Mes interlocuteurs ne se battaient pas pour leurs intérêts, ni même pour les intérêts qu’ils étaient supposés défendre, ç’aurait été une erreur de le croire ; ils se battaient pour des idées ; pendant des années, j’avais été confronté à des gens qui étaient prêt à mourir pour la liberté du commerce »

Croit-on que le gigantisme, la productivité au détriment de toute considération des animaux,  les fermes de 1000 vaches et de 200.000 poules en cage soit la solution ? Ceci alors : En Allemagne, la faillite de la plus grande firme agricole relance le débat sur la régulation du foncier. Avec 46 000 ha répartis entre l’ex-RDA, la Lituanie et la Roumanie, KTG Agrar faisait figure de totem au phénomène de concentration foncière, ou « land grabbing », en Europe. Développée sur la base de la privatisation d’anciennes fermes d’Etat est-allemandes dans les années 1990, l’entreprise a connu une expansion rapide à partir de son entrée en bourse en 2007. Ses activités ne se limitaient pas à la production agricole et parmi les 96 filiales et autres entreprises associées du groupe KTG figuraient différents outils de transformation alimentaire et de production de biogaz. Le groupe avait même occupé le 3ème rang des producteurs d’énergie renouvelable en Allemagne. En difficulté, avec un endettement important, KTG Agrar avait réussi à conserver la confiance de ses créanciers grâce à des jeux d’écriture sur les prix d’achat et de vente entre ses différentes filiales. Le pot aux roses découvert, le fondateur fût poussé au départ en 2016 et le groupe déclaré insolvable…

Vous savez-quoi ? Une pénurie de nourriture conduirait notre société à se rappeler aussitôt de l'importance de nos agriculteurs…

Nous y allons tout droit. L’Eurokom aura réussi cela !

C’est pourquoi il faut en sortir !


samedi 25 août 2018

A bas le progrès ! : l’Europe, la génétique et les obscurantistes


Zinc Finger, CRISPR-Cas9, Talen- La nouvelle révolution des NBT

La génétique a fait ces dernières années d’énormes progrès. Trois enzymes récemment découvertes,  les nucléase à doigt de zinc (ZFN), les nucléases effectrices de type activateur de transcription (TALEN) et surtout CRISPR-Cas9 (enzymes jouant un rôle dans l’immunité bactérienne) permettent maintenant d’éditer de façon précise le génome (l’ADN) d’une cellule, de la couper en certains endroits sélectionnés, de changer la place d’un gène et son niveau d’expression, de corriger un éventuel défaut. Leur utilisation en médecine pour soigner des maladies génétiques,  bien que complexes s’avère déjà prometteuse et donnera un espoir à des malades  qu’on ne savait à présent ni guérir, ni même soulager.

Leur utilisation en agriculture est plus simple. Elles permettent de créer des variétés soit plus résistantes à certaines maladies (un million de morts dus au mildiou en Irlande pendant la grande famine de 1845-1848), une meilleure adaptation à de nouvelles conditions climatiques (tiens, ça on risque maintenant d’en avoir vraiment besoin), ou bien augmentant leurs qualités nutritionnelles. Ainsi, CrispR_Cas 9 a permis de créer une variété de maïs résistante à la nécrose létale du maïs et de  de favoriser l'expression d'un gène connu pour accroître la tolérance du maïs à la sécheresse en remplaçant le promoteur associé par un promoteur augmentant sa fréquence d'expression. Les TALENs sont utilisées pour développer la résistance du riz aux bactéries xanthomonas et également  pour inactiver un gène en partie responsable de la synthèse d'acides gras chez le soja, augmentant ainsi la part des acides mono-insaturés et réduisant celle des acides gras saturés, améliorant ainsi la qualité nutritionnelle de l'huile extraite de la variété de soja concernée.

