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jeudi 19 septembre 2019

Urgence nucléaire et climatique, alerte ! : l’énergie nucléaire exclue de la taxonomie verte


La taxonomie verte européenne, qu’es acco ?

La Commission européenne travaille sur une taxonomie verte, c’est-à-dire une sorte de labellisation destinée à guider les investissements financiers vers les secteurs et les activités les plus appropriés pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe, la transition vers un économie bas-carbone et un modèle de développement durable. Les objectifs sont les suivants : lutte contre le changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable et la protection de l’eau et des ressources marines, transition vers une économie circulaire, prévention des déchets et le recyclage, lutte contre la pollution (prévention et contrôle), protection d’écosystèmes sains.

Elle doit de plus ne pas créer d’impact négatifs significatifs sur les autres objectifs (en anglais, critère DNSH, Do No Significant Harm), se conformer à des standards Sociaux minimum ( ??? compte-tenu des réalisations de l’Europe Sociale, c’est assez inquétant !)  et se conformer à des critères de sélection technique (Encore heureux !)

A quoi servira-t-elle ? Cette taxonomie n’a, selon ses promoteurs, qu’un caractère indicatif et non contraignant, « elle n’est pas un standard, ni une liste obligatoire d’activités dans laquelle investir ». Ben alors à quoi sert-elle ? En fait on peut s’attendre à ce qu’elle ait un impact sur la définition de la finance durable et les subventions européennes.

Première remarque : la lutte contre le changement climatique n’est qu’un des critères. Or, comme l’a fait remarquer Brice Lalonde à propos de la PPE (programmation pluriannuelle française de l’énergie), trop de priorités signifie pas de priorités !

Deuxième remarque : Je cite « la taxonomie inclura des activités de secteurs ayant un impact négatif sur l’environnement dans la mesure où celles-ci réduisent substantiellement leurs impacts négatifs. Le but de la taxonomie étant de favoriser la transition vers des modes de fonctionnement plus verts, et non pas uniquement des activités déjà reconnues comme vertes, cela fait sens d’y inclure des secteurs qui doivent améliorer leurs pratiques. »

Traduction (et ce sera la quatrième fois cette semaine sur le thème nos cersamis allemands commencent à nous casser les bonbons) : la taxonomie verte pourra être utilisée pour gaver de subventions les charbonniers allemands qui fermeront leurs centrales, mais par pour les investissements dans le nucléaire français (grand carénage et nouveau nucléaire) !

Alerte l’énergie nucléaire exclue de la taxonomie verte !

Mea maxima culpa, je suis un peu en retard sur ce blog ! Après le vote des députés européens en mars dernier 2019 excluant le nucléaire de la taxonomie verte. Il existe une consultation européenne ouverte ( en anglais) sur la taxonomie verte où chacun peut donner son avis ; enfin pouvait jusqu’au Lundi 16 septembre, mais peut-être le délai a-t-il encore été étendu : site


N.B.  l’ association les Voix du Nucléaire, qui fait un travail magnifique, a fourni un argumentaire en anglais permettant de répondre à cette consultation : les contacter sur :

On peut trouver les références utiles sur les thread de Tristan Kamin ( parfait, comme d’hab) : https://twitter.com/TristanKamin/status/1173521368937312256

La suite est constituée d’extraits  retraduits en français de l’argumentaire  des Voix du Nucléaire !

Le contexte : 

« Nous avons débuté notre action publique il y a quelques semaines par une lettre ouverte aux députés européens après leur vote en mars dernier excluant le nucléaire de la taxonomie verte. Nous devons maintenant les convaincre de reconsidérer cette décision. Elle est très fortement contre‐productive alors que la lutte contre le dérèglement climatique devrait être la priorité. Si la décision européenne entrait en vigueur, la France serait pénalisée de surcroît au vu de ce que représente le nucléaire pour son économie, sa balance commerciale, son développement territorial, ses emplois et son indépendance énergétique. »

« Le groupe d'experts techniques de la Commission européenne (TEG) a envisagé l'inclusion de l'énergie nucléaire dans la taxonomie du financement durable de l'UE en tant qu'activité et investissement durables. Le rapport technique du TEG publié en juin 2019 proposait de ne pas utiliser l'énergie nucléaire dans la première version de la taxonomie, en attendant une évaluation plus approfondie. Le TEG recommande que des travaux techniques plus approfondis soient entrepris sur les aspects de l'énergie nucléaire ( Nb en particulier  DNSH – Do No Significant Harm -Ne pas causer de dommages importants]

Argumentaire :

Pourquoi le nucléaire ne devrait pas être exclu sur la base du DNSM :

 Toutes les activités nucléaires commerciales dans l'UE (y compris la gestion du combustible usé) sont déjà régies par la législation, les réglementations et les procédures de l'UE et des États membres selon la norme «Ne pas nuire» (DNSH).
En revanche, le consensus scientifique mondial conclut que le maintien et l’expansion de l’énergie nucléaire sont nécessaires pour atteindre des objectifs de durabilité, tels que l’atténuation des effets du changement climatique.

Arguments généraux en faveur du nucléaire :

Le nucléaire fournit une électricité de base faible en carbone, solide et abordable, capable de supporter un bouquet d'électricité décarbonisé parallèlement à une expansion des énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien dans l'Union européenne
L'énergie nucléaire a également l'une des contributions les plus faibles à la génération de carbone tout au long de son cycle de vie -encore moins que l'énergie solaire et éolienne par kWh (voir le rapport du GIEC, «Changement climatique 2014: atténuation du changement climatique»).
Exclure le nucléaire de l’accès à un financement durable risque de compromettre les scénarios d’atténuation du changement climatique et les feuilles de route identifiées comme réalisables et nécessaires par certaines des institutions et organisations internationales les plus crédibles et les plus autorisées, notamment le GIEC (2018), l’AIE (2019) et la Commission européenne (2018). Tous concluent que l’énergie nucléaire devrait continuer à jouer un rôle important dans un effort d’atténuation du changement climatique rentable, opportun et efficace.

L'exclusion de l'énergie nucléaire de la taxonomie risque de rendre encore plus difficile l'atténuation du changement climatique en réduisant les possibilités de financement offertes aux projets nucléaires et en augmentant inutilement le coût du capital des projets d'énergie nucléaire.

En mai 2019, l'Agence internationale de l'énergie a souligné le rôle important que jouent à la fois le nucléaire existant et le nouveau nucléaire au niveau mondial,  dans la future transition vers une énergie propre. Au Royaume-Uni, National Grid a publié ses scénarios énergétiques futurs en juillet 2019, y compris un «chemin zéro» avec une capacité nucléaire de 18,6 GW en 2050. L'avis du Comité sur les changements climatiques (CCC) au gouvernement britannique - qui a conduit à l'adoption du « Royaume-Uni objectif zéro » pour 2050 - a joué un rôle crucial en identifiant le besoin d'une production supplémentaire d'énergie de 30GW-60GW d'ici 2050 dans le scénario zéro net de la CCC.

Bien que le rapport sur la taxonomie tienne compte de la contribution de l’énergie nucléaire à la lutte contre les changements climatiques, le nucléaire n’est pas inclus dans la liste actuelle des activités durables et aucun cadre d’évaluation de l’inclusion nucléaire n’a été fourni. L'inclusion de l'énergie nucléaire en tant que source de la production durable à faibles émissions de carbone et durable d'août 2019 devrait être réexaminée lors de la prochaine phase de l'examen de la taxonomie de l'UE avec la participation d'experts du cycle de vie complet de l'énergie nucléaire.