Ces nouvelles techniques sont regroupées sous le nom de NBT (New Breeding Techniques), pour les différencier du génie génétique et de la notion d’organismes génétiquement modifiés. Il s’agit certes de techniques de génétiques, mais dans ces cas, il n’y pas d’insertion de gènes extérieurs, seulement une réorganisation pouvant réprimer ou au contraire augmenter l’action de certains gènes déjà présents. Ces techniques reproduisent fidèlement les phénomènes de mutation (mutagénèse) à l’origine de la sélection par croisement, telles que les pratiquent de manière immémoriale éleveurs et cultivateurs. Simplement, l’empirisme est remplacé par une démarche plus sûre, plus rationnelle, plus efficace, ce  qui nous permettra de répondre en temps utiles aux défis qui se posent. Par exemple, il  a fallu plus de vingt ans aux chercheurs de l’INRA pour créer par croisements interspécifiques une vigne résistante au mildiou, ce qui laisse largement le temps aux catastrophes et aux ruines de se produire ; les techniques actuelles le permettraient en moins de trois ans.


Il faut clarifier la directive sur les OGM pour bénéficier des nouvelles techniques de mutagenèse

Or, la Cour de justice de l’UE a récemment assimilé ces nouveaux organismes NBT à des OGM, alors que ce sont des organismes dont le génome a été altéré sans y insérer un ADN étranger.  Pour l’ex-député Jean-Yves Le Déaut et la sénatrice Catherine Procaccia, ex président et actuelle vice –présidente de l’Office Parlementaire des choix scientifiques et technologiques, il est urgent de clarifier la directive pour bénéficier des nouvelles techniques de mutagénèse. Ils ont signé dans Le Monde du 21/08/2018 une tribune courageuse et assez détonante intitulée Il faut clarifier la directive sur les OGM. Extraits :

Etats et Commission des responsabilités non assumées :  « Depuis près de dix ans, l’incertitude prévaut dans l’Union européenne sur la qualification juridique des nouvelles biotechnologies (New Breedings Techniques, NBT). En droit européen, la « directive 2001/18 » exempte les techniques de mutagénèse de ces dispositions, considérant que pour ces techniques, « la sécurité est avérée depuis longtemps ». C’est ce que précise un récent arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) tout en soulignant que la législation de l’Union n’a pas été modifiée au regard de l’évolution de ces techniques.
En repassant ce dossier épineux à des comités d’experts successifs, puis maintenant au juge européen, la Commission et les Etats membres n’ont pas assumé leurs responsabilités car ce n’est pas au juge de définir la politique de l’Union européenne sur un sujet aussi important. Il s’agit d’une décision de nature politique, qui relève de la compétence de la Commission européenne, en lien avec les Etats et leurs comités d’experts »

Sur les OGM : « L’activisme d’associations qui depuis plus de vingt ans ont frappé l’opinion publique en parlant de risques sanitaires a petit à petit produit ses effets, y compris dans l’arrêt de la Cour Européenne de Justice. Pourtant aujourd’hui, avec vingt ans de recul, les agences nationales, européennes, internationales, les académies concluent toutes à l'absence de risques sanitaires. Les responsables politiques et les gouvernements qui se sont succédé depuis vingt ans ont souvent reculé ou démissionné et petit à petit le dossier OGM s’est enlisé. Cela risque de recommencer avec les nouvelles technologies »

« Les NBT constituent une révolution, puisqu’elles sont à la fois simples, rapides, précises puissantes, peu coûteuses, universelles et très prometteuses, notamment dans les domaines de la médecine et de l’agriculture. C’est une ère post-OGM qui s(annonce pour l’agriculture. »

«  Il serait paradoxal que, comme pour les OGM, l’Union Européenne et ses Etats membres s’accommodent du départ des chercheurs vers ces pays (USA, Chine, Brésil…) et de l‘importation de produits issus de ces techniques venant de ces pays, tout en interdisant sur notre territoire la recherche, l’expérimentation et la culture. Une nouvelle fois, l’Europe va être pénalisée. »

«  Avec la prolifération de la fausse science, c’est la nature même du progrès qui est remise en cause. Cette évolution inquiétante prend sa source dans la confusion de plus en plus marquée entre ce qui relève des savoirs issus d’une démarche scientifique rigoureuse et ce qui relève de croyances ou de manipulations. En fait, n’est-il pas plus dangereux de manipuler les esprits que de modifier les gènes ».