La prise en compte de toutes les formes de production d'électricité à faible émission de carbone devrait être la même (neutralité technologique). Le rapport technique du TEG ne prend pas en compte les qualités relatives des différentes options de production d’électricité à faible émission de carbone.
En particulier, le traitement de la production nucléaire dans le rapport technique du TEG diffère de celui des autres technologies en ce qui concerne les rejets et la gestion des déchets. Toutes les formes de production d’électricité à faible émission de carbone engendrent des déchets et impliquent un élément qui ne peut être considéré comme «écologiquement durable». Le cycle de vie complet de la production d'électricité doit être pris en compte et comparé de manière équitable pour toutes les technologies. Selon les statistiques de l'OCDE, le nucléaire est le moyen le plus sûr de produire de l'électricité. À titre de comparaison, les activités polluantes - telles que la fabrication de l'acier et du béton - sont incluses dans le projet de taxonomie, à condition qu'elles fonctionnent à des niveaux "inégalés". Ces activités ont été incluses en reconnaissance de leur importance cruciale pour atteindre le zéro net et de la volonté d'améliorer leurs performances environnementales tout en contribuant à l'atténuation du changement climatique. Compte tenu de son rôle crucial et reconnu dans la transition climatique, le nucléaire devrait être inclus dans la taxonomie, à condition qu'il respecte les normes réglementaires les plus performantes

Les exigences en matière de réglementation et de gouvernance applicables au secteur nucléaire sont soumises à des normes extrêmement strictes au niveau mondial, pour tous les aspects du cycle de vie du nucléaire, y compris la gestion des déchets, la sûreté et le déclassement. Toutes les activités nucléaires commerciales dans l'UE (y compris la gestion du combustible usé et l'élimination définitive) sont déjà régies par les normes DNSH (Do Not Significant Harm) conformément aux lois, règlements et procédures de l'UE et des États membres.

Besoin d'un processus / système de classification crédible :

Toutes les formes de production à faible émission de carbone seront nécessaires à la transition énergétique propre et devraient donc faire l'objet d'une égalité de traitement dans le cadre de la procédure «ne causer aucun dommage significatif» (DNSH), et être inclus dans la taxonomie. Il est à noter, par exemple, que les panneaux solaires photovoltaïques et l’énergie éolienne ne sont pas tenus de procéder à une évaluation des émissions sur leur cycle de vie, malgré le seuil d’émission en baisse proposé par l’Union européenne. Il est également à noter qu’il n’existe aucune métrique de déchets dans le critère «Economie circulaire» auquel le photovoltaïque solaire doit se conformer, alors qu’il existe une métrique pour l’énergie éolienne.
En revanche, le nucléaire est censé être exclu sur la base des déchets, ceci en dépit du fait que la sécurité nucléaire et radiologique, à travers tous les éléments du cycle de combustible de l'uranium (y compris les déchets et le déclassement), est l'un des secteurs les plus réglementés de l'UE. La réglementation de l'UE en matière de gestion des déchets énonce des exigences claires, que l'on pourrait qualifier de référence ou comme la meilleure norme appropriée (comme cela a été fait pour d'autres activités, telles que la fabrication de l'aluminium et du ciment).

Dans le contexte de la recherche du « zéro net », l’exclusion de la taxonomie une forme de production à faible charge de carbone reconnue et viable sur le plan commercial, ainsi que l'exclusion de facto de la capture du carbone par la combustion du gaz naturel (dont la durée de vie est très peu probable) émissions inférieures au seuil de 100gCO2e) nuit à la crédibilité de la taxonomie

D'autres parties du mécanisme financier de l'UE reconnaissent la nécessité du nucléaire pour atteindre le zéro net: à la fin du mois de juillet, la BEI a publié un projet de politique de prêt à l'énergie énonçant comment la BEI peut aider l'UE à faire face au changement climatique et à la suppression rapide des prêts aux énergies fossiles. Dans ce contexte, la BEI a déclaré que: « L’émission zero net  passera par un portefeuille diversifié de technologies, y compris les énergies renouvelables, mais aussi le nucléaire, le captage et le stockage du carbone, la conversion de l’énergie excédentaire en un autre vecteur d’énergie, ainsi que la bioénergie, le stockage et les technologies numériques. Dans ce document, la BEI indique en outre qu’en plus de la production d’énergie nucléaire, le cycle complet du combustible nucléaire, le déclassement et la gestion des déchets sont éligibles en tant que projets répondant aux critères de la banque.

En outre, la Commission européenne est tenue de faciliter les investissements dans le développement de l'énergie nucléaire conformément à l'article 2 du traité Euratom. Il est essentiel que toutes les régions de l'UE soient alignées sur la voie la plus sûre pour atteindre le zéro net. Cela nuira davantage à la crédibilité de la taxonomie au sein de la communauté financière si certains organismes reconnaissent le caractère écologique du nucléaire, et d’autres pas !

En créant un ensemble d'exigences différent pour une activité par rapport aux autres, le TEG compromet sa propre intégrité et sa crédibilité en tant que groupe d'experts techniques. En exigeant des preuves empiriques à long terme pour les dépôts de déchets nucléaires, bien qu'aucune autre preuve ne soit demandée à aucun autre secteur ou industrie, le TEG risque de compromettre la prétendue neutralité technologique de la taxonomie. De fortes incohérences dans l'application, en août 2019, du principe de l'égalité de traitement de l'UE par rapport au critère du non-préjudice significatif (DNSH) risquent de saper la confiance des financiers dans le fait que  la définition d'une activité durable a été élaborée avec rigueur, robustesse et de manière objective. Cette inégalité de traitement et l'exclusion actuelle du nucléaire (en dépit de son rôle critique dans l'atteinte des émissions zéro net) pourraient nuire à la réputation et à la crédibilité de la taxonomie et du TEG, ce qui pourrait limiter l'adoption de la taxonomie et de l'obligation verte de l'UE par la communauté financière au sens large.

L'initiative de l'UE en matière de financement durable est un développement important qui pourrait contribuer à augmenter de manière significative le volume de capitaux financiers consacrés aux activités durables. Cependant, pour que cet avantage se concrétise, il est important que la communauté financière adopte largement la taxonomie de l'UE et la norme européenne sur les obligations vertes, ce qui oblige les financiers à avoir l'assurance que la définition d'une activité durable est élaborée avec rigueur et de manière objective. Dans le contexte de la production d'électricité à faible émission de carbone, cela nécessite une approche neutre sur le plan technologique et une application cohérente des critères de DNSH dans l'ensemble des technologies à faible émission de carbone. Cependant, il existe des incohérences évidentes dans l'application du principe d'égalité de traitement de l'UE par rapport aux critères de DNSH. Ce traitement inégal de toutes les activités économiques et l'exclusion actuelle du nucléaire (en dépit de son rôle critique dans la réalisation des émissions zero net ) portent atteinte à la réputation et à la crédibilité de la taxonomie et du TEG, ce qui peut limiter l'adoption de la Taxonomie et norme européenne sur les obligations vertes de la communauté financière.

La taxonomie définit des critères durables pour de multiples activités dans différents secteurs (fabrication, agriculture, transports) en fonction de l'intensité en carbone de l'électricité consommée dans le cadre de leurs activités. Cette approche est incompatible avec l’approche appliquée à la définition des activités durables dans le secteur de la production d’électricité, où le nucléaire est exclu bien qu’il soit définitivement (et reconnu par le projet de taxonomie) à faible intensité de carbone.

Impact potentiel sur les technologies à base d’hydrogène et électrointensives.

 Le rapport du TEG indique (pages 50, 186 et 205 à 208) que de futurs projets de décarbonisation impliquant (i) l’utilisation d’hydrogène ou (ii) la fabrication d’hydrogène, ne sera considéré comme "durable" au regard de la taxonomie que si l'hydrogène est produit à partir d'électricité provenant de sources renouvelables.  Par conséquent, certaines industries (telles que la fabrication d’aluminium, de fer et d’acier dans des pays tels que la France) pourraient ne pas être en mesure de financer une partie de leurs efforts de décarbonisation en se référant à la taxonomie compte tenu de leur forte dépendance à l’énergie nucléaire !  
En outre, l'exclusion du nucléaire de la taxonomie risque de saper la confiance dans le fait que l'électrification dans tous les secteurs sera considérée à l'avenir comme durable…

Le rôle crucial que l'électrification joue dans l'atteinte du zéro net signifie qu'il est d'une importance vitale que toute production à faible émission de carbone soit considérée comme durable, et que le nucléaire contribue de manière considérable à la production d'électricité à faible émission de carbone aujourd'hui et à l'avenir.