On ne saurait mieux dire, et bravo à Jean-Yves Le Déaut et à Catherine Procaccia, et espérons qu’ils seront entendus.

Tiens, au fait, où est passé le Président de l’Office Parlementaire des choix scientifiques et technologiques, Cedric Villani ? Perdu corps et surtout âme ? Allons, on a maintenant bien compris qu’il préfère à la vérité et au courage de tortueuses stratégies politiques, et que le savant a été remplacé par un politicien plus sinueux que les professionnels de l‘ancien monde, et qu’il ne prendra aucun risque pour assumer des positions qui risqueraient de déplaire à Jupiter et autres olympiens et de nuire à ses ambitions personnelles. Dommage, c’est une grande déception.

16 chromosomes réduits à un seul !

Le même numéro du Monde (21/08) annonce une nouvelle scientifique qui montre bien que nous allons encore vers bien des surprises et de nouveaux progrès en biologie : les 16 chromosomes d’une levure de bière ont été raboutés en deux chromosomes par une équipe américaine, et en un seul par une équipe chinoise, et cela sans compromettre la viabilité de la levure ! En dehors du défi scientifique et technique, cela aussi annonce une autre ère pour les OGM simples. Car les OGM dont le génome a été ainsi réaménagé ne peuvent plus se croiser avec les organismes souches, et tout risque de contamination se trouverait ainsi évité !

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mercredi 1 novembre 2017

Glyphosate _faux et vrai scandale

Disons-le tout de suite pour éviter de mauvaises surprises à certains lecteurs, mais le vrai scandale est celui qui mènerait, par idéologie rétrograde, ignorance ou bêtise à interdire le plus efficace et le moins toxique des désherbants… de l’ aveu même de Nicolas Hulot

La grave crise de crédibilité… des publications de la recherche universitaire et publique

En 2011, la firme pharmaceutique Bayer s’est posée quelques questions sur le taux d’échec de ses projets de chimie médicinale. Trois chercheurs ont été mobilisés à plein temps pendant un an pour examiner 67 projets de recherche dans le domaine de l’oncologie, de la gynécologie et des maladies cardiovasculaires qui ont échoué, et ils ont tenté de reproduire les expériences fondamentales décrites dans la littérature scientifique qui avait incité Bayer à se lancer dans ces projets. Résultats : seulement 21%  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; en d’autres termes, les deux tiers de ces expériences n’ont absolument pas pu être reproduites. Peu après, des chercheurs d’Amgen ont effectué le même type d’analyse sur 53 expériences ayant servi à lancer des recherches précliniques dans le domaine du cancer : seulement 11 ont pu être reproduites.
De sorte que les firmes pharmaceutiques pourraient à bon droit poursuivent un certain nombre d’Universités ou centres publics de recherche !
Il existe donc une véritable crise de reproductibilité et de confiance dans les publications issues du domaine public et l’on en connait les raisons : la pression du publish or perish , pour obtenir des crédits ou une bonne évaluation, les faibles chances de se faire prendre, la faiblesse des sanctions, l’affaiblissement du niveau général d’éthique face à la valorisation du profit rapide et immédiat. Il faudra vraiment s’y attaquer, « on ne se contentant pas d’épingler tel ou tel thèsard ou jeune chercheur, car la responsabilité est bien plus haute et systémique, qui consiste à mettre en place un management par objectifs basé sur des indices, qui ne peut être qu’une véritable incitation à la triche, avec une compétition de plus en plus acharnée dans la triche, intrinsèquement pervers, et dont la perversité intrinsèque s’apparente de très près aux fameux objectifs des ex gosplan de l’ex-URSS.
A l’inverse, les expériences décrites par les industriels du médicament, reprises dans les dossiers d’autorisation de mise sur le marché sont heureusement  beaucoup plus fiables et soumise à des critères statistiques de significabilité. Pour une raison simple : toute triche, même simple « oubli » de résultats défavorables peut leur coûter très cher, et cela s’est déjà produit.