NB : attention échelle log! : par exemple, le NUCleaire est 10 à 100 fois plus concentré que l'éolien dans l'occupation  du sol



mercredi 21 juin 2017

Chers amis allemands (2) une relation problématique

De quelques choses qui ne vont pas

Le blog précédent visait à tirer une leçon qui me parait évidente des élections françaises, savoir que  l’Union Européenne  et l’Euro risquent fort d’exploser s’il ne s’opère pas un changement radical de politique européenne, si nos chers amis allemands ne cessent pas de vouloir une Europe qui soit une Grande Germanie, et dominée par eux, fonctionnant comme eux.  Que l’on compare ce qu’est la politique de Mutti, épicière base de plafond, à celle des grands hommes d’Etat que furent les deux Helmut,  Kohl, récemment décédé, et Schmidt !
Quelques exemples de ce qui ne va pas

La crise grecque : la crise des subprimes (tiens, au fait, où en est la Deutsche Bank) s’est transformée en crise des dettes d’Etat, s’acharnant sur le maillon faible européen qu’était la Grèce. Effectivement, le truandage systématique des comptes publics grecs (avec la complicité de qui ?), l’absence même d’un Etat digne de ce nom en Grèce ne pouvait plus durer et menaçait la zone européenne d’explosion. D’accord, il fallait frapper vite et fort, et vous l’avez fait.
Mais au-delà il semble bien qu’en bon protestant, vous ne pouviez accorder aucune absolution et qu’il fallait punir le pêcheur jusqu’à ce qu’il pleure des larmes de sang. La meillee preuve de cette volonté de punir est qu’elle a conduit à des décisions qui ont été néfastes, non seulement pour la Grès, mais pour toute l’Europe. Vos lenteurs, vos réticences dans la mise en place du mécanisme européen de stabilité et de rachat de dette étatique par la banque centrale ont coûté des milliards. Aujourd’hui, alors même que le FMI insiste sur la nécessaire annulation d’une partie de la dette grecque, vous repoussez encore cette mesure, indispensable à une Grêce ecsangue…pour cause d’élection allemande. C’est honteux, c’est contraire même au but- comment les Grecs pourraient-ils reconstruire un Etat dans ces conditions.

Les déficits : certes, un déficit courant irraisonnable et reconduit d’années en années n’est pas supportable pour un Etat. Mais enfin, le commerce intra européen est tel que le déficit de vos partenaires contribue pour beaucoup à l’excédent dont vous êtes si fiers ; et, à la fin des fins, si nous formons une communauté européenne, le déficit de tels ou tels pays européen vis-à-vis de l’Allemagne n’a guère plus d’importance que celui du Wyoming vis-à-vis de la Californie , non ? C’est à l’échelle de l’Europe qu’il faut juger du déficit
Et puis, en période de crise et lorsqu’en plus les taux d’intérêt sont au plus bas, il vaut mieux le déficit que la récession, non ?
Enfin, il faut aussi faire de politique, la réunification de l’Allemagne au taux de parité des marks est et ouest était économiquement condamnable, mais politiquement inévitable. Kohl l’a fait, nous l’avons bien compris, il fallait pour toute l’Europe que cette réunification se fasse au mieux. Et nous avons alors supporté, pour cause de convergence vers l’euro des taux d’intérêts supérieurs à ceux que nous aurions pu avoir. Vous pourriez un peu vous en souvenir au lieu dé defendre pied à pied vos intérêts immédiats.

La sortie du nucléaire, pour des raisons purement démagogiques, avec la réactivation des centrales à charbon voire à lignite, est un crime contre l’économie ( une énergie plus chère), contre le réchauffement climatique, contre la santé publique (merci pour les épisodes de pollution). Vous avez fait bien pire que ce pauvre Trump, avec ses mines de charbon du Wyoming que de toutes façon aucun industriel n’exploitera autrement que symboliquement. Et personne ne vous en veut !