Un cancérigène assez improbable sauf pour la communication du CIRC

Alors lorsqu’on m’explique que c’est un scandale que les études des scientifiques de  Monsanto sur le glyphosate  soient reprises dans le dossier d’évaluation de l’Agence Européenne, non, mille fois non, il n’y a rien là de scandaleux. Il suffit simplement de savoir si elles ont été menées selon les bonnes pratiques en viguier, et si elles sont pertinentes. Si oui, il est normal qu’elles soient reprises dans le dossier d’évaluation.
Un autre problème est de savoir si elles sont suffisantes. Et là, c’est le rôle des agences  d’évaluation, des pouvoirs publics, des experts de le dire, et de déterminer quelles études complémentaires sont éventuellement nécessaires.
Une agence de l’OMS, le CIRC, a classé le glyphosate en cancérogène probable. Probable, ce n’est pas avéré, et compte-tenu du fait que le glyphosate est utilisé depuis longtemps, le moins qu’on puisse dire est que sa toxicité est loin d’être établie. Mais il y a aussi ceci : le CIRC est particulièrement connu pour ses déclarations fracassantes  (la viande rouge comme probablement cancérogène). En bref, comme la NASA et beaucoup d’agences publiques avant chaque  renouvellement de leur budget, le CIRC annonce se doit de faire une annonce spectaculaire qui fera grand bruit.
En France, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), et malgré toute la pression médiatique, le moins qu’on pusse dire est qu’elle prende quand même ses distances avec le CIRC : « L'analyse a été menée pour tenter d'expliquer les conclusions divergentes du BfR et de l’EFSA avec celles du CIRC. Ces divergences s’expliquent en termes de critères de sélection des études retenues et de méthodologie d’établissement du niveau de preuve final… le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme est considéré comme relativement limité et ne permet pas de proposer un classement 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l'être humain) dans le cadre de l’application des critères du règlement(CE) n° 1272/2008 (CLP) ; au vu du niveau de preuve limité, la classification en catégorie 2 (substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, CLP) peut se discuter, sans que l’Agence ne puisse se prononcer en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études. » Par ailleurs, l’ANSES pointe un risque possible lié à la combinaison du glyphosate avec certains  co-formulants tels la tallowamine.

Le glyphosate. Pouquoi s’en passer ?

Poursuivons donc des études si elles apparaissent utiles, ou imposons-les à Monsanto ( dont le comportement mentionné par les Monsanto papers peut apparaître détestable ( mais Le Monde du 5 octobre qui leur consacre une double page se discrédite en tentant de réhabiliter le Pr Séralini).
Il y a eu peu d’écho à l’interview pourtant décapante de Nicolas Hulot dans Le Monde du 28 octobre « Il faut que l’on se fixe l’objectif de sortir du glyphosate durant ce quinquennat. Il n’y a pas d’alternatives chimiques, car il n’y a pas pour l’instant de molécules qui soit aussi efficace et moins toxique que le glyphosate. Les alternatives, ce sont le biocontrôle (en recourant à des organismes vivants) et le choix de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement »
M. Hulot, merci de cet aveu. Le glyphosate est l’instrument de contrôle des mauvaises herbes (les pestes !) le plus efficace et le moins toxique. Malgré toutes les études qui ont été menées, malgré une utilisation massive et s’étalant sur une longue période, rien n ‘a pu mettre en évidence sa toxicité, et même l’organisme le plus enclin à la publicité tapageuse ( le CIRC) n’a pu le ranger que dans la catégorie des « cancérogènes probables » ( et plutôt improbables pour l’instant). Tout remplacement par une substance existante serait un retour en arrière qui mettrait davantage en danger la santé des agriculteurs et des consommateurs et réduirait encore plus les cultivateurs à la misère ( eh oui, l’efficacité du glyphosate fait la différence entre une exploitation bénéficiaire ou en déficit.

Et c’est par idéologie, la plus rétrograde, la plus bête, la plus inapte scientifiquement), par la manipulation des peurs que certains voudraient imposer un retour en arrière sans précédent. Eh bien tiens ! C’est Mao qui avait raison ! pour tous les écolos qui veulent la fin du glyphosate, et ceux qui les suivent par bêtise ou ignorance, séjour obligatoire à la campagne à la campagne pour désherber à la main

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