L’immigration : un beau jour, vous encouragez tous les réfugiès à immigrer et à venir en Allemagne. Orban décide alors de laisser passer  tous les migrants qui s’accumulaient dans les gares hongroises, bizarrement, ça vous plait déjà moins. Puis vous voulez décider quel pays accueillera qui (ça va, les chevilles), et finalement, tout contrits, vous concluez un accord de blocage avec le néo-sultan turc, qui nous place dans sa dépendance, celui-ci  ne se gênant pour menacer d’ouvrir les vannes chaque fois que quelque chose ( un article, une chanson, un prêche) lui déplait. Génial.
Mais qui vous a donné mandat de diriger la politique d‘immigration de tous les pays ? Nous comprenons bien que votre démographie catastrophique (au fait pourquoi donc, dans ce pays si bien gouverné ?) vous incité à favoriser l’immigration, mais ce n’est pas le choix de tout le monde.

Votre politique de compétitivité par les coûts : le salaire horaire moyen en France et en Allemagne est sensiblement le même. Mais les inégalités sont beaucoup plus fortes en Allemagne. Pendant que certains secteurs de haute technologie sont restés protégés, dans bien d’autres vous vous êtes lancés au rebours de vos traditions industrielles et de ce qui faisait votre force, dans une politique de basse qualité, bas salaires. Vous en êtes à 22.5% de travailleurs pauvres contre 8.8% en France (21.3 en Angleterre, 3.8 en Belgique). Votre politique n’a pas fait de miracles, elle a transformé des chômeurs en travailleurs pauvres. Vous avez même un moment  inventé les enchères inversées- des tâches attribuées au  moins demandant. Que voilà une politique qui valorise le travail !! Vous avez déséquilibré complètement certains marchés, les producteurs de porcs français devant faire face à vos abattoirs géants peuplés de polonais surexploités en savent quelque chose.
Cette politique de compétitivité par les coûts, c’est vraiment l’inverse d’un modèle qui aurait pu rallier la plus grande partie des européens, le feu modèle rhénan, le contraire de ce qui a fait la réputation de votre industrie. Vous vous êtes aussi mis à tricher, et comme vous ne faites pas les choses à moitié, ça donne Volkswagen. Privilégiant la compétitivité par les coûts au lieu de l’innovation, vous vous scandalisez maintenant de voir les Chinois rafler des fleurons de votre industrie et vous voulez maintenant limiter leurs investissements . Mais ce sont maintenant euxc, les vrais industriels.
Et cette politique de casse sociale, de compétitivité par les coûts, et surtout par les coûts salariaux, vous voulez l’imposer à toute l’Europe !

Ajoutons à la barque vos façons de bulldozer, votre manière en faisant bloc, d’imposer vos intérêts dans les institutions européennes. Ainsi, pour la catastrophique « libéralisation » du marché électrique, alors qu’EDF se faisait exploser, vous avez réussi à vendre l’idée qu’il n’y avait pas de monopole national en Allemagne, puisqu’il y avait un distributeur public par Lander. Bravo ! Et ce n’est qu’un tout petit exemple.   

Non, ça ne va pas du tout ! ça le fait pas !   Il est minuit moins cinq, cinq années avant l’explosion de l’Euro et de la Communauté Européenne. Il faut vraiment que vous changiez, que vous changiez rapidement et profondément.  De politique et de Merkel


Bonnes élections !


mardi 20 juin 2017

Chers amis allemands (1) une relation problématique

Une relation problématique

J’aime assez l’Allemagne, j’aime bien votre sérieux et votre décontraction, j’apprécie vos villes et votre culture- j’étais encore à Berlin il y quelques jours. Une chose m’a d’ailleurs amusé : vos journaux éprouvaient visiblement quelque peine à traduire « France Insoumise »  qu’ils laissaient entre guillemets, non traduit, et en expliquant que c’était quelque chose comme rebelle, mais pas tout à fait. Ce concept vous pose visiblement quelques problèmes !

Eh bien des problèmes il y en d’autres. Vous vous réjouissez de la victoire d’Emmanuel Macron, pensant qu’il sera un fidèle soutien de votre Europe libérale. Ne vous réjouissez pas trop vite. La victoire d’Emmanuel Macron n’ a pas été une victoire de soutien à son programme, elle a été une victoire de la peur, peur au premier tour des électeurs de gauche qui ont craint un second tour Le Pen Fillon, et des électeurs de droite qu’on a affolés avec une second tour Mélenchon Le Pen ; et le second tour encore plus.- mais avec tout de même un tiers des votants prêts à quitter l’Euro et la communauté européenne. Logiquement, les Français ont donné à leur Président les moyens de gouverner ; mais l’abstention record montre à l‘évidence qu’il n’a aucune majorité, aucun accord pour réaliser ce type de réformes qui vous plait tant, telle la démolition du code du travail.

Ne vous trompez pas. Une grande partie des Français ont voté contre l’ Euro et la Communauté européenne ; ce n’est pas qu’ils soient prêts  à quitter l’un et l’autre de gaité de cœur ; je pense d’ailleurs que si on leur posait la question, ils répondraient que ce n’est pas tant quitter les institutions européennes qu’ils souhaitent, mais bien plutôt vous en expulser, tant vous vous êtes, une fois de plus,  rendus insupportables. Et quant à ceux qui ont voté Macron, ne croyez pas qu’ils vous apprécient beaucoup plus ; un certain nombre d’entre eux l’ont fait parce qu’ils croient ou espèrent qu’il saura enfin adopter envers vous une attitude ferme !

Encore une fois, je ne pense pas être germanophobe. Mon nom laissera peut-être penser que j’appartiens davantage à la sphère méditerranéenne, mais, en passant, j’ai au moins autant de sang et de famille alsacienne que sudiste. Et en ce qui me concerne, mais pas seulement moi, je pense qu’il est minuit moins cinq, que ce sont les cinq dernières années que nous nous et nous vous donnons  encore pour que la politique européenne change radicalement . Sinon, bye , bye  euro et communauté européenne, ou ce qu’il en restera. Parce qu’il vaudra mieux tout détruire et laisser à la génération suivante le soin de  reconstruire sur des bases totalement différentes.

Un de vos grands hommes d’Etat vient de mourir.   Helmut Kohl ( et Helmut Schmitt avant lui) avaient une vraie vision politique, ont vraiment fait avancer l’Europe – et parfois contre l’avis des économistes, eux savaient, pour l’avoir vécu dans leur chair, que la politique a son domaine propre, ne se réduit pas à l’économie. Ils savaient l’importance de bâtir une Europe où les peuples européens vivraient en bonne intelligence, en bonne société, en égalité et partageraient de plus en plus un avenir commun. Quel contraste avec Angela Merkel, avec votre Mutti, épicière bas de plafond, qui ne conçoit l’Europe qu’à la manière allemande, défendant, oh combien efficacement, les intérêts allemands ; ce qui est bien normal  puisque vous êtes les meilleurs des Européens, ceux que tout le monde devrait imiter, à nouveau, oh combien, sûrs de vous et dominateurs. Angela Merkel  a réussi cela, vous êtes à nouveau détestés, et si la construction européenne s’arrête, votre responsabilité historique, à nouveau, sera écrasante.

Il me semble d’ailleurs que c’est la si sympa Mutti  qui a politiquement tué Helmut Kohl, et que celui-ci n’avait grande considération pour elle.


Alors qu’est-ce qui ne va pas ? La suite au prochain blog. Un indice. J’ai été de ceux qui ont cru à la nécessité de l’Euro, pour des raisons politiques, parce que je ne supportais plus cette apostrophe du ministre américain de l’économie de Nixon : « le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ». Eh bien, vous nous dîtes maintenant « l’euromarck, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ». 

Ça va pas le faire